Chapitre 10 - La Première Tâche
-0-
Trois semaines s'étaient écoulées depuis l'annonce des Quatre Champions du Tournoi des Trois Sorciers. Les réactions quant à la nomination du jeune Harry Potter au titre de Champion étaient assez variées au sein des différentes écoles, et maisons de Poudlard. La plupart des élèves de Poufsouffle lui rendait la vie impossible parce qu'il avait volé la vedette à Cédric Diggory, tout comme les Serpentards qui ne l'appréciaient guère, et la moitié des Serdaigle. Cependant, la majorité des élèves de Gryffondor soutenait le jeune Potter, et Harry pouvait bien évidemment compter sur le soutien de ses deux meilleurs amis : Ron et Hermione.
La Première tâche aurait lieu le dernier jour du mois de Novembre. Plus ils s'approchaient à grand pas de cette date fatidique, plus James était angoissé. Il n'avait aucune idée de ce que l'on pouvait réserver à son fils, et il n'arrivait pas à avoir la moindre information concernant cette tâche, même en faisant jouer ses relations au Ministère. Parallèlement, il ne quittait pas Karkaroff d'une semelle, et continuait à s'informer des agissements des Mangemorts, grâce au miroir qui lui permettait de communiquer tous les soirs avec Sirius.
- Ils ont encore retrouvé quelques uns des nés-moldus que l'on avait extraits des foyers.
- Laisse-moi deviner… Soupira James. Les femmes séparées des autres, et elles ont toutes subies le baiser du Détraqueur ?
- Ouais, répondit tristement Sirius.
- Je me demande qui peut-être cette femme qu'ils recherchent aussi ardemment que ça. Et surtout, pourquoi pensent-ils qu'elle serait susceptible de se cacher parmi les nés-moldus ?
- S'en est sûrement une… Je ne vois pas d'autre explication, déclara Sirius.
Un silence s'installa entre les deux meilleurs amis de toujours, jusqu'à ce que le jeune Black ne s'aperçoive que James était particulièrement pensif, ce soir.
- Ca se passera bien, ne t'inquiète pas, tenta de le rassurer Sirius.
- La première tâche est dans une semaine, et Harry n'aura probablement pas le niveau pour se défendre.
- Comment il se sent par rapport à ça ?
- Il est terrifié, dit James, en soupirant. Cependant, il ne le montre pas, et essaie de me rassurer coute que coute…
- Harry a toujours été très courageux, et téméraire. Il s'en sortira…
- Je sais. Il est comme Lily… constata tristement James.
Sirius soupira et avant qu'il n'ait eu le temps de rétorquer quoique ce soit, quelqu'un frappa à la porte.
- Tu attends de la visite à cette heure-ci ? Demanda Sirius, un tant soit peu amusé.
- Non, répondit James, en fronçant des sourcils. A demain, Patmol.
Avant que Sirius ne puisse dire quoique ce soit, James rangea le morceau de miroir dans le tiroir de sa commode et se leva pour atteindre la porte. Il l'ouvrit avec précaution, baguette en main, car il était tout de même plus d'une heure du matin. C'est alors qu'il tomba nez-à-nez avec une magnifique jeune femme brune, au regard d'un bleu perçant.
- Sturgis ? S'étonna James.
- J'ai vu de la lumière, affirma-t-elle, en guise de réponse. J'ai donc osé frapper.
- Qu'est-ce qu'il t'amène à une heure pareille ? Demanda James, un tantinet soupçonneux.
- Je peux entrer ?
James acquiesça et la fit pénétrer dans ses appartements. Il referma la porte derrière lui, et eut à peine le temps de regarder son homologue qu'elle lui dit :
- Des dragons.
- Quoi ?
- La Première Tâche, dit-elle alors. Ce sont des dragons. Il y en a quatre. Un pour chaque champion.
- Et tu sais ça, parce que ? L'interrogea James.
