Chapitre 11 : le bal d'Halloween (2)
-Bon, ce n'est pas grave, on continue ! s'écria Sydney, la chanteuse de MagicPower.
Harry regarda s'éloigner Ashley d'un œil suspicieux.
-Ecoute Ginny, je vais m'asseoir un peu, je suis fatigué… dit-il dans l'espoir de pouvoir s'éloigner.
-Ca tombe bien, moi aussi ! s'exclama-t-elle. Tu viens avec moi manger quelque chose ?
Harry accepta à contrecoeur. Bien sûr, ce n'était pas Ginny en elle-même qui le gênait : il venait de danser sur trois morceaux et à présent se sentait très bien, très attaché à elle, mais il comptait être seul pour pouvoir suivre les sœurs Fitgeralds et Malefoy.
Il ne put cependant pas nier que le buffet préparé pour l'occasion était délicieux, et il aurait regretté d'être parti sans y avoir touché. Des cocktails de fruits à la Bierraubeurre, du plateau de crudités aux pommes de terre sautés en passant par les friands garnis de plusieurs mélanges, tout dégageait une si bonne odeur qu'il ne put résister à la tentation que goûter à un morceau de chaque plat.
-Gourmand ! marmonna Ginny le sourire aux lèvres.
Harry profita de ce répit pour observer un peu ce qui se passait dans la salle. Ron et Hermione, au fond à gauche, semblaient en parfaite entente, ce qui en soit consistait en un moment plutôt rare. Mais, justement, il les trouva un peu trop proches à son goût. Tous deux dansaient les yeux dans les yeux, tout sourire, et il se surprit à vouloir les voir se disputer.
-Nous étions exactement comme eux, dit Ginny, comme si elle savait à quoi il pensait.
Elle avait adopté un ton de reproche qui n'échappa pas à Harry.
-Ca ne t'a pas plu ?
-Oh si, si ! s'empressa-t-elle de répondre. C'était très bien. Un moment magique que je ne suis pas prête d'oublier. Seulement…
-Seulement quoi ?
Aussi étrange que cela puisse lui paraître, Harry refusait d'entendre Ginny critiquer leur dernière danse. Sans doute avait-il été trop proche d'elle à cet instant, et maintenant il voulait qu'elle le soit encore. Il n'en savait rien…
-Seulement tu les regardes comme si le fait qu'ils soient bien ensemble était quelque chose d'insupportable ! rétorqua Ginny. Ils sont juste entrain de danser, comme nous dansions il y a quelques minutes ! Rien de plus !
-Peut-être que justement, ça ira plus loin, dit Harry d'un ton convaincu.
-Pour nous ?
-Non. Pour eux.
Mais à présent qu'elle en parlait, Harry se surprit à penser que oui après tout, pour eux aussi.
-Ah.
Ginny baissa les yeux.
-Tiens regarde, dit Harry, qui avait perçu sa déception, Cho et Roger Davies, là-bas. Elle n'a pas l'air de s'amuser…
-Tout à l'heure, elle nous jetait des regards en coin, avoua Ginny.
-Il faut dire que tu représentes à toi toute seule une sérieuse concurrence, murmura Harry.
-Pardon ?
Ginny se tourna vers lui.
-Je ne suis pas sûre d'avoir bien compris…
Mais Harry put lire dans ses yeux qu'elle avait parfaitement entendu ce qu'il venait de dire.
Neville vint se poser près d'eux quelques à la fin du nouvel air. Il semblait à la fois réjouit et déçu, et se servit en canapés sans se soucier d'eux.
-Je vais le voir, murmura Ginny et elle se leva pour le rejoindre, laissant Harry seul.
Ce qui ne lui déplut pas, car depuis un petit moment, il désirait s'en aller, sans quoi il perdrait toute trace des trois Serpentard.
Il se remit debout et jeta un regard à Ginny, qui plaisantait avec Neville. Elle paraissait ne pas l'avoir remarqué. Il passa tout doucement près d'elle, alors qu'un bon groupe d'élèves venaient eux-aussi se reposer, mais elle ne le rappela pas.
-Ginny ? apostropha-t-il
La jeune fille tourna la tête vers lui, apparemment surprise de le voir ici.
-Oh, désolée, mais ça te dérange si je danse avec Neville ? Tu comprends, Luna n'est pas une très bonne danseuse, et il a préféré s'asseoir plutôt que de continuer avec elle, alors…
Harry ouvrit la bouche d'indignation, puis la referma. Si Ginny dansait avec Neville, il pourrait sortir sans la gêner.
-D'accord, vas-y. Moi je sors un peu, j'ai…
-Tu reviendras après ? demanda Ginny
-Euh…Oui, oui !
