Champ de Bataille

POV Bella

J'étais en voiture avec Alice. Edward était parti le premier, les autres avaient suivis. J'avais craint un instant qu'ils décident de me laisser seule dans la grande demeure des Cullen, mais tous avaient approuvé ma présence, jugeant plus prudent que je sois à leur côté, plutôt que de rester isolée et sans défense.
Malgré sa conduite des plus sportives, je savais qu'Alice était plongée dans ses visions.

- Je ne vois rien ! s'exclama-t-elle soudainement. Les loups m'empêchent de voir quoi que ce soit !

Elle me jeta un regard avant de reprendre.

- Bella, une fois sur place, je veux que tu restes dans la voiture. Sois prête à partir si les choses tournaient mal. Je n'ai aucun moyen de prédire ce qui va arriver, et Edward me tuerait si jamais il t'arrivait quelque chose. Alors pas d'imprudence, tu restes en retrait ! exigea-t-elle.

Pour toute réponse je hochais lentement la tête. Son regard était plongé dans le mien, cherchant à détecter la moindre once de témérité en moi.

- Est-ce qu'ils sont déjà sur place ? demandai-je pour détourner son attention.

- Je suppose que oui, nous arriverons quant à nous dans moins de deux minutes, dit-elle en accélérant davantage.

Edward courant pour sauver la vie de Jacob… cela semblait improbable, et pourtant il n'avait pas hésité un instant. Aucun des Cullen n'avait hésité, hormis peut-être Rosalie, mais le regard glacial que lui avait jeté Edward l'avait rendu muette à toutes protestations.

J'étais à la fois inquiète et furieuse. Inquiète pour toutes ces personnes qui comptaient tellement pour moi, Edward, mon ange, Jacob, mon soleil, et les Cullen, devenus ma famille. Et j'étais furieuse contre moi. Depuis que nos chemins s'étaient croisés, je ne leur avais apporté que des ennuis. Non seulement Edward et les siens devaient sans cesse se contrôler en ma présence, surtout lui pour qui mon sang représentait une tentation permanente. Mais en plus, il avait dû me sauver d'un van menaçant de s'écraser sur moi, de voyous à Port Angeles, de vampires, de ma propre maladresse…

J'aimais Edward plus que tout, mais je ne pouvais m'empêcher de penser que je ne méritais pas qu'il m'aime en retour. Si je n'étais pas venue vivre à Forks, rien de tout cela ne serait jamais arrivé. Je ne les aurais pas mis, Edward, sa famille, et Jacob, dans des situations délicates en permanence.

Et je ne voyais que deux solutions pour mettre un terme à cette situation. Soit je sortais de leurs vies, gageant qu'ils auraient bien moins de problèmes une fois débarrassés de ma présence. Soit je devais devenir un vampire très prochainement. C'était bien entendu cette solution que je désirais, mais si ni Edward, ni aucun des Cullen n'acceptaient de me transformer, je ne pourrais supporter de les mettre davantage en danger.

Je savais que c'était la peur de les perdre qui me faisait parler ainsi, mais je savais également que je n'avais jamais été aussi lucide sur la situation. Je les aimais tous, et si j'étais la source de leurs ennuis, je devais m'éloigner d'eux par amour.

Soudain, Alice me lança un regard sévère.

- Je ne sais pas trop à quoi tu penses, mais toi et moi, il faudra que nous ayons une discussion quand ça sera fini, dit-elle d'une voix dure.

Je ne répondis rien, c'était inutile. D'autant qu'il faudrait effectivement que j'ai une conversation avec les siens. Edward avait accepté de me transformer à plusieurs conditions. Que nous nous marions avant, et que j'aille à la faculté pendant au moins une année. Mais tout cela me semblait futile actuellement, pire, c'était prendre des risques inutiles.

Je fus interrompue dans mes réflexions par le freinage brutal d'Alice. Nous étions arrivées, et le spectacle qui se présentait devant moi semblait irréel.

Malgré l'heure avancée de la nuit, la Lune me permettait de distinguer les silhouettes en face de moi. Je repérais rapidement Edward entouré de ses frères, Rosalie et Esmé. De part et d'autre se trouvaient des loups de très grandes tailles. Je reconnus avec soulagement le pelage de Jacob, il semblait intact bien que désorienté. Il était encadré par Seth et Leah. Cette dernière avait l'air blessée, du sang parsemant son pelage par endroit. En avant se trouvaient Paul, Quil, Embry et Jared. A l'opposé, se trouvaient les harpies. L'une volait, tandis que l'autre était au sol, un bras à moitié arraché, probablement par un loup.

