Chapitre 10

14 novembre 2007

Depuis qu'il avait repris connaissance et appris la mort de ses collègues – surtout celle de Martin – Tony s'était muré dans un silence quasi-total, plongeant peu à peu dans une profonde dépression et refusant pratiquement de se nourrir, malgré tous les efforts déployés par ses amis qui se relayaient sans cesse à son chevet pour lui apporter leur soutien.

Abby avait justement pris quelques jours de congés dès que Gibbs l'avait appelée pour lui annoncer le réveil de Tony et sauté dans le premier avion à destination de Los Angeles pour venir lui rendre visite.

-Allez Tony, mange. Je t'assure que ce n'est pas mauvais, insista gentiment Abby pour la énième fois tout en lui tendant une fourchette de haricots verts.

-Je... n'aiii pa pas... fffaim. L'élocution de Tony été encore laborieuse mais avec les séances avec l'orthophoniste tout rentrerai dans l'ordre.

-Mais tu dois manger, pour reprendre des forces.

Gibbs entra à ce moment-là.

-Tu devrais l'écouter conseilla-t-il d'une voix calme mais néanmoins autoritaire.

Abby approcha la fourchette de la bouche de Tony. Dans un geste rageur Tony envoya balader le plateau avec sa main gauche et tout le contenu éclaboussa le sol. Abby le regarda d'un air chagriné, surprise par la réaction violente de son ami. Ça lui ressemblait si peu…

-Fous… fous-moi… la paix !

-Tony ! gronda Gibbs, mécontent de sa réaction

-Nnnon ! toiii… dégage, je je nnn'ai papapas besoin de toiii et encorrrre moins de vot votre pi... pitié.

Tony détourna le regard d'eux et regarda obstinément par la fenêtre, décidant de les ignorer royalement. Tony était là physiquement mais vidé de tout éclat de vie.

Gibbs prit Abby – dont le visage était mouillé de larmes coulant silencieusement sur ses joues – par le bras et sortit avec elle de la chambre.

-Ce n'est pas le Tony que je connais…ce n'est plus lui balbutia Abby avant d'éclater en sanglots.

-Chut… Calme-toi, ça va s'arranger.

Gibbs la prit dans ses bras et la berça tendrement tout en lui caressant la tête.

-Il ne faut pas lui en vouloir, il faut lui laisser le temps d'assimiler ce qu'il s'est passé et surtout, le temps d'accepter ses blessures et le fait qu'il ne sera plus jamais comme avant...

-C'est si dur de le voir comme ça ! Il est dévasté.

-Il va aller mieux lui promit Gibbs. Peut-être pas demain, ni dans une semaine ou dans un mois mais il va finir par aller mieux. Ça prendra du temps mais on ne le laissera pas tomber. Je serai là… on sera là pour lui. Il ne faut pas surtout pas qu'on baisse les bras, on doit être fort pour lui parce qu'il a besoin de nous. On est tout ce qui lui reste. Mais pour le moment, il a besoin d'être seul et de se calmer. Donc, on va le laisser un petit peu tranquille, le temps qu'il retrouve ses esprits. En attendant, nous deux, on va aller manger un bout et on reviendra le voir plus tard, d'accord.

Abby tenta tant bien que mal de sécher ses larmes et opina en reniflant.

-D'ac… d'accord. On devrait peut-être lui ramener une pizza suggéra-t-elle ensuite. Je suis sûre qu'il ne dirait pas non pour une pizza, il a toujours été incapable d'y résister.

-Oui admit Gibbs. Ça pourrait peut-être lui faire plaisir

« et surtout, lui faire accepter d'avaler quelque chose. »

-Je vais appeler McGee. Je lui ai promis de le tenir au courant de l'état de Tony.

Ils se dirigèrent vers la cafétéria de l'hôpital pendant qu'Abby passait son coup de fil. Elle mit rapidement McGee au courant des dernières nouvelles puis raccrocha en lui promettant de le rappeler. Ils prirent un plateau et firent la queue avant de venir s'installer à une petite table relativement tranquille..

-Abby, il faut que je te dise quelque chose commença-t-il en lui prenant la main et en plongeant un regard grave dans le sien.

-Je t écoute répondit celle-ci, intriguée par son air sérieux.

-Voilà, j'ai pris la décision de prendre ma retraite. Je ne peux pas rester en congés éternellement, j'ai bientôt épuisé mon nombre de jours et de toute façon, j'ai déjà travaillé bien trop longtemps pour le NCIS. Je veux être là pour Tony quand il sortira de l'hôpital. Il va avoir besoin d'une présence permanente tant qu'il n'aura pas récupéré toutes ses capacités.

