En entrant dans le mausolée, Robin fut assailli par un sentiment de déjà-vu. Il se revit à l'âge de dix ans, tremblant de peur, à la recherche du jeune homme captif et de ses bourreaux. Ceux-ci avaient disparu et l'enfant ignorait par où ils étaient sortis. Le garçon avait alors examiné les lieux, mais n'avait rien trouvé. Maintenant, il observait les mêmes murs, les mêmes pierres, sans plus de résultats. L'endroit n'avait pas vraiment changé. La seule différence résidait dans l'accumulation de détails qui prouvaient que personne n'avait pénétré dans ce bâtiment depuis de nombreuses années : les toiles d'araignées s'étaient multipliées et de la poussière recouvrait les sols. Il ne subsistait aucune trace du passage du Héros du Temps.
Des idées commencèrent à fuser. Si ce mausolée ne servait plus, cela voulait-il dire que Link était mort ? Pourtant, Robin n'en croyait rien. Dans son cauchemar récurrent, ce dernier était bien vivant. Il avait toujours pensé que c'était ses souvenirs qui le travaillaient. Mais, depuis cette nuit, sa vision des choses n'était plus la même. Le captif avait beaucoup de blessures et son visage reflétait les mauvais traitements subis. Ses yeux montraient une grande détresse. Le jeune homme ne pouvait oublier cette image. De plus, c'était la première fois que le prisonnier s'adressait directement à lui. Tous ces détails prouvaient que son rêve n'était pas un rappel des événements, puisqu'ils ne s'étaient pas déroulés de cette manière. Quelqu'un cherchait à lui faire passer un message. Qui ? Pourquoi seulement maintenant ? Et surtout, pourquoi ressentait-il un tel sentiment d'urgence, comme si la vie du Héros du Temps était en danger ?
Robin s'approcha du mur du fond et posa les paumes de ses mains sur les pierres. Elles étaient froides. Bien sûr durant toutes ces années, il s'était beaucoup interrogé et avait déduit de ses réflexions qu'il devait y avoir un mécanisme d'ouverture, mais celui-ci n'avait sans doute plus été utilisé. Le découvrir relèverait donc de la chance. Il se retourna soudain et observa la fille qui l'accompagnait. Elle l'avait d'abord suivi sans rien dire, puis s'était mise à examiner le sol. Elle avait encore en tête les explications de celui qui habitait l'ancienne demeure de ses parents. Un espoir qui n'avait jamais cessé d'exister au plus profond de son cœur s'était réveillé.
Dès qu'elle avait été en âge de comprendre, Impa lui avait raconté la triste histoire de son père. La Sheika lui avait parlé de son implication dans la première tentative de prise de pouvoir du roi des Gerudos. Selon elle, Link avait permis d'éviter beaucoup de malheurs au peuple d'Hyrule. Cependant, Ganondorf avait juré de se venger de lui. Pour cela, il avait patienté dix ans. Une période pendant laquelle le tyran avait monté un plan d'une précision et d'une efficacité totale. Il avait réussi à s'emparer de son ennemi qui avait été exécuté en place publique, devant les habitants de la citadelle et ses amis.
Après cette révélation, Line avait commencé à poser des questions et à réclamer des récits à tous ceux qui avaient connu le Héros du Temps. Elle entendit énormément d'anecdotes relatant ses nombreux exploits, mais ne put rien apprendre de plus sur son décès. Impa avait donné des instructions pour lui épargner les détails sur la nuit fatidique durant laquelle son père avait perdu la vie. Cependant, la jeune fille avait conservé un espoir, se disant qu'un homme capable de telles prouesses ne pouvait pas mourir aussi facilement. Et aujourd'hui, elle partageait cette idée avec quelqu'un.
Pourtant, ce sentiment n'était pas le seul à s'être manifesté. Selon ce qu'elle avait compris, Link était retenu depuis de longues années. Qu'avait-il subi pendant cette période ? Quelles étaient ses conditions de détention ? Elle s'inquiétait beaucoup pour lui, mais était persuadée qu'il était encore de ce monde. L'énorme mise en scène autour de l'exécution du captif n'aurait eu aucun sens si le roi des Gerudos avait voulu le voir disparaitre. Il s'agissait probablement d'une manière de briser sa résistance, une façon de le rendre plus docile.