Entre les deux clans se tenait Mary, tournait vers les siennes, tentant probablement de les résonner.

Je ne voyais en revanche ni Sam, ni Carlisle.

- Tu ne bouges pas de là, aucune action stupide ou suicidaire. Installe-toi derrière le volant et soit prête à filer en Alaska chez les Delanis au moindre problème ! Compris ? lâcha Alice rapidement.

- Oui, balbutiai-je.

Je n'eus pas le temps de lui dire d'être prudente que déjà la portière s'était refermée, me laissant seule dans la Volvo d'Edward. Je m'installai à la place conducteur, tout en tentant de distinguer ce qu'il se passait dehors.

Le combat semblait au point mort. Je supposai que l'arrivée des vampires avaient stoppé les créatures dans leur tentative de tuer Jacob. Sans oublier Mary, garce manipulatrice et harpie de surcroît, mais probablement la seule capable de mettre un terme aux affrontements.

La scène semblait comme suspendue. Les vampires et les loups étaient sur leur garde, en position d'attaque, prêts à reprendre le combat là où il s'était arrêté. Les harpies étaient tout autant immobile, hormis le battement des ailes de celle qui volait. Seule Mary était agitée. J'ouvris légèrement l'une des vitres pour tenter d'entendre ce qu'elle disait.

- …probablement une autre solution ! Vous ne pouvez pas me faire ça ! Je vous en supplie ! cria-t-elle.

- Mais tu t'entends ? Pauvre idiote, toi qui étais si fière et déterminée, tu es devenue le caniche de ce loup. Laisse nous l'emporter et il ne sera fait de mal à personne…du moins, à personne d'autre que la carcasse là bas ! cria celle qui volait.

A ces mots, je lâchai un petit cri, et celle blessait au bras se retourna vers moi. Sans lui prêter d'attention, je cherchai du regard dans la direction qu'avait indiqué l'autre.

Et finalement, je les vis. Au sol gisait Sam dans sa forme humaine, inconscient, peut-être même mort. Au dessus de lui, Carlisle s'activait dans un massage cardiaque pour tenter de le réanimer.

Soudain, tout se passa très vite. Edward hurla et avec ses frères, ils se précipitèrent sur celle qui se trouvait au sol, tandis que la seconde plongeait droit vers la voiture…vers moi ! Mon cri les avait alerté quant à ma présence et elles avaient décidé de changer de cible.

- Aello NON !! hurla alors Mary, se précipitant après sa sœur.

Dévoilant sa forme mystique, elle s'envola pour tenter de la rattraper. Incapable de faire le moindre mouvement je restais ahurie devant ce spectacle surréaliste. Leah et Seth poussaient Jacob à l'écart. Celui-ci se laissa faire, trop choqué par ce qu'il voyait pour réagir.
Jared et Paul partirent aider les vampires sur la première des sœurs, très rapide et puissante malgré sa blessure. Les deux autres loups, Rosalie, Esmé et Alice tentèrent de rattraper les deux harpies venant dans ma direction.

Très vite, Mary avait atteint le niveau de la dénommée Aello. Elle tenta de l'attraper au lieu de ça, elle déséquilibra le vol de sa sœur. Celle-ci tenta de se stabiliser en s'agrippant au bras de Mary, l'entraînant dans sa chute. L'instant d'après, elles virent s'écraser lourdement sur la Volvo, faisant voler le part-brise en mille éclats de verre.

Je ressentis de vives douleurs, comme si une pluie d'acide s'abattait sur moi. Sous leurs poids, le capot s'était affaissé et le volant vint me comprimer les jambes, m'empêchant de quitter le véhicule.

Sans se soucier de ma présence, elles entamèrent un terrible duel à quelques centimètres à peine de moi. Les coups volaient, rapides, presque invisibles à mes yeux. Telles des furies, elles roulèrent, glissant de la voiture, avant de reprendre leur envol et continuer le combat dans les airs.

Relevant les yeux, je vis que Rosalie et Emsé avaient stoppé leur course, seule Alice venait vers moi, suivie de Quil et Embry. Avant même que je ne puisse comprendre ce qu'il se passait, une traîné de sang coulant depuis mon front vint m'embrouiller la vue. Je compris alors pourquoi les filles s'étaient arrêtées. J'étais blessée et elles craignaient de ne pas pouvoir se contrôler.

- Bella ! Oh mon dieu, tu saignes de partout ! s'exclama Alice en arrivant à mon niveau.

