Chapitre 2

Loft, 13h

Quand Barney, le concierge de l'immeuble, avait sonné à la porte quelques minutes plus tôt, Kate était occupée à préparer le déjeuner, Rick n'allant pas tarder à rentrer de son rendez-vous avec Gina. Elle avait délaissé les fourneaux quelques secondes pour accueillir l'énorme colis que Barney leur livrait. Un carton de près d'un mètre de côté qu'il avait eu bien du mal à déplacer et soulever, et qui trônait maintenant en plein milieu du salon. Eliott dans les bras, elle regardait d'un air sceptique le carton se demandant ce qu'il pouvait bien contenir.

- Qu'est-ce que ton père a encore eu comme idée farfelue ? demanda-t-elle à son fils, en soupirant.

Le colis était au nom d'Eliott Castle, provenait d'une grande enseigne d'articles de puériculture, et était accompagné d'une carte sur laquelle était écrit : « Joyeux moisiversaire, mon petit cœur. Attend Papa pour ouvrir ton cadeau ». Ce ne pouvait être que Rick qui avait décidé de gâter leur fils pour son premier mois, et vu la taille du colis, elle craignait le pire.

Eliott gazouilla et s'agita légèrement, au creux de ses bras.

- Toi aussi tu voudrais bien savoir ce que c'est, sourit Kate, caressant tendrement la tête de son fils.

Elle se dirigea vers le bureau pour coucher Eliott.

- Je te préviens, Maman a son mot à dire pour les cadeaux … Je ne sais pas ce qu'a prévu Papa … mais tu vas vite te rendre compte que toutes ses idées ne sont pas forcément bonnes … Allez, au dodo maintenant …

Elle déposa un baiser sur le front de son fils, puis l'allongea doucement dans son petit lit, et le regarda gigoter les bras et les jambes, ses yeux grands yeux bleus rivés sur elle.

- Tu n'as pas envie de dormir, on dirait …, constata-t-elle.

Il sourit, émettant des petits bruits, tout en continuant de gigoter. Tout le monde disait qu'il avait son sourire. Elle en était très fière, même si elle ne s'en rendait absolument pas compte. A part le bleu des yeux de Rick, et même s'il était le plus beau bébé du monde, elle ne lui trouvait de ressemblance avec personne.

- Fais un câlin à Suki, mon cœur …, reprit-elle d'une voix douce, déplaçant le petit ourson, pour le caler près de la joue d'Eliott.

Elle enclencha la berceuse sur le mobile, et observa comment l'attention de son fils fut aussitôt captivée par le lent mouvement des petites figurines en peluche tournant au-dessus de sa tête. Elle en profita pour s'éloigner discrètement, et rejoindre la cuisine, afin de finir de s'occuper du déjeuner. Elle dressait le couvert sur le comptoir quand elle entendit la porte du loft s'ouvrir et se retourna pour voir Castle entrer.

- Ah ! Le cadeau est arrivé ! s'exclama-t-il aussitôt, tout joyeux, en se plantant devant l'énorme colis.

- Oui, je croyais que ce moisiversaire devait être célébré tout en simplicité …, lui fit-elle remarquer, déposant les fourchettes et couteaux près des assiettes.

- Un moisiversaire sans cadeau n'est pas un moisiversaire, répondit-il comme une évidence, tout en la rejoignant à la cuisine.

- Et quel est ce cadeau ? demanda-t-elle, intriguée, alors qu'il contemplait la salade qu'elle avait préparée.

- C'est une surprise, sourit-il. Tu la découvriras en même temps qu'Eliott … Il dort ?

- Je pense, oui, je l'ai couché il y a cinq minutes, mais je ne l'entends plus.

- Ça a l'air bon, constata-t-il, en s'asseyant sur le tabouret, et ne résistant pas à la tentation de piquer un petit morceau de poulet mariné dans le saladier. Hum …. Délicieux …

- J'ai fait ça vite fait …, sourit-elle, tout en le servant.

