Note de Ska : Vous allez crier parce que c'est vraiment trop bien. Je souhaite un super joyeux (non-anniversaire.. pour moi ? Pour vous ! - Pardon.-) anniv' à Gab' ! Bisous tout plein, enjoyez et laissez moi mourir dans ma curiosité de voir Docteur Strange. Argh. Bref. XOXO !
Note d'Obvy : Pardon pour mon retard, donc pour noyer le poisson (et faire double ration de gâteau d'anniv à mon lieutenant), on publie un jour plus tôt. Dites-moi si vous avez aimé, Ska n'est pas objective envers notre bébé x) Au fait la fin n'est plus très loin, plus que quelques chapitres.
Playlist (encore plus primordiale que d'habitude) :
Rocky Rock - Kannata
Hollywood Undead – Undead
Sia – Titanium
-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-
Say hello to the cops in patrol
Say hello to the cops in patrol
Say hello in the cops in patrol
Say hello to the ones in control
Violence on the rise
Like a bullet in the sky
Oh lord have mercy on my soul…
Green day – Say goodbye
-o-o-o-o-
Ils avaient fait le tour de la ville, mais Loki conduisait bien alors aucune patrouille de police ne les avait pris en chasse. Par contre ils avaient failli renverser des tas de dealers, de camés, et bien entendus, les sdf traînant leurs carcasses imbibées dans des ruelles. D'ailleurs son associé conduisait trop bien pour que ce soit sa première fois, alors Tony, assis sur le tableau de bord et contemplant la ville, ne résista pas et lui lança :
-Avoue, t'as déjà fait ça. C'est un métier chouette tu sais.
-Tu parles, lui répondit à sa place l'ancienne sdf dans un soupir, faisant le cochon pendu. Dangereux, rébarbatif, mal payé.
-Tu vas t'ouvrir le crâne au prochain virage Darcy, la prévint Loki en fronçant les sourcils dans le rétroviseur.
-Peter et Wade font de la pole dance et tu leur dis rien, protesta sa meilleure amie.
Tony se retourna, et en effet, Wade semblait comme un poisson dans l'eau, englué langoureusement à la barre de maintien. Il avait fait tomber le haut malgré le froid de la nuit et les courants d'air, et Peter, pendu à l'envers, ses jambes enroulées autour d'un pilonne, l'encourageait en le sifflant. Les cicatrices de la petite frappe s'étalaient sur tout son corps, son accident avait dû être extrêmement douloureux. Mais peut-être qu'à l'extérieur, elles faisaient moins mal qu'invisibles et coincées sous la peau comme celles de son partenaire.
L'ex-trader le regarda à nouveau, et Loki avait l'air tranquille et assuré de celui qui se laisse aller par l'habitude, mais son regard aussi vert que son tatouage (il avait retiré le pansement) était pour sa part hanté par les souvenirs. Tony crevait d'envie de savoir ce qui lui était arrivé. Mais il n'avait pas non plus le droit de demander à Darcy, ce serait perdre la confiance de son… pote ? allié ? Aucun terme ne lui paraissait assez fort, étant donné que figurativement ils courraient vers la ligne d'arrivée leurs chevilles liées l'une à l'autre. Si l'un des deux se cassait la gueule par hésitation, l'autre tombait avec lui, et honnêtement, il ne savait pas s'il serait capable de s'en relever. Alors s'il trahissait Loki, ou le forçait à faire quelque chose ou inversement, ils étaient foutus. Par conséquent… il attendrait.
Cet instant de calme à parcourir la ville l'avait épuisé. L'adrénaline redescendue, il se rendit compte que le ciel s'éclaircissait, et qu'ils avaient passé une nuit blanche, à courir les toits, poursuivre un cafard dans la cellule de dégrisement, taguer et voler un bus.
Seigneur, quelle vie de pauvre taré. Pourquoi aimait-il autant ça tout en étant aussi effrayé. Et épuisé, surtout.
-On vous ramène tous à l'hôtel ? s'enquit-il soudainement.
Parce qu'il trouvait Peter et Wade absolument frappadingues et adorables, et Darcy, bien que réveillant un sentiment désagréable dans son estomac, était un ovni inspirant. Par ailleurs elle faisait du bien à Loki, malgré tout ce que pourrait lui dire celui-ci.
-Ҫa dépend, lança Wade en tournant autour de sa barre, y'a un jacuzzi ?
Quand Tony eut un paresseux hochement de tête, des jurons et obscénités franchirent les lèvres de leurs trois nouveaux acolytes, et intimèrent à Loki d'aller tout de suite au terminal routier pour vite profiter de l'eau chaude bouillonnante.
Il fut le dernier à descendre du bus, et traina un peu en contemplant le soleil levant illuminait le vagabond que Loki avait peint. Ses habits étaient misérables, et les trois couleurs dominantes rendaient une atmosphère oppressante d'incendie. Son regard, surtout, se glissait sous la peau comme un cri silencieux. Le sdf planta longtemps ses yeux dans ceux de son portrait, avant de serrer son poing jusqu'à sentir ses ongles dans sa paume, et expirer doucement.
-On va y arriver Tony, murmura Loki derrière lui.
Il se retourna, et confirma avec un petit sourire en coin :
-Putain de oui, partenaire.
Les yeux verts de Loki brillaient d'envie de vivre dans la lumière orangée de l'aurore. Tony secoua la tête. Il était fatigué. Aussi il eut un soupir consterné quand il vit Wade et Darcy faire la roue en criant « BUBULLES » vers la sortie du terminal. Ils avaient bu un camion d'Energy drink ou quoi ?
