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Bonjour à tous !
Merci à tous pour vos commentaires sur le chapitre précédent. Voici le chapitre 11 sur 15 prévu au total.
Etat dans une période intense niveau boulot, j'ai choisi de consacrer tout mon temps libre à l'écriture de ce chapitre, raison pour laquelle je réponds peu aux commentaires. Afin que vous l'attendiez le moins longtemps possible, je vais également zapper la semaine de latence entre l'écriture et la relecture. Si vous lisez tout de suite, je m'excuse par avance pour les fautes d'orthographe, les répétitions ou les maladresses, qui seront corrigées la semaine prochaine !
Vos retours sont toujours très encourageants pour moi. Laissez-moi un message pour me dire ce que vous avez aimé, ce que vous n'avez pas aimé, ce qui vous questionne, ce que vous espérez, ce que vous n'espérez pas... Quelques lignes suffisent pour me motiver pendant des jours !
Gros titres de ce journal : les amoureuses anonymes se rassemblent dans les cuisines de l'école, les voyeurs anonymes se réunissent dans les tableaux du rez-de-chaussée et la congrégation des sœurs indignes veut organiser une manifestation dans la Grande Salle.
A vos lunettes et bonne lecture !
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Chapitre 11
Imprévu
- Voici les deux miroirs, déclaré-je en les enfonçant dans les mains de Sirius. Et voici…
Je fouille dans les poches de ma cape.
- Non, ça c'est ma baguette… Non, pas ça non plus…
- Marlene ?
- Le parchemin ! terminé-je gaiement.
- Est-ce qu'on peut parler ? demande Sirius.
Je perçois une certaine lassitude dans sa voix. Je préfère l'ignorer.
- Le convoi part dans une heure et je n'ai pas encore fait ma valise ! répondé-je rapidement. Je n'ai pas le temps, désolée !
Avant qu'il ne réagisse, je passe sous son bras et m'élance vers les escaliers. Je ne reste pas à Poudlard pour les vacances, moi. Je n'ai pas le temps de flemmarder et le premier qui m'accuse d'être de mauvaise foi, je le colle au nettoyage du tapis royal.
Je monte les marches quatre à quatre pour rejoindre le dortoir. Quitter la salle commune pour aller dans la chambre, c'est passer de Charybde en Scylla : Lily et Blanca m'ignorent depuis notre dispute aux Trois Balais, Alice ne me parle plus en public par peur de se mettre Lily à dos et Jack boude tout le monde. Seule Rose m'adresse encore la parole, me gardant à coup sûr d'une sévère dépression nerveuse.
Dans ce contexte, vous comprendrez mon étonnement lorsque Lily abandonne sa valise pour venir vers moi.
- J'ai croisé la préfète de Serpentard, il y a dix minutes, m'annonce-t-elle froidement. Il paraît que ta sœur a été agressée.
Je mets un moment à répondre :
- Merci Lily.
Elle hoche la tête. Je la contourne, m'accroupit près de ma table de chevet et tire ma valise de sous le lit. Idéalement, il faudrait que je sois sortie dans moins de dix minutes pour minimiser les chances de croiser Sirius, qui vient de retourner dans son dortoir.
- Tu n'es pas plus préoccupée que ça ? s'étonne-t-elle.
J'ouvre mon coffre et commence à récupérer mes vêtements.
- Ma sœur a déjà raconté qu'on l'avait agressée, une fois, rappelé-je.
Je balance les vêtements dans la valise sans les plier.
- Elle a prétendu que c'était moi, ajouté-je. Cette histoire m'a valu des insultes, une Beuglante de ma mère et même un traquenard, tendu avec grand soin par Dolohov et compagnie dans le couloir du deuxième étage… Tu ne t'en rappelles pas ? lancé-je en me redressant. Pourtant c'est toi qui m'a sortie de là.
Lily se tient toujours au milieu de la pièce, les bras ballants, le regard indéchiffrable. Je la dépasse, entre dans la salle de bains, attrape ma trousse de toilette et retourne dans la chambre.
- Alors non, je ne m'en préoccupe pas plus que ça, conclus-je en m'agenouillant de nouveau près ma valise. Si c'est grave… ou si c'est juste vrai… McGonagall viendra me chercher.
Je jette un coup d'œil à mon cartable. J'ai déjà ma plume, mon encrier et mes carnets. Je dois encore faire l'inventaire de mes grimoires. Winter nous a donné une montagne de travail.
Des coups frappés à la porte me font presque sursauter. Avant que nous n'ayons dit quoique ce soit, on pousse le battant de l'extérieur. Le visage familier de Rouquine se glisse dans l'embrasure.
- Le professeur McGonagall demande Marlene McKinnon à l'infirmerie ! m'informe-t-elle.
- Pourquoi ?
- Je n'en sais rien et je m'en fiche.
Avec sa politesse habituelle, Rouquine s'en va en laissant la porte entrouverte.
Je croise le regard dubitatif de Rose.
Cette fois, c'est louche.
:::
Je descends au quatrième étage en prenant les grands escaliers. Des dizaines de Gryffondors et de Serdaigles rejoignent déjà le Hall avec leurs bagages. Préoccupée, je ne leur accorde mon attention que pour les éviter. Je ne fréquente plus l'infirmerie depuis l'épisode de la Malédiction de la Muse. Son odeur indéfinissable ne me manque pas et l'idée d'y croiser Darius me met mal à l'aise.
Du début à la fin, je n'ai pas compris ce qu'il s'était passé avec ce type.
Lorsque j'arrive, il n'y a aucun signe de McGonagall. En revanche, Pomfresh et Slughorn sont au fond de la salle, en pleine discussion. Ils s'interrompent à ma vue.
- Miss McKinnon ! s'exclame le professeur Slughorn d'une voix anormalement froide. Nous vous attendions !
Il me rejoint à grand pas, d'une allure autoritaire qui ne lui sied pas.
- Votre sœur est arrivée il y a une demi-heure, m'informe-t-il. N'y voyez aucune accusation mais compte tenu de vos conflits passés, je dois vous le demander : avez-vous quelque chose à voir avec son état ?
- Je n'ai jamais fait de mal à ma sœur, professeur ! me défendé-je. L'an dernier, Madelyn mentait. Dumbledore a fait un discours dans la Grande Salle pour qu'on arrête de me questionner à ce sujet !
Oui. Parce que. Hein. A moment donné. Ça va bien.
- Je ne vous agresse pas, miss McKinnon ! rétorque Slughorn. Si vous me dites que vous n'y êtes pour rien…
- Bah je n'y suis pour rien !
- Je vous crois mais je tiens à préciser que votre sœur n'a pas menti, ni aujourd'hui, ni la première fois ! ajoute-t-il d'une voix dure. L'an dernier, c'est moi qui l'ai trouvée.
