L'amour comme réponse

Chapitre 10 : Khush Amdeed


Lydia, Jackson et Stiles furent accueillis par un air chaud indissociable du beau temps qu'il faisait à Bombay. En haut de la rampe, ils s'apprêtaient à descendre de l'avion.

L'hôtesse prononça dans un dernier sourire : « Khush Amdeed ».

— Ça veut dire bienvenue, précisa Lydia.

— Tu parles cette langue ? Interrogea Stiles.

— Pourquoi on dirait que ça te surprend. J'ai appris quelques bases, avoua la jeune fille en sortant le petit livre qu'elle avait acheté à l'aéroport. Quoi de plus normal quand on part en voyage !

Stiles se sentit bête de ne pas avoir ouvert un seul livre sur l'Inde ni même un dictionnaire pour y découvrir quelques mots. Ses premières pensées une fois le pied posé sur la terre ferme furent pour Derek. Il lui manquait. Le baiser confus lui trottait encore dans la tête.

— J'ai faim, se plaignit-il au bout de quelques minutes.

— J'avoue que moi aussi, ajouta Jackson.

— D'accord les enfants, on s'arrête pour manger ! Rigola Lydia.

— On vient à peine de descendre de l'avion, on n'est pas allé bien loin de toute façon, ironisa son amoureux.

— Et le voyage n'est pas fini mon loup, il nous faut trouver un guide ou un moyen de rejoindre Nagpur. Une fois arrivés là-bas le petit village dont m'a parlé Deaton ne sera plus qu'à quelques kilomètres.

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Les trois amis avaient passé l'après-midi à rechercher une excursion sur le plateau de Deccan à laquelle ils pourraient participer. Ils furent donc satisfaits qu'un guide leur propose les trois dernières places du voyage qu'il organisait, pour une modique somme. Le groupe était composé principalement de marchands ambulants et de quelques touristes européens et asiatiques. Les lycéens ne le savaient pas encore mais ils n'allaient pas apprécier le voyage. Et celui-ci durerait la journée et une partie de la nuit. Avant de quitter la ville, les participants pouvaient effectuer un dernier tour. Stiles réclama d'aller voir les écuries à éléphants qui devaient être impressionnantes. L'idée plut à Lydia qui se demanda si son ami n'avait pas fouillé dans son sac et emprunté son livre de voyage pour dénicher quelques lieux touristiques singuliers. C'est devant les grandes bâtisses de terre cuite que Stiles prit une deuxième photo qui allait ravir Matt. Contrairement aux souhaits du jeune Stilinski, la suite du voyage n'aura pas lieu à dos d'éléphants. C'était un vieux bus dont la peinture s'écaillait, qui attendait les adolescents au point de rendez-vous, quelques heures plus tard. Ces derniers voulaient s'accaparer les places du fond comme à leur habitudes mais elles étaient déjà prises par des touristes japonais. En râlant ils s'installèrent juste devant eux, le couple Lydia et Jackson côte à côte et Stiles juste à leur gauche avec une vieille dame maquillée à outrance. Le bus démarra avec peine, le moteur s'ébroua mais ne cala pas comme le redoutait le fils du shérif. Le conducteur manœuvrait lentement parmi la foule et la circulation de Bombay et les minutes furent longues avant que le bus ne prenne de la vitesse en s'éloignant de la ville. Lydia suffoquait. La chaleur était désagréable. Et l'odeur de transpiration des passagers insoutenable. Elle supplia Jackson d'ouvrir la petite fenêtre rouillée juste au-dessus d'eux. Cela ne changea pas grand-chose. Le bus créait des nuages de poussières qui s'insinuaient par l'ouverture. Lydia réclama à son amoureux de refermer la fenêtre. Lorsque le blond en eut marre que la jeune fille se plaigne, il réclama une pause au chauffeur. Ce dernier ne lui accorda pas la moindre importance. Il se contentait de foncer sur la route rectiligne qui s'enfonçait dans les terres. Jusqu'à ce que le bruit caractéristique d'un pneu crevé se fasse entendre. Le bus s'arrêta dans un couinement de freins, qui devaient être aussi usés que la carrosserie. Les passagers furent obligés de descendre pour alléger le bus et permettre de changer la roue. Ce qui n'allait pas s'avérer facile puisque le chauffeur expliqua au guide qu'il ne posséder pas le cric nécessaire au levage du véhicule. L'accompagnateur rassura les passagers en formulant des explications en anglais. Stiles plaqua sa main contre son front en soupirant.

