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CHAPITRE 11
Je ne pense même pas à m'arrêter pour savoir ce qui est arrivé à Jake, j'appuie sur l'accélérateur à fond et ne ralentis pas jusqu'à ce que je sois devant chez moi. Mes mains tremblent tellement que j'ai du mal à détacher ma ceinture, mes yeux sont tellement remplis de larmes que je ne peux pas voir ce que je fais et je crie de frustration à mon manque d'habileté.
Je sors de la voiture abandonnant mes courses, prenant juste mon sac et ensuite je monte les marches du perron deux à la fois, me précipitant par la porte. Les mains tremblantes je mets la chaîne de sécurité et je ferme à clé puis je m'effondre dos contre la porte en glissant doucement au sol sous les yeux de Charlie qui arrive en bas de l'escalier en pyjama.
"Bella… mais c'est quoi ce bordel?"
Il s'approche de moi et je mets mes mains sur mon visage en commençant à sangloter hystériquement. Et c'est à ce moment précis que le téléphone se met à sonner et je peux dire qu'il est déchiré entre répondre ou l'ignorer. Mais il se décide et décroche en criant un "QUOI!" avec sa voix affirmée de chef de la police.
"Oh bonjour Michael," dit-il presque en s'excusant. "Oui, oui, elle est là. Mais bon sang qu'est-ce qu'il se passe?"
Je n'entends pas ce qu'il se dit à l'autre bout du téléphone mais je peux facilement supposer quel est le sujet de la conversation. Michael est le père de Mike et il a évidemment vu Jake partir après moi et je suppose qu'il vérifie que je suis arrivée à la maison saine et sauve. Je peux dire que Charlie devient de plus en plus agité et sa main libre se serre en poing alors que ses articulations blanchissent rapidement. Je voudrais donner un coup de pied dans les boules de Jake pour faire ça à mon père et peu importe qu'il me terrifie.
"Je vais trouver ce fils de p*** même si c'est la dernière chose que je dois faire sur cette terre, Michael. Ne vous tracassez pas, je m'en occupe. Bella est vraiment dans un sale état alors je m'assure qu'elle va bien d'abord et ensuite je vais contacter Wayne au bureau pour qu'il s'en occupe. Je suis sûr qu'il viendra prendre votre témoignage dans la journée. Merci pour votre sollicitude."
Une fois qu'il a raccroché Charlie se tourne vers moi et avant qu'il dise quoi que ce soit je hoche la tête avec vigueur et lui fais un signe de main en désignant le téléphone, lui montrant ce qu'il doit faire. C'est mieux qu'il mobilise toutes les forces de police immédiatement ainsi ils pourront avoir Jake avant qu'il reprenne sa moto pour venir ici. Tant qu'il ne sera pas derrière les barreaux je ne sortirai pas d'ici et ne quitterai pas mon père.
Il tape si fort le numéro qu'il doit être en train d'imaginer de taper sur Jake. Je suppose qu'il appelle la ligne directe de Wayne, l'actuel chef de police parce qu'il appuie sur plus de chiffres que 911. Quand c'est fini mon merveilleux père, le chef Swan, ne mâche pas ses mots.
"Black vient de terroriser ma fille, Wayne, et il a fait des dégâts dans la boutique des Newton, Michael a une vidéo. Je veux qu'on l'attrape en flagrant délit. Ma Bella est en miettes. Il a de nouveau violé sa probation donc tu n'as aucune excuse pour ne pas l'arrêter. Je ne veux plus le voir dans la rue. Est-ce que… tu m'entends… Wayne?"
J'entends une partie de la réponse qui se finit par "on s'en occupe chef" puis Charlie raccroche violemment et tend les mains vers moi.
"Relève-toi Bells et raconte-moi tout," dit-il gentiment, en m'attrapant les mains.
Je le laisse me relever et m'emmener jusqu'au canapé où nous nous asseyons tous les deux. Il passe son bras autour de mes épaules et m'encourage à appuyer ma tête contre son torse et il caresse mes cheveux jusqu'à ce que je sois calmée, ce qui ne me prend pas très longtemps. Je sais que je suis en sécurité à la maison avec Charlie mais j'essaie de ne pas penser à ce qui arrivera quand il ne sera plus dans ma vie et que Jake sera libre de me poursuivre jusqu'à ce qu'il ait obtenu ce qu'il veut.