-Je t'attendrai ici, alors ! A tout à l'heure !
Harry prit la direction de la sortie et regarda une dernière fois sa cavalière. Il aurait bien voulu rester avec elle, pourtant… Mais il devait connaître la cause du départ précipité de Malefoy, Ashley et Ginger, et surtout savoir pourquoi ces deux dernières s'étaient disputées.
Quand il ferma la porte de la Grande Salle, il constata avec un certain soulagement que le volume sonore diminua instantanément. Ses oreille commençaient à lui faire mal. Mais il nota aussi que les trois Serpentard n'avaient laissé aucune trace derrière eux et avaient quitté les lieux depuis un moment déjà. Il pesta contre Ginny et s'en voulu immédiatement. Elle n'avait rien à voir dans cette histoire, même si elle l'avait retenu.
Il emprunta le couloir de gauche et s'y engouffra peu profondément. Là, il tendit l'oreille, mais ne perçut aucun éclat de voix. Il fit alors demi-tour et renouvela l'opération de l'autre côté, ce qui une fois encore s'avéra inutile.
-Bon sang ! ronchonna-t-il.
N'ayant pas le choix, il opta pour une autre solution : il regagna la tour de Gryffondor aussi vite qu'il le put, déboula dans le dortoir à bout de souffle, et sortit du tiroir de son chevet l'objet qu'il était venu chercher. Rapidement, il parcourut des yeux la carte du maraudeur, et n'eut aucun mal à repérer les sœurs Fitgeralds : elles se trouvaient dans les cachots, pas très loin de la salle où Rogue faisait classe. Il roula la carte et la mit dans sa poche, puis repartit dans la direction opposée à celle qu'il venait de prendre.
-Et bien ! gronda la Grasse Dame dans son portrait. Il faudrait savoir ce que vous voulez !
Mais Harry ne s'en soucia pas le moins du monde et il continua ainsi jusqu'à ce qu'il arrive devant les portes de la Grande Salle. Il n'avait pas pour but de s'arrêter, mais il n'en eut pas le choix. Ginny l'attendait, les bras croisés, et sourit quand elle le vit.
-Ah te voilà ! s'exclama-t-elle. Je commençais à me demander ! J'ai eu le temps de danser pendant trois chansons avec Neville. Ce n'est pas que je ne l'aime pas, mais je préfère tout de même quand c'est avec toi que je danse.
L'accent sur le toi avait un petit air de reproche qui déplut à Harry et qui en même temps lui fit plaisir. Il venait à peine de retrouver la trace des deux sœurs et de Malefoy !
-Euh, écoute Ginny… commença-t-il prudemment.
Il n'avait aucune envie de lui mentir, tout comme il n'avait aucune envie de la vexer.
-Je crois qu'il va falloir que tu attendes encore un petit peu, dit-il. Ce n'est pas du tout à cause de toi, s'empressa-t-il d'ajouter en voyant la décomposition du visage de Ginny. Au contraire, ça m'aurait fait très plaisir de t'accompagner dans une nouvelle danse, j'ai passé des moments très agréables avec toi, mais…
-Mais tu préfères danser avec quelqu'un d'autre, c'est ça ? acheva suspicieusement Ginny.
Harry fut presque touché par cette marque d'attention.
-Bien sûr que non, Ginny ! s'écria-t-il. Mais il faut vraiment que je vérifie quelque chose, ça ne prendra pas longtemps, crois-moi !
-Ah, vraiment ?
Ginny parut rassurée.
-Dans ce cas, je peux t'accompagner, on dansera plus tard !
Harry n'avait pas envisagé cette réponse.
-Euh… Je pense qu'il vaudrait mieux que j'y aille seul, déclara-t-il.
Ginny ouvrit la bouche en signe de colère.
-Ah bon ? Et pourquoi ?
Son ton n'avait plus rien de sympathique.
-Pour la simple raison que ça peut être dangereux…
-Très bien, dit Ginny d'un air décidé. Dis-moi ce que tu veux savoir, et je te laisse.
-Laisse-moi tout court, Ginny, s'il te plaît.
-Dis-moi !
Il opta pour un regard suppliant qui eut son effet. Ginny se radoucit quelque peu, et soupira de déception.
-Bon…J'imagine que si tu veux y aller seul, c'est qu'il y a une bonne raison… Promets-moi que tu reviendras vite, et je te laisse.
-Je te le promets, chuchota Harry à son oreille.
Pour dissiper les derniers doutes de son amie, il l'embrassa sur la joue, mais comme pour fuir sa réaction, il s'en alla précipitamment en direction des cachots avant qu'elle n'ait eu le temps de se rendre compte de ce qui venait de se passer.