— Ça sent pas bon du tout, on va passer la nuit ici je le sens…

— Nous porte pas la poisse Stiles, rétorqua le loup garou de la bande.

Lydia s'était installée sur une pierre pour ne pas être assise à même le sol. Elle attendait, prenant son mal en patience. Le guide eut une idée pour le moins particulière pour réparer le bus. Il demanda s'il y avait des volontaires pour soulever le véhicule pour permettre au chauffeur de changer la roue. La jeune Martin observait donc la scène dubitative. Les touristes japonais s'étaient placé tout autour pour immortaliser l'incident en prenant des photos sous tous les angles possibles. Un brésilien, deux hommes sans doute européens, Jackson et Stiles s'étaient approché. Genoux pliés, ils avaient saisi le dessous du bus et dans un grognement viril commun avait soulevaient le véhicule. De quelques centimètres seulement. Qui ne suffisaient pas pour dévisser la roue. Un effort supplémentaire, l'aide d'un autre passager et le bus s'écarta suffisamment du sol. Les japonais prenaient des photos sans se soucier de savoir si leurs flashs dérangeaient les hommes tous muscles bandés. Le chauffeur mettait du temps à fixer la roue de secours et quand un homme suivi d'un autre s'écarta du bus les mains abimées le métal, Jackson sentit le poids du bus se reporter sur ses bras. Il grogna. En invoquant sa force surnaturelle en éveil, ses yeux devinent d'un bleu intense. Mais ce sont ses crocs qui alertèrent Stiles. Un flash éblouit le loup qui lâcha le bus au moment même où le chauffeur s'était reculé. Le japonais s'exprimait rapidement en pointant son appareil photo du doigt et son air effrayé intrigua Stiles. Le jeune homme regarda par-dessus l'épaule du touriste. Lui aussi grimaça. La photo était plus que significative. Les yeux de Jackson reflétant le flash qui illuminait ses crocs de loup garou. Le japonais n'était pas effrayé il était paniqué. Sa femme et lui prirent leur sac à dos avant de partir en courant. Le chauffeur ne s'en était pas inquiété, avait demandé que tout le monde remonte à bord et avait redémarré le bus. Lydia fut ravie. Elle prit les deux places libres laissées par les fuyards pour se mettre à l'aise. Stiles s'assis près de Jackson se plaignant de s'ennuyer à sa place.

Lydia fut plus bavarde pour le reste du trajet. Elle avoua être totalement paniquée parce ce qui les attendait à Beacon Hills. Et ses amis comprirent qu'elle faisait référence à Peter et sa machination. Tous avaient le même cauchemar, s'imaginant à quoi ressemblerait la bête une fois la chrysalide éclose. Ils n'avaient dans la tête que ce que leur peur invoquait, puisque le bestiaire des Argent ne faisait nullement mention d'une quelconque créature mi-loup garou mi-Kanima. Peter était diaboliquement intelligent. Là était tout le problème. Les adolescents ne voyaient pour le moment pas le moyen de lutter contre lui. Ils ne savaient rien et craignaient beaucoup de choses.
Un silence suivit la demande de Lydia de finalement changer de sujet. Le regard perdu dans le paysage, c'est vers un autre Hale qu'allaient les pensées de Stiles. Derek lui manquait mais il ne savait pas dire ce que cela signifiait. Scott aussi lui manquait. Et son père. Sa chambre aussi. Et une vie plus simple durant laquelle il n'aurait fait que jouer à la console, manger des hamburgers Chez Joe et profiter de ses amis au lycée. Mais dans cette vie-là, il n'y aurait surement pas Derek Hale.

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Ils arrivèrent à destination après une nuit pénible, à dormir assis le cou cassé contre la vitre ou la tête coincée entre deux sièges. Après avoir acheté des biscuits en guise de petit déjeuner, ils demandèrent à leur guide où ils pourraient passer la prochaine nuit. Ce dernier leur indiqua l'endroit le plus confortable du village. Une habitation qui faisait office de maison d'hôte. Pauvrement meublée mais nettement plus confortable que le bus. Les amis déposèrent leurs valises dans une chambre qu'ils avaient louaient pour trois. Le paiement immédiat avait été demandé. En ressortant après s'être lavés et rafraichis, la bande se reconcentra sur sa mission. Comme le savais Lydia, beaucoup de personnes parlait l'anglais en Inde. Les accents étaient très différents mais compréhensibles s'y on tendait l'oreille. L'adolescente demanda à un inconnu qui lui paraissait plus cultivé que les autres personnes assises devant la boutique qui faisait d'office de tourisme.