Mais l'instant d'après ils entendaient les inquiétants aboiements de plusieurs gros chiens agacés, et se mirent à courir en hurlant vers les grilles tandis qu'un agent de sécurité et ses molosses le prenaient en chasse. Epuisé comme il était, il lui semblait que ses jambes filaient toutes seules vers la sortie, et il n'eut pas trop de mal à escalader les barreaux blancs. En équilibre au sommet il tendit sa main à Loki, qui la prit tandis que Darcy criait d'un ton râleur que les *censuré* de célibataires devaient se *censuré* tous seuls quand ils étaient dans la *censuré*. Quand les chiens heurtèrent les portes, Tony perdit l'équilibre et seul le bras de Loki autour de sa taille l'empêcha de tomber.
Bordel que se passait-il ? songea-t-il en glissant du bon côté de la grillage et en aidant son associé à descendre, alors que le gardien se précipitait vers eux totalement essoufflé. Quand ce dernier atteignit la porte, ils étaient déjà à trois pâtés de maison.
Quelque chose ne tournait pas rond, et le manque de sommeil en était la cause, décida-t-il pendant leur trajet jusqu'à l'hôtel. Les derniers noctambules de New York city les rejoignaient dans leur chemin vers la maison, et comme beaucoup d'entre eux, ils s'arrêtèrent à un magasin de dépannage, du genre de ceux qui ne fermaient jamais. La carte gold s'insérant pour payer cinq nouilles instantanées faisait vraiment tâche.
Ayant gravi les marches, ils virent Wanda, encore et toujours, à la réception. Quand cette fille dormait-elle sérieusement ?
-Nous avons des visiteurs, annonça Loki alors qu'elle leur donnait la clef de leur chambre.
-Pas de problème, fit la jeune fille, sonnez Pietro si vous avez besoin de quelque chose.
Autrement dit, on vous couvre si vous avez ramené trois squatteurs, et des matelas supplémentaires seront fournis à la demande.
Tony lui fit un clin d'œil, Peter la remercia, Wade lui souhaita un « bon courage poupée », et Darcy semblait apparemment sur le point de lui demander si elle avait quelqu'un quand Loki l'entraîna de force vers l'ascenseur en lui couvrant la bouche de ses doigts fins.
-Tu peux pas t'en empêcher cinq minutes, c'est incroyable, marmonna-t-il quand les portes se furent refermées sur eux cinq.
-Quoi, répliqua-t-elle en croisant les bras, on sait jamais, mon radar gay est peut-être en rade.
-Je suis persuadé qu'elle est mineure, répliqua Loki.
-Tu… percuta Tony malgré sa fatigue, tu es…
-Lesbienne pure et dure, confirma-t-elle, pas comme Loki. Enfin, il aime pas les filles quoi-
Elle se prit une taloche à l'arrière du crâne de la part du concerné, qu'elle rendit aussitôt d'un coup dans le genou juste après qu'on l'ait engueulée :
-Trop d'informations, Darcy ! pesta son associé.
Oh. Tony crut qu'il allait se rappeler à temps comment faire fonctionner sa mâchoire, mais trop tard, cette pustule de Wade avait remarqué sa surprise.
-C'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd, glissa-t-il.
-On t'a rien demandé face de couille, répliqua Tony d'un ton agacé en sortant de l'ascenseur.
-Ouuuuh c'était méchant ça, s'amusa le joueur.
Il passa leur carte devant le lecteur en évitant soigneusement de regarder Loki, et ouvrit la porte de leur palace.
-J'ai trouvé votre nom de scène, annonça Darcy en se précipitant à l'intérieur et retirant ses couches de vêtements, je passe en première.
-Je souffre atrocement, fit Wade à cloche-pied car retirant son pantalon, je passe en premier.
-Je suis le plus mignon, je passe en premier ! affirma Peter en poussant Darcy, qui le frappa avec sa chaussure.
Avant qu'un silence gêné n'ait eu le temps de s'installer entre Loki et lui restés dans l'entrée, on frappa à la porte et Speedy Gonzales entra en vitesse quand on lui eut ouvert, portant un grand matelas.
-Si ça suffit pas j'essaierai d'en trouver d'autres, lança-t-il en installent le matelas entre les deux lits simples.
-Ҫa devrait aller Pietro, fit Loki avec un sourire.
-Oh, vous vous rappelez de mon prénom ? fit-il avec un sourire ravi en secouant les draps propres.
-C'est marqué sur ton badge, s'amusa Tony.
-Ah oui c'est vrai, se morigéna l'adolescent en déposant deux oreillers à la tête du lit de camp. Et voilà, bonne-
-Pas si vite, fit l'ancien trader en lui glissant un billet de cinquante dollars, voilà tu peux t'en aller.
-Deux bouteilles de champagne, deux, annonça l'adolescent.
-Non non c'est…
Il avait à peine eu le temps de se retourner que le gamin avait fermé la porte. Tony soupira, et Darcy s'enquit en sortant de la salle de bain :
-J'ai bien entendu le mot champagne ?
Ils s'endormirent vers dix heures du matin en ayant fait l'étrange expérience d'accompagner leurs nouilles instantanées de deux litres de bulles dorées hors de prix.
Le lendemain
-Bonjour, c'est pour quoi ? s'enquit poliment Loki en lissant sa fausse moustache quand on entra dans le salon de coiffure.
-Oh des remplaçants, fit une petite dame âgée en trottinant jusqu'à un siège. La coupe habituelle.