Elle releva la tête et s'aperçut que Robin l'observait. Line le rejoignit.
« Tu as trouvé quelque chose ?
— Non, rien. C'est comme si rien ne s'était passé ici ! Il ne subsiste aucune trace !
— C'est normal après toutes ces années !
— Même à l'époque, je n'avais rien remarqué.
— Tu étais très jeune et effrayé…
— Ça ne m'excuse en rien. Si j'avais parlé plus tôt…
— Tu aurais surtout pu perdre la vie en te confiant à une mauvaise personne ! Attends ! »
Line venait de remarquer un détail sur le mur. La pénombre qui régnait dans la pièce l'avait empêché de s'en apercevoir plus tôt, mais, en s'approchant, elle avait observé une petite différence, à peine visible. Cependant, le doute était encore présent.
« Je ne vois pas bien, il fait trop sombre !
— Je peux régler ce problème ! »
Robin déposa son sac sur le sol et en sortit la lampe à pétrole qu'il avait emportée, puis l'alluma. La jeune fille s'en empara et l'approcha du mur.
« Regarde, les pierres sont différentes à cet endroit. Elles semblent plus récentes que les autres.
— Tu as raison, elles sont vieilles, mais moins abîmées. Tu penses que…
— Il suffit d'essayer ! Aide-moi à pousser ! »
Ensemble, ils posèrent leurs mains sur la paroi et utilisèrent leur force commune. La cloison se mit à bouger. Robin et Line se regardèrent un instant avant de redoubler d'efforts. Devant eux apparut alors un escalier qui s'enfonçait dans les entrailles de la terre. Ils s'avancèrent prudemment. Robin ouvrait le chemin, la lampe levée. Line suivait en tenant son arme, prête à se battre en cas de mauvaise rencontre. Tous deux descendirent les nombreuses marches.
Celles-ci les amenèrent dans un long souterrain. Ils le parcoururent silencieusement et ne virent personne. Au bout d'un moment, Robin baissa sa torche et montra une lumière au bout du couloir.
« Nous devons être prudents. »
Il souffla sur la flamme pour l'éteindre et fit signe à Line de rester silencieuse, puis ils s'avancèrent vers la source de lumière. Le passage débouchait sur une porte fermée. Celle-ci comportait un trou avec quelques barreaux qui permit à Robin de jeter un œil à ce qui se situait de l'autre côté. Il observa une pièce au milieu de laquelle se trouvait une table avec deux chaises. L'une d'entre elles était occupée par un garde de forte carrure. Robin eut un geste de recul en l'apercevant. La jeune fille le regarda et se mit à chuchoter :
« Qu'as-tu vu ?
— Cet homme ! Il… Il…. »
Il ne put continuer, des images d'une nuit lointaine se bousculaient dans sa tête. Line s'approcha et risqua un regard.
« Il ressemble à un des deux hommes dont tu m'as parlé…
— C'est l'un d'eux, répondit-il en reprenant ses esprits.
— Mon père pourrait…
— … bien être enfermé ici ! »
Robin respira un grand coup et se rapprocha de la porte afin d'avoir une idée plus précise sur la configuration des lieux. Sur la droite, il vit deux cellules. L'une d'elles, la plus éloignée, était vide. Dans l'autre, une forme humaine était allongée sur une banquette et lui tournait le dos. Il crut reconnaitre la captive aux cheveux roux.
« Quelqu'un est retenu prisonnier !
— C'est lui ?
— Non, c'est une femme !
— Celle que tu as vue ?
— C'est possible. »
Des bruits de pas se firent entendre et Robin se plaça de façon à pouvoir observer sans être remarqué. Un garde s'avança en portant un homme qui semblait être blessé. Celui-ci avait des cheveux blonds assez longs qui retombaient sur ses épaules. Ses vêtements, une sorte de tenue d'entrainement, comportaient une tache de sang très étendue au niveau du côté gauche. Son corps était secoué de tremblements, probablement causés par la douleur.
