Chapitre 11

Mu était vert de rage, ce qui lui arrivait très rarement. Tellement rarement qu'il ne se souvenait pas avoir été autant en colère dans sa vie. Il prit une grande inspiration.

-Excuse moi, mais est-ce que tu pourrais arrêter de me tripoter les fesses ? Je suis un homme, moi aussi ! Dit-il le plus poliment et surtout discrètement possible en anglais, au vu des circonstances.

N'importe qui aurait hurlé et aurait frappé le malotru. Mais pas lui. Shion lui avait toujours appris à ne pas se laisser aller à la violence. Même quand un inconnu te malaxait les fesses tandis que tu attends à la caisse pour pouvoir encaisser tes courses. Même dans cette situation là.

Voyant que sa phrase n'eut pas l'effet escompté, il se retourna carrément et hurla en grec :

-JE SUIS UN HOMME !

La quasi totalité de la file sursauta tandis que l'inconnu qui le draguait virait au rouge en comprenant son erreur. Mu, content de son effet, retourna au déballage de ses courses, soit un shampooing (le bon cette fois!), de la crème hydratante pour le corps et un masque pour le visage. Puis il se rendit compte que les courses, plus la longueur de ses cheveux, de dos, auraient pu contraindre à l'erreur n'importe qui.

-Mu ? Demanda soudainement quelqu'un.

Mu se glaça et se tourna lentement vers la file à gauche de la sienne. Aldébaran le regardait avec un gentil sourire en le saluant.

-Tu as fait un sacré boucan, sourit le brésilien. C'était assez amusant.

-Seulement pour toi, soupira Mu. Je ressemble tant à une fille que ça ?

Aldébaran regarda soudainement dans une autre direction, brusquement passionné par les journaux grecs dont il ne comprenait presque rien. Mu avait donc sa réponse.

-Et bien, tu es sacrément énervé ! Fit remarquer Dohko quand le tibétain se laissa tomber sur sa chaise à côté de lui.

Ils avaient sympathisé rapidement, comme ils étaient voisins de nationalité. Dans cette optique, Shaka aurait du bien s'entendre avec eux mais il était trop réservé pour ça. Et puis Mu s'entendait bien avec tout le monde.

Dohko salua Saga qui passait devant eux et Mu l'imita de façon beaucoup plus sèche, ce qui n'était pas dans ses habitudes.

-Quelque chose ne va pas ? Demanda Saga en s'asseyant sur la table.

-Non rien ! Répliqua Mu, avant de se rattraper. C'est juste que… hier, je me suis fait tripoter par un gars au supermarché, et Aldébaran a tout vu. Et puis… il a pas voulu répondre quand je lui ai demandé si j'étais efféminé et donc voilà ! Je suis énervé !

Saga pouffa de rire.

-C'est assez drôle quand on y pense. Tu devrais te calmer tu sais, ce n'est pas si grave.

-J'ai essayé ! S'énerva Mu. Et toi, comment tu fais pour être aussi serein ?

-Shaka, répondit simplement Saga.

Mu haussa son absence de sourcil.

-Hein ? Qu'est-ce qu'il a fait pour te calmer ?

-Et bien en fait, moi aussi j'ai tendance à être assez agité. Mais lui, il est toujours hyper calme ! Et hier, j'ai compris pourquoi.

-Vas-y raconte ! S'exclama Dohko, soudainement curieux.

Et Saga raconta.

-Pendant presque trois heures ! Dit-il, admiratif. Moi j'ai craqué au bout d'une heure ! Mais ça m'a fait vachement du bien.

-Vous parlez de quoi ? Demanda Ayoros qui venait saluer Saga, pour lui faire comprendre qu'il ne lui en voulait pas pour le coup.

-De l'endurance de Shaka, dit Saga. Trois heures ! T'imagine !

-Oui, mais trois heures de quoi ? Demanda Aiolia, qui suivait son frère partout depuis.

-Ben devine ! Siffla Mu, agacé par toutes ces questions.

Un ange passa. Puis deux.

-Attends… dit Aiolia, en devenant de plus en plus rouge. Tu parle quand même pas de…

Il mima le geste. Saga éclata de rire.

-Mais non ! Je parlais de méditation ! T'as les idées mal tournées !

-Fais comme si j'avais rien dit ok ? Soupira Aiolia, mort de honte.

Cela déclencha l'hilarité générale.

Aiolia se prit la tête dans les mains. Sa réputation était fichue, d'autant plus qu'à présent, il arriverait encore moins à regarder le blond en face. Déjà qu'ils étaient en froid depuis l'histoire avec Saga !

Shaka arriva sur ses entrefaites, ce qui fit redoubler de rire ses camarades.