- C'est parfait. Je meurs de faim … J'ai cru que Gina n'allait jamais finir de parler …

- Alors, quel est le verdict pour la tournée ? demanda Kate, remplissant son assiette.

- Je n'ai toujours pas pris de décision …, répondit-il. Bon appétit …

- Bon appétit … Je croyais t'avoir convaincu … avec mes arguments incomparables …

- Oui, sourit-il, tout en mangeant, mais c'était sans compter le changement de programme … La tournée ne dure pas une semaine mais quinze jours …

- Quinze jours ? Pourquoi si longtemps ? s'étonna Kate, d'un air peu enthousiaste

- Parce que c'est en Europe … Gina pense que la Floride peut attendre, et elle a booké toute une série de dates à travers l'Europe et même des émissions télé pour promouvoir Driving Heat

L'idée d'être séparée de Rick quinze jours et de le savoir au bout du monde, si loin d'elle, ne l'enchantait pas du tout. Une semaine, c'était faisable, mais quinze jours sans lui … Pourtant, elle savait que c'était une véritable chance pour lui.

- C'est aussi en septembre ? demanda-t-elle.

- Oui … début septembre …

- Et que lui as-tu dit ?

- Que je devais en discuter avec toi …, mais elle a bien vu que je n'étais pas motivé. J'ai eu droit à ses sermons habituels sur les grands écrivains qui doivent mériter leur gloire, l'opportunité de doper les ventes européennes …

- Quand dois-tu lui donner une réponse ?

- Lundi … mais je ne peux pas partir quinze jours … aussi loin, Kate. Déjà la Floride ne m'enchantait pas mais alors là …

- Gina a raison, c'est une sacrée opportunité …

- Je sais bien, oui … Mais qu'est-ce que tu en penses ?

- Eh bien … deux semaines … c'est long … Je n'ai pas fini d'avoir froid la nuit, sourit-elle.

Il sourit, attendri par la façon qu'elle avait de lui suggérer qu'il lui manquerait s'il devait s'absenter si longtemps.

- Oui … c'est long … et c'est loin … Si tu ne veux pas que je fasse cette tournée, je reste.

- C'est ton travail, Rick …, et c'est une chance pour toi … Je ne peux pas te demander de rester près de moi, parce que je n'aime pas te savoir loin, et te priver de cette opportunité …

Elle ne voulait pas lui proposer elle-même qu'Alexis l'accompagne pour le convaincre. De plus, elle ne savait pas si elle pourrait se libérer pour partir si longtemps si loin. Pour la Floride, elle était d'accord, mais partir loin de Cody pendant deux semaines, ce n'était pas la même chose.

- Mais est-ce que j'ai besoin de vendre mes romans jusqu'en Europe ?

- Tu n'as pas envie de conquérir de nouveaux horizons ? On a toujours besoin de viser plus haut, non ? De se fixer de nouveaux objectifs …

- Tu as raison … mais j'ai le temps pour ça, peut-être que ça peut attendre …

- L 'occasion ne se représentera peut-être pas. Tu dis toujours que dans ce milieu-là, on peut tomber dans l'oubli du jour au lendemain … et qu'une carrière peut s'effondrer aussi vite qu'elle s'est construite …

- Je dis ça moi ? sourit-il, fièrement. C'est intelligent …

- Ne te mets pas de limites, ne bride pas ta carrière et tes envies pour deux petites semaines où l'on va te manquer et où tu vas nous manquer, mon cœur …, lui répondit-elle, tendrement.

Il sourit, la regardant avec douceur.

-Tu as raison, encore une fois … Sais-tu combien je t'aime ?

- Hum … je crois que j'en ai une petite idée, oui …, répondit-elle avec un sourire, alors qu'il se penchait vers elle pour l'embrasser.

- Quinze jours … Tu imagines nos retrouvailles ? reprit-il, songeur. Ce sera torride !

- Tu ne perds pas le nord, le taquina-t-elle. Bon, maintenant dis-moi ce que tu as acheté pour Eliott ?

- Tu es bien curieuse …

- Je ne suis pas curieuse, mais inquiète …

- Ne t'inquiète pas, Eliott va adorer son cadeau … C'est le meilleur cadeau au monde !

