Note de traducteur : Cette histoire ne m'appartient pas. Je ne suis que la traductrice de 'Apple Pies and Other Amends' de ToEatAPeach.
Disclaimer : Rien n'est à moi. Tout appartient à la grande J.K Rowling. Sauf l'histoire. L'histoire, elle, est de ToEatAPeach.
Chapitre 11
La première chose qu'elle remarque chez Lucius Malefoy sont ses cheveux.
Comme ceux de son fils, ses cheveux platine luisent sous les rayons du soleil. Mais à la place de cette longue crinière travaillée qu'elle se souvient avoir vu si souvent au cours de leur fâcheux passé commun, Lucius porte maintenant ses cheveux courts. Ils sont certes plus longs que ceux de Drago, mais tout de même bien au-dessus de ses épaules. C'est déroutant de voir que Lucius Malefoy a en fait comme tout le monde un cou et une nuque sous la queue de cheval soignée.
Hermione remarque ensuite qu'il est affreusement émacié. La dernière fois qu'elle a vu le patriarche Malefoy en personne, il courait au milieu de la bataille hagard et sans baguette, traversant la Grande Salle de Poudlard en hurlant le nom de son fils. Son visage était alors creusé par la souffrance et la terreur, mais il avait toujours l'air d'un parfait aristocrate. Aujourd'hui, debout sous la lumière aveuglante de sa propre cuisine, Lucius ne ressemble plus qu'à un épouvantail bien habillé. Il est si maigre et exténué qu'un vent un peu trop fort pourrait l'emporter dans son sillage.
À côté de lui, Narcissa Malefoy est aussi impeccable que d'ordinaire. Malgré l'heure matinale, elle porte déjà une robe noire qui commence au bas de son cou et se referme sur une broche émeraude. Ses cheveux pâles sont ramenés en un élégant chignon bas et ses lèvres peintes d'une légère teinte corail. Elle a tout de l'allure d'une digne maîtresse des lieux.
Et pourtant…
Et pourtant sur le visage de Narcissa se lisent les marques caractéristiques du stress. Elles sont à peine perceptibles, mais bien présentes. Ce sont quelques sillons creusés autour de sa bouche. C'est cette mèche de cheveux blancs, plutôt que blonds, qui s'échappe de ses tempes. Et c'est cette main qui s'agrippe au bras de son mari comme à une bouée de sauvetage.
La Guerre, réalise soudain Hermione, a exercé ses ravages sur tous les Malefoy.
Cette pensée la fait sursauter et elle détourne les yeux de Narcissa et Lucius pour les diriger, avec un certaine inquiétude, vers Drago. Drago qui ne la voit pas. Qui est trop occupé à fusiller ses parents du regard, une main rivée sur sa baguette, l'autre agrippée furieusement au plan de travail. Visiblement, lui non plus ne s'attendait pas à leur venue.
Narcissa laisse échapper un toussotement guindé, puis décide de s'adresser à Hermione en premier.
« Miss Granger, j'espère que cela ne vous dérange pas que l'on soit venus déranger votre travail. Mais les parfums qui se dégagent de cette cuisine sont bien trop envoûtants pour qu'on puisse y résister.
— P…pas du tout », bégaie Hermione en se rapprochant de Drago. Elle repose les assiettes et leurs plumes dorées sur le comptoir. Les quatre assiettes. Pour les quatre personnes désormais présentes.
« J'espérais que vous nous joindriez un jour.
— Que c'est gentil de votre part », répond Narcissa. Et Drago étouffe un rire chargé de dérision.
Sa mère lui jette un regard appuyé. C'est un regard qu'Hermione a vu Molly Weasley jeter des milliers de fois à Ron et elle rit presque de cette comparaison surréaliste. S'efforçant de ne pas trembler, Hermione rapproche la tarte et sort sa baguette de sa poche. Ses gestes sont lents et sa baguette est résolument pointée vers le bas pour éviter d'envoyer de mauvais signaux à son auditoire. Merlin sait que la tension dans la pièce est déjà suffisamment insoutenable pour que vienne s'ajouter des échanges de sorts.
« Je nous coupe à chacun une part ? » propose t-elle.