— Je vous conseille d'aller voir le vieux fou sur la place, il sait tout sur tout quand il retrouve un peu de lucidité, ricana-t-il.

Le petit groupe déambulait donc dans les rues du village pour repérer la place centrale.

— Une fontaine, il faut trouver une fontaine. Il y a toujours une fontaine sur la place d'un village, précisa Lydia.

Les chariots remplis de volaille ou de rouleaux de tissus s'activaient dans une allée principale. Quand le nuage de poussière crée par des enfants jouant au ballon se dissipa, la jeune rousse distingua un vieil homme de l'autre côté.

— C'est lui, murmura Lydia.

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L'homme assis en tailleur ressemblait à un mendiant. Il avait une petite marque de naissance en forme de triangle sur le dessus de sa main gauche. Un étal remplis de ce qui ressemblait à des gâteaux secs était posé à même le sol. C'est pourtant vers cet homme que Lydia s'était dirigé et c'est à elle qu'il s'adressa.

— Vous voulez un gâteau à la rose ?

— Non merci. Vous êtes bien l'homme que nous cherchons, connaissez-vous Maître Duom ?

— Vous voulez un gâteau à la rose ?

— Répondez-moi c'est important, s'il vous plait.

— Vous voulez un gâteau à la rose ?

— S'il vous plait !

L'intonation forte de Lydia avait fait taire le vieil homme. Il se mit à secouer la tête de droite à gauche, puis à trembler et gesticuler frénétiquement. On aurait dit un fou en pleine crise. Puis plus rien. Sa tête était baissée. Seules ses épaules qui se soulevaient au rythme de sa respiration prouvaient qu'il n'avait pas fait une attaque cardiaque.

— Kō'ī vyakti binā sanrakṣita kiyā jā rahā dr̥ṣṭikōṇa hōgā, sa voix était gutturale.

— Qu'avez-vous dit ?

Aucune réponse. Stiles s'impatienta.

— Monsieur, houhou répondez !

— Griek !

Son cri fit sursauter la bande qui recula d'un bon pas.

— Vous voulez un gâteau à la rose ?

Toute trace de folie avait disparu.

Les amis n'étaient pas plus avancés par les explications incompréhensibles du vieil homme. Pourtant gagner la place centrale du village lui avait apporté la solution. Sur un panneau indicateur, Stiles put lire, en anglais, leur destination en grandes lettres « Demeure Duom ». Les trois américains suivirent le chemin ponctué d'indications touristiques traduites dans leur langue. Rapidement, ils se retrouvèrent sous l'arche en pierre blanche qui symbolisait l'entrée de la demeure. Une agréable odeur fleurie les enivra. Jackson trouva jolie la jeune fille qui vint à leur rencontre mais Lydia lui fit tourner la tête en émettant un raclement de gorge significatif. C'est justement la rousse qui se plaça devant le petit groupe pour se présenter. La jeune indienne leur avait dit de s'approcher en anglais ce qui facilitait le dialogue.

— Je m'appelle Lydia et voici mes amis, Jackson, et Stiles, dit-elle en les désignant. Nous sommes ici dans le cadre d'un voyage touristique dont le thème porte sur d'anciennes cultures hindoues. Nous souhaiterions rencontrer Maître Duom, un ancien disciple nous a dit qu'il vivait ici.

— Maître Duom nous a quittés. Je suis sa petite fille. Ce jardin est sa dernière demeure.

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Les consignes avait été claires et même si elles n'avaient pas été renouvelées depuis plus d'une semaine, l'importante somme d'argent et les menaces proférées avaient largement suffit à contraindre l'homme à remplir son contrat. Ces trois américains ne devaient rien n'apprendre qui puisse nuire à l'homme qui l'avait engagé. En arrivant près de la demeure Duom, il ajusta son habit de travail et posa une casquette sur sa tête. Si parfaitement intégré aux autres employés, il passa le portail d'entrée.

