Mot de l'auteur : On a atteint les 1600 vues cette semaine ! Victoire ! Je remercie ceux qui me lisent, j'ai conscience que ce n'est pas une histoire facile à suivre (d'autant plus qu'elle est loin d'être joyeuse).

Baptiste.M : Eh bien, si tu t'es arrêté au chapitre 2, je peux comprendre que tu n'aies pas trop vu où j'allais en venir. Toutefois, tu aurais dû te pencher sur la suite, car alors cela te serait sûrement paru plus limpide. Par ailleurs, j'avais besoin de décrire deux parties de l'enfance de Seren pour que les lecteurs comprennent qui elle est réellement.

J'ai toujours besoin d'un ou d'une bêta !


Chapitre 11

Paradoxe

Le jour du retour de Severus, Hermione ne semblait vraiment pas aller bien. Depuis une semaine, elle s'alimentait peu et n'écoutait plus du tout Seren. Les efforts de Sirius pour lui parler étaient vains. Le professeur de potions décida donc, après une discussion avec Seren qui l'avait informé de l'ampleur de la dépression de la brune, de prendre Hermione avec lui, à part.

Il l'emmena jusqu'aux cachots, avec l'accord du Seigneur des Ténèbres, pour qu'elle puisse voir ses parents quelques heures et la laissa là. Quand il revint la chercher, le soir, elle fondit en larmes. Elle ne voulait pas quitter ses parents, mais les voir l'avait revigorée. Severus dut la consoler une bonne partie de la soirée avant qu'elle accepte de se nourrir à nouveau.

Mais celui qui souffrit le plus le premier des vacances fut Sirius. Voldemort le convoqua et, avec un sourire triomphant, laissa Pettigrew lui annoncer qu'Augusta Longbottom avait été capturée à la dernière bataille et que Macnair ferait des expériences sur elle jusqu'à ce que Sirius accepte de tuer pour le Seigneur des Ténèbres. Seren passa la nuit entière à le bercer pour qu'il se calme.

Le lendemain matin, Sirius était recroquevillé sous les couvertures lorsque Voldemort frappa à la porte des appartements de Seren (Hermione se trouvait encore avec Severus à ce moment-là). L'Amazone ouvrit avec appréhension et jeta un œil à la bosse que formait le corps de Sirius dans le lit.

- Vous dormez ensemble, maintenant ? ricana Face-de-Serpent. Vous voulez une chambre de couple ?

- Non, pas du tout, il avait besoin de réconfort après ce que vous lui avez dit hier, rétorqua Seren sur un ton accusateur.

- Ah oui, c'est vrai... cette chère Augusta ! J'espère qu'il va prendre la bonne décision. Ce serait regrettable que le jeune Neville voie un nouveau membre de sa famille devenir fou. Après cela, il ne manquerait plus que lui à ajouter au tableau !

- Vous ne devriez pas plaisanter avec ça, siffla la jeune femme, hargneuse. Pourquoi êtes-vous ici ?

- Tiens, cela te toucherait-il ? s'enquit Voldemort avec un large sourire mauvais.

- Non, mais je n'aimerais pas voir ma famille décimée de cette manière.

- De l'empathie ? De ta part ? Etonnant..., déclara-t-il. Bref ! Je venais vous mettre au courant que si Black n'est pas à la bataille de cet après-midi, Macnair commencera ses petites expériences.

Seren serra les dents et se retint de se jeter sur Voldemort pour le frapper, puis ferma le plus lentement possible la porte afin de ne pas donner l'impression qu'elle avait du ressentiment envers lui pour ce qu'il faisait. Elle devait protéger sa liberté avant tout.

- Sirius ?

Grognements provenant du tas de couverture.

- Sirius, il faut que tu te lèves. Je dois te parler.

Nouveaux grognements et un mouvement.

- C'est vraiment important ! s'exclama Seren, exaspérée.

- Qu'est-ce qui est plus important que mon sommeil ? grommela le brun.

- La bataille à laquelle tu vas devoir participer, répondit l'Amazone sans aucun tact.

Sirius se redressa brusquement, se frotta les yeux et lui offrit un regard noir.

- Ce n'est pas ma faute ! se défendit Seren. Je n'ai certainement pas participé à l'élaboration d'un plan qui viserait à torturer ta conscience !

- La façon dont tu le dis laisse à penser que c'est le cas ! rétorqua-t-il, narquois.

Seren leva les yeux au ciel et le traita de crétin.

