Chapitre X • Les Flammes - Partie 3.
La chemise de Phineas sentait la fumée et Freya s'étouffa une nouvelle fois sur un sanglot, le visage ancré sous l'épaule de son ami. Elle s'appliqua à pleurer presque sans un bruit, ne voulant perturber le calme empli de tension qui flottait désormais dans la vaste pièce.
Le silence était à peu près revenu dans l'immense bibliothèque et bientôt plusieurs Aurors émettaient un peu de lumière avec leur baguette, éclairant ainsi l'étendue des dégâts du Rassemblement.
Phineas aplatissait gentiment les cheveux noirs de Freya avec de douces et réconfortantes pressions sur le haut de sa tête. Elle finit par se détacher un peu des bras de son ami pour se tourner de nouveau vers les deux corps sans vie devant elle. Le visage de son ami était fatigué, et les cernes noires sous les yeux bruns rivalisaient avec les larges traces noircies qui traversaient ses joues mal rasées.
Phineas lâcha son visage, mais conserva tout de même une main protectrice sur son épaule.
A environ deux mètres devant eux, les frères Dragonneau se tenaient toujours là, comme paralysés. Thésée paraissait effectivement figé, le bras droit toujours en avant, haletant. Il finit par abaisser sa baguette, et laissa échapper un souffle tremblant avec un regard plein de remords.
Lui aussi se défit de l'étreinte maladroite et déséquilibrée de son frère en titubant. Il gémit gravement et son bras droit vint soutenir ses côtes cassées, alors que l'autre bras pendait étrangement de l'autre côté de son buste.
Il s'avança fébrilement vers les deux corps, les sourcils froncés et les lèvres entrouvertes. Son souffle sifflait péniblement et derrière lui, Norbert l'observait avec inquiétude tout en se penchant pour ramasser sa valise.
Freya releva ses yeux mouillés et débordants vers l'auror, il s'était arrêté juste devant le corps inerte d'Abbott. Son regard était indescriptible, et dans la faible lumière, Freya réussit à discerner une autre grimace de douleur alors qu'il tombait lourdement à genoux devant le cadavre de son subordonné.
Derrière lui, Norbert s'approchait à pas légers et précautionneux, le visage attristé et le buste penché du côté de sa valise.
Thésée laissa échapper un souffle tremblant et Freya suivit son regard osciller à plusieurs reprises entre la baguette dans le creux de sa main et le visage à jamais pétrifié de Thorne.
Il posa silencieusement sa baguette contre le sol boisé avec un souffle tremblotant, comme rempli de regret et il releva lentement les yeux vers Freya, à son niveau devant lui.
Le sanglot de Freya la secoua de nouveau et elle dû faire un immense effort pour ne pas le laisser s'échapper ses lèvres rouges et asséchées. L'intense regard gris de Thésée était difficile à maintenir. Les yeux de Freya étudièrent brièvement le visage exténué de son patron. Ses cheveux châtains et ondulés étaient complètement décoiffés, ses lèvres étaient gercées et sanguinolentes et son regard gris se perdait presque dans les traces de cendres qui le barbouillait. Son teint était si pâle qu'elle s'attendait à ce qu'il s'évanouisse à tout instant.
Les yeux devant elle dévièrent vers Abbott et dans un mouvement lent et apparemment douloureux, Thésée saisit l'épaule de son subordonné pour le retourner. À côté de lui, Coffin s'était agenouillé, lui aussi, et aida l'auror à retourner le corps inanimé.
Freya ne put retenir un pleur aigu alors que le visage paniqué et figé d'Abbott fut entièrement révélé. Elle plaqua ses deux mains contre ses lèvres tremblantes et elle s'approcha avec lenteur à quatre pattes, ses genoux, secoués de spasmes, supportaient à peine son poids.
Elle se traîna malgré tout jusqu'aux côtés d'Abbott alors que Thésée passait une main flageolante sur son propre visage. La vue du corps de son subordonné semblait tout aussi difficile que pour Freya car il remua vivement les lèvres, comme pour empêcher lui aussi d'émettre une quelconque plainte.
Il tendit sa main droite vers le visage d'Abbott et ferma les paupières de ce dernier, emprisonnant à jamais la lueur de terreur qui était incrustée dans ses pupilles. Le geste dû lui demander beaucoup d'effort, physique et émotionnel, car il grimaça de nouveau.
Une dernière larme coula le long de la joue noircie de Freya.
Avec les yeux fermés, Abbott paraissait simplement endormi.
Elle laissa sa main frémissante attraper la cravate orangée qui trainait encore au sol. Au dessus d'elle, elle sentait le regard intense et pesant de Thésée suivre son geste.
La gestuelle était incertaine et difficile, elle remit simplement la cravate ridiculement colorée du défunt sorcier derrière son gilet de costume, comme il avait l'habitude de l'installer. Elle esquissa un sourire qui rencontra les derniers flots salés qui inondaient ses joues. Abbott était vraiment le seul qui arrivait à la surprendre avec ses cravates décalées.
Ses yeux bleus croisèrent de nouveau ceux de Thésée, et pour une fois, il fut celui qui rompit le contact le premier, renfrognant une énième grimace endeuillée. Freya fut surprise de le trouver si sensible, lui qui arborait toujours cet air froid, distant et quelconque.
Personne n'osa bouger pendant quelques longues minutes.
Une petite silhouette rosée et ragoutante se faufila à côté de la main de Freya et elle ne put retenir un petit cri de surprise en apercevant l'animal. Tous se tournèrent vers elle et vers la créature.
Thésée parut lui aussi surpris, car il eut un grand mouvement de recul, tombant légèrement en arrière sur le parquet.
Norbert s'était brusquement jeté au sol, coinçant le rat à tentacules avec une main agile, avant d'ouvrir vivement sa valise et de fourrer la créature à l'intérieur.
Il referma sa valise tout aussi rapidement qu'il était intervenu et releva un visage mal à l'aise devant tous les visages surpris qui étaient tournés vers lui.
Un sourire nerveux et fugace apparut, puis disparut.
Freya ne manqua pas le soudain déplaisir sur le visage de Thésée.
- Norbert, appela-t-il avec sa voix grave et désapprobatrice.
Le Magizoologiste sourit de nouveau avec un air gauche et embarrassé.
Thésée se releva avec difficulté, laissant échapper une vive plainte de douleur. Il s'avança vers Norbert en titubant, le visage assombri.
Il lui demanda un peu moins fort, pour les autres aurors ne l'entendent pas :
- S'il-te-plaît, dis-moi que cette créature était la seule sortie de ta fichue valise.
Norbert perdit son sourire et fronça ses sourcils en désaccord. Avant même qu'il puisse répondre quoique ce soit, son auror de frère continua :
- ... et qu'elle n'a causé aucun ennui.
- Le Murlap n'a rien fait de tel Thésée, rétorqua Norbert avec une pointe d'agacement dans sa voix chevrotante.
A quelques pas des frères Dragonneau, Freya se relevait grâce au soutien de Phineas sous ses épaules. Devait-elle préciser que la créature avait mordu un sorcier quelques dizaines de minutes auparavant ? Puis, elle se souvint brusquement qu'Arcturus avait fui la bataille. Avec son frère.
La honte s'installa brusquement en plaque dans son cou sali.
Les lâches.
Un mouchoir fut présenté juste devant son visage.
« A.C. »
Elle esquissa un mince sourire fatigué à Georges et accepta le tissu brodé avec un timide remerciement.
- Freya !
Elle se tourna avec surprise vers Goldstein qui accourait vers elle, la mine inquiète et déconfite. Elle avait l'air de se porter bien, et plaqua une main contre son coeur en apercevant la Nott.
- Non d'une licorne, vous allez bien.
