Hello!
Je remercie encore une fois toutes celles qui m'ont laissé des petits mots d'encouragements. Ma santé n'est pas vraiment top, ces derniers temps, si bien que ma progression dans cette histoire a un peu stagné (sur mon planning, c'est marqué que j'aurais dû l'avoir terminé... Maudites douleurs...)
J'espère malgré tout que vous ne m'en voudrez pas pour ce petit contretemps et que vous apprécierez ce nouveau chapitre.
Bonne lecture à vous et à très vite !
Rien ne ressemble plus à un mensonge que la vérité.
[Harry Bernard]
Jamais Jacob n'avait été autant à l'hôpital en aussi peu de temps. Cette fois-ci, il n'était pas venu prendre des nouvelles de Leah, bien qu'il ait l'intention de passer voir ses parents pour leur expliquer la situation par la suite, mais pour parler à son ancien ami et essayer de le raisonner.
Arrivé à l'accueil des urgences, il demanda le numéro de chambre de Sam Uley et s'y dirigea, empli de colère et de détermination. Allison, la mère de ce dernier, s'y trouvait, le visage bouffi par les larmes, mais Jacob ne ressentit pas la même compassion que celle qu'il éprouvait pour les parents de Leah. Il comprenait qu'une mère veuille obtenir justice pour son fils, mais le fait que Sam passe pour une victime irréprochable, compte tenu de ce qu'il avait fait pour énerver Brady avant et pendant la prise d'otage, le mettait hors de lui. Prenant son courage à deux mains, il frappa à la porte et demanda la permission d'entrer.
– Salut, Jake… fit faiblement Sam, le visage inexpressif.
– T'as l'air… Vivant… remarqua Jacob, une pointe d'amertume dans la voix que seul son ancien ami décela.
– Crois-moi, en ce moment, j'aurai préféré ne pas l'être… souffla Sam.
– C'est gentil d'être passé voir Sam, Jacob… murmura tristement Allison. Il faut que j'aille voir ton père, Sammy. Ça te dérange de rester seul un moment avec ton ami ?
Sam tressaillit en croisant le regard noir de Jacob, mais acquiesça tout de même.
– Veille-bien sur mon fils, Ok ?
– Comptez sur moi, Miss Ataruk… mentit Jacob.
Il attendit que la mère de Sam soit hors de la chambre et alla vérifier qu'elle ne pourrait pas les entendre avant de fermer la porte et de se tourner vers lui. Le capitaine de l'équipe de foot se décomposa en voyant Jacob s'avancer vers lui, son regard lui rappelant subitement celui de Brady peu avant qu'il ne mette son plan à exécution.
– Qu'est-ce que tu vas me faire ? s'affola Sam.
– Du calme. Je suis juste là pour te parler. Rien d'autre, répondit Jacob en s'asseyant près de lui. J'ai entendu dire que tu as porté plainte contre Leah ?
– Mes parents m'ont conseillé de le faire… Et à vrai dire, je suis d'accord avec eux.
– Elle est entre la vie et la mort, Sam ! Tu ne penses pas que tu devrais la laisser tranquille ? Après tout, elle a subi cette prise d'otage tout comme nous !
– Subi ? s'exclama Sam, incrédule. Elle nous a tous menacés avec une arme, et elle nous a filmé pendant que Fuller… Elle l'a encouragé à… Non, J'AI subi cette prise d'otage. Paul et Jared aussi, et Quil, Embry et toi aussi, mais certainement pas Leah Clearwater !
– Je te signale que tu lui dois quand même la vie… Elle t'a laissé partir avec les autres…
– Une bonne action ne changera pas tout le reste, claqua Sam. C'est valable aussi pour toi, Jake. C'est pas en la sauvant de la prison que tu te rattraperas vis-à-vis d'elle.
– Je sais, mais je sais aussi qu'elle a assez souffert comme ça !
– Et ma souffrance à moi, t'en fais quoi ? s'emporta Sam. J'ai failli mourir, je te signale ! C'est normal qu'elle paye pour ce qu'elle a fait !
