Chapitre 10 :
Une agréable rencontre
Cela faisait déjà bien trop longtemps que je n'avais pas revu Esmée. Elle me manquait terriblement, bien plus qu'il ne le fallait, j'en étais bien conscient. Mais en plus de trois cent ans d'existence, c'était la première fois qu'une humaine m'attirait autant. J'en avais pourtant côtoyé tellement. Mais elle, elle et son éternel sourire, elle rayonnait tellement qu'elle avait illuminé mon existence à la minute même où je l'avais vue pour la première fois. Je savais à l'instant même où nos yeux s'étaient croisés qu'elle était celle que j'avais tant attendu.
Mais qu'avais-je à lui offrir ? Elle méritait tellement mieux que de devenir un monstre. Pourtant, je ne pouvais me résoudre à la perdre, je ne pouvais me résoudre à ne plus jamais la revoir. J'humai l'air des bois humides. Je notai la légère fragrance de fleurs qui régnait, me rappelant tout de suite celle qui hantait mes pensées en permanence. Soudain, je sentis une odeur tout aussi familière : un puma, à quelques kilomètres au nord. Je m'élançai donc à sa poursuite. En courant ainsi, je me demandai ce qu'elle pouvait faire. Pensait-elle à moi elle aussi ? Comment pouvais-je être aussi égoïste ? Je voulais qu'elle m'aime, sachant très bien que cela ne lui apporterait que le malheur. J'avais appris à me passer de sang humain pour pouvoir continuer à avoir un minimum d'estime pour moi-même, mais elle, cela me semblait encore plus dur de devoir me passer d'elle. Et ce jour où je l'avais vue pour la première fois, lorsqu'elle avait alors rougi, si désirable, pour la première fois depuis bien longtemps j'avais ressenti l'envie de m'abreuver de sang. Je m'étais détesté en cet instant de la désirer ainsi.
Enfin, j'approchai de ma proie. Me remémorer ainsi cette faiblesse face à elle m'avait donné encore plus soif. Je m'élançai alors sur la bête, la tuant d'un coup de crocs, bien avant qu'elle ne comprenne que c'était la fin pour elle. Une fois la bête vidée de son sang, je courus à travers bois pour rejoindre ma demeure. Je fus coupé dans ma course par une odeur familière. Je m'arrêtai un instant, l'odeur approchant de plus en plus. Je la reconnus alors : c'était Sloane, un vieil ami.
Il apparut alors de derrière les arbres, avec une autre immortelle que je ne connaissais pas.
-Carlisle... Il me semblait bien avoir flairé ta trace.
Il s'élança alors à ma rencontre, m'offrant une accolade amicale. Sloane avait vécu lui aussi chez les Volturi mais n'avait pas non plus apprécié leur mode de vie. Bien qu'il ne fut pas végétarien comme moi, il n'aimait pas faire souffrir humain ou vampire sans raison. Il ne se nourrissait que de
gens malades ou condamnés. Il m'avait souvent confié être trop faible pour lutter contre cet instinct de tuer et cette envie de sang humain, mais il pouvait encore décider d'épargner des humains qui avaient toute leur vie devant eux.
-Sloane, cela fait bien longtemps, mon ami. Que fais-tu par ici ?
-Nous sommes de passage avec ma compagne, que je ne t'ai d'ailleurs pas présentée. Voici Esther, ma femme.
La femme s'approcha alors de moi pour me tendre une main délicate que je saisis. Elle était bien évidement magnifique, comme toutes les immortelles, mais elle semblait aussi discrète quelle belle.
-Enchantée, Carlisle. Sloane m'a souvent parlé de vous.
-Je suis également enchanté de faire votre connaissance.
Je me tournai vers Sloane. Il la regardait comme si elle était la plus belle chose que la terre ait jamais porté. J'étais heureux de voir que mon vieil ami avait enfin trouvé celle qui lui était destinée. Sloane était beaucoup plus vieux que moi, et sa solitude devait être bien plus grande.
- Viens donc avec moi... Je possède une maison dans les bois. Nous pourrons converser tranquillement.
Sloane et sa femme m'accompagnèrent jusqu'à ma maison, un petit chalet perdu au milieu des bois. Une fois à l'intérieur, je proposai à mes invités de s'assoir pour converser tranquillement. Même si rester debout aurait été tout aussi agréable pour nous.
-Alors, dis-moi Sloane, comment as-tu rencontré Esther ?
Il se tourna vers elle, le regard empli d'amour et de tendresse. Sloane n'avait jamais été d'une nature brutale, je l'avais toujours connu calme et posé, mais là, je voyais en lui un nouvel homme si je puis dire. Il semblait transformé par cet amour. Ce qui me fit tout de suite penser à Esmée. Aussi égoïste que cela puisse paraître, j'aurais tant aimé qu'elle soit ainsi à mes cotés pour l'éternité. Mais je savais aussi que jamais je ne lui ôterais son âme et sa vie.