Le sourire mouillé de Freya s'agrandit un peu mais elle le perdit quasi aussitôt, son oeil glissant vers le corps d'Abbott endormi. Phineas lui réorienta le visage, l'empêchant de regarder plus longtemps le pauvre homme gisant.
La lumière de la baguette de Porpentina passa rapidement sur les deux corps aux pieds des Aurors avant d'éclairer le visage défait de Freya.
Cette dernière lui demanda :
- Avez-vous trouvé votre soeur ?
Elle secoua la tête avec regret et ajouta :
- Non, je n'ai d'ailleurs pas l'impression qu'elle soit venue du tout.
La respiration sifflante de Thésée atteignit les oreilles de Freya ; il s'était aussi mis à éclairer les alentours, et ses yeux gris fatigués balayaient la pièce.
Il y avait d'autres corps allongés, un peu plus loin à côté d'une grande étagère encore debout. Plus loin dans la salle, un groupe d'aurors était assis, certains gémissaient, d'autres aidaient.
Le constat fut terrible et sans appel.
De tous les aurors qui étaient entrés à la Bellone un peu plus tôt dans la soirée, seulement très peu étaient encore là et en vie.
Thésée remuait dans tous les sens, et ce, malgré les grimaces et les sifflements de douleur. Norbert tentait, en vain de le ralentir, lui recommandant de s'asseoir et d'attendre les renforts du Ministère, mais il n'en fit rien.
- Tu ne peux pas transplaner dans cet état, Thésée, articula Norbert en suivant l'auror jusqu'à l'autre bout de la pièce.
- Il faut chercher de l'aide au Ministère, amener les équipes de soigneurs, alerter les-...
- Je vais transplaner au Ministère, Monsieur.
C'était Georges qui avait parlé avec sa voix grave et dénuée d'émotion.
L'auror frêle et morne jeta un coup d'oeil vers le frère de son patron.
- Votre frère a raison, Monsieur, il ne serait pas raisonnable de transplaner dans votre état.
Thésée laissa échapper un énième sifflement pénible et se maintint les côtes avec son bras valide. Son visage était de plus en plus blafard, et des gouttes de sueur froide commençaient à perler sur ses tempes. Il hocha simplement la tête dans la direction de Coffin et fit un vague geste de la tête pour désigner Phineas.
- Emmenez Black avec vous.
- Je peux y aller également, Monsieur, intervint Freya.
- Non.
La réponse sèche entre deux souffles de douleur l'interloqua.
Elle sentit de nouveau comme des flammes brûler ses joues.
Il fronça ses sourcils et ajouta :
- Vous n'êtes pas sensée être ici, et vous n'êtes plus sensée être une-...
Son coeur se serra, et il s'arrêta avant la fin de sa phrase, et se plia en deux, tout à coup atteint par une vive douleur. Norbert laissa une nouvelle fois tomber sa valise pour rattraper son frère qui vacillait.
- Thésée !
Freya s'élança dans sa direction alors que ses yeux gris commençaient à rouler derrière sa paupière.
Norbert appela de nouveau son frère.
Mais il avait perdu connaissance.
- Episkey.
Freya grimaça légèrement alors que la plaie sur son front se refermait avec quelques picotements. Le soigneur devant elle était froid et distant, comme aseptisé.
Il lui donna simplement une petite fiole de potion à boire pour les quelques égratignures qu'elle avait et s'en alla aussitôt, s'occuper d'autres aurors gémissants. Elle avait été chanceuse.
Mais si Abbott ne l'avait pas poussée, alors elle n'aurait pas survécu ce coup fatal.
Le rictus tordu de Thorne apparut dans son esprit et elle crut de nouveau qu'elle allait vider le contenu de son estomac.
- Soigneur ! Hurla une voix à l'autre bout de la pièce.
Plusieurs employés ministériels accoururent dans le fond de l'infirmerie qui grouillait et bourdonnait comme un véritable essaim. Le brouhaha était intense et paniqué et Freya se sentait tout à coup perdue. Le rideau beige à côté de son lit blanc glissa vivement et Phineas apparut derrière celui-ci. Son visage était à peu prés débarbouillé, mais ses vêtements noircis et débraillés démontraient la puissance de la bataille qui avait eu lieu.
- Miss Nott, comment te sens-tu ?
Son ton était doux et ses yeux tristes.
- Je vais bien, grâce à Monsieur Abbott.
Phineas hocha la tête avec tristesse et passa sa main bourrue dans les cheveux emmêlés et décoiffés de Freya. Elle ne le retint pas.
Des bruits de course dans la grande allée entre les lits les firent tourner la tête.
- Un autre patient, trouvez-lui un lit.
Le sang de Freya ne fit qu'un tour alors qu'elle aperçut le brancard qui flottait entre les soigneurs paniqués. Marcus.
Il se tenait la tête avec une grimace exagérée.
- Ah, ma tête, gémit-il dramatiquement.
Un soigneur se tourna vers Freya et montra son lit du doigt.
- Vous allez mieux, n'est-ce pas, Mademoiselle ?
- Oh, oui, je vous en prie.
Elle se décala du lit blanc sur lequel elle s'était assise et bientôt, c'est Marcus qui prit sa place sous le drap immaculé. Il croisa le regard de Freya et il grimaça de plus belle.
- Freya, ma tête, c'est terrible...
Elle fut partagée entre colère noire et immense déshonneur. Elle échangea un vague regard avec Phineas ; lui aussi paraissait en colère car ses sourcils bruns s'étaient froncés.
Elle choisit d'ignorer les plaintes surfaites de son frère et se tourna vers un des soigneurs qui s'affairait à remplir un papier avec de vagues et rapides notes.
- Savez-vous comment il s'est blessé ? Demanda-t-elle, sincèrement curieuse.
- Un accident de transplanage, apparemment...
Freya toisa de nouveau son frère qui lui jeta un regard noir entre deux gémissements surfaits.
- Son acolyte aussi, est blessé, ajouta le soigneur en prenant toujours des notes.
Freya se mit à chercher le lit d'Arcturus des yeux, mais dans la pagaille de l'infirmerie, ne le trouva pas. Le soigneur avait relevé les yeux vers la sorcière en ajoutant :
- Mais lui, a l'air beaucoup plus mal en point. D'ailleurs, il est dans une salle spéciale pour cette même raison.
Elle entendit Phineas siffler le prénom de son cousin avant de se ruer vers le fond de l'infirmerie.
Son frère se plaignit de nouveau et tous recentrèrent son attention sur lui. Le soigneur se pencha au dessus de sa tête et l'étudia un instant avant de sortir un flacon de sa blouse et de la poser sur la table de chevet.
- Un peu de Philtre de paix et vous irez mieux, Monsieur.
- Juste ça ? Balbutia Freya avec étonnement.
Son regard passa rapidement de son frère « souffrant » vers le soigneur.
- Oui, il n'est pas blessé, juste un peu choqué ; le Philtre de paix devrait l'aider à se reposer.
Le visage de Freya redevint rouge de honte alors que son frère, apparemment pas si choqué qu'il prétendait l'être, buvait le philtre d'une traite pour rendre le flacon au soigneur.
Celui-ci s'éloigna en fermant le rideau beige derrière lui, isolant le frère et la soeur Nott.
- Un accident de transplanage ? Articula Freya d'un ton sec.
Marcus prit un air agacé et se rallongea de plus belle dans le lit blanc.
- Nous avons subi un sort qui a dévié notre course, tu verras sûrement de quoi je veux parler.
- Oh oui, je vois tout à fait, tu veux parler du moment tu as fui comme un lâche.
Elle fit exprès de rehausser le ton de sa voix accusatrice et Marcus mit un doigt devant sa propre bouche avec une expression alarmée.