Une rage sans nom envahit Jacob, qui se leva et lança un regard meurtrier à son ancien ami.
– Tu sais, tu parles exactement comme lui… fit-il remarquer à ce dernier, sachant qu'il comprendrait son sous-entendu.
– Ne me compare plus jamais à Fuller, grogna Sam.
– Très bien, comme tu voudras. Mais je te préviens, Sam. Si Leah s'en sort et que tu la traînes en justice, je n'hésiterai pas à témoigner en sa faveur…
Sam écarquilla les yeux et le dévisagea avec surprise avant de reprendre son air détaché.
– Ta parole n'aura pas beaucoup de valeur. Tout le monde sait que tu es amoureux de Leah, maintenant… déclara-t-il sèchement.
– Ça, c'est le Sam que je connais, ricana amèrement Jacob. On dirait bien que tu as vite oublié ta souffrance… Ou alors tu sais qu'elle est complètement méritée…
– Ne me cherche pas, Black, l'avertit Sam.
– Retire ta plainte, Uley. C'est tout ce je te demande.
– Compte là-dessus et bois de l'eau, mon pote.
– Alors je ne me gênerai pas pour dire tout ce que tu as fait jusqu'ici.
– Tu auras des ennuis, toi aussi… souligna Sam.
– Je m'en fiche. Je dois bien ça à Brady et Leah, martela Jacob avant de s'en aller.
Il croisa les parents de Sam en sortant et leur mentit en leur disant que leur fils les réclamait, puis se dirigea vers la chambre de Leah. Il savait que les Clearwater avaient d'autres chats à fouetter pour l'instant que la plainte déposée par les Uley, mais il voulait leur en parler personnellement et les assurer de son soutien et de son témoignage si la situation empirait.
– Comment va-t-elle ? s'enquit-il en pénétrant dans la salle, évitant soigneusement de croiser le regard de Seth.
– Aucun changement… se désola Sue. Je pensais que tu étais rentré te reposer…
– Non, je suis juste allé me changer et parler à mon père… mentit-il, mal à l'aise. Est-ce que vous avez entendu… Ce qui est arrivé… à Brady ?
– Non… Qu'est-ce qui s'est passé ? sourcilla Harry.
Jacob baissa la tête, le cœur lourd, et les Clearwater hoquetèrent en comprenant la signification de son silence.
– Oh mon Dieu… Non… souffla Sue, anéantie.
– Il a fait des erreurs, mais il ne méritait pas de finir comme ça… s'affligea Harry.
– Ses parents doivent être anéantis… ajouta Sue.
Jacob se rendit alors compte de l'énorme différence qui existait entre les Clearwater et les autres. Alors que son père était soulagé de la mort de celui qui avait pris son fils en otage, Sue et Harry plaignaient le pauvre garçon et sa famille pendant que leur fille se battait pour survivre. Il vit alors d'où Leah tenait sa loyauté et sa compassion et comprit d'autant plus les motivations de la jeune fille par rapport à Brady.
– Il y a… Autre chose que vous devriez savoir… reprit-il maladroitement.
Devant les regards inquiets de la famille de Leah, il se mit à leur expliquer ce qui se passerait si Leah se réveillait. L'horreur de la situation le frappa de plein fouet lorsque Seth la résuma en quelque mots, la gorge nouée.
– En gros, morte ou vivante, sa vie est finie ?
– Non ! s'empressa de réplique Jacob. Non, il ne faut pas dire ça…
– Elle risque d'aller en prison ! Comment veux-tu qu'elle ait une vie normale après ça ? insista Seth.
– Écoute, Seth. Je te promets que je vais tout faire pour ne pas en arriver jusque-là, lui assura Jacob.
– T'es qu'un gamin ! Qu'est-ce que tu pourrais faire pour lui éviter la prison ?
– Je témoignerai pour elle s'il le faut… Je ferai en sorte que tout le monde connaisse l'histoire de Brady et voie que Sam Uley est loin d'être une victime innocente !