Robin reconnut immédiatement le prisonnier qu'il avait vu, le Héros du Temps, celui qui était représenté sur la peinture de sa chambre. Les nombreuses années d'enfermement étaient sans aucun doute responsables de son teint maladif. Cependant, il n'y avait aucun doute sur son identité : ses yeux bleus étaient inoubliables.
Dans un grognement, le soldat interpella son collègue qui était assis. Celui-ci se leva pour venir l'aider. Ils transportèrent leur fardeau sur la table. Cette activité avait réveillé la dormeuse qui s'était avancée et regardait à travers les barreaux. Elle aperçut la tache de sang sur les vêtements de celui qui était allongé et se mit à crier :
« Pourquoi est-il blessé ? Je croyais que ce n'était qu'un entrainement ! »
La voix qui répondit à la question n'était pas inconnue à Robin. Il l'avait déjà entendue.
« Tu t'inquiètes un peu trop pour lui, Nabooru ! Je te rappelle qu'il est l'ennemi de notre peuple !
— Le seul que nous autres Gerudos devons craindre, c'est toi, Ganondorf !
— Il est responsable de notre exil et le paye !
— Laisse-le tranquille ! Le châtiment est suffisant !
— Non, il cessera quand je le déciderai et pas avant. Sa fin sera mémorable, c'est moi qui te le dis ! »
Le nouveau venu s'avança et Robin put l'observer. Il avait des cheveux roux et portait une armure surmontée d'une cape rouge. Ses yeux montraient une grande cruauté. Il s'approcha de la table où le blessé était allongé.
« Je viens d'apprendre qu'il a reçu un coup de poignard. Est-ce grave ? »
Le signe de tête du garde n'échappa pas à l'observateur silencieux, placé derrière la porte. Ainsi, la vie du Héros du Temps était vraiment en danger…
« Le médecin ne devrait pas tarder ! En attendant, immobilisez-le ! »
Les gardes s'emparèrent des bras du captif qui ouvrit les yeux et commença à se débattre mollement. Il manquait visiblement de force.
« Reste tranquille, tu vas aggraver ta blessure ! »
Le prisonnier se retrouva rapidement les poignets attachés au dessus de sa tête. Ses chevilles furent liées par une corde. La femme réagit aussitôt.
« Pourquoi le faire souffrir encore ? Tu vois bien qu'il n'est pas en état de tenter de s'échapper !
— Je préfère ne prendre aucun risque avec lui. Tu connais sa réputation. Bien que, si tu veux mon avis, ce surnom de "Héros" ne lui va pas du tout. Il n'a plus aucune combativité. »
À ce moment-là, une autre personne entra, s'approcha du captif et examina sa blessure. Ce dernier se contorsionna en poussant des gémissements.
« Alors, docteur ?
— Cette plaie est profonde, mais aucun organe vital ne semble avoir été touché. »
Le visage du chef s'empourpra. Cette blessure inattendue mettait en péril la cérémonie qu'il avait organisé pour les dix-huit ans du fils de son captif, cet enfant qu'il avait élevé dans le but d'exercer sa vengeance.
« Soigne-le ! Je désire qu'il soit sur pied dans une semaine. Tu sais ce que j'ai prévu pour lui. Il doit avoir suffisamment de forces pour résister. Je ne voudrais pas que les festivités soient écourtées à cause de sa mort trop rapide.
— Je vais devoir recoudre ! Il aura besoin de prendre un repas consistant, ainsi que de chaleur.
— Je donnerai des ordres en ce sens. »
Nabooru observait le médecin ainsi que le chef de son clan à tour de rôle. Pourquoi Link devait-il être en forme ? Qu'avait préparé son ennemi ? Probablement une seconde exécution qui serait cette fois définitive… Ganondorf donna quelques instructions, puis sortit, suivi par les deux gardes. Le docteur resta auprès du blessé qui tirait sur ses cordes, mais chaque geste ne lui apportait qu'une nouvelle douleur. Au bout de plusieurs minutes, il cessa de résister.
Robin ouvrit doucement la porte et Line se glissa à l'intérieur après avoir dégainé son épée. Elle se faufila derrière le patricien et lui appliqua sa lame sur la gorge.
