Disclaimer: Ne possède toujours rien à mon grand regret!
AN : Un énorme merci à ma petite bêta qui m'accompagne dans ces moments de doute et qui m'encourage à garder les choses simples ! Merci à tous ceux qui ont pris le temps de me laisser une review, vous n'avez aucune idée de la joie éprouvée et de l'énergie que vous me donnez pour garder le cap !
Sur ce, bonne lecture et désolée pour l'attente !
Chapitre 11 : Paula Anderson
Être mère.
Paula s'était souvent interrogée sur la définition même de ces mots. On entendait en général qu'être mère était quelque chose de simple, d'instinctif, de naturel.
Paula Anderson en doutait.
Concevoir, porter et mettre au monde un enfant étaient des plus naturels. Être mère était autre chose, quelque chose de tellement plus subtil, intense et important.
La plupart des gens considèrent la femme comme un être humain ayant l'envie et la capacité d'être mère en un claquement de doigt, comme si cela était génétiquement programmé dans son ADN. L'homme lui, avait la possibilité de montrer ses doutes, de ne pas ressentir tout de suite cette connexion, cette envie de se rapprocher de ses enfants. Il s'agissait là d'une injustice, pensait-elle.
Paula avait d'ailleurs beaucoup de mal à comprendre ces jeunes femmes à peine sorties de l'enfance mais qui se réclamaient le droit de concevoir et de garder le bébé. Cette opinion tranchante qu'elle avait de celles-ci, elle ne se privait pas de la partager et de la défendre bec et ongles. Elle l'expliquait d'ailleurs par son engagement bénévole auprès de ces femmes souvent issues de milieux défavorisés ou n'ayant selon elle aucune conception de ce qu'était le monde réel. Il était vrai que dans plus de 60 % des cas auxquels elle avait été confrontée, les enfants étaient les victimes de ce choix fait par leur mère.
Quelques fois à cause d'un manque de moyen financier, quelques fois par manque de maturité mais souvent parce que ces mères avaient sous estimé le temps, l'énergie et l'implication nécessaire pour être au niveau.
Être mère pour Paula était un des métiers les plus difficiles qu'il soit. Parce qu'il n'y avait pas de mode d'emploi et parce que chacun était différent. On ne choisissait pas sa famille et encore moins ses enfants.
Tout débutait lors de la conception et par cette absence de choix, le fait que l'on ne puisse pas influencer le sexe du futur être que l'on abrite, puis il y avait l'apparence physique dont il hériterait, le caractère peut-être aux antipodes du votre qu'il développerait ou encore l'orientation sexuelle qui serait la sienne.
Pourtant le jour où Paula s'était aperçue qu'elle était enceinte, elle avait été transportée.
Premièrement, parce qu'il s'agissait là de son rôle premier, celui que l'on lui avait enseigné dès son plus jeune âge. Maintenant mariée, cette nouvelle étiquette lui permettait d'acquérir une place certaine dans son milieu grâce aux futures activités qui remplaceraient celles qui ne seraient désormais plus au service de la carrière de son époux. Il s'agissait là du chemin qui lui avait été tracé dès sa conception et qu'elle avait embrassé sans une hésitation. Qui plus est, sa grossesse arrivait à point nommé car elle était alors mariée, heureuse et financièrement à l'abri de tout besoin.
Paula était une femme intelligente et elle avait cultivé son esprit dès son plus jeune âge. Elle refusait de se laisser dicter sa conduite en tout point comme l'avait fait sa mère qui s'était retrouvée enfermée dans un couple au sein duquel elle étouffait et qui ne lui avait apporté ni réconfort, ni amour. Elle s'était d'ailleurs laissée mourir alors qu'elle n'avait que 50 ans et si Paula l'avait pleurée alors, elle s'était vite rendue compte que son absence n'avait pas laissé un grand vide.