Sa gorge commençait à le brûler trop fortement pour qu'il puisse maintenir le rythme. Il ralentit un peu sa course, car de toute façon, il se rapprochait des trois Serpentard et le martèlement de ses pas sur le sol l'aurait trahi. Déjà, il entendait des éclats de voix provenant de quelque part, un peu plus loin. Un coup d'œil à sa carte et il constata que les trois coursés se tenaient à l'embranchement du prochain couloir, tandis que Rogue demeurait immobile dans son bureau, au bout de celui où il avançait. Il s'arrêta, tendit un peu l'oreille, et concentra toute son attention sur les paroles d'une des filles, Ginger, si l'on en croyait les propos énoncés.
-Je me fiche de savoir ce que tu ressens, Ashley ! Laisse-moi vivre ma vie !
-Tu sais très bien que je veux t'empêcher de faire une bêtise !
-Si quelqu'un ici fait des bêtises, c'est toi, idiote ! Ce n'est pas parce que tu es différente que tu dois croire que tout t'est permis !
-Tais-toi, Ginger !
Harry, sur la pointe des pieds, s'avança jusqu'à l'embranchement du couloir. Ginger et Malefoy étaient très proches, trop peut-être. Ashley, légèrement en retrait, avait les yeux exorbités, et il remarqua qu'elle les avait maquillés comme ceux de sa sœur, sauf que les siens paraissaient encore plus réalistes, ce qui n'était pas peu dire. Ils se prolongeaient jusqu'à l'arrête du nez et formaient une sorte de pointe à leur extrémité, lui rappelant ainsi les yeux d'une créature, mais il aurait été incapable de se souvenir de laquelle.
-Moi je suis différente ? Oui, et j'en suis fière ! Contrairement à toi, qui te comportes comme la pire des…
Ashley n'eut pas le temps de finir sa phrase car sa sœur la gifla violemment.
-Eh, ho ! intervint Malefoy. Du calme ! Si ça te pose un problème que Ginger soit avec moi, tu le dis et on règle ça ensemble, ok ?
Ashley lui jeta un regard si noir que Harry en fut un moment déconcerté. Il ignorait que la plus jeune des Fitgeralds était capable de paraître aussi méchante. Mais, après tout, sa sœur était elle-aussi peu sympathique avec elle et la forçait à faire tout ce qu'elle voulait.
Ginger reporta son attention sur son partenaire de bal et lui sourit affectueusement.
-Dis-moi seulement, Ginger, pourquoi moi tu m'interdis d'être avec quelqu'un d'autre que toi mais que toi, tu te fiches complètement de me savoir seule !
Ginger ricana doucement.
-Ashley… Tu le sais très bien, n'est-ce pas? Tu n'es pas bête !
Sur ce, elle déposa lentement ses lèvres sur celles de Malefoy. Et Harry, qui avait totalement oublié où il se trouvait, sursauta quand il senti une main saisir fermement son épaule. Il pensa tout d'abord à Ashley, qui aurait pu réagir à l'acte de sa sœur et ainsi, en voulant reculer, l'aurait vu. Mais quand il se retourna, il ne vit personne d'autre que le professeur Rogue, les cheveux plus graisseux que jamais, une expression d'intense satisfaction mêlée d'animosité à son visage.
-Puis-je savoir ce que vous faîtes dans les cachots pendant une soirée comme celle-ci, Potter ?
Harry ne répondit tout d'abord pas et le scruta d'un air plein de dégoût. Il n'avait pas oublié le coup de la retenue après la potion de nouvelle mémoire.
-Vous n'êtes pas le mieux placé pour lancer de tels regards, Potter, dit sèchement Rogue. Répondez à ma question. Que faîtes-vous dans les cachots alors que tous vos amis s'amusent au merveilleux bal préparé pour Halloween ?
-J'avais quelque chose à vérifier, déclara Harry, ce qui n'était pas entièrement faux.
-Ah bon ?
La bouche de Rogue se transforma en un rictus.
-Vérifier quoi ? Ou plutôt, vérifier qui ?
Harry ne répondit rien. Mais même s'il avait voulu répondre, ses dires auraient été masquées par de nouveaux éclats de voix et un hurlement de douleur, qui provenaient du couloir d'à côté, et le cri à coup sûr de Malefoy. Lorsque celui-ci passa devant lui et Rogue, tout soupçon fut écarté, car malgré la vitesse avec laquelle il courait en regardant droit devant lui, deux éléments furent visibles : le premier n'était autre qu'une clé en or que Harry reconnut sans peine. Il s'agissait de la clé qu'il avait tenté de saisir dans le bureau de Lucius Malefoy. Deux points rouges un mince filet de sang qui coulait le long de son cou représentaient le deuxième élément, d'une toute autre nature que le premier.