- Rick … Eliott n'a qu'un mois, il n'a besoin de rien … Ce n'est pas un animal au moins ?

- Non, rigola-t-il. Un peu de patience ... Il faut juste attendre que notre petit ange se réveille.

- Tu sais qu'il n'est pas nécessaire qu'Eliott assiste à l'ouverture de son cadeau ? Il ne se rendra compte de rien … Il n'a même pas conscience que c'est son moisiversaire, alors ….

- Tu veux ouvrir son cadeau sans lui ? Quelle mère indigne ! lui lança-t-il, tout content de la forcer à patienter et de l'enquiquiner par la même occasion.

Elle ne put s'empêcher de sourire elle-aussi en voyant son air amusé et taquin.

- Au fait, reprit-il, Alexis m'a appelé … Il paraît qu'elle veut nous présenter Monsieur Philo ce soir …

- Oui, elle m'a dit ça … Elle est passée ce matin. J'espère que tu as prévu de te montrer sous ton meilleur jour ...

- Comme toujours …, sourit-il.

- Elle s'inquiète, Rick … et c'est important …

- C'est important pour moi-aussi … Je veux tester ce jeune homme … enfin, jeune, pour un peu il pourrait être mon frère …, ajouta-t-il en faisant la moue.

- N'exagère pas non plus … Pourquoi veux-tu le tester ? Alexis l'a choisi, elle est amoureuse, que ça te plaise ou non, rien ne changera ça …

- Je sais, oui … J'ai retenu la leçon depuis Pi le fruitarien, soupira-t-il. Ne t'en fais pas, je serai raisonnable …. Et gentil … enfin autant que je peux l'être avec celui qui me vole ma fille …

Elle le regarda d'un air à la fois lassé et sévère.

- Je plaisante …, sourit-il. Je sais que c'est important pour elle, Kate … Je ferais de mon mieux …

- Essaie de faire encore mieux que le mieux que tu puisses faire …, répondit-elle, ne lui faisant que moyennement confiance.

- C'est possible ça ? la taquina-t-il.

- Mets-toi à la place de Cody … Le pauvre, Alexis a dû lui faire le tableau de ce qui l'attendait … Tu imagines un peu si mon père avait été toi quand on a commencé à sortir ensemble ?

- Ton père aurait pu menacer de me faire assassiner …, rien n'aurait pu m'éloigner de toi …

- Tu vois … Inutile de persécuter ce pauvre Cody, ou de faire des remarques désagréables …

- Ne t'inquiète pas, je serai exemplaire …, assura-t-il. En parlant de dîner et de première rencontre, avec Eliott on a pensé à quelque chose ….

- Avec Eliott ? sourit-elle.

- Oui, on a discuté hier tous les deux ..., expliqua tout naturellement Castle.

Elle quêtait la suite, le regardant avec un sourire amusé, car il avait l'air très sérieux en évoquant cette conversation qu'il aurait eu avec leur bébé d'un mois.

- Et on s'est dit que peut-être on pourrait inviter ton ami Scott à dîner …

- Inviter Scott à dîner ? s'étonna-t-elle.

- Oui, ça fait toujours plaisir de revoir des amis qu'on n'a pas vus depuis longtemps … Tu avais l'air d'avoir envie d'accepter son invitation …

- C'est vrai, oui … on s'entendait très bien, et ça m'aurait fait plaisir de discuter du bon vieux temps, de savoir ce qu'il était devenu … mais ce n'est pas grave, Castle …

- J'avoue que si tu sors dîner avec lui, je vais être jaloux …, reconnut Rick.

- C'est pour ça que j'ai refusé …

- Tu ne serais pas jalouse si je sortais dîner avec une amie ?

- Non …, répondit-elle avec un petit sourire qui en disait long.

- Menteuse …

Elle rit.

- Disons que ça dépend de l'amie en question … Mais tu veux qu'on invite Scott juste pour me faire plaisir ?