Je lui raconte tout ce qui est arrivé ainsi que chaque mot que Jake a dit à M. Newton au magasin et ses menaces à peine dissimulées. Ensuite je lui parle de la poursuite sur la route.
"J'ai vraiment pensé qu'il allait m'attraper papa," dis-je en recommençant à sangloter. "Il était juste derrière moi et puis quelque chose de bizarre s'est passé."
"Bizarre?" répète-t-il curieusement, en me caressant les cheveux.
"Quelque chose, je ne sais pas ce que c'était, est sorti de la forêt en un rien de temps et brusquement Jake et sa moto ont complètement disparu. J'ai tout vu se passer dans mon rétroviseur."
"Où était-ce?"
"A peu près à mi-chemin sur la route forestière. Sa moto était à environ deux mètres de ma voiture. J'allais freiner brusquement pour qu'il me percute quand j'ai vu quelque chose de noir dans le rétroviseur intérieur traverser la route très vite et… pftt… plus de Jake."
"Tu veux dire qu'il est tombé?"
"Non c'est comme si la forêt l'avait englouti ou plutôt ce qui est entré en collision avec lui. J'ai regardé dans le rétroviseur mais il n'y avait plus rien à voir. Pas d'épave, pas de fumée, pas d'impact sur les arbres, une seconde il était là et la seconde d'après… il n'y était plus. "
Charlie digère tout ça en silence pendant quelques instants, se lève ensuite pour se diriger vers le téléphone. Je le vois taper les mêmes chiffres que la fois d'avant puis attendre quelques secondes qu'on lui réponde.
"Wayne j'ai quelques informations supplémentaires," commence-t-il un peu plus calmement cette fois. "Bella l'a semé sur la route forestière entre le magasin de Michael Newton et ici. Il est peut-être tombé, va voir là-bas avec la voiture. Et fais-moi le savoir si tu le trouves."
Il y a une pause pendant que Wayne répond et ensuite papa continue.
"Oh c'est sûr s'il est gravement blessé laisse-le là-bas et reviens-y plus tard." Et ensuite après une autre pause il ajoute avec un petit rire. "Ouais, ouais, je plaisante mais ne le ménage pas. Laisse-le tomber plusieurs fois quand tu le mettras dans l'ambulance, ce genre de chose."
Il raccroche et se tourne vers moi. "Petit-déjeuner?" suggère-t-il d'une voix aussi enthousiaste qu'il peut au vu des circonstances.
"Je vais le faire papa," réponds-je en me levant.
"Assieds-toi Bells. Je peux encore faire des choses. Je peux et je me fais mon petit-déjeuner tous les jours. Ne bouge pas et remets-toi de tes émotions, d'accord?"
"D'accord papa," réponds-je avec reconnaissance mais je me lève pour faire le café. Une bonne dose de caféine, c'est vraiment ce dont j'ai besoin.
Pendant que papa s'active dans la cuisine pour préparer des toasts avec des œufs brouillés, j'essaie de me rappeler ce que j'ai vu exactement dans mon rétroviseur. Jake était juste derrière moi et il était si près que je pouvais voir le blanc de ses yeux et cette expression de pure haine sur son visage alors qu'il était penché sur son guidon. Puis je me souviens qu'il a lâché le guidon de sa main droite et l'a mise à l'intérieur de sa veste ouverte. J'ai eu le sentiment horrible qu'il avait peut-être une arme ou autre chose et cette pensé m'a fait frémir. Je me souviens d'avoir jeté un coup d'œil dans mon rétroviseur pour vérifier qu'il ne venait pas à côté de moi avant de freiner. C'est à ce moment-là que j'ai vu la silhouette sombre sortir des arbres et se déplacer horizontalement au-dessus de la chaussée presque comme un boulet de canon. La seconde d'après Jake et sa moto avaient complètement disparu.
'Qu'est-ce que c'était que cette silhouette sombre?' me demandé-je à moi-même. 'Un animal, un oiseau, Bigfoot peut-être?' Je n'arrive pas à me décider si c'est un objet solide ou un animal bizarre parce que c'est arrivé trop vite.
