Chapitre 11 : Shell cottage
Ron et Ginny furent outragés au nom de Harry. Ils protestèrent même après avoir découvert qu'ils prendraient un avion avec les Grangers pour aller aux Etats-Unis, où les parents de Hermione étaient attendus pour une conférence de dentiste à Boston, et d'où ils les emmèneraient visiter la communauté sorcière de Salem. Dumbledore produisit rapidement des passeports pour Ron et Ginny, les identifiant comme Ronald et Ginevra Granger et Mr et Mrs Weasley apportèrent des vêtements de rechange. A l'heure du dîner, tout était emballé et ils étaient prêts à partir.
« Je déteste vraiment te laisser, Harry » dit Ron en avalant une bouchée de poulet. « Tu es sûr que ça va aller avec le bâtard graisseux ? »
« Ronald ! » s'exclama Hermione. « Tu n'aides pas du tout. »
Harry arrêta de faire semblant de manger sa purée de pois et posa sa fourchette. Ils avaient passé la plupart de leur temps dans leur chambre et il acceptait petit à petit le fait (fortement approuvé par Hermione) qu'il était important pour lui d'apprendre l'Occlumencie et que les trois semaines allaient vite passer. Le voyage à Boston l'intriguait mais, franchement, il n'avait pas réellement envie de passer huit heures dans un avion même, s'il aurait été amusant de voir Ron lutter contre la technologie moldue. Les sièges d'avion ne pourraient pas être agrandis par magie pour accueillir sa grande silhouette maigre. Il se demanda si Ron allait réclamer du jus de citrouille ou de la bierreaubeurre pendant la traversée.
« Ça va aller », dit-il. « Arrête de t'inquiéter pour moi. »
Ginny lui lança un regard de doute mais Ron sembla apaisé. Ils finissaient juste le pudding quand Nimphadora Tonks arriva pour les escorter à Pré-au-lard, d'où ils partiraient par cheminette à Londres pour retrouver les Granger.
« Jolie tenue, Tonks ! » s'exclama Ginny. Ron et Ginny restèrent bouche-bée et Hermione paraissait un peu scandalisée.
« Une fois que je vous aurait laché, j'ai une mission d'infiltration dans un club moldu. » expliqua Tonks, tirant sur sa jupe mauve dans l'espoir de recouvrir le haut de ses cuissardes noires.
Harry les accompagna jusqu'aux escaliers en pierre du hall d'entrée. Hermione et Tonks l'enlacèrent, Ginny le tint fermement contre elle et même Ron l'étreignit brièvement.
« On se voit le 1er Septembre, » dit Harry.
« C'est vrai … allez, on bouge, »clama Tonks. Elle fit un clin d'œil à Harry et guida le petit groupe sur la pelouse, vers les barrières. Il regarda Hermione essayer de s'insérer entre Ron et Tonks, mais Ron ne laissa pas échapper sa position aussi facilement. Harry soupira puis se retourna brusquement vers le château, fâché contre lui-même de se sentir si contrarié, fâché de laisser l'injustice le toucher à nouveau. Il commença à avancer, puisqu'il avait toujours rendez-vous dans une aile de l'hôpital après le dîner. Ses jambes étaient stables sur les surfaces planes mais il avait encore un peu de mal avec les escaliers, et sa progression était lente. Il arriva en même temps que Snape qui venait de la direction opposée. Snape reconnu sa présence par un raide « Mr Potter » et il lui tint la porte avec un air indifférent pendant qu'il boitait à l'intérieur
Mme Pomfresh le fit passer par une série d'exercice pour ses jambes et son bras. Certains devaient accroître sa force et les autres amélioraient lentement sa dextérité. Heureusement, aucun d'entre eux n'exigeait que le professeur Snape bouge ou manipule ses jambes pour lui. Elle passa en revue ses différentes potions avec les deux hommes. Personne ne pouvait accuser Snape d'être amical mais au moins il n'était pas sarcastique. Si Harry devait choisir un mot pour décrire son comportement durant cette séance avec Mme Pomfresh, il aurait dit « professionnel ». Il avait aussi considéré « raide » peut-être et « gêné ». Quand Mme Pomfresh fut sûre que Harry et Snape avait compris ce que la guérison physique complète de Harry exigeait (potions, exercices, air frais et beaucoup de sommeil), elle renvoya Harry et se dépêcha de répondre à un appel du professeur Dumbledore.