-Eh bien, de la manière la plus simple qui soit. J'étais en voyage et je me suis arrêté quelque temps dans une auberge, tenue par un couple plutôt aigri. Ils avaient malgré cela la garde d'une jeune fille qui s'occupait de faire les chambres. Un soir, alors que je retournais dans ma chambre, je l'ai aperçu et la, j'ai su, à la seconde où j'ai posé mes yeux sur elle, qu'elle était faite pour moi. Bien sur, ce n'était qu'une humaine et plus d'une fois, j'ai failli céder à la tentation de la mordre mais je ne pouvais pas m'imaginer un monde où elle n'existerait pas. J'ai alors essayé de la séduire et un jour elle m'a confié être tombée amoureuse de moi. Ce fut le plus beau jour de mon existence. Apres cela, elle a passé quelques temps avec moi. Ses parents adoptifs semblaient même ravis que je leur enlève leur fille. Puis, un jour, cela faisait déjà deux ans qu'elle vivait avec moi, elle m'a demandé de la transformer. Je ne te cache pas que j'avais peur de ne pas pouvoir me contrôler mais elle avait une confiance aveugle en moi. Elle me connaissait mieux que personne et savait que j'en serais capable. Et j'en ai été capable.
J'avais attentivement écouté son histoire et elle me fit presque rêver. Mais la partie où il volait la vie d'Esther me déplaisait totalement.
-Vous savez, Carlisle, ne soyez pas contrarié de la sorte. Je n'avais rien à attendre de la vie : mes parent étaient morts, je vivais avec des gens qui me détestaient... Sloane a été pour moi plus qu'une bénédiction. Je ne vous cache pas que, des fois, cette condition de vampire m'attriste, mais c'est le prix à payer pour être avec celui que j'aime et je serais prête à en assumer davantage pour rester à ses cotés.
Je restai un moment perplexe devant Esther. Elle avait su trouver tout de suite ce qui me déplaisait dans leur histoire.
-Je ne t'avais pas prévenu mais Esther a un don : elle ressent les émotions des gens et plus elles sont fortes, plus elle arrive à en connaître l'origine.
Je compris mieux pourquoi elle avait su si bien me cerner.
-Quoi qu'il en soit, mon ami, je suis heureux pour toi.
Bien sur, moi, je ne pourrais jamais faire cela à Esmée. Elle était la personne qui comptait le plus dans ma vie, celle qui me faisait presque sentir vivant et humain à nouveau. Je ne pouvais pas
m'imaginer lui voler sa vie. Je regardai Esther. Elle devait sûrement avoir compris mon conflit intérieur car elle me regarda avec des yeux compatissants.
-Et toi, Carlisle, n'as-tu toujours pas trouvé une âme pour combler ta solitude ?
Esther me regarda avec un léger sourire. Elle devait déjà savoir tout l'amour que je ressentais pour Esmée. Mais également la souffrance de savoir que nous ne pourrions avoir d'avenir, elle et moi.
-Malheureusement non, mon ami.
-Ne t'en fait pas... Cela viendra. Et ce jour-la, ce sera une évidence pour toi.
Je savais bien qu'Esther savait déjà sûrement tout, mais elle ne dit rien et ne sembla pas étonnée que je ne mentionnât pas Esmée.
Nous passâmes le reste de la nuit à relater nos souvenir de voyage. Sloane avait créé Esther peu après notre séparation, et avait donc beaucoup voyagé, tenant à montrer à son aimée toutes les merveilles du monde. Même en cet instant où j'étais en pleine conversation avec un grand ami, je ne pus empêcher mon esprit de retourner auprès d'Esmée. Chaque seconde sans elle était de plus en plus dure à supporter. Je savais qu'il ne le fallait pas, que je devais me ressaisir, mais même mes plus fortes résolutions s'effondreraient comme un château de cartes devant ces magnifiques yeux azur et son somptueux sourire. Bien sur, je pouvais aussi ne pas revenir, mais imaginer sa déception si elle ne me trouvait pas là où j'avais fait la promesse de l'attendre m'était totalement insupportable. J'étais prêt à tout pour quelle soit heureuse. Cette constatation me fit prendre conscience que je serais même prêt à sortir de sa vie pour toujours pour qu'elle puisse avoir une vie heureuse. Esther avait eu une vie misérable d'après ses dires mais mon Esmee avait tellement d'êtres qui lui étaient chers. Elle laisserait tellement de souffrance derrière elle. Je ne pouvais être la cause de tant de malheur. Mais trouverais-je un jour la force de lui dire adieu ?
