I WILL FOLLOW YOU


Olala. Je suis vraiment désolée, désolée, désolée, pour ce retard. Je suis impardonnable. J'ai des excuses, bien-sûre : départ en vacances, rentrée, beaucoup de choses à faire... Mais je ne pense pas que ceci vous intéresse. Je ferai en sorte d'être plus ponctuelle à l'avenir.

Mais, malheureusement, avec la reprise des cours, le rythme de parution va devoir se ralentir considérablement. J'entame une classe de Terminale ES, et je pense que je vais très vite être surchagée de travail, c'est pour cette raison que les publications s'effectueront désormais un samedi sur deux. Allez, profitez de ce nouveau chapitre, et on se retrouve en bas !


Chapitre 10 :
« Ne faites pas l'imbécile. »

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Nous passâmes encore quelques jours en Lórien. A moins que ce ne fût des semaines ? Je n'en étais pas totalement sûre, le temps semblait comme différent en ces lieux. Toujours est-il que cette halte de longue durée dans notre périple nous procura à tous le plus grand bien. Frodon put se reposer à loisir, Merry et Pippin se détacher un peu du sérieux que nous leur demandions tous, Sam profiter des bienfaits de la nature, Legolas, Aragorn et Gimli s'entraîner aux armes aux côtés de Boromir et de moi-même. De plus, je pus enfin profiter un peu de la présence de mon frère. J'avoue que cela commençait tout particulièrement à me manquer, cette complicité que nous avions.

Et enfin, le grand jour était arrivé. Celui du départ. Un étrange sentiment d'appréhension me nouait la gorge et j'avais l'impression que tout le repos que j'avais pris en Lórien me filait entre les doigts. J'avais peur. Oui, voilà, c'était cela : la peur. Je respirais un grand coup.

Nous fûmes conduits au bord du fleuve où Celeborn et Galadriel nous attendaient. La Sorcière Blanche m'intimidait toujours autant, malgré quelques rapides apparitions pendant le temps que nous avions passé dans ses bois. Le souvenir de notre première rencontre me revint en mémoire. Je m'étais sentie tellement petite, tellement insignifiante sous son regard. Et cette voix, cette voix qui résonnait dans mon crâne sans que je ne puisse l'en empêcher. Je n'oublierai jamais la sensation qui avait suivie cette première rencontre. Ainsi que le découragement que j'avais pu, l'espace d'un instant, lire dans les yeux de mon cher frère.

Nous embarquâmes dans un bateau en forme de cygne aux ailes d'un blanc pur. Il vogua lentement, porté par les remous de l'Anduin, mais restait toujours à peu près au même endroit, comme maintenu par la volonté des Seigneurs de ces lieux. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, de longues tables nappées de draps blancs furent dressées, et un festin digne de ce nom apparu devant nos yeux. Galadriel tapa dans ses mains et nous invita à nous asseoir. C'est ainsi que je me retrouvai entre Boromir et Legolas, qui paraissait aussi serein que si tout cela avait été prévu. Nous mangeâmes goulûment, ayant conscience que nous ne reverrons pas autant de bonne nourriture avant un bon moment. Puis, après un signal des Seigneurs elfes, la table fut débarrassée, et nous nous retrouvâmes au bord du fleuve, pied à terre. Galadriel darda son regard sur notre compagnie, et je gigotai sur place, mal à l'aise.

Elle nous parla longuement, nous répétant une nouvelle fois que notre quête ne tenait qu'à un fil. Inutile de préciser que cela ne diminua pas la tension qui régnait. Puis, Celeborn nous offrit généreusement des barques qu'il disait insubmersibles afin que nous puissions passer par le fleuve Anduin, et ensuite rejoindre les Chutes du Rauros pour continuer notre périple. Il renseigna Aragorn, notre nouveau guide depuis la mort de Gandalf sur notre futur itinéraire. Puis, sa femme s'avança, et de derrière les arbres surgirent des femmes elfes portant quelques paquets dans leurs bras blancs. Elles les déposèrent sur le sol, aux pieds de l'Eldar.

« Les cadeaux de Galadriel à la Communauté », sourit-elle.