Je lève les yeux au ciel et me dirige vers le seul lit dont les rideaux soient tirés. Quand Slughorn aura fini de me tenir la jambe, je pourrai peut-être voir de quoi il retourne.
- Si ce n'est pas vous, savez-vous qui aurait pu lui en vouloir ? continue-t-il dans mon dos.
J'écarte les pans de tissus et stoppe net.
Madelyn est allongée sur le dos, les bras sagement étendus de chaque côté de son corps. Elle semble profondément endormie, ce qui explique son manque de réactivité pendant mon dialogue animé avec son directeur de Maison. Ses épaules découvertes suggèrent que Pomfresh lui a retiré ses vêtements. Chaque parcelle de peau découverte est tuméfiée. La fine couche de crème rosâtre qui couvre chaque bleu et chaque plaie lui donne un aspect brillant.
Madelyn peut aller très loin pour se faire remarquer mais elle ne s'infligerait jamais un châtiment pareil. Glacée d'effroi, je reste immobile, fixant sans ciller son visage abîmé. Sur quel genre de fou furieux est-elle tombée ?
- Ne la réveillez pas, dit une voix douce. Je lui ai donné un sédatif pour qu'elle se repose pendant que la crème fait effet.
Pomfresh est arrivée derrière nous. Elle paraît fatiguée. Rose se tient à côté d'elle. Je n'ai pas entendu leurs pas, probablement à cause du bourdonnement irrépressible qui envahit mes oreilles.
- Quand se réveillera-t-elle ? demandé-je.
- Probablement en fin d'après-midi, répond Pomfresh. J'aimerai la garder jusqu'à lundi. Je dois surveiller les effets secondaires potentiels et je dois également… discuter avec elle. Le professeur Dumbledore la renverra chez vous lorsqu'elle pourra voyager.
J'acquiesce lentement.
- Aucune de nous deux ne prendra le train alors, déclaré-je. Excusez-moi, il faut que je prévienne mes parents.
Pomfresh répond quelque chose. Je ne l'entends pas. En plus du bourdonnement incessant qui retentit dans ma tête, des tâches grises apparaissent progressivement devant mes yeux. Je tourne les talons et me dirige d'une démarche faussement assurée vers l'entrée de l'infirmerie, devinant mon environnement plus que je ne le vois. Lorsque j'accède enfin au corridor principal, les tâches sont telles que je marche à l'aveuglette.
- Marlene, ça va ? demande Rose d'une voix légèrement essoufflée.
- Je dois m'asseoir, marmonné-je.
- On peut aller à la bibliothèque, si tu veux.
- C'est trop loin.
- Heu… Tu te souviens comment est fichue l'école ?
Je vacille. Les mains de Rose m'attrapent aussitôt par les coudes. Elle me pousse en arrière, jusqu'à ce que je sente le mur dans mon dos.
- Houlà ! s'exclame-t-elle tandis que je me laisse glisser au sol. Tu es sûre que ça va ?
- Ce n'est rien…
- Tu es un peu pâle, avance Rose. Heureusement, nous sommes à côté de l'infirmerie.
- Pas la peine…
Maintenant que je suis assise, les tâches grises se dissipent rapidement. J'étends mes jambes et respire profondément. Mon amie pince les lèvres et s'accroupit devant moi, l'air soucieux.
- J'aurai dû venir au petit déjeuner, marmonné-je.
- Tu ne manges jamais avant de prendre le train, remarque-t-elle. Tu préfères manger les bonbons du charriot.
Un sourire étire mes lèvres malgré moi.
- Madelyn a été agressée, déclare Rose soudainement.
- Quel sens de l'observation…
- Qui pourrait en vouloir à ta sœur au point de lui faire ça ? s'exclame-t-elle.
- Qui pourrait en vouloir à une fille ambitieuse et sans scrupules, qui manigance dans l'ombre, ment sur n'importe quel sujet et se fiche des conséquences, revient sur ses promesses et se révèle même capable d'ensorceler toutes les filles de sa Maison pour accéder à un poste de pouvoir ? reformulé-je. Mmm… Ta question est intéressante mais je crois que…
- Elle a fait quoi ? s'écrie Rose.
Oups.
- La malédiction de Rogue, c'était elle ! devine-t-elle en baissant la voix. Par Merlin ! Et tu… tu aurais pu me le dire ! Par Merlin, Morgane et toute la clique ! C'est évident maintenant, c'est…
- Un secret ! complété-je. Tu ne dois pas en parler. Pas même à Lily ou Alice !
- Si tu veux, mais nous tenons probablement le mobile de l'agression ! rétorque-t-elle. Tout concorde : Slughorn t'a accusée parce que Madelyn a prétendu ne pas connaître ses agresseurs. Elle a menti car si Slughorn les interpelle, il leur demandera de s'expliquer, ce qui les amènera à dénoncer ta sœur. Elle passerait en conseil de discipline si les professeurs apprenaient ce qu'elle a fait !
- S'ils connaissent la vérité, pourquoi les Serpentards ne l'ont pas dénoncée ? remarqué-je. Ma sœur préfère mille fois se faire agresser dans un couloir que d'être convoquée en conseil de discipline. Pour elle, il n'y a rien de pire qu'une humiliation !
- Ils se pénaliseraient eux-mêmes. Ta sœur est l'une des leurs et les Serpentards sont drôlement doués pour se couvrir les uns les autres. Leur groupe doit paraître inébranlable face aux autres groupes, quitte à ce qu'ils s'entre-tuent dans l'arrière-boutique. Ils ont même un dicton à ce sujet : ce qui se passe à Serpentard reste à Serpentard ! Ou alors, c'est parce que ta sœur fait partie des chouchous de Slughorn… Ils ne peuvent pas l'accuser sans preuve solide. Ils iraient droit au casse-pipe.
Je reste silencieuse un moment, hésitante. Je n'ai pas envie d'imaginer que Madelyn est à l'infirmerie à cause de notre marché mais je n'ai aucun argument pour défendre une autre idée. Rose dit vrai : les maigres indices à notre disposition mènent à cette conclusion.
- Tu as sûrement raison, avoué-je enfin.
- Tu ne dois pas te sentir coupable, devine-t-elle.
- Je ne me sens pas coupable ! dénié-je sans grande conviction. Je… Je me sens impuissante. Je ne sais pas quoi faire. Est-ce que je dois enquêter ? Si oui, est-ce que je dois enquêter en tant que Reine ? Est-ce que j'ai seulement le droit de le faire ? Madelyn est mon Premier Ministre ! McGonagall a dit que mon rôle serait d'arbitrer les conflits qui ne causent pas d'infraction au règlement. Une agression, c'est une infraction ! Mais il s'agit de ma sœur !
