Chapitre 11 :
Lucy se rappelait sa première visite à Narnia dans les moindres détails. Elle pouvait encore décrire l'odeur de l'armoire, les manteaux de fourrure les frôlant sur son passage, le paysage autour du lampadaire, le contact de la selle entre ses cuisses, celui plus rugueux des rênes en cuir entre ses mains, la douceur des draps de soie contre sa peau nue et la chaleur agréable des flambées d'hiver à Cair Paravel.
Oui, tout ça représentait beaucoup pour elle, elle ne pouvait le nier.
Néanmoins, aujourd'hui, la donne était légèrement changée. Certainement par le fait que Narnia n'existait plus, et que pourtant ses habitants étaient bel et bien là, tout près d'elle et de ses frères.
Mais il restait une ombre au tableau... Il y en avait toujours une...
Et cette ombre, c'était sa sœur, et le secret qu'elle avait cru garder tout ce temps. Mais Lucy n'était pas dupe, elle avait deviné depuis bien longtemps ce qu'il se passait réellement, qui avait ensorcelé sa sœur avec ces promesses qu'il ne pouvait tenir.
Jusqu'à présent, elle ne pouvait rien faire, et Susan lui semblait en sécurité.
Mais ce n'était plus le cas depuis que les Narniens venaient ici... Et Lucy n'aimait pas quand ceux qu'elle aimait étaient en danger.
C'est pourquoi elle se trouvait dans une forêt, assez éloignée de la ville, que personne n'avait jamais vu avant. Et c'était normal, puisque les immenses arbres aux feuilles si claires venaient tout juste d'arriver.
Lucy déposa son vélo contre le mur et s'avança lentement entre eux. Leur troncs s'inclinaient lentement sur son passage jusqu'à ce que le bout de leur branche frôlent les cheveux de Lucy sans jamais les tirer, ce qui fit doucement sourire la jeune fille.
Elle alla jusqu'au centre de la nouvelle forêt pour observer tous les arbres autour d'elle, avant de prendre la parole :
-mes amis, je suis navrée de devoir vous le dire, mais il va falloir vous préparer à la guerre...
Un frémissement parcourut les branches mais elle reprit :
-je sais qu'aucun de vous n'a été du côté de la sorcière blanche durant son règne, sinon vous ne seriez pas ici. Puis-je compter sur vous ?
Le chant des arbres fut doux et poignant, confirmant à la reine qu'elle ne serait pas seule au combat.
Elle sourit.
Tout irait bien, ils vaincront...
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-et bien mon cher Edmund... Tu es bien silencieux.
Tentant de reprendre son souffle, affalé sur le toit de l'orphelinat, Edmund maudissait la sorcière blanche. Il ne trouvait pas d'insulte assez puissante pour qualifier ce qu'il ressentait envers cette femme.
-tu cachais un secret bien intéressant, pourquoi me l'avoir caché tout ce temps où tu étais à mes côtés ?
-tu n'es qu'une... Comment as-tu pu ?
Elle eut un sourire amusé ouvertement mauvais, avant de répondre :
-si tu étais devenu mon prince, tu aurais su comment lire les cœurs... Mais vu ce que je viens de voir, c'est loin d'être dans tes intentions...
Elle mit son pied sous l'épaule du garçon pour le retourner sur le dos.
Son regard était plein de mépris et Edmund grinça des dents.
-savoir que tu as ce genre de penchant... Pour ton propre frère qui plus est, me dégoûte suffisamment pour que je ne veuille plus de toi à mes côtés. Cela te rassure, j'espère ?
Ce disant, elle appuya sur la blessure qu'elle lui avait infligé quelques instants plus tôt, le faisant haleter de douleur.
-les Narniens ont toujours eu des goûts et des coutumes détestables, et tu sembles en avoir hérités... Quel dommage.
Elle dégaina un long sabre de dessous son manteau de fourrure, qu'elle plaça au-dessus de son torse, prête à le transpercer.
-tu ne m'es plus d'aucune utilité.
L'esprit encore embrouillé par l'intrusion de la sorcière en lui, la douleur transperçant son corps de part et d'autre à cause de sa blessure, Edmund cherchait désespérément une solution pour se sortir des ennuis où il s'était fourré...
Il ne semblait pas vraiment y en avoir, mais il ne désespérait pas.
Après tout, il en aura tout le temps quand il sera mort.
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-Grand Roi Peter, que faites-vous ?
-quelque chose de formellement interdit par la loi, mais fichtrement nécessaire.