- Ils sont détenus dans la Forêt Interdite, à l'abri des regards indiscrets...
- Qu'est-ce que tu faisais là-bas ?
- Je devais parler avec un Centaure, répliqua Ellie.
James alla lui demander pourquoi par Merlin elle devait s'entretenir avec un Centaure à une heure aussi tardive, lorsqu'elle le devança :
- Les directeurs des autres écoles sont au courant, et par conséquent, leurs champions aussi… Il faut que tu préviennes Harry. Il faut qu'il trouve une stratégie pour pouvoir réussir sa tâche face à un Dragon.
- Je sais ce que j'ai à faire concernant mon fils, Sturgis, répliqua froidement James.
- De rien, Potter, rétorqua-t-elle piquée au vif par le ton dur qu'il avait employé avec elle.
Elle leva sa tête, haute, et se dirigea avec un air dédaigneux vers la porte, lorsque James l'attrapa par le poignet.
- Excuse-moi, s'empressa-t-il de dire. Je suis légèrement à cran avec cette histoire… Surtout qu'on ne sait toujours pas qui a pu mettre le nom d'Harry dans la Coupe…
- Ce n'est pas grave. Je comprends, répondit Ellie, plus détendue.
- Merci de m'avoir prévenu.
- Pas de quoi… répondit Ellie, en tournant la poignée. Bonne nuit, Potter.
- Bonne nuit Sturgis, répliqua le brun à lunettes, avec un léger sourire en coin, involontaire.
-0-
Le lendemain matin, Ellie vit James en train de prendre à part son fils pendant le petit déjeuner dans la Grande Salle. Devant la mine sombre, et anormalement pâle d'Harry, elle comprit qu'il venait de le mettre au courant pour les dragons. Puis, elle vit ce jeune garçon de quatorze ans, se diriger vers la table des Poufsouffles où tout le monde l'insultait sur son passage. Cependant, Harry semblait s'en moquer comme de sa première baguette et finit par s'arrêter à la hauteur de Cédric Diggory. Il lui chuchota quelque chose à l'oreille et Diggory pâlit à son tour. Ce fut ce moment que choisit James pour s'affaler aux côtés d'Ellie. Cette dernière tourna la tête et l'observa longuement tandis qu'il se jetait sur le porridge.
- Quoi ? Finit par demander James, en relevant les sourcils.
- Tu peux être fier de ton fils.
Puis, sans ajouter la moindre explication, le professeur de Défense contre les Forces du Mal se leva, et sortit de la Grande Salle pour rejoindre sa Salle de Cours. James reporta alors son regard vers Harry qui venait de quitter Cédric Diggory, et il sourit, en pensant au fait qu'Harry ressemblait vraiment trop à sa mère.
-0-
La première journée de cours, une semaine avant la Première Tâche, se termina par un cours de Défense contre les Forces du Mal, pour les Quatrièmes Années. Ellie leur parla de Maléfices tout aussi puissants les uns que les autres et termina son cours en leur demandant deux rouleaux de parchemins pour la semaine prochaine. Les élèves commencèrent à ranger leurs affaires, tandis qu'elle effaçait le tableau. Lorsqu'elle eut fini, Ellie dit sévèrement :
- Mr Potter, restez cinq minutes. J'ai à vous parler.
Harry déglutit et envoya des regards inquiets à Ron et à Hermione, qui grimacèrent et finirent par le laisser seul dans la classe du professeur le plus strict qu'il n'ait jamais eu. Même McGonagall ressemblait à un chaton, comparée à cette lionne, impassible et implacable. Ellie lui proposa de s'assoir sur la chaise qui se situait en face de son bureau, ce qu'il fit, nerveusement.
- Votre père vous a mis au courant pour les dragons ? Lui demanda alors Ellie.
- Oui, Professeur, répondit nerveusement Harry.
- Vous avez une idée de ce que vous allez faire pour lutter contre lui ?
- Non, Professeur, admit Harry, en baissant la tête.