C'est pourquoi Paula s'était jurée de ne laisser personne lui choisir un époux. Elle le ferait d'elle-même et si elle n'était pas naïve au point de penser qu'elle aurait carte blanche, elle refusait catégoriquement d'unir sa vie à un homme qu'elle n'aurait jamais rencontré sous prétexte que celui-ci offrirait à sa famille une plus grande aisance ou une renommée.
Il fallait dire qu'elle pouvait se le permettre.
Elle était la dernière fille de son père qui comptait à son actif deux autres fils et filles, tout deux plus âgés que Paula. Aucune pression spécifique ne reposait donc sur ses épaules et très vite, elle en avait fait sa force. Petite rebelle, comme la surnommait son père, elle avait ainsi fait le choix d'épouser quelqu'un que l'on pouvait appeler un nouveau riche. Enfin c'était du moins ce qu'il était devenu car s'il avait eu au premier abord un avenir prometteur et des contacts en or, Carl n'avait pas à l'origine l'éducation qui se mariait avec la sienne.
Lorsqu'il lui avait demandé de l'épouser, Paula était une jeune fille avec les pieds sur terre, elle n'avait pas d'idéal inaccessible, pas d'espérance bercée par des inepties de contes de fée. Elle voulait d'un époux qui sache ce qu'il veule et qui ne deviendrait pas au cours de leur vie commune une épine au pied et un trou noir pour la bourse familiale. Carl Anderson l'avait séduite car outre un caractère bien trempé, il avait une ambition sans limite. Le père de Paula avait lancé une enquête sur l'individu et avait été surpris de ne pouvoir remonter avant les 18 ans de ce fameux Carl. C'est comme s'il avait pris naissance un beau jour, par magie, et subitement, par le plus grand des hasards.
Paula n'était pas dupe. Il y avait dans cet être qu'elle fréquentait une part sombre mais si bien masquée et contrôlée qu'elle avait accepté le fait que quoi que ce fut que Carl cachait, il savait en faire une force. Qui plus est, Carl attendait d'une femme qu'elle soit une parfaite hôtesse et non une mère au foyer, qu'elle sache être un atout clef dans la société et non une potiche que l'on expose aux yeux de tous et surtout qu'elle puisse le stimuler intellectuellement et physiquement.
Paula n'en demandait pas plus, elle se savait la femme parfaite pour ce rôle.
Pas une seule journée, elle n'avait regretté son choix. Elle était heureuse, autant que l'on puisse l'être, avait conscience qu'elle n'était pas parfaite mais qui l'était? Son mari ne la battait pas, ne la rabaissait pas, au contraire il la traitait comme une reine. Elle avait deux enfants magnifiques bien que l'un d'entre eux soit homosexuel mais elle voulait y voir le bon côté des choses, au moins cela rendait leur famille unique. Ne pouvant rien y faire, elle souhaitait voir la situation comme apportant un peu de fraicheur et de nouveauté. De plus en regardant son cadet Blaine, nul n'aurait pu se douter de quoi que ce soit.
Récemment elle avait même découvert qu'il avait depuis peu un petit ami et c'est en l'observant à la dérobée quand il parlait avec lui au téléphone qu'elle avait su que son fils avait trouvé la seule chose qui lui manquerait toujours.
L'amour.
Paula et Carl se complétaient, s'appréciaient, étaient même amis mais aucun des deux n'était capable de pleinement s'ouvrir à l'autre et c'est ainsi qu'ils s'étaient entendus sur le fait que l'amour n'avait pas sa place dans leur relation. Tout deux aimaient leurs enfants, du moins ils le pensaient, mais à leur façon. Avec leur statut ils n'avaient jamais eu beaucoup de temps pour connaitre réellement leurs enfants au-delà de l'aspect superficiel qu'ils offraient tous au monde.
Même lorsque Blaine avait été sauvagement attaqué lors de cette soirée dans son école, ils lui avaient payé une infirmière et ils lui avaient octroyé un personnel soignant adéquat. Le temps de quelques mois, il était simplement redevenu pour eux un enfant auquel on se devait de subvenir aux besoins et comme lors de son enfance où nourrices, précepteurs et quelques fois même camarades de jeu, ils avaient usé de leur carte de crédit pour compenser le fait qu'ils n'étaient pas aussi présents qu'ils auraient du.
