Coucou tout le monde!

Voici enfin la suite de cette traduction! Je suis désolée du délai mais je ne peux plus traduire au bureau comme je le faisais avant alors il faut que je me ménage un peu de temps le week-end mais ce n'est pas facile.

La suite de "Vous avez dit improbable?" est prête, je n'ai plus qu'à la relire. Si tout va bien je posterai le week-end prochain.


Bonne lecture!

Disclaimer : ceci est une traduction de la fic 'Coping with hope' de Laurenke1. J'ai obtenu son autorisation pour la traduire et la publier.


Chapitre 11

Harry prit une profonde inspiration alors qu'il était poussé dans la salle de classe par la ferme main de Snape sur son épaule. Il roula des épaules, espérant repousser ainsi la main de Snape mais celui-ci refusa de saisir l'allusion. Harry se mordit la lèvre, ravalant juste à temps un grondement et un commentaire sarcastique, un silence soudain étant descendu sur la pièce.

Le calme fut suivi par une série de murmures tandis que Harry tentait de regarder n'importe où sauf dans la direction des élèves de deuxième année qui le fixaient en chuchotant entre eux derrière leurs mains. La salle de classe était équipée des mêmes tables qu'auparavant mais le bureau et le tableau avaient été surélevés sur une petite plateforme, et le soleil entrait à flots.

Contrairement à la sixième année d'Harry durant laquelle Snape avait occupé le poste de professeur de Défense, il n'y avait plus au mur les horribles représentations des dégâts que la Magie Noire pouvait occasionner. Harry en était soulagé. Il n'était pas sûr de pouvoir le supporter après la bataille finale.

Il essaya à nouveau de se débarrasser de la main de Snape et siffla à son attention : « Lâchez-moi ! »

« Qu'avez-vous dit, Potter ? » La voix soyeuse qui susurrait derrière lui était dangereusement basse. Harry tourna la tête, lançant au sombre professeur un regard furieux. Les lèvres de Snape étaient retroussées en un rictus moqueur mais Harry ne se laissa pas distraire.

« J'ai dit : lâchez-moi, Monsieur. » Il avait accentué le dernier mot et retint péniblement un cri lorsque la main de Snape serra brièvement mais douloureusement son épaule.

« Montrez un minimum de respect ! »

« Seulement à ceux qui le mérite. » Harry savait que sa remarque était un coup bas mais il n'avait jamais aimé qu'on le touche pour lui faire mal. Les seules fois où les Dursley l'avaient touché avaient été pour le blesser ou le forcer à faire quelque chose. Harry s'était promis de ne plus jamais se laisser faire. Son humeur était déjà plus que mitigée à cause des disputes avec Ginny et des rumeurs qui se répandaient à travers l'école comme un feu de brousse, il n'avait vraiment pas besoin des leçons de Snape maintenant, pas avant qu'il ait pu se calmer.

Il fut soudainement relâché et brusquement poussé dans la pièce, titubant. Il parvint à se reprendre avant d'atterrir la face la première sur l'une des tables, tournant des yeux étrécis vers son professeur, tandis qu'il se frottait l'épaule pour atténuer la douleur.

Snape le frôla rudement en s'avançant dans la classe, ne semblant pas prêter attention au fait qu'il venait de heurter à nouveau son épaule. Harry croisa les bras sur sa poitrine, considérant pensivement le sol en mâchouillant sa lèvre inférieure. Mais qu'est-ce qu'il fichait là ?

Les élèves regardaient alternativement Harry et Snape, chuchotant toujours derrière leurs mains. Harry s'appuya contre un pupitre non occupé, se demandant brièvement ce qui pouvait bien les intéresser à ce point, puis décidant l'instant d'après qu'il n'en avait rien à faire. Il serait toujours entouré de murmures et en vérité, il en avait plus que marre.

« Je suis le professeur Severus Snape et j'enseigne aussi bien la Défense contre les Forces du Mal que les Potions… » commença Snape, son ton dur emplissant la pièce.

« Vous avez pratiqué la Magie Noire ! »

Harry lança un regard dur en direction des étudiants qui papotaient encore mais la voix de Snape claqua comme un fouet, laissant les élèves tremblant sur leur siège.

« Il appartient à vos instructeurs de posséder une certaine expérience de la matière qu'ils enseignent. Soyez reconnaissants que ce soit moi qui aie dû vendre mon âme plutôt que je ne vous force à brader la vôtre pour une bribe de connaissance. Désormais, j'aurais le silence lorsque je parlerai, bien qu'aujourd'hui nous ayons une démonstration au lieu d'un cours magistral. »

Harry se rembrunit lorsqu'il vit le petit sourire sarcastique que Snape lui dédia alors qu'il resserrait sa cape autour de lui en croisant les bras. Harry détourna les yeux, prétendant le plus parfait désintéressement bien que la simple présence de Snape lui porte sur les nerfs. Il n'avait qu'une vague idée de ce que Snape pourrait lui faire et il n'appréciait pas ce sentiment.

Il serra le poing, refusant de montrer à quel point ne pas s'emparer de sa baguette était difficile en cet instant. Son maître pouvait être un salaud totalement injuste lorsqu'il s'agissait de duel et Harry s'était battu avec Snape suffisamment souvent pour avoir conscience de sa rapidité dans ce domaine.

« De ce fait, je vous présente votre grande célébrité, en chair et en os, bien que petit – je suis intimement persuadé que les rumeurs sont beaucoup plus passionnantes que la réalité – Harry Potter. » Snape fit un geste en direction d'Harry dont les entrailles se rebellaient sous la colère. Il s'approcha de son maître, le meurtre lisible dans chacun de ses pas.


Les yeux verts étincelaient de rage alors que Potter le fixait. Severus ne s'attarda pas sur cette pensée et indiqua à Potter de s'approcher. Jeune fou. Croyais-tu vraiment que je ne saisirais pas la première opportunité de te rabaisser, simplement parce que tu es mon apprenti ? Il faut bien te remettre à ta place. La célébrité t'est montée à la tête…

Ses lèvres se retroussèrent en un petit sourire satisfait lorsque la magie de Potter, aussi tendue que son propriétaire, glissa sur sa peau. Voyons voir ce que Potter peut faire en duel alors qu'il ne pense pas clairement. Je prouverai une bonne fois pour toute que la chance était toujours de son côté et que ce n'est pas son habileté qui a perpétuellement sauvé ce gosse.