- J'aime bien découvrir tes vieux amis … et un peu plus de toi …

- Et en apprendre davantage sur ma jeunesse …, ajouta-t-elle, dès fois que je ne t'aurais pas encore révélé tous les détails croustillants de ma vie !

- Aussi oui ! sourit-il.

- Et Eliott est d'accord ? le taquina-t-elle.

- Comme Papa, il se méfie des hommes qui t'approchent …, mais il sera content que sa Maman puisse parler du bon vieux temps avec un de ses amis …

- Si Eliott est d'accord, alors …, sourit-elle, tandis que la porte du loft s'ouvrait et que Martha apparaissait les bras chargés de deux sacs en plastique bien remplis.

- Bonjour vous deux ! leur lança-t-elle d'un air souriant mais fatigué, déposant les sacs sur le canapé, avant de se débarrasser de sa veste et de son sac à main.

- Bonjour, Martha …

- Mère … Bonjour …

- Comment allez-vous en cette belle journée ? demanda Martha, s'approchant d'eux près de l'îlot central pour les embrasser.

- Très bien, répondit Rick, tandis que sa mère déposait un baiser sur sa joue, mais on dirait qu'on ne peut pas en dire autant de toi … Tu as l'air épuisée …

- Si j'en avais seulement l'air …, soupira-t-elle, embrassant Kate. Mais dites-moi que fait cet énorme carton ici ?

- C'est un cadeau pour le moisiversaire d'Eliott …, répondit Kate.

- Oh, mon petit trésor va être gâté on dirait …, sourit-elle.

- Tu rentres juste de ta soirée ? s'étonna Rick, constatant qu'elle était habillée de la même façon que la veille au soir.

- Oui … quelle nuit …

- Epargne-nous les détails, Mère …, lui fit Castle avec une petite moue.

- Je n'avais pas l'intention de vous raconter, chéri …

- Heureusement … Tu sais qu'Alexis nous présente Monsieur Philo ce soir … alors si tu as quelqu'un à nous présenter toi-aussi, on pourrait faire d'une pierre deux coups …, ajouta Rick, comme s'il croyait vraiment en cette possibilité.

- Oh ! Diable non, Richard ! Les présentations officielles très peu pour moi … J'ai passé l'âge de tes mises en scène macabres, et de tes interrogatoires dignes de la CIA ….

- Donc il y a bien un homme dans ta vie …, en conclut Rick, comme une évidence.

Kate ne dit rien, se contentant, comme souvent dans pareille situation, d'écouter Castle s'empêtrer dans sa quête d'informations et de vérité, sachant pertinemment que Martha ne se confierait pas tant qu'il aurait cette attitude inquisitrice.

- Il y en a au moins deux, même …, sourit Martha, s'éloignant pour aller chercher ses deux gros sacs.

- Deux ?! lui lança Rick, perplexe et stupéfait.

- Tout à fait … Mon grand dadet de fils, et mon mignon petit trésor …

- Très drôle …, marmonna Castle, d'un air boudeur, qui fit sourire sa femme.

- Tu l'as bien cherché …, le sermonna Kate. Vous avez faim, Martha ? On a presque fini, mais il reste un peu de salade …

- Merci Katherine …, c'est gentil, mais je n'ai envie que d'une chose : dormir, dormir, dormir … Je vais donc rejoindre mes pénates, et dormir du sommeil du juste, répondit Martha de son air théâtral en se dirigeant vers l'escalier.

- Veux-tu te joindre à nous pour le dîner ce soir ? demanda Rick. Pour rencontrer Monsieur Philo ?

- J'aurais bien aimé, chéri, mais j'ai déjà quelque chose de prévu … Tu m'excuseras auprès d'Alexis ?

- Ok …, se contenta-t-il de répondre.

- A plus tard, les enfants ! lança-t-elle depuis l'escalier, tout en montant, les bras chargés de ses deux sacs.

- Reposez-vous bien, Martha …

- Bonne … nuit …, lui fit Rick, hésitant sur le choix des mots vu l'heure qu'il était.

Tous deux la regardèrent disparaître à l'étage, tout en se remettant à manger.