-Mr Malefoy ! appela Rogue, mais il n'obtint rien en retour.
Ginger et Ashley accoururent, l'air plus en colère l'une que l'autre. L'aînée jeta un regard mauvais à Harry, tandis que sa sœur suivait Malefoy des yeux.
-Qu'est-ce que tu peux être stupide ! maugréa Ginger en reportant son attention sur Ashley.
-Eh ! Ce n'est pas ma faute !
Elle parlait d'une voix dure que Harry ne lui connaissait pas.
-Je te rappelle que c'est toi qui l'a embrassé !
Ginger jura et ronchonna.
-Viens, on rentre.
-Et pourquoi ?
Rogue observait la scène comme si elle représentait quelque chose de banal. A aucun moment, il n'ouvrit la bouche.
-VIENS ! hurla Ginger.
Ce n'était pas la première fois que Harry se rendait dans le bureau de Rogue, et une fois encore, quand son professeur referma la porte, il eut l'horrible sentiment d'être enfermé. Les murs étaient toujours surchargés d'étagères contenant toutes sortes de choses bizarres et complètement répugnantes.
-Bien, maintenant que vous n'avez plus de risque d'être entendu par aucune d'entre eux, vous allez peut-être me dire pourquoi vous espionniez Mr Malefoy et les sœurs Fitgeralds !
-Je ne vois pas en quoi cela vous regarde, rétorqua Harry. Et vous vous allez peut-être me dire pourquoi vous vous acharnez sur moi, professeur. Car au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, Malefoy, Ashley et Ginger non-plus n'assistaient pas au bal.
-Eux n'espionnaient personne, Potter, ce qui suffit à les dispenser de tout soupçon.
-Moi non-plus, figurez-vous, mentit Harry, sachant de Rogue ne le croirait pas. Je passais par-là et je les ai entendus se disputer, alors je me suis arrêté.
-Pour mieux les entendre, n'est-ce pas ?
Harry sentait sa colère monter. Il ne fallait pas que Rogue se sente supérieur.
-Ecoutez, professeur, comme vous le dîtes, le bal qui a lieu dans la Grande Salle est merveilleux, alors j'aimerai y retourner, si ça ne vous ennuie pas.
-Et alors ? Il fallait y penser avant, Potter. De toute façon, la fête est presque terminée.
-Donc vous pouvez me laisser !
Rogue lui lança un dernier regard plein de haine et, ne trouvant rien à redire, le laissa s'en aller.
Harry se pressa de regagner la Grande Salle, mais comme Rogue l'avait prédit, le bal était déjà presque terminé quand il atteint son but. Au fond de la pièce, il repéra Ginny, assise sur un banc, dévorant un gâteau à la crème sans grande conviction. Elle tourna la tête vers lui et il sourit, mais elle reporta son attention sur sa part de dessert. Ne comprenant pas vraiment cette réaction, il s'avança vers elle et se posa à ses côtés, mais là encore elle se décala sans le regarder. Harry se sentit mal, tout d'un coup. Il lui avait promis de revenir rapidement, et il était revenu à la fin du bal. Il s'en voulut énormément, et apparemment Ginny lui en voulait encore plus.
-Excuse-moi, Ginny, murmura-t-il, soudainement très honteux de son comportement. Je suis désolé.
-Et moi donc…
Sa façon de ne pas lever les yeux vers lui attrista Harry plus que tout. Et dire que quelques heures auparavant, ils dansaient tous les deux sur des mélodies entraînantes, sans jamais avoir besoin de se parler tellement ils se comprenaient par le regard…
-Tu m'en veux, n'est-ce pas ? hasarda-t-il, connaissant parfaitement la réponse.
-A ton avis…
Harry soupira.
-Rogue m'a retenu dans son bureau, expliqua-t-il.
-Bien sûr, oui ! rétorqua Ginny. Mais il est arrivé avant toi…
-Quoi ?
Harry regarda partout autour de lui. En effet, Rogue avait rejoint la foule de danseurs avec le professeur Sinistra, qui enseignait l'astronomie.
-Mais ? Comment… il est parti après moi… Je ne comprends plus rien !
-Moi je comprends, dit Ginny d'un voix triste. Tu es resté dans les couloirs avec quelqu'un. Ou quelqu'une.
-Quoi ? Ginny, ça ne va pas ?
-Tu es allé voir Ginger, c'est ça ? demanda-t-elle sur un ton de reproche.