Rose pose sa main sur la mienne, me coupant net dans mon élan.
- Tu pourrais enquêter en tant que sœur, suggère-t-elle doucement. Et pour le reste…
Elle jette un coup d'œil vers le bout du corridor où des voix s'élèvent en continu.
- D'abord, nous allons nous rendre aux cuisines, annonce-t-elle. Il faut que tu manges quelque chose. D'ici une petite heure, le château sera vide, nous sortirons dans le parc pour prendre l'air. Ta sœur se réveillera dans la soirée. A ce moment-là, elle pourra peut-être nous dire ce qu'il s'est passé.
:::
Je garde la tête baissée tout au long du chemin qui mène aux cuisines, espérant ne croiser ni Sirius, ni Lily, ni Blanca, ni même Rouquine avec sa tête de lutin. Rose et moi nous engageons dans le dernier couloir. Je commence à penser que la chance est enfin de mon côté quand j'entends des voix familières devant nous. Je peste à voix basse en reconnaissant les silhouettes malvenues de Lupin et Pettigrow.
- Bonjour Rose, lance Lupin d'une voix aimable. Marlene, ajoute-t-il avec un sourire.
- Salut Rose ! ajoute Pettigrow.
Il me jette un regard sombre que j'identifie comme la traduction muette de « Et toi, va tondre une Acromentule dans la Forêt Interdite. »
- Bonjour les garçons, répond Rose. Bonnes vacances !
Elle m'attrape la main et les dépasse, mettant fin à notre échange avec une efficacité remarquable.
- Marlene, tu ne prends pas le train ? demande Lupin tout-à coup.
Non, je quitte Poudlard à dos de licorne.
- Pas cette année, répond Rose en s'arrêtant de nouveau.
- Sirius pensait que tu partais ! m'informe-t-il. Il te cherche comme un fou dans toute l'école… Tu permets que je lui dise que tu es ici ?
J'ouvre de grands yeux. Pourquoi ne pas organiser un séminaire aussi ?
- Ce n'est pas le bon moment ! s'exclame Rose.
- Ce ne sera jamais le bon moment, insiste Lupin. Même si ce qu'elle doit lui dire n'est pas agréable… il faut le faire.
Notons l'usage de la troisième personne du singulier : Lupin vient de comprendre que j'étais atteinte de mutisme sélectif.
- Remus, reprend Rose plus fermement. Tu devrais parler à Lily.
- A Lily ? répète-t-il.
- A Lily ? reprend Pettigrow à son tour.
Il y a de l'écho dans ce couloir.
- Que s'est-il passé ? s'inquiète Lupin. Rien de grave ?
Rose me questionne du regard. Je secoue la tête en guise de dénégation.
- Madelyn a été agressée, déclare-t-elle. Elle est à l'infirmerie.
Ça valait le coup de me demander mon avis.
- Comment va-t-elle ? s'exclame-t-il.
- Elle dort pour le moment.
Il semble tellement choqué que je sors définitivement le menton de mon col pour le jauger. J'ai l'impression qu'il hésite à dire quelque chose. Je ne suis pas revenue sur l'idée qu'il n'y avait pas d'histoire d'amour secrète entre ma sœur et lui, mais son comportement me questionne de plus en plus.
- Qui l'a agressée ? demande-t-il.
- Nous l'ignorons pour l'instant, soupire Rose.
Entretiendraient-ils une vague amitié, générée par les rencontres forcées au cours des dîners de Slughorn ? Ont-ils convenu d'une petite alliance entre intellectuels face à une majorité d'invités pistonnés par une tante ou un grand-père célèbre ?
- J'espère qu'elle se remettra rapidement, conclut-il finalement. Bon courage, Marlene.
Rose acquiesce. Avant que je n'aie eu le temps de dire quoique ce soit, il s'éloigne à grands pas vers le hall, Pettigrow sur les talons.
Plongée dans mes réflexions, je laisse Rose déverrouiller l'accès aux cuisines. Je remarque à peine les elfes qui s'activent autour de nous. Ils placent sur la table les mets qu'ils venaient de proposer aux garçons. Rose les remercie chaleureusement et nous prenons place sur les tabourets. Je me force à prendre un biscuit. L'image de Madelyn blessée me revient en tête et me coupe l'appétit.
- Tu as remarqué le comportement bizarre de Lupin ? demandé-je.
- Non, répond-elle. C'est normal qu'il s'inquiète pour ta sœur. Il est gentil. En plus, il la connaît. Ils vont aux mêmes soirées, ils sont tous les deux préfets…
Ah oui. J'avais oublié.
- Entre ta sœur qui dort à l'infirmerie et la discussion désagréable que tu dois avoir avec Sirius, ce premier jour de vacances s'annonce joyeux ! lance-elle d'une voix claire.
Je pousse un long soupir désespéré.
- Rose, est-ce que je peux te parler ? demandé-je.
- Evidemment, répond-elle en reposant son gobelet sur la table. J'attends que tu le fasses depuis samedi. Mettons la curiosité de côté, je veux surtout savoir à quoi m'en tenir. Dois-je craindre une attaque sauvage de toutes les filles de l'école pour abus de pouvoir ?
- Abus de pouvoir ?
- Tu t'es employée à les éloigner de Sirius pendant des semaines alors si tu sors avec lui maintenant, tu risques quelques critiques… D'un autre côté, tu rejoindrais un club prisé que les filles envient et respectent… à leur façon…
- Il ne m'a pas demandé de sortir avec lui ! l'informé-je. En fait, il ne s'est rien passé de particulier…
Elle me jette un regard peu amène.
- Sauf… quand il a essayé de… de m'embrasser, avoué-je.
- Comment ça, essayé ? s'étonne-t-elle en haussant les sourcils.
- C'est tout ce qui te préoccupe ? m'exclamé-je.
- Comme ça, essayé ? insiste-t-elle.
- Il n'a pas réussi.
- Marlene…
- Quoi ? m'écrié-je devant son air agacé. Tu veux savoir pourquoi ? Ce n'est pas ma faute, figure-toi. C'est la sienne ! Il a échoué parce que… parce qu'il n'a pas suffisamment essayé. C'est comme tout le reste, il faut se donner à fond pour avoir une chance !
Rose me scrute avec attention.
- Tu t'es enfuie ! devine-t-elle.
- N… non !
- Tu vas essayer de me faire croire qu'il a visé à côté ?
- Exactement.
J'attrape un éclair à la myrtille.
- Avec l'entraînement qu'il a… se moque-t-elle.
Je mange lentement mon éclair, reportant ma réponse.
- Pourquoi es-tu partie ?
- Je ne sais pas, marmonné-je.
Un sentiment de tristesse acide m'envahit. J'essaie de ne rien laisser paraître.