Tony fit une grimace sous sa fausse moustache alors qu'il coupait du mieux qu'il pouvait les cheveux d'un homme d'affaire. Génial. Comment Loki était supposé savoir ce qu'était « la coupe habituelle ». Comme si ce n'était pas assez difficile comme ça, de se mettre dans la peau de deux coiffeurs.
En faisant mine d'aller laver ses ciseaux il vérifia le compteur. Plus que trente-cinq minutes, et ils n'avaient enflammé les cheveux de personne. Ils devraient s'en sortir.
-Dites, lui dit son client en se retournant, si vous pouviez lire les sms de votre copain plus tard, j'ai une réunion dans trente minutes.
-Je vous demande pardon, s'étrangla Tony en revenant avec son téléphone et les ciseaux.
Mais le type en costard marmonna sans répondre.
-J'ai peur de ce que vous insinuez, insista-t-il en tournant le siège vers lui pour regarder dans les yeux.
-Pouvez-vous terminer s'il vous plaît ? Je suis pressé ! éluda-t-il en détournant le regard.
Oh, très bien. « Ces coiffeurs, tous des pédés fainéants et pas efficaces qu'on peut prendre de haut », donc, s'il lisait bien entre les lignes. Très bien très bien.
-J'en ai bientôt terminé avec vous monsieur, fit-il d'un ton mielleux.
-Tony tu fais chier, lui soupira une heure plus tard Loki dans la salle d'interrogatoire numéro trois. Je m'en sortais bien avec mon gamin et ma mamie.
-Elle est très belle sa coupe, c'est un enfoiré d'avoir prévenu le flic qui passait par là, marmonna-t-il en glissant sur sa chaise en fer. Steve, c'est bien ça ? On va connaître tous les prénoms de la brigade bientôt.
-Combien de temps au poste encore ? s'enquit Loki.
-Encore soixante-seize heures.
L'officier Barnes entra dix minutes plus tard, suivi d'un homme d'affaire furieux, avec ses cheveux courts teints aux sept couleurs de l'arc-en-ciel. Garanti vingt lavages.
-C'est bien eux, fulmina son client. C'est eux qui m'ont défiguré.
-Vous êtes fin prêt pour la gay pride, le félicita Tony avec un mouvement de menton appréciateur.
L'agent empêcha le plaignant de l'étrangler, et le confia à Steve qui le raccompagna.
-Usurpation d'identité, commença à lister le policier en se massant les tempes, exercice illégal de profession, séquestration des propriétaires du salon dans un placard à balai, atteinte à l'intégrité d'autrui…
-C'est ce type l'atteinte à l'intégrité, grommela Tony.
-Bref, en un mot que vous me pardonnerez, vous nous cassez les couilles, asséna le policier. Alors je veux plus vous voir, et…
-T'inquiète, on connaît le chemin, fit-il en se levant pour se diriger vers leur cellule.
Le matin-même, Loki y avait commencé sur le mur de droite le portrait à la craie de Marjolie, la vieille prostituée que Tony connaissait bien, et qu'ils avaient croisé sur la sixième en revenant. Et ils ne furent pas surpris quand ils y virent Peter et Wade jouer au morpion.
-Elle fait quoi Darcy ? s'enquit Loki en leur piquant leur craie.
-T'es pas cool mec, protesta le grand brûlé à la perte du bâton blanc. Et elle devait voler le costume d'un homme sandwich sur la quinzième je crois.
En effet, la vagabonde débarqua un quart d'heure plus tard, essayant vainement de draguer l'agent Hill qui la traînait en cellule. Sans doute était-ce dû à son accoutrement de gigantesque poussin vantant le goût inimitable de KFC. Quand Darcy eut fini son exposé sur le broyage de ces petites bêtes et les désastreuses conditions de vie et d'hygiène, Loki cassa sa craie, lui tendit une moitié et ils se mirent au travail. Tony les regarda faire assis sur le banc de métal et en balançant doucement ses pieds, heureux que son partenaire ait repris le dessin. Il avait un visage très beau et très apaisé quand il donnait vie aux images dans sa tête.
Ils furent relâchés cinq heures plus tard, et étaient de retour après quarante minutes, car ils avaient dû dessiner moustache et lunettes rondes sur le pare-brise à l'emplacement du conducteur sur six voitures de police. Darcy avait eu le temps d'acheter une rose rouge à un pakistanais pour Maria, qui soupira en la voyant revenir.
-Prêt ? s'enquit Loki deux jours plus tard.
-Prêt, confirma Tony trois poubelles plus loin alors que Barnes en patrouille passait, fenêtres ouvertes.
-TU ME DOIS CENT BALLES DU DERNIER DEAL, cria son associé d'une voix plus rauque.
Aussitôt l'agent fut sorti, son arme au poing, sa casquette NYPD sur ses cheveux longs en chignon bas. Tony lorgna dessus, et quand l'officier passa devant lui, il sortit comme une flèche de derrière sa poubelle, attrapa le couvre-chef et se mit à courir juste avant d'être plaqué au sol.
-Pardon Bucky chéri, gargouilla-t-il.
-Qu'est-ce que ça fait du bien de te faire mal, Stark, fit celui-ci d'un ton enjoué en remettant sa casquette. En plus tu as perd-
Loki la lui vola, et sauta par-dessus la voiture avant que l'agent ne le touche de son taser. De sa cachette contre la portière passager, il la mit sur sa tête face à la caméra, et le jingle de défi relevé résonna juste à temps avant qu'il ne fasse un sourire d'excuse à Steve qui le fusillait du regard, sortit de l'arrière aux vitres teintées. Au poste, Darcy avait un air heureux et idiot car elle avait enfin décroché un rendez-vous avec la lieutenant.