Ellie se cala confortablement sur sa chaise et inspira profondément, tout en le transperçant du regard.
- Viktor Krum est un imbécile, déclara-t-elle alors. Comme la plupart des joueurs de Quidditch professionnels, soit dit en passant...
Harry releva les yeux vers son professeur, étonnement surpris par les propos qu'elle venait de tenir.
- Seul, il ne tiendra pas trente secondes dans cette arène, continua-t-elle. Cependant, vous pouvez compter sur Karkaroff pour lui établir une très bonne stratégie, qui lui permettra de remporter aisément sa première tâche, tout en survivant.
Harry acquiesça, tout en se demandant où elle voulait en venir.
- Fleur Delacour est aussi mièvre et innocente que moi, continua Ellie sans quitter Harry des yeux. Elle joue là-dessus pour que l'on pense qu'elle n'est pas une adversaire dont on doit se méfier. Mais il faut faire attention aux apparences qui sont bien souvent trompeuses, Mr Potter.
Ellie s'arrêta quelques secondes et se mit à jouer de ses mains, avec une plume qui se trouvait sur son bureau.
- Cédric Diggory est quelqu'un de fort et d'extrêmement intelligent. Il maitrise à la perfection ses Sortilèges. Vous pouvez être sûr qu'il a déjà une stratégie pour combattre son dragon, depuis que vous l'avez mis au courant ce matin, dans la Grande Salle.
- Comment savez-vous que…
- C'est tout à votre honneur d'avoir agi de la sorte Mr Potter, le coupa-t-elle, mais à présent, il faut vous concentrer sur votre propre stratégie pour cette Tâche, qui arrive à grand pas. Je pense que votre père vous l'a déjà dit.
- Oui, admit Harry.
- Ces champions ont tous un point fort, continua-t-elle. Krum est courageux et assez doué en Métamorphose, d'après ce que j'ai pu comprendre. Delacour est forte en Sortilège, tout comme Diggory, qui excelle dans ma matière. Alors maintenant, dites-moi Mr Potter. Quels sont vos points forts ?
Harry ne répondit pas rapidement à la question de son professeur. Après tout, ce n'était pas la question la plus facile qu'on lui ait jamais posé, car Harry avait beau être un bon élève en moyenne, il n'avait pas de matière de prédilection, à part peut-être la Défense contre les Forces du Mal qu'il appréciait énormément. Alors, en guise de réponse, il se contenta d'hausser les épaules.
- Vous êtes bien modeste, Mr Potter, lui sourit Ellie pour la première fois. Je vous ai vu sur un balai… Vous vous débrouillez à merveilles. Je dirais même que vous avez un don pour le Quidditch.
- Merci Professeur, répondit timidement Harry, en rougissant. Mais je doute que le Quidditch puisse m'aider dans l'arène. D'autant plus, que l'on n'a pas le droit de prendre un balai avec soi…
- Peut-être, dit Ellie, mais vous avez droit à votre baguette, Mr Potter.
Harry fronça des sourcils tandis que son professeur se leva rapidement. Il l'observa se diriger vers une étagère située derrière elle, et en sortit un livre. Puis, elle retourna à son bureau et tendit le livre à Harry.
- Page 153. Les Sortilèges d'Attraction.
- Manuel avancé de Défense, lut alors Harry à voix haute. Mais Professeur, c'est un Sortilège de Sixième Année…
- Et je suis convaincue que vous y arriverez, continua Ellie.
Harry lança un regard étonné à son professeur, qui avait l'impression de se retrouver devant James et son scepticisme si caractéristique, à ce moment précis.
- Lisez ce livre pour demain. Je vous propose d'en voir la Pratique ensemble tous les soirs de la semaine, jusqu'au jour du Tournoi. Cela vous convient-il ?
Harry alterna son regard entre le livre qu'il tenait entre les mains, et son professeur. Il finit par acquiescer au bout de quelques longues secondes.