Les deux loups arrivèrent immédiatement après elle, grognant, ne lui faisant visiblement pas confiance devant tout ce sang.

- Ca va aller, dit-elle en les regardant, puis en relevant la tête elle cria, Esmé, va chercher Carlisle ! Rose, ne perds pas les harpies de vue !

Et toutes deux s'exécutèrent aussitôt tandis qu'Alice cherchait comment me dégager de la voiture, sans oser me toucher. Quil et Embry l'encerclaient toujours, sur leurs gardes, prêts à bondir sur mon amie vampire.

- Je vais bien, murmurai-je en priant pour ne pas perdre connaissance.

- Permets-moi d'en douter, dit-elle alors que Carlisle arrivait. Ses jambes sont coincées par le volant et elle a de multiples plaies au visage et aux bras, reprit-elle à l'attention de son père.

Ils se mirent alors à parler trop vite pour que je puisse comprendre. Je remarquais néanmoins que les loups semblaient plus calmes avec la présence du médecin. Il avait soigné Jacob par le passé, prouvant ainsi sa valeur aux yeux de la meute.

Au loin, le combat faisait toujours rage. Mais vampires et loups prenaient le dessus sur la harpie. Malgré sa grande rapidité, elle ne pourrait rivaliser plus longtemps contre trois vampires et deux loups.

Plus loin, Esmé avait rejoint Rosalie, toutes deux tentaient de suivre les deux autres harpies de vue, mais le combat faisait rage à des dizaines de mètres du sol.

- Sam ? demandais-je alors au docteur, me rappelant qu'il tentait de le réanimer quelques instants plus tôt.

- Je n'ai rien pu faire, nous sommes arrivés trop tard, répondit-il désolé de cette perte.

Personne n'ajouta rien, mais Alice et Carlisle continuaient à envisager toutes les possibilités pour me dégager de la voiture.

- Bella, peux-tu sentir des orteils ? demanda le médecin.

- Oui, répondis-je, je suis seulement coincée.

- Très bien…les garçons, vous allez aider Alice à soulever la paroi pendant que je sortirai Bella de la voiture. Vous allez avoir besoin de vos mains, ajouta-t-il.

Aussitôt dit, ils redevinrent humains, et après avoir revêtus les shorts qu'ils avaient attaché à leurs chevilles, ils virent se positionner de part et d'autre d'Alice. Il ne leur fallut qu'un essai pour parvenir à me dégager du véhicule, Carlisle me hissant tandis que les trois autres faisaient grincer la tôle en tirant dessus.
Après m'avoir allongée au sol, le médecin m'examina rapidement.

- Tu as eu beaucoup de chance, déclara-t-il. Tes blessures ne sont pas graves, quelques cicatrices, de beaux hématomes sur les jambes, mais ça aurait pu être pire.

Alice était partie rejoindre Rose et Esmé. Assise à même le sol, pendant que Carlisle commençait à désinfecter mes plaies avec la trousse de secours qu'il avait sorti de la voiture, j'observai les trois femmes.

Elles voulaient forcer les deux harpies à atteindre le sol pour qu'elles puissent s'occuper d'Aello. Rose et Esmé allaient donc projeter Alice dans les airs pour que le choc déstabilise la créature et la fasse atterrir.

La prenant chacune par un bras, elles prirent leur élan, et aidèrent Alice à s'envoler. Mais les deux sœurs se battaient avec une telle rapidité que leurs positions se modifiaient sans cesse, et au lieu de frapper Aello, Alice vint frapper Mary en plein dos, déstabilisant ainsi cette dernière. Profitant de cette diversion Aello frappa Mary en pleine poitrine.

Elle hoqueta de surprise et baissa ses yeux le temps de voir sa sœur lui arracher le cœur. Elle s'effondra au sol tandis qu'Alice retombait quelques mètres plus loin avec grâce. Carlisle qui avait assisté à toute la scène également me laissa au soin des garçons pour se précipiter vers Mary. Mais tout comme pour Sam, il n'y avait rien que le médecin puisse faire.

Au même moment, les autres en finissaient avec la troisième sœur. Levant les yeux au ciel, je vis Aello déjà loin, elle fuyait, se retrouvant désormais seule.

Mary m'avait probablement sauvé la vie en retenant la harpie, néanmoins je n'éprouvais aucune peine quant à sa mort. Elle avait manipulé Jacob et tentait d'en faire autant avec Edward pour me tuer. Les choses auraient pu se finir autrement, sa mort aurait pu être évitée, mais jamais je n'aurais pu lui pardonner ce qu'elle avait fait aux deux personnes que j'aimais le plus au monde.

