Blabla : à quelques mots près, ce chapitre et le précédents sont aussi longs. Si ça c'est pas de la régularité...
L'amour n'a pas de règles
Château d'Hytanica, 23 Septembre
Pendant encore quatre jours, Alice ne vit plus du tout Jasper. Elle aperçu juste son dos alors qu'il parlait avec un ministre ou elle ne savait qui. Il était tout le temps occupé, même le soir. Elle était un peu déçue qu'il ne revienne pas un soir, pour la voir. Elle l'attendait, pourtant avec la quasi certitude qu'il ne viendrait pas. Elle avait quand même espéré.
Ce soir-là, comme tous les soirs depuis l'écurie, elle se tourna, se retourna et se reretourna dans son lit pendant des heures, tantôt sous la couette, tantôt au-dessus, en serrant son coussin contre elle ou en le poussant loin d'elle. Les lèvres de Jasper devaient être une drogue. Une drogue dure ! Elle n'arrêtait pas de penser à leurs baisers et avait envie de recommencer. Elle savait très bien que sa réaction était nunuche, mais c'était plus fort qu'elle.
Elle sortit triomphalement une chemise de sous son oreiller. Elle avait dû soudoyer la servante qui s'occupait du linge de Jasper pour la récupérer. Bon, d'accord. Elle était un cas désespéré. Elle repoussa la chemise dans un coin du lit et s'assit au milieu des draps. Pourquoi était-elle stressée? Elle avait bien une idée. Demain quand elle reverrait Jasper, le roi et la reine seraient là eux aussi. Renée également. Tout d'abord, elle était gênée devant les anciens souverains. Puis elle ne pourrait pas se jeter au cou de Jasper devant eux. De plus, elle avait peur de faire une bourde depuis qu'elle connaissait l'histoire de Jasper. Enfin des Jasper.
Et enfin, Jasper était réellement différent quand il était juste avec Alice et quand il était devant d'autres gens. Elle le voulait rien que pour elle.
Elle s'endormit sur cette pensée, après deux bonnes heures de cogitation intense. Elle espérait sincèrement qu'un jour cesse l'alternement "Je suis avec Jasper/Je suis séparée de lui" comme c'était le cas depuis plusieurs semaines. Elle savait qu'en tombant amoureuse du roi, sa vie sentimentale ne serait pas banale, mais il fallait se rendre à l'évidence : celle-ci était quasiment inexistante. Entre les "Je te déteste je ne veux plus te voir" et les "Je t'aime mais je ne peux pas te voir", elle avait l'impression de ne pas du tout connaître Jasper.
Elle se réveilla presque en sursaut. En fait, elle ne connaissait pas Jasper. Pas comme elle aurait voulu. Quelque chose chez lui l'attirait irrésistiblement et dans son esprit c'était clair comme de l'eau de roche : elle était amoureuse. Mais comment cela avait-il pu se faire si vite ? La preuve, elle ne savait même pas qu'il avait été adopté. D'un autre côté, personne ne devait savoir. C'était un souverain illégitime, et comme il n'était guère apprécié, il aurait tôt fait d'être déchu de son poste, voir même tué. Il fallait à tous prix éviter cela.
Elle pinça les lèvres et se laissa tomber en arrière, sur les coussins. Elle avait tout plaqué pour lui. Elle n'avait pas grand chose, certes, mais tout de même. Elle repensa à leur rencontre et s'endormit le sourire aux lèvres, se souvenant de Jasper pas glorieux du tout, coincé dans la baignoire trop petite, et qui n'arrivait pas à se laver à cause de son épaule luxée.
Le lendemain matin, elle se réveilla endolorie. Son dos craqua quand elle se leva pour aller dans la salle de bain. Rapidement, Renée arriva, toujours flanquée de deux femmes. Alice se demanda si Renée n'était pas devenue sa gouvernante à elle, plutôt que celle de Jasper.
