L'EVEIL – Chapitre 10
Chapitre 10 : « Aube d'un lendemain nouveau. »
|S'il te plait, Loufoca. S'il te plait, ne fait pas de moi un meurtrier.|
Hermione entra dans la chambre quand elle eut l'impression que le temps s'écoulait trop et que Drago devait avoir fini. Elle entendit les mots « Dors bien, Luna » sans savoir qu'ils signaient la fin d'un long discours de la part de Drago.
Celui-ci sentit sa présence et se retourna soudainement.
-Qu'est-ce que tu fais là ? chuchota-t-il sèchement.
Ses yeux étaient quasiment gris il détestait être aperçu comme sortant de l'image qu'il s'était forgée.
-Je pensais que tu avais fini… répondit la sorcière.
-Qu'est-ce qui ne va pas chez toi !
Il la fixa d'un regard lointain, comme s'il revenait petit à petit dans le monde réel. L'impression d'avoir été surpris tourmenta Drago dès qu'Hermione mit un pied dans la salle.
Il la prit par le bras, installa à nouveau le fil au sol et lui intima de prendre le chemin du retour. En un instant, ils étaient de retour à Poudlard. Le couloir dans lequel ils se trouvaient était désert et sombre, et Drago put parler à son aise :
-Je t'avais demandé de me laisser seul avec elle. C'est si difficile Granger ?
-Oui, ça l'est !
-Pourquoi donc ?
Drago croisa les bras en penchant la tête, tentant d'intimider Hermione, ce qui ne marchait plus depuis des années.
-Parce qu'elle est dans le coma !
-Et quoi, tu pensais que j'allais l'assassiner dans son sommeil ?
-J'en sais rien ! Tu es un Malefoy !
-Ça n'a rien à voir avec Luna.
-Ça a tout à voir !
La colère d'Hermione s'était faite discrète jusqu'à présent, mais désormais, la jeune femme l'exprimait clairement dans ses cris. Pourtant, il l'avait amenée avec lui à ce moment-là, elle agissait vraiment de façon ingrate.
Drago fronça les sourcils et lui fit signe de la main qu'il la priait de continuer. Qu'elle dise donc ce qu'elle avait sur le cœur.
-Tu… Tu es l'une des raisons pour lesquelles elle est là-bas, alors oui, j'ai des raisons de m'inquiéter !
Le cœur de Drago s'arrêta de battre une seconde. Ses yeux s'écarquillèrent, sa voix vacilla.
-Qu… Quoi ? parvint-il à dire.
-Tu veux vraiment que je l'exprime à voix haute ?
Devant son silence impatient, elle chuchota :
-Tu étais un Mangemort, Malefoy ! C'est la guerre qui l'a envoyée là-bas, c'est en partie de ta faute si…
Drago respira un grand coup, puis sentit la haine monter en lui pour s'exprimer contre l'injustice. Elle le blâmait pour toutes les actions de Voldemort sans le dissocier, sans penser à ce qu'il avait tenté de faire pour y échapper. Elle n'avait aucune preuve contre lui bien qu'elle n'avait pas tort, mais elle ignorait ce dernier point !
-C'est… c'est incroyablement injuste, ce que tu dis. Très, très injuste. Ne me rend pas responsable de tous les actes des Partisans de Voldemort. Comment peux-tu m'accuser ? Tu ne sais pas ce que j'ai vécu ! TU NE SAIS RIEN !
Il appuya ses dires avec un doigt accusateur pointé sur Hermione, alors que son cœur battait plus vite que jamais après l'arrêt momentané qu'avait provoqué la peur. Hermione recula d'un pas et s'appuya sur le mur du château, contre la pierre froide. Drago l'effrayait mais elle se reprit très vite, parlant plus calmement, plus intelligemment :
-Et toi, tu le sais ? Tu sais tout ce que j'ai dû faire pour tout arrêter, pour qu'on puisse gagner ? Tu sais ce que j'ai traversé, loin de tout, avec Harry et Ron ?
-Oh, ne me parle pas d'eux. Vous n'êtes pas les seuls héros de la guerre. Vous n'êtes pas ceux qui ont tout arrêté. C'était une guerre, Granger. Une guerre. Personne ne gagne jamais.