Quand ils sortirent tous à nouveau (Spideypool ayant dû se faire passer pour des limaces en rampant dans des sacs de couchage dans tout Central Park), il était tard, ils n'avaient plus que trente-cinq heures à passer au poste, et Nerve leur imposa de se rendre dans les bas-fonds de New York participer à de la boxe clandestine. Quand il lut ça, Tony déglutit.
-Okkk, fit Darcy, je suis la seule à être inquiète ?
-Non, affirma Loki en passant un bras sur ses épaules.
-Les règles sont les mêmes… pas vrai ? fit Peter.
-Je ne pense pas qu'on arrête au premier sang, grimaça l'ancien trader.
-Allez mes couilles, les interpella Wade de sa grâce habituelle, un peu de cran. Allons démonter la gueule de la pègre locale.
-Adieu mon rendez-vous, grimaça Darcy en palpant son nez, comme profitant une dernière fois de celui-ci en un seul morceau.
Le gps les mena à une ruelle sombre. Un type baraqué leur ouvrit une porte noire, et du rock bien hardcore s'échappa par l'ouverture. Tony fit un petit clin d'œil au vigile qui lui montra les dents et il descendit l'escalier de fer. La musique était trop forte, et ça puait la sueur et le sang. La foule était dense, essentiellement masculine, alors il se retourna pour jeter un regard à Loki, puis désigner Darcy du menton. Son associé opina de la tête, et quand Tony se retourna pour descendre les dernières marches, il lui cria de rester près d'eux et elle acquiesça.
Quand on les vit, on ricana et s'écarta. L'ex trader arborait une moue de défi, laissant la violence de la musique et l'ambiance du lieu distiller de la sauvagerie dans ses veines. Il s'approcha du ring, où un type était en train de défoncer le visage d'un autre à mains nues. Un coup violent à la mâchoire projeta du sang sur le visage de Tony, et il s'essuya avec un air un peu fasciné. Il faillit frapper Loki par réflexe quand celui-ci posa sans prévenir sa main sur son épaule, mais il lui tendait simplement le téléphone avec un air inquiet :
Défi n°99 de Black Widow
Tony gagne le prochain combat
Récompense : 5000 dollars
Il avait fait un peu de boxe quand il était adolescent, et dans la rue, il s'était souvent fait tabasser. Mais là il était reposé, il mangeait bien depuis un mois, et il n'avait surtout pas envie de perdre. Alors il pouvait absolument faire mordre la poussière à quiconque se mesurerait à lui.
-Je prends, lui cria-t-il en retirant son haut.
-Fais attention, lui dit-on en récupérant ses vêtements.
-T'inquiète chéri, je suis en métal après tout.
On lui céda le passage à nouveau, et Tony écarta les vieilles cordes pour monter sur la scène, son cœur frappant ses côtes comme voulant se tirer de là.
-Je vous présente Tony, gueula un latino dans un mégaphone. Un clodo qui veut s'acheter une île en jouant à Nerve. S'il gagne pas ce combat, il perd tout et se tire une balle. Triste hein ?
L'assistance hurla de rire alors que son sang bouillait dans ses veines. Mais il laissa les mots glisser, cherchant plutôt des yeux son adversaire.
-On aime les gars comme ça. Mais on aime aussi quand ça meurt. Alors j'espère que t'as bien prié, Tony.
Son souffle se bloqua dans sa gorge quand il aperçut la taille de la main qui agrippa la corde. Une jambe tout aussi immense se posa et l'énorme tas de muscle qu'il allait devoir battre monta sur le ring.
Oh bordel. Il faisait au moins cent-dix kilos alors que Tony devait à peine atteindre les soixante-quinze, même un mois après avoir quitté la rue.
Il inspira et se concentra. Sa petite taille pouvait l'aider. Il devait juste frapper vite et bien là où ça faisait très mal, car si ce type l'attrapait, il le casserait en deux dans la longueur comme on sépare deux baguettes chinoises.
-Frankie t'es prêt ? s'enquit le présentateur. Salis pas trop non plus.
L'armoire à glace eut un rire gras et édenté, puis baissa à nouveau la tête pour regarder Tony. Sans pouvoir s'en empêcher, celui-ci jeta un regard en arrière. Wade et Peter avaient fait barrière pour protéger Darcy des mains baladeuses, et Loki le regardait d'un air angoissé. Mais il hocha la tête avec des yeux verts fixés dans les siens, et ça le rasséréna.
Et puis il avait toujours mourir debout plutôt qu'allongé sur un trottoir.
Quand on déclara le début du combat, et que possiblement la musique se fit plus forte, il était prêt. Frankie avança vers lui, et Tony se baissa pour éviter un poing et frappa la poitrine. Il s'éloigna dans une grimace de douleur et secouant sa main, ce qui fit ricaner le type, et il profita de la distraction pour tomber au sol et balancer son pied dans la rotule. Il entendit un craquement satisfaisant, mais des doigts énormes l'attrapèrent par la gorge et le plaquèrent au sol. Il s'étrangla à la violence du choc, et frappa et frappa à nouveau le poignet et ses nerfs sensibles pour qu'on le lâche. Sa vision se brouillait de rouge, et dans un sursaut effrayé il balança son talon dans la mâchoire. Frankie recula dans un juron, mais lui avait du mal à voir, et cherchait désespérément de l'air. Il se releva en trébuchant juste pour se prendre un uppercut qui le ramena au sol. Il entendait vaguement les encouragements de ses amis, mais de toute façon, il n'avait plus l'impression de réfléchir. Il ne pensait qu'à rester en vie, et gagner. Quel pouvait être le point faible d'un gaillard pareil ? Il avait sans doute visé juste avec les genoux et les chevilles, il avait un problème d'équilibre et de vitesse. Par contre, il avait une force phénoménale, et s'il frappait Tony au ventre, sa rate explosait à coup sûr, ce qui entraînerait une mort douloureuse aux urgences du Bellevue Hospital.
