PARTIE 4 : TRACY MAC DONALD

Chapitre 14

- Non ! Je rêve ! C'est bien toi ? Don Eppes ?

Don se retourna vers la femme qui venait ainsi de l'interpeller et un flot de souvenirs lui revint en mémoire lorsqu'il l'identifia : Lucy Mac Donald.

En seconde, ils étaient dans les mêmes cours de littérature, d'histoire et de mathématiques et elle avait visiblement le béguin pour le lycéen de quinze ans qu'il était alors. Ils avaient un peu flirté ensemble, mais l'un comme l'autre très jeunes, ils n'allaient pas vraiment plus loin que quelques baisers. Parfois elle lui permettait de glisser une main indiscrète dans son corsage, mais elle n'était visiblement pas prête à passer au niveau supérieur et, à vrai dire, il n'était pas vraiment sûr d'y être prêt non plus, malgré ses rodomontades d'adolescent en proie à de furieuses montées de testostérone.

Et puis la superbe sœur aînée de Lucy était entrée dans le tableau. Don revoyait encore la première fois qu'il l'avait aperçue. Lucy et lui étaient en train de se bécoter gentiment sur le canapé du salon, leurs livres de littérature ouverts devant eux : ils préparaient un exposé sur les poètes maudits. Elle était entrée dans le salon et il en était resté bouche bée. Bien sûr il savait que Lucy avait une sœur, il avait déjà entraperçue celle-ci au lycée, mais elle était déjà en terminale et n'avait pas un regard pour les moustiques de deuxième année. Tracy Mac Donald était vraiment superbe : grande, blonde, sculpturale, avec tout ce qu'il faut pour faire rêver des adolescents en pleine puberté. Et la rumeur disait qu'elle n'était pas particulièrement farouche. Elle les avait regardé gentiment :

- Et bien les petits ? Ca avance le travail ?

Lucy s'était raidie : elle connaissait les manœuvres de sa sœur ! Don, lui, avait balbutié quelques inepties dont il ne se souvenait plus vraiment, le rouge au front. Tracy ne s'était pas attardée, mais en partant, elle avait jeté, d'un ton plein de sous-entendus :

- Travaillez bien, et soyez sages !

Le regard qu'elle avait jeté à Don en quittant la pièce avait rempli le garçon de confusion. Il avait eu ensuite bien du mal à se reconcentrer sur l'exposé, et sur Lucy, qui, de ce moment, venait de perdre tout intérêt à ses yeux. Il ne pensait plus qu'à Tracy, bien que persuadé de n'avoir aucune chance avec elle : ils avaient plus de trois ans d'écart ! A cet âge là, c'était un abîme insurmontable, surtout si c'était la fille la plus âgée !

Il avait continué à fréquenter Lucy, simplement pour le plaisir de pouvoir apercevoir Tracy de temps en temps, bronzant au bord de la piscine ou s'ébattant dans l'eau, son corps superbe à peine caché par un mini bikini. Il rêvait d'elle la nuit et parfois, le matin, à sa grande confusion, ses draps en portaient la preuve. Bref, il était éperdument amoureux, comme peut l'être un gamin de quinze ans d'une créature qui lui paraît inaccessible. Il était le « ver de terre amoureux d'une étoile » qu'avait chanté Victor Hugo dans Ruy Blas. Sa conscience le dérangeait bien un peu de son attitude envers Lucy : il l'encourageait à s'attacher à lui, tout en sachant que ce n'était plus réciproque. Mais, comme l'avait dit quelqu'un : « En amour, comme à la guerre, tout est permis. »

Il se souviendrait toujours du mercredi où tout avait basculé. Il avait rendez-vous avec Lucy, chez elle, pour plancher sur leur prochain devoir de mathématiques. Ils devaient se retrouver vers dix-sept heures, mais, le matin même, sa mère lui avait demandé de rentrer à cette heure-là pour surveiller Charlie. En effet, elle devait absolument voir un client qui venait de s'annoncer et Alan était retenu toute la journée à son bureau. Quant à leur baby-sitter habituelle, elle était justement indisponible ce jour-là. Et Charlie avait beau clamer qu'il était bien trop grand pour avoir une baby-sitter et parfaitement capable de se garder seul, Margaret et Alan se refusaient à le laisser livrer à lui-même : après tout, il n'avait que dix ans.

Donc, malgré ses récriminations, Don fut obligé d'accepter la « corvée ». Comme il se plaignait amèrement qu'on ne lui permette pas de travailler sérieusement et qu'en l'occurrence, il ne faudrait pas s'étonner s'il se plantait au prochain devoir, sa mère, excédée, lui avait rappelé qu'il pouvait toujours décaler l'heure du rendez-vous : s'il allait travailler avec Lucy en début d'après-midi, il pourrait être rentré pour dix-sept heures. Renfrogné, Don avait précisé qu'il avait d'autres projets pour le début de l'après-midi, ce à quoi d'un ton sans réplique Margaret répondit :

- Ecoute, je t'ai donné une solution. A toi de voir. Mais de toute façon c'est comme ça et pas autrement !

Lorsqu'elle employait ce ton, il savait qu'il était inutile de discuter plus avant : elle ne cèderait pas. Il avait donc décroché le téléphone pour appeler Lucy. Il préférait encore annuler sa séance au stade avec les copains que risquer de rater une opportunité de voir Tracy. Un mercredi après-midi, il y avait de fortes chances qu'elle soit chez elle ! Et justement, ce fut la jeune fille qui répondit. Lucy était absente, mais elle lui ferait la commission : il viendrait à quatorze heures et non à dix-sept comme prévu.

- Non, non, répondit-elle à sa question de savoir si ça ne dérangerait pas Lucy. Elle n'a rien de prévu de toute manière. Alors à tout à l'heure Don.

Il avait raccroché, un sourire idiot aux lèvres : elle lui avait dit à tout à l'heure ! Il allait la voir bientôt. Et puis il se secoua : ça ne voulait sûrement rien dire.

(à suivre)


Merci à AmbreOnyx qui prend toujours la peine de laisser une review et à Aerdna à laquelle je ne peux pas répondre directement puisqu'elle a laissé une review en "anonyme".

Et merci à tous ceux qui lisent... N'hésitez pas à laisser un petit mot.