Un par un, elle nous donna un présent. Merry et Pippin reçurent tous deux des dagues elfiques en argent, avec une ceinture assortie dont la boucle était une fleur d'or, Sam une corde elfique un peu particulière ainsi qu'une boîte carrée gravée d'un G, contenant de la terre du verger de Galadriel elle-même, et Legolas un arc en bois d'if de la Lórien, beaucoup plus précis et résistant que celui qu'il possédait déjà. Il s'inclina devant la Dame. Boromir obtint une ceinture entièrement faite d'or, avec des entrelacements magnifiques. Aragorn reçu un fourreau en argent pour son épée. Quand vint mon tour, j'étais très curieuse de connaitre mon cadeau. Aussi, quel ne fut pas mon émerveillement quand l'elfe me tendit une épée scintillante comme un millier d'étoiles et un fourreau sombre. Je la saisis avec déférence. Je n'avais aucune idée de comment exprimer ma gratitude. C'était un cadeau d'une valeur inestimable, que ce soit physiquement ou psychologiquement. Physiquement, car j'allais pouvoir continuer l'entraînement que j'avais débuté en Lórien, et psychologiquement parce que, d'une certaine manière, si on me confiait une arme, c'est qu'on savait que j'étais capable de la manier. Et cela me réconfortait grandement. Finalement, j'imitai Legolas et m'inclinai avec respect. Gimli, après une certaine hésitation, osa demander un cheveu d'or à la belle elfe, et je ne pus m'empêcher de sourire : lui, qui semblait si réticence à la rencontrer, avait finalement succombé. Devant le regard ébahi de tous les elfes présents ici, elle arracha quelques fils d'or de son crâne et les donna à Gimli, qui sembla alors être le nain le plus heureux du monde. Enfin, elle donna alors à Frodon une fiole brillant d'un éclat bleuté, lui confessant que c'était la lumière d'Elendil, leur étoile bien-aimée, et qu'elle était capable de lui offrir la lumière dans les endroits où toutes les autres lumières seraient éteintes.

Nous embarquâmes. Je me retrouvai dans la même barque que Boromir, Pippin et Merry. Notre barque fermait la marche, devancée par celle d'Aragorn, Sam et Frodon, eux-mêmes placés derrière Legolas et Gimli. Je pouvais de cette manière garder un œil sur le Porteur de l'Anneau. Il semblait si mélancolique à l'idée de quitter la Lórien… Tout comme moi d'ailleurs, même si je m'efforçais de ne pas en faire étalage. Et je déduisis qu'il en était de même pour mon frère, qui n'avait pas prononcé un mot depuis que nous avions mis pied dans les barques elfiques. Même Merry et Pippin respectaient le calme nous entourant. Au fur et à mesure que nos bateaux glissaient sur l'eau claire, j'avais l'impression que l'air atmosphère autour de nous se faisait plus tendue. Adieu, ambiance sereine des Bois d'or ! La dure marche vers le Mordor reprenait.

A force de ramer, nous arrivâmes bientôt aux pieds de gigantesques structures de pierres, représentant des rois des anciens temps. « L'Argonath » me souffla Boromir. J'étais estomaquée par autant de beauté et de prestance en ce lieu. Les souverains de pierre semblaient me jauger, et je me sentais d'une petitesse gênante, comme si venir jusqu'ici pouvait, d'une manière ou d'une autre, les déranger dans leur sommeil éternel. Je contemplai avec une déférence non feinte cet étrange tableau, allant même jusqu'à ignorer les exclamations enjouées et admiratives des deux Hobbits à mes côtés. C'était magnifique.

Peu de temps après, alors que l'horizon se colorait du rose du crépuscule, nous accostâmes sur la berge de galets blancs. Mes jambes ankylosées par le trajet en barque ne demandant qu'à être soulagées, je décidai de faire le tour de ce qu'Aragorn avait décrété notre campement de fortune, explorant les lieux par la même occasion. Les hauts arbres nous cachaient à tous les ennemis potentiels (bien que je n'ignorais point que ce qui nous poursuivait se fiait plutôt à l'odorat) et ce fait me rassura considérablement.

De retour dans notre campement, je cherchai Boromir des yeux, afin de me reposer à ses côtés. Aucune trace de lui. Avec une étrange angoisse au fond des entrailles, j'avisai son bouclier, abandonné contre un arbre. Sans chercher à attirer l'attention de n'importe quel membre de la Communauté, je m'élançai à sa poursuite. N'ayant aucune idée d'où il avait pu aller, je me contentai de suivre mon instinct, courant comme une poursuivie, sans laisser échapper un cri. Je me sentais mal, tellement mal. Comme si un petit rongeur était en train de se frayer un passage dans mon ventre à l'aide de ses dents et de ses griffes pointues.