Une fois le rituel matinal de l'habillement terminé, elle suivit Renée jusque dans une pièce qui lui était encore inconnue - il faut dire qu'il y avait vraiment beaucoup de salles dans le palais - pour aller montrer ses progrès aux parents de Jasper.
Elle fit tous les efforts du monde pour cacher sa déception quand elle vit que Jasper n'était pas présent, et qu'elle comprit qu'il ne viendrait pas. Elle du lire un texte, écrire sous la dictée, replacer des villes sur une carte, marcher et faire la révérence et parler du père de Carlisle et de son gouvernement. La pression était énorme. Esmé la regardait avec un sourire bienveillant. Carlisle avait l'air ailleurs. Tout cela ne l'intéressait pas beaucoup. Alice se dit que Jasper avait raison : si Carlisle aimait vraiment son fils, il ferait plus attention à tous les efforts de sa... De sa quoi au juste ? Elle n'était ni sa fiancée, ni sa femme, ni même sa maîtresse. Il n'y avait pas vraiment de mot pour définir ce qu'elle était vis-à-vis de Jasper.
Esmé eut un vrai sourire et félicita Alice. Carlisle lui serra la main et la félicita aussi.
- Vous pouvez être fière de vous, Alice.
- Merci beaucoup, fit-elle en faisant une courbette.
Un homme, qu'Alice n'avait pas vraiment remarqué tant il était discret, ouvrit la porte pour laisser sortir Carlisle et Esmé. A ce moment, Jasper passa dans les couloirs et aperçu Alice. Sa mine morose se métamorphosa et il arbora un grand sourire sincère.
- Alice ! Hum, Alice. Père, Mère...
- Jasper il faut que je te parle.
- Qu'y a-t-il Père ? Pouvons nous en parler devant ma mère et Alice ?
- Eh bien... Peu importe. Vous pouvez rester, Mesdames.
Carlisle et Jasper s'assirent sur des fauteuils se faisant face, et Alice et Renée se postèrent auprès d'eux.
- Il y a quelque chose qui me pose problème. Alice, ne prenez pas cela personnellement, je vous prie.
Alice déglutit. Qu'allait-il encore se passer ?
- Jasper... Je sais qu'Alice te plait beaucoup et que c'est réciproque, vu les efforts considérables qu'elle fait. Mais...peut-on réellement marier un roi et une fille...de...la campagne ?
Un éclair noir traversa le regard de Jasper. Il semblait bouillir de l'intérieur.
- Attends, je n'essaye pas de vous séparer, les enfants. Seulement...
- Seulement quoi ? Tu n'as pas envie de me voir heureux ? Hein ? Ca te dégouterait que cet idiot de roi irresponsable épouse une femme par amour? Après tous les efforts que vous avez fait faire à Alice vous voudriez qu'elle reparte ?
- Les mariages d'amour de mènent à rien. Tu te marieras avec une princesse, une duchesse à la limite, un point c'est tout. J'ai épousé ta mère par intêret et pourtant nous sommes un couple heureux et amoureux. Pourquoi cela ne t'arriverait-il pas?
- Parce que j'aime déjà une femme.
- Tu pourrais en aimer deux. Ou ne pas aimer ton épouse légitime et faire d'Alice...ta maîtresse. Aucune loi ne te l'interdit.
- Ha, laisse moi rire. Tu sais quoi, ici le roi c'est moi ! C'est moi qui décide de ce qui se fera, et si j'ai envie d'épouser une fille de rien, je le ferai. Si j'ai envie de me marier avec une servante, je le ferai aussi. Et si je veux d'Alice comme femme, alors ce sera elle.
- Tu es peut-être le roi, mais je suis encore ton père !
Ben tiens ! Tu es mon père uniquement quand cela t'arrange ! Tu n'es mon père que quand il s'agit de me gueuler dessus.
- Jasper, surveille ton langage ! S'offusqua Esmé
Il pinça les lèvres.
- Avez-vous la moindre idée de toute la pression que je subi? Venez pas m'emmerder avec des histoires à la con de rang social.