Il fit tourner son poignet, sentant le bracelet frotter contre sa manche sans y prendre garde. Son regard acéré parcourut l'assistance : Gryffondors, Serpentards, Poufsouffles et Serdaigles de deuxième année, tous ensemble dans une seule grande classe car les séparer aurait voulu dire enseigner à de petits groupes de quatre ou cinq étudiants.

Un léger mouvement de sa baguette envoya son bureau contre le tableau et ajouta un sort de protection sur les élèves. Les doigts de Severus touchèrent son bracelet et il murmura doucement : « Protego. »

Potter trébucha lorsque le charme incrusté dans le bracelet qui leur permettait de communiquer additionna une fine couche de protection supplémentaire. Severus savait que Potter ne serait pas capable de détecter le sort qu'il avait ajouté son apprenti. Il n'avait pas l'intention de prendre des gants avec le gamin mais il ne voulait pas qu'il soit blessé.

« Mr Potter et moi-même allons vous présenter un rapide duel afin de vous montrer les sorts que vous pouvez utiliser pour le combat et pour votre protection. Nombre de ces sorts sont dangereux et ne sont pas enseignés à Poudlard pour différentes raisons. Ceci n'est pas un club de duel et vous n'utiliserez pas ces sorts sur vos camarades. Ce n'est pas non plus une excuse pour pratiquer sur les élèves des années supérieures car s'ils ripostent, vous en assumerez les conséquences. Avez-vous des questions ? »

Un Gryffondor, si Severus ne se trompait pas, leva la main. Severus lui fit un signe de tête sec et l'enfant balbutia : « Professeur, pourquoi avez-vous choisi Harry Potter ? C'est pour prouver que vous êtes plus fort que celui qui a vaincu Vous-Savez-Qui ? »

Le visage de Potter était impassible mais les yeux verts perdirent leur éclat à l'instant où un autre étudiant cria. « Ouais, Harry Potter est un dur. Il est beaucoup plus fort que tout le monde et… »

« Je l'ai vaincu parce que j'ai été aidé. Je n'ai pas eu peur de demander de l'aide à mes amis et à ceux auxquels je tiens… » Potter perdait son sang-froid.

« Tu t'es planqué derrière tes amis ! » Un autre élève se leva et Potter cligna des yeux, fermant les poings, alors que Severus sentait une vague de magie en provenance du bracelet. Il savait que ce n'était qu'un faible écho de la puissance du petit sorcier réagissant à ses émotions, à sa douleur.

« Je ne leur ai jamais demandé de… »

« Et bien cinquante personnes sont mortes parce que tu ne t'es pas rendu ! Tu étais planqué dans la Grande Salle lorsqu'il a demandé que tu te montres pour épargner les autres. » Il s'agissait encore de la même petite sorcière qui criait et Severus réalisa soudainement qu'elle avait perdu une sœur dans la Bataille et que son père était hospitalisé à Sainte Mangouste.

« Et vous, Miss Smith, êtes folle de croire les paroles d'un Mage Noir. » intervint-il d'une voix soyeuse. Il pouvait voir Potter trembler mais était incapable de savoir si c'était de rage ou d'autre chose. Il avança d'un pas, clouant sur place la jeune sorcière d'un simple regard, et reprit sur un ton ronronnant : « Le Seigneur des Ténèbres a toujours menti. Quelle qu'ait pu être la décision de Mr Potter à ce moment, il aurait néanmoins blessé et tué des élèves, tout particulièrement ceux venant de famille moldues. »

La fillette pâlit et Severus ricana. Il n'était pas envisageable que les élèves se révoltent contre Potter. Certains des Gryffondors lançaient des regards noirs vers la fille qui avait osé remettre leur héros en question et Severus retroussa les lèvres. Il jeta un coup d'œil en direction de Potter et constata que son apprenti n'avait pas réussi à rassembler son sang-froid. Le regard vert fixait obstinément le sol et quelque chose d'autre semblait occuper ses pensées. Severus étrécit ses yeux d'obsidienne. Qu'est-ce qui pouvait bien distraire son apprenti à ce point ?

Il s'éclaircit doucement la gorge et parla. « Pour répondre à la question qui m'a été posée avant que nous ne soyons si rudement interrompus – ce qui coûtera cinq points à chaque Maison pour avoir parlé sans que cela soit son tour – Mr Potter se trouve ici parce qu'il est mon apprenti. »

Severus avait accentué le dernier mot avec certain mépris et il vit le mouvement de recul de Potter. Ses yeux s'étrécirent de nouveau. Il avait l'impression que Potter n'aimait pas la façon dont ce mot sonnait. Il n'avait pas tort, Severus était fier de son apprenti et le ton qu'il utilisait était uniquement pour le bénéfice des élèves, mais il aurait dû savoir que le Gryffondor n'apprécierait pas.

« Très bien. Si vous voulez vous en donner la peine, Potter, nous allons commencer. » Il claqua des doigts pour mettre en place les murs de protections qui les sépareraient des étudiants. Il sortit sa baguette de son holster de poignet et indiqua à son apprenti d'approcher.

« Baguette levée, Potter. Vous assumerez la position d'attaque et je me défendrais. Les sorts que vous ne pouvez utiliser comprennent les Impardonnables, ceux qui endommageraient la salle, ainsi que ceux qui blessent. Vous prononcerez clairement chaque sortilège, même si vous êtes capable d'informulés. » Severus vit avec satisfaction le gamin se tendre davantage.

Il se demandait combien de temps Potter tiendrais encore avant de craquer. Il le fixait, les yeux rétrécis, son pouvoir étincelant sur sa peau, si subtilement que Severus le sentait à peine. Il inclina la tête, invitant son apprenti à commencer.


Ce qu'il pouvait détester ce connard !

Harry dut se mordre la lèvre, serrant violemment les poings à en avoir mal, car il était certain de perdre son sang-froid. Rien à faire de sa baguette, il allait boxer son maître. Cette journée était déjà suffisamment épuisante sans les allusions voilées de Snape à son inutilité. Cela lui rappelait tellement les Dursley et les accusations de Ginny que s'en était trop.