Mon pied se prit soudain dans une grosse racine que je n'avais alors pas aperçue, et je m'étalai sur le sol, toujours sans ouvrir la bouche. Je me relevai à la vitesse du tonnerre, et repris ma course folle dans ces bois inconnus. Et enfin, je le vis. Mon cœur ralentit immédiatement de son rythme de chamade. Il ramassait du bois sec, me tournant le dos, le plus normalement possible. J'eus soudainement envie de le frapper, de m'avoir donné pareille angoisse. Mais, conciliante, je m'approchai doucement de lui et lui posai une main sur l'épaule. A ma plus grande surprise, il sursauta violemment et laissa retomber son fardeau sur le sol. Je fronçai les sourcils. Boromir n'était pas homme à se laisser surprendre, toujours aux aguets. Et même les rares fois où j'avais réussi à lui faire une petite frayeur, il n'avait jamais réagi de cette manière. Il sursautait légèrement, et c'était tout. Pas de réactions virulentes comme celle-ci.

« Tu vas bien ? lui demandai-je, inquiète.
– O…Oui, très bien ! Que fais-tu ici ? Je pensais que tu étais au campement avec les autres, répondit-il en fronçant à son tour ses épais sourcils bruns.
– Je ne te voyais plus, donc je suis partie te rejoindre. »

Inutile de raconter que j'avais eu une frousse impossible à décrire, et que je m'étais laissée emportée. Il me ferait alors des reproches sur ce réflexe. Il acquiesça en silence, hochant la tête d'un signe compréhensif. Encore quelque chose d'étrange. Le connaissant, il aurait dû me répondre quelque chose dans le style de « tu devrais faire plus attention, Gadia », ou encore « j'avais besoin d'être seul un moment ». Et là, rien. Peut-être parce qu'il avait compris que j'étais assez mature et compétente pour me débrouiller, mais j'en doutais fortement. Alors, par les Valar, que pouvait-il lui arriver ?

Je n'eus pas le temps de le questionner, qu'un bruit nous fit dresser l'oreille. Le crépitement des herbes calcinées sous un pas errant. Mon frère me posa un doigt sur la lèvre et me fit signe de le suivre. Je m'exécutai, le souffle court, et… nous tombâmes nez à nez avec Frodon.

« Frodon ! Vous êtes seul ? » m'exclamai-je, surprise.
– Aucun de nous ne doit se promener seul, enchaîna Boromir tout en ramassant encore quelques branchages. Vous moins que les autres. Tant de choses dépendent de vous. »

Le Hobbit ne répondit pas, nous fixant tous les deux avec un mélange de méfiance et de naïveté. Il avait le regard fuyant, apeuré, et dans ses grands yeux bleus brillaient une lueur de peur qui m'intriguait.

« Frodon ? » demanda mon frère.

Toujours aucune réponse, mais j'eus soudain l'impression que des milliers d'hurlements de cor résonnaient dans ma tête. Le rongeur reprit sa route, creusant par-ci par-là des tunnels de peur en moi. Boromir s'approcha alors lentement du Hobbit, et, muée par une force inconsciente, je le suivis. Une menace grandissait en moi, lentement mais sûrement, et soudain me submergea. Je perdis le contrôle sur mes pensées. Tout était maintenant dirigé vers le Porteur de l'Anneau et son lourd fardeau. Fardeau que je serais forte aise de porter à mon tour.

« Je sais pourquoi vous recherchez la solitude, continua Boromir. Vous souffrez, je le vois, jour après jour. Êtes-vous sûr de ne pas souffrir inutilement ?
– Vous avez besoin d'aide, mon cher Frodon. »

Les paroles étaient sorties d'elle-même de ma bouche, sans que je ne puisse les vérifier avant. J'avais perdu le contrôle.

« Laissez-nous vous aider. Il y a d'autres moyens, Frodon. D'autres chemins à emprunter.
– Nous pourrions vous permettre de vous reposer, vous semblez si fatigué. »

Il me fallait l'Anneau, c'était une évidence, maintenant. Et quel autre meilleur moyen de l'obtenir que de promettre à son porteur de se décharger du poids qui pesait sur ses frêles épaules ? Puis, afin qu'il ne parle pas, nous pourrions ensuite nous débarrasser de lui. Personne ne serait témoin, dans ces bois lugubres, de nos actes. Cette idée me terrifiait, m'écœurait et me fascinait à la fois. Un conflit ponctuel s'était établi en moi. « Laisse Frodon tranquille », me dictait la partie consciente de mon être, tandis que l'autre me susurrait « Tu en as besoin, tu le mérites. »

« Je sais ce que vous allez dire, répliqua le Hobbit. Et vous parlerez sagement, mais mon cœur me met en garde.
– En garde ? s'offusqua mon frère. Et contre quoi ? Nous avons tous peur, mais laisser cette peur nous guider détruirait l'espoir qu'il nous reste.
– Ne soyez pas stupide, Frodon, vous ne pouvez sauver le monde seul ! enchaînai-je à mon tour.
– Ne voyez-vous pas que c'est folie ?
– Il n'y a pas d'autres moyens ! » s'insurgea le brun.