-Non ! Enfin si, mais ce n'était pas pour…
-Tu vois, coupa Ginny. Si tu voulais la rejoindre, il fallait le faire, mais en revanche, il ne fallait pas me faire espérer que tu…
-Mais écoute-moi ! s'emporta Harry. Je suis allé voir Ginger, c'est vrai, mais c'était pour l'espionner et…
-Tais-toi Harry, interrompit Ginny. Je pensais vraiment que tu avais changé d'avis à mon égard. Que finalement, c'était possible entre nous. Mais je me suis trompé. Même Neville a fait mieux que toi.
Ses paroles arrivèrent à ses oreilles comme un coup de poing. Elles résonnèrent dans sa tête et Harry, ne pouvant pas affronter le regard plein de déception de Ginny, regagna la sortie sans rien dire. Mais quand il se retrouva seul sur le chemin de la salle commune des Gryffondor, un sentiment insupportable de culpabilité, d'incompréhension et de rage l'envahit. Il serra les dents pour s'empêcher de crier. Tout cela était la faute de Rogue, encore une fois ! A présent il se rendait compte à quel point il tenait à Ginny. Mais il songea avec amertume qu'il était trop tard.
-Le mot de passe ?
Il était arrivé devant le portrait de la Grosse Dame.
-Stupefix, répondit-il.
Le passage se dégagea et il s'engouffra dans le trou menant à la salle commune. Là, il s'attendait à être seul et tranquille, pouvant ainsi s'installer quelque part et réfléchir à tout ce qui s'était passé cette nuit, mais Ron et Hermione l'avaient devancé. Tous deux se tenaient assis dans le fauteuil près du feu et sursautèrent en l'entendant arriver. Néanmoins aucun ne bougea.
-Salut, Harry ! dit Ron.
-'lut…
Il s'efforça de ne pas croiser leur regard, car il savait que la tristesse pourrait se lire dans le sien.
-Tu as passé une bonne soirée avec Ginny ? s'enquit Hermione, et sa voix révélait une embarras qui ne lui était pas ordinaire.
Harry ne répondit rien. Silencieusement, il vint s'asseoir près d'eux, devant le feu, et plongea ses yeux dans les flammes dansantes de la cheminée.
-Ca dépend de ce que tu appelles une bonne soirée, déclara-t-il prudemment.
Il se força à ne pas lever les yeux.
-J'aurais pu passer une excellente soirée avec Ginny si je n'avais pas été aussi bête…
Ron et Hermione ne répondirent rien. Quand Harry risqua un regard, il vit que tous les deux semblaient très gênés.
-Et bien, quoi ?
-Euh… commença Ron mais Hermione le fit taire d'un geste de la main.
-En fait, expliqua-t-elle avec une lenteur sûrement volontaire, comme tu le sais nous sommes allés au bal ensemble, et… Et puis comme nous nous sommes très bien entendus, et bien nous avons décidé de rester de… de rester ensemble.
Elle termina sa phrase très vite. Malgré tout, l'information mit du temps à parvenir au cerveau de Harry.
-Pardon ? Vous allez rester ensemble ?
Il bougonna mais ne fit pas de commentaire. Finalement, il s'en doutait un peu, du côté de Ron du moins.
-Si vous y tenez…
Mais son sentiment de désolation augmenta, et l'apparition de Ginny dans la salle commune n'arrangea pas les choses. Il n'osa même pas croiser son regard, de peur d'y trouver quelque chose qu'il n'aurait pas supporté. Toutefois, Ron et Hermione durent le faire car Ron demanda :
-Que se passe-t-il ?
Hermione, d'après son expression pincée, laissait croire qu'elle avait compris la situation, aussi passa-t-elle alternativement de Harry à Ginny. Ron, lui, ne chercha pas à comprendre : tout ce qu'il voyait était que sa sœur avait pleuré et qu'il fallait que le coupable de ce chagrin paye pour ses actes, ce qui ne fit qu'aggraver le mal-être de Harry.
-Qui t'a fait pleuré, Ginny ? s'exclama-t-il. Dis-moi !
-Laisse-moi, Ron.
-Ginny, dis-moi !
-Va-t-en !
-Mais dis-moi et ce fils de chacal va le regretter !
-Laisse-moi, Ron, bon sang !
-Ron, laisse-la, intervint Hermione. De toute façon, quand tu sauras le nom de celui qui a fait pleuré ta sœur, tu ne penseras plus la même chose de lui.
-Et pourquoi ?
-Parce que c'est moi, répondit Harry, la voix rauque.
-Toi ?
Ron fut tellement surpris qu'il rejeta cette possibilité.
-Sérieusement, qui a fait ça ? s'obstina-t-il en se tournant vers sa sœur.
-Moi ! répéta Harry de cette même voix.