Il se leva, furieux, et pris Alice par la taille.
- C'est cette fille que je veux, pas une autre. Si je ne peux pas l'avoir en temps que roi, alors je démissionne.
- Tu ne peux pas faire ça.
- Démissionner ? Pas comme cela en effet. Mais je peux faire éclater au grand jour un scandale. Comme qui je suis réellement par exemple. Ou devrais-je dire, qui je ne suis pas !
Carlisle se leva d'un bond à son tour.
- As-tu la moindre idée des conséquences que cela peut avoir?
- Evidement. Je préfèrerais ne pas en arriver là. Mais tu connais maintenant ma position. A toi de voir, papa.
- Ne fais pas l'idiot.
- Je fais l'idiot si j'en ai envie, répondit-il en baissant les yeux, l'air plus triste. De toute façon, quoique je fasse, tu n'as jamais été et ne sera jamais fier de moi.
Il haussa les épaules et lâcha Alice. Les sourcils de Carlisle s'affaissèrent et Esmé se mit à sangloter. Alice alla lui prendre la main tandis que Carlisle mettait la sienne sur l'épaule de Jasper.
- Tu te trompes. Je suis fier de toi, de ce que tu fais et de ce que tu es devenu. Je ne sais juste pas comment l'exprimer. Certes, nous pouvions espérer mieux comme souverain, moins cruel et oppressant, mais tu es un bon roi.
- A d'autres. Je ne te crois pas. Mais ce n'est pas grave. Puisque j'ai Alice. Qui m'aime moi, et pas un fantôme.
Il lança un regard indéchiffrable à Esmé et ressortis de la pièce. Il s'arrêta juste après le pas de la porte.
- Eh, toi, lança-t-il sans se retourner.
L'homme qui était toujours près de la porte se raidit.
- Oui votre Majesté ?
- Un mot de tout ça et ta tête sera une superbe décoration pour les remparts.
- O-oui, votre Majesté !
Carlisle se prit la tête entre les mains et Esmé essuya ses larmes.
- Il n'a jamais voulu comprendre qu'on l'aime, lâcha Carlisle
- Montrez-le lui, proposa Alice.
Carlisle la regarda.
- Je suis désolé Alice, pour ce que j'ai dit. Je le pense sincèrement, mais je dois dire que je préfèrerait vous voir à ses côtés plutôt qu'une inconnue. Plus que quiconque même. Vous êtes une femme extraordinaire. Allez le rejoindre, il en a besoin.
Alice se hâta de rejoindre Jasper. Elle trottina sur la pointe des pieds jusque derrière lui. Elle se positionna juste derrière son dos et mis ses mains sur les yeux du roi et sourit.
- Surprise, devine qui c'est !
- Alice... Tu es trop petite, tes mains sont sur mon nez.
Il se retourna et la couvrit d'un regard très doux.
- Peu importe ce que les gens attendent, à mes côtés ce sera toi ou personne.
- Jasper...vous m'avez tutoyée.
- C'est vrai. J'ai l'impression d'être à des kilomètres de toi quand j'emploie la seconde personnes du pluriel. Je vouvoie mes ministres, les Comtes et les Duchesses. Toi tu es différente, tu es bien au-dessus d'eux. Laisse-moi me rapprocher encore plus de toi et te disant "tu".
- A une seule condition. Que je puisse le faire aussi.
Jasper lui effleura le bout du nez et lui vola un baiser.
- Très bien.
Il se regardèrent quelques secondes silence.
- Je parie que d'ici quelques secondes, tu vas me dire que tu as du travail qui t'attend et que tu dois me laisser.
- Exact. Mais j'ai changé d'avis. Je déjeune avec toi ce midi.
Il s'éclipsa avant qu'Alice n'ouvre la bouche. Elle dansa intérieurement, Jasper et elle avaient encore passé un cap.