- Dans ce cas, je vous libère, Mr Potter, dit Ellie, et je vous dis à demain soir, dix-sept heures dans mon bureau.
- Bien professeur, répliqua Harry, en se levant.
Ce dernier sortit alors de la pièce, toujours aussi décontenancé par la proposition de son professeur, se demandant pourquoi elle avait tenu à l'aider, lui, et pas Cédric Diggory. C'est la raison pour laquelle, Harry rejoint précipitamment ses amis, dans sa Salle Commune où il leur raconta tout ce qu'il s'était produit dans le bureau de Sturgis, sans oublier de mentionner l'incroyable et surprenant sourire qu'elle lui avait adressé. Ron et Hermione finirent par lui souffler l'idée que cette aide devait provenir de son père qui se faisait énormément de soucis pour lui. Ce dernier s'en laissa convaincre, et ils finirent par descendre à temps pour diner dans la Grande Salle.
Harry avait emporté le livre que lui avait confié son professeur pour en lire un maximum avant son retour dans la Salle Commune. Ainsi, il arriva à lire une page, entre deux changements de plats. A la fin du repas, il remonta en direction de sa salle commune, accompagné de Ron et d'Hermione, lorsqu'il fut appelé par son père, qui semblait lui courir après. Ce dernier serra son fils dans ses bras, et lui proposa de s'isoler quelques minutes, prétextant avoir quelque chose d'important à lui dire. Harry le suivit alors jusqu'à une alcôve qui se situait pas loin de sa Salle Commune. Il remarqua l'air absent et pensif de son père, et se demanda si cet endroit ne lui rappelait pas de doux souvenir avec sa mère, à l'époque où ils étaient élèves à Poudlard. James sortit de lui-même de ses pensées, et alla lui parler lorsqu'il remarqua le livre qu'Harry tenait entre les mains.
- Où est-ce que tu as eu ça ? Demanda-t-il en fronçant des sourcils, après avoir lu le titre du livre.
- C'est le professeur Sturgis qui me l'a donné, expliqua Harry. Elle veut que j'apprenne la théorie concernant le Sortilège d'Attraction.
- Pourquoi faire ? S'enquit James.
- Tu n'es pas au courant ? S'étonna à son tour Harry.
- Au courant de quoi Harry ?
- Elle veut que j'apprenne ce sort pour la Première Tâche…expliqua Harry. Elle m'a parlé de dragon, de balai et…
- De balai ? le coupa James.
- C'est mon meilleur atout selon elle.
James sembla pensif et finit par pouffer de rire, car Ellie Sturgis avait une fois de plus raison… Le vol sur un balai était sans doute le meilleur atout d'Harry pour échapper à un dragon.
- Je croyais que l'idée venait de toi, Papa, dit prudemment Harry.
- Non, répondit James. Je voulais parler avec toi de stratégie ce soir, mais apparemment, Ellie m'a devancé…
- Pourquoi est-ce qu'elle a fait ça ? S'étonna Harry.
- Si j'arrive à avoir la réponse un jour, je te le dirais, s'amusa James.
Il embrassa son fils, et le laissa rejoindre sa Salle Commune, le nez plongé dans le livre que Sturgis lui avait donné à lire. James resta quelques temps pensif, sous l'alcôve, puis se décida à prendre la direction des appartements de son homologue. Ainsi, il frappa à sa porte cinq minutes après, et elle lui ouvrit, non surprise de le trouver là. Elle le fit entrer dans ses appartements. James mit à peine deux secondes pour remarquer qu'elle était en tenue très décontractée. Elle avait détaché ses cheveux pour une fois. Ils tombaient sur ses épaules jusqu'à atteindre ses hanches, parfaitement marquées par le pantalon serré qu'elle portait. Il remarqua également qu'elle portait un haut mettant ses formes en valeur. Cependant, elle s'empressa de prendre un gilet, qu'elle enfila rapidement, dissimulant ainsi, la partie la plus intéressante de son corps, aux yeux de James. Puis, elle l'invita à s'assoir, et il ne se fit pas prier lorsqu'elle lui proposa une tasse de thé.