- C'était pour te mettre à l'abri, Freya, expliqua-t-il d'une manière hâtive et nerveuse.
- Bien sûr, Marcus, comme durant la Guerre, j'imagine.
- Arrête de parler de la Guerre, tu ne sais rien.
Sa voix agacée sombrait peu à peu dans un sommeil étrange, et Freya se demanda si le Philtre de paix qu'il avait ingéré n'était pas un peu surdosé. Son coeur battait très fort dans sa poitrine, et elle plaqua ses bras contre son chemiser vert d'eau sali.
Elle avait si honte.
Honte de faire partie de cette famille soit-disant de sang-pur, soit-disant noble... et en face d'elle, elle avait la preuve que tout cela ne voulait rien dire.
Elle avait en face d'elle la représentation même de la couardise.
Marcus ferma les yeux et un ronflement disgracieux quitta ses lèvres épaisses.
Comment pouvait-il dormir si paisiblement alors que d'autres gémissaient encore de douleur dans l'infirmerie ?
Elle s'assit sur la chaise en bois à côté du lit et cala son visage entre ses mains. Les désagréables souvenirs de ses années à Poudlard revinrent, et plus précisément les souvenirs étranges et sombres des années 1914 à 1918.
Lorsque la Guerre s'était déclarée, elle n'avait que 12 ans, son frère Marcus, lui, en avait 20.
A sa sortie de Poudlard, il s'était directement lancé dans une carrière d'Auror au Ministère, et dès ses premiers jours et ses premiers examens, il ne cessait de parler d'un certain Dragonneau.
Un type, qui selon lui, n'était pas fait pour être auror ; un type qui selon lui, n'avait rien à faire là, au Ministère.
Au Manoir Nott, les remarques fusaient le concernant, « un pauvre Poufsouffle aux allures de Gryffondor », une famille de sang-mêlé, un frère stupide et bizarre, renvoyé de Poudlard...
Au début, Freya dût admettre qu'elle ne prêtait pas beaucoup d'attention à toutes ces remarques futiles et acerbes. Et bientôt, son père s'y était mis, lui aussi, qualifiant la famille des Dragonneau de « Traitres à leur sang », crachant sur leurs origines et leur sang mélangé.
En 1914, elle n'avait que 12 ans et venait de rentrer en deuxième année.
Elle subissait Poudlard ; les cours qui ne la passionnaient pas beaucoup, mais surtout ses amitiés. Ses camarades de l'époque ; Arcturus Black III, Abraxas Malefoy et Meleria Greengrass, formaient un groupe tout particulièrement vil et venimeux.
Freya les suivait pourtant partout, encouragée par son père, qui voyait en ces camarades d'excellentes amitiés de sang-pur et de bonne réputation pour sa fille timide et effacée.
Mais l'année 1915 arriva rapidement.
Sa troisième année.
Marcus était revenu prématurément du Ministère.
Il était apparemment « souffrant ».
Mais ce fut vers Noël de cette année que Freya comprit qu'en fait il se portait à merveille. C'est Teignous Nott, leur père, qui avait fait jouer ses relations au Ministère pour le ramener chez à la maison.
« C'est le seul héritier Nott, je ne peux me résoudre à le perdre » avait-il alors expliqué simplement, comme si cela justifiait d'une évidence.
Cette déclaration et le retour improbable de Marcus furent comme une gifle pour Freya.
Elle se rendit soudainement compte de la lâcheté de sa famille. Tout n'était que mensonge.
Bientôt, à l'école, on parlait de Marcus Nott comme un déserteur, un lâche. Même Arcturus, Abraxas et Meleria, jusqu'à lors ses seuls alliés, lui avaient tourné le dos ; trouvant sûrement que sa famille ne méritait plus leur précieuse compagnie.
Cette période, Freya s'en rappelait souvent avec une grimace d'amertume, mais elle dût admettre que cette troisième année fut également un véritable tournant dans sa vie.
Bientôt, elle rencontrait Gidéon et Phineas, deux Gryffondor, et contre toute attente, liait une véritable amitié avec eux. Elle découvrait alors le rire aux larmes, les bêtises, les farces répétées de Phineas, les première sorties à Pré-au-Lard...
Et vers la fin de l'année scolaire 1916, Phineas lui montrait une brochure de la Gazette des Sorciers. Elle se rappelait encore clairement du titre : « Dragonneau, la montée en puissance d'un héros ». Et en fermant ses yeux, elle se remémorait aussi précisément la photo qui s'animait juste en dessous de cette phrase : Thésée Dragonneau, marchant avec noblesse, la baguette à la main, dans un couloir du Ministère, l'air grave et suivi d'autres sorciers.
Les autres articles s'accumulèrent, et plus elle lisait à son sujet, plus elle l'admirait.
Ce que son frère n'avait pas eu le courage de faire, Dragonneau le faisait.
Jusque la fin de la guerre, en 1918, elle avait précieusement conservé ses articles favoris sous son oreiller, dans le dortoir des Serpentard. Souvent, elle les lisait avant de s'endormir.
A maintes reprises, elle avait essayé de l'imiter : excellentes notes en Potions, en Duel, en Défense contre les forces du mal. Excellent joueur de Quidditch, Capitaine de l'équipe de Poufsouffle entre 1910 et 1912...
Un soupir s'échappa de ses lèvres rouges et un autre ronflement grossier la fit presque sursauter.
- Nott.
Elle sursauta pour de bon.
La voix de Thésée était basse, mais assez forte pour qu'elle puisse l'entendre de là où elle était assise. La sorcière regarda de tous les côtés, se demandant d'où la voix pouvait bien sortir. Ou bien était-ce son esprit qui lui jouait désormais des tours ?
- Nott, venez.
Le rideau beige dans son dos s'était soulevé, et c'est le visage grave et pâle de Georges Coffin qui apparut derrière lui. Il lui fit un vague signe de la tête, et avec un dernier regard vers son frère profondément endormi, Freya se leva et se glissa sous le rideau.
Juste derrière ce dernier, il y avait en fait le lit de Dragonneau.
Elle n'avait donc pas rêvé.
Sa veste, sa cravate et son veston gris étaient nonchalamment posés sur le dossier d'une chaise en bois, à côté de lui et il avait la tête un peu en arrière, appuyée contre le mur de carrelage blanc.
Ses cheveux châtains et ondulés étaient en pagaille et tombaient sur son front noirci. Ces traces de suif contrastaient vivement avec la pâleur extrême de son visage et rivalisaient avec les cernes qui soulignaient ses yeux gris.
Ses yeux gris.
Ils étudièrent Freya quelques longues secondes avant de se rediriger vers les autres qui étaient autour de son lit.
Autour de son chevet, il y avait Coffin mais aussi Porpentina et Norbert, qui partageaient tous le même air grave et sombre.
Pendant un instant, Freya rougit, repensant à son échange avec Marcus quelques minutes plus tôt ; avaient-ils tout entendu ?
En s'approchant sensiblement vers le lit de Dragonneau, elle remarqua son bras en écharpe et les perles de sueur qui dévalaient son front et ses tempes. Il siffla en grimaçant avant de se redresser un peu contre l'oreiller blanc.
- Comment vous sentez-vous ?
Elle fut surprise d'entendre sa voix être presque silencieuse, comme étouffée par un soudain pic d'inquiétude. Thésée recentra ses yeux vers elle et elle dût lutter pour ne pas rompre le contact.
- En vie.
Son ton était amer, tout comme l'expression qu'il arborait désormais sur son visage.
Il grimaça de nouveau et Norbert le prit par les épaules de sa chemise blanche et tâchée pour l'aider à s'asseoir d'autant plus dans le lit.
- Doucement, Thésée, conseilla Norbert avec un ton inquiet.
- Ce n'est pas le cas de la plupart des aurors participant à cette opération, continua Thésée.