« Ne crie surtout pas ! »
Robin l'avait laissé faire sans rien dire. Le médecin leva les bras et parla d'une voix posée.
« Si vous êtes venus pour lui, je vous conseillerai de me laisser au moins fermer sa blessure, il a déjà perdu beaucoup de sang ! »
Line retira alors son épée et le médecin s'occupa de nettoyer la plaie et de la recoudre. Le Héros du Temps, quant à lui, avait ouvert les yeux et aperçut sa fille, sans deviner qu'il s'agissait d'elle. Ses lèvres bougèrent un instant pour prononcer un prénom : celui de Malon ! Il le répéta à plusieurs reprises avant de perdre conscience à cause de la douleur engendrée par les gestes du docteur.
« Que lui avez-vous fait ? Il a perdu connaissance.
— Je vérifiais qu'aucun organe n'était touché. Vous souhaitez bien le transporter, non ?
— Comment le savez-vous ?
— Pourquoi seriez-vous ici, sinon ? Voilà, ces points devront tenir pendant le voyage. Cependant, faites attention de ne pas aggraver son état ! »
Line se tourna vers Robin qui s'était avancé.
« Ne vous en faites pas. Il se sentira bien mieux dès que nous aurons franchi la porte.
— Vous n'irez pas loin !
— C'est ce que nous verrons !
— Je peux vous être utile ! »
Cette phrase venait d'être prononcée par la femme qui jusque-là n'avait rien dit. Elle s'était accrochée aux barreaux et regardait Robin et Line. Cette dernière lui répondit :
« Nous être utile ? Ne fais-tu pas partie de ces guerrières qui oppriment mon peuple, en les forçant à travailler jusqu'à l'épuisement ? Comment pourrais-tu nous aider ?
— Je suis effectivement une Gerudo, mais n'oubliez pas une chose : nous vivons l'un près de l'autre depuis presque dix-huit ans, ça crée des liens ! Comment croyez-vous qu'il réagira en se réveillant ?
— Nous sommes capables de l'entourer et de lui apporter tout le soutien nécessaire !
— Il n'est plus l'homme que vous avez connu… Un long emprisonnement, ça laisse des traces, surtout dans ces conditions. Il risque de ne plus reconnaitre personne.
— Avec moi, ce sera différent ! Je suis…
— Sa fille ?
— Comment le savez-vous ?
— Vos yeux ! Ils ont identiques aux siens. On peut y lire la même volonté. La dernière fois qu'il vous a vue, vous veniez à peine de naître. Le choc sera très dur pour lui !
— Vous pensez être la personne la mieux placée pour l'épauler ?
— Non, mais je peux l'apaiser… Il a eu des moments très difficiles, ici… »
Robin prit Line par le bras et l'emmena un peu plus loin.
« Nous aurons besoin d'aide ! Je te rappelle que nous étions poursuivis et que ton père est inconscient. Nous ne pourrons pas…
— Tu n'envisages tout de même pas de le laisser ici ?
— Bien sûr que non, mais il faut que l'un de nous le porte, nous ne serons pas trop de trois pour nous défendre contre les guerrières qui nous attendent dehors.
— Et si elle nous trahit ?
— C'est un risque à prendre ! »
Robin s'approcha de la femme.
« Où se trouve la clé ?
— Elle est accrochée près de la porte là-bas, répondit-elle en montrant l'entrée par laquelle Ganondorf et les gardes étaient sortis. Si j'étais vous, je la bloquerais, les gardes ne devraient pas tarder à revenir ! »
Line posa une chaise devant la porte pour bloquer l'accès à la pièce. Cela devrait leur accorder quelques minutes de plus s'ils étaient découverts. Puis, elle s'empara des clés, ouvrit la cellule et laissa sortir la Gerudo. Puis, se tournant vers le médecin qui venait de terminer les soins :
« Vous, vous entrez là-dedans et vous vous tenez tranquille. »
Le médecin s'exécuta. Il ne voulait pas recevoir de coups. Cet homme de cinquante ans n'avait jamais été très courageux. Ses cheveux bruns étaient coupés court et commençaient à grisonner. Il portait une tenue de soldat, celle des guerrières de Ganondorf. Ce dernier lui avait donné le choix entre se mettre au service du nouveau roi ou finir ses jours en cellule. La peur l'avait aidé à prendre la décision qui lui causerait le moins de tort. Se faire enfermer par les individus qui venaient sauver le Héros du Temps l'arrangeait.