Ginny monta dans sa chambre sans que personne ne la retienne.
-Comment ça, toi ? dit Ron, incrédule. Tu ne vas pas me dire que…
-Je n'ai pas tenu ma promesse, je l'ai laissée tomber, un point c'est tout ! s'énerva Harry. Je n'ai pas voulu la faire pleurer, j'ai simplement…
-Tu l'as simplement laissée tomber ! rétorqua Ron d'une voix forte. C'est comme ça que tu traites ma sœur ?
-Je te dis que je n'ai pas voulu ! s'époumona Harry.
-Oh, stop ! intervint Hermione. Ron, arrête ta comédie.
-Ma comédie ? Il laisse tomber ma sœur comme un déchet et je joue de la comédie ? Merci de ton soutien, Hermione, ragea Ron, entre petits-amis, on se soutient, je vois ça !
-Je ne l'ai pas laissée tomber comme un déchet ! se défendit Harry. Je lui avais promis de revenir, mais Rogue m'a retenu dans son bureau, et quand il m'a laissé sortir…
-Tu n'avais pas à t'en aller ! s'obstina Ron.
-Il a raison, approuva Hermione. Pourquoi es-tu parti ?
Harry respira profondément pour se calmer.
-Je suis parti, parce que les sœurs Fitgeralds et Malefoy ne m'inspiraient pas confiance ! Et j'ai eu raison ! Ginger est une vraie folle ! Elle a mordu Malefoy dans le cou, du sang coulait de sa gorge !
-Et pourquoi tu ne nous en as pas parlé plus tôt ? rétorqua Ron.
Harry baissa les yeux.
-Parce que Ginny venait de me faire comprendre qu'elle ne voulait plus de moi, avoua-t-il simplement.
-Quel est le rapport ? tempêta Ron.
-Tout bêtement que Harry était triste, et qu'il n'avait pas envie de parler de quoi que ce soit, répondit Hermione. C'est bien cela, Harry ?
Celui-ci acquiesça.
-Harry était triste, mais c'est quand même ma sœur qui s'est retrouvée en larmes, objecta Ron avec mauvaise humeur. Et je peux vous dire que ça fait un bon moment qu'elle n'a pas pleuré pour quelqu'un.
-Ron, si tu veux faire la morale à quelqu'un, ça sera sans moi, compris ? gronda Harry. Pour moi aussi, c'est dur. Tu crois que je me fiche de tout ça ? Je tiens beaucoup à elle, figure-toi.
La dernière phrase dut avoir de l'effet car Ron soupira.
-Excuse-moi, mon vieux, dit-il. Bon, on oublie cette dispute...
-On oublie, approuva Harry.
Et Hermione sourit à chacun d'eux.
-Toujours est-il que Ginger a mordu Malefoy, fit remarquer Ron.
-Violemment, en plus, du sang coulait de son cou. Et tiens, j'ai aussi revu la clé que j'avais déjà repérée dans le bureau de son père, annonça Harry.
-Ah oui ? C'est curieux, ça… marmonna Hermione. Et es-tu vraiment sûr que Ginger a mordu Malefoy ?
-Presque certain ! s'écria Harry. Je ne l'ai pas vue, mais je l'ai vue l'embrasser, et quelques secondes après, Malefoy s'en allait en courant.
-Si tu ne l'as pas vue, comment en être certain ? s'enquit Hermione. Je veux dire, c'était peut-être autre chose, ou même quelqu'un d'autre !
-Il n'y avait qu'Ashley avec eux, et Malefoy avait l'air de la répugner. Je ne pense pas qu'il y ait des chances que ce soit elle. En plus, elle était tout de même assez loin de lui, il aurait fallu qu'elle soit vraiment rapide.
-Sale histoire, tout ça… grommela Ron. Une folle furieuse à Poudlard ! Attention, elle mord ! De toute façon Hermione, tu sais bien qu'elle avait les dents pointues ce soir ! Et pas Ashley !
-Ca paraît tellement absurde ! dit Hermione d'une petite voix.
-Pourtant c'est vrai, conclut Harry. Si ça ne vous dérange pas, je vais dormir, je suis mort de fatigue…
-Eh, attends un peu ! rappela Ron alors qu'il arrivait déjà au pied de l'escalier. Ca ne te gène pas pour… moi et Hermione ?
Harry soupira et se rassit dans le fauteuil.
-Ce n'est pas moi qui dois décider de ce que vous faîtes, répondit-il, bien qu'il mourrait d'envie de répliquer que les voir ensemble l'énervait, juste pour se venger de Ron.