-Quelque chose s'est passé ? Demanda t-il.

Ayoros passa son bras autour de ses épaules, hilare.

-Saga nous a dit que t'étais vachement endurant…

Shaka leva les yeux vers lui, perdu.

-En méditation !

Et le grec éclata de rire, suivit des autres.

-J'ai raté quelque chose, apparemment, murmura l'indien pour lui-même en se détachant de l'étreinte de Ayoros.

Il passa devant Aiolia, le seul qui ne rigolait pas, et lui lança un regard glacial. Celui-ci baissa les yeux.

-Alors ta recherche de boulot, ça avance ? Demanda Milo en croisant Angelo dans le couloir qui menait à la sortie de la fac.

-Ouais, j'ai un entretien demain, répondit Angelo.

-C'est plutôt cool… commenta le grec en regardant dans les nuages.

Lui-même aurait bien aimé travailler, mais ses parents l'en interdisait. De même que le docteur. Son cœur ne tiendrait pas, disait-il. Bah, il devrait s'estimer heureux après tout. Il aurait plus de temps de libre.

Il jeta un œil à son camarade, qui marchait à côté de lui. Étrangement, et malgré son caractère de chien, ils s'entendaient bien. Enfin, ils se connaissaient à peine, mais il faut bien un début à tout. Et vu comment ça s'était passé le jour de leur rencontre, ça tenait du miracle qu'ils ne s'engueulent pas tous les jours. D'un autre côté, ils ne se voyaient que pour les cours. Mais Milo voulait y remédier, pour la simple raison qu'il voulait se faire un ami avant de mourir.

-Tu as du temps libre là ? Demanda t-il soudain.

Angelo sursauta, surpris par la proposition. Jamais personne ne lui avait demandé ça et même s'il ne l'avouerait jamais, il était plutôt content.

-Ouais… marmonna t-il d'un ton qui se voulait désinvolte.

-Ça te dis qu'on aille boire un verre ?

-… pourquoi pas. Allons-y.

Milo sourit et entraîna l'italien jusqu'au bar le plus proche. De toute façon, ils pourraient rentrer à l'heure qu'ils voudraient. Demain, c'était samedi, donc le week-end.

Camus était à la bibliothèque de la résidence quand son portable sonna. Il vérifia qu'il n'y avait personne et remarqua Shura assis un peu plus loin. Il s'éloigna et décrocha.

-Allô ? C'est moi.

Camus soupira. Son père, comme toujours.

-Qu'est-ce qu'il y a ?

-Je ne vais pas y aller par quatre chemins. J'ai besoin de toi à l'entreprise.

-Je ne peux pas venir, répliqua Camus. J'ai du travail à l'université.

-Ne me prends pas pour un idiot. Nous savons tous les deux que tu n'es parti que pour me faire des problèmes.

-Ça n'a rien à voir avec toi. J'avais envie de découvrir d'autres endroits. Et j'ai vraiment du boulot ici.

-Camus, ce n'était pas une requête. C'est un ordre. Tu es assez intelligent pour rattraper ton retard quand tu seras revenu.

-Je ne le ferai pas. Désolé, mais si tu veux que je vienne, il va falloir que tu vienne me chercher.

Et il raccrocha d'un geste vif.

-Où en étais-je déjà ?

-Je suis désolé pour hier soir, fit Aldébaran.

Mu se retourna vers lui, toujours quelque peu agacé par son comportement de la veille.

-Je ne voulais pas te vexer, continua le colosse. Mais ta question m'a pris au dépourvu.

-Et donc ? Demanda Mu en croisant les bras. Tu vas y répondre, maintenant ?

-Euh… ouais, mais ne le prends pas mal hein ! Rigola le brésilien. Donc… de dos, tu ressemble à une fille, mais quand on voit ton visage, on comprends tout de suite que tu es un garçon, c'est évident !

Mu le soupçonna une seconde de vouloir calmer le jeu puis soupira. Il n'avait pas envie de se prendre la tête avec un truc aussi stupide. Il attrapa une mèche de cheveux.

-Je devrais les couper tu pense ?

-Non non pas du tout ! Ça te va bien comme ça ! Et puis… dans la classe, t'es pas le seul à avoir les cheveux longs, argumenta Aldébaran. Ah et, pour la couleur…

-C'est un accident, le coupa Mu.

-Elle te va bien je trouve.

Mu le regarda, incrédule. Qui pourrait apprécier cette immonde couleur ?!

Voyant l'expression peu convaincue du tibétain, Aldébaran ajouta :

-Elle met en valeur la couleur de tes yeux.

Mu réfléchit. Il avait en effet des yeux d'un violet intense, couleur extrêmement rare mais aussi magnifique. Mais il n'était pas sur que d'avoir des cheveux de la même teinte les mettait en valeur.