Quand j'étais enfant, les habitants et en particulier ceux de la réserve, racontaient des histoires sur la forêt, qu'elle était hantée mais j'avais toujours pensé qu'il s'agissait d'histoires pour empêcher les enfants de s'éloigner trop de la ville et d'aller dans les profondeurs de la forêt et par conséquent rencontrer des ours et autres animaux sauvages.
Je me souviens que Jake m'avait raconté des histoires sur des morts-vivants et des loups garous errant dans les forêts du nord et du Canada et beaucoup plus au nord en Alaska mais j'avais mis ça sur le compte de l'eau de vie ou autre chose qu'il fumait avec ses amis.
Peu importe ce qui m'avait sauvé ce matin, je lui en étais extrêmement reconnaissante.
En fait ce qu'il s'était passé demeurerait un mystère jusqu'à ce que Jake fasse sa réapparition mort ou vif et pour la première fois de toute ma vie je me mets à souhaiter la mort à un humain. J'en suis déjà arrivée à la conclusion que Jake n'arrêtera pas de me poursuivre jusqu'à ce qu'il se soit vengé de moi, le fait que je l'ai laissé tomber de cette façon l'a sûrement mis mal à l'aise devant ses amis.
Je me demande alors si je deviendrai une légende ici, étant la seule personne, homme ou femme, qui a pu faire quelque chose contre Jacob Black et que le fait de se venger restaurerait sa crédibilité.
Après avoir fini le petit-déjeuner Charlie ne cesse de regarder vers la route pendant que je vide la voiture. Nous pouvons entendre les sirènes de la police venant de vers la forêt et l'hélicoptère des gardes forestiers nous survole pendant un moment. La police de Forks et les autres sont de sortie en force et c'est purement par respect pour Charlie, je n'en doute absolument pas.
Au moment où j'apporte les dernières affaires dans la maison, le téléphone sonne et je m'attends à ce que Jake ait été capturé mais ce n'est que Billy qui est complètement désemparé. La police vient de partir de chez lui à la recherche de Jake mais ni lui ni sa moto n'y étaient.
Je peux entendre Billy dire à Charlie qu'il en a fini avec Jacob maintenant et que la police peut bien l'enfermer définitivement et jeter la clé. Je parle brièvement à Billy et je le rassure en lui disant que je ne le tiens pas pour responsable des actes de Jake. Billy a toujours été un homme honnête et un grand ami de Charlie mais son fils est maintenant totalement hors de contrôle.
Nous restons dedans toute la journée à parler ou regarder le sport à la télé et nous n'avons aucune nouvelle de la police jusqu'à ce que Wayne appelle vers dix-huit heures pour dire que Jake a fait sa réapparition à l'hôpital avec Paul, qu'il est totalement désorienté et qu'il a été sévèrement roué de coups.
Vers vingt et une heure Wayne appelle à nouveau pour dire que l'épaule droite de Jake a été méchamment déboîtée, son poignet gauche cassé, un genou broyé et qu'il a des coupures et des hématomes sur tout le reste du corps et aussi sur le visage.
Avant d'avoir été mis sous calmant il a hurlé aux docteurs et à la police qu'il avait été attaqué par un ours mais les médecins sont absolument certains que ce n'est pas le cas et ils ont dit à la police qu'il n'y avait aucune trace de griffure ni de morsure sur ses vêtements ou sa peau. A leur avis il venait d'être sévèrement tabassé, probablement par plus d'une personne et il essayait encore de protéger sa réputation de dur à cuire.
Je me détends alors puisque je craignais que Jake ne revienne à la maison mais il n'y a aucune chance pour que ça se produise à présent. J'avais eu aussi peur qu'il me suive à Seattle quand je partirai dimanche après-midi. Même si pour une raison quelconque il ignore le fait qu'il est en état d'arrestation et qu'il puisse échapper à la vigilance de la police à l'hôpital, le fait qu'il soit si gravement blessé l'empêchera probablement de monter sur sa moto pendant un certain temps alors c'est vraiment un soulagement pour moi, même si ce n'est que temporaire.
Je m'apprête à aller au lit directement ensuite et je suis en train de me brosser les dents quand la maison commence à trembler. J'essaie d'empêcher les choses de tomber jusqu'à ce que les tremblements cessent environ après quinze secondes puis je continue à me brosser les dents. J'ai déjà ressenti et entendu plusieurs secousses dans cette région et je suppose que celui-ci avait probablement une magnitude de quatre sur l'échelle de Richter. Ici, les gens ne s'inquiètent pas avant le niveau cinq… donc ça ne m'inquiète pas plus que ça et je termine ce que je fais.