Il ferma les yeux et décida de rester ici un moment. De toute façon, il n'avait pas la force nécessaire pour se lever. Ce fauteuil était très confortable, et le feu diffusait une chaleur agréable qui l'endormait doucement. Il laissa le crépitement des flammes envahir son esprit, pour ne plus penser à cette soirée riche en émotions. De tous les souvenirs qui lui revenaient dès qu'il y songeait, il se força à n'en garder que les meilleurs – le seul bon, d'ailleurs - , rangeant ainsi sa dispute avec Ginny, celle entre Malefoy et les sœurs Fitgeralds et son affrontement avec Rogue dans un coin de sa tête, avec une étiquette indiquant de ne pas déranger. Il conserva précieusement les quelques moments merveilleux que Ginny lui avait offerts, même s'ils étaient révolus. Et il conserva l'image de cette clé en or que Malefoy tenait autour de son cou. Alors comme ça, c'était lui qui la possédait ? Pourquoi sa mère avait-elle annoncé que rien n'avait été dérobé dans le bureau de son mari ? Tout se mélangeait dans sa tête. Mrs Malefoy aurait volontairement dissimulé la disparition de cette clé ? Ou en ignorait-elle l'existence ? Toujours était-il que Drago la gardait précieusement sur lui, certifiant son utilité.
Harry était entrain de se réfléchir au moyen de s'emparer de cette clé quand se il sentit glisser. Mais bizarrement, il occupait encore la même place dans le fauteuil. La clarté de son esprit se dissipa, laissant un nuage confus l'envahir chaque fragment de son cerveau. Un crépitement sonna à ses oreilles et couvrait tous les autres bruits de la pièce. Il tenta de réfléchir à ce qui se passait, mais son cerveau semblait fermé.
-Apportez-moi un papier et une plume, ordonna-t-il d'une voix sans expression apparente.
Il ne savait pas pourquoi il avait dit ça. Pourtant, quand Ron lui tendit ce qu'il venait de demander, il saisit la plume et le papier et sut ce qu'il avait à faire. Les yeux perdus dans le vide, il posa la pointe de la plume sur le parchemin et commença à écrire. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il écrivait. Il ne ressentait pas la moindre émotion, hormis un étrange sentiment de soumission qui se mêlait au néant enclavé dans son esprit. Sa main de déplaçait très lentement et par à-coups, et parfois son visage se crispait sous l'effort que ses mouvements lui imposaient.
-Harry ? entendit-il, mais ce son lui parut tellement loin qu'il ne parvint même pas à déterminer qui lui parlait.
Sa main se mettait peu à peu à trembler à mesure que des mots s'inscrivaient sur la feuille de parchemin.
-Harry ? entendit-il encore une fois
Mais il ne parvenait pas à aller contre cette force qui le poussait à écrire il ne savait quoi. Il ne pouvait que se laisser guider sans volonté en attendant que tout s'arrête.
Il reprit ses esprits si brutalement qu'il ne sut même plus où il se trouvait et ce qu'il faisait. Le volume sonore redevint normal et il se sentit contrôler son corps comme avant.
-Que s'est-il passé ?
Ron et Hermione le fixaient tel un revenant. Tous deux avaient extrêmement palis durant les quelques minutes qu'avait duré cette perte de contrôle.
-C'est à toi de nous le dire ! sanglota Hermione. Si tu savais la peur que tu nous as fait !
-Oui, approuva Ron, angoissé. Ton regard est devenu tout bizarre… Et tu t'es mis à écrire quelque chose d'illisible…
Harry baissa les yeux vers son morceau de parchemin. Ce qu'il avait tracé ressemblait plus à un gribouillage qu'à son écriture habituelle. D'ailleurs, au premier coup d'œil, il ne sut même pas ce qu'il avait inscrit.
-Je me demande ce qu'on m'a fait écrire, marmonna-t-il. Il va falloir tout déchiffrer.
-Ce qu'on t'a fait écrire ? dit Ron, les yeux écarquillés.
-Alors tu penses que quelqu'un serait entré dans ton esprit ? s'enquit Hermione. Vol… Voldemort ?
-Ce ne serait pas la première fois, après tout, répondit Harry d'un ton las. Mais ma cicatrice est tout à fait normale et non douloureuse, donc je doute que ce soit Voldemort qui ait pris le contrôle de mon corps.
-Mais alors, qui ? interrogea Ron, peu rassuré.
Harry ne put répondre. Il se concentra sur la ligne qu'il avait écrite et porta toute l'énergie qui lui restait à déchiffrer les inscriptions. Par endroits il distinguait des mots qui étaient plus lisibles que d'autres, mais le tout restait tout de même incompréhensible.
-Au début, il me semble qu'il y a marqué quelque chose puis : apparences… dit Ron.