– Tu crois vraiment qu'à toi tout seul, tu arriverais à prouver tout ça ? pouffa cyniquement Seth.
– Peut-être pas tout seul… Mais je me débrouillerai pour ne pas l'être… répondit Jacob en songeant à un nouveau plan.
Après une nuit sans sommeil à réfléchir au meilleur moyen de sortir Leah du pétrin dans lequel elle s'était fourrée, Jacob téléphona à ses deux meilleurs amis pour qu'ils puissent le rejoindre. Il savait que le lycée avait été fermé à la suite de la prise d'otage et qu'ils étaient chez eux, comme lui… Malheureusement pour lui, Quil et Embry étaient étroitement surveillés par leurs parents, si bien qu'il dût demander à son père d'intervenir auprès d'eux pour qu'ils se réunissent tous chez lui, en lui promettant une explication valable à tout ce mystère.
C'est ainsi que les trois amis se retrouvèrent pour la première fois après la prise d'otage, décidés à raconter la vérité à leur parents au sujet de la prise d'otage. Ces derniers furent scandalisés d'apprendre l'enfer qu'ils avaient indirectement fait vivre à Leah et Brady et des derniers évènements qui avaient poussé ce dernier à craquer au point de les prendre en otage.
– Je croyais que je t'avais élevé mieux que ça, Jacob… gronda Billy, terriblement déçu par l'attitude de son fils.
– Je suis désolé… Je voulais tellement que tu sois fier de moi que j'ai préféré ne pas en parler…
– Et toi, Embry ? tonna la mère de ce dernier. Quelle est ton excuse pour avoir laissé ce jeune homme arriver à cette extrémité ?
– Tu sais parfaitement pourquoi je n'ai rien dit, maman, riposta Embry, l'air mauvais.
Tiffany Call dévisagea son fils, désarçonnée, et celui-ci poursuivit de manière à ce que tout le monde soit au courant de ses motivations.
– Sam est mon demi-frère. Ça ne me réjouit pas plus que ça de faire partie de sa famille, mais j'ai pas trop le choix… renifla-t-il cyniquement. Il le sait et il en a joué. Il a dit qu'il ferait une sale réputation à ma mère et j'ai rien dit jusqu'ici pour la protéger…
– Embry… Je ne t'ai jamais demandé de préserver ma réputation… se désola Tiffany.
– Je sais, mais tu es ma mère… Et je ne me voyais pas non plus dénoncer mon frère, aussi monstrueux soit-il, mais avec ce qui s'est passé, j'ai appris qu'il fallait assumer les conséquences de ses actes au lieu d'essayer de les ignorer.
– Je suis gay ! sanglota Quil, faisant tous les regards se tourner vers lui. Je n'ai rien dit parce que je ne voulais pas qu'on me fasse subir le même sort qu'à Brady… Je l'ai toujours admiré parce qu'il a assumé son erreur et qu'il n'a pas tenté de minimiser son geste en mettant ça sur le dos de l'alcool… J'en suis incapable…
– Tu viens de le faire, mon bébé… lui fit remarquer sa mère en le prenant dans ses bras.
Quil sanglota de plus belle en lui demandant pardon, et Jacob lui tapota l'épaule pour essayer de le réconforter.
– Vous… vous ne me détestez pas, les gars ? demanda soudain Quil en relevant la tête vers eux.
Embry et Jacob se regardèrent, conscients que leur ami craignait réellement leur réaction. Ils n'avaient pas été tendres avec Brady lorsqu'ils avaient découvert son homosexualité, mais ils n'avaient également rien à lui reprocher, même pas son orientation sexuelle.
– Ça ne change rien entre nous, Quil, le rassura Jacob.
– Absolument rien, acquiesça Embry.
Quil esquissa un faible sourire et se blottit de nouveau contre sa mère pendant que Tiffany Call et Billy Black demandaient des précisions à leurs fils sur ce qui s'était passé. Au bout d'un moment, Billy prit la parole, visiblement bouleversé par la version des faits des trois amis.