- Tu es fâché ? Lui demanda-t-elle alors, tout en servant le thé.
- Je devrais l'être ? Répondit James, un tantinet amusé par sa question.
- Tu es courant de ce que j'ai fait…
- Tu veux parler du fait que tu aies trouvé une stratégie pour éviter à mon fils de finir carboniser par un Dragon à seulement quatorze ans ? Rétorqua James.
- Oui.
- Pourquoi serais-je fâché contre toi alors que tu tentes de lui sauver la vie ?
- On ne sait jamais avec toi, rétorqua Ellie.
James sourit et secoua légèrement la tête.
- Je veux juste savoir pourquoi… dit-il alors.
- Pourquoi quoi, Potter ? S'enquit Ellie.
- Pourquoi tu l'aides ?
- Tu plaisantes ? S'étonna Ellie.
- Non, Harry se le demande et moi aussi.
- Ton fils de quatorze ans se retrouve dans ce Tournoi à cause de… des Mangemorts, dit-elle. C'est tout à fait naturel pour un membre de l'Ordre de l'aider, non ?
James acquiesça, même si au bout du compte, il se doutait bien qu'une fois de plus elle n'avait pas été totalement sincère dans sa réponse. Après tout, il avait bien relevé l'hésitation qu'elle avait marqué lorsqu'elle avait évoqué les coupables. Elle lui cachait des informations, et James se dit que cela devait encore avoir un rapport avec son passé si mystérieux.
Ils continuèrent à parler des plans des Mangemorts et des nouvelles macabres qui leur provenaient de l'extérieur pendant une bonne heure. Puis, James la laissa et rejoignit ses appartements, serein pour une fois, car il était à peu près sur que la stratégie d'Ellie marcherait et qu'Harry était un tantinet plus en sécurité à présent.
-0-
Durant les quelques jours qui précédèrent la Première Tâche, Harry passa l'intégralité de son temps libre, en compagnie de son professeur de Défense contre les Forces du Mal qu'il se mettait à apprécier de jour en jour. Même si Ellie Sturgis était froide, sévère et intraitable, elle était surtout incroyablement patiente avec Harry qui n'arrivait toujours pas à maitriser le Sortilège d'Attraction, et ce même, la veille au soir de l'épreuve.
- J'abandonne ! S'écria Harry, en s'asseyant sur un pupitre, totalement abattu.
Cela faisait à présent plus de trois heures qu'il s'entrainait et qu'il n'y arrivait toujours pas. D'ailleurs, Harry se disait qu'il n'y arriverait probablement jamais, étant donné qu'il s'imaginait déjà mourir carboniser par un dragon. Il avait à présent enfoui son visage dans ses mains, et essaya de ne pas se laisser envahir par son stress grandissant. Soudain, il sentit une présence à ses côtés, et releva rapidement la tête en direction de son Professeur. Ellie se tenait face à lui, une main tendue et pourvue de Chocogrenouilles. Harry l'interrogea du regard et Ellie répondit, en haussant les épaules :
- Rien de mieux que du chocolat pour remotiver les troupes…
Harry fut surpris par ses paroles, et ne put s'empêcher de réprimer un rire.
- C'est ce que mon oncle Rémus me dit toujours, avoua Harry, d'un air amusé.
- Votre oncle est une personne pleine de sagesse, affirma Ellie, en lui tendant un bocal rempli de sucreries.
Le jeune Potter se servit et se mit à grignoter silencieusement, accompagné de son Professeur. Harry s'autorisa quelques regards en direction d'Ellie, qui semblait totalement perdue dans ses pensées, avec un sourire discret mais si rare, aux coins des lèvres.
- Je sais ce que vous faites pour Neville, dit soudain Harry.