Et tandis que j'observais son cadavre, Edward se précipita vers moi et me prit dans ses bras, malgré le sang qui continuait à couler par endroit en mince filet.

Alors, avec le sentiment de protection que me conférèrent ses bras froids et durs, je me laissai glisser dans l'inconscience.

POV Jacob

« NNooooonnnn !! »

Aello vint frapper Mary en pleine poitrine et lui arracha le cœur.

J'étais pétrifié d'horreur devant cette scène, ma seule raison d'être venait de se faire tuer et moi j'étais resté impuissant, statue immobile, tout ce temps ! Mais qu'est ce qui m'arrivait ?? Mary durant ces quelques mois m'avait transformé, le phénomène d'imprégnation, qu'auparavant je considérais comme une chose bizarre et pathétique, m'avait frappé soudainement lorsque je vis Mary pour la première fois. A cet instant, mon monde fut bouleversé, d'un coup tout le reste avait cessé d'exister, on avait brusquement coupé les fils fins qui me rattachaient aux autres pour n'être lié que par un seul câble épais et indestructible vers l'être qui constituait alors mon seul et unique centre d'intérêt, d'espoir et de préoccupations. Peu importait sa vraie nature.
Pourtant j'étais resté là, sans rien faire, paralysé, et avais assisté tel un spectateur impassible à la scène la plus douloureuse de ma vie.

Le corps de Mary retomba au sol dans un bruit mat, sec et sinistre ; son cœur arraché atterrit quelques mètres plus loin intacte, inanimé. Tout ce déroula ensuite comme au ralenti, le docteur vint constater son état, un coup d'œil lui suffit pour baisser la tête en signe de défaite. Pendant ce temps certains vampires et une partie de la meute écorchèrent l'harpie mutilée, tandis que la meurtrière s'échappa dans les airs. Mon regard resta fixé sur le corps inerte de ma vie, soudain les chaînes invisibles qui me retenaient sur place se brisèrent ; mes muscles retrouvèrent leur mobilité réveillés par une onde de douleur. En un bond je repris forme humaine, poussant un hululement qui s'articula se transformant en un cri :

-NNooonn ! Non, non, non, Mary ! »

Insouciant de ma nudité (car après tout la seul personne susceptible d'être choquée était Bella qui s'était évanouie comme d'habitude), je m'agenouillais auprès de mon amour dont le corps gisait privé de vie au sol. Désespéré je guettais le moindre signe d'espoir, caressant son visage, ses cheveux, la serrant dans une étreinte qui me semblait, pour la première fois, glaciale. J'explosais en sanglots frénétiques et incontrôlables – Qu'allais-je devenir maintenant que mon univers était détruis ? – Ce fut comme si l'on m'avait poignardé et qu'on retournait vicieusement le couteau dans la plaie, j'en eu le souffle coupé.

Autour de nous se réunirent tous les vampires, sauf Edward qui s'occupait de Bella, tandis que les loups garous, mes frères, se réunirent autour de Sam poussant des hurlements en signe de Deuil. Alice s'approcha doucement de moi, posa l'une de ses mains glacées sur mon épaule et me tendit le cœur silencieux de ma bien aimée de l'autre. Esmé enfouit son visage dans l'épaule de son mari en hoquetant ; les autres restèrent immobiles tels de magnifiques statues de marbre ornant un monument funéraire. Avec délicatesse je reposais le cœur dans sa demeure, essuyais le visage de Mary trempé par mes larmes, et déposais un ultime baiser sur ses lèvres pâles. Enfin je la soulevais pour l'emporter dans un endroit plus convenable.

Soudainement tout accéléra, ses yeux s'écarquillèrent et elle poussa un cri perçant. Tout le monde resta cloué au sol, sous le choc. Une lumière éblouissante jaillît violement de sa poitrine, soulevant son corps arqué. La lumière se transforma en un faisceau qui commença à s'enrouler lentement autour de ses membres, instinctivement je lâchais prise, alors que son corps continuait de fluctuer à un mètre au dessus du sol. L'étreinte lumineuse se resserra autour d'elle lui arrachant un nouveau cri à glacé le sang. Mary souffrait, mais que pouvais-je faire ? J'étais abasourdit cherchant des réponses auprès des autres spectateurs, mais tous affichaient la même expression ahurie. Même Edward et la meute s'étaient détournés pour assister à cette scène effroyable. Tout à coup, la lumière surgissant du corps, se fit aveuglante.

Texte de Bria