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— Maître Duom nous a quittés. Je suis sa petite fille. Ce jardin est sa dernière demeure. Je le préserve et m'en occupe au fil des saisons. Qui vous a conduit ici ?

— Dr. Deaton et puis un mendiant dans la rue, il était très bizarre…Répondit Stiles.

— Le mendiant que vous avez vu était un peu particulier. Il est vieux et n'a pas toute sa tête mais à une époque il était un excellent guide. Deaton, ce nom ne me dit rien. Je suis désolée de ne pouvoir vous aider. J'ai pour habitude de proposer aux visiteurs étrangers de découvrir ce petit temple. Je m'appelle Ness. Voulez-vous voir la sépulture ?

Les trois amis s'étaient décomposés quand la jeune fille leur avait appris la disparition de l'homme qu'ils devaient rencontrer. Les jeunes américains n'avaient pas voulu refuser et suivirent de près la jeune indienne. Le tombeau était sombre mais très spirituel. Une petite statue reposait sur la stèle de grès rose. Elle représentait Vishnu, dieu hindou conservateur de l'univers, d'après les explications de Ness.

La rousse n'écoutait plus vraiment ce que leur disait Ness. Apprendre la mort de Maître Duom mettait fin à leur voyage dans la déception. La jeune fille aurait aimé profiter du savoir de l'ancien mentor de Deaton. Peut-être aurait-il pu les renseigner sur les créatures et leurs diverses formes. Le vieux sage devait connaître le moyen de lutter contre ces dernières. Mais ses secrets étaient enfouis avec lui.

Une gravure en bas-relief retint l'attention de Lydia qui demanda à Ness si elle pouvait la traduire. Cette dernière acquiesça en précisant que beaucoup de visiteurs étaient intrigués par le message.

« À pas de loup entrez dans ma demeure,

Jeunes gens soyez sincères dans vos cœurs,

Car celui que la lune va appeler,

Par le serpent sera souillé.

Et si la noirceur entrave votre chemin,

Prenez le temps de découvrir le jardin »

Le message semblait prophétique. La jeune Martin n'en comprenait pas le sens, mais elle sentait, sans comprendre ni pourquoi, ni comment, qu'il leur était adressé. Lydia observait d'ailleurs ce magnifique jardin qui ornait le tombeau du sage. Ses fleurs ouvertes et tournées vers le soleil, ses petits rosiers pourpres aux feuillages touffus. Ces clochettes bleues dont les longues tiges s'élançaient vers le ciel. Les papillons, les oiseaux. Et ce majestueux cerisier à fleurs.

Ness leur proposa un thé à l'intérieur d'un petit salon. Des coupures de journaux et d'anciennes photos étaient accrochées au mur, prenant une place considérable pour retracer la vie de Maitre Duom. C'est Stiles qui remarqua un élément important sur l'une des photographies jaunies pas le temps. Il appela Jackson, qui le rejoignit en râlant, pour demander confirmation.

— C'est bien Deaton qu'on voit là sous les arches de l'entrée ?

— Je crois bien oui avec quelques années en moins, répondit le blond en décrochant la photographie. Ness, vous connaissez cet homme ? C'est lui qui nous a envoyé ici.

— Jackson tu n'aurais pas dû dire ça, enchaina Lydia.

La jeune fille venait de décrocher un second article de journal faisant figurer un avis de recherche contre Deaton. Il avait apparemment refusé de répondre aux soupçons de la police locale dans une affaire louche. Seule la légende de la photographie était traduite. Lydia n'en comprit pas davantage. Mais Ness était furieuse. Les amis ne savaient pas que Deaton était recherché. Cette deuxième révélation les troubla. La situation devenait délicate. Seul Deaton, qui considérait maître Duom comme un père, savait que s'il n'était pas allé en Inde avec les adolescents c'était avant tout par honte d'avoir déshonoré son mentor.

Les adolescents se retrouvèrent dans la rue chassés par Ness dont le regard était devenu farouche.

— Je ne veux plus vous voir ici ! Les amis de cet homme ne sont pas les bienvenus !

# # #

Assise dans le fauteuil en osier de leur chambre, Lydia réfléchissait en écoutant ses deux amis commenter les mets que leur avait apporté une serveuse voilée. Jackson grimaçait en tentant d'avaler la bouchée qu'il venait de prendre.