-T'as du cran crevette, lui lança-t-on quand il fit face à nouveau, ses avant-bras devant lui.
Frankie plia les genoux pour lui lancer un poing sous sa garde et l'ancien clochard glissa sous lui pour frapper d'un grand coup l'arrière du genou fragilisé, et enfin, son ennemi s'écroula à quatre pattes. Tony ne fit pas dans la dentelle, et abattit ses deux poings joints sur la nuque. Il crut que ça allait l'assommer, mais l'autre lui attrapa durement sa cheville et se releva en vacillant, le suspendant à l'envers comme s'il n'était qu'une Barbie.
-Quelle anguille bordel, s'amusa le présentateur. Mais Frankie sait y faire avec elles.
Merde, merde, merde, songea Tony la tête en bas, la douleur se distillant partout, agitant inutilement son pied, il devait se sortir de là avant que-
Trop tard, songea-t-il quand la douleur explosa dans son ventre, son adversaire le tabassant maintenant qu'il était totalement à sa merci. Il cria, ses mains blessées tremblant sous la douleur et tentant vainement de le protéger.
Laissons tomber le code d'honneur, hein ? Pour l'instant il devait ne pas crever et tout le reste pouvait aller se faire foutre. Il se contorsionna dans une décharge de douleur, et tendit ses mains sur le seul point faible de cette brute. Et puis il n'avait jamais, au grand jamais, prétendu être un héros glorieux à paillettes.
Il agrippa les couilles du mastodonte et serra fort. En réaction on lâcha sa cheville, et amortissant sa chute, il se déplia et frappa sans pitié l'entrejambe de trois poings violents. Frankie tomba à genoux, et Tony lui balança son talon dans la tempe, le faisant tomber à terre, inanimé.
Ses jambes semblaient sur le point de céder tandis que « l'arbitre » vérifiait que son adversaire était bien hors combat tandis qu'on le huait.
-Il avait qu'à être une femme ! répliqua Tony avec un sourire sans doute sanglant.
Tremblant convulsivement de douleur, au visage, aux côtes, au ventre, il descendit parmi la fosse, où ses associés le récupérèrent et l'emmenèrent à l'écart. Apparemment pas rancunier, le public avait déjà trouvé deux prochains adversaires tandis qu'on évacuait Frankie et que la musique s'était brutalement stoppée.
-Tony, tu vas bien ? lui murmura Loki.
-C'était effrayant, balbutia Darcy.
-Tu t'es très bien battu, fit Peter.
-Géniale ta punchline à la fin, mais promets-moi de jamais faire ça à mes bijoux à moi, lui demanda Wade avec une expression très concernée.
-Côte fêlée, répondit Tony à son partenaire en contemplant le bleu qui s'étalait sur sa poitrine. Peut-être pas hémorragie interne, fit-il avec espoir en se palpant le ventre.
Sa licorne au creux de la hanche détonnait à peine au milieu du sang noir sur sa peau, qu'il avait dû ramasser sur le sol ou qu'il avait craché.
-Les gars, j'ai vu des toilettes là-bas, lança Loki en posant avec précautions sa main sur l'épaule de Tony, protégez Darcy de ces malades.
-Reçu, acquiesça Peter en se mettant au garde-à-vous.
-Tu t'es fait autant peloter que moi j'te f'rai dire, nota la peintre d'un ton sceptique.
Les lieux étaient sales et puants, mais c'était calme, et Tony soupira quand il put se soutenir à l'évier. Ses mains étaient dans un sale état, totalement écorchées et les jointures craquant douloureusement.
-Putain de merde, tu as failli y passer, marmonna Loki en ayant fermé derrière lui et le regardant d'un air inquiet.
-J'ai une tête aussi minable que ça ? tenta Tony avec un sourire étranglé et risquant un œil au miroir.
Oh. D'accord. Ses gencives saignaient sous le choc de l'uppercut, et il s'était ouvert la joue. Il aurait sans doute également un œil au beurre noir. Loki ouvrit le robinet qui crachota une eau brune de longs instants avant qu'elle ne devienne à peu près claire. Il mouilla le T-shirt de Tony qu'il avait gardé, et s'approcha de lui. Celui-ci grimaça un peu quand le tissu humide toucha sa blessure mais la fraîcheur faisait du bien, alors il se laissa faire.
-Tu te bats vraiment bien, dit son associé en essuyant le sang avec précautions.
-Mouais, c'était peu glorieux ce que j'ai fait à la fin, fit-il avec une moue amusée.
-J'aurais fait bien pire à ta place, réfuta-t-il en passant le linge humide sur l'œil un peu enflé. Comme mordre l'oreille, le nez… ou pire.
Tony eut un petit rire, un peu douloureux à cause de ses côtes et le coup de poing au ventre, mais ça lui fit du bien. Il avait eu tellement peur de mourir là, tabassé jusqu'à ce que mort s'ensuive, que dans ce moment calme, ça lui semblait comme un cauchemar dont il venait de se réveiller.