Edmund lui avait dit d'évacuer le périmètre, et c'est ce qu'il avait fait. Il n'avait néanmoins jamais promis de ne pas intervenir.
C'est pourquoi il était grimpé sur un immeuble près de l'orphelinat, accompagné d'un roi qui était apparu en même temps que la licorne en bas du bâtiment, et qu'il visait la sorcière avec son arme de service, priant pour ne pas tirer à côté.
Quand il vit la femme plonger la main dans le ventre de son petit frère avant de le relâcher, il avait faillit perdre son sang froid et se mettre à hurler sans plus penser à rien. Mais voir son frère se tordre de douleur l'avait au moins rassurer sur une chose : il était encore en vie, donc il pouvait encore le sauver.
Il vit la sorcière blanche sortir une longue épée, et se dit qu'il n'avait plus de temps à perdre.
Il se plaça dont correctement, comme il avait appris à l'école de police, tint son arme à deux mains devant lui, inspira profondément le temps de viser, et tira. La sorcière hurla à l'impact, et Peter se sentit soulagé de l'avoir touché, même s'il ne savait pas où exactement.
Il eut le temps de voir Edmund rouler sur le ventre et ramper jusqu'à la limite du toit et, juste au moment où la sorcière le voyait faire, sauter dans le vide. En dessous, normalement, des Narniens avaient dû placer une bâche tendue pour le réceptionner, mais Peter ne pouvait rien voir d'ici alors il n'était pas encore rassuré.
-allons les rejoindre, dit-il au roi Tirian en s'écartant de la fenêtre au cas où la sorcière cherche à voir d'où venait la balle qui lui avait frappé l'épaule (ou le bras, ou la hanche, ou... Bref, ce qu'il avait réussi à toucher quoi).
Le roi Tirian avait gouverné bien après Caspian, et de ce fait sa connaissance des légendes de Narnia étaient plutôt... tronquées. Il avait beau être l'un des descendants direct de Rilian, le fils de Caspian, il ne semblait rien saisir de l'importance du danger que représente la sorcière blanche qu'il ne voyait que comme une grande humaine, ennemie du royaume.
Peter stressait comme un fou pour son frère, et ne se calmait absolument pas avec l'autre idiot qui ne cessait de parler de Joyaux, la licorne qui les avait rejoint sur le toit tout à l'heure et qui était apparemment son ami.
Mais il était le Grand Roi Peter le Magnifique, il ne frappait pas les gens.
Même quand il en avait vraiment envie.
-dépêchez-vous donc, il faut partir avant que la sorcière blanche ne se remette, Edmund est blessé, il faut le mettre à l'abri !
-oui oui, inutile de crier... Quel genre de roi enthousiaste êtes-vous ?
-...
-il faut du sang froid pour gouverner. Vous savez, mon meilleur ami, Joyaux, me disait toujours que c'est avec un esprit calme et avisé que l'on peut résoudre tous les problèmes. Avez-vous ce genre d'amis pour ainsi vous conseiller ? Non, parce que, dans les temps qui courent...
Il allait définitivement l'étrangler...
Peter soupira de soulagement en voyant le cheval d'Edmund arriver à leur côté et grimaça en entendant les remarques mièvres que s'échangèrent Joyaux et le roi Tirian.
Franchement, est-ce que c'était vraiment le moment de se faire des déclarations d'amitié ?
Il y a vraiment des rois incompétents à Narnia... se dit-il en se hissant sur le dos du cheval qui semblait aussi anxieux que lui.
-dépêchons, Philippe, Edmund a sûrement besoin de soin.
-oui mon roi.
Et il partit aussitôt rejoindre la forêt.
Il faudrait d'ailleurs qu'ils l'évacuent bientôt, il ne restait plus longtemps avant que la sorcière blanche découvre cette cachette... Espérons que Lucy ait eu le temps de trouver ce nouvel asile.
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-est-il correctement accroché ? Demanda le centaure Glenstorm en gardant le regard rivé sur le toit du bâtiment duquel il entendait la sorcière Blanche pousser des cris de rage et de douleur.
-oui, lui répondit sa femme Windmane en finissant de sangler son roi dans son dos. Pars vite avant qu'elle ne revienne.
Il ne fallut pas qu'on le lui répète pour que Glenstorm parte au galop, suivant les ordres du Grand Roi Peter pour mettre le Juste à l'abri des griffes de la sorcière blanche.
Il devait retrouver le roi Caspian, lui le protégera.
Contre son dos, il entendait le jeune roi gémir de douleur. Il avait vu la plaie sur son flanc, il espérait qu'aucune côte n'avait été touchée, sinon la course risquait de lui être fatale.