— C'est si dégoutant que ça ? S'inquiéta Stiles.

— Je préférais encore boire une infusion d'aconit plutôt que de manger une miette de ce truc !

Déclic. Lydia se leva d'un bond en criant.

— Aconit ! Mais oui je suis idiote ! Mais que je suis idiote !

Elle sortit en trombe de la chambre sans prendre le temps de prévenir Stiles et Jackson qui la rattrapèrent à la sortie de la petite habitation. Ils la fixèrent un instant avant qu'elle ne leur explique la grande révélation qu'elle avait eu.

— Le message sur la sépulture de Duom, il est pour nous. J'ignore comment c'est possible mais c'est très clair. Il a laissé dans son jardin quelque chose qui pourrait nous servir contre la menace dont il avait aussi prévu l'arrivée !

— Qu'est-ce que tu racontes ? Ronchonna Jackson en grimaçant car une odeur désagréable gênait son sens de l'odorat.

— La fleur bleue dans le jardin, c'est de l'aconit ! Et je mettrais ma main à couper qu'il s'agit d'une espèce rare protégée par Maître Duom. Ces quelques fleurs doivent être les dernières de l'espèce. C'est ça le secret de la société secrète dont Deaton a parlé j'en suis sûre !

— Lydia… tenta d'interrompe Stiles en vain.

— Il ne s'agit pas que d'un secret sur les créatures comme les loups garou mais aussi d'un moyen de les combattre ! C'est aussi simple que ça.

— Lydia ?

—Il faut qu'on retourne voir Ness et je ne sais pas encore comment mais il nous faut cet aconit. Quoi Stiles ? Concéda enfin à répondre la jeune fille.

— Je crois qu'il y a un problème. Un gros problème.

Autour d'eux les habitants s'affolaient formant des nuages de poussières désagréables. Mais quelque chose d'autre alerta le groupe. Ce que Jackson n'avait pas su identifier. Une odeur de brulé. Par-dessus les toits, à l'endroit précis où se tenait la demeure Duom, des flammes fouettaient l'air en s'échappant vers le ciel.

Le groupe d'amis courut parmi la foule, Jackson en tête de file parvenant à éviter les enfants paniqués.

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Ness était en pleurs. Depuis plusieurs heures. Bien après que les secours soient parvenus à éteindre l'incendie. La jeune fille se tenait parmi les pierres noircies au cœur du jardin. La tombe de son grand-père avait perdu de sa pureté. Le grès était souillé. Le jardin détruit. Seul le cerisier à fleurs pointait vers le ciel ses branches brûlées dépourvus de feuilles. Lydia découvrit elle aussi avec horreur l'ampleur des dégâts. Il ne restait rien de l'aconit qu'elle savait si précieuse. Stiles, touché par la détresse de Ness, la prit par les épaules l'invitant à rejoindre une pièce épargnée par le drame. Il s'agissait des appartements privés de la famille Duom. Assis autour d'une table, un thé apaiserait peut-être la jeune indienne dont les larmes ne cessaient toujours pas de couler. C'est une dame âgée dont les cheveux gris étaient tressés qui les servit. Elle portait la même petite tâche triangulaire que le mendiant rencontré sur la place la veille. Au bout de plusieurs minutes Lydia osa prendre la parole.

— Ness, connaissiez-vous les petites fleurs bleues qui poussaient dans le jardin ?

— C'était les préférées de mon grand-père, sanglota-t-elle. Je suis tellement triste que tout ait disparu.

La dame qui avait apporté le thé posa une main sur son épaule et lui parla dans leur langue maternelle. Ness se tourna vers les adolescents et traduisit les paroles en fronçant les sourcils.

— Liam me dit que vous avez été envoyé par mon grand-père. Je ne comprends pas très bien. Elle veut vous faire un cadeau mais dit que vous devriez rentrer très vite chez vous. Que la lune saignera bientôt.

Liam esquissa une expression mystérieuse qui marqua davantage les rides de son visage. Elle décrocha un petit carré de bois accroché au-dessus du buffet placé contre le mur.

La petite plantation de fleurs bleues était partie en fumée. Mais sans que quiconque n'en ait conscience, il restait une unique chance. Epinglée dans un cadre sur un parchemin. Deux mots calligraphiés traduisaient l'importance capitale du dernier spécimen.

Aconit féroce