-Pas mon meilleur souvenir de Nerve, avoua-t-il avec une grimace.
-Alors c'est lequel ? fit Loks avec curiosité en lui essuyant le menton et les lèvres.
Sans doute était-ce l'adrénaline qui parlait, mais le contact était très agréable, et lui fit penser à la boîte, et ce baiser totalement à chier. Ce souvenir-là avait un goût amer, et d'inachevé.
Il leva les yeux vers Loki, qui le regarda lui aussi. Tony se racla la gorge, et lança :
-Je sais pas. Et toi, ton meilleur souvenir ?
-Ce n'est pas la boîte en tout cas, désolé, fit-il avec un sourire. Mais ça n'a aucun rapport avec toi. C'est juste que ma vie a basculé la dernière fois que…
Le jingle de nouveau défi résonna, et ils grommelèrent ensemble.
-Pas un fichu moment pour souffler, marmonna Tony. Mais je veux totalement qu'on reprenne cette conversation plus tard. Eh, c'est le centième, se rappela-t-il, tu crois que ça va être un truc spécial ?
-J'espère simplement que je ne vais pas devoir combattre le frère de Frankie, fit Loki en déverrouillant l'écran.
Mais apparemment, c'était encore pire que ça, parce qu'il entrouvrit les lèvres d'horreur, et éloigna le portable en regardant Tony.
-Je te laisse pas faire ça, affirma-t-il.
-Qu'est-ce qu'il y a enfin, fit-il en tordant le cou pour lire, laisse-moi voir. Et puis tu crois qu'on a un autre choix ?
-Pas ça, ça va te…
-Donne-moi ce téléphone bon sang ! s'énerva Tony en le lui prenant des mains par la force.
Lui aussi, il fut tétanisé en lisant et relisant et relisant encore le défi, tandis que les commentaires défilaient :
« Ҫa va être ça le meilleur souvenir de Loki »
« On va enfin avoir un truc plus sympa que la boîte »
« Tu le fais bien cette fois hein, tu t'appliques »
« Ouais fais gaffe à ses couilles à lui, p'tite salope »
Défi n°100 du Voyeur au Joueur Tony
Suce ton associé
Récompense : 10 000 dollars
Il reste quatre minutes cinquante-et-une secondes.
-Dix mille dollars. Je peux le faire, affirma-t-il alors que la majeure partie de son cerveau lui hurlait que non il ne voulait ni ne pouvait certainement pas faire ça.
-Hors de question, réfuta Loki.
-Alors quoi, on va perdre ?! protesta Tony en approchant de lui. Devoir tout rembourser et dormir dehors ce soir ?! Je sais pas toi mais je préfère tailler cent pipes qu'y retourner, asséna-t-il en coinçant le téléphone à sa ceinture, filmant ainsi la scène alors qu'il acculait Loki. Alors laisse-toi faire.
-Non, protesta-t-il en ayant atteint le mur et le repoussant. Tu nous aurais fait perdre pour un french et tu veux me mentir là-dessus ? Tu me prends pour qui ?
-La boîte c'était il y a deux semaines, j'ai peut-être changé d'avis, fit-il avec un sourire séducteur un peu faux en relevant le bas de son pull pour atteindre le bouton du jean.
-Ne m'oblige pas à te frapper, menaça Loki en cherchant à éloigner ses mains.
-On a pas le choix Loks, reste tranquille, asséna-t-il en coinçant les siennes dans une poigne douloureuse, qu'il maintint sur son torse en faisant descendre la braguette de sa main libre.
-Arrête ça tout de suite ! asséna le dessinateur alors que son partenaire laissait tomber ses genoux au sol en serrant toujours ses poignets. LICORNE Tony ! cracha-t-il d'un ton furieux en se baissant à son tour.
Il se stoppa à ce mot, et cligna des yeux en lâchant ses mains, fixant ceux plein de rage de Loki. Il semblait sur le point de lui donner un pain malgré toutes ses ecchymoses, tandis qu'ils calmaient leurs battements de cœur, agenouillés sur le sol jaune et poisseux.
-C'est toi qu'avais raison, marmonna-t-il en arrachant le portable de sa ceinture. On est vraiment tombés bien bas. Ce n'est même une question que tu veuilles bien le faire ou pas. Regarde combien de personnes sont là, ordonna-t-il en brandissant l'écran. Regarde ! insista-t-il alors que Tony avait détourné les yeux pour ne pas voir les commentaires.
Le petit œil affichait plus d'un million de voyeurs alors que les messages déçus, furieux ou ricanant pleuvaient par centaines. Tony eut une viscérale envie de vomir.
-Je te laisse pas faire ça, affirma sans appel Loki.
-Mais… On va perdre, marmonna-t-il d'une voix blanche.
Son associé soupira, s'adossant au mur. Il restait moins de trois minutes. Il jeta un coup d'œil à l'écran.
« Allez fais pas ta chochotte»
« Tu veux vraiment perdre votre centaine de milliers de dollars ? »
« T'as latté un type deux fois plus grand que toi mais une petite gâterie t'es pas capable ?»
« Sans Nerve tu vas devoir le faire tous les jours alors autant t'entraîner »
-T'as raison, fit Tony d'une voix fatiguée et pleine d'une rage sourde. Je peux pas.
Loki inspira profondément, et en appuyant sur le petit bouton rouge pour refuser le défi, murmura :
-Au revoir, nos cent vingt milles.