Harry se força à respirer profondément pour se calmer et reprendre le contrôle de sa magie. Sans résultat. Sa respiration était rapide et erratique lorsqu'il leva sa baguette et cria le premier sortilège qui lui passa par la tête.

« Stupefix ! »

« Protego. »

Snape agita sa baguette si promptement que la boule de magie rouge fut déviée. Harry sauta hors de portée alors que la sphère d'énergie rebondissait sur le bouclier qui protégeait les élèves. Nombre d'étudiants haletèrent mais Harry avait déjà incanté son prochain sortilège.

« Tarentallegra ! » Snape retroussa les lèvres, ce qui ne fit qu'exaspérer Harry davantage alors qu'il pensait : Levicorpus.

Harry ne vit même pas la baguette de son maître bouger tant son geste fut prompt, mais il savait que le sort avait été dévié. Snape le regardait, les paupières plissées et les yeux furieux, mais Harry se contenta de sourire dédaigneusement. Il était tant que son maître se souvienne de qui était son apprenti.

« Locomotor. »

Harry répliqua immédiatement et Snape eut à peine le temps de renforcer son bouclier alors qu'il criait : « Obscuro ! »

Il avait espéré prendre Snape en défaut et il y réussit car un bandeau apparut momentanément sur les froids yeux noirs. Les élèves rirent et Harry s'autorisa une petite pause, souriant. Il savait que Snape devait probablement être extrêmement furieux en ce moment mais il s'en moquait. Il était curieux de voir comment Snape prenait le ridicule.

« Petrificus Totalus ! »

Harry sentit son sourire se figer sur son visage lorsque Snape cracha son sortilège. Le sorcier plus âgé respirait lourdement alors qu'il annulait le sort d'Harry et retirait le bandeau. Les yeux noirs montraient parfaitement à quel point Snape était en colère tandis qu'il s'approchait d'Harry, utilisant sa baguette pour le maintenir en place.

Harry aurait tressailli devant la démarche assurée et volontaire de son professeur s'il avait pu mais seuls ses yeux indiquaient sa colère et sa peur. Snape marcha jusqu'à lui, caressant sa joue de sa baguette, déclarant d'une voix ronronnante :

« Vous ne devez jamais baisser votre garde, même si vous pensez que votre opposant est distrait. Il est toujours possible qu'il réplique avec un sort approprié, ainsi que je l'ai démontré sur Mr Potter. » Harry se serait mordu la lèvre ou aurait craché sur Snape mais il ne pouvait qu'espérer que son regard traduise son sentiment.

Snape était si proche que Harry pouvait sentir son souffle chaud sur sa joue. Son haleine était parfumée à la menthe et Snape ricana avant de lancer sèchement à l'ensemble de la classe : « Pourquoi ne prenez-vous pas en note tout cela en utilisant Mr Potter comme exemple ? Vous vous rappelez sûrement des sortilèges que nous avons incanté ? »

Il y eut une commotion soudaine tandis que les élèves cherchaient fébrilement parchemins et plumes. Snape se pencha vers Harry pour murmurer à son oreille, sa voix contenant une menace à peine voilée. « Une seule autre tentative de ce genre et vous me le payerez, Mr Potter. N'oubliez pas contre qui vous vous battez ! »

Snape repoussa Harry violemment et s'éloigna, exposant imprudemment son dos. Harry le prit comme l'insulte que ce geste était : Snape n'avait pas peur de lui. Il allait devoir montrer à son maître qui il était.

« Finite ! » Snape annula le sort d'entrave d'un mouvement de baguette négligeant, mais Harry était prêt.

« Sectumsempra ! » cria-t-il, sa baguette assurée. Il n'avait pas vraiment le désir de blesser Snape mais sa colère et sa haine envers le sorcier plus âgé étaient si intenses en cet instant qu'il se moquait d'entailler sa joue ou non.

Le professeur se retourna si rapidement qu'Harry n'eut pas une seconde pour penser alors que Snape levait sa baguette pour contrer le sort. Le visage de son maître était tordu par la rage et Harry sentit une puissante vague de magie glisser sur lui, le balayant comme un fétu de paille au bas de l'estrade. Sa tête heurta la pierre du sol et le monde se mit à tourner à une vitesse alarmante tandis que Harry se battait contre les ténèbres qui menaçaient d'envahir son champ de vision.

Son crâne était douloureux à l'endroit où il avait touché les dalles de pierre et Harry ne parvenait pas à rassembler suffisamment d'énergie pour se relever alors que la salle éclatait en cris inquiets.


« SILENCE ! » rugit Severus, couvrant les murmures excités des élèves qui s'étaient approchés de Potter. Il émit un grondement bas et rauque avant de lancer un jet d'étincelles en l'air pour calmer le pandémonium qui régnait dans la salle.

Cela ne servit à rien. Les élèves étaient énervés et Severus craqua, stressé par l'exaspérant bourdonnement du lien qui résonnait à ses oreilles parce que son apprenti était blessé par sa faute. « Asseyez-vous tous ! Mr Potter se porte à merveille. »

« Monsieur, il ne bouge pas. »

Merlin ! Ai-je réussi à faire ce que le Seigneur des Ténèbres a tenté vainement d'accomplir cette dernière décennie ? Suis-je parvenu à tuer Harry Potter ? Minerva ne me le pardonnera jamais !

Son cœur de Severus tambourinait dans sa poitrine tandis qu'il se rapprochait. Potter était sur le dos, le visage pâle et les yeux papillonnants. Severus s'accroupit aux côtés de son apprenti, ses doigts glissant sur le cou du jeune homme pour vérifier son pouls alors que les élèves chuchotaient sans discrétion.

« Regarde, Snape l'étrangle pour s'assurer qu'il reste mort ! Tu as vu avec quelle force il l'a frappé ? » Severus lança un regard noir aux étudiants encore rassemblés autour de Potter. Certains pleuraient. Le pouls de son apprenti était lent et faible aux oreilles peu entraînées de Severus.

« Potter… Harry, vous m'entendez ? C'est le professeur Snape. » Les yeux verts brumeux se fixèrent vivement sur lui. Potter gémit.