Freya déglutit avec difficulté et elle sentit Porpentina remuer ses pieds avec tension.
- Ce n'était pas un vrai rassemblement, pas vrai ?
Les yeux bleus se dirigèrent vivement vers l'auror américaine, elle avait croisé ses bras au dessus de son trench en cuir noir et ses lèvres s'étaient aplaties pour former une ligne.
Thésée se contenta d'hocher la tête en silence.
Il croisa de nouveau les yeux de Freya après avoir jeté un rapide coup d'oeil derrière le rideau beige, vers Marcus.
Il continua :
- C'était un piège.
La gorge de Freya se resserra et elle détourna son regard, ne supportant plus l'intensité de celui de Thésée qui était toujours orienté dans sa direction.
Coffin ajouta avec sa voix grave et morne ;
- Quand nous sommes entrés, il n'y avait en fait pas d'autres sorciers. Nous étions seuls, avec Grindelwald et ses complices.
Les yeux noirs de Georges rencontrèrent ceux de Freya, soudainement horrifiée.
- Beaucoup on rejoint son camp, la plupart, bien avant qu'il ait commencé à parler.
Thésée soupira, attirant de nouveau l'attention sur lui.
- Il a des complices au Ministère.
Freya faillit tomber à la renverse.
Les yeux gris fatigués oscillaient entre elle et Coffin.
- Il faudra être d'autant plus précautionneux dès à présent... et nous méfier de tout le monde.
- De tout le monde ? Demanda Freya tout bas.
- Tout le monde, martela Thésée avec un ton un peu plus dur.
Elle ne manqua pas le rapide regard qu'il avait encore jeté dans la direction de Marcus, endormi. La sorcière n'eut pas le temps d'ajouter quoique ce soit puisque le rideau beige derrière Norbert s'était vivement ouvert.
Phineas apparut derrière lui, essoufflé, le visage entre panique et perplexité. Devant les regard interrogateurs devant lui, il annonça :
- Arcturus, balbutia-t-il, il... il a des flammes qui...
Silence.
Ils le toisèrent tous sans vraiment le comprendre.
- Pourriez-vous être plus clair, Black ?
Le ton de Thésée devenait fatigué, et il avait froncé les sourcils dans la direction du grand sorcier brun. Il parut soudainement mal à l'aise.
- Je ne sais pas vraiment ce qu'il s'est passé mais, il a des flammes qui sortent de son...
Le Magizoologiste se releva d'au dessus de son frère avec réalisation et malaise. Ce fut au tour de Goldstein de décroiser les bras de sa poitrine.
- Oh... avait-elle juste réussit à articuler.
Les sourcils de Thésée se froncèrent d'autant plus vers son frère.
- Ne me dis pas que la créature qui s'était échappée de ta valise est concernée.
Le ton était cassant et profondément agacé.
Norbert esquissa un sourire nerveux avant de se frotter la tempe avec embarras.
- Je n'ai pas vu le Murlap mordre qui que ce soit pourtant, balbutia-t-il avec maladresse.
Freya se rappela soudain du moment où Marcus voulait transplaner et qu'Arcturus était arrivé derrière lui, avec au bout de sa main, la créature rosée qui y était suspendue.
- A vrai dire, Monsieur Dragonneau, je pense bien avoir vu cette créature mordre Monsieur Black.
Il n'y eut pas d'autre sourire nerveux, mais plutôt une moue gênée. Le chef des aurors se redressa vivement dans son lit, comme s'il avait momentanément oublié la douleur qui l'animait.
- Norbert ! Gronda-t-il.
- Je sais, je sais, balaya Norbert en se penchant légèrement sur le côté.
- Quels sont les risques d'une morsure du Murlap ? Demanda Phineas.
Il tritura nerveusement ses mains en ajoutant :
- Je pense que Monsieur Black démontre une violente réaction, il doit être particulièrement sensible puisque-...
- Norbert, répond à la question, répéta Thésée avec agacement.
- ... des flammes qui sortent de l'anus.
Silence.
Thésée remua ses lèvres avec exaspération avant de reprendre :
- Comment se fait-il que tu-...
- Oh, c'est reparti, le discours de l'irresponsabilité, marmonna Norbert avec agacement.
- Norbert, est-ce que tu te rends au moins compte que-...
- Assez, intervint sèchement Goldstein avec une main levée.
Les deux frères se turent et la toisèrent.
Elle se tourna vers Norbert :
- Norbert, est-ce que vous n'auriez pas quelque chose dans votre valise pour palier à cette réaction ?
Il hocha la tête avec lenteur, comme soudain pensif.
- Oui, je peux concocter quelque chose pour apaiser la réaction.
Il saisit rapidement la valise qui était posée à côté de ses pieds et l'ouvrit au pied du lit de l'auror. Il descendit les quelques marches et disparut à l'intérieur du bagage.
Goldstein lança un petit regard à Freya avant de suivre le Magizoologiste.
Il y eut un silence gêné entre les aurors qui étaient restés en dehors de la valise et après quelques minutes, Freya se lança à son tour. Au bout de deux marches cependant, Phineas lui demanda avec surprise :
- Tu y descends aussi, Miss Nott ?
- Oui, si tu voyais l'intérieur de cette valise Phineas, toi aussi tu voudrais y redescendre.
Elle lui esquissa un sourire sincère et dévala les autres marches, ignorant le regard inquisiteur de Thésée.
Aussitôt ses pieds au sol du cabinet, que les voix tendues de Norbert et Porpentina cessèrent. Ils la regardèrent avec surprise, et elle sentit clairement qu'elle venait d'interrompre une vive discussion. La contrariété sur le visage de Porpentina était presque palpable, et la tension dans la posture de Norbert l'étonna.
- Oh, Freya, balbutia Norbert.
Elle nota qu'il devait s'agir de la première fois qu'il l'appelait par son prénom, sûrement s'habituait-il à entendre Porpentina l'appeler ainsi. Cette dernière tourna le dos et sortit à pas pressés du cabinet avec les bras croisés sur la poitrine. Norbert la suivit du regard un moment et soupira avec impuissance.
- Puis-je vous aider, ...Norbert ?
Son prénom sonnait étrange dans sa bouche, mais il ne sembla pas le remarquer, puisqu'il avait déjà la tête fourrée dans les fioles et les papiers qui traînaient sur son bureau. Il secoua juste la tête avec un mince sourire de politesse.
- Non, merci, je peux me débrouiller.
Elle passa rapidement devant un petit miroir fêlé, accroché au mur boisé et failli tomber à la renverse en se regardant. Ses cheveux noirs n'étaient plus sagement ondulés, mais étaient devenus complètement sauvages et ébouriffés. Son visage était fatigué, et les traces de ses larmes créaient des étranges chemins sinueux sur ses joues noircies.
Ressemblait-elle à cela depuis tout ce temps ?
Elle arrangea vaguement ses cheveux avec de vifs mouvements des mains et essuya les tâches noires et irrégulières de ses joues.
A l'extérieur du cabinet de Norbert, tout semblait paisible.
Les créatures se déplaçaient calmement, et l'émerveillement que Freya avait ressenti la première fois qu'elle était venue, s'empara d'elle.
Quelques mètres plus loin, devant l'enclos de Bernie, il y avait la silhouette longiligne de Porpentina. Elle se tenait droite comme un piquet, et les bras croisés devant sa poitrine semblaient si contractés que Freya fut surprise qu'elle puisse encore respirer.
- Tout va bien ?
Goldstein sursauta en se tournant vers la sorcière. Ses yeux rougis étaient fatigués et elle les détourna rapidement, comme si elle voulait les cacher.
- Oui, juste sous tension.
- Vous vous êtes disputée avec Norbert-...
- Non, répondit-elle sèchement.