Alors qu'un jingle humiliant de game over résonnait contre le carrelage sale, un écran noir avec des lettres grises s'afficha.
VOUS AVEZ PERDU
VOS COMPTES ONT ÉTÉ INTÉGRALEMENT VIDÉS
MERCI DE RESTITUER LES 6578 DOLLARS RESTANTS DANS 23 HEURES 59 MINUTES ET 57 SECONDES.
56 SECONDES.
Ils se regardèrent. La panique et le désespoir étreignaient Tony. Il avait tout fait foirer, et maintenant, ils devaient plus de six mille balles à Nerve. Ils avaient vraiment dépensé autant en un mois ?!
-Hey, lui murmura Loki en glissant une main dans ses cheveux, hey, ça va aller. On va trouver une solution, ensemble.
Tony le regarda, et hocha doucement la tête. Il n'avait à nouveau plus rien. L'hôtel n'était payé que jusqu'à demain. Mais peut-être feraient-ils mieux d'essayer de se faire rembourser et de dormir dehors, ce serait déjà cent vingt dollars de récupérés. Nom de dieu comment allaient-ils trouver autant d'argent en vingt-quatre heures, c'était un cauchemar…
-Allez viens Tony, l'invectiva à nouveau Loki en se relevant. Viens, on doit récupérer les autres, et sortir d'ici.
Il ouvrit la porte, et le même hard rock bestial s'engouffra. Hagard, se sentant très faible, il avança vers le ring, et hoqueta en y voyant Darcy, poings nus, faisant courageusement face à un homme bien trois fois plus lourd qu'elle.
-Non non non, marmonna Loki près de lui. Il faut la sortir de là !
-Interfère pas mon pote ! lui cria un spectateur en le repoussant.
-Laisse-moi passer espèce de…
-Loki ! balbutia Tony en contemplant le combat.
Le type s'avançait, sachant à peine où frapper tant il devait trouver qu'il y avait peu de surface à cibler par rapport à d'habitude. Il balança son poing gauche vers son visage, mais Darcy s'accroupit, et bondit pour s'accrocher au bras et escalader le grand type. L'instant d'après elle était sur ses épaules, ses jambes croisées pour l'étrangler, et frappait sans relâche ses tempes, criant des paroles inaudibles mais la connaissant sûrement féministes ou décalées. Le pauvre gaillard supporta à peine trente secondes de ce traitement, et s'écroula inconscient. Elle fit une petite roulade puis fit un tour du ring en courant, lançant des bisous à la foule.
-Cette fille est incroyable, souffla Tony.
-Oh vous êtes là ! lança Peter tout près d'eux, l'arcade sourcilière éclatée. Qu'est-ce que…
-On rentre, fit Loki.
-C'est pas terminé, Wade doit encore…
-On a perdu, Peter, asséna l'ancien trader. C'est fini pour nous.
-Quoi ? balbutia l'adolescent. Là, tout de suite ?
-HEYYY VOUS M'AVEZ VUE, VOUS M'AVEZ VUE ?! beugla Darcy, absolument ravie, aux bras de deux motardes et suivie par des admirateurs bien trop virils pour les étoiles qu'il y avait dans leurs yeux. VOUS AVEZ INTÉRÊT PARCE QUE…
Loki avait brandi sous son nez l'écran noir aux lettres grises disant qu'ils n'avaient plus rien et étaient endettés jusqu'au cou. Ҫa lui fit immédiatement perdre son sourire, et elle cria que les gars devaient continuer, mais qu'elle elle rentrait avec eux. Puis elle se mit face à son écran, et cria à la caméra qu'ils avaient intérêt à la laisser tranquille.
Ils furent dehors, et la morsure de la nuit d'hiver faillit tirer des larmes d'angoisse à Tony.
-Qu'est-ce qu'il s'est passé, murmura Darcy en marchant précipitamment.
-Un défi qui dépassait les bornes, résuma Loki.
Puis il le regarda, et Tony dit dans un soupir :
-Je vais bien, me fais pas ces yeux-là. Je sais pas juste où on va trouver toute cette thune.
-C'est pas grave ça, je peux vous l'avancer, dit la peintre d'un ton sincère.
-Darcy, on parle de six mille dollars, lui rappela Loki d'un ton incrédule.
-Avec ce soir, j'attends les deux cent patates. Alors tu me demandes de vous dépanner de trois pourcents de ce que je possède. Y'a une époque où ces trois pourcents, tu les claquais pour m'offrir un café. Je vous laisse pas tomber les gars, fit-elle en les prenant tous les deux par la taille, c'est suffisamment dur comme ça.
Ils rentrèrent à l'hôtel, et en attendant que Loki et Darcy vérifient dans le règlement qu'un joueur pouvait prêter de l'argent à un autre, il alla prendre un bain.
Il avait des courbatures partout. Sans parler de son visage, et des deux immenses bleus sur son torse. Et puis merde, il se sentait si déprimé. Ils étaient revenus au point de départ. Et avec aucun logement pour le lendemain soir.
Il cacha son visage d'une main tremblante de douleur. Il n'allait pas pouvoir de laver au gant avec ça. Tony tu penses à quoi bon sang, c'est peut-être ton dernier bain avant de crever comme un rat, et tu te lamentes pour le gant ? Il ramena ses jambes à lui et nicha sa tête dans le creux des genoux. Il sentait encore la dureté du sol quand il s'y était laissé tomber.