Snape collecta les différentes potions et onguents qu'elle lui avait donné, les plaçant dans une mallette de transport qui ressemblait, aux yeux de Harry, à une trousse médical du 19ème siècle. « Vous devriez y aller, Mr Potter. Soyez dans le hall à 8h30. » dit Snape sans le regarder il arrangeait et bouchait fioles et bouteilles. Harry hocha la tête et se leva, prêt à partir. « Prenez vos devoirs d'été. » Harry hocha la tête encore une fois. Snape reprit son étude du contenu de sa sacoche et Harry se retourna vers la porte. Ses jambes étaient douloureuses après les exercices et il espéra qu'il pourrait atteindre sa chambre avant de s'effondrer. Il manqua presque le commentaire que fit Snape quand il sortit. « Et apportez votre maillot de bain. Nous serons près de l'océan. »
Douze heures après, Harry se tenait à côté du Professeur Snape, fixant l'océan à partir d'un bosquet de haies broussailleuses, au-dessus de la côte. Il venait juste de subir sa première expérience de transplanage – transplanage d'escorte selon le directeur, qui leur dit au revoir après avoir changé d'un air ravi un boxer de Harry en maillot de bain. Il l'avait changé en bleu plutôt fade et – Harry en était sûr- il était sur le point d'ajouter quelques détails voyants, comme des arc-en-ciel bariolés, des manches à balais ou des étoiles dorées mais Snape l'avait saisi et fourré dans la malle de Harry. Celui-ci fut incroyablement soulagé d'avoir empaqueté des boxers dans sa malle. Au niveau des barrières, Snape lui donna l'ordre de tenir son bras et un moment après, ils avaient transplané. La sensation était tout à fait désagréable, c'était comme être forcé de traverser un tube et être avalé par un boa constrictor en même temps. Il se sentait à bout de souffle mais au moins il tenait sur ses pieds et n'était pas couvert de suie. Pour l'instant, le seul transport magique qui ne lui donnait pas de nausée était le balai. Mais où étaient-ils ?
Cependant Snape ne fixait pas l'océan comme Harry. Il tira un morceau de parchemin de la poche de sa cape et le déplia. Il le tendit à Harry, qui lut rapidement l'écriture en patte de mouche d'Albus Dumbledore.
« Shell Cottage est situé sur la côte est de l'Angleterre, 22 Cairn Way, Yorkshire. »
Instantanément, la clairière disparut et un cottage apparut à sa place. Alors que le 12 Square Grimmauld avait percé entre le numéro 11 et 12, ce cottage semblait gonfler du sol comme un champignon géant, déplaçant les haies, les répartissant de chaque côté. Il était petit et soigné, strictement construit contre les vents et les pluies côtières, et entouré d'arbres protecteurs. Une magnifique véranda dominait l'océan, placée sur un des côté de la maison. Harry fit un pas involontaire en avant, comme attiré par la maison elle-même.
Un faible rire le fit tressaillir.
« Il a cet effet sur les gens, n'est-ce pas ? » marmonna Snape. « Saleté de cottage accueillant – il est comme un feu pendant une nuit glacée. » Il secoua sa robe de voyage et se dirigea d'un air déterminé vers la barrière du jardin. Il s'arrêta pour l'ouvrir puis se retourna vers Harry et le fixa avec un regard qui, s'il n'était pas hostile, n'était pas aussi accueillant que le cottage. « Venez. » Harry jeta un dernier regard aux alentours puis suivit son professeur. A la porte, Snape sortit un jeu de clés sur un simple anneau. Les clés étaient de différentes formes et tailles et Snape en choisit rapidement une qu'il inséra dans ce qu'il semblait être une serrure tout à fait normale au centre de la porte. Après l'avoir tournée, il enleva la clé, la rangea, en sélectionna une autre qu'il inséra et donna un seul tour. Cette démarche se poursuivie avec au moins cinq clés de plus avant qu'il ne murmure « Alohomara » et la porte s'ouvrit. Harry ne put s'empêcher de se demander si les clés étaient une ruse complexe et si la porte ne pouvait pas s'ouvrir avec un simple sortilège de déverrouillage.
Une fois à l'intérieur, Snape enleva sa cape et l'accrocha à un crochet de l'entrée. Harry fit de même avec sa veste, puis examina l'intérieur du cottage. Le hall d'entrée s'ouvrait sur un large salon avec une cheminée travaillée, incrustée de coquillages. Une porte ouverte du salon laissait voir une cuisine spacieuse. Des escaliers menaient à une autre partie de la maison. Bien que l'extérieur soit franchement accueillant, l'intérieur pouvait seulement être défini comme intime – beaucoup de meubles abimés et confortables, la décoration marquée par l'influence de la mer. Snape guida Harry vers un canapé du salon par un mouvement de main et s'assit sur un fauteuil bleu cossu directement face à lui. Il regarda fixement Harry pendant un petit moment. Cette inspection commença à perturber Harry – Snape agissait décidemment de manière très peu snapienne. Il ne souriait pas avec mépris, non pas qu'il souriait. Il ne l'appelait pas « Potter » mais il ne l'appelait pas « Harry » non plus. En fait, il semblait qu'il arrivait d'une manière ou d'une autre à se couper de toutes ses émotions, manipulant Harry d'une manière presque clinique, une prouesse qui – comme la nuit précédente à l'infirmerie –aidait Harry à se mettre à l'aise.