« Je vais être malade. » Il joignit involontairement le geste à la parole et répandit le contenu de son estomac sur lui-même et sur le sol. Severus jura fortement.

Les élèves haletèrent de surprise, certains gloussant, d'autre prenant note des faits et gestes du maître des potions, probablement dans l'espoir de vendre ces informations au meilleur prix à un journal ou à un autre. Décidant de prendre Potter en pitié, Severus lança doucement un Récurvite. Les vomissures disparurent mais l'odeur persista alors que Severus saisissait Potter par l'épaule. Il releva le garçon en position assise, l'appuyant sur sa propre épaule. Potter pâlit davantage et ferma les yeux sous l'assaut évident de la douleur.

La main qui ne soutenait pas le jeune homme repoussa délicatement les cheveux ébouriffés et sentit une bosse de la taille d'un œuf grossir sous ses doigts. Il murmura un sort de guérison dans un souffle et entendit Potter respirer avec plus d'aisance. Les épaules raidies se relaxèrent contre son bras et il dut attendre encore quelques instants avant que Potter ouvre à nouveau des yeux choqués mais sans trace de douleur.

« Restez assis si vous vous sentez mal. » déclara-t-il à son apprenti, passant les mains sur ses épaules lorsqu'il sentit le jeune homme se tendre. Potter cligna des yeux comme une chouette réveillée en plein jour en direction des élèves et Severus vit la rougeur gracier progressivement les hautes pommettes du garçon.

Le lien cessa de bourdonner dans son esprit tandis que Severus glissait une main réconfortante dans les cheveux de Potter. Le Gryffondor sembla se tendre encore davantage et réprima à grand-peine un mouvement de recul. L'humeur de Severus se dégrada immédiatement. Etait-ce là les remerciements qu'il obtenait pour s'être occupé du gamin ? Saint Potter n'aime pas que son hideux professeur de potions le touche…

Après un moment de flottement, Potter se détendit pendant que Severus continuait d'examiner la zone sensible. Le jeune homme siffla entre ses dents serrées lorsque Severus effleura la bosse. « Est-ce douloureux ? »

« Oui, Monsieur, mais moins qu'il y a quelques minutes. »

« Bien. Si vous avez la tête qui tourne, des vertiges ou que la douleur persiste, allez voir Madame Pomfrey. Levez-vous lentement et asseyez-vous dans ce siège, là. La leçon est terminée. »

« Oui, Monsieur. » marmonna Potter en se levant posément. Il vacilla un instant et Severus était sur le point de glisser un bras autour de la fine taille de son apprenti lorsque celui-ci retrouva son équilibre et s'effondra sur la chaise qu'il lui avait indiqué.

Severus se releva et épousseta sa robe de sorcier, dardant son regard noir sur la classe : « Que regardez-vous ainsi avec vos yeux de merlans frits ? Oust ! Le cours est terminé ! Deux pieds de parchemin sur la meilleure façon de parer les sortilèges inamicaux, à rendre pour la prochaine leçon. »

Les élèves se sauvèrent à toutes jambes et Severus remit de l'ordre dans la pièce d'un geste de la main. Il se retournait vers Potter lorsque le gamin lui posa une question : « Puis-je aller déjeuner, Monsieur ? »

« Non, je dois vous parler. »

« Très bien… » Devant le regard fixe et peu amène de Severus, il ajouta : « Monsieur. »

« Pas ici, idiot. En privé. A moins bien entendu que vous ne souhaitiez étaler vos problèmes personnels devant toute l'école… » Severus croisa nonchalamment les bras.

« Le reste de l'école sera dans la Grande Salle pour manger. » râla Potter un tout petit peu trop fort.

« Nous ne les rejoindrons pas. Nous déjeunerons dans mon bureau. » Severus fit rapidement demi-tour et quitta la pièce, sachant que Potter le suivrait malgré le regard coléreux qu'il fixait sur son dos et que Severus sentait parfaitement.


Sale con…

L'esprit d'Harry tanguait sauvagement, tout comme son estomac l'avait fait un peu plus tôt lorsqu'il avait tout rendu sur lui. C'était la seconde fois en deux mois depuis qu'il était l'apprenti de Snape qu'il manquait de vomir sur son maître.

Il suivait ce dernier à un rythme moins soutenu car sa tête le faisait encore souffrir, même si la douleur avait perdu en intensité par rapport à l'instant où il s'était levé. Son visage s'empourpra lorsqu'il se rappela que les étudiants avaient été témoins de la scène. Sans aucun doute, l'histoire de la défaite d'Harry face au Maître des Potions aurait fait le tour de l'école d'ici à la fin du déjeuner.

Je me demande bien comment ils vont considérer ça. Une dispute d'amoureux, peut-être… Mais ils ont vu autre chose, ils ont vu que je suis une catastrophe. Peut-être bien que seule ma chance m'a sauvé toutes ces années et non mon habileté. Je pensais que peut-être j'étais bon à quelque chose mais non, je suis juste un raté bon à rien.

« Assis. » Un long doigt lui indiqua un siège et Harry rétorqua.

« Une phrase correcte aurait été 'vous pouvez vous asseoir ici, Mr Potter.' » Les yeux sombres de Snape le fixaient, les sourcils froncés, ses lèvres réduites à une fine ligne qui ne s'ouvrit que pour laisser passer un mot : « Maintenant ! »

Harry resta debout tandis que Snape levait un sourcil, lui désignant silencieusement la chaise qui faisait face au bureau. Harry étrécit les yeux alors que Snape penchait la tête sur le côté et s'enquérait doucement : « Vous pensez vraiment que vous allez gagner, Potter ? »

« Vous êtes celui qui voulait parler. » répliqua-t-il.

« J'en ai assez de cette effronterie, gamin ! Si vous tenez à me montrer l'insolence d'un gosse de sept ans aujourd'hui, je veillerais à vous punir comme un enfant de sept ans. Je ne suis pas incapable de vous placer sur mes genoux pour une bonne fessée, Potter. »

« Vous m'avez suffisamment frappé pour aujourd'hui, Monsieur. » cracha Harry. Il faisait semblant de ne pas avoir été affecté par la manière dont Snape avait grondé 'gamin'. Cela lui rappelait trop son oncle Vernon lorsque celui-ci avait décidé qu'une punition était plus indiquée qu'un sermon.

