Note : Et me revoilà ! J'ai fait la majeure partie de la Nuit en décalé (fatigue, fatigue...), donc hormis celui-ci écrit en une heure, il faut compter entre une heure trente et deux heures d'écriture pour chaque chapitre.

Thème : "Prier" donné à l'occasion de la 108ème Nuit du Fof


Sous Protection

- partie 11 -

Dudley n'avait jamais été très intéressé par la religion.

Il n'avait pas vraiment connu de deuil non plus. Ses grands-parents maternels étaient morts avant sa naissance. Et du côté de son père, il avait vaguement connu sa grand-mère, avant qu'elle ne décède d'une crise cardiaque, mais il ne se souvenait pas tellement d'elle. Pourtant, s'il n'avait jamais connu personnellement la perte d'un être cher, il y avait eu quelque chose, dans la voix et l'expression d'Amanda, qui l'avait troublé. Sans qu'il puisse s'expliquer pourquoi, il s'était senti triste et malheureux, lorsqu'elle avait parlé de son père, de magie, de famille et de deuils manqués. Ce n'était pas quelque chose dont il avait l'habitude, et il n'aimait pas beaucoup ça.

Cela lui rappelait la Nuit du Détraqueur. Lorsqu'il avait senti les doigts invisibles du monstre glisser sur sa peau, et le froid courir dans ses veines, et les idées malades, les images noires se répandre dans sa tête comme du poison.

Après cet épisode, Harry avait fini par s'en aller - il n'avait jamais trop su comment d'ailleurs. Dudley était parti avec ses parents dans l'espoir de recevoir le Prix de la Meilleure Pelouse, et Papa avait été furieux de découvrir que le concours n'existait même pas, et quand ils étaient rentrés à la maison, Harry n'était plus là. Ses parents s'étaient réjouis de cette disparition, mais Dudley s'était angoissé à l'idée que son cousin ait été emporté par les Détraqueurs. Puis ils avaient découvert un mot, expliquant que Harry était en sécurité avec l'Ordre du Phoenix, même s'ils ne savaient pas ce que c'était à l'époque, l'Ordre du Machin. Alors Papa et Maman avaient fait comme si rien ne s'était passé, comme si Harry n'existait pas, et avaient repris une vie normale.

Et d'habitude, Dudley faisait comme ça, lui aussi. Mais là, le souvenir du Détraqueur ne le quittait pas, comme une maladie, ou quelque chose de noir et gluant qui pourrissait à l'intérieur de lui. Il n'avait pas su comment parler de ça à ses parents, alors il n'avait rien dit. Et puis, il avait le sentiment confus qu'ils ne pourraient pas le comprendre. Ils ne voulaient jamais rien comprendre quand il s'agissait de magie.

Il ne pouvait pas non plus en parler à Piers, à Gordon, ou à Malcolm, parce que cela serait revenu à parler de Magie et que ses amis n'auraient jamais voulu le croire, ils l'aurait pris pour un dingue, pour quelqu'un de bizarre et de différent, tout juste bon à être passé à tabac. Et quand bien même ses amis auraient-ils bien voulu le croire, il n'auraient pas compris non plus. C'était le genre de chose, pensait-il, qu'on ne pouvait comprendre que si on l'avait personnellement vécu.

Jamais l'adolescent ne s'était senti aussi seul.

Alors, un après-midi, Dudley avait mis le feu à une poubelle.

Ses copains avaient rigolé, et poussé des cris de sauvages en sautant autour du feu, mais lui était resté immobile, silencieux, les yeux fixés sur les flammes qui s'échappaient du conteneur à ordures avec une odeur âcre et désagréable. Et il lui avait semblé que le feu brûlait à l'intérieur de lui, le réchauffait, et chassait cette chose sombre et froide que le Détraqueur avait laissé quelque part dans son ventre. Ils avaient entendu des sirènes de police au loin, alors ils avaient déguerpi en s'éparpillant dans Little Whinging.

Mais Dudley avait recommencé à faire brûler des choses.

Il le faisait seul, parce que ses amis voyaient ça comme un jeu, comme une façon de rigoler entre potes et de faire passer l'ennui. Mais c'était beaucoup plus que ça pour Dudley. Quand le froid s'infiltrait sous sa peau, quand la boule noire pesait dans son ventre, quand les images prenaient trop de place dans sa tête, il faisait brûler un truc, n'importe quoi, et les flammes, aussi petites et fragiles soient-elles, lui apportaient un peu de chaleur et de lumière. Et ça faisait du bien.

Alors quand Amanda avait fait une éloge funèbre pour son père qu'elle n'avait même pas pu enterrer, il était allé chercher du papier journal et lui avait dit de le faire brûler.

Dudley avait retrouvé la chaleur réconfortante, alors que les flammes jaillissaient des mains de la jeune fille.

Même s'il n'avait jamais porté un très grand intérêt à la religion, et qu'il ne croyait pas vraiment en Dieu, il voyait dans les éclats orangés une forme de prière. Adressée à personne à particulier si ce n'est peut-être à lui-même, avec toujours cet espoir d'aller mieux, de chasser le froid et les ténèbres. Et alors que les feuilles du journal brûlaient, brûlaient, brûlaient, il avait pensé à la sœur d'Amanda, qu'il ne connaissait pas, et à Harry aussi, qui étaient tous les deux dehors, quelque part, au milieu de cette guerre qu'il ne comprenait pas vraiment mais qu'il vivait quand même.

Et lorsque les flammes ne furent plus que cendres, il se sentit un peu mieux.

Amanda le remercia, après.

Alors cela avait du lui faire du bien, à elle aussi. Ce qui voulait dire que cette manie qu'il avait de vouloir faire brûler des trucs quand il se sentait mal n'était pas une mauvaise chose, une tare, ou une marque de pyromanie en puissance comme disait l'infirmière de Smelting.

C'était juste une façon de prier.