A midi tapantes, elle se rendit dans la salle où Jasper et elle auraient du manger presque une semaine plus tôt. Elle se perdit une ou deux fois mais quand elle arriva, Jasper n'était pas encore là. Elle était un peu mal à l'aise, et ne savait pas trop quoi faire alors elle resta debout. Soudain, elle ne vit plus rien et sentit quelque chose sur ses yeux.
- Surprise !
Alice se retourna et tomba nez à nez avec le sourire d'ange de Jasper.
- Jasper !
Elle se jeta à son cou.
- Hé, du calme, rit-il.
- Je ne pensais pas vous...tu pourrais te libérer.
- C'était une séance de doléances. J'ai fait tuer tout le monde pour l'abréger.
Alice le regarda avec des yeux ronds et choqués.
- Ne me regarde pas comme cela, je plaisantais.
- Ne plaisante pas avec ce genre de choses, c'est horrible !
- Tu m'as cru avec une de ces facilités...
- Est-ce que... Est-ce que tu as déjà entendu quelqu'un qui n'est pas au château parler de toi?
Jasper leva les yeux au ciel.
- Il est vrai que je m'emporte facilement et que "tuez-le" sont des mots que je prononce plus facilement que d'autres, mais il ne faut pas exagérer.
- Je suis désolée.
- Peu importe, j'ai envie de passer du temps avec toi. Et puis j'ai faim.
Alice réussi l'exploit de ne pas s'en mettre partout en mangeant. Il faut dire qu'elle riait tellement ! Elle était...radieuse. Jasper aussi. La jeune femme qui était chargée de leur apporter les assiette en était presque choquée, il était dur de s'imaginer que cet homme était réputé pour sa cruauté. Ses yeux pétillaient, un sourire semblait gravé sur ses lèvres et il y avait tant de tendresse dans son regard... Jasper dû mettre fin à ce moment magique parce qu'il avait beaucoup de choses à faire l'après-midi. Alice se dirigea vers sa chambre, et fut surprise de trouver Carlisle devant la porte.
- M-Monsieur ?
- Alice, je vous attendais.
- De-depuis longtemps?
- Non, deux minutes à peine. Il faut que je vous parle, c'est important. Vous me suivez?
Alice hocha la tête et le suivi dans un bureau. Carlisle s'assit d'un côté et invita Alice à en faire de même en face de lui.
- C'est à propos de mon fils. J'imagine que...Qu'il vous a dit. Pour...ses origines.
- Oui, c'est le cas.
- J'en étais sûr. Vous ne direz rien, n'est-ce pas?
- Bien sûr que non.
- Parfait. Personne ne doit savoir, imaginez le scandale.
Il soupira et se pinça l'arrête du nez.
- Il n'a jamais été un enfant facile. Mais Esmé et moi-même le considérone comme notre fils. Sa ressemblance avec...peu importe. On aurait dit des frères. Je ne veux pas que vous me preniez pour un monstre, je ne l'ai jamais repoussé. Je sais qu'il pense que je ne l'aime pas comme je devrais et que je n'étais pas assez présent pour lui. Mais...ça aurait pû être le cas s'il l'avait souhaité.
Alice le regarda, curieuse mais perplexe. Pourquoi Carlisle lui disait-il tout cela? Comme s'il avait entendu sa question muette, Carlisle reprit la parole après une courte pause.
- J'ai cru comprendre que quoi que je dise Jasper n'en fera qu'à sa tête. Son anniversaire approche. Et ce jour-là la tradition veut qu'il se fiance.
Alice pâlit.
- De nombreuses proposions parviennent d'un peu partout. Vous n'êtes pas sans savoir que notre royaume est une des principales puissances mondiales...
Il inspira un grand coup.
- On ne peut pas refuser sans donner d'explication. La seule valable est une autre femme. Alors... Je sais que vous ne vous connaissez que très peu mais...S'il vous le demandait, accepteriez-vous de passer votre vie à ses côtés et d'endosser les lourdes responsabilités qui vont avec ? Contrairement aux autres "concurrentes" dirons-nous, vous n'avez pas été élevée dans le but d'accompagner un homme d'importance, surtout pas comme mon fils. Cela vous demandera beaucoup de travail. Réfléchissez-y mais... Je veux que mon fils soit heureux.