Lucius s'avance d'un pas et hoche la tête avec enthousiasme. « Avec plaisir. »
Hermione découpe des parts de tarte aux key limes avec sa baguette, les dépose dans les assiettes, puis les fait voler doucement jusqu'à atterrir devant chacun d'entre eux. Elle attend, tendue et crispée, que quelqu'un dise quelque chose. Ou lui jette un sort. Ou prenne une fichue bouchée. Mais Drago n'a toujours pas bougé et n'a pas l'air enclin à le faire. Alors, avec une pointe de remords - puisqu'elle s'apprête à essayer de mettre à l'aise les Malefoy dans leur propre maison - elle appelle d'un coup de baguette quatre fourchettes, quatre serviettes et quatre tabourets.
Drago est le dernier à s'assoir et il ne se défait ni de son regard noir, ni de sa baguette. Du moins jusqu'à ce que sa bouche ne se referme sur le premier morceau de tarte. Alors ses paupières se referment doucement et il laisse échapper un gémissement de plaisir. Un son qui fait écho, curieusement, à celui de son père.
Hermione observe, ébahie, le père et le fils oublier la tension, oublier la née-moldue au milieu de leur cuisine, oublier qu'ils sont de foutus Malefoy, et croquer avec ferveur dans leurs parts de tarte respectives. Leur zèle est comme un aveu du caractère austère et insipide des trois dernières années de leurs vies.
Narcissa et Hermione, elles, n'oublient aucunement qui elles sont et qui les entourent. Chacune jette à l'autre un sourire forcé, prend une fourchette et découpe un tout petit bout de tarte.
Heureusement, c'est Narcissa qui cède la première.
« Oh, souffle t-elle. C'est délicieux. Vraiment délicieux. »
Hermione se sent envahie d'une étrange fierté mais elle pointe Drago d'un signe de la tête. « Vous pouvez remercier votre fils. C'est devenu un expert en pâtisserie ce dernier mois.
— Vraiment ?
— Oui, vraiment. Mais ça ne me surprend pas, vu comme il était doué à l'école.
— Ah oui ? Je croyais pourtant que c'était vous, Miss Granger, la meilleure élève de Poudlard.
— Oui… oui peut-être. Mais Drago rivalisait souvent. »
Cette fois, c'est au tour de Lucius de grogner. Et ce son ne lui rappelle que trop celui - envoûtant, délicat - que son fils laisse parfois échapper.
« Miss Granger, dit-il de sa voix traînante. Serait-ce de la fausse modestie que j'entends ? »
Hermione sent le regard de Drago sur elle. Elle sait qu'il attend sa réponse avec la plus grande inquiétude, mais son visage fermé ne laisse pourtant rien paraître. Alors elle affiche la même expression défiante que ce jour où ils avaient parlé de sa mère.
« Puisque vous insistez… Drago était un excellent élève, mais j'étais meilleure. Et de loin. Cela dit, j'avais quelque chose à prouver, n'est-ce pas ? Au vu de mon ascendance, mon sang et tout le reste. »
Cette dernière remarque sarcastique tue le sourire railleur de Lucius dans l'oeuf. Il repose sa fourchette sur l'assiette - dans laquelle n'a pas survécu une seule miette de dessert - et échange un regard impénétrable avec sa femme. Puis Narcissa toise froidement Hermione.
« Miss Granger, dit-elle. Puis-je vous poser une question un peu franche ? »
Hermione hésite, l'espace d'un instant.
« Bien sûr, Mrs Malefoy. Vous m'avez ouvert votre maison depuis plus d'un mois maintenant. Ce serait la moindre des choses que je réponde à vos questions.
— Tant mieux. Mais laissez-moi d'abord vous expliquer quelque chose. Drago vous a t-il dit que je reçois occasionnellement des visiteurs au Manoir ?
— Non, il ne m'a rien dit.
— Et bien j'en reçois. Les invités de mon mari sont limités et contrôlés par le Ministère. Mais Drago et moi sommes autorisés à recevoir un nombre raisonnable de visites chaque mois. Je suis si fatiguée ces temps-ci que je ne peux organiser bien plus qu'un goûter annuel avec mes anciennes amies. Ce sont des femmes avec qui je partage un passé, des femmes qui comprennent combien nos futurs vont être différents désormais. Je les ai reçues pour le thé pour la dernière fois au mois de janvier, juste après les vacances d'hiver. »
Hermione se tortille sur son tabouret. Elle n'en est pas certaine, mais elle croit deviner où la sorcière veut en venir.