-Mais… on peut le faire transférer sur Washington objecta Abby d'un ton désespéré. Comme ça, on sera tous là pour l'aider et tu ne seras pas obligé de partir du NCIS !

-On n'a pas ce pouvoir là, Abby. On ne peut pas décider pour lui. Seul un membre de sa famille pourrait le faire et, vu que son père est mort et surtout que Tony a repris connaissance, lui seul peut décider de ce qu'il veut faire. Et je doute fort que dans son état d'esprit actuel, il accepte de retourner à Washington…

-Tu es sûr de ta décision ? soupira finalement Abby, sentant bien que rien ne pourrait le faire changer d'avis.

Elle le connaissait trop bien pour ne pas reconnaître la lueur d'entêtement qui brillait au fond de son regard.

-Oui, ma décision est définitive confirma-t-il. Le plus important pour moi en ce moment est le bien-être de Tony.

« Et ça aurait toujours dû être ta priorité principale, espèce de vieux bâtard borné et égoïste » s'admonesta-t-il.

-Et en plus, reprit-il, je dois t'avouer qu'actuellement, plus loin de Jen je suis, mieux je me porte. Je doute franchement d'être encore capable de travailler avec elle…

-Mais quand même, le NCIS sans toi, ce ne sera pas pareil se plaignit Abby. Déjà qu'avec le départ de Tony, le travail était devenu moins gai. Il était cette petite lumière et ce souffle de bonne humeur qui permettait à tout le monde de tenir dans ce travail, avec toutes les horreurs qu'on peut voir chaque jour. Sans toi, ça va être encore plus triste, tu étais vraiment le ciment du groupe.

-Dès que Tony ira mieux, je te promets que je ferai tout mon possible pour le convaincre de rentrer avec moi à Washington. On continuera à se voir souvent même si je ne bosse plus avec vous. Vous restez quand même ma famille et je ne vous laisserai jamais sans nouvelles.

-Tu vas me manquer mon renard argenté. Qui va me surprendre en apparaissant sans bruit dans mon dos si tu n'es plus là ?

Elle se leva et serra Gibbs très fort contre son cœur, les yeux de nouveau brillants de larmes contenues.

Après une petite balade dans le quartier pour trouver une pizza Pepperoni, saucisse avec un supplément fromage, ils retournèrent à l'hôpital. Lorsqu'ils arrivèrent dans le couloir, deux médecins en blouses blanches sortaient justement de la chambre de Tony en discutant vivement. Gibbs et Abby n'eurent pas d'autres choix que d'entendre leur conversation.

-Moi, je te dis que c'est pas gagné ! pestait l'un d'eux. Avant de nous envoyer pour attaquer la rééducation, ils feraient bien mieux de l'envoyer consulter un psy !

-C'est clair qu'on n'arrivera à rien avec ce gars s'il ne coopère pas acquiesça le second.

À ces paroles, Gibbs ne put retenir une grimace. Il semblait bien que, durant leur absence, l'humeur de Tony ne s'était pas améliorée. Effectivement, quand ils pénétrèrent à nouveau dans la chambre, Tony regardait toujours fixement à travers la fenêtre avec la même expression morne et butée sur le visage. Il ne jeta même pas un coup d'œil vers eux quand il les entendit entrer, pas plus qu'il ne réagit à l'odeur de sa pizza favorite.

Ouais, c'était décidément pas gagné….

Abby, sentant la tension toujours aussi présente, choisit cependant de se comporter comme si de rien n'était.

-Tiens, regarde ce qu'on t'a ramené ! dit-elle avec entrain en posant la boite de la pizza ouverte sur la tablette.

Une délicieuse odeur envahit aussitôt l'air mais Tony ne tiqua même pas.

-J'ai pas faim se contenta-t-il de grogner d'une voix désagréable sans même daigner jeter un regard au contenu de la boite.

-C'est pas n'importe laquelle, c'est ta préférée ! insista néanmoins Abby en relevant la pizza pour la lui faire voir.

-Abby ! JE n'ai ai pa PAS faim , cria t-il

Il la regarda droit dans les yeux avec un regard glacial, lui faisant bien comprendre que ce n'était vraiment pas la peine d'insister.

-Comme tu voudras, je voulais juste te faire plaisir… murmura la jeune gothique en refermant le carton avec une tristesse et une déception évidente dans les yeux.

Étant parvenu à ses fins, Tony retourna aussitôt à la contemplation de sa fenêtre dans un silence morne.