-Et puis, ça n'a pas dérangé le mec d'hier, conclut Aldébaran.

-Mu, qu'est-ce que tu fais ici ? S'étonna Shaka en découvrant le tibétain devant sa chambre.

-Apprends moi à méditer ! Je crois que je vais frapper quelqu'un dans pas longtemps sinon !

Les deux asiatiques se jaugèrent du regard. En fait, Shaka essayait de voir si Mu se moquait de lui ou pas. Puis il décida que non.

-Entre.

Le serveur posa les boissons devant eux.

-Tu ne bois pas d'alcool ? Demanda Angelo en voyant le cocktail sans alcool que le grec avait commandé.

-Non, j'essaie d'éviter au maximum, répondit Milo en sirotant la boisson avec délectation.

-Pourquoi ?

-Parce que je peux trouver les même boissons sans alcools, sourit le grec avec un sourire mystérieux.

Angelo éclata de rire et but une gorgée de sa bière.

-Bien vu ! Mais moi j'aime bien sentir la chaleur me revigorer l'estomac.

-C'est vrai que c'est agréable, admit Milo.

Ils restèrent un petit moment sans parler, juste pour apprécier leurs boissons respectives.

Le bar qu'ils avaient choisi semblait relativement populaire, vu le nombre de personnes qui s'y trouvaient. Et plus de la moitié était déjà bien éméchée.

-J'aime pas trop voir les gens bourrés comme ça, dit Angelo.

-Ouais, c'est assez désespérants. J'ai toujours envie de les frapper ou de les secouer pour les réveiller.

-Carrément ! Ils ont tous l'air endormis ici…

-On t'a jamais dit que tu parlais fort ? Se moqua gentiment Milo.

-C'est parce que je suis italien, protesta Angelo. On parle fort dans mon pays !

Milo éclata de rire, attirant sans le vouloir l'attention de leurs voisins.

-Hé les clowns ! Geignit un ivrogne qui les aperçut. Le cirque c'est pas ici !

Et il se mit à hurler de rire.

-C'est de nous qu'il vient de parler là ?! S'exclama Milo.

Il s'apprêtait à se lever, mais Angelo le retint par le bras.

-Laisse tomber, il est bourré !

Il avait presque réussi à calmer son ami, mais l'ivrogne revint à la charge. Il avait apparemment décidé de les prendre en grippe. Il s'appuya sur la table pour tenir droit.

-Dehors gamins… On vous a jamais dit que la teinture bleue, c'est de l'anti-classe ? Hein ?

Les intonations grinçantes de l'homme agressaient les oreilles de Angelo. Il jeta un billet sur la table.

-Allez viens Milo, on se casse !

Milo le suivit presque en courant.

-Des rigolos dans vot' genre, on en a pas besoin ici ! Hurla l'ivrogne en leur balançant une bouteille vide que Milo esquiva de justesse.

-Ah, qu'est-ce qu'il m'a énervé celui-là ! S'exclama Milo en donnant un coup de poing dans un mur.

Il ne réussit qu'à se meurtrir la main et poussa un juron.

-Comment tu fais pour pas réagir dans ces cas là ?! Rugit-il à l'adresse de l'italien.

-J'ai l'habitude, c'est tout, répondit Angelo. Avec la gueule que j'ai c'était quotidien chez moi. Mais j'étais énervé aussi !

Milo sentit une pique lui traverser le cœur et il se laissa glisser au sol, la main crispée sur la poitrine.

-Hé, ça va ?! S'inquiéta Angelo.

-Ouais ouais t'inquiètes… murmura Milo. Juste… un peu de mal à respirer, c'est tout. Ça va passer.

Il avait très chaud dans la poitrine. Il fallait qu'il se calme, et très rapidement.

Angelo s'assit à côté de lui et attendit que sa crise passe.

-Saga dit que Shaka est fort pour calmer les gens.

-Rêve pour que je fasse de la méditation. C'est pas mon truc, articula difficilement Milo.

-T'es qu'un menteur, dit Angelo. T'as pas de problème de respiration.

Milo garda le silence puis se mit à rire d'un rire hystérique.

-Ok, t'as gagné, finit-il par dire. J'ai… un souffle au cœur.

C'était quelque chose qu'il avait appris. Dire un deuxième mensonge après un premier rendait le deuxième plus véridique.

-Pourquoi t'en parle pas ? Demanda Angelo.

-Parce que je ne veux pas… que les gens me regardent comme si j'étais handicapé. C'est pas très grave. Après la fac, je me fais opérer, et ça ira très bien. Donc…

-On rentre ?

Milo sourit.