Loki avait refusé certes, mais s'il avait montré plus d'assurance, ou l'avait forcé comme lui l'avait fait la première fois, ils auraient encore tout leur argent. Il avait tout fait foirer pour une pipe, et à un type qu'il ne trouvait pas dégueulasse en plus. A vouloir tant les faire perdre, dans la boîte, sur les toits, il avait fini par y arriver.
Il entendit frapper, et marmonna qu'on pouvait entrer. Loki entrouvrit la porte, la ferma derrière lui, et alla s'asseoir au bord de la baignoire.
-C'est autorisé, fit-il doucement, on peut rembourser Nerve avec l'argent de Darcy. Et bien sûr si elle perd, on fait la même chose pour elle. Mais la question est, est-ce que tu veux y rejouer ?
Tony détacha son regard de ses yeux verts, et fixa le carrelage marbré.
-Pas le choix pas vrai, fit-il dans un petit rire, si je peux pas sucer un type que j'aime bien, je vais pas devenir escort.
-C'est moi qui ai refusé Tony, affirma Loki en contemplant le verre à dent. J'aurais aimé crois-moi, mais pas sous la contrainte et devant un million de personnes. C'est moi qui nous ai fait perdre.
L'ancien trader voulut hausser un sourcil, mais grimaça de douleur parce que c'était son œil au beurre noir.
-C'est quoi cet aveu, fit-il d'un ton moqueur.
-Je plaisante, marmonna-t-il en regardant ailleurs.
Mouais, il doutait sérieusement que ce ne soit qu'une blague. Ҫa le fit sourire.
-Eh, je peux pas mettre le gant avec ça, fit-il en sortant ses mains blessées de l'eau. Tu veux pas me frotter le dos ?
Loki leva les yeux au ciel, mais attrapa le gel douche et la pièce de tissu au logo de l'hôtel. Une fois mouillé et enfilé, il lava doucement le corps abîmé, s'excusant et prenant plus de précautions quand Tony grimaçait.
-Je veux bien rejouer à Nerve, fit-il au bout d'un moment en penchant la tête pour laisser un meilleur accès à sa nuque. Mais qu'est-ce qu'on fait si on a un autre défi du genre ? Ils savent que c'est notre faiblesse, ils vont pas s'en priver.
-Peut-être faut-il prendre le problème dans l'autre sens, fit Loki en lui frottant l'autre épaule. Tu vois, avec l'argent de Nerve, on va pouvoir dormir ici ce soir même si nos comptes sont à sec. Et oui on a une dette, mais Darcy va nous aider. Donc peut-être qu'on pourrait aller plus loin, faire une espèce de capital de joueurs. Imagine que Darcy loue un appartement pour un mois, ou même en achète un, et qu'elle perde. Nous deux ou même Spideypool, on se cotise pour l'aider à rembourser le temps qu'elle se remette à jouer, et dans l'affaire, elle a un bien monétaire de mettons deux cent mille, acquis légalement et revendable.
Tony resta bouche bée de longues secondes alors que Loki retirait le gant avec un air fier de lui, avant de finalement dire :
-C'est de la spéculation financière pure et dure. Tu veux créer une bulle : qu'est-ce qui se passe si tout le monde perd en même temps ?
-Euh, là il faut vendre nos corps, et accessoirement, si tout le monde fait comme nous, l'économie s'effondre, avoua Loki avec une pointe d'amusement en déversant du shampoing dans sa paume. Mais ça pourrait marcher.
-C'est vrai, ça pourrait marcher, fredonna-t-il alors que le claquement du bouchon résonnait et qu'on commençait à lui masser la tête. Si on est plusieurs joueurs à se liguer, on peut même faire tomber Nerve en solde négatif et le faire crasher.
-Je pense que la personne qui a lancé l'appli est très riche, présuma Loki en passant entre ses doigts les courtes mèches noires pour enlever le sang et la sueur. Finalement aucun joueur ne gagne d'argent, et il y a des millions de voyeurs qui l'approvisionnent tous les mois -attention à tes yeux, marmonna-t-il en essuyant un filet de mousse qui coulait sur son front et Tony referma les paupières. Même en se donnant le mot et abandonnant tous en même temps, elle aura toujours assez d'argent pour relancer la machine. Non, pour faire tomber Nerve, il faut démasquer son créateur.
Peut-être était-ce parce qu'il avait les yeux fermés, mais la voix de Loki resta longtemps dans ses oreilles. Faire tomber le masque, pour couper la tête et voir s'écrouler le corps. C'était si tentant.
Loki le rinça, lui demanda avec un sourire moqueur s'il avait besoin d'aide pour se sécher et s'habiller, Tony répliqua qu'il aimerait ça pas vrai, mais le remercia pour son aide et lui dit qu'il pouvait se débrouiller. Trente minutes plus tard, Darcy leur faisait un virement de 6578 dollars. Dès qu'ils s'affichèrent sur leur solde ils disparurent, et leur écran de téléphone s'alluma.
VOTRE DETTE A BIEN ÉTÉ REMBOURSÉE
VOULEZ-VOUS REJOUER ?
Loki et lui se sourirent, et appuyèrent sur le bouton vert.
Le lendemain soir, ils volaient la plaque du lieutenant Steve Rogers, avaient quatre-vingt dix-sept heures à passer au poste de police, et cumulaient déjà deux mille cinq cent dollars.
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Défi de la voyeuse Ska à la joueuse Lectrice : La prochaine fois que tu iras chez le coiffeur, à la question « qu'est-ce que ce sera ? », aie le cran de répondre : « Faites comme vous le sentez » (et ouais, toi aussi t'es passée aux défis supérieurs)