-J'ai été si idiote…
-Oui, mais pour quelle raison exactement ? Parce que y'en a plusieurs…
-J'ai cru que j'avais besoin de changer mes habitudes, mes fréquentations, pour que ça change quelque chose dans ma vie. J'avais tellement tort…
Elle parlait pour elle-même désormais, plus que pour Drago. Il l'écoutait sans bouger jusqu'à ce qu'elle relève les yeux. Son regard affronta sans gêne celui de Drago et elle fit une grimace. Ses yeux bruns eurent une lueur qui changea la donne, comme si Hermione venait de brusquement réaliser qui elle avait devant elle.
-J'ai même cru que tu étais capable de compassion, aujourd'hui.
-Pardon ?
-Tu ne m'as pas amené parce que tu avais quelqu'un à voir. Ou parce que tu comprenais ce que je pouvais vivre, loin de la personne malade à qui je voulais rendre visite. C'était un des tes tours. Encore.
-Qu'est-ce que tu racont…
-Tu n'avais personne à voir. Tu attendais simplement que j'aille voir Luna, pour ensuite y aller et me torturer un peu plus. C'était bien pensé. C'était carrément intelligent.
Drago s'étonnait un peu plus à chaque seconde. Il eut un rire amer et secoua la tête.
-Je retire ce que j'ai dit, Granger. Tu n'es pas idiote. Tu es tarée.
-Avoue-le, Malefoy. Car j'avoue que tu as gagné. Tu m'as bien eue. Ça m'a fait mal de te voir en face d'une victime de guerre, quand je savais que tu avais été l'un des attaquants. Ça m'a rendue inquiète, curieuse, frustrée autant de sentiments que je hais.
Drago ne savait plus quoi dire. Il restait bouche-bée devant les mots d'Hermione. Comment avait-elle trouvé tout cela en si peu de temps ?
Comme il ne répondait pas, Hermione secoua la tête. A la fois incroyablement vexée, impressionnée, trahie, haineuse, elle ne savait plus quoi faire face à Drago. Pendant presque une heure elle avait réellement cru qu'il n'était plus Malefoy, qu'il était simplement Drago.
Et comme souvent ces derniers temps, elle avait tort.
Elle respira un grand coup, et, serrant les lèvres, elle lui tourna le dos. Ses pas résonnèrent dans le couloir, elle commença à s'éloigner, plus vite qu'elle n'aurait voulu faire paraître.
Une main la retint par le bras. La tenant avec une force dissimulée mais bien réelle, Drago s'approcha très près, collant presque le dos d'Hermione à sa poitrine. Tétanisée et surprise, Hermione n'eut pas le réflexe de se dégager. Elle sentit le souffle de Drago contre la base de son cou, puis elle devina son visage qui s'approchait du sien. Les lèvres du jeune homme, froides et amères, chuchotèrent lentement quelques mots à l'oreille d'Hermione.
-Au plaisir d'attendre ta revanche.
La main de Drago lâcha prise, et ce fut la seule partie de son corps qui bougea quand il le fit. Immobile, il la regarda partir en courant presque.
L'herbe lui sembla froide quand Hermione s'y laissa tomber. Elle s'adossa à la pierre du château et replia ses genoux contre la poitrine. Elle en avait marre de toujours se battre. Ça ne s'arrêtait jamais, il y avait toujours de nouvelles batailles.
« Si encore ce sont des batailles légitimes qui méritent de se battre pour elles, mais non. Ce sont les plus inutiles des combats. Comment ? Comment je fais pour ne jamais les voir venir ? »
Chaque fois qu'elle pensait que quelque chose allait mieux, un nouvel obstacle se présentait à elle. Certes, c'était ça, être sorcière. Les épreuves, les difficultés, aussi connues sous le nom de « vie », ne prenaient jamais de pause.
« Je voudrais juste savoir choisir mes batailles. »
Hermione enserra ses bras autour de ses jambes et laissa son front aller contre le haut de ses genoux. Envolé était le courage de la Gryffondor, disparue, la force de la jeune fille. Il ne restait qu'elle.
Hermione Granger.
Humaine.
(copyright)