"Ça va?" appelle papa d'en bas.
"Oui," réponds-je et je vais me coucher. Je sens deux petites répliques dans la nuit mais je me rendors facilement.
Dimanche 30 avril
Le lendemain matin Charlie et moi allons faire une promenade en forêt après le petit-déjeuner puis Sue et des membres de sa famille viennent à la maison avec le déjeuner. Je peux voir que Charlie est fatigué mais il apprécie énormément la compagnie. On discute de la situation de Jacob brièvement et tout le monde s'accorde à dire qu'il a dépassé les bornes et qu'il ne veut pas admettre qu'il se soit fait tabasser.
Je ne raconte rien de ce que j'aie vue sortir de la forêt et je ne veux plus vraiment en parler, il n'y a pas de raison car c'est inexplicable.
Après le repas je discute tranquillement avec Sue pendant que nous nous occupons de la vaisselle. Elle me promet de veiller à ce que Charlie se repose ce soir après mon départ. Et je la remercie de tout ce qu'elle fait pour lui mais elle me répond qu'il ferait de même pour elle ou sa famille si c'était eux qui en avaient besoin, ce qui est vrai, je le sais.
Je pars juste après seize heures, comme prévu, pour récupérer Kirsty à dix-sept heures. Je suis rassurée de quitter papa en voyant qu'il est bien entouré, pas comme la semaine dernière. Je prie simplement pour que les médecins lui trouvent un donneur assez rapidement car le temps passe vite pour lui.
Kirsty m'attend et elle a l'air d'être épuisée. Elle dit à peine un mot pendant que nous mettons son sac sur la banquette arrière et elle s'endort profondément avant que je quitte Port Angeles. Elle ne se réveille pas avant que je traverse le pont en direction de Bainbridge Island et elle s'excuse d'être d'aussi mauvaise compagnie.
"Pas de souci," lui dis-je, en lui passant le sachet contenant le reste des biscuits qu'elle m'avait donné en partant. "Tu t'es bien amusée?"
"J'en ai détesté chaque minute," se plaint-elle la bouche pleine. "Je ne comprends pas ce qui m'a incité à dire oui pour faire de la randonnée dans ce putain de parc. La dernière goutte d'eau ça a été ce putain de tremblement de terre. Peux-tu imaginer ce que c'est quand tu es au milieu de la forêt, qu'il fait nuit noire et que tu es loin de tout, avec de grands arbres partout autour de toi?"
J'essaie de m'empêcher de rire alors je secoue la tête. "Ça a dû être terrifiant," dis-je, en essayant de paraître sympathique.
"Ça l'était," insiste-t-elle en attaquant son troisième biscuit. "Je déteste les tremblements de terre… ils sont tellement imprévisibles."
"Tu vis dans le mauvais état alors. Washington est dans une mauvaise zone en ce qui concerne les tremblements de terre. Tu devrais déménager en Floride."
"Oui mais là-bas il y a les ouragans, les millions de touristes et les alligators. Je m'en tiendrai à Washington, merci."
Le reste du voyage se déroule sans incident et je la dépose vers vingt-heures trente. Je me rends à mon appartement en voiture et heureusement je trouve une place de parking à proximité, qui plus est gratuite jusqu'à huit heures du matin. Je dois faire trois voyages aller-retour à la voiture pour mettre tous mes achats dans le hall d'entrée puis monter les deux étages par l'escalier pour arriver à mon appartement et quand je ferme enfin la porte derrière moi, je suis épuisée. Hélas le gars à la capuche ne m'a laissé aucun message, alors je mets le réveil à sept heures puis je tombe au lit et je dors comme un loir.
Lundi 1er mai
C'est étrange de prendre la voiture pour aller au travail le lendemain matin, de rouler dans les rues que j'emprunte normalement.
Je dois faire un détour pour aller à la station-service faire le plein de Freddie pour pouvoir prouver à Jim que j'ai payé pour l'essence que j'aie consommée ce week-end. Je dois aussi faire quelques autres détours car il y a deux routes de mon itinéraire habituel qui sont en sens unique mais je trouve mon chemin vers le parking sans trop d'effort et fièrement, sans avoir besoin d'utiliser mon navigateur.
