Harry Potter faisait les cent pas sur le lieu de rendez-vous où il devait se retrouver avec Drago et Hermione, malgré que celle-ci soit revenue au Square. Il devait annoncer la décision du conseil de l'Ordre du Phénix au jeune homme.
Finalement, un « crac » sonore résonna devant la boutique abandonnée, et Drago Malefoy fit son entrée en tournoyant sa cape avec un geste majestueux. Le Survivant ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel devant tant de manières.
-Je t'en prie, Malefoy, grogna-t-il en guise de salut. Même ta mère ne se donne pas autant d'airs.
-Jaloux, Potter ? railla Drago.
-Dans tes rêves. Bon, juste pour te rassurer, Hermione est rentrée au QG en bon état même si elle est furieuse et déprimée.
Drago se renferma sur lui-même et Harry ricana.
-Jaloux, Malefoy ?
-Ta gueule, Potter Poteau.
Quand Harry cessa de rire sous le regard glacial de son ennemi d'enfance, le brun poursuivit.
-Je suis désolé, Malefoy, mais l'Ordre du Phénix a décidé de ne pas t'intégrer dans nos rangs.
Le blond laissa échapper un grognement de dépit.
-Alors, quoi ? Je retourne à ma vie d'ermite ?
-Beaucoup de personnes de l'Ordre te considèrent déjà comme chanceux de ne pas être tué pour tout ce que tu as fait.
Les yeux acier du Serpentard étincelèrent et Harry fut aussitôt sur ses gardes. Bien entendu, Malefoy avait prévu une telle éventualité et avait préparé un, voir plusieurs plans pour inverser la tendance.
-Tu as dit le conseil de l'Ordre du Phénix, Potter ?
-En effet, répondit prudemment Harry.
-Tu es le chef de cette société, non ?
-Où veux-tu en venir ?
-Vers quel côté ton vote a-t-il penché ?
Harry ne répondit rien, se contentant de dévisager son rival de ses yeux émeraude.
-Je sais que tu as voté pour m'intégrer, susurra l'ancien Mangemort. Tu connais mon potentiel, et ce que je suis à Hermione et à ma mère. Tu peux outrepasser la décision du conseil. Tu peux m'intégrer au Phénix sans les avis des autres.
-Non.
-Pardon, Potter ? Me serais-je trompé ? N'es-tu, finalement, qu'un pion minable, destiné à te faire tuer par le Seigneur des Ténèbres, se moqua Drago.
Harry serra les poings mais resta calme en répliquant.
-Non, je n'outrepasserai pas la décision du conseil, Malefoy. Tu as fait trop de mal aux nôtres pour que je puisse ignorer leurs désirs sur ce plan. Il me faudrait vraiment une excuse plus que valable pour que j'inverse les choses. Et malheureusement, ton bon-vouloir de petit prince au sang pur pourri gâté ne suffit pas.
À la surprise de Harry, Drago se contenta de lui offrir un sourire suffisant.
-Je crois bien que j'ai de quoi te bluffer, Potter.
-Je ne demande qu'à voir, Malefoy.
Sans se départir de son air triomphal, le blond se tourna vers la porte, sortit et revint une seconde plus tard avec deux personnes derrière lui. Le regard de Harry passa sur la belle jeune blonde pâle, visiblement nerveuse, pour s'arrêter sur le métis à ses côtés. Il écarquilla les yeux et en une seconde, avait désarmé les trois personnes.
-Zabini ?
-Bonsoir, Potter. Oh, et ferme la bouche, tu vas gober une mouche.
Les yeux toujours ronds de Harry quittèrent enfin Blaise, parcoururent Daphné Greengrass, et s'arrêtèrent sur Drago Malefoy qui ne cachait plus ses dents à force de sourire. Le blond dit d'ailleurs,
-Alors, Potter ? On révise la décision de l'Ordre du Phénix pour mon intégration ?
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Hermione descendit les marches du Square Grimmaurd, se préparant à aller à la réunion. Harry ne tarderait pas à revenir de son rendez-vous avec Drago, après avoir expliqué à celui-ci que personne, et surtout pas elle, ne voulait voir le Serpentard intégrer leurs rangs. Au moment où elle atteignait le rez-de-chaussée, la porte d'entrée s'ouvrit, et Harry entra dans la demeure, suivi par trois personnes enveloppées de capes à capuches.