Elle se mordit la lèvre inférieure et se reprit :
- ... Oui.
- Je vois, réussit à articuler Freya sans trop savoir comment mener à bien le reste de cette conversation.
- Il a retrouvé son frère, j'aimerais retrouver ma soeur.
Le ton n'était plus sec, mais plutôt distant.
L'auror américaine secoua sa tête avec un soupir agacé.
- Nous avons encore eu ce débat sur les aurors, continua-t-elle. Il les qualifie d'idiots de bureaucrates...
Elle expira avec un sourire exaspéré, et reprit à voix basse, comme si elle ne parlait désormais que pour elle-même :
- Ah oui, mais je suis la « tête du milieu », donc je ne suis pas concernée par ce commentaire.
- La « tête du milieu » ?
- Oh, laissez tomber, soupira l'américaine.
Ne sachant quoi dire, Freya dirigea ensuite son regard dans la même direction que celui de Porpentina. Elle fixait Bernie, l'hippogriffe, qui semblait grogner en les toisant au loin. Il tapa du sabot sur l'herbe et secoua sa tête avec colère.
Freya eut un petit mouvement de recul.
- Je n'ai pas l'impression qu'il nous apprécie, articula-t-elle avec une voix presque silencieuse.
Comme s'il l'avait entendue, il commença à s'approcher avec une démarche de prédateur, grognant et relevant son bec abîmé vers le faux ciel de la valise de Norbert.
Cette fois-ci, même Porpentina fit un pas en arrière, réalisant que l'animal n'était effectivement pas de bonne humeur.
- Inclinez-vous ! Cria une voix au loin.
Norbert.
Il était sorti sans sa veste, et avec une fiole dégoulinante à la main. Il avait l'air tout à coup paniqué en voyant la créature se ruer vers les deux sorcières.
- Inclinez-vous ! Hurla-t-il de nouveau.
Les deux sorcières s'exécutèrent avec réluctance, voyant la créature s'approcher rapidement. Freya pria pour que les conseils du Magizoologiste soient corrects, elle venait de survivre à une terrible bataille, ce n'était pas pour mourrir inutilement dans une valise, chargée par un hippogriffe.
Quelle mort absurde ce serait.
Une vague de sueur froide la traversa alors que l'animal s'arrêta juste devant elles. Après avoir tapé du sabot, il s'inclina lui aussi. Les deux sorcières redressèrent le buste avec lenteur, arborant la même expression de soulagement.
- Il était moins une, commenta Norbert qui s'était approché.
Il esquissa un sourire nerveux et n'obtenu qu'un regard courroucé de la part de Goldstein qui passa à côté de lui, fulminante.
- Tina ? Tout va bien ?
Il la suivit avec de grandes enjambées vers le cabinet et Freya les regarda s'éloigner avec une pointe d'amusement. Ils formaient décidément un drôle de duo.
Elle sursauta alors qu'on poussait son épaule avec insistance.
Bernie.
Il frottait son bec contre son omoplate et Freya fut surprise du changement radical dans le comportement de l'animal. Elle se risqua à relever la main vers sa tête, et il l'autorisa à caresser son pelage abîmé.
La sorcière esquissa un sourire, soudainement attendrie.
La bataille paraissait loin désormais. En fait, elle paraissait presque irréelle.
Un vent glacial souffla dans ses cheveux noirs, les balayant sur le bec de Bernie. Ce dernier se recula vivement, comme soudainement apeuré par quelque chose d'invisible. Il s'éloigna en galopant vers le fond de la prairie, laissant Freya seule à côté des barrières de bois.
Le vent provenait d'une zone étrange, recouverte d'un grand rideau noir. Il se soulevait de temps à autres, dévoilant un paysage glacé, plongé sous un épais manteau de neige.
Elle allait s'approcher mais la voix de Norbert résonna de nouveau :
- Freya ? Nous allons remonter.
Elle jeta un dernier regard intrigué vers le rideau noir avant de se diriger vers le cabinet boisé.
Freya accepta avec un petit sourire la main bourrue de Phineas et elle sortit complètement de la valise. Les trois aurors anglais regardaient les sorciers sortant du bagage avec intérêt.
- Tu as pu préparer ce qu'il fallait, Norbert ? Demanda Thésée avec une voix fatiguée.
- Oui, répondit simplement le Magizoologiste en soulevant la fiole ragoûtante devant lui.
Il se tourna vers Phineas et Porpentina.
- J'aurais besoin de votre aide, Tina et Monsieur...
- ...Black, Monsieur Dragonneau, Phineas Black.
Ils s'éloignèrent tous les trois avec la fiole et la valise de Norbert. Ce dernier lança un dernier regard hésitant vers son frère alité et furibond avant de disparaître derrière la porte de l'infirmerie.
- Coffin.
L'intéressé ne répondit pas mais se recentra sur son patron.
Thésée, lui, semblait retracer avec ses yeux gris le chemin qu'avait emprunté son jeune frère pour sortir de la vaste salle qui bourdonnait encore.
- Allez vous reposer.
- Mais Monsieur-...
- Reposez-vous, répéta Thésée en le regardant cette fois, beaucoup nous attend demain, j'aurai besoin de vous en forme.
- Bien, Monsieur.
Avec un léger mouvement de tête vers Freya, il disparut à son tour derrière le rideau beige.
Freya et Thésée restèrent tous les deux dans un épais silence.
Il ouvrit la bouche pour lui dire quelque chose mais fut interrompu par un nouveau mouvement du rideau. Un soigneur apparut avec une fiole, le regard droit vers l'auror.
- Monsieur Dragonneau, il me reste encore du Poussos pour vous.
L'intéressé hocha simplement la tête avant de boire la potion avec une grimace.
Oui, son goût était infâme, Freya le savait bien.
Elle s'assit sur la chaise sur laquelle les affaires de l'auror étaient disposées, et regarda juste le sorcier du Ministère Belge administrer quelques autres potions et pastilles à Thésée.
- C'était très noble de votre part de laisser les autres se faire soigner avant vous, Monsieur Dragonneau ; mais il ne me reste que peu de Poussos. La dose ne sera pas suffisante. Il vous faudra en reprendre après votre retour au Ministère anglais.
L'auror hocha simplement la tête.
Le soigneur procéda ensuite à ouvrir la chemise blanche et souillée de Thésée.
D'abord bloquée pendant quelques secondes, Freya croisa le regard gris et quelconque de l'auror avant de détourner complètement la tête, arrachant ses yeux de son torse soudainement mis à nu.
Elle sentait une chaleur intense s'emparer de son visage et le rouge lui monter aux joues.
- Il y a deux côtes cassées en plus du bras, commenta simplement le soigneur.
Il sembla lui administrer une autre potion avant d'étaler une substance étrange en dessous de la poitrine de l'auror. Une fois finj, il referma vaguement les deux pans de la chemise et se redressa.
- Vous n'allez pas passer une bonne nuit, j'en ai peur.
- Je n'ai pas le temps de dormir, de toute façon, répondit Thésée avec un ton pourtant épuisé.
- Il vous faudra vous reposer quand même, Monsieur Dragonneau.
Le soigneur s'éloigna du lit et ajouta avant de disparaître derrière le rideau beige :
- Et pas de transplanage pendant une semaine.
Freya retourna de nouveau sa tête vers Thésée qui tentait de reboutonner sa chemise avec difficulté, ne pouvant utiliser qu'une de ses deux mains. Ses deux doigts glissaient maladroitement des boutons et il sifflait avec un mélange de fatigue et d'agacement. Elle l'observa un instant avant de se lever de la chaise et de tendre les mains vers lui.
Il la stoppa avec sa main valide, mais grimaça suite à son geste.
- Laissez-moi vous aider, énonça Freya.