Je suis au bureau bien avant tout le monde alors je me fais du café et je profite de la paix et du calme pour chercher l'adresse de ce soir pour me familiariser avec le trajet, au cas où le navigateur me jouerait des tours.
Jay arrive juste avant neuf heures. "Bon weekend?" demande-t-il, puis il ajoute : "Comment était ton père?"
"Bien," je réponds en souriant. "Il était beaucoup mieux que le weekend dernier, merci."
"C'est bien. Alooooors... Est-ce que d'autres bizarreries t'ont suivies jusqu'à Forks?"
Je rigole avant de répondre parce qu'il ne s'attend pas à ce que je dise oui. "On pourrait dire ça, mais c'est un endroit bizarre, de toute façon."
"Que s'est-il passé? Notre insaisissable artiste a peint une fresque sur toute la maison de ton père?"
Je n'avais pas prévu de mentionner ce qu'il s'est passé mais je décide de lui dire parce qu'il est éminemment raisonnable face à un problème qui doit être résolu. S'il pouvait résoudre ce problème, ce serait un miracle.
"Non, rien de tout ça," je rigole. "Tu te souviens de l'ex-petit ami dont je t'ai parlé? Il m'en voulait encore et me suivait sur sa moto quand il a disparu."
"Tu veux dire… Pouf …! Disparu?' " Jay fait une assez bonne imitation d'un sorcier avec sa baguette magique.
Je rigole à nouveau pendant que j'élabore un peu plus.
"Cette chose, quoi que ce soit, est apparue de nulle part et Jake a disparu dans la forêt. Je l'ai vu se produire."
Jay me regarde avec une expression curieuse sur son visage. "Tu es sérieuse, pas vrai?"
"Ouaip! Pouf… et puis disparu."
"A-t-il complètement disparu? Ce que je veux dire, est-ce qu'on l'a retrouvé ?"
"Eh bien, il est arrivé à l'hôpital quelques heures plus tard, gravement blessé. Il a dit qu'il avait été attaqué par un ours mais les ours ont des griffes et des dents et il n'avait aucune égratignure ou marque de morsure sur lui. Il a dû se faire opérer et la police l'interrogera quand il se rétablira. Il est en liberté surveillée donc il ne devrait pas se bagarrer, en plus il a détruit le magasin où je me cachais, il a de gros ennuis de toute façon."
"Seigneur, Bella, ta vie est toujours comme ça? Je ne t'ai jamais imaginée comme étant la compagne d'un gangster."
J'en ris et je secoue la tête.
"Pour être honnête, Jay, jusqu'à mon retour à Seattle, ma vie avait été plutôt calme. Jake était une erreur que j'ai faite quand j'étais gamine mais je n'avais aucune idée qu'il m'en voulait à ce point de l'avoir largué ou qu'il voulait qu'on se remette ensemble. J'ai réussi à l'éviter jusqu'à présent car j'ai à peine été à la maison au cours des trois dernières années parce que j'ai passé chaque seconde de mes vacances et de mon temps libre à faire la tournée des galeries d'art nord-américaines ou européennes. Quand je suis rentrée à la maison une fois pour Noël, Jake était en période de probation et confiné à la réserve, donc je ne l'ai pas vu."
"As-tu peur de lui?"
"Je suis terrifiée mais j'espère qu'à cause de ce qu'il s'est passé ce weekend, il ira soit en prison, soit il devra rester sur la réserve quand je serai à la maison. Mon père va parler aux anciens de la tribu Quileute cette semaine et voir s'ils peuvent nous aider."
Jay retourne à son bureau et commence à lire les mails du weekend pendant que je fais le café. Je dis bonjour à Kirsty en chemin mais elle est affalée à son bureau et tout ce que j'obtiens, c'est un grognement en réponse.
Elle a toujours l'air à moitié morte et aussi très brûlée par le soleil, ce que je n'avais pas remarqué hier soir. Le soleil n'était pas très fort ce weekend mais elle est rousse, donc elle a manifestement souffert d'être à l'extérieur sans un chapeau et une bonne crème solaire.
"D'autres fresques du gars à la capuche ce weekend?" demandé-je, en donnant son café à Jay.