- De mieux en mieux …, soupira Castle.

- Quoi ?

- Elle a passé la nuit dehors …

- Ne t'inquiète pas …, elle n'était certainement pas dehors …, sourit Kate, d'un air taquin.

- Tu sais bien ce que je veux dire …

- Tout ce que je constate, c'est qu'elle a l'air rayonnante et comblée …

- Comblée … tu parles … Si ça continue il faudra prendre rendez-vous avec elle plusieurs mois à l'avance pour avoir une chance de dîner avec elle une soirée entière …

- On n'a pas déjà eu cette discussion hier soir ? lui fit Kate en soupirant, un brin lassée par l'attitude de son mari.

- Si, mais ça m'agace … Je me demande ce qu'elle fabrique.

- Arrête de te demander et d'imaginer, tu te fais du mal …, répondit-elle en finissant son assiette.

- Elle découche, et rebelote ce soir … Et que fait-elle avec ces deux sacs remplis de … je ne sais quoi … ?

Kate le regarda d'un air exaspéré, et se leva pour débarrasser la table.

- Tu es fatigant, Castle …

- Moi ? Fatigant ? s'étonna-t-il, l'air de ne pas comprendre.

- Oui, je ne sais plus quoi dire pour que tu arrêtes d'épier ses moindres faits et gestes, d'imaginer le pire, et de concevoir des scenarii tordus sur la vie de ta mère …

- Ce n'est pas à ce point-là …

- Ah non ? Tu n'arrêtes pas … Ne t'étonne pas que Martha ou Alexis rechignent à te présenter leurs petits amis …

- Je n'aime pas ne pas savoir ce qui se trame dans leur vie …

- Et elles n'aiment pas que tu cherches à savoir justement …

Il ne répondit pas, l'observant s'affairer pour ranger la cuisine, tout en finissant de manger, pensif. Elle avait raison sur le fond. Mais c'était plus fort que lui. Il devait comprendre. Il devait savoir. Il fallait qu'il veille sur sa mère, sur Alexis. Et puis il était curieux aussi. Tout simplement.

- Tu me trouves vraiment si pénible ? reprit-il, se levant à son tour pour l'aider, et déposer les couverts dans le lave-vaisselle.

- Oui … et encore, le mot est faible … Tu es pire que l'Inquisition …

- C'est vrai …, reconnut-il, s'adossant à l'îlot central, en soupirant. En plus, je suis nul comme inquisiteur … Je n'obtiens aucune réponse … Si seulement je pouvais user de la torture pour les faire parler …

Kate le dévisagea, perplexe, et il sourit, ravi de la taquiner.

- Si tu essayais plutôt d'oublier ta mère quelques temps, et de la laisser vivre sa vie ? lui suggéra sa femme, en s'approchant de lui.

- De toute façon, elle va retourner vivre dans son appartement, et je ne saurai plus rien de ce qu'elle fait.

- Eh bien tant mieux …, sourit Kate, posant ses mains sur son torse, en regardant son air un peu désemparé. Tu sais … quand je te vois te comporter ainsi, je remercie le ciel qu'on n'ait pas eu une petite fille … Elle aurait vécu l'enfer avec toi …

- Tu sais que ça arrivera un jour ?

- Quoi ? D'avoir une petite fille ou de lui faire vivre l'enfer ? répondit-elle avec un sourire, alors qu'il posait ses mains sur sa taille, la prenant contre lui.

- Avoir une fille … une petite Beckett toute mignonne qui me fusillera du regard et m'enverra promener quand je chercherai à en savoir plus sur ses petits copains …, expliqua-t-il, songeur.

- Hum … oui … avec deux Beckett contre toi, sûr que tu ne feras pas le poids !

- Tu oublies Eliott … il sera dans mon camp … Deux contre deux … Il nous faudrait trois enfants pour nous départager …

- Rien que ça …

- Oui, ce serait l'idéal … trois … Non ?

Elle sourit, et sans répondre, l'embrassa tendrement.