« Cette petite réunion de janvier était… relativement plaisante, poursuit Narcissa. Mais pour tout vous dire, je ne pense pas que j'organiserai un nouveau goûter l'année prochaine. Même si j'apprécie d'avoir un peu de compagnie, je m'aperçois que je n'ai plus grand chose en commun avec mes anciennes associées. Mais un sujet captivant s'est tout de même invité dans nos conversations cette année. »
Hermione sait ce qu'elle va dire avant même qu'elle ne continue.
« Ce sujet c'était vous, Miss Granger. Ou plus précisément, votre cuisine. Christine Zabini n'a eu de cesse de répéter qu'il était essentiel que je goûte à l'une de vos frangipanes aux abricots. Priscilla Parkinson a passé toute l'après-midi à chanter les louanges de vos tuiles au vinaigre balsamique. Et c'est sans compter Eleanor Goyle qui n'a fait que s'extasier à propos de votre forêt noire. »
À cette mention d'Eleanor Goyle - la mère de Greg, présume t-elle - Hermione sent le pied de Drago effleurer le sien sous le plan de travail. Elle lui jette un regard en coin pour vérifier si c'est intentionnel. Sur ses lèvres se devine l'ombre d'un sourire. Et inexplicablement cette chaleur dans son ventre réapparaît et lui donne le courage d'interrompre l'histoire de Narcissa.
« Mrs Malefoy, excusez mon impolitesse, mais je crois savoir ce que vous allez me demander. »
Narcissa hausse les sourcils, ces sourcils si noblement taillés. « Oh ? Vraiment ?
— C'est 'la sorcière la plus brillante de sa génération' », marmonne Drago. Et Hermione lui donne un discret coup de pied.
Sans lui laisser le temps de riposter, elle répond : « Vous voulez savoir pourquoi le Manoir Malefoy a été la dernière de mes visites. Vous voulez savoir pourquoi j'ai préféré passer de bon gré du temps avec des personnes que je n'aimais pas mais connaissais à peine à l'école, plutôt que de le passer avec quelqu'un que certes je haïssais ouvertement, mais avec lequel j'interagissais bien plus à Poudlard. À savoir Drago. »
Narcissa ne confirme pas sa supposition à voix haute. Mais Hermione voit à l'expression attentive des trois Malefoy qu'elle a vu juste. Même Drago a croisé les bras sur sa poitrine et ne peut cacher sa curiosité.
Après tout, n'était-ce pas précisément ce qu'il lui avait demandé, ce jour où elle s'était présentée au Manoir avec une boîte remplie de tartes aux pommes ? Elle ne lui avait pas répondu alors et ce ne serait que logique qu'il veuille toujours connaître sa réponse aujourd'hui. Ce qui est plus curieux, c'est qu'il ne lui ait pas reposé cette question auparavant, plutôt que d'attendre ce moment, en présence de ses malencontreux parents.
Peut-être que quelque part, il a peur de sa réponse. Peut-être que son besoin de compagnie est plus fort que son envie de s'entendre redire toute la haine qu'elle lui portait… ou lui porte peut-être toujours un peu. Ou peut-être a t-il attendu tout ce temps qu'elle se sente prête à lui répondre. Si c'est le cas, il mérite la vérité.
Ils la méritent tous.
« La réponse est simple, dit Hermione doucement. J'avais peur. Peur de vous deux, Mr et Mrs Malefoy, et peur de Drago. Peur de ce que vous pourriez me faire. Mais surtout j'avais peur de revenir ici, dans cette maison. J'étais terrifiée à l'idée de revoir cet endroit, de vous revoir tous et de m'effondrer. Et de ne plus être capable de me relever. »
La vérité flotte comme une épée au-dessus de leurs têtes. Et elle s'attend à ce que l'un deux fasse quelque chose de fâcheux. Ou lui dise que c'est bien vulgaire d'avouer pareilles faiblesses à voix haute. Ou lui rit au nez comme pour lui confirmer que ses peurs étaient bien fondées.
Mais les Malefoy ne font rien de tout cela. À la place, Narcissa pousse un soupir las.
« Oh, ma chère. Cette famille comprend bien ce qu'avoir peur veut dire. Je rêverais, plus que tout au monde, que nous n'ayons jamais eu à affronter cette peur. Et je sais que cela vous semblera être une bien maigre consolation, mais je rêverais que vous n'ayez jamais eu à l'affronter vous non plus. »
Hermione fait tout son possible - mais échoue - pour ne pas apparaître estomaquée de cet aveu. Sa bouche est toujours bêtement entrouverte quand Narcissa secoue la tête, comme pour chasser les pensées sombres, et parcourt rapidement la pièce des yeux.