"Non, non. Il a dû partir pour le weekend. Peut-être qu'il t'a suivi jusqu'à Forks?"
"Haha putain de haha," je réponds. "Si c'est le gars de Rainier Beach, il enseigne le vendredi soir et il ne cavalerait pas après moi sur la route 101."
Nous buvons du café et discutons de nos fins de semaine jusqu'à la réunion du personnel du lundi matin où j'ai l'occasion d'échanger des idées sur l'avancement de la recherche de l'artiste insaisissable. Après, Jay et moi passons en revue tous les nouveaux mails qui ont des photos jointes et je fais une liste de ceux qui méritent que je me déplace pour les voir.
Je le ferai demain car je suis encore fatiguée du voyage d'hier et je dois rouler assez longtemps ce soir. Pour être honnête, je tue le temps aujourd'hui car il ne se passe pas grand-chose. Le mini-séisme a causé quelques problèmes en ville où il a été mesuré à 4,5 sur l'échelle de Richter mais il n'y a pas de dommages matériels importants ni de pertes humaines, heureusement.
Pendant l'après-midi, Kirsty passe sa tête par la porte pour dire qu'il y a des ragots juteux au bureau parce que le maire a pris un jour de congé à cause de problèmes à la maison. Apparemment sa femme a découvert qu'il dînait dans un restaurant samedi soir avec une autre femme alors qu'il lui avait dit qu'il assistait à une réunion d'affaires.
Nous avons tous un petit rire à ce sujet, en l'imaginant en train de se faire casser les oreilles par sa moitié. Kirsty promet d'en apprendre davantage et de nous faire un rapport plus tard.
Je décide de partir pour Rainier Beach à dix-sept heures trente pour me donner le temps d'aller au club d'art. Je n'ai aucune idée de la densité de la circulation entre le centre-ville et l'endroit où j'ai besoin d'aller, c'est un quartier de la ville que je n'ai jamais visité auparavant mais j'estime qu'une heure suffira pour m'y rendre.
Je veux arriver tôt pour pouvoir lui parler avant que les enfants n'arrivent mais si j'arrive beaucoup trop tôt et qu'il n'est pas là, je trouverai le McD° le plus proche et j'attendrai.
J'entre l'adresse dans le navigateur et je pars vers le sud en direction de la 5. Le périf est encombré et je reste coincée pendant une demi-heure à cause d'un accident. Quand je vois des lumières bleues clignoter devant moi, je décide de trouver un autre chemin moins encombré puis je dois supporter que le navigateur me rabroue tous les cinq minutes parce que je change d'itinéraire pour éviter à nouveau les embouteillages.
A environ huit cents mètres de ma destination, je m'arrête à McD° pour aller aux toilettes et dévorer rapidement un Filet-O-Fish et un milk-shake à la fraise avant de remonter dans la voiture. Les routes sont beaucoup plus tranquilles probablement parce que tout le monde est rentré chez soi. J'atteins la zone près du club une quinzaine de minutes plus tard, juste après sept heures et je me sens nerveusement excitée par le fait que je pourrais rencontrer mon artiste/ harceleur insaisissable dans les prochaines minutes.
Le bâtiment que je regarde est un entrepôt délabré situé au bord d'une zone industrielle dégradée. Tout le quartier est étrangement calme et ça me rappelle une de ces scènes d'un film où le monde a pris fin et où les survivants doivent combattre des zombies pour survivre.
Si je n'avais pas vu cette zone sur G°°gle maps avant de partir, j'aurais pu croire que Kate m'avait envoyé à une mauvaise adresse. "Ressaisis-toi, Bella," dis-je tout haut, mais je ne peux pas m'empêcher de me sentir un peu nerveuse d'être dans un endroit aussi isolé.
Je prends mon sac contenant le dossier avec les photos sur le siège passager et je sors de la voiture. Le silence est rompu par un crissement aigu qui me fait sursauter et je suis instantanément sur mes gardes, mais le crissement est suivi par le rire des enfants, ce qui confirme que je suis au bon endroit.
Je lisse mes vêtements et passe ma langue sur mes dents pour m'assurer qu'il n'y a pas des preuves de mon repas, puis je passe mes doigts dans mes cheveux pour les faire gonfler un peu et je prends une grande respiration.