Elle fronça les sourcils. Harry n'était donc pas parti seul ? Le Survivant se figea face à sa meilleure amie et lui offrit un sourire coupable. Aussitôt, Hermione se tendit. Harry s'écarta sur le côté et les trois jeunes recrues se découvrirent. Hermione ne réalisa pas que Daphné et Blaise en étaient. Tout ce qu'elle était capable de distinguer dans la semi-obscurité était le beau visage pâle de son mari.
Drago Malefoy lui offrit un sourire aimant. Hermione le lâcha enfin des yeux et se tourna vers Harry, la désapprobation suintant par tous ses pores.
-Harry, je...
-Drago, chéri ? Est-ce...est-ce toi ?
Hermione se força à se taire et à laisser le passage à Narcissa Malefoy, debout devant la porte de la cuisine d'où elle venait de sortir.
-Mère, souffla Drago en reportant toute son attention sur elle.
L'aristocratique Narcissa laissa tomber d'un coup tous les masques et éclata en sanglots, son beau visage tordu en une expression de joie peinée. Elle couvrit en quelques pas la distance la séparant de son fils, qui la réceptionna dans ses bras et la serra violemment contre lui. Elle couvrit son visage de baisers larmoyants, et Drago semblait ému lui-même.
Hermione tenta d'empêcher son propre désir de prendre Drago dans ses bras de faire surface, et se tourna vers Harry avec la ferme intention de le foudroyer. Pour se défendre, Harry lui offrit un sourire contrit et pointa simplement du doigt Blaise et Daphné. Hermione reconnut cette dernière avec une exclamation de joie, puis Blaise. Amaigri, terne, mais souriant.
-B...Blaise ?
-Salut, ma princesse.
-Comment...tu es...nous t'avons enterré...
-Je t'expliquerai tout plus tard, ma grande.
-Qui me dit que tu n'es pas un imposteur ?
-Moi, dit tranquillement Harry. Et les informations qu'il a à nous donner valent leur pesant d'or.
Hermione sauta sur Blaise et Daphné pour les serrer contre elle, ignorant les yeux de Drago qui lui brûlaient le dos.
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La salle de réunion du Square Grimmaurd n'avait jamais été aussi bruyant. Les poings s'agitaient en tous sens, les protestations fusaient, les grossièretés volaient. Molly Weasley était prise dans un chaud tête-à-tête avec Narcissa Malefoy, Minerva McGonagall hurlait sur Théodore Nott, Hermione Granger sifflait dans les oreilles à Harry Potter.
Harry Potter qui en avait plus qu'assez. Severus Rogue le nota, étant lui-même plus qu'agacé par le comportement des hautes sphères du Phénix, et porta sa baguette à sa gorge en marmottant un « Sonorus ». Une seconde plus tard, sa voix s'éleva, multipliée pour dominer la foule, faisant se boucher les oreilles des contestataires.
-Cela suffit ! J'oscille actuellement entre les mots « bande de crétins mal embouchés » et « fils de dragon à caractère instable » pour vous qualifier ! Si c'est cela, la tête pensante de l'organisation, il n'est pas étonnant que personne ici n'ait réussi pour l'heure à emporter une victoire contre le Seigneur des Ténèbres !
Dans le silence assourdissant qui s'ensuivit, Severus leva le sortilège, se racla la gorge délicatement et se rassit. Harry le remercia du regard, n'attendant pas une réponse qui par ailleurs ne vint pas, et se leva à son tour.
-Bien ! Comme vous l'avez sans doute remarqué, d'où les cris, hurlements, lamentations et autres joyeusetés, j'ai passé la porte d'entrée il y a environ un quart d'heure avec Messieurs Drago Malefoy et Blaise Zabini, ainsi que Mademoiselle Daphné Greengrass. Pour ceux qui s'étonnent, naturellement, de la survie de Monsieur Zabini, sachez que les Mangemorts ont mis au point des sortilèges pouvant imiter la mort de la victime. Ce que nous prenions pour des profanations de tombeaux dans un but de torture psychologique n'en est pas, dans un but premier. Ils récupèrent simplement les victimes des sortilèges, privilégiant les enfants pour en faire des sujets. Des futurs Mangemorts. Blaise Zabini a été touché par un tel maléfice et a été enfermé au QG de Voldemort, d'où Daphné Greengrass l'a sorti.