Le regard de Snape s'assombrit et il murmura très clairement : « Si vous pensez qu'il s'agissait d'une raclée, Potter, vous n'avez jamais été assez battu pour avoir peur de ne pas vous réveiller par la suite. »

« Non, suffisamment souvent par mon oncle et Dudley pour savoir comme l'éviter. » marmonna Harry dans sa barbe. Les yeux d'onyx vinrent immédiatement se fixer sur lui mais Harry était persuadé que Snape n'avait rien entendu. Son maître n'avait pas une si bonne ouie, si ?

« Très bien, voulez-vous prendre place, Mr Potter ? Cette discussion risque de durer. A moins que vous ne souhaitiez que je vous fasse basculer sur mes genoux et que je vous donne une raison de ne pas pouvoir vous asseoir à table pendant une semaine ? » La voix de Snape avait perdu son velouté pour n'être que dangereuse désormais.

Harry s'assit, réarrangeant les pans de sa robe pour occuper ses mains. Il haïssait Snape.

Snape se percha sur le bord de son bureau, surplombant Harry de toute sa hauteur. Le Gryffondor refusait de lever les yeux.

« Qu'est-ce qui vous a énervé ainsi aujourd'hui ? » La question était si inattendue qu'elle le prit entièrement par surprise et qu'Harry sauta sur ses pieds dans un mouvement de rage.

« Enervé ? Vous me rabaissez, m'insultez et ensuite vous venez m'accuser d'être énervé ? C'est trop fort, Snape ! »

« Asseyez-vous, gamin ! » Harry eut un mouvement de recul devant la dureté du ton lorsque le mot 'gamin' fut prononcé et Snape s'arrêta. Harry releva la tête pour se trouver dans le champ de vision du regard calculateur de son professeur. Il déglutit difficilement et se rassit tandis que Snape prenait une profonde inspiration : « Cela fait des années que mon comportement en classe ne provoque plus chez vous une telle réponse. Alors je vous le redemande, Mr Potter, qu'est-ce qui vous a énervé de la sorte ? »

Harry détourna le regard et grommela : « Ce n'est rien. »

« Et bien ce n'est certes pas un petit rien. »

« Quelques trucs avec Ginny. »

« Pourriez-vous expliciter, Mr Potter, quels 'trucs' sont en rapport avec Miss Weasley ? Cela avait-il quelque chose à voir avec ma lettre ? »

« Oui. Elle n'était pas ravie. »

« Je ne m'attendais guère à ce qu'elle le soit mais de quelle manière a-t-elle manifesté son mécontentement ? »

« Devant toute le salle commune de Gryffondor et toute l'école. Elle avait des théories intéressantes sur les raisons qui vous pousseraient à de telles extrémités pour nous faire rompre. » Harry n'était pas sûr de la façon dont Snape réagirait lorsqu'il lui annoncerait quelles théories fumeuses Ginny avait inventées.

Il soupira. Que devait-il faire ? Devait-il le dire à son mentor ou bien attendre qu'il l'apprenne par les rumeurs ? Non, mieux valait lui annoncer en personne. Il inspira et leva les yeux, regardant droit dans ceux de Snape.

« Ginny a insinué que vos motifs pour rédiger cette missive étaient dus à une peur de la compétition. »

« Compétition ? » Un sourcil se haussa, intrigué, et Harry sut que son maître n'apprécierait pas.

« Oui. Elle a sous-entendu que nous étions amants. »

« Amants ? » La voix de Snape se brisa alors qu'il bondissait sur ses pieds et commençait à marcher de long en large, sifflant comme un serpent en colère. « Jusqu'où pousse-t-elle l'idiotie ? Un apprentissage n'a rien à voir avec une cour. Je suis supposé vous apprendre mon art pas vous enseigner la pratique sexuelle… »

Snape continuait sa litanie et Harry détourna les yeux. Non, ce serait trop demander que quelqu'un veuille de lui. Cela n'avait pas nécessairement à être à ce niveau, mais Harry avait reçu si peu de gentillesse et de tendresse dans sa vie qu'il ne souhaitait rien d'autre que quelqu'un qui soit à ses côtés pour glisser un bras autour de ses épaules lorsqu'il se sentait mal, comme aujourd'hui. Remus et Sirius n'avaient jamais élevé d'objections et Harry avait toujours voulu leur raconter ce qui s'était passé avec les Dursley, quel avait été leur comportement avec un enfant qu'ils détestaient mais qui avait été placé entre leurs mains.

« Potter, m'écoutez-vous seulement ? » La main de Snape se posa sur son épaule et Harry tressaillit, reculant prestement, baissant la tête jusqu'à appuyer son menton sur sa poitrine et cachant son visage entre ses mains dans un geste de protection. La main de Snape retomba comme si le sorcier s'était brûlé et il gronda : « Mais qu'est-ce qui ne va pas chez vous, gamin ? »

« Ne m'appelez pas comme ça ! » Harry sauta sur pieds, embarrassé de sa réaction, et se retourna pour faire face à Snape.

« Comment devrais-je vous appeler ? Gamine peut-être ? » siffla son mentor.

« Non. » Harry tourna la tête et marmonna vaguement entre ses lèvres engourdies : « Je n'aime pas quand vous m'appelez avec ce ton là. »

« Et pourquoi cela ? » Harry haussa les épaules et la voix de Snape se modula sur un ton plus agréable. « Potter, il y a forcément une raison pour que vous ayez une réaction si violente à ce terme alors quelle est-elle ? Je veux entendre une justification raisonnée de votre dégoût de ce mot. »

« C'est celui que mon oncle utilisait toujours lorsqu'il était en colère contre moi ou que j'avais des ennuis. » Harry fixait toujours le sol et Snape croisa les bras, ricanant.