Il n'y a qu'une seule porte pour entrer dans l'entrepôt, alors je l'ouvre prudemment car je ne veux pas renverser un enfant s'il se tient derrière mais la porte ne mène qu'à un long couloir étroit plein de caisses qui s'étendent sur toute la longueur du bâtiment. Cependant, devant moi, il y a trois marches menant à une autre porte que j'ouvre lentement et je regarde dedans.
La première personne que je voie est un garçon d'une dizaine d'années qui me tourne le dos. Il se penche au-dessus d'une surface recouverte de peinture et de papier et est tellement absorbé par ce qu'il fait qu'il ne regarde même pas qui est entré. Je rentre ma tête un peu plus et je vois au moins une trentaine d'enfants des deux sexes et d'âges différents, qui travaillent tous tranquillement sur leurs projets.
Je regarde autour pour voir si je peux repérer 'Easy' mais il n'est nulle part en vue et il n'y a pas d'autres adultes dans la pièce, ce qui me surprend. L'espace est vaste et le plafond exceptionnellement haut, ce qui prouve qu'il s'agissait probablement d'un entrepôt il y a quelques années.
Maintenant, c'est une salle de classe incroyablement cool et aussi une galerie d'art, la moitié inférieure de chacun des murs est ornée d'exemples du travail des enfants. Ainsi que des peintures qui ont été habilement montées avec des cadres colorés pour mettre le sujet en valeur, il y a aussi des étagères pleines de papier mâché, des modèles en balsa, des objets en poterie fabriqués à partir d'argile de différentes couleurs - certains peints, d'autres non, et des sculptures étranges et merveilleuses faites de matériaux recyclés. Dans le coin je vois un four et un tour de potier mais ils ne sont pas utilisés pour le moment.
Une jeune fille de douze ou treize ans me sourit et me fait signe d'entrer.
"Salut," dit-elle en me regardant de haut en bas. "Vous cherchez Easy?"
"Oui," réponds-je. "Il est dans le coin?"
"Il est peut-être allé aux toilettes," répond-elle en haussant les épaules. "Voulez-vous voir ce que je peins?" demande-t-elle.
"Bien sûr," réponds-je, en marchant vers son chevalet et en me mettant derrière elle.
"Waouh!" Je m'exclame sincèrement car le travail inachevé est déjà stupéfiant. La fille, dont je suppose qu'elle s'appelle Carly vu que c'est écrit sur une chaîne argentée autour de son cou, a peint la gueule d'un lion, qu'elle copie d'une photo. Elle travaille sur la partie centrale de la gueule et a déjà fait un super travail avec les yeux et le nez.
"Easy m'a dit de commencer par les yeux et de travailler vers l'extérieur, plutôt que de dessiner un contour de la tête et travailler vers l'intérieur. Qu'en penses-tu?"
"Je pense qu'Easy a raison, pas toi?"
"Easy a toujours raison, il est brillant."
"Je suis contente que tu le penses."
"Qui es-tu?"
"Je suis Bella, je travaille pour la ville."
"Tu ne vas pas nous fermer, n'est-ce pas?" répond-elle instantanément et une expression d'horreur passe sur son visage.
"Non, bien sûr que non, pourquoi dis-tu ça?"
"Oh, on s'inquiète toujours pour ça. Les gens ont parlé de réaménager cet endroit mais il ne se passe rien. Easy dit qu'il trouvera un autre endroit si on nous chasse mais je suppose que ce n'est pas aussi simple à trouver un endroit aussi cool que celui-ci."
"Probablement pas," dis-je et je regarde à nouveau autour de moi. Je ne vois toujours pas Easy, alors je vais parler à un garçon d'une quinzaine d'années qui achève la peinture d'un astronaute marchant à la surface d'une planète imaginaire avec un ciel plein d'objets célestes.
Il s'agit d'une œuvre absolument époustouflante, démontrant une habileté étonnante pour un garçon de son âge. Je peux dire qu'il a utilisé de la peinture en bombe sur certaines parties mais maintenant il travaille sur la visière réfléchissante de l'astronaute avec un pinceau fin. Il me regarde et me sourit puis se tourne vers son travail sans rien dire et je peux dire qu'il ne veut pas être dérangé.
Je me balade dans la pièce, émerveillée par le travail de ces enfants, qui est bien plus que le simple travail que n'importe quel enseignant pourrait normalement attendre de la part d'enfants de cet âge. Je suis totalement absorbée par une œuvre quand je sens une présence derrière moi et que je sais que c'est lui.