Néanmoins, il n'avait pas le temps de s'y attarder, la vie du roi dépendait de lui.
Resté sur place, Windmane prit les commandes pour que tout le monde se replie dans le bois.
Même si l'endroit n'était plus sécurisé, ils n'avaient nulle part où aller pour le moment, bien que la reine Lucy la Vaillante était partie à la recherche d'un endroit plus sûr, ils ne savaient pas pour l'instant où se retrouver à part là.
Après un dernier regard sur le toit, elle partit à son tour en direction du bois.
Il n'y avait plus de temps à perdre.
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Eustache n'était pas paniqué. C'est vrai qu'il avait l'air un peu hystérique, qu'il criait sur tout le monde et qu'il était au bord de l'évanouissement, mais il n'était pas paniqué.
Ou pas beaucoup.
La preuve : il n'avait même pas réveillé Edmund avec toute son agitation !
Enfin, s'il y réfléchissait, ce n'était peut-être pas une bonne chose...
Non parce que cette pét... cette ignoble pu... cette sale salo... sorcière avait transpercé le ventre d'Edmund, à mains nues, pour lire son esprit. Du moins, d'après les témoins de l'époque du règne de la Reine Blanche, c'est comme ça qu'elle procédait lorsqu'elle ne parvenait pas à les faire parler par la torture.
Elle pouvait pas plutôt lui demander gentiment ?!
-seigneur Eustache, calmez-vous je vous en conjure... supplia Ripitchi qui avait l'air aussi paniqué que lui.
-JE SUIS PARFAITEMENT CALME !
-dans ce cas cessez donc de crier, le gronda un blaireau en le bousculant. Vous me déconcentrez.
Il rejoint son cousin et commença à appliquer une espèce de crème sur le torse que les Narniens avaient dénudés.
-c'est sûr que c'est hygiénique, votre truc ?
-cet onguent a sauvé mes compagnons à de nombreuses reprise, seigneur Eustache, il n'y a pas à s'en faire.
-ouais mais le corps des blaireaux et celui des humains sont quelque peu différents, alors peut-être que votre truc ne va pas...
Le blaireau se retourna brusquement et lui donna une tape sur le nez du jeune Scrubb qui glapit de surprise.
-mes compagnons sont des nains, et vous êtes prié de ne pas insulter mon savoir et mes compétences. Je sais parfaitement ce que je fais !
Les larmes aux yeux, le nez douloureux, Eustache s'assit en se résignant à ne rien rajouter qui puisse à nouveau énerver l'animal parlant. Il s'assit donc sur une souche d'arbre et accepta l'étreinte réconfortante de Ripitchi sans rien pouvoir faire d'autre.
En voyant son cousin Peter arriver à cheval, un air complètement affolé sur le visage, il ne put que prier pour que son cousin s'en sorte pour qu'ils puissent enfin être ensembles tous les deux...
Ils le méritaient.
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Edmund sentait que son esprit était un peu à la dérive, et pourtant il avait conscience de ce qui l'entourait.
Comme la voix de son frère par exemple.
Il se força à ouvrir les yeux et observa le jeune homme blond le regarder avec amour et appréhension.
Il devait lui dire, il était en danger à présent, la sorcière voudra sa peau autant que la sienne, pour se venger et par dégoût. Peter devait être au courant pour se préparer à l'affronter...
-Peter...
-ne te force pas à parler, il faut te reposer, lui répondit son frère aussitôt.
-non... La sorcière... Elle sait.
Et après ces dernières paroles, il sombra dans l'inconscience.
Et voilà un nouveau chapitre !
J'espère que les fans de Edmund ne vont pas crier au meurtre, parce que vous vous doutez bien qu'il va survivre... Je ne fais presque jamais mourir mes persos après tout :)
En parlant de personnages, vous ne trouvez pas le couple threesome du blaireau trop mignon ? Mais si vous savez, Trompillon et Nikabrik, on les voit dans le prince Caspian. Ils sont chou tous les trois, hein ? **
non je ne fantasme pas, pas du tout...
J'espère que ce chapitre vous a plu en tout cas, merci pour vos review et vos encouragements, à vous lecteurs et à toi bêta-lecteur !
Pas de promesse pour la sortie du prochain chapitre, il faut que je l'écrive, et si celui là est arrivé à peu près à temps, je ne peux rien dire pour le prochain, il est à peine commencé... J'espère que vous serez patients et que je serais inspirée :p
à la prochaine
Yume la pitite chaussette cannibale u_u