– Je crois qu'on devrait tous aller voir les Fuller et leur proposer notre aide pour les funérailles de Brady, déclara-t-il solennellement.
– Vous êtes sûr ? déglutit Tiffany. Après tout, ils doivent nous en vouloir pour ce qui s'est produit… Et je n'ose pas imaginer ce qu'ils doivent ressentir en ce moment.
– Perdre un enfant est la chose la plus atroce qu'il puisse arriver à un parent… murmura Joy, la mère de Quil.
– Mais savoir que sa mémoire ne sera pas honorée comme il se doit à cause de ses actes est encore pire… Nos fils ont décidé de rétablir l'honneur de Brady Fuller, le moins que l'on puisse faire est de commencer par ses parents.
– Tu as raison, confirma Jacob.
– Est-ce qu'on pourra aller voir Leah, ensuite ? demanda Embry, craintif. Je veux dire… Elle nous a quand même sauvé la vie… Du moins à Jacob…
– Oui, mon chéri, répondit Tiffany. Les Clearwater ont aussi besoin de notre soutien…
– Allons-y maintenant, comme ça on pourra rester un peu plus longtemps avec les Fuller ce soir… proposa Joy.
Les trois parents se mirent d'accord et se rendirent avec leurs enfants à l'hôpital, où ils furent chaleureusement reçus par Sue et Harry Clearwater. L'état de Leah ne s'était toujours pas amélioré, mais les médecins étaient plus optimistes à mesure que le temps passait. Chaque heure était synonyme d'espoir pour Leah, mais elle signifiait également une autre épreuve à venir pour la jeune femme.
Lorsque l'heure des visites fut passée, les quatre familles se rendirent chez les Fuller, comme convenu. Jacob angoissait à l'idée de rencontrer les parents de Brady et de leur raconter ce qui s'était passé. Il avait convenu avec Embry et Quil de passer sous silence l'épisode de la « punition » de Sam et de leur exposer les raisons pour lesquelles il avait blessé Leah.
Beth Fuller était prostrée sur son canapé devant un album photo de son fils, inconsolable. Depuis qu'on lui avait annoncé la mort de Brady, elle n'avait cessé d'entendre des horreurs à son sujet. Pour les parents d'élèves, il était un monstre. Pour la police, un déséquilibré. Un malade mental.
Autant de qualificatifs qu'elle n'aurait jamais associé à son fils.
Brady avait été un cadeau du ciel. Son petit miracle personnel, pour elle qui pensait ne jamais avoir d'enfant. Il était serviable, attentionné, promis à un brillant avenir d'avocat défendant la causes des homosexuels entre autres. L'orientation sexuelle du jeune homme n'avait en rien changé l'amour qu'elle éprouvait pour lui, bien au contraire. Elle l'avait toujours soutenu de son mieux, ne lui avait jamais crié dessus lorsque ses notes avaient commencé à baisser du fait des brimades qu'il subissait quotidiennement. Elle lui avait fait voir un psychologue qui avait estimé qu'il était « un adolescent qui manquait juste de confiance en lui, rien de très grave ».
Elle se demandait ce qui avait bien pu arriver à son petit garçon pour qu'il agisse de la sorte, et ne comprenait toujours pas comment il avait fait pour en arriver là.
Steeve Fuller, lui, s'activait hors de la maison pour ne pas devenir fou. Il revoyait sans arrêt les images de son fils se tirant une balle dans la tête et s'en voulait de ne pas avoir pu réagir plus tôt. Il n'avait pas su trouver les mots qu'il fallait pour réconforter Brady et ce regret le suivrait jusqu'à la fin de ses jours.
Alors qu'il nettoyait les graffitis que des jeunes intolérants avaient fait sur la porte de leur maison, il entendit un raclement de gorge derrière lui et eut la surprise de voir les anciens amis de Brady accompagnés de leurs familles, tenant tous une fleur blanche dans la main.
Sans un mot, Jacob s'avança vers lui et lui prit l'éponge des mains avant de s'atteler au nettoyage de la porte. À ce moment-là, Steeve Fuller comprit que son fils avait été pardonné.