« Bien, assez parlé de choses qui fâchent. Je pense que nous devrions boire un peu de thé. Qu'en dîtes-vous ? »
Narcissa n'attend pas de réponse et appelle à elle une bouilloire et d'autres pièces de vaisselle hors de prix. Moins d'une minute plus tard, une tasse de ce fabuleux thé aux fleurs fume devant chacun d'entre eux et une nouvelle part de tarte s'est glissée dans leurs assiettes.
Faute de savoir comment occuper autrement sa bouche, puisqu'elle n'a pas la moindre idée de ce qu'elle pourrait dire en cet instant, Hermione porte la tasse à ses lèvres. Elle se dit qu'elle ne s'est jamais sentie aussi gênée de sa vie quand elle sent le pied de Drago effleurer à nouveau le sien sous la table. Cette fois elle maintient le contact, même lorsqu'il se penche pour attraper son thé.
C'est insensé, c'est dément, c'est dingue comme ce toucher subtile la réconforte. Alors prise d'une impulsion folle, Hermione rapproche encore un peu plus son pied du sien. À sa plus grande surprise, Drago fait la même chose, si bien que leurs mollets sont désormais appuyés l'un contre l'autre. Cette sensation l'apaise autant qu'elle lui fait tourner la tête et Hermione inspire longuement pour masquer son vertige.
Heureusement Narcissa et Lucius ne remarquent pas l'échange silencieux qui a lieu de l'autre côté de la table. Lucius est trop occupé à dévorer avec enthousiasme sa seconde part de tarte, tandis que Narcissa l'observe attentivement, comme si chaque calorie qu'il avalait était précieuse à ses yeux. Et au vu de sa terrible maigreur, c'est peut-être exactement ce qu'elle ressent.
Quand Lucius termine, Narcissa offre un grand sourire à Hermione.
« Mon mari a un petit penchant pour les desserts, confesse t-elle.
— Narcissa, s'il te plaît…, commence Lucius, mais elle l'interrompt d'un geste bienveillant.
— C'est la vérité, Lucius, tu adores ça ! Ou vas-tu continuer de me faire croire que ce sont des Lutins de Cornouailles qui se sont introduits dans la cuisine au beau milieu de la nuit la semaine dernière pour voler le reste de ces macarons aux pommes ? »
Un rire résonne dans le silence de la cuisine et Hermione met plusieurs secondes à réaliser que c'est le sien. Elle recouvre précipitamment sa bouche de sa main, horrifiée d'avoir daigné rire.
Rire de Lucius Malefoy. Au Manoir Malefoy.
Elle s'apprête à retirer sa main pour se confondre en excuses quand un grognement distinctif attire son attention vers Drago. Ses bras sont ramenés contre son torse et il se mort les joues pour s'empêcher de rire.
Rire de Lucius Malefoy. Au Manoir Malefoy.
L'expression de Lucius s'assombrit et un instant Hermione pense qu'il va sortir sa baguette et leur jeter un sort à tous les deux. Mais toute appréhension en elle s'évanouit quand Narcissa se met à rire discrètement elle aussi.
« Des Lutins de Cornouailles ! » s'exclame t-elle. Et tous les trois s'esclaffent désormais ouvertement. Le feu dans les yeux de Lucius s'éteint et sa bouche se change en une moue irritée.
« On s'amuse, hein ? » siffle t-il, agacé.
Narcissa et Drago éclatent de rire et Hermione, en guise de réponse, lui tend une nouvelle part de tarte.
Plus tard ce jour-là, Hermione prend congé de Lucius et Narcissa au bas de leur imposant escalier de marbre. Elle les regarde disparaître et les voit chuchoter avant que les ombres du Manoir ne les engloutissent. Puis elle se tourne pour faire face à Drago, les sourcils si froncés qu'elle en a mal à la tête.
Mais avant qu'elle n'ait eut le temps de l'assaillir de questions sur la scène incongrue qui vient de se jouer dans sa cuisine, il murmure :
« Je te raccompagne jusqu'à la zone de transplanage ? »
Elle cligne plusieurs fois des yeux, hébétée.
Drago ne lui a jamais proposé quelque chose de la sorte. À sa connaissance, il n'a pas mis les pieds en dehors du Manoir de tout le mois. Et pourtant il veut maintenant la raccompagner. Comme… comme un gentleman. Elle secoue la tête, ahurie par la bizarrerie de cette journée, et elle voit la mâchoire de Drago se serrer.