Un frisson d'horreur parcourut l'assemblée et Harry poursuivit,
-Blaise viendra témoigner à la prochaine réunion. Pour le moment il se repose.
-Cela n'explique toujours pas ce que le fils Malefoy fait ici, lança Molly avec venin.
-Cela explique tout au contraire, soupira Harry. C'est Drago qui aurait secouru Zabini. Ce dernier était allé au motel où se trouvait Drago, et le marché était le suivant : Drago acceptait d'amener Blaise au rendez-vous si je l'acceptais au sein du Phénix. Ce que j'ai fait bien entendu. Blaise a marché car il voulait voir son ami parmi nous.
-C'est du chantage, Harry chéri, minauda Molly. Nous avons récupéré Blaise, tu peux le mettre à la porte à présent.
-Je ne reprends pas une parole donnée, rétorqua-t-il entre des dents serrées.
-Tu nous avais pourtant promis, suite au vote, qu'il ne ferait pas partie de l'Ordre !
-J'avais une bonne raison pour me dérober à cette affirmation qui par ailleurs, n'était pas une promesse !
-Je...
-Cela suffit, cracha Narcissa en sautant sur ses pieds. Ce n'est pas parce que votre Ronald était un traître, Madame Weasley, que vous devez vous venger sur le monde entier !
-Dit celle qui a épousé et enfanté des Mangemorts, répliqua la matriarche rousse en se levant à son tour.
-Mon fils est un Mangemort certes, mais converti et désolé ! Alors que Ronald était un sauvage !
-Comment osez-vous...
-Assez, coupa Severus en se levant d'un bond à son tour. Madame Weasley, regagnez votre place et taisez-vous, sinon vous sortirez ! Je suis désolé, Cissy, mais cela est valable pour toi aussi.
Fumant comme des bœufs, les deux rivales se rassirent en se jaugeant du regard. Harry se racla la gorge et conclut,
-De toute manière, la discussion n'a pas lieu d'être. Demain, les trois arrivants et Mademoiselle Parkinson seront placés sous Véritasérum et interrogés. La réunion est terminée.
Le ton de Harry Potter ne laissait matière à aucune réplique, et la salle de réunion se vida petit à petit. Seule Molly resta en arrière, une lueur étrange dans les yeux.
-Harry, mon chéri. Puis-je te parler un moment ?
-Je suis désolé, Molly, se radoucit l'Élu. Je ne reviendrai pas sur ma decision.
-Je ne te le demande pas, Harry chéri. Mais on pourrait, disons, parvenir à un consensus qui convienne à tout le monde.
-Ce qui signifie ?
-Ce qui signifie que nous pourrions tirer toutes les informations nécessaires de ces sales Mangemorts, et puis faire en sorte de nous débarrasser d'eux ?
Harry se figea dans le rangement de ses parchemins et leva lentement les yeux sur Molly, remarquant la lueur vengeresse dans les yeux de celle qu'il considérait comme une seconde mère. Il frissonna. Où était la Molly maternelle et aimante ? Disparue, avec la guerre. Métamorphosée en une femme-soldat. Une boule de nerfs parée à venger les siens, quitte à s'abaisser à devenir une tueuse.
-Non, Molly.
L'expression de la rousse devint menaçante.
-Non ?
-Non. Je ne les tuerai pas, ni ne les ferai exécuter. Ils rattrapent leur passé en nous aidant.
-Parfait !
Molly lui jeta un regard dur et fit demi-tour pour sortir. Arrivée à la porte, elle leva le nez en une expression de dégoût que Harry ne lui avait vu jusqu'alors que devant les Mangemorts.
-Je te pensais avoir plus de valeur que cela, Harry. Vraiment.
La porte claqua et Harry se rassit pour se masser les tempes. Il allait falloir qu'il surveille Molly maintenant. Génial.