« Oh, quand vous deviez secouer votre fainéantise naturelle pour effectuer quelques corvées ? Pauvre petit Potter qui a du se salir les mains et peut-être même se casser un ongle en faisant la vaisselle parce qu'il n'avait pas rapporté la meilleure note sur son bulletin. Que faisait votre oncle pour vous punir, je me le demande. Il vous mettait au coin une minute ou bien vous privait de dessert ? »

Ce fut la goutte qui fit déborder le vase. Un début de journée stressant, le ton moqueur de Snape combiné aux horreurs que Ginny avait débitées, c'en était trop. Harry craqua. Il s'en fichait maintenant, que son maître se dépatouille avec ce qu'il avait semé. Il cracha ces paroles, des larmes amères emplissant ses yeux :

« J'aurais eu de la chance d'être nourri tout court ! J'aurais souhaité avoir été mis au coin ou être privé de mon dessert favori, mais cela aurait impliqué le fait qu'ils cuisinent pour moi et non l'inverse ! Cela aurait signifié que je pouvais m'asseoir à table avec eux et manger un repas normal comme une personne normale au lieu de me faufiler hors de mon placard en plein milieu de la nuit pour me servir dans le frigo en espérant qu'Oncle Vernon ne l'ait pas verrouillé ou il ne me resterait plus que la poubelle. J'aurais souhaité être puni pour ne pas avoir les meilleures notes au lieu de me voir puni pour en avoir de meilleures que Dudley. Il fallait montrer à l'erreur de la nature ce qu'on récoltait à être meilleur que leur précieux fils ! Ca voulait dire être enfermé dans le placard pour Harry Potter, le Garçon-Dont-Personne-Ne-Voulait, pendant cinq semaines ! J'avais droit à une gifle pour avoir simplement dit que je ne me sentais pas bien et que je ne pouvais pas faire mes corvées. Personne n'avait pitié de moi, j'étais laissé pour mort dans mon placard lorsque j'étais malade. Ma tante Pétunia se contentait de vérifier plusieurs fois par jour mon état en espérant que je ne sois plus de ce monde ! Elle ne m'a pas amené à l'hôpital lorsque Dudley et son gang me sont tombés dessus et m'ont frappé si fort que j'ai eu trois côtes brisées. Elle a juste râlé que je ne pouvais plus faire ma liste de corvées. Ca n'avait aucune importance que j'ai mal ou… »

Avec un temps de retard, il réalisa que les larmes coulaient librement sur son visage et qu'il retenait à grand-peine ses sanglots, les yeux fixés sur la forme immobile de son maître dont le visage aurait pu être gravé dans la pierre tant il était figé. Il poursuivit dans un murmure : « Je donnerais n'importe quoi pour avoir eu ne serait-ce qu'une ombre de la vie que vous imaginiez que j'avais. Savoir que j'étais désiré et non qu'on me rappelle quotidiennement quel fardeau, quelle erreur de la nature je suis et qu'ils auraient été mieux inspirés de me laisser mourir de froid sur le pas de la porte ! Un bébé d'un an qui vient juste de perdre ses parents et qui arrive soudainement peut-être une grande surprise mais pourquoi ne pouvaient-ils pas être comme toutes les autres familles et simplement m'accepter, m'aimer ? »

« Potter… Je… » commença Snape mais Harry continua, le poing serré dans une futile tentative de contrôler le flot de paroles qui s'échappait presque contre son gré.

« Je pensais que ça s'arrêterait une fois à Poudlard mais non. Ca a continué tous les étés. J'ai cru, après ma cinquième année, quand l'Ordre a mis en garde mon oncle vis-à-vis de sa façon de me traiter, que ça changerait. Vous avez une idée de ce qui s'est passé quand je suis arrivé à la maison ? Il m'a enfermé dans ma chambre pour une semaine avec un verrou sur le battant et une chatière pour la nourriture. Je pouvais utiliser la salle de bain une fois par jour. Il a pris ma baguette et m'a forcé à écrire ces lettres pendant qu'il se tenait derrière moi, pour être sûr que je ne le leur dise rien de ce qui se passait réellement… »

Il ne parvenait plus à parler. Il força une inspiration douloureuse, tentant de maintenir à l'intérieur le sanglot qui voulait à toute force émerger de sa gorge. Une main sur son épaule l'adossa contre la chaise. Une autre main vint presser un verre d'eau entre ses doigts. Harry le vida rapidement.

« Buvez lentement. » ordonna Snape et Harry s'obligea à obéir.

« Très bien. Laissez-moi résumer les points principaux pour m'assurer que j'ai bien tout saisi. Pouvez-vous faire cela, Mr Potter ? »

Harry opina d'un petit signe de tête, prenant une respiration tremblotante. Il leva les yeux pour voir que Snape avait approché une chaise et s'était assis face à lui, les coudes sur les genoux.

« Reprenons. Vous dormiez dans un placard au lieu d'un lit convenable. Vous n'étiez pas nourri régulièrement. Rabaissé, voire volontairement battu lorsque vous aviez de meilleurs résultats que leur fils. Vous n'aviez droit à aucun traitement en cas de maladie et votre famille vous a refusé le minimum syndical des besoins humains. » La voix de Snape était aussi élégante que toujours mais Harry pouvait voir à quel point son maître était en colère. Les yeux sombres étincelaient et les longs doigts fins remuaient alors que le maître des potions demeurait assis en silence, ayant achevé son résumé. Harry opina derechef lorsqu'il comprit que le professeur attendait une réponse.

« Madame Pomfrey n'a-t-elle jamais mentionné ces abus durant l'examen nécessaire pour vous autoriser à jouer au Quidditch ? »

« Elle a dit… » Harry ravala un sanglot et reprit dans un murmure rauque. « Elle a dit que j'étais sous-alimenté et trop maigre, qu'elle le mentionnerait dans mon dossier scolaire mais elle ne m'en a jamais demandé la raison. J'en ai conclu au bout d'un certain temps, comme personne ne cherchait à en savoir plus, qu'elle ne s'en préoccupait pas plus que les autres docteurs et infirmières. »

« Jamais aucune infirmière ou aucun médecin n'a vu les marques et contacté les services sociaux ? »

Harry secoua la tête. « Non, Oncle Vernon leur disait toujours que j'étais un enfant difficile et que le seul moyen de me faire entendre raison était par le châtiment corporel. »

« Et vous l'avez cru. » Ce n'était pas une question mais une affirmation.

« Je n'avais aucune raison de ne pas le croire, personne ne l'a jamais nié. » Harry considéra obstinément le sol, ratant l'expression compatissante qu'arborait le visage de son maître.