Elle se détesta lorsqu'elle entendit cet agaçant tremblement dans sa voix.
Il la regarda simplement et laissa retomber son bras avec un air vaincu. Il détourna complètement la tête alors que les mains tremblotantes de Freya commençaient à rentrer en contact avec les boutons de sa chemise.
Elle déglutit avec difficulté alors qu'elle sentait son propre coeur battre à toute allure, secouant presque son corps tout entier. Elle se racla la gorge et tenta une conversation :
- Ne grondez pas votre frère, Monsieur Dragonneau, il est venu pour vous, il craint pour vous, il...
Elle se tut, soudainement à court de mots pour traduire le fond de sa pensée. Elle eut du mal à faire glisser les derniers boutons du haut de la chemise, ses mains tremblaient et elle pouvait sentir le lourd regard gris dirigé droit vers elle.
Elle ajouta avec un léger tremblement dans la voix :
- ... Vous auriez fait pareil pour lui, n'est-ce pas ?
- Pourquoi le défendez-vous ainsi ? Ce ne sont pas vos affaires.
Le ton était quelconque, presque détaché.
Elle lâcha le col de sa chemise qu'elle venait de réarranger avant de se rasseoir sur la chaise à côté du lui, n'osant plus le regarder. Oui, il avait raison après tout, de quoi se mêlait-elle ?
Il soupira presque en silence et articula avec un ton indéfinissable :
- Vous... ne semblez pas le prendre pour un fou.
Elle releva ses yeux bleus surpris dans sa direction.
- ... Le devrais-je ?
- Non, bien sûr que non.
Après une pause, il continua :
- C'est juste que la plupart des sorciers ne voient pas Norbert comme cela.
Il y eut un moment de silence où il l'observait une nouvelle fois d'une manière insistante. Il détacha son regard d'elle pour le poser sur Marcus, encore endormi dans le lit voisin.
- Que faîtes-vous encore ici ?
Il devait sûrement lui demander pourquoi elle n'était pas au chevet de son frère, mais plutôt au sien. Elle tritura ses mains sur ses genoux, sentant des flammes lui lécher les joues, teintant ces dernières de rouge.
- ...Parce que je mens très mal.
Oui, elle mentait très mal. Il avait raison.
Oui, elle l'admirait.
Oui, elle...
Freya sembla réaliser ce qu'elle venait de dire et se sentit devenir d'autant plus écarlate. Les yeux gris s'étaient vivement redirigés vers elle avec une légère expression de surprise.
Elle réussit à le regarder de nouveau, relevant des yeux timides et hésitants dans sa direction.
A sa plus grande surprise, les coins de sa bouche se relevèrent en un sourire. C'était un sourire rapide et amusé. Sûrement avait-il compris qu'elle faisait allusion à leur vive conversation de la veille.
Freya lutta de nouveau pour ignorer les violents coups que donnait son coeur contre les parois de sa cage thoracique.
Le sourire s'effaça pourtant progressivement et l'auror reprit son air quelconque habituel.
- Cela doit être de famille.
Ses yeux étaient de nouveau tournés vers Marcus et Freya l'interrogea en silence, pas sûre de le suivre. Il s'expliqua après une autre grimace de douleur.
- Votre frère cache quelque chose, Nott, et vous allez m'aider à savoir quoi.
- ... Je ne travaille plus pour vous, Monsieur Dragonneau.
Elle avait prononcé cette phrase avec étonnamment beaucoup de calme et d'assurance.
Il esquissa un sourire qui n'atteignit pas ses yeux avant d'ajouter :
- Vous avez réussi à me prouver que j'avais tort une première fois...
Le coeur de Freya manqua un battement ; il continua en plongeant ses yeux dans les siens :
- ... Montrez-moi que je me trompe vis à vis de votre frère.
Il y eut un moment de flottement, et elle voyait des perles de sueur se former sur le front de l'auror devant elle. Après un bref regard vers son frère endormi, elle se recentra sur son patron.
- Marcus est un lâche, mais ce n'est pas un traître.
L'expression de Thésée devint douloureuse, et Freya ne sut juste pas dire s'il s'agissait d'une douleur physique ou émotionnelle.
- La peur nous fait faire des choses regrettables.
Après une autre pause, elle hocha simplement la tête dans sa direction, acceptant en silence sa mission. Il fit un léger signe de tête lui aussi, avant d'observer son bras en écharpe posé sur le haut de son ventre. Il grimaça de nouveau et balança sa tête en arrière.
- Le Poussos commence à faire effet, constata Freya en se levant vers la table de chevet.
Elle saisit la carafe qui y était posée et versa un peu d'eau dans un verre avant de le tendre vers Thésée. Après une gorgée pénible, il cala de nouveau ses cheveux ondulés contre l'oreiller blanc.
- Vous en avez déjà bu ?
- Oui, après mon accident de Quidditch, répondit Freya avec un sourire amer. Ce n'était pas agréable.
Il fit rouler sa tête sur le côté pour la regarder avec une grimace. Les perles de sueur s'étaient transformées en longues lignes qui dévalaient ses tempes, plaquant les mèches ondulées au-dessus de ses oreilles. Sa poitrine se soulevait frénétiquement sous son bras en écharpe.
- Comment est-ce arrivé ?
Elle le toisa avec surprise et il esquissa un sourire. Ses yeux commençaient à se fermer et elle voyait qu'il luttait pour les garder ouverts.
Il précisa avec une pointe d'amusement dans la voix :
- Ce n'était pas précisé dans votre dossier de Poudlard.
- Le cognard, répondit-elle simplement avec un sourire naissant.
- Ah, le cognard.
Il sourit de nouveau dans sa direction, mais le sourire se transforma en grimace alors qu'il sifflait péniblement. Les yeux se fermèrent et il fronçait de nouveau les sourcils.
- Vous devriez vous reposer, Monsieur Dragonneau, murmura Freya.
Elle-même sentait la fatigue s'emparer lentement d'elle.
- Nott... vous sentez l'hippogriffe...
La voix étouffée de Thésée déclina vers du silence. Il s'était endormi.
Freya soupira en reniflant ses mains.
Satané Bernie.
Marcus n'était pas ravi de voir que sa soeur ne s'était pas endormie à son chevet. Et à vrai dire, il l'était encore moins lorsqu'il vit qu'elle avait en fait veillé sur Dragonneau toute la nuit.
Freya, elle s'était réveillée bien après son patron. Son cou la faisait souffrir, trahissant la position très inconfortable - et potentiellement ridicule - qu'elle avait eu pendant la nuit sur cette chaise boisée.
Lorsqu'elle sortit de l'infirmerie du Ministère, elle retrouva Phineas et Coffin, les yeux cernés de noir.
- Nous retournons à Londres, Miss Nott, lui avait annoncé Phineas.
De l'autre côté du hall à la moquette verte, elle aperçut les frères Dragonneau et Goldstein en train de discuter avec des soigneurs du Ministère.
- C'est à propos d'Arcturus, expliqua Phineas qui avait suivi son regard.
Il continua alors que Freya relevait ses yeux inquisiteurs vers lui :
- Il va mieux, grâce à Dragonneau.
Effectivement, elle le vit faire son entrée dans le hall, à côté de Marcus.
Elle ne manqua pas le sourire moqueur de son ami qui compléta :
- Il a brûlé 3 matelas cette nuit.
Freya dû retenir un sourire railleur alors qu'elle suivait le groupe d'aurors vers la sortie du Ministère.
Après la fontaine Anspach, ils traversèrent un parc désert, plongé dans le brouillard. L'épais manteau de brume noyait les cimes des immenses arbres dénués de feuilles et procurait au grand groupe de sorciers une certaine confidentialité dans leur déplacement.