« Non, je ne peux pas te raccompagner ? demande t-il d'une voix rauque.
— Oh ! s'écrie t-elle, réalisant son erreur. Bien sûr que tu le peux ! Pardon, je secouais seulement la tête parce que… parce que cette matinée était décidément étrange. »
Et tout aussi étrangement, c'est un soupir soulagé qu'il pousse. Il passe sa main dans ses cheveux pâles, se frotte la nuque et lui fait un grand sourire.
« Je ne te le fais pas dire. »
Ils quittent ensemble la maison. Drago se tient en arrière pour ne pas la forcer à courir derrière ses longues enjambées. Ils avancent en silence dans l'interminable allée, tous deux probablement occupés à se refaire le film de la matinée. Ses parents à elle. Ses parents à lui. La nouvelle effusion de sang.
Drago confirme ses pensées quand il l'arrête à mi-chemin et lui adresse un de ses indéfectibles sourires en coin.
« Alors Granger, qu'est-ce que ça fait d'affronter ses démons ? »
Elle s'essaie à l'un de ses grognements délicats. « Je n'irai pas jusqu'à qualifier tes parents de démons.
— Plus maintenant peut-être. »
Elle éclate d'un rire sincère. « Non, plus maintenant.
— Hermione Granger, 'la sorcière la plus clémente de sa génération' ?
— Ça ne sonne pas aussi bien que mon titre habituel, tu ne trouves pas ? »
Il fait mine de réfléchir, puis propose : « Et que dis-tu de 'Hermione Granger : celle qui parle de sorcière à sorcière avec Narcissa Malefoy et en sort vivante' ? Un peu trop long peut-être ? »
Elle remercie le froid de ce mois de mars qui atténue le furieux rougissement de ses joues. La dernière phrase de Drago est si proche de celle qu'elle a employé la semaine précédente, quand elle se vantait de pouvoir aisément parler à sa mère, qu'Hermione sait que ce n'est pas une coincidence. Et sa formule d'aujourd'hui lui confirme ce qu'elle avait soupçonné ce jour-là. Drago voulait qu'elle parle à sa mère. Il voulait que les deux sorcières se rencontrent.
Mais dans quel but, elle l'ignore.
Elle est si distraite par ce nouveau puzzle qu'elle ne remarque pas qu'ils ont dépassé les grilles et rejoint la zone de transplanage. La tête baissée, perdue dans ses pensées, elle continue à avancer jusqu'à ce qu'elle sente quelque chose la tirer de la main et la forcer à s'arrêter. Son regard glisse vers l'arrière et ce qu'elle voit lui coupe le souffle. La main de Drago s'est glissée dans la sienne. Ses yeux ahuris se détachent lentement de leurs mains liées et se posent sur son sourire amusé.
« Tu prévoyais de visiter la campagne du Wiltshire cet après-midi, Granger ?
— Non… Non… je… »
Il rit et la tire un peu plus encore pour la rapprocher de la zone de transplanage. La rapprocher de lui.
« Tu devrais rentrer te reposer, Granger. Visiblement le pur bonheur que représente la préparation d'une tarte avec moi a embrouillé ton si célèbre cerveau. »
Elle voudrait se moquer de lui. Lui lancer une réplique cinglante. Lui dire que 'Drago Malefoy' et 'pur bonheur' sont des termes incompatibles. Mais elle parvient seulement à se concentrer sur le toucher de sa main contre sa paume, paume qu'il relève jusqu'à hauteur de leurs regards.
« Désolé Granger, dit-il d'un air sincère en inspectant le bout de son doigt. Je suis un mauvais guérisseur. Tu vas avoir une cicatrice.
— Ce n'est rien. » Une idée folle l'habite et elle pose doucement sa main libre sur son avant-bras. À l'endroit précis où doit se trouver sa Marque des Ténèbres. « On a tous quelques cicatrices. »
L'espace d'un instant, ses muscles se contractent sous son toucher. Quand il les relâche, elle se risque à lever la tête vers lui. Il la regarde aussi et ses yeux gris la transpercent de part en part. Cette façon qu'il a de la dévisager la déroute, la frustre… et par Merlin non, ne l'excite pas, se persuade t-elle. Et elle ressent soudain le besoin irrépressible de prendre la fuite.
Elle retire précipitamment sa main de celle de Drago et après un signe de tête poli à l'homme qu'elle ne trouve pas attirant - non, non, non - elle transplane loin, très loin de lui.