-Il ne faut… et c'est tout ce que je peux voir, déclara Harry.
Il tenta de rapprocher les deux morceaux de phrase et parvint à quelque chose autour de : il ne faut pas se fier aux apparences… Vu comme ça, on pouvait en effet distinguer que les différentes lettres correspondaient.
-Il ne faut pas se fier aux apparences, annonça-t-il.
-N'y a-t-il pas écrit les amis, juste après? questionna Hermione. Les amis ne sont… quelque chose.
-Les amis ne… toujours… compléta Harry.
-A la fin, je crois qu'on a le verbe être, proposa Ron.
-Les amis ne…toujours…être, assembla Harry. Il faut boucher les trous, maintenant.
-Les amis ne sont pas toujours quelque chose être, ajouta Hermione. Et c'est signé à la fin.
-Comme ils devraient l'être ! conclut Ron.
Mais Harry trouva que cela ne collait pas avec la forme des mots.
-Non… murmura-t-il. Les amis ne sont pas toujours ceux que l'on croit être…
Ron et Hermione jetèrent un coup d'œil au morceau de papier.
-C'est ça ! s'exclama Hermione. Et s'est signé par ?
Harry reporta son attention sur le dernier mot de la ligne et faillit tomber à la renverse.
-C'est impossible… chuchota-t-il.
-Quoi ?
Harry se rassit lentement, la main sur le cœur. Il vérifia sa découverte et arriva à la même conclusion.
-Quoi ? répétèrent Ron et Hermione.
-Il ne faut pas se fier aux apparences…Les amis ne sont pas toujours ceux que l'on croit être, dit Harry d'une voix tremblante. Et c'est signé : Sirius…
-Alors tu crois que Sirius t'aurait averti ? demanda Hermione d'une voix forte pour couvrir le vacarme tout autour.
-Que veux-tu que se soit d'autre ?
Comme souvent, le cours de sortilèges était tellement agité ce jour-là que tous les trois pouvaient parler à leur guise de cette soirée d'Halloween si riche en évènements.
-Sincèrement, ce bal aura véritablement été révélateur, avoua Ron. On apprend que Ginger est amatrice de chair humaine, Sirius envoie un avertissement…
-Ne dis pas de bêtises ! râla Hermione. Ginger Fitgeralds n'est pas amatrice de chair humaine ! Harry n'est même pas sûr que ce soit elle !
-En attendant, c'est bien Ginger qui embrassait Malefoy le moment d'avant ! rétorqua Ron.
-C'est tout de même étrange, dit Hermione pour changer de sujet, que Sirius ait pu nous avertir en entrant dans ton cerveau… Lui même devait être sous forme d'esprit…Il est mort, après tout !
-Merci de me le rappeler, grommela Harry en tenant à deux mains son rat, qu'il devait ensorceler.
Il ne l'avait pas dit à ses amis, mais cet épisode de la soirée d'Halloween l'avait beaucoup fait réfléchir. Plusieurs fois on lui avait dit que mêmes mortes, les personnes aimées demeuraient dans notre cœur, prêtes à nous venir en aide. Mais désormais, il comprenait vraiment ce que tout cela voulait dire. Sirius, même mort, lui était venu en aide. Il ne savait pas ce qu'il avait voulu dire par les amis ne sont pas toujours ceux que l'on croit être, mais il savait que cela avait un sens qui apparaîtrait avec le temps.
A présent, chaque soir, il songeait inlassablement à ce message venu de son défunt parrain, et inlassablement sa reconnaissance prenait de l'ampleur. Il ne lui restait plus qu'à découvrir le sens de l'avertissement pour que Sirius ait rempli sa mission. Et constamment, ses pensées cogitaient à ce propos : si un mort avait réussi à entrer en contact avec un vivant, peut-être qu'un vivant parviendrait à le faire avec un mort…
voilà pour aujourd'hui! finalement ça va, je n'ai pas été trop longue, en fait je pensais que je n'aurais pas eu le temps vu que mercredi je n'étais pas chez moi et en général le mercredi et le dimanche j'avance beaucoup dans mes chapitres... sauf ce dimanche-là, où je ne suis pas chez moi non-plus!
alors, ça vous a plu cette fin de bal? j'attends vos impressions!
Rebecca Black, tu trouves vraiment que Ginger a l'air sympathique ou c'était ironique? tu m'inquètes là! lol. C'est vrai qu'Ashley suit beaucoup sa soeur mais elle a de bonnes raisons, que vous découvrirez plus tard dans l'histoire.
Bon je vous laisse réfléchir un peu à tout ça en espérant que ça vous plaise encore...
kiss!