Je commence à me tourner pour lui parler mais avant que j'aie une chance de dire quoi que ce soit, une très jeune enfant d'environ huit ans crie " Easy!" de l'autre côté de la pièce et il se tourne instantanément et se dirige vers elle.
Je tourne et le regarde se déplacer gracieusement entre les tables puis il s'accroupit pour regarder son travail. Je l'entends couiner de rire et il lui tapote le dessus de la tête d'un geste amical.
'Est-ce le gars à la capuche?' Je me demande en observant l'homme qui me tourne encore le dos. Il est grand et mince avec de larges épaules, sa taille et sa silhouette sont semblables. Sa chevelure épaisse est d'un brun chaud avec des reflets auburn et est un peu plus longue que son col ce qui est correspond encore. Ses vêtements, je ne peux pas les évaluer car il porte une combinaison de travail qui est couverte d'éclaboussures de peinture. Si quelqu'un m'avait dit que le tissu avait été dessiné par Jackson Pollock je le croirais. J'ai juste besoin de voir ses yeux et d'entendre sa voix et je serai sûre.
J'attends patiemment qu'il s'occupe des enfants qui lui demandent conseil ou qui demandent son approbation et je regarde avec émerveillement comment il guide et encourage chacun d'entre eux. J'entrevois son visage qui est maigre et anguleux mais il ne m'a pas encore regardé droit dans les yeux.
Quand il en a fini avec un enfant et qu'aucune nouvelle demande d'attention n'est formulée, je m'avance vers l'endroit où il se tient et regarde le travail du jeune enfant. C'est le modèle en papier mâché d'un mouton qu'elle est en train de finir avec de la peinture et c'est très joli.
"C'est charmant," dis-je à la fillette et elle lève ses yeux vers moi.
"Oui," répond Easy et je sens qu'il me regarde.
Je me déplie de ma position penchée en sachant que c'est le moment de vérité. Suis-je proche de l'homme… qui a dessiné mon visage sur une fresque murale… qui savait que je venais à Seattle trois semaines avant mon arrivée… qui était dans mon appartement pendant que je dormais… et qui a envoyé des fleurs pour s'excuser…?
Dans quelques secondes, j'en serais sûre.
Je regarde directement dans les yeux d'Easy en m'attendant à les reconnaître instantanément mais ils ne sont pas comme ceux du gars à la capuche. Pas du tout. Les yeux d'Easy sont d'une couleur que je n'aie jamais vue sur aucun humain auparavant et ils me coupent le souffle parce que les yeux qui sont maintenant fixés sur les miens sont dorés.
Note de l'auteur :
Et nous pouvons toutes deviner pourquoi !
Beaucoup d'entre vous ont demandé si le gars à la capuche est un vampire… eh bien, je pense que c'est évident maintenant qu'il l'est. Je l'ai en quelque sorte laissé deviner dernièrement, il a escaladé des bâtiments, disparaissant rapidement, suivant évidemment son odeur. Il enseigne aussi l'art.
(Il ne sert à rien que j'essaie de vous cacher le fait qu'il s'agit du même gars ; cela aurait juste pour effet d'être stupide).
Bien sûr, Bella ne va pas suspecter ça ou qu'il est autre chose qu'humain, donc elle... va être encore ébahie par ce qu'il se passe. Jay, d'un autre côté, est sur le point de commencer à penser " hors des sentiers battus ", surtout quand quelque chose se produit au chapitre suivant pour les pousser à se rendre compte que deux des peintures murales au moins prédisaient le récent tremblement de terre. (Pourquoi ne l'ont-ils pas déjà fait - hein!?)
Beaucoup d'entre vous se demandent pourquoi il a les cheveux longs pour changer (ce n'est pas toujours la même chose que l'original…)
Il y a une très bonne raison à cela, vous la trouverez au chapitre 15. (Prévoyez les mouchoirs).
Ça va faire tilt dans le prochain chapitre et Bella va enfin commencer à réaliser ce qu'il a essayé de lui dire mais elle ne saura toujours pas vers quoi il l'oriente. Ce sera dans le chapitre suivant, donc peu de temps maintenant jusqu'à ce que vous sachiez absolument TOUT !