- C'est inutile. Bien sûr que j'accepte ! Si je ne le faisais pas, je ne pourrais plus le voir après son anniversaire et cela me serait insupportable. Et si un jour rien ne va plus entre nous, il me fera couper la tête sur un prétexte et puis voilà.
Carlisle eu une moue mi-amusée mi-désespérée.
- Dans ce cas laissez-moi vous expliquer son passé du mieux que je le peux. Tout ce qu'il ne vous avoueras pas et tout...ce dont il ne se souvient pas. Mais pas maintenant.
Il se leva et tendit sa main à Alice.
- Venez ici demain, à neuf heures. Sur ce, passez une bonne fin de journée.
Alice se leva à son tour, serra la main qui lui était tendue et sortit. C'était horrible, elle avait envie de tout savoir, maintenant.
L'après-midi elle suivit des cours de bonne conduite avec Madame Weber. Elle progressait rapidement, mais c'était dur de refouler toutes ses vieilles habitudes.
Puis Renée vint la voir pour lui apporter de nouvelles robes. Une vie en suffirait pas pour toutes les porter !
- Oh, celle-ci est vraiment magnifique !
- Nous sommes bien d'accord, elle est splendide. Vous la porterez d'ici une semaine, pour l'anniversaire de Jasper.
- U-une semaine ?
- Un petit peu moins, il est né le 29 Septembre ! C'est merveilleux. Vous savez, je suis devenue sa gouvernante lorsqu'il n'avait que trois ans. La précédente a eu un accident il me semble, paix à son âme. Et aujourd'hui, mon tout petit bout de chou va avoir...
Renée pâlit et regarda Alice avec les yeux du déspespoir.
- Oh...Alice...
Les larmes montèrent aux yeux de la gouvernante.
- C'est terrible, ma pauvre chérie.
Renée pris Alice dans ses bras et sanglota contre elle.
- Je suis tellement désolée, tellement désolée. Vous ne pourrez pas porter cette robe, jamais. Vous êtes si beaux ensemble, c'est cruel.
- Parce qu'il doit se fiancer ?
- Vous êtes au courant ?
- Son père m'en a touché deux mots. Et...
- Ne me dites pas que vous devez déjà quitter le palais !
- Non. En fait...Il m'a demandé si...si je serais prête à...devenir son épouse.
- Mais...et Esmé ? Que fait-il d'Esmé ?
Alice rougit.
- Mais non, l'épouse de Jasper !
Renée marqua un temps, sembla réfléchir et sauta au cou d'Alice.
- C'est merveilleux, merveilleux ! Alice, je suis siiii heureuse pour vous. Pour vous deux ! Je vais vous trouver une robe encore plus belle pour ce jour ! Et je...j'ai tellement de choses à préparer !
Elle disparu aussitôt de la pièce, laissant Alice sans savoir comment réagir. Décidément, Renée l'étonnerait toujours.
Plus tard dans la soirée, Alice décida de parler avec Jasper. Elle attendit derrière la porte de son bureau. Dix minutes, puis vingt, puis trente. Elle frappa timidement à la porte mais personne ne répondit. Elle osa enfoncer la poignée, mais la porte était fermée à clef. Pourtant, Jasper lui avait dit travailler tard ce jour-là, et dans son bureau. Intriguée, elle se dirigea vers le troisième étage et se dit qu'elle ne serait peut-être pas autorisée à aller le voir dans sa chambre. Il y avait toujours deux gardes devant la porte. Elle croisa une jeune femme qu'elle avait souvent vu parler avec Jasper ces derniers temps. Peut-être qu'elle saurait quelque chose.
-E-excusez-moi ?
- Madame ?
- Est-ce que vous savez où est le roi ?