Robin s'était approché de Link qui était toujours inconscient et le détacha. En le regardant d'un peu plus près, il put voir l'extrême pâleur de son visage. Le jeune homme était vêtu d'une tunique beige qui dévoilait ses épaules et son dos. À ces endroits, sa peau était marquée de traces de coups qui attestaient des mauvais traitements subis. Ces années avaient dû être terribles à vivre.
« Il ne s'est pas laissé faire, commença Nabooru qui l'avait rejoint avec Line.
— Je m'en doute !
— Nous ne devrions pas rester ici. Les gardes peuvent revenir.
— Par où avez-vous prévu de vous échapper ? »
Devant la question de la Gerudo, Line et Robin se regardèrent. Ils n'avaient aucun plan.
« Vous avez entamé cette expédition sans avoir de plan ? »
Les deux aventuriers se turent. En effet, à présent, ils se rendaient compte de leur erreur.
« Par où êtes-vous venus ?
— Par la forêt, nous sommes passés par-dessus le mur !
— Et vous pensiez prendre le même chemin pour repartir avec un homme inconscient ?
— Nous n'étions pas sûrs de le retrouver. Nous ne savions pas qu'il serait incapable de marcher !
— Un sauvetage, ça se prépare !
— Nous verrons à ce moment-là, le plus urgent est de le sortir d'ici ! »
Robin passa ses bras sous le dos et les jambes de Link et le souleva. Ce dernier était relativement léger pour sa carrure. Encore une preuve qu'il n'avait pas été traité avec beaucoup de pitié. Aussitôt, la main sur son arc, Line s'adressa Nabooru.
« Va devant ! Je garde un œil sur toi. Essaye de nous trahir et tu goûteras à mes flèches !
— Ne t'inquiète pas, je ne tiens pas à être présente quand Ganondorf découvrira la fuite de son prisonnier. Il n'épargnera personne. »
Elle avait dit ces mots en regardant le médecin qui avait soudain pâli. Il venait de se rendre compte des conséquences de cette évasion pour lui. Le petit groupe se dirigea vers la porte par laquelle Robin et Line étaient arrivés. La seconde entrée était bloquée par la chaise. De plus, passer par cette ouverture représentait un risque certain, vu que les gardes pouvaient revenir d'un moment à l'autre et qu'aucun d'eux ne connaissait cet endroit. Ils s'engagèrent dans le couloir. Le jeune homme fermait la marche avec le Héros du Temps. La tête de ce dernier reposait mollement sur son épaule. Sa respiration était saccadée.
Ils avancèrent lentement de façon à ne pas faire sauter les points de suture du blessé. Une bonne vingtaine de minutes furent nécessaires pour traverser le long tunnel et rejoindre le mausolée. Une fois ce but atteint, Robin coucha Link un instant sur le sol et se tourna vers les autres.
« Et maintenant ? Nous ne pourrons pas le hisser au-dessus du mur, même s'il ne pèse pas grand-chose.
— Nous ne devons pas non plus rester ici, ajouta Nabooru. Quand notre fuite sera découverte, ils viendront directement à cet endroit. C'est le trajet que nous avons suivi lorsque…
— Oui, je sais. Les deux gardes vous ont emmené par ce bâtiment…
— Comment ?
— Je t'expliquerai, mais pas tout de suite. Nous devons trouver un moyen de nous échapper ! »
À ce moment, une autre voix se fit entendre.
« D'où venez-vous ? »
Line qui s'était agenouillée auprès de son père sursauta. Cette voix ne pouvait appartenir qu'à une seule personne. Elle se releva et se tourna face à celle qui s'était occupée d'elle depuis sa naissance.
« Impa ? Que fais-tu là ?