Peut être était-ce du au fait qu'elle ait vu ce qui se passait à l'extérieur de son cercle où à ces nombreux ouvrages qu'elle avait lu mais Paula savait qu'elle reproduisait une grande partie de son éducation et du vide qu'elle avait alors éprouvée. Quand elle se remettait ainsi en question, elle s'arrêtait une minute mais pas plus et jugeait que Blaine était un enfant tout ce qui a qu'il y avait de plus épanoui, et qu'il avait pour modèle deux parents tout aussi équilibrés. Il ne lui serait jamais venu à l'esprit de se demander si le Blaine qu'elle connaissait ressemblait à celui qu'il était à l'extérieur, pas plus qu'elle ne s'était interrogée sur les stigmates que cette agression subite pendant son adolescence laisserait sur son enfant.
Pourtant quand Paula entendit son époux au téléphone avec Eric et le vit perdre un peu de sa maitrise de lui même, elle ressentit pour la première fois de sa vie son cœur battre la chamade.
-Que se passe-t-il Carl ?
-Prépare ta valise, il faut que l'on rentre.
-Pourquoi ? Que s'est-il passé?
-Je ne sais pas exactement. Apparemment Eric aurait trouvé Patrick blessé à la maison, dans la chambre de Blaine. Une enquête est en cours.
-Blaine ?
-Il n'était pas à la maison au retour d'Eric. Bon sang, on n'est pas parti depuis plus de deux jours que tout s'écroule.
Ils étaient donc rentrés aux États-Unis, en Ohio, pour apprendre que Blaine était blessé lui aussi et qu'il était en état de choc. Et comme pour ajouter à la situation, les Magennis avaient appelé, avaient proféré des menaces et demandé à ce qu'ils se voient.
Paula était tiraillée entre son désir d'aller voir Blaine et son besoin d'arrondir les angles au maximum afin de limiter la casse. Les Magennis restèrent cependant sans appel. Ils demandaient réparations et voulaient savoir ce qui s'était passé même si pour l'instant ils ne disaient pas clairement les choses. Il s'agissait d'un rapport de force majeur et un rendez vous avait déjà été pris.
Une fois que tout fut tassé, Paula appela la maison Hummel-Hudson pour apprendre que son fils refusait désormais de parler. Elle ressentit alors des palpitations et sa vision devint floue. Son époux la rattrapa et lui rappela de respirer ce qu'elle fit dès qu'elle prit conscience qu'elle avait en effet sous le coup de l'émotion perdu le calme qu'elle se vantait de maitriser. Ses pensées virevoltaient dans tous les sens.
Pourquoi Blaine refusait-il de parler ? Avait-il un quelconque rapport avec le drame qui se jouait ? Était-il une victime de celui-ci ? Avait-il été témoin de cette agression ? Était-il traumatisé ? Comment elle, Paula Anderson pouvait-elle faire face à une telle situation ?
Ce n'était pas prévu, ce n'était pas ce à quoi elle était préparée. Ce genre de situation n'arrivait pas aux gens comme elle ! Alors pour faire abstraction de cette vérité qui la laissait désemparée, elle ferma les yeux et les oreilles, se protégeant dans sa bulle comme elle l'avait toujours fait. Elle pensait pouvoir faire l'impasse sur les évènements et quand son époux déclara qu'il n'irait pas assister à cette mascarade, elle n'avait pas tenté de le persuader car rien de tout ceci n'était vrai, tout rentrerait dans l'ordre d'une façon ou d'une autre.