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-Entrez !
La porte de la chambre de Hermione s'ouvrit et elle vit le beau visage de Blaise rayonner dans l'ouverture. Elle lui sauta dessus pour le prendre dans ses bras et le traîna jusqu'au lit où ils s'installèrent côte à côte.
Alors, ma chère, quoi de beau, quoi de neuf ?
Hermione entreprit de lui détailler les derniers mois sans lui. Leurs défaites, leurs morts, leurs victoires, et les missions. Blaise écoutait intensément, puis l'atmosphère s'allégea quand elle se mit à narrer les potins : Pansy qui rougissait dès que Théo passait à proximité, le futur mariage de Harry et Ginny, le couple que formaient Narcissa et Severus.
En échange, Blaise lui conta les longs mois passés dans une cellule, et sa fuite. Quand il parlait de Daphné, nota la jeune femme, il avait des étoiles dans les yeux. Hermione sourit doucement.
-Toi, tu es amoureux.
-Pardon ?
-Tu es amoureux de Daphné.
-Qu'est-ce que vous avez tous à dire ça ? Drago m'a dit la même chose hier soir.
Hermione se raidit et détourna la tête, son sourire se fanant. Blaise soupira en se passant la main dans ses cheveux.
-Tu devrais...
-Rien du tout, Blaise, coupa-t-elle sèchement. Il m'a menti. Il m'a bien prise pour une conne. Et toi aussi d'ailleurs ! Tu savais qui était Dray Falmoy !
-Ce n'était pas à moi de te révéler son identité, cria-t-il en se levant. Ce n'étaient pas mes affaires !
-Ah oui, hurla-t-elle en se levant à son tour pour lui faire face. Vraiment ? Pourtant, il me semble que tu t'en es mêlé dès qu'il s'est agi de me faire rencontrer le Falmoy en question !
-Arrête de faire tout le temps ta victime, Hermione !
-Je te demande pardon ? Je suis une victime !
-Tu es peut-être intelligente, jolie, mature et j'en passe, Hermione. Mais franchement, tout le monde a fait des sales coups dans cette guerre ! Tu sais toi-même, au fond de toi que tu n'aurais pas supporté de voir Drago juste après les viols de son père ! Tu l'aurais rejeté et vous vous seriez sans doute perdus pour de bon ! Ne nie pas, tu le sais, bordel ! Et pour intégrer Drago dans le Phénix, il lui fallait le temps de réfléchir un peu ! Alors, peut-être que Potter a agi pour des raisons personnelles et égoïstes. Mais je pense que la séparation vous a fait plus de bien que de mal, à long terme j'entends ! Que crois-tu Hermione ? Que tu es la seule à avoir soufferte de cette séparation ? Drago en a souffert parce qu'il savait la vérité et ne pouvait rien te dire alors que toi, au moins, pouvais faire ton deuil ! Nous en avons tous souffert ! Nous avions perdu un ami et toi, tu étais dans ton petit monde égoïste de souffrance personnel. Il est revenu, n'attend plus que toi ! Cesse de faire l'autruche, Hermione. Cette attitude est loin de la Gryffondor que j'ai toujours connu ! Réfléchis à ça !
Sa tirade finie, le métis lui jeta un dernier regard de braise et sortit en claquant la porte sous les yeux d'une Hermione ébahi. Finalement, se sentant malade de la confrontation avec son ami, elle se rua dans la salle de bains et rendit tout le contenu de son dernier repas dans les toilettes.
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Les jours passaient dans l'ambiance de la guerre. Hermione semblait avoir attrapé un méchant virus. Cela faisait un mois et demi qu'elle n'avait pas parlé à Drago et elle devait lutter contre son envie de le serrer dans ses bras dès qu'il passait près d'elle, ou le rejoindre la nuit pour du sexe torride. Cela, ajouté à la mystérieuse gastro-entérite qu'elle avait attrapée, la déprimait.
Ce fut Ginny qui la diagnostiqua.
-Hermione, souffla-t-elle émue. Hermione, c'est...
-C'est si grave que cela, paniqua Hermione.
-Oui...non ! Mione...tu es enceinte !