- En tout cas, tu dois faire ton choix avant cet après-midi. J'espère que tu seras décidé à midi.

Sirius ouvrit la bouche, la referma, la rouvrit...

- Tu plaisantes, hein ? demanda-t-il, semblait avoir retrouvé la parole.

- Tu crois que je serais capable de plaisanter sur ce sujet ?

- Oui.

- Va te faire voir, sombre idiot !

Il lui fit un pauvre sourire.

- Hey, Sirius, murmura-t-elle, penaude. Je sais quel va être ta décision. Augusta préférerait...

- Tais-toi ! Augusta n'a pas son mot à dire ici ! Oui, bien évidemment que je sais qu'elle préférerait mourir ou subir mille tortures plutôt que me voir tuer quelqu'un ! Mais il ne s'agit pas que d'elle, Seren ! Neville est déjà suffisamment traumatisé ! Ses parents sont complètement fous, bordel ! Tu ne les as jamais vus ! J'étais là, moi, le jour où on les a retrouvés le cerveau totalement ramolli. Et... et...

Pour la première fois, l'Amazone vit Sirius lâcher un sanglot.

- Je ne veux plus revivre ça. Je ne veux pas que Neville subisse ça. J'ai peur qu'il en devienne fou à son tour, Seren !

- Alors tu devras tuer, Sirius. Est-ce que tu sais ce qui t'attends ?

- Pourquoi ? Pourquoi Voldemort trouve-t-il toujours un moyen de nous tenir dans le creux de sa main ?

- Parce qu'Hermione et toi avez des faiblesses, lui rappela Seren en l'enlaçant doucement. Vous avez des amis ou une famille, voire même une conscience. Vous êtes aussi pour le camp adverse alors que vous êtes ici. Ce n'est pas contre Hermione ou contre toi, Sirius. C'est pour faire souffrir Potter.

- Et si Harry essayait de faire comme Ron ? S'il tentait de se suicider ?

- J'ai beau haïr Potter, il y a une chose que je connais de lui. Il n'abandonne jamais. C'est vrai, il a beaucoup déprimé dernièrement. Mais il va se relever Sirius. Il le fera pour toi et pour Hermione. Il se battra pour vous deux, pour vous libérer et libérer ceux pour lesquels vous allez tuer. Potter pardonnera, Sirius, c'est un Gryffondor. Pas un Voldemort bis ni même un Serpentard. Il témoignera à votre procès. Et je le ferai aussi si je suis encore de ce monde.

- Tu comptes mourir avant la fin de la guerre ? ricana le brun.

- Non, mais il faut prévoir toutes les possibilités, sale sac à puces !

Sirius fit un léger sourire avant de re-sombrer dans ses pensées morbides.

- Hey, murmura Seren, désespérée de le voir si triste. Tu vas t'en sortir, je te le promets.

- Tu t'en fous que je m'en sorte, Amazone de mes deux !

La jeune femme recula de plusieurs pas, touchée et choquée. Puis fondit en larmes.

- Oh pardon, je suis désolé, Seren ! Je ne le pensais pas !

- Bien sûr que si tu le pensais ! gémit-elle. Tu le pensais plus que tout au monde ! Tu me détestes en fait ! Je croyais que tu m'aimais bien, maintenant que je te consolais de temps en temps. Mais en fait rien n'a changé, hein ?

- Seren, je...

- Tais-toi. Je sais ce que tu penses. Ce que vous pensez tous ! « C'est un monstre, elle n'a pas de conscience, alors à quoi bon être ami avec elle ? Elle tue comme elle respire ! Elle s'en fout de ces gens qui meurent sous ses sorts ! » NON JE NE M'EN FOUS PAS PUTAIN ! Est-ce que vous avez conscience de la douleur que je ressens ? De ma solitude ? Non, vous êtes trop centrés sur votre propre souffrance pour imaginer ne serait-ce qu'une unique seconde que j'ai AUSSI des problèmes ! Toi et Hermione êtes déchirés, je le reconnais ! Mais je le suis aussi, merde !

Sirius cligna des yeux, hébété.

- Que croyez-vous que je ressente quand vous côtoyez m'amène à avoir de l'empathie pour les gens que je tue ? Alors que, bordel, je suis une Amazone ! Comme vous le dites tous, je tue comme je respire ! Tuer est nécessaire à mon existence ! Tuer est l'essence de mon être ! Que va-t-il se passer si je vais à l'encontre de ma nature parce que je vous côtoie ? VOUS Y AVEZ PENSE A ÇA ? Non, pas du tout ! C'est plus facile de me classer comme un monstre et de vous centrer sur votre peine !