J'aimerai suivre le conseil de Rose mais j'ignore quel discours je pourrais tenir. Je n'ose même pas y réfléchir… Je ne ressens ni joie, ni enthousiasme à l'idée de revoir Sirius. Il n'y a que cette peur gênante et envahissante qui me serre le cœur.
- Marlene, tu sais que nous sommes amies… reprend finalement Rose.
- Je n'aime pas ton introduction, répondé-je aussitôt.
- Je pense que parfois, on tient à des personnes et… on ne veut pas le reconnaître car c'est quelque chose qui nous fragilise, continue-t-elle. Mais… si on ne fait rien… on peut perdre ces personnes. Il faut mieux être honnête et aller au-devant des problèmes pour les régler avant qu'ils ne s'aggravent.
Je soupire et me redresse.
- J'irai bien lui parler mais pour lui dire quoi ? lâché-je. Bonjour, Sirius, excuse-moi d'être partie en courant quand tu as voulu mélanger ta salive avec la mienne ?
Rose manque de s'étouffer.
- Evite les images s'il te plaît… marmonne-t-elle la bouche pleine.
- Lily dit que la bêtise, c'est quand on fait deux fois la même chose en attendant un résultat différent…
- Lily dit ça ? s'étonne Rose.
- …et c'est exactement ce que nous sommes en train de faire…
- Comment ça, nous ?
- Sirius et moi ! rappelé-je.
- Ah…
Rose hésite un instant avant de reprendre :
- Il te dira qu'il a changé, devine-t-elle.
- Il n'a pas changé, répondé-je. Ni d'amis, ni de comportement avec les filles, ni même de coupe de cheveux !
- Très bien ! s'énerve-t-elle. Ne m'adresse plus jamais la parole, face de gobelin !
- Quoi ?
- Je croyais que je jouais Sirius ?
- Sirius ne dirait jamais ça.
- Non, il essaierait de te convaincre, admet-elle. Mais Marlene, plus il espèrera et plus il te détestera. Il a un cœur et une fierté. Donc… Avec mon insulte, je faisais juste un… saut dans le temps.
Je prends quelques instants pour réfléchir. Elle n'a probablement pas tort. Cette idée me retourne l'estomac. Je ne suis pas aveugle, j'ai bien senti que Sirius s'impatientait.
- Selon toi, qu'est-ce que je dois faire pour qu'il ne me traite pas de face de gobelin ?
- Sois honnête avec lui ! Va droit au but, ne parle pas de vos salives…
- Et ensuite ?
- Je ne sais pas vraiment, admet-elle en se penchant vers moi. Tu pourrais dire… Bonjour Sirius, je suis désolée pour ce qu'il s'est passé en haut de cette colline, je n'ai aucune excuse…
- Sympa, commenté-je.
- En vérité, je ne sais pas comment réagir… continue-t-elle. Parce que… parce que je suis partagée entre mes sentiments pour toi et ma peur de m'engager…
- Tu penses vraiment que je suis capable de dire ça ?
- Puisqu'on ne sait pas où mène notre relation et qu'on embête tout le monde depuis bien trop longtemps…
- Contrairement aux autres, comme Lily et Potter, qui n'embêtent jamais personne…
- Tu me laisses finir ? proteste-t-elle. Bon… Heu… Donc on embête tout le monde et il faut qu'on se décide…
- Ouais, parce que ce serait la honte si Potter se décidait avant nous.
- Marlene !
Un large sourire lui tient lieu de réponse.
- Nous devons savoir si ce que nous ressentons est suffisamment sérieux pour qu'on poursuive dans ce sens-là, affirme-t-elle. On pourrait peut-être reprendre les choses au début en faisant une activité ensemble. Je te laisse choisir l'activité et quoique tu proposes, je m'engage à accepter. Parce que je te fais confiance.
- Je ne lui fais pas confiance, remarqué-je.
Elle roule les yeux.
- J'essaie de t'aider, je ne suis pas censée faire tout le travail ! me rappelle-t-elle.
- L'idée de l'activité commune est intéressante, reconnais-je. Le problème, c'est que je n'ai pas d'imagination dans ce domaine.
- Tu n'as pas besoin d'imagination si c'est lui qui choisit.
- Pourquoi ce serait à lui de choisir ?
- D'abord, parce que tu n'as pas d'imagination dans ce domaine…
C'est à mon tour de lever les yeux au ciel.
- Ensuite, parce que c'est toi qui est partie, achève-t-elle.
- Et je dois donc lui présenter des excuses en acceptant n'importe quoi ? résumé-je.
- Marlene, il ne va pas t'inviter à prendre un bain de minuit dans le lac ! gronde Rose. Il va sûrement suggérer… un déjeuner en tête-à-tête dans les cuisines.
- Tu parles bien de Sirius Black ? Le grand type aux cheveux noirs qui mesure sa popularité annuelle au nombre de ses prétendantes ? Le bain de minuit est plus probable.
- Alors tu prendras un bain de minuit.
- Même pas en rêve.
- Arrête de tourner en rond. Tu es une Gryffondor ou pas ?
- Tu te sers de notre Maison pour arriver à tes fins, c'est indigne de toi, commenté-je.
J'attrape la cruche de jus d'abricot et remplis nos deux verres. Les bruits de la cuisine masquent ceux de l'extérieur, nous enfermant dans une bulle protectrice, mais j'ai l'impression qu'une part de moi demeure devant la porte et monte la garde. Je vois le convoi s'éloigner comme si je me tenais en haut de la tour d'astronomie, appuyée contre la rambarde. Je sens le temps m'échapper comme s'il était fait de sable et glissait entre mes doigts. J'aurai pensé qu'en évitant Sirius, je garderai mes angoisses à distance. C'est l'inverse qui se produit.
- Tu as raison, dis-je finalement à Rose. Il faut que j'aille le voir. Je suppose que j'improviserai à ce moment-là…
Elle lève un sourcil, sceptique.
Une demi-heure plus tard, quand Rose et moi sortons enfin des cuisines, l'estomac plein et les poches remplies de bonbons, un silence inhabituel nous accueille.
Les vacances de Noël ont commencé.
:::
En fin de matinée, Rose et moi nous séparons et je retourne par l'infirmerie. Madelyn est toujours endormie. Je reste assise un moment sur le lit voisin, face à son immobilité saisissante. Entre l'absence de maquillage, les cheveux en pagaille et la blancheur cadavérique de ses joues, je la reconnais à peine. Heureusement, l'onguent de Pomfresh se révèle efficace : les traces de l'agression disparaissent à vue d'œil. Ce soir, il n'en restera plus rien.