« Pourquoi ne vous êtes-vous pas adressé au professeur McGonagall ou même aux Weasley ? Molly aurait adoré vous avoir chez elle de manière permanente. » Severus regarda Potter hausser les épaules avant de répondre.

« Pourquoi ? Rien n'aurait changé. J'aurais juste eu plus d'ennuis. »

Ah oui, pourquoi faire confiance à un adulte alors qu'ils vous ont failli si souvent dans votre vie ?

« Certainement Molly ou même votre ami Ronald a du vous remarquer votre état… »

« Ron y a fait allusion plusieurs fois et je suis sûr que Mr et Mrs Weasley ont essayé mais ils ont toujours dit que Dumbledore voulait que je retourne chez les Dursley, qu'il était nécessaire pour les protections de sang issues de ma mère que j'y sois deux ou trois semaines en été. »

Ah, le marionnettiste. Depuis combien de temps saviez-vous, Albus, que Potter était maltraité chez cette saleté de Pétunia ? Quelle excuse avez-vous utilisé pour faire taire Poppy lorsqu'elle s'est présentée avec les résultats de son examen ? Si seulement Poppy n'avait pas cru que vous étiez la perfection incarnée, si elle nous avait fait suffisamment confiance, à moi ou à Minerva, pour venir nous trouver avec ses découvertes, nous aurions pu prendre les mesures nécessaires et placer Potter dans une maison convenable. Vous avez laissé trop de choses au hasard, Monsieur le Directeur, vous n'en aviez rien à faire, n'est-ce pas ?

« Cela n'était pas nécessaire. Le sort que votre mère a involontairement placé sur vous, un sortilège qui combinait son sang et celui de James, vous aurait protégé n'importe où pour peu que vous vous y sentiez chez vous. Le sang de Petunia ne comporte pas de magie et si le Seigneur des Ténèbres n'avait pas eu si peur de ces protections et avait attaqué la maison de votre famille, ce sortilège ne vous aurait pas protégé dans ces circonstances. »

« J'aurais pu vivre ailleurs ? » Potter leva les yeux et le regard misérable qui éclairait les orbes émeraude de son apprenti déchira le cœur de Severus. Il hocha la tête et le jeune homme lui demanda d'une toute petite voix qui le suppliait de mentir : « Mais Dumbledore ne savait pas… sûrement… Je veux dire… vous êtes plus intelligent que lui et vous avez accès à plus de livres alors vous pouvez savoir des choses qu'il ignorait… Je veux dire… il ne m'aurait pas renvoyé là-bas encore et encore sans raison… »

Malheureusement Harry, il l'aurait fait. Il fallait que tu sois convaincu que tout ce qui t'arrivait dans la vie était ton lot. Il fallait que ta confiance dans les adultes soit si vacillante que tu ne te tournes surtout pas vers eux même s'il était évident que tu ne pouvais pas t'en sortir seul. Il fallait que tu sois si parfaitement indépendant que, lorsqu'il te demanderait le sacrifice ultime, le sacrifice de ta vie, tu lui fasses entièrement confiance, sans une hésitation, persuadé que tu ne manquerais à personne, persuadé que personne ne s'en préoccupait.

Severus ignora le regard plein d'espoir que lui lançait son apprenti, le suppliant de confirmer ce qu'Harry avait désespérément besoin de croire pour rester mentalement sain. Pourquoi quelqu'un qui prétendait tenir à lui l'aurait renvoyé été après été en un lieu dans lequel il avait été maltraité, à moins qu'il n'ait pas su qu'il existait une autre alternative ?

Mais si Severus mentait maintenant, il savait que Potter ne guérirait pas. Or c'était ce dont le jeune homme avait besoin par-dessus tout. Cela signifiait : plus de mensonges. Peu importait à quel point Potter pourrait lui en vouloir, il devait lui dire la vérité.

« Potter… Harry, il avait accès à plus de livres, de rapports de recherches, que qui que ce soit parce qu'il était le directeur de Poudlard. Il savait parfaitement ce vers quoi il te renvoyait tous les étés. »

Potter se leva, hurlant à pleins poumons : « Ce n'est pas vrai. J'avais de l'importance pour lui. Vous êtes juste jaloux qu'il se soit préoccupé de moi et pas de vous… Je l'ai vu dans vos souvenirs et… »

Severus réagit en l'espace d'une seconde lorsque Potter tourna les talons et s'enfuit. Son sortilège de fermeture atteignit la porte juste avant Potter et le jeune homme s'acharna sans résultat sur la poignée. « Laissez-moi sortir ! »

« Non, Harry. Nous devons en parler. »

« Laissez-moi sortir ! Vous ne supportez tout simplement pas la vérité. Il se préoccupait de moi et pas de vous… »

Severus approcha précautionneusement de son apprenti tremblant, posant doucement une main sur l'épaule agitée de soubresauts. La voix de Potter s'était éteinte dans un sanglot et l'instant d'après il se lançait sur Severus. Il crut que le jeune homme allait le frapper mais il se contenta de l'entourer de ses bras, enfouissant son visage contre sa poitrine en pleurant. Stupéfait, il berça Potter, les sanglots douloureux du jeune homme le brisant le cœur alors que celui-ci murmurait faiblement :

« Je comptais pour lui. »

« Oui Harry, mais d'une certaine façon son attention était aussi destructrice que celle des Dursley. S'il avait eu pour toi l'affection qu'il disait avoir, il t'aurait sorti de cette maison pour te placer ailleurs. Mais tu as raison, à sa manière, il se préoccupait de toi. Cela ne signifie pas qu'il a bien fait. »

Caressant les cheveux noirs d'une main apaisante, Severus permit à son apprenti de pleurer librement et – il ne pouvait que l'espérer – de commencer à guérir du mal qui lui avait été fait.


Quelques instants très embarrassants plus tard, Harry était de nouveau assis sur sa chaise, sirotant un verre d'eau. Il hoquetait encore à l'occasion mais préférait ne pas s'attarder sur ce moment qu'il avait passé à pleurer à chaudes larmes comme un enfant contre le torse ferme de Snape. Son maître avait sûrement été suffisamment traumatisé comme cela.

Il préféra également ne pas s'appesantir sur le fait qu'il continuait à penser que le corps de Snape était vraiment très ferme. Il était anormal.