Harry sursauta quand Snape se mit à parler. La voix de Snape était calme mais chaque mot était sévèrement prononcé.
« Je suis ici aujourd'hui avec vous car le directeur me l'a demandé. J'honore cette requête comme pour l'engagement que j'ai pris il y a 15 ans … avec votre mère. »
« Ma mère ? Pourquoi est-ce que ma mère … » Harry avait essayé, il avait vraiment essayé. Il savait qu'interrompre Snape n'allait l'amener à rien avec lui mais c'était sa mère … sa mère …
Les mots moururent sur ses lèvres quand il devint le destinataire d'un regard très snapien.
« Ne m'interrompez plus » Harry se dit que Snape devait essayer très fort de ne pas lui lancer de sortilège. Il jeta un regard à la main qui tenait sa baguette et fut sûr de l'avoir vu trembler un peu.
« Votre mère … » Snape s'arrêta là et tourna la tête pour regarder le jardin par la fenêtre. Après un moment de réflexion, il se tourna en face de Harry, continuant sa phrase avec la même voix calme qu'avant, peut-être un peu moins tranchante. « Votre mère était mon … amie. » Harry nota que parler de Lily semblait être douloureux pour lui et il garda sagement sa bouche fermée. Il aurait fait presque n'importe quoi pour entendre parler de sa mère, même de la part de Snape, même quand les mots qui sortaient de sa bouche n'avaient pas de sens pour lui. Comment avaient-ils pu être amis ? Vous étiez à Serpentard !
Mais Snape le regardait attentivement. "Vous êtes comme un livre ouvert, Mr Potter. Oui, nous étions dans des maisons différentes. Oui, j'étais à Serpentard et elle à Griffondor. Mais nous nous sommes rencontré enfants – nous avons grandis dans le même quartier. » Harry sut que son visage avait trahi sa surprise d'entendre que sa mère et que Snape étaient des amis d'enfance. « Et c'est tout ce dont vous avez besoin d'entendre pour l'instant. Cela est suffisant de dire que j'ai fait une promesse et que j'ai l'intention de la respecter. Je ne pensais pas que j'aurais à agir si … si … ouvertement pour l'honorer. »
Harry regarda Snape se lever et s'approcher d'étagères basses qui couvraient un mur. Il examina une rangée très brièvement avant de retirer un ancien manuscrit relié en cuir. Il souffla sur la poussière du livre et le tendit à Harry.
« Choisissez une des petites chambres en-haut – elles donnent toutes les deux sur l'océan. J'apporterais votre malle et je l'agrandirais, vous aurez une heure pour ranger vos affaires et explorer la maison et les environs. Restez, pour l'instant, loin de la côte – elle est complètement recouverte de rocher et la mer est ici assez imprévisible. A 10 heures, soyez dans la véranda. Je vous fais confiance pour la trouver durant votre exploration. Et apportez le livre. »
Harry hocha la tête, mais son attention était dirigée sur le livre dans ses mains. Le titre était assez propice – Esprit Magique. Non, ce qui causait sa surprise était son auteur … Gellert Grindelwald. Il ne savait pas quelle question poser en premier – pourquoi il lui avait donné un livre écrit par le premier Mage Noir ou comment Snape savait qu'il était ici. Il avala sa salive.
« Monsieur ? Est-ce que vous êtes déjà venu ici avant ? »
Les yeux noirs et brillants de Snape le transpercèrent. « Vous avez dans les mains un livre écrit par Gellert Grindewald et votre première question est si je suis déjà venu ici ? »
« Je pensais que j'aurais seulement droit à une seule question, monsieur. »répondit Harry.
Snape le fixa pendant un moment. Le coin de sa bouche tressauta.
« Oui, Mr Potter. Je suis déjà venu ici avant. En fait, vous tenez mon livre, le livre que le directeur m'a donné quand il m'a emmené ici pour apprendre l'occlumencie peu après … » Il hésita. « Peu après que ayez reçu … cette cicatrice. »