- Oh, ce soir il me semble qu'il dîne avec Madame Maria. Je crois que cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas vus. J'imagine que ce dîner durera assez longtemps. Mon amie Angela s'occupe de leur service ce soir, si vous voulez je peux lui demander des précisions.
- Ce... Ce ne sera pas nécessaire. Merci.
- Tout le plaisir était pour moi, Madame.
Elle qui espérait pouvoir lui parler un peu... Elle se demanda qui était cette "Madame Maria". Elle n'en avait jamais entendu parler.
Elle retourna à sa chambre, non sans peine pour trouver son chemin, quand quelqu'un l'interpella.
- Madame Alice ?
- Qu'y a-t-il ?
- Excusez-moi de vous déranger. Je suis Angela. J'ai croisé mon amie Jessica qui m'a dit que vous cherchiez le roi. Je devais m'occuper de servir son repas et celui de Madame Maria ce soir, mais ils ont à peine mangé et j'ai été congédiée. Je crois qu'ils sont sortis. Je n'en sais pas plus.
Elle baissa les yeux.
- Pour tout vous dire, le ton est un peu monté entre eux. C'est à propos des fiançailles de Monsieur. Parce que dans six jours... Enfin, ils se sont dirigés vers le grand escalier. Soit ils sont sortis dans les jardins, soient ils sont montés.
- D'accord...
Alice s'éloigna la tête pleine de questions. Elle était curieuse. Un poil jalouse. Elle faisait confiance à Jasper, ses sentiments semblaient sincères, mais le savoir avec une autre femme la dérangeait tout de même un peu. Surtout s'ils parlaient de fiançailles, que le sujet semblait délicat, et qu'ils étaient ensuite sortis prématurément. Elle espérait qu'ils étaient dans les jardins et non dans la chambre de Jasper. Cette idée la fit frissonner. En plus c'était injuste, elle n'avait encore jamais vu cette chambre ! Elle entra un peu morose dans sa propre chambre. Cette fille qu'elle ne connaissait pas lui volait son temps avec Jasper. Il en avait déjà si peu, et elle s'ennuyait tant seule dans sa chambre.
Elle entendit deux valets parler entre eux.
"Je ne sais pas ce qu'il va se passer. Cette fille, Alice, elle le calme beaucoup, il est beaucoup plus gentil depuis qu'elle est là. Mais j'ai entendu dire qu'elle ne venait pas d'une famille noble. Alors je pense que dans six jours ce sera une autre fille qui sera présentée comme sa fiancée."
"Je pense aussi. Cela m'attriste. Madame Alice, je l'apprécie beaucoup. Sans parler de notre vie plus facile depuis qu'elle est là. J'ai vu le roi avec une femme tout à l'heure. Nous l'avions déjà vue plusieurs fois en sa compagnie. Tu penses que...à défaut de Madame Alice, il la choisira elle ?"
Tout le monde s'était ligué contre elle. Elle ne voulait pas être jalouse et pleine de doute, mais elle y était contrainte. Elle se rendit dans sa chambre et se déshabilla. Elle n'avait pas faim.
Elle alla à sa fenêtre et elle frôla la syncope. Elle eut même envie de vomir. Ce qu'elle venait de voir était horrible. Elle resta figée quelques secondes, obligée de regarder la scènette qui se déroulait deux étages plus bas, devant une des fontaines.
Il faisait sombre mais les pelouses étaient suffisamment éclairés pour qu'elle reconnaisse Jasper. Il était agenouillé devant une femme, en tendant vers elle un petit objet brillant. La femme mis ses mains sur son coeur et se jeta au cou du roi qui venait de se relever. Un cauchemar, c'était un cauchemar. Après tout ce qu'ils avaient traversé, ce n'était pas possible. Ou une force supérieure dans le ciel se moquait vraiment de son malheur et jouait avec. Elle se laissa tomber aux pieds des rideaux et se roula en boule.
Oubliez pas de m'laisser un p'tit mot et puis... à la semaine prochaine :)