- Je suis désolé, je ne...

- LA FERME ! explosa-t-elle. Je. Ne. Veux. Plus. Entendre. Un. Seul. Son. Sortir. De. Ta. Bouche. Tu parleras quand tu seras un peu plus évolué ! Toi qui refuses de tuer sous prétexte que tu as de l'empathie pour ces gens, tu n'as jamais essayé d'imaginer ce que je ressens. Tu me dégoûtes, Sirius. Tu n'es pas beaucoup mieux que les Mangemorts, finalement ! Tu restes un putain d'égoïste !

Elle sortit de la chambre à grands pas et en claqua la porte avec toute la brutalité dont elle était capable, puis elle transplana.

Lorsqu'elle atterrit, elle se trouvait devant un immense cimetière. Le cimetière des Crewneth. Albus l'avait retrouvé, plusieurs années plus tôt. Elle avait droit de s'y rendre une fois par mois, avant. Mais avec l'arrivée d'Hermione et Sirius dans sa vie, elle n'y avait plus mis les pieds durant un an. Elle avait occulté de rendre visite à ses ancêtres.

Elle tourna dans de nombreuses allées avant de s'arrêter face à une tombe plus petite que ses voisines.

- Orchideus, murmura-t-elle, en faisant un mouvement de la baguette.

Elle déposa le bouquet sur le marbre noir et froid.

- Bonjour, maman. Tu vois, je peux au moins faire apparaître des fleurs. Tu m'as abandonnée trop tôt, je suis toute seule et je ne sais pas du tout ce que je dois faire de mes pouvoirs. Oh, bien sûr, Albus m'avait filé un papyrus, mais ça ne remplace pas ta présence qui me fait cruellement défaut. J'ai besoin de toi à mes côtés pour savoir ce que je dois faire, connaître le chemin que je dois prendre. Et puis, j'ai toujours la désagréable sensation qu'une partie de mes pouvoirs est bloquée. Ce serait formidable si ces pouvoirs-là me faisaient plonger un peu plus dans le mal. Je sais que c'est horrible d'en venir à demander ça, mais si tu voyais la situation pourrie dans laquelle je me trouve... Bon sang, dans quel merdier me suis-je fourrée ! Ce que je veux te dire, c'est que... si ces pouvoirs étaient encore plus mauvais que ceux que j'ai maintenant, ça pourrait m'aider, je pourrais occulter le fait que je tue des innocents. Peut-être même simplement occulter le fait que je tue. Est-ce qu'ils t'ont utilisée, toi aussi, maman ? Est-ce qu'on t'a obligée à tuer dès ton plus jeune âge pour servir une soi-disant grande cause ? Est-ce qu'on s'est bien foutu de toi en se servant de ton innocence ? Est-ce que... est-ce que je suis à ma place ? Maman, j'ai besoin de toi ! S'il te plaît ! supplia-t-elle, désespérée.

Seul le vent répondit à ses pleurs. Elle était seule, pour toujours. Jamais personne ne serait à même de la comprendre. Sauf celui qui serait son enfant, si elle en avait un, un jour. Mais avoir un enfant dans cette situation ? Alors que la guerre faisait rage ? Non. Non, certainement pas. Le seul moyen d'en avoir un était que Voldemort gagne. Car si le camp opposé gagnait, elle aurait sûrement une cellule spéciale qui l'attendrait à Azkaban.

Seren eut un rictus accablé. De toute façon, qui voudrait d'un enfant d'une Amazone ? Oh, si elle en parlait à Voldemort, il serait ravi de forcer l'un de ses subalternes à l'épouser et à la faire pondre une dizaine de bambins-tueurs. Il était cependant hors de question que ses enfants connaissent la même chose qu'elle. Condamnée à l'incompréhension de tous et même de sa propre personne.

Elle resta là, prostrée, à ruminer ses sombres pensées, pendant plusieurs heures. Lorsque le soleil eut atteint son zénith, elle se redressa d'un bond. Merlin, elle avait oublié ! Sirius devait choisir !

Elle transplana rapidement jusqu'à la porte de sa chambre et toqua faiblement. Non seulement le Black ne répondit pas, mais elle entendit également des rires étouffés par le bois qui la séparait de Sirius. Elle ouvrit violemment la porte et resta bouche bée devant la spectacle qui s'étalait devant elle.