Derrière les hautes fenêtres, de gros nuages grisâtres s'amassent au-dessus du château. Peut-être neigera-t-il quand Madelyn se réveillera ? A peine cette pensée m'a-t-elle traversé l'esprit que la neige se met à tomber. Elle tourbillonne, pure et cristalline, dans un ballet hypnotique. Ce tableau m'arrache un sourire triste. Madelyn sera heureuse. Comme moi, elle aime la neige. Quand nous étions plus jeunes, elle s'émerveillait devant les reflets multicolores des flocons au soleil.
Rose passe me chercher à l'heure du déjeuner et nous descendons ensemble dans la Grande Salle.
C'est alors que mon destin me rattrape.
Sirius et Potter sont installés à l'unique table des élèves. Entourés d'autres Gryffondors et de quelques Poufsouffles, ils semblent bien s'amuser. Je détourne aussitôt les yeux. Debout à l'entrée de la Grande Salle, presque seule, je me sens étrangement vulnérable. La distance qui me sépare de ma chaise me paraît infinie. Rose s'installe derrière les élèves de septième année. Avant de l'imiter, je lance malgré moi un coup d'œil vers Sirius.
Il mange et ne m'accorde aucune attention.
Rose et moi picorons vaguement dans chaque plat, notre petit déjeuner tardif ayant entamé notre faim. Rapidement rassasiée, j'hésite entre poser mes mains sur la table ou sur mes genoux. Peu importe la posture que je choisis, elle me paraît inconfortable. Je ne peux m'empêcher de jeter des regards en biais de l'autre côté de la table, où Sirius discute gaiement avec les Poufsouffles installés autour de Potter et lui. Il m'ignore si bien que j'en ai un pincement au cœur.
J'ai l'impression qu'en l'abordant, je vais le déranger. Est-ce que je dois vraiment y aller maintenant ? Il a terminé son déjeuner… moi aussi… C'est le moment de lui parler, n'est-ce pas ?
Il discute avec Potter. Je devrais attendre, histoire d'éviter une insulte gratuite.
… Qu'est-ce que je raconte ? Potter ne me fait pas peur !
L'un des Poufsouffles lui adresse la parole. Si j'y vais maintenant, je vais vraiment le déranger.
Je connais ce Poufsouffle. C'est un cousin de Saucisse ! Nous l'appellerons Bacon pour rester dans le thème.
- Allez, Marlene ! m'encourage Rose à voix basse.
- Ce n'est pas si simple !
- Tu as besoin d'aide ?
- Non merci !
Elle bascule habilement ses jambes par-dessus le banc et sort de table. Je lui emboîte le pas avec précipitation.
- Rose ! paniqué-je en la voyant s'approcher des garçons. Rose !
- Bonjour tout le monde ! lance-t-elle.
Mon cœur dégringole dans ma poitrine et atterrit sur mon estomac dans un craquement sinistre. Je me redresse avec un raclement de gorge pour faire bonne figure.
- Sirius, est-ce que tu as fini de manger ? demande-t-elle.
- Heu… oui, répond-il d'une voix incertaine.
Il se retourne et m'aperçoit. C'est peut-être ma paranoïa qui est aux commandes mais j'ai l'impression que son visage se ferme.
- Dans ce cas, tu serais d'accord pour me laisser ta place ? continue Rose. Je voudrais discuter avec James.
- Avec plaisir, répond-il en s'extrayant du banc.
A peine est-il debout qu'elle enjambe le banc et s'assied face à Potter. Derrière ses lunettes, les yeux du binoclard multiplient les allers-retours entre son ami et moi.
Je n'attends pas plus longtemps et sors de la Grande Salle d'un pas rapide. Sirius reste silencieux mais je suis persuadée qu'il m'a suivie. Je sens sa présence menaçante derrière mon épaule.
Je quitte le hall et avance dans le couloir du rez-de-chaussée avant de m'arrêter lentement, en plusieurs pas et quelques feintes, comme un train qui entre en gare.
- Tu voulais me parler ? demande-t-il.
Qu'est-ce que je disais !
- Ou… oui, répondé-je en me retournant.
J'inspire profondément et accepte de croiser son regard. Il se tient droit, les mains croisées dans son dos, et me regarde sans ciller.
J'ouvre la bouche. Aucun son n'en sort.
- J'ai appris que ta sœur était à l'infirmerie, commence-t-il. Comment va-t-elle ?
- Madelyn est plus solide qu'il n'y paraît ! répondé-je d'une voix soulagée. Pomfresh s'occupe d'elle et je suis restée à l'école pour être présente lorsqu'elle se réveillera.
- Oh… Tant mieux.
Tant qu'il ne parle pas de Pré-au-Lard, je peux donner le change.
- Ce matin, je voulais qu'on parle de… à Pré-au-Lard, reprend-il d'une voix moins assurée.
Mettons que je n'ai rien dit.
- Ah ! m'exclamé-je.
Je prends soin de refermer la bouche après ma réponse.
Sirius ne poursuit pas, attendant visiblement que je le fasse. Flûte.
- Heu… Je suis désolée, lâché-je finalement. Je n'aurai pas dû partir comme ça… sans donner d'explication… Je n'ai pas d'excuse. Je suis vraiment désolée.
J'imagine le visage rigolard de Rose par-dessus l'épaule de mon camarade. Ma fierté en prend un coup mais elle n'a pas tort : je n'ai pas d'imagination. Par ailleurs, l'intégralité de mes neurones étant occupée à gérer mes flux émotionnels, il ne reste plus personne pour trouver une issue à cette situation compliquée.
Sirius semble hésiter à répondre. Il renonce et pince les lèvres avant de tourner la tête vers le grand tableau situé à ma gauche, dans lequel une vieille dame vêtue de rose tricote un pull en tapant du pied. Je l'imite.
Il y a tellement de blancs dans notre conversation qu'on pourrait repeindre toute la Grande Salle.
- Marlene… reprend-il enfin en plantant son regard dans le mien. J'ai peut-être mal interprété ton comportement. Et… si c'est le cas, je préfère que tu me le dises. Est-ce que tu veux que je te laisse tranquille ?
Je sens que cette question lui coûte.
- Non, pas du tout…
- Alors pourquoi tu t'es enfuie ?
- Heu…
- Je ne te comprends pas ! réplique-t-il. Qu'est-ce que tu attends de moi ?
- Mais rien ! Je n'attends rien !
- Donc tu veux que je te laisse tranquille.
- Mais non ! C'est juste que… Je ne peux pas vraiment sortir avec toi. C'est une histoire de… contexte…
- Qu'ils sont mignons, commente le tableau à notre droite.
- Toi, va cuire dans la toile enflammée du septième étage ! rétorqué-je. Sirius… ajouté-je en ignorant l'air outrée de la dame en rose.