Freya suivait de près Thésée, Phineas, Coffin, Norbert et Porpentina, espérant ainsi ne pas les perdre dans bois étouffé de blanc. Ils s'arrêtèrent brusquement et le visage de Freya s'écrasa lourdement contre le dos de son patron. Elle eut un mouvement de recul après l'avoir percuté, et il ne se retourna que très vaguement vers elle, sans aucune expression apparente.
Devant le groupe, il y avait plusieurs voitures noires attelées à de sombres créatures squelettiques ressemblant à des chevaux. Ils paraissaient assez tranquilles dans le froid et la brume de la clairière.
Les conditions de vol sont moyennes, la visibilité est presque nulle, entendit-elle parler un des cochers.
Fascinée par les créatures, elle se souvint être montée dans une voiture semblable à celle-ci, deux années auparavant lors d'un déplacement avec son ancien patron en Irlande. Seulement, elle n'avait jamais vu ces créatures...
- Ce sont des Sombrals, indiqua Norbert qui avait suivi son regard inquisiteur.
- C'est la première fois que je les remarque, balbutia Freya dans sa direction.
Il adopta un regard attristé et elle sentit les yeux de Phineas se poser dans son dos.
- Seuls ceux qui ont vu la Mort peuvent voir les Sombrals.
Son coeur se serra.
L'image terrible des yeux figés d'Abbott revinrent dans son esprit, dans un flash douloureux et insoutenable. Une main bourrue se posa sur le haut de sa tête et Freya pivota vers son ami avec les lèvres pincées. Il allait prononcer des paroles réconfortantes, mais la voix grave et sérieuse de Thésée les interrompit.
- Allons à bord.
Les six sorciers s'installèrent sur les bancs noirs qui suivaient les parois de l'étroite voiture en silence. La sorcière ne manqua pas le sourire fatigué que son ami lançait dans sa direction. Et elle le lui rendit. Mais le perdit tout aussitôt alors que la voix de Thésée résonnait une nouvelle fois :
- Des Aurors belges sous couverture ont aperçu Croyance arriver en Guyane Française il y a quelques jours.
Silence.
Freya se souvint de cet étrange prénom, celui du jeune homme Obscurial.
A côté d'elle, Norbert avait sensiblement écarquillé les yeux et avait remué nerveusement sur le banc, réajustant sa posture avec maladresse.
C'est Porpentina qui mit fin au silence :
- Mais que pourrait-il bien faire en Guyane ?
L'inquiétude fit trembler sa voix habituellement pleine de confiance.
Le regard de Thésée se releva vers celui de l'auror américaine avec une expression étrange. Regret, amertume.
- Miss Goldstein, votre soeur, Queenie, a été vue avec le garçon.
Nouveau silence durant lequel Porpentina laissa échapper un souffle tremblant. Son dos partit fébrilement en arrière pour finalement se poser contre la paroi noire et boisée de la voiture.
- Queenie ? En Guyane...?
Sa bouche s'ouvrit et se referma à plusieurs reprises, comme si elle était tout à coup incapable de formuler une phrase décente.
La main d'habitude hésitante de Dragonneau saisit fermement celle de Goldstein à côté de lui et il se tourna vivement vers Thésée. Ce dernier sembla un instant pris au dépourvu en voyant l'inattendu geste de son jeune frère, car ses deux sourcils s'étaient relevés dans la direction des deux mains entremêlées.
- Ce sont des informations fiables, Thésée ? Avait demandé le Magizoologiste en ignorant l'étonnement de son frère en face de lui.
L'air surpris de l'auror s'atténua un peu et il releva ses yeux des deux mains jointes pour rencontrer ceux de son frère. L'étonnement se mua en amertume.
- Par les temps qui courent, aucune information n'est fiable, Norbert.
Il allait ajouter autre chose, mais la porte de la voiture s'ouvrît sèchement.
Derrière elle, Marcus et Arcturus apparurent.
- Plus de place dans les autres voitures, marmonna Marcus en jetant un vague regard vers sa soeur.
Thésée soupira en penchant sa tête sur le côté, Freya nota qu'il n'essayait même pas de cacher son agacement à la vue de son frère. Son regard gris s'était durci et ses lèvres remuaient dans une moue de mécontentement.
Freya croisa le regard d'Arcturus et elle grimaça elle aussi, exaspérée. Son visage était blême, sûrement devait-il se remettre encore de sa nuit mouvementée. Malgré le teint blafard, il arborait cet air malin et satisfait qui la secouait de colère et de dégoût.
- Freya, quel plaisir, murmura-t-il en s'asseyant à côté d'elle.
Elle se raidit et se refusa à lui répondre.
Phineas émit un rire railleur dans la direction de son venimeux cousin.
- Tu ne devrais peut-être pas t'asseoir, Arcturus, ce serait malheureux de déclencher un incendie dans cette voiture.
Freya ne put retenir un sourire moqueur et dû détourner la tête pour ne pas rire. En face d'elle, elle remarqua que les yeux gris de Thésée s'étaient aussi animés avec une lueur d'amusement.
Arcturus, lui, bouillonnait. Il rougit vivement et balaya sa mèche brune avec un geste dramatique. Sur sa main, on pouvait encore voir distinctement les traces de morsure du Murlap.
- Fais attention à ce que tu dis, très cher cousin, il y a des demoiselles dans cette voiture.
A vrai dire, il paraissait être le seul gêné dans l'habitacle et l'air hautain avec lequel il avait articulé cette phrase le rendait d'autant plus ridicule. En l'écoutant, Phineas ria de plus belle, plaquant son épaisse main contre son torse. Il ajouta après un regard malicieux vers Freya.
- Pourquoi donc, Arcturus ? Tu es gêné que je mentionne les brûlures que tu as au-...
- Phineas ! Hissa-t-il avec un soudain courroux.
Il s'était à moitié levé du banc noir et ce fut le bras de Marcus qui le retint. Il n'avait pas l'air amusé du tout, voire plutôt agacé. Mais il ne regardait pas Arcturus, ni même Phineas.
C'est Dragonneau qu'il fixait.
Les deux sorciers se toisaient intensément.
Le trajet pour Londres se passa dans un épais silence inconfortable.
Les deux jours qui suivirent furent chaotiques au Ministère de la Magie. Il y avait une panique étrange dans les couloirs, des rumeurs se faisaient rapidement entendre. Il y avait des traîtres. Des traîtres au Ministère.
Ce qu'il restait des divisions parties à Bruxelles s'activait à rédiger des rapports pour la hiérarchie, essayait de récolter des preuves, interrogeait d'éventuels témoins et suspects...
Mais au bout du deuxième jour, un Conseil Spécial fut organisé par le Ministre Fawley.
Un Conseil d'urgence.
La confidentialité était telle que Dragonneau ne fut prévenu qu'à la dernière minute de sa participation à cette entrevue. Il avait relevé la tête de son bureau qui croulait sous les paperasses.
- C'est l'heure ? Avait-il demandé à l'assistante qui était venue le chercher.
- Oui, Monsieur. C'est en salle du Conseil.
Elle avait disparu derrière la porte de la Division.
Dragonneau fit un signe de tête dans la direction de Freya avec une expression quelconque.
- Nott, avec moi.
- Oui, Monsieur.
Ils quittèrent ensemble le bureau bourdonnant de la division à pas pressés. Freya avait du mal à le suivre dans le couloir, et courrait presque à côté de lui. Dans sa poche de veste, les lettres émirent des petits bruits de froissements.
Elle posa sa main sur l'avant-bras valide de son patron et il s'arrêta, la questionnant du regard. Ils n'étaient pas loin de la porte de la salle du Conseil, mais la sorcière sortit tout de même les enveloppes de sa poche.
Les lettres qu'il lui avait confiées.
- Je suis consciente que ce n'est pas le moment idéal mais, les voici...