Sa bulle se fissura à une heure trente précise quand ses yeux se posèrent sur cet enfant qu'elle avait engendré et qui désormais ne semblait plus être le sien. Blaine était pale, contusionné et désespérément absent. Oui, absent était le seul mot qu'elle avait pu trouver. C'était comme s'il avait abandonné la bataille, comme s'il n'avait plus en lui cette force qui lui avait permit tant de fois de soulever des montagnes. Elle ne sut ce qui se passait mais pour la première fois elle sentit en elle cet instinct dont de nombreuses femmes lui avaient parlé, ce besoin de le prendre dans ses bras et de le réconforter. Ce besoin de faire tout ce qui était en son pouvoir afin de retrouver son enfant.
Pas une fois, il ne la regarda, pas une fois il ne sourit, pas une fois il fit autre chose que de cligner des yeux. Il n'avait même pas l'air de se rendre compte de ce qui se passait autour de lui. Et enfin les Magennis arrivèrent ainsi qu'un juge et elle se retrouva entourée de plein de personnes mais jamais elle ne s'était sentie si seule. Les Magennis parlèrent, amenèrent des preuves de l'état dans lequel se trouvait leur fils et demandèrent à ce que justice soit faite.
Paula était perdue, en quoi la présence de son fils et de la famille de son copain était-elle nécessaire?
Et puis il parla. Un jeune homme, dans la trentaine, qui se présenta comme étant psychiatre et donna une version de ce qui s'était passé cette nuit là, ayant avec lui des preuves de cette version et une expertise de l'état psychologique de Blaine.
La bulle de Paula vola en éclat.
Son enfant, son fils avait été agressé, violenté par un jeune homme qu'elle connaissait, qu'elle lui avait présenté, et souffrait d'un syndrome post-traumatique.
Il n'y avait rien qu'elle puisse faire, il n'y avait pas de retour en arrière, il n'y avait pas de bouton pause pour qu'elle retrouve son souffle, il n'y avait que cette situation atroce qu'elle ne savait comment aborder et cette absence physique et intellectuelle de son époux qui aurait su quoi dire, qui aurait surement été en train de construire une stratégie mais qui restait désespérément absent.
Elle essaya de rencontrer le regard de Blaine. En vain. Elle rencontra cependant celui de Carole à qui elle avait parlé au téléphone et qui lui lança un regard désabusé, qui en disait long sur ce qu'elle pensait d'elle, de sa réaction face à la situation.
Paula se sentit perdre pied mais elle remit rapidement en place son masque. Elle se décida à retrouver cette partie rebelle qu'elle n'exprimait que rarement mais qui l'avait sorti de nombreuses situations. Elle se battrait pour son fils, elle lutterait pour retrouver ce sentiment d'être mère qui l'avait un jour habité mais l'avait depuis fort longtemps déserté sans qu'elle ne s'en rende compte. Elle se démena pour repousser les accusations tranchantes que lançaient les Magennis, pour gagner du temps et la séance fut ajournée de deux semaines.
Deux semaines. Le temps qu'elle aurait du passer en Angleterre à prendre des cours de dessin, le temps qu'on lui donnait pour sceller cette histoire avec les Magennis sans que l'affaire ne devienne publique. Le temps qu'il lui faudrait pour construire une défense inébranlable, le temps qu'on lui accordait pour retrouver cet homme passionné qu'elle avait épousé et non cette homme tiède qui partageait son lit.
Le temps qu'on lui donnait tout simplement pour qu'elle prouve sa capacité à être la mère de Blaine de nouveau et qu'elle ne lave son nom de cet imbroglio dans lequel il se trouvait injustement, elle le savait au fond de son cœur, impliqué.
Quand son fils passa devant elle pour sortir et se diriger vers la sortie, Paula admira ses traits détendu et ses yeux sans vie parce qu'elle comprenait que cela aurait pu être pire.
Elle aurait pu tout simplement le perdre à jamais.
Hé voila, différent hein? La suite arrivera normalement plus rapidement, soit dans la semaine ou le WE qui suit! Merci à ceux et celles qui continuent de suivre cette aventure et si vous êtes toujours là en train de lire ces mots, prenez le temps de laisser une review! Allez, vous n'êtes plus à une minute près non?Merci!