Il tourne les talons et s'éloigne de quelques mètres, les yeux rivés sur la porte menant au hall. Il se détache de moi au fil des secondes et je reste immobile, comme paralysée, démunie. Une explication très simple et totalement inutile me vient à l'esprit : je refuse de le laisser venir car je ne lui fais pas confiance, je refuse qu'il s'éloigne car je me suis habituée à sa présence.
Je lève les mains, comme pour faire un discours, puis les laisse tomber le long de mon corps sans avoir ajouté le moindre mot.
- Une histoire de contexte, répète-t-il.
Je reste silencieuse. Bien que je sois en train de le perdre, je reste incapable de parler.
- Je ne peux pas dire oui à ta place…
Je prends mon courage à deux mains et j'avance jusqu'à lui.
- … mais je peux dire non pour nous deux, tranche-t-il en se retournant.
Il sursaute presque en croisant mon regard, à quelques centimètres du sien.
Je me hisse sur la pointe des pieds et pose mes lèvres sur les siennes.
Sirius reste un moment immobile, comme hébété. Ses lèvres sont douces, chaudes et immobiles. Des idées contradictoires traversent mon esprit. J'ai bien fait – je n'aurai pas dû – je devrais arrêter – il va finir par réagir – j'ai attendu trop longtemps – va-t-il me traiter de face de gobelin plus tôt que prévu ?
Une petite et interminable seconde s'écoule avant qu'il ne me happe contre lui. Un brouillard dense envahit mon esprit et une chaleur agréable se répand dans ma poitrine alors qu'il me prend dans ses bras pour répondre à mon baiser. Nous sommes au milieu du couloir, la porte vers le hall est restée ouverte et n'importe qui pourrait nous voir, mais le tourbillon d'émotions et de sensations qui m'étreint gomme toute prudence et toute angoisse.
Ses mains descendent sur mes hanches et me poussent doucement contre le mur. Nos doigts se frôlent. Le contact de son nez contre le mien me fait frissonner. Ses lèvres caressent les miennes avec une douceur que je n'aurai jamais soupçonnée chez lui. Je l'imaginais en amour comme en amitié, ardent et sûr de lui. Plutôt que de m'adoucir, sa patience me rend téméraire. Je glisse une main timide dans ses cheveux et rapproche mon visage du sien pour approfondir notre premier baiser.
Tout-à-coup, un toussotement retentit près de mon oreille.
Nous sursautons de concert et nous détachons l'un de l'autre en un quart de seconde, alarmés. Nous trouvons tout de suite l'origine du bruit : les personnages se sont multipliés dans les tableaux. Les toiles intermédiaires sont pleines à craquer et leurs habitants jouent des coudes pour ne pas être envoyés hors du cadre à cause des hôtes indésirables. Quelques grands chanceux sont confortablement installés et balancent les pieds sous leur chaise en attendant la suite. La dame en rose a cessé de tricoter et les chevaliers semblent faire une trêve.
Leurs yeux avides sont braqués sur Sirius et moi.
- Ne faites pas attention à eux, jeunes gens ! nous encourage un vieil homme, la pipe à la bouche. Continuez !
- Non mais ça ne va pas ? répliqué-je. Ce n'est pas un spectacle !
- Sacre bleu, les jeunes hommes ne choisissent jamais ce lieu pour étreindre les vierges du castel ! se plaint un chevalier. Ils se rendent dans la tour d'Astronomie !
- Les Serpentards ont une préférence nette pour le petit salon des Bulbes, souligne la dame en rose. Si vous voulez mon avis, c'est un lieu beaucoup plus romantique que ce couloir.
- Cela n'empêche pas les locataires du salon des Bulbes de venir ici lorsqu'il y a de l'action et d'essayer de nous pousser hors de nos cadres ! rétorque le vieil homme en pointant du doigts une troupe de bonnes sœurs.
- Nous avons le droit de nous promener ! déclare l'une d'entre elles.
Sirius m'attrape par la main et m'entraîne vers la sortie.
- Vous ne venez jamais ici d'habitude, bande de menteuses hystériques !
- Messire, si vous empoignez encore l'honneur de ces dames, je pourrai bien vous pourfendre !
- Taisez-vous ! Vous les effrayez !
- J'ai demandé au directeur de déplacer mon tableau dans la tour d'Astronomie mais il a refusé…
- Revenez, jeunes gens ! Revenez !
- Vous les avez fait fuir, imbéciles !
Nous atteignons la Grande Salle au moment où des coups d'épées commencent à retentir. J'arrache ma main à celle de Sirius et je m'empresse de pousser le battant. J'ai le temps de voir un tabouret voler d'un tableau à l'autre avant que la porte ne claque.
- De vrais voyeurs, ces tableaux ! m'exclamé-je en revenant vers lui.
Il éclate d'un rire joyeux et tente de m'attirer contre lui. Au moment où ses doigts me frôlent, des pas résonnent de l'autre côté du hall. Bacon sort dans le couloir, suivi de près par Rose, Potter et la clique de Noël.
- Les cuisines, à seize heures, souffle-t-il avant de s'éloigner.
- Vendu !
Finalement, Rose avait raison : il n'a pas proposé de bain de minuit. Mon amie vient vers moi tandis que Sirius rejoint Potter. Il ne se presse pas et se retourne deux fois pour m'adresser un sourire avant de monter les escaliers avec ses amis.
- Alors, tu as relevé mon défi ? chuchote Rose. Ou tu n'as pas eu le temps ?
- Aucun des deux, j'ai improvisé.
Elle me tend mon manteau et prend la direction de la porte.
- Vous êtes sortis de la Grande Salle plus tôt que je ne l'aurai cru, remarqué-je.
- Ne m'en parle pas ! s'exclame Rose en levant les yeux au ciel. Une fois que Sirius avait quitté la table, tout le monde voulait faire pareil ! Les garçons nous critiquent quand on va aux toilettes à plusieurs, mais franchement ils ne valent pas mieux ! L'un d'eux s'en va et les autres s'ennuient…
Elle s'arrête pour me jauger.
- Maintenant, si c'est une façon détournée de me reprocher de vous avoir interrompus, laisse-moi répondre que vous auriez dû choisir un autre endroit pour discuter ! ajoute-t-elle. Le grand hall… quelle idée !
- Nous étions dans le couloir ouest mais les tableaux nous ont fait fuir !
Elle hausse les sourcils.
- Je te jure ! Ce sont de gros dégoûtants !
Je soupire d'un air las et ouvre la porte. Le froid mordant me fouette aussitôt le visage.
- Qu'ont-ils fait pour que tu les juges si méchamment ?
- Ils voulaient qu'on se bécote devant eux.
- Les pauvres, ils doivent s'ennuyer pendant les vacances… plaint-elle. Et donc ? Vous l'avez fait ?
J'ouvre de grands yeux.