Il saisit vivement le tas d'enveloppe et d'un coup sec de baguette, elles se consumèrent instantanément dans de petites flammes. Freya avait bondit en arrière, ne s'attendant pas un tel sort. Le regard gris devant elle était quelconque.
- Merci, Nott, dit-il simplement.
Il allait faire demi-tour, mais se stoppa net, comme s'il se rappelait de quelque chose.
- Nous devons d'ailleurs reparler de votre lettre.
Comme elle ne répondait pas, il enchaîna avec un soupir dans la voix :
- Je suis désolé de ne pas avoir pu vous parler de son contenu de vive voix, il se trouve que-...
Une voix sinistre l'interrompit à l'autre bout du couloir.
- Dragonneau.
Grimmson.
Sa démarche de prédateur, son rictus cynique.
Il s'arrêta en face de Freya et Thésée. Ce dernier remit sa main valide dans sa poche, adoptant son air décontracté habituel.
- Dragonneau, je vois que vous n'êtes toujours pas fichu de tenir votre agaçant frère à l'écart.
- Grimmson, je vois que vous avez perdu le peu de bonnes manières que vous aviez...
Il s'approcha un peu du Chasseur de Prime en resserrant la mâchoire.
Il ajouta avec une voix calme et sans ciller :
- ... Continuez ainsi, et il se pourrait bien que j'oublie les miennes aussi.
Grimmson laissa échapper un rire sarcastique.
- Ah, Dragonneau...
Il posa brutalement sa main sur son épaule blessée et Thésée ne put retenir une grimace, entre douleur et agacement. Il se défit de l'étreinte de Grimmson avec un mouvement de l'omoplate.
- ... D'ailleurs, j'ai prévu de rendre une petite visite à votre frère dans les jours à venir...
La nonchalance dans la posture de Dragonneau disparut au profit d'une soudaine tension.
- Qu'est-ce que vous lui voulez ? Demanda-t-il dans une voix grave.
- Oh, rien, bien entendu. Juste une petite conversation que nous devrions avoir tous les deux.
Les yeux pétillants et amusés de Grimmson glissèrent sur Freya et un frisson la parcourut.
- Freya, quel plaisir de voir votre ravissant visage.
Elle ne prit même pas la peine d'esquisser un sourire de politesse. Sa familiarité la dégoûtait.
Le rictus devant elle disparut et l'homme contourna légèrement Thésée pour s'approcher d'elle. Il se pencha avec un faux air peiné.
- Freya, vous êtes une jolie petite menteuse...
Il se pencha d'autant plus et Freya dû reculer sa tête.
- ...Ne m'aviez-vous pas dit que vous ne connaissiez pas l'adresse de Monsieur Norbert Dragonneau ?
Son patron la regarda avec surprise ; lentement, sa main glissa en dehors de sa poche de pantalon. Freya, elle, déglutit avec difficulté et lutta pour garder ses yeux froids encore dirigés vers le Chasseur de prime. Il se remit à sourire avec un air mesquin.
- Un de mes associés vous a aperçue en train d'entrer chez lui il y a quelques jours...Ah, le voilà justement. Approchez-donc, Abraxas.
Derrière Grimmson, il y avait un jeune homme vêtu entièrement de noir. Ses longs cheveux blonds platine étaient attachés en une queue de cheval avec un lien noir et fluide comme un ruban. Dans sa main droite gantée de noir, il tenait une longue et sombre canne au pommeau argenté. Ses yeux noirs étaient empoisonnés au milieu de son délicat visage. Freya laissa échapper un souffle tremblant. Abraxas.
La longue cicatrice de l'accident du Jarvey sciait ses traits fins, depuis son sourcil jusque sa mâchoire.
Abraxas, c'était bien lui.
- Malefoy ? Réussit-elle à articuler.
- Oh, vous vous connaissez, c'est merveilleux, s'exclama Grimmson avec un air faussement ravi.
Abraxas arriva à leur niveau et fit un vague signe de tête à Dragonneau qui ne le lui rendit pas. Et alors qu'il prenait la main de Freya dans la sienne pour l'amener à ses lèvres, la sorcière ne put s'empêcher de grimacer avec révulsion. Aussitôt le baiser terminé, elle frotta le dos de sa main contre l'épais tissus de son pantalon noir. Mais Abraxas ne sembla pas y prêter une quelconque attention. En fait, ses yeux étaient rivés sur Dragonneau.
Grimmson reprit dangereusement à l'encontre de Freya :
- ... dans tous les cas, sachez que je n'aime pas les menteurs...
Il avait saisit le haut de son bras avec une poigne de fer, assez forte pour que Freya sursaute à son contact. Un autre frisson lui parcourut l'échine alors qu'il lui chuchotait avec un air malsain :
- ... et vous ne voulez pas m'avoir dans vos ennemis, ...Freya.
Une autre main avait agrippé son bras et la tira en dehors de l'emprise sombre de Grimmson. Dragonneau prit le poignet de Freya dans sa main et l'emmena légèrement en retrait derrière lui.
Freya fut à la fois surprise et soulagée de ce geste.
Elle eut du mal à camoufler sa surprise alors que les doigts froids de Dragonneau glissèrent discrètement dans sa main un tout petit morceau de papier. Elle l'enferma dans sa paume en tentant de conserver l'air le plus neutre possible. Il retira sa main et la remit dans sa poche, adoptant une nouvelle fois une pose noble et nonchalante.
- Au nom de Merlin, qu'est-ce que vous voulez Grimmson ?
Grimmson s'esclaffa de nouveau et Abraxas se joignit au rire de l'infâme sorcier.
Dragonneau, agacé, continua :
- Et que faîtes-vous ici, d'ailleurs ?
- Oh ça. Je vous propose de le découvrir, Monsieur Dragonneau.
Grimmson lui fit un geste exagérément maniéré vers la porte, l'invitant à entrer dans la salle du Conseil. Après un vague regard d'apparence quelconque dans la direction de Freya, il s'engagea dans la salle. Grimmson le suivit de près et Abraxas fit un clin d'oeil répugnant à la sorcière avant de s'engouffrer lui aussi dans la salle.
La porte se referma et Freya reprit son souffle, comme si elle l'avait retenu depuis tout ce temps.
Le coeur battant, elle ouvrit lentement la paume de sa main.
Il y avait effectivement un petit papier :
« Prenez le contenu de mon tiroir confidentiel et cachez-le.
Mot de passe : Artemis Fido.
Merci, Nott. »
Aussitôt le papier lu, qu'il se consuma. Comme les lettres quelques minutes plus tôt.
Les cursives pressées de Dragonneau disparurent dans de petites flammes, et bientôt, il n'en restait que quelques cendres dans le creux de la main de la sorcière.
Elle accourut vers le bureau de la Division.
Freya ne revit plus Dragonneau ce jour-là.
Le lendemain, c'est Grimmson qui l'accueillait dans le bureau de la Division.
Le rictus déformait son visage.
- Dragonneau ne fait plus partie du Ministère. Il a été renvoyé.
Freya avait laissé tomber la pile de documents qu'elle avait entassés dans ses bras.
Elle regarda avec panique l'homme devant elle. Abraxas arriva derrière lui avec un sourire obscur.
Grimmson continua avec un ton amusé :
- Je le remplacerai dans ses fonctions.
Comme elle ne paraissait pas comprendre, il articula funestement :
- Je suis votre nouveau patron, Freya.
Hello ! Un immense merci pour vos reviews, ça me fait très plaisir et ça me motive beaucoup de lire vos impressions sur mon histoire ! C'est un peu ma petite « récompense », donc n'hésitez pas à commentez plus ! :)
C'était un gros chapitre, j'espère qu'il vous aura plu !
A très vite pour la suite !
Netphis.