Ellie sortit alors de ses pensées et posa ses yeux sur ceux d'Harry, l'interrogeant ainsi du regard.
- Vous êtes la première à vous préoccuper réellement de lui, vous savez ? Continua Harry. Rien ne vous oblige à l'aider dans votre matière et d'autant plus pendant votre temps libre. Pourtant vous le faites.
Le Professeur de Défense pencha la tête sur le côté, et se demanda à cet instant précis, où le jeune Potter voulait en venir.
- Comme vous m'aidez en ce moment, alors que nous savons pertinemment vous et moi, que je n'y arriverais pas à temps, acheva Harry, défaitiste.
- Vous êtes le seul à penser ainsi, Mr Potter.
- Professeur… Tenta de protester Harry.
- Vous croyez vraiment que je vous aurais donné ce livre et ces cours privés si je pensais que vous ne seriez pas capable de produire ce Sortilège à temps, Mr Potter ?
- Il est onze heures du soir et…
- Il ne reste que neuf heures avant que vous ne finissiez carboniser, finit-elle.
Harry eut un léger mouvement de recul à l'idée que son Professeur venait de dire mot pour mot la phrase qu'il s'apprêtait lui dire. Comment avez-pu-t-elle savoir à l'avance ce qu'il allait dire ?
- Mais vous y arriverez, affirma-t-elle, en se relevant du pupitre où elle était assise.
- Pourquoi croyez-vous autant en moi ? Demanda alors Harry.
- La question serait plutôt, pourquoi vous, ne croyez pas en vous, Mr Potter ? Rétorqua Ellie, en lui tendant la main.
Harry observa son Professeur et finit par saisir sa main. Elle le força ainsi à se relever et à reprendre l'entrainement. Cependant, au lieu de rester assise à son bureau, elle resta à ses côtés, cette fois. Harry se concentra et fit quelques tentatives qui se soldèrent, une fois de plus par un échec. Il s'apprêta une fois de plus à abandonner et à abaisser définitivement sa baguette, lorsqu'Ellie attrapa son poigné pour l'en empêcher. Harry se tourna vers elle, en fronçant des sourcils.
- Gardez votre baguette levée, Mr Potter et faites le vide.
- Pardon ? S'enquit Harry, qui ne comprenait pas ce qu'elle entendait par là.
- Fermez les yeux, lui demanda-t-elle.
- Mais Professeur… Tenta de protester Harry.
- Arrêter de protester et faites ce que je vous dis ! Par Merlin… Vous n'êtes pas le fils de votre père pour rien, constata Ellie, un tant soit peu amusée.
Harry rougit de la tête aux pieds et finit par faire ce que son Professeur attendait de lui : il ferma les yeux, la baguette toujours tendue, droit devant lui. Ellie, satisfaite, commença à lui parler calmement, d'une voix qui eut pour effet d'apaiser totalement Harry.
- La plupart des sorciers que vous croiserez tout au long de votre vie, vous diront qu'un sorcier puissant est un sorcier qui sait maitriser ses émotions, quitte à les mettre dans une boite fermée à double tour, dont on aurait pris soin de jeter la clé.
Harry garda les yeux fermé mais entendit les pas de son Professeur qui se promenait lentement dans la Salle de cours.
- Sachez que ces sorciers-là, ne sont que des idiots, trancha Ellie. Notre Magie est indissociable de nos sentiments et elle se retrouve d'autant plus forte lorsqu'elle est associée à nos émotions les plus intenses… Videz-vous l'esprit Mr Potter et laissez-vous envahir par vos émotions. Laissez-vous transporter par vos souvenirs les plus heureux…
Ellie continua ainsi à lui donner des conseils, tandis qu'Harry tenta d'appliquer à la lettre ses instructions. Au bout d'un moment, il parvint à faire le vide, à tel point que la voix de son Professeur paraissait extrêmement lointaine. Il suivit ses conseils et se laissa envahir par toutes les émotions qu'il pouvait ressentir. Et lorsqu'il fut prêt, Harry inspira profondément, et formula un :
- Accio Eclair de Feu !