« Harry ? » Quand Snape avait-il commencé à l'appeler Harry ?

Il leva les yeux pour se trouver nez à nez avec un mouchoir blanc et parfaitement repassé que lui tendait son maître. Il hocha la tête et l'accepta sans poser de question. Il se tamponna lentement les yeux, murmurant un faible merci.

Il prit une profonde inspiration et une gorgée d'eau, finalement calmé. Il se sentait mieux, comme si une partie du poids qu'il portait depuis si longtemps avait disparu avec ses larmes. Son estomac gronda et Harry jeta un coup d'œil en direction de Snape, les joues rougissantes.

« Dois-je commander à déjeuner ? » Le ton de Snape était sec et Harry opina, soulagé que son maître ne se moque plus de lui. « Veux-tu manger quelque chose en particulier ? »

« Tant qu'il n'y a pas trop de légumes, ça m'ira. » répondit Harry tandis que Snape haussait un sourcil. Le sorcier plus âgé écrivit sur un parchemin vierge avant de prendre la parole :

« Ainsi si je souhaite te torturer je n'ai qu'à te donner des légumes. »

« Avec tout ce qui m'a manqué chez les Durleys, je ne suis pas difficile. » Snape tapota le parchemin de l'extrémité de sa baguette et il disparut. Le maître des potions s'installa confortablement derrière son bureau, les mains jointes et le regard fixé sur Harry.

Au moment où son maître ouvrait la bouche pour parler, un coup retentit à la porte. Dédiant à Harry un regard dur et appuyé que le jeune sorcier ne comprit point, Snape autorisa l'importun à entrer. Harry se détourna légèrement pour ne pas être trop visible depuis la porte. Qui que soit la personne qui entrerait, elle n'avait pas besoin de savoir qu'il avait pleuré.

« Professeur Snape ? »

Tout à coup, Harry se moqua qu'on le visse et il se retourna pour regarder le jeune homme blond, pâle et très séduisant qui se tenait dans l'embrasure de la porte. Draco ne semblait pas même surpris de voir Harry là lorsque les yeux gris passèrent sur son visage avant de se fixer sur Snape.

« Oui, que puis-je pour vous Mr Malfoy ? Je suis quelque peu occupé avec Mr Potter ici présent… »

« Je dois vous parler, ainsi qu'à Potter, Monsieur. »

« Et que pourriez-vous bien avoir à dire à Mr Potter ? Je suis persuadé que ce qui le concerne n'a rien à voir avec moi et vice-versa. »

« Il est votre apprenti donc sa protection et la vôtre sont de la plus grande importance. Je pense que vous aimeriez écouter ce que j'ai à dire, Professeur. » Sa voix devint légèrement plus grave et Harry fronça les sourcils. Il regarda Snape pour voir le masque d'indifférence qu'il connaissait bien glisser sur le visage de son maître qui hocha la tête.

« Entrez alors et fermez la porte derrière vous. » grogna Snape tandis qu'Harry se redressait. Où Malfoy voulait-il en venir ?

Draco prit place sur le siège qui jouxtait celui d'Harry. « C'est difficile à dire pour moi. Nous savons tous que tous les Mangemorts ne sont pas morts ou n'ont pas été fait prisonniers lors du décès du Lord. Peu importe ce que le Ministère ou la Gazette veulent nous faire croire. Il y a toujours des Mangemorts en liberté, beaucoup sont encore en Grande Bretagne et nous ignorons tout… »

« Vous ignorez tout Draco. J'ai appartenu aux rangs du Lord bien plus longuement que vous. » l'interrompit Snape. Harry observa Draco, la manière qu'il avait d'agripper son avant-bras. Il avait été marqué, comme son maître.

« Oui, mais… » Un soupçon d'impatience se glissa dans la voix riche et cultivée du blond, le forçant à prendre une profonde inspiration avant de reprendre : « Des bruits courent sur Potter. Des rumeurs indiquant qu'ils souhaitent prendre leur revanche pour ce qu'il a fait au Seigneur des Ténèbres. »

« J'ai tué un cinglé, comment espèrent-ils être quitte ? » lâcha Harry. Il aurait dû être plus ennuyé de savoir que des sorciers dangereux voulaient sa mort mais il savait parfaitement que tuer Voldemort lui avait consacré quelques ennemis. « J'ai sauvé le monde… »

« Et vous avez détruit le leur, mais cela n'a guère d'importance. Il faudra du temps pour tous les capturer, Draco. A moins que vous n'ayez entendu parler d'une attaque organisée contre Potter, le danger n'est pas suffisant pour être mentionné. »

Draco soutint le regard de Snape : « J'ai simplement pensé que vous devriez le savoir. »

« Et je vous remercie de cette magnifique nouvelle. Maintenant, si c'est là tout ce que vous aviez à me dire, vous pouvez partir. J'ai promis à mon apprenti un déjeuner. »

Draco se leva gracieusement et brossa souplement sa robe noire pour en retirer les plis imaginaires. Il marcha jusqu'à la porte avant de se retourner et de déclarer abruptement : « Alors c'est vrai ? »

« Qu'est-ce qui est vrai ? » demanda Snape en relevant les yeux.

« Que Potter et vous êtes amants. »

La rumeur se répandait déjà.

Harry tenta de conserver un visage impassible alors que Snape susurrait : « Mr Malfoy, il me semble que le crédit que je vous ai alloué toutes ces années pour votre intelligence a été bien mal placé lorsque avec un seul commentaire vous me prouvez que vous êtes aussi stupide que le reste de la population estudiantine ! Vous connaissez les implications d'un lien d'apprentissage et vous devriez également deviner qu'elles pouvaient être mes raisons pour prendre Mr Potter en tant qu'apprenti. Mais si ce langage est trop complexe pour vous, laissez-moi être explicite : je ne suis pas l'amant de Potter et il n'est pas le mien. Si vous voulez bien vous retirer… »

Alors que la porte claquait sur les talons de Draco Malfoy, Harry ne put contenir son rire, riant encore plus fort lorsqu'il vit l'étincelle de surprise et d'amusement dans le regard de Snape avant que son maître ne glousse à son tour.

Harry ne put s'empêcher de penser qu'il aimait ce son.