— Et toi ? Dans quelle histoire as-tu été te fourrer ? Je te rappelle que les Gerudos se feront un plaisir de t'arrêter si elles te trouvent ?
— Je sais me défendre, c'est toi qui m'as appris.
— Je ne l'ai pas fait pour que tu ailles risquer ta vie dans de folles entreprises. Qui sont ces gens et pourquoi l'un d'entre eux est-il blessé ? Dans quel pétrin es-tu encore allé te mettre ? »
À ce moment, Nabooru s'avança et se plaça devant la nouvelle venue. Cette dernière fit un pas en arrière, puis s'adressa de nouveau à la jeune fille.
« Que fais-tu avec cette femme ? Elle fait partie de nos ennemis !
— Elle était enfermée, nous l'avons sauvée, ainsi que… »
Line fit un pas sur le côté pour que la Sheikah pût apercevoir le visage de l'homme inconscient. Cette dernière eut le souffle coupé en le reconnaissant.
« Mais, c'est…
— Oui, c'est mon père ! Il est en vie !
— Je l'ai vu s'écrouler. Son cœur s'était arrêté ! Comment est-ce possible ? Pourquoi était-il enfermé avec Nabooru ? »
Robin s'avança vers Impa qui venait de faire part de ses interrogations.
« Je peux apporter quelques réponses à vos questions, mais pas toute de suite. Notre action risque d'être découverte… »
À ce moment, un cri de rage retentit, venant du long couloir. Tous se retournèrent et comprirent l'urgence de la situation. L'endroit allait rapidement être envahi de Gerudos.
« Si ces hommes le reprennent, je pense qu'ils le tueront cette fois.
— Nous devons donc faire vite. Quel est votre plan ?
— Nous n'en avons pas.
— De mieux en mieux, bon, suivez-moi ! »
Après plusieurs années au service de la famille royale, Impa connaissait les alentours du château comme sa poche, y compris ce cimetière désaffecté. Elle savait qu'il comportait trois ouvertures. La première donnait sur les jardins du palais qui seraient probablement surveillés. La seconde donnait accès à un bâtiment de la ville qui était utilisé comme antichambre pour les condamnés. C'était de cette maison que Link était sorti le jour de son exécution. Quant à la dernière, peu de personnes étaient au courant de son existence, car elle était dissimulée par une abondante végétation.
Impa les invita à la suivre derrière le mausolée. Elle les mena directement au mur du fond où du lierre s'était approprié la paroi de pierre. Il ne fallut que quelques minutes à la Sheikah pour dégager le passage. Puis, le petit groupe se retrouva dans la forêt. La nourrice de la princesse Zelda se retourna vers les autres pour leur intimer de faire le moins de bruit possible.
« Les Gerudos sont toujours à votre recherche.
— Tu sais ça aussi.
— Je te talonne depuis que tu as quitté ta chambre. Tu as des choses à revoir au niveau de la discrétion. »
Line rougit de la remarque, mais n'ajouta rien. Elle savait que ce n'était pas le moment. Le regard d'Impa était suffisamment explicite. La jeune fille aurait des explications à donner et cette perspective ne la réjouissait guère. Cependant, elle espérait que le sauvetage de son père calmerait la colère de la Sheikah. La priorité actuelle était de conduire le Héros du Temps quelque part où il serait en sécurité. Le bâtiment le plus proche, le ranch Lon Lon, était également le plus dangereux. Robin posa la question qui était dans tous les esprits :
« Où peut-on l'emmener ?
— Au seul endroit qui soit inaccessible pour Ganondorf et que nous pourrons facilement atteindre. Mais ce n'est pas à côté, donc, nous devrons être prudents !
— Le village des Zoras ?
— Non, nous ne pourrons y arriver avec un blessé. Je pensais au village Kokiri.
— Nous devrons traverser entièrement la plaine, c'est impossible.
— Tu as une autre idée ? Dès que nous aurons mis les pieds dans la plaine, nous serons repérés et cette forêt est le seul endroit qui pourra nous offrir un abri. »
Line réfléchit. Il s'agissait effectivement du seul endroit que le tyran ne pouvait atteindre. Leur unique chance de lui échapper.