- Non ! défendé-je. Sûrement pas ! Enfin… si… mais pas sur leur demande ! Je ne savais pas quoi dire à Sirius et je ne savais pas quoi faire alors… dans le doute, je l'ai embrassé, avoué-je. Mais ça n'avait rien à voir avec les tableaux !
- Oh ! s'exclame Rose.
C'est à son tour d'ouvrir de grands yeux.
- Vous êtes ensemble alors ?
- Non, nous ne nous sommes pas engagés à quoique ce soit… assuré-je. Je lui ai dit que je ne pouvais pas sortir avec lui.
- Avant ou après l'avoir embrassé ?
- Avant… mais de toute façon, ce ne serait pas prudent avec mon statut actuel ! Tu l'as dit toi-même !
- Ce n'est pas un argument que tu peux donner à Sirius. Il ignore quelle place tu occupes vis-à-vis des filles de l'école. Il n'a pas l'habitude de se cacher et vu le sourire qu'il affichait, je doute qu'il ait compris la manœuvre, Marlene.
J'hoche lentement la tête. Si elle savait…
- J'en parlerai avec lui tout à l'heure, coupé-je. Potter et toi, vous avez discuté de quoi ?
- De Quidditch.
- J'aurai dû deviner…
Rose est entrée dans l'équipe l'an dernier en tant que Batteuse. Elle vise plutôt bien et conduit son balai avec une certaine élégance mais ce qui la distingue des autres, c'est la force insoupçonnée dont elle peut faire preuve lorsqu'elle envoie un cognard à l'autre bout du terrain. A chaque fois, je me demande comment un si petit corps peut contenir autant de hargne et de violence. Dans une autre vie, Rose a peut-être été une tueuse en série. Ou alors… ce sont les gènes paternels qui se manifestent.
Après une promenade dans le parc écourtée par de nouvelles chutes de neige, nous revenons à la Tour de Gryffondor. En période de vacances, on pourrait sûrement attendre un peu de calme dans cet endroit habituellement bondé. Loin s'en faut : Sirius et Potter ont invité les vacanciers de Serdaigle et Poufsouffle, tous niveaux confondus, à célébrer le début des vacances avec eux. Si les rumeurs disent vrai, ils fêteront également la fin de la première semaine, l'avant-veille de Noël, la veille de Noël, le lendemain de Noël, à la fin de la deuxième semaine et la reprise des cours.
Nous faisons demi-tour avant d'être repérées et choisissons un autre de nos points de chute : la bibliothèque. A vrai dire, c'est surtout le point de chute de Rose, mais je l'accompagne sans proposer d'autre alternative, faible fille que je suis. Attablées près d'une fenêtre, nous optons pour nos activités préférées : Rose lit un livre de sortilèges et je griffonne sur un parchemin.
Vers quinze heures trente, je commence à remuer sur ma chaise, impatiente. Mon assurance première s'est éteinte au profit d'une inquiétude latente. Rose se trompe… Sirius a compris la manœuvre, n'est-ce pas ?
Quinze minutes avant le rendez-vous… C'est l'heure d'y aller.
- Miss McKinnon ?
- AAAAH !
J'aperçois le visage crispé de la bibliothécaire juste au-dessus du mien. En me retournant, je lui ai envoyé ma queue de cheval dans la figure. Elle se frotte le nez en grimaçant. C'est de sa faute, aussi, elle prononce mon nom avec une terrifiante voix flûtée.
- Désolée… babillé-je.
- Vous devez aller à l'infirmerie, déclare-t-elle. Votre sœur s'est réveillée.
Je cherche aussitôt le regard de Rose. Elle a déjà posé son grimoire et semble prête à sauter de sa chaise comme un clown à ressort surgissant d'une boite piégée.
- Merci madame, répond-elle.
La bibliothécaire acquiesce et s'éloigne vers le comptoir d'une démarche incertaine.
- Oui, heu… merci ! lancé-je à mon tour.
Je suis presque sûre qu'elle se gratte le nez.
- Allons-y ! décide Rose en se levant.
Elle attrape mon sac et m'arrache mon journal pour l'enfoncer dedans.
- Rose !
- Quoi ? demande-t-elle en rebouchant mon flacon d'encre.
- Sirius m'a donné rendez-vous à seize heures dans les cuisines ! m'exclamé-je. J'avais oublié Madelyn ! Je suis une sœur indigne ! En même temps, ajouté-je d'une voix plus calme, elle a forcément un mauvais karma. A tous les coups, je ne suis que l'instrument du destin… Pourquoi tu soupires comme ça ?
- Demande-toi, ricane-t-elle.
- Tu soupires beaucoup en ce moment !
Elle ferme mon sac et le fait glisser sur la table.
- Si l'instrument du destin veut bien se donner la peine… m'invite-t-elle en montrant la sortie.
Un jour, je lui tirerai la langue. Elle ne l'aura pas volé.
:::
Quand nous entrons dans l'infirmerie, Madelyn est assise sur son lit, un petit miroir dans les mains. Elle sursaute et tente de se cacher en entendant nos pas, et paraît rassurée en nous reconnaissant.
- Vous m'avez fait peur ! s'écrie-t-elle d'un ton accusateur.
- C'est Sainte Mangouste qui se moque des chaudrons, répliqué-je.
- Comment te sens-tu ? demande Rose.
Madelyn soupire.
- Mal. Je vais mal. Vous avez vu la tête que j'ai ? s'énerve-t-elle en jetant le miroir. Pomfresh refuse de faire des onguents plus concentrés… Je ressemble à un gnome !
- On ne voit presque plus rien, assuré-je.
- Qui m'a vu dans cet état ?
- Slughorn, Pomfresh et nous.
Elle semble se calmer. Rose en profite pour intervenir :
- Madelyn ? tente-t-elle. Tu as dit au professeur Slughorn que tu ignorais qui t'avait agressée… Que s'est-il passé exactement ?
- Si ce sont des Serpentards, tu peux nous le dire ! murmuré-je.
- Le dire à des Gryffondors ? se moque-t-elle. De toute façon, j'ignore qui m'a fait ça. Quand j'ai terminé ma valise, ce matin, j'ai voulu rendre mes livres à la bibliothèque. Je suis sortie du dortoir et…
Elle lève les mains en écartant les doigts et en soufflant longuement.
- On t'a fait exploser ? tenté-je.
- Ma mémoire s'est envolée, corrige-t-elle.
- Désolée mais tu ne sais pas mimer.
- Marlene et moi pensons que ton agression est liée à ton statut récent, reprend Rose.
Madelyn se fige. Ses yeux vont de mon amie à moi.
- J'ai deviné seule, révèle Rose. Je crois que quelqu'un t'a fait payer un évènement malheureux… dans la Grande Salle…
Elle se mord l'intérieur de la joue.