Un bourdonnement s'empara de mon crâne. Boromir était tendu, prêt à exploser. Soudain, il jeta les branchages récoltés, et perdit véritablement son calme.

« Je ne requiers que la force de défendre mon peuple !
– Les Gondoriens se meurent, ne ferez-vous donc rien pour les sauver ? m'exclamai-je, d'un ton faussement outré.
– Si vous acceptez de nous prêter l'Anneau… -
– Non ! »

Sur ce mot, le Hobbit se recula d'un pas. Nous avançâmes de deux.

« Pourquoi reculez-vous, je ne suis pas un voleur, railla Boromir.
– Vous n'êtes pas vous-même, répondit Frodon.
– Nous sommes nous-mêmes, deux personnes ne voulant pas voir sa famille, son peuple déchiré par les horreurs de la Guerre car vous n'aurez pas su gérer la situation !
– Quel chance pouvez-vous donc avoir… ? Ils vous trouveront, ils prendront l'Anneau, et vous les supplierez de vous achever sans attendre !
– Voulez-vous notre ruine à tous ? Donnez-nous l'Anneau, voyons ! Ne faites pas l'imbécile. »

Le Hobbit tourna les talons et s'éloigna. Oh non, il n'allait pas s'en tirer comme ça. Alors que j'hurlai son nom d'une voix où sonnaient le désespoir et la fureur, mon frère s'avança vers lui en pestant et hurlant. Le bourdonnement dans mon crâne s'intensifiait de plus en plus, si bien que je ne distinguais maintenant plus que le son de ma propre voix, et comme une étrange litanie, des chuchotements : « prends-le, l'Anneau, l'Anneau, l'Anneau. » Il m'appelait. N'était-ce là pas un signe ? L'Anneau voulait que je le prenne, que je le porte, et que je sauve ainsi mon peuple de la détresse, prouvant que j'avais autant de mérite que mon aîné. Le Hobbit courut, tomba, et en deux pas, Boromir fut sur lui, cherchant à lui arracher la chaînette d'or pendant à son cou. Je crus qu'il allait réussir, vraiment. J'y croyais de tout mon être. Et en un instant, mes espoirs tombèrent à l'eau. Frodon avait disparu, emportant avec lui ma précieuse future possession, ce qui aurait d'ailleurs dû m'appartenir dès le début.

Je tombai à genoux. Un instant, je crus que ma tête allait exploser, puis la douleur, qui avait duré un court instant, disparue comme elle était venue. Le visage entre les mains, j'écartai alors les doigts et découvrit ce qui se tramait devant moi. Boromir, agenouillé sur le sol, hurlant de désespoir en tapant des poings. Tout me revint en mémoire.

Par tous les Valar. Qu'avions-nous fait ? Horrifiée, je me rendis compte de nos actes. Nous avions essayé de voler l'Anneau à Frodon. Je ne comprenais pas comment cela avait pu se produire. Mon frère, si droit, si homme d'honneur habituellement. Et moi, tellement résolue à protéger le Hobbit, utilisant au mieux mes quelques capacités. C'était impossible. Ce bijou de pacotille avait réellement le pouvoir de changer un homme. C'était terrifiant.

« FRODON ! hurlai-je, désespérée, et vite rejointe par Boromir. FRODON, NOUS SOMMES DÉSOLÉS, REVENEZ ! FRODON ! »

Mais aucun signe du Hobbit. Le rongeur semblait avoir atteint son paroxysme, quand la peur qui me compressait les boyaux se transforma en une réelle terreur. Nous avions tout gâché.


Et voilà. Assez court, je le sais. Mais c'est mieux que rien, non ? Non? *évite la pluie de tomates*

Bon. Je pense que vous savez tous ce qui va se dérouler au prochain chapitre. Souhaitez-moi donc bonne chance pour l'écrire, bouhou.

Je ne suis pas tout à fait satisfaite du moment où Gadia et Boromir veulent prendre l'Anneau à Frodon. Je ne sais pas, je pense que j'aurais dû plus insister. Enfin...

On se revoit dans deux semaines ! et un grand merci à tous.