- On verra, Castle …

- C'est notre destin de toute façon …, ajouta-t-il, alors que les pleurs d'Eliott parvinrent tout à coup jusqu'au salon.

- Je crois qu'il y a un petit bébé qui veut découvrir son cadeau …, sourit Kate.

- Oui ! Trop génial ! Je vais le chercher ! lança Castle, tout à coup tout excité, avant de s'éloigner vers le bureau.

Kate termina de ranger la cuisine, et écouta les pleurs d'Eliott se calmer petit à petit. Quelques minutes plus tard, Rick réapparut, leur fils dans les bras.

- Voilà un petit gars reposé, et tout propre, annonça-t-il, souriant.

- Il n'a pas beaucoup dormi …

- Je crois qu'il commence à moins dormir la journée pour se rattraper la nuit … ce qui est très bon signe pour notre sommeil …

- J'espère …

- Si on ouvrait ce cadeau ? Qu'en dis-tu fiston ? demanda-t-il, contemplant les réactions du bébé.

Eliott le regarda, et s'agita légèrement, comme s'il comprenait.

- Ah ! Tu es curieux …, comme Papa. Allez, hop avec Maman …, pendant que je m'occupe d'ouvrir ce gros colis.

Il déposa son fils dans les bras de Kate.

- Qu'est-ce que Papa pourrait bien avoir eu comme idée pour toi, mon petit cœur ? sourit-elle, caressant la joue d'Eliott du bout du doigt.

Le bébé attrapa son doigt, tout en émettant des petits bruits et gazouillis.

- Il va adorer …, lui fit Rick, tout en arrachant le gros scotch qui fermait le colis, armé de ciseaux pour se faciliter la tâche.

Il ne lui fallut que quelques secondes pour ouvrir le paquet sous le regard impatient de Kate, curieuse de savoir ce qu'il avait bien pu acheter.

- Et voilà ! lança Castle, fièrement, en abaissant les pans du carton pour dévoiler le cadeau.

- C'est une balançoire ? s'étonna Kate, qui s'attendait à tout sauf à ça.

- Une balancelle ! Le rêve de tous les bébés du monde !

- Eliott a déjà un transat, Rick …, lui fit-elle remarquer, observant le nouveau jouet dont, pour l'instant, elle ne voyait pas vraiment l'intérêt.

- Ce n'est pas un transat … C'est mieux que ça, c'est le transat du futur, un petit bijou de technologie ! Viens voir …

Kate s'approcha, scrutant la balancelle, d'un air perplexe. Elle n'y connaissait pas grand-chose en matériel de puériculture, malgré les quelques magasins qu'elle avait arpentés avec Rick ou Lanie pour acheter tout le nécessaire pour Eliott, et n'avait jamais vu pareil … engin.

- Qu'est-ce que tu en dis, fiston ? lança Rick, en jetant un œil à Eliott. C'est chouette, non ?

- Je crois que pour l'instant, il s'en fiche, Castle …, sourit gentiment Kate.

- Bon, Maman et Bébé ont besoin d'une petite démonstration ! Regardez le nouveau joujou de Papa ! Vous allez voir ce que vous allez voir !

Il s'empara de la télécommande, et appuya sur un bouton. Aussitôt, la nacelle, suspendu à un petit portique se mit à se balancer très légèrement.

- C'est chouette, reconnut Kate. Mais il ne va pas avoir la nausée là-dedans ?

- Mais non, c'est conçu pour … Il y a cinq vitesses de balancement …. Regarde …

Il accéléra le rythme de la balancelle.

- Mon Dieu, s'inquiéta Kate. Tu es sûr que c'est pour les bébés ça ?

- Mais oui … Et si on appuie là, hop, ça fait des petites vibrations dans la nacelle pour le bercer … ça reproduit les mouvements de nos bras … Et il y a dix berceuses enregistrées …., continua-t-il, appuyant sur un bouton pour enclencher une petite musique.

Kate, souriante, l'observait s'extasier devant tous les gadgets de la balancelle, alors que celle-ci diffusa un mélange de bruissements de feuilles sous l'effet de vents et de pépiements d'oiseaux.