Le jeune Potter eut à peine le temps d'ouvrir les yeux, que son balai, situé initialement à une vingtaine de mètres de lui, se retrouva instantanément dans ses mains. La bouche d'Harry fit un O parfait, tandis qu'Ellie ne put s'empêcher de sourire. Une fois l'étonnement passé, une joie immense envahit le cœur d'Harry, dont les commissures de ses lèvres s'étaient nettement élargies.
- J'ai réussi ! S'exclama-t-il.
- En effet, répondit Ellie, un tantinet amusée par la scène.
- Et maintenant ? Demanda Harry.
- A présent, il ne vous reste plus qu'à recommencer Mr Potter.
Le garçon s'exécuta, sans refaire les exercices de concentration de son Professeur et toutes ses tentatives se soldèrent par une réussite qui lui remit énormément de baume au cœur. Harry était désormais prêt pour sa Première Tâche, et son Professeur le savait.
-0-
La stratégie d'Ellie porta ses fruits et le lendemain matin, Harry survécut face à son dragon, et il réussit même l'exploit de se placer en tête du classement, grâce à son idée d'invocation de balai, jugée « ingénieuse et très classe ». Le jeune Potter se moquait de son classement car il était tout simplement heureux de s'en être sorti vivant. Les premières personnes à le rejoindre furent ses deux meilleurs amis, puis l'ensemble de ses camarades de Gryffondor. Puis, lorsque l'évènement fut terminé, il réussit à trouver son père dans la foule. Ce dernier étreignit et embrassa pleinement son fils qu'il avait craint de perdre.
- Très beau Sortilège, Mr Potter, dit alors Ellie, en inclinant la tête vers lui.
Harry s'écarta de l'étreinte de son père, et s'approcha de son Professeur de Défense.
- Merci Professeur, lui dit-il alors.
- Ce n'est que la stricte vérité, déclara Ellie.
Cette dernière tenta de s'écarter pour laisser James et son fils, seuls, mais elle sentit une main se refermer sur son poignet. Elle se retourna et fut étonnée de voir qu'il s'agissait de celle de James.
- Sturgis… Commença l'homme, avec un air gêné que la jeune femme n'avait vu que dans de rares cas.
- Oui, Potter ?
- Je…euh…Merci, balbutia-t-il, en passant une main dans ses cheveux. Merci pour tout.
Ellie lui sourit, et pour la première fois depuis leur rencontre, James lui rendit un sincère et franc sourire. La jeune femme en fut étonnée mais s'éloigna pour laisser le père et le fils, seuls.
- Ellie a raison, ton Sortilège était parfait ! Dit James, sur le trajet de retour vers le château.
- Sans elle, je n'y serais jamais arrivé… Avoua Harry. Elle n'a rien lâché jusqu'à ce que j'y arrive.
- Ca ne m'étonne pas d'elle, s'amusa James.
- Sans elle et sans Maman, je serais probablement mort carbonisé, insista Harry.
- Ta mère ? S'étonna alors James.
- Oui, soupira d'aise Harry.
Ce dernier marqua une pause, qui sembla interminable pour James, mais il finit par tout lui expliquer :
- Le Professeur Sturgis m'a dit de me rattacher à des souvenirs heureux ou à des émotions fortes pour arriver à produire mon Sortilège d'Attraction. Selon elle, la Magie est plus forte si on l'associe à des sentiments puissants. Alors j'ai pensé à l'amitié de Ron et d'Hermione, à mes oncles, à toi… Mais surtout à Maman qui veille sur moi, d'où qu'elle soit.
James ne répondit rien à cet aveu poignant mais se contenta de prendre son fils dans ses bras et de l'embrasser sur la tempe. Et intérieurement, il remercia une fois de plus Ellie Sturgis pour son intervention, qui venait certainement de sauver la vie de son fils.