- En effet, il y a probablement un lien, admet-elle. J'ai été agressée parce que ma chère sœur m'a demandé un service, que je lui ai rendu avec une grande efficacité…
- Le marché fonctionnait dans les deux sens, remarqué-je.
- …et les suspects sont très nombreux, termine-t-elle. On ne saura jamais qui est responsable. Tout ce que je peux faire, c'est me protéger du mieux que je peux.
- Tu plaisantes ? interviens-je. Il faut qu'on trouve le coupable !
- Ne t'en mêle pas ! insiste-t-elle. Marlene, je t'interdis d'enquêter !
- Tu ne veux pas savoir qui t'a agressée ?
- Non, je m'en fiche et je compte sur toi pour faire pareil !
Elle me regarde avec insistance, un doigt volontaire pointé sur ma poitrine, attendant ma réponse. Je finis par hocher la tête. Madelyn se détend aussitôt et récupère le miroir pour s'admirer sous tous les angles. Lorsque je me détourne, je perçois une lueur de suspicion dans les yeux sombres de Rose. Mauvais signe. Rose est plutôt perspicace dans son genre et son expression faciale n'augure rien de bon.
- Marlene, nous devons sortir…
- Vous ne voulez pas rester ? réagit aussitôt Madelyn. Je m'ennuie à mourir ici !
- Heu… hésité-je.
Je comprends la manœuvre de Rose mais j'ignore comment justifier un départ aussi soudain. Heureusement, notre bonne étoile doit briller car Pomfresh sort du bureau au même moment.
- Jeunes filles, je suis désolée mais je vous invite à sortir, dit-elle. Je dois m'entretenir avec miss McKinnon.
- Je t'amènerai des livres ! lancé-je à Madelyn en sortant.
Rose accélère le pas. Je trotte pour rester à sa hauteur. Dès que nous sortons de l'infirmerie, elle se tourne vers moi.
- Qu'est-ce que tu en penses ? me questionne-t-elle.
- Je ne sais pas trop… hésité-je. J'ai l'impression qu'elle ment… Venant d'elle, ce ne serait pas étonnant mais… quand même…
- C'est aussi mon sentiment, avoue-t-elle.
- Elle protège ses amies ? Non… réfuté-je tout de suite. Elle tient trop à son apparence pour pardonner à Coleen d'abîmer son visage…
Rose pince les lèvres.
- Tu envisages la même chose que moi ? demandé-je d'une voix obscure.
- Qu'envisages-tu ? répond-elle sur le même ton.
- Nous allons préparer un sérum de vérité…
- Tu sais le faire ? s'étonne-t-elle.
- Bien sûr que non, Rose, tout le monde sait que je suis nulle en potions !
- Tout le monde sait que je ne vaux pas mieux que toi, me rappelle-t-elle.
Nous hochons la tête de concert.
- Commençons par établir une liste des suspects, recommande-t-elle.
:::
Petit carnet de Marlene McShakespeare
Vendredi 19 décembre 1975
Suite au crime commis le vendredi 19 décembre 1975 aux alentours de 10h30,
à l'école de sorcellerie Poudlard en Grande-Bretagne, dans les cachots, deuxième sous-sol, couloir nord,
sur la personne de Madelyn Adhara Fiona McKinnon,
Liste des suspects :
- Severus Rogue
N'ayant jamais été aimé, ni par ses ennemis, ni par ceux qui auraient dû devenir ses amis, être assailli de tous côtés par de fougueuses jeunes filles souhaitant mettre leur langue dans sa cavité buccale a probablement provoqué un choc traumatique chez Severus Rogue. Dans cette optique, le suspect tenterait de se rétablir en agressant à son tour de jeunes filles dans les couloirs de l'école.
- Jinny Jenkins
Sous un visage doux et timide, la représentante de Serpentard cache peut-être une ambition féroce et une passion inavouée pour la violence. L'élection de la victime au poste de Premier Ministre aurait-elle éveillé le monstre qui sommeillait sous son sourire candide ?
- Coleen Carrow
Aussi gentille et patiente qu'un dragon affamé, la candidature de Coleen Carrow au poste de suspect présente des aspects séduisants. De plus, ses liens avec la victime semblent la désigner d'office. Je tiens cependant à attirer votre attention sur le manque d'originalité de cette candidate qui ne fait aucun effort pour rendre l'enquête intéressante.
- Helmet Dolohov
Brutal, menaçant, grossier : les adjectifs ne manquent pas pour qualifier Helmet Dolohov, le géant de Serpentard. A ses antécédents de violence s'ajoutent une force titanesque qui le rend tout à fait capable de causer des dommages importants sans utiliser de baguette magique. Son attirance évidente pour la victime nous oriente vers l'hypothèse du crime passionnel, une infraction qui ne recouvre plus aucune réalité juridique, mais qui continue de captiver l'opinion publique.
- Darius Avery
Serpentard populaire et dragueur s'il en existe, Darius Avery a peut-être pour habitude d'attirer d'innocentes jeunes filles dans les couloirs afin de se venger d'une enfance malheureuse auprès d'une mère abusive. Sa mère étant blonde, Darius Avery est devenu un agresseur en série qui ne s'attaque qu'à des jeunes filles blondes, et si Madelyn ne se teignait pas les cheveux, nous n'en serions pas là aujourd'hui.
- Regulus Black
Trêve de minauderies, les études magiques menées à Sainte Mangouste sur des licornes imaginaires montrent qu'un excès de sang-pur provoque des troubles de l'humeur, des hallucinations et la phobie des cuillères. Nous pouvons opter pour la théorie du crime psychotique et de la double personnalité.
- Sirius Black
Voir ci-dessus. Issu du même sang que Regulus Black, le Gryffondor Sirius Black a sa place dans cette liste. Nous ne pouvons décemment pas retirer un suspect sous prétexte qu'il embrasse bien. Par ailleurs, sa culpabilité donnerait à son idylle naissante avec la sœur de la victime un soupçon de tragédie, ce qui est à prendre en compte lorsque nous atteindrons la retraite et écrirons nos mémoires.
- Rouquine
La couleur orange étant à l'être humain ce que le rouge est au taureau, il est plus que probable qu'une perception visuelle prolongée de mèches orange provoquerait un surplus d'excitabilité et une surchauffe du cerveau. Dans un accès de folie, Rouquine serait descendue dans les cachots pour agresser la première personne qu'elle croiserait.
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Si vous trouvez le coupable, Sirius vous fait un bisou sur la fesse gauche.
Si vous vous trompez, Sirius vous fait un bisou sur la fesse droite.
Si vous donnez votre langue au chat, ce n'est pas le chat mais Severus qui viendra la chercher en dédommagement. Il a besoin d'entraînement en cas de riposte.
Alors ?