- C'est joli, reconnut-elle, séduite malgré ses légères appréhensions. Ecoute Eliott comme c'est joli …

- Il y a même une berceuse avec le bruit des battements du cœur … pour rappeler à Eliott comme il était bien dans ton ventre, quand il entendait ton cœur battre tout près de lui …

- C'est adorable ça …

- Regarde, là, on peut brancher un lecteur mp3 …. Comme ça on pourra même lui faire écouter notre chanson … Il l'adore … ou tout ce qu'on veut d'ailleurs … Et il y a des capteurs de mouvement, et des capteurs sonores s'il bouge et se réveille, la berceuse et le balancement s'enclenchent automatiquement pour le rendormir.

- C'est impressionnant, sourit Kate, étonnée devant un tel condensé de technologie pour une simple balancelle destinée à un bébé. Je crois qu'Eliott voudrait bien essayer le nouveau joujou de Papa …

- Allez, en avant, fiston pour ton premier décollage ! s'exclama Castle, prenant son fils dans ses bras pour le déposer dans la petite nacelle.

- Attache-le bien …

- Oui.

- Et s'il vomit, c'est toi qui gères …

- Il ne va pas vomir … N'oublie pas qu'il sera un voyageur de l'espace plus tard … Il est fait pour ça …, sourit-il, en vérifiant qu'Eliott ne risquait pas de tomber. Tu es bien installé, bonhomme ?

Eliott gazouilla, s'agita, sans comprendre ce qui arrivait.

- Attention ! Paré au décollage ! lança Castle, tout excité, en enclenchant le balancement.

- Doucement, Rick …, l'avertit Kate, un peu inquiète.

- Mais oui … Ne t'en fais pas, Eliott, les mamans ont toujours peur de tout … Regarde comme il est bien ….

Eliott se laissait balancer légèrement sans rien dire, sous le regard attendri et admiratif de ses parents.

- Quel grand garçon, sourit Kate, constatant qu'Eliott avait l'air très à l'aise. Mais dis-moi … à quoi on sert nous avec ta balancelle magique ?

- A rien ! C'est tout l'intérêt ! Pendant que mon joujou bercera Eliott, et le rendormira … on pourra faire tout ce qu'on veut … et par tout ce qu'on veut, j'entends bien-sûr tout plein de câlins …

- Ah je vois … ce n'est pas un cadeau désintéressé …

- Non, sourit-il. Dommage que je sois trop grand pour tester …

- Quel dommage oui …, rigola Kate.

- Alors mon cadeau est validé ? On peut le garder ?

- Il est validé, mais pour un usage modéré et ponctuel, l'avertit Kate.

- Oui … c'est juste pour le fun … rien ne remplace les bras de Maman et Papa pour se faire bercer et s'endormir …

- Heureusement …

- Alors, qui est le roi des cadeaux ? demanda-t-il, alors qu'Eliott commençait à grogner et s'agiter.

- Ah …, constata Kate, pas si magique ton joujou ….

- Attend …, répondit Rick alors que s'enclenchait une berceuse avec des bruits de vagues destinée à apaiser Eliott.

Tous deux observèrent les réactions de leur fils qui grogna de plus belle et se mit à pleurer.

- Il n'aime pas la mer …, constata Rick.

- Ou alors il en a marre de se faire balancer comme ça …

- Je vais essayer autre chose …

Rick appuya sur un bouton qui enclencha une nouvelle berceuse. Des barrissements d'éléphants et retentirent. Eliott sembla écouter, et comme par miracle, ses pleurs s'atténuèrent.

- Il aime les éléphants comme Maman, sourit Rick, passant son bras dans le dos de sa femme pour l'enlacer.

- Un vrai petit Beckett …, constata fièrement Kate.

- Et un petit Castle fana de technologie …, ajouta Rick.

- On peut dire ça …, sourit-elle. Un mini-nous en somme …

Il sourit, ravi, et déposa un baiser sur la tempe de sa muse, sans se lasser de contempler l'efficacité de son nouveau jouet.