Chapitre 11 : Rien n'était prévu


Résumé du chapitre précédent :

Après avoir eu une altercation silencieuse avec les gryffondors de son année, Marie découvre en plus que la relation entre ses frères n'est pas au beau fixe. S'accumulant avec toutes les autres petites choses subies depuis son arrivée en Angleterre, la jeune fille craque. Heureusement une petite discussion autour d'un thé lui fait voir les choses autrement, et c'est désormais avec le sourire qu'elle pense affronter la suite de sa vie de sorcière.


Elle fut surprise le lendemain au réveil de se retrouver à nouveau dans ce dortoir à la lumière verdâtre et si chaleureux pourtant. L'odeur des draps était étrange, un parfum boisé et fruité à la fois, qu'elle n'avait pas remarqué auparavant. A moins que ça ne soit le parfum d'Elisabeth Prewet, qui se préparait à côté d'elle. Marie l'apercevait à travers le paravent de tissu vert, transparent sous l'effet de la lampe de chevet allumée. C'était du plus bel effet. Il était pourtant tôt, bien trop tôt pour se lever. Marie bailla en silence et se releva à demi dans son lit, luttant pour ne pas se rendormir, intriguée. Sa camarade de classe ne l'avait pas entendue et des froissements légers de vêtements et de papiers laissaient comprendre qu'Elisabeth était déjà prête à sortir de la salle. Curieuse mais vaincue par son corps ensommeillé, la jeune rousse se retourna dans son lit et se rendormit. Elle éluciderait ça plus tard. Maintenant c'était le bonheur d'un oreiller en plume de canard qui l'appelait...

Lorsque le réveil sonna pour de bon, Marie grogna et resta d'abord enfouie dans sa montagne de tissu vert brodé de petits serpents d'argent. Ce n'est que lorsqu'Audace vint la secouer qu'elle daigna se bouger, jamais vraiment de bonne humeur de bon matin, loin de sa campagne et de son serpent favori. Elle se prépara à son tour, piquant sans vergogne la place de la salle de bain à Wei, comme la veille. A huit heures du matin, se faire des amies n'était pas sa priorité. Elle avait remarqué qu'Elisabeth n'était pas dans le dortoir, mais aucune fille n'aborda cette absence pourtant suspecte, aussi elle décida pour elle-même de mener l'enquête seule.

Au petit-déjeuner - toujours ces fichus œufs et ce bacon ! - Marie croqua quelques pommes tout en fixant sa camarade revenue parmi la classe, toujours aussi impeccable avec ce chignon savamment travaillé. Elle ne l'avait pas vraiment détaillée la veille. Elisabeth était assez jolie, avec son maquillage à la fois discret et raffiné, ses yeux gris-bleu et ses lèvres pleines. Elle était anguleuse, avec des seins déjà prometteurs pour la suite de son adolescence. Le type de fille trop jolie qui avait conscience de leur beauté.

Audace et Elisabeth semblaient toujours fâchées l'une envers l'autre, et Marie n'avait pas réussi à comprendre la cause de leur dispute. S'occuper de ce cas permettait de lui occuper l'esprit et surtout d'éviter les regards des autres élèves. Il fallait croire qu'une journée n'avait pas suffi à étancher la curiosité de sa venue parmi les sorciers ! Pourtant il n'y avait rien à voir ! Enfin, l'épisode des cubes et des plumes au plafond avait apparemment déjà fait le tour des maisons, et son espoir d'anonymat semblait être remis à plus tard. Bien entendu elle avait croisé de loin sa nombreuse famille, mais le fait qu'elle soit chez les serpentards limitait clairement les possibilités d'échange. Heureusement, elle les verrait dès cet après-midi, lors de cette réunion dont Rose lui avait parlé.

Le premier et le seul cours du mardi matin était un cours de Défense Contre les Forces du Mal. Ou DADA en anglais. Cela l'avait fait sourire, avant de grimacer en comprenant qu'en quatrième année, l'apprentissage des sortilèges de défense était plus de rigueur que les cours théoriques. Théorie qu'elle n'avait même pas ! Elle allait encore devoir se faire ridiculiser ou remarquer à cause de son incapacité à prononcer le moindre sort... On lui avait bien parlé des sorts informulés, mais chez elle, c'était autre chose. Elle ne songeait pas à un sort spécifique, elle laissait sa magie naturelle s'écouler d'elle. Elle avait toujours cru que c'était ainsi et pas autrement, sa grand-mère avait toujours fait pareil, même avec sa baguette. Marie savait parfaitement contrôler ce flux, puisqu'elle ne l'avait jamais utilisé en dehors de sa maison familiale. Enfin, familiale... pas aux dires de sa ''vraie'' famille, mais comment pouvaient-ils affirmer si froidement que Mam'Ly était un monstre plutôt qu'une grand-mère aimante... En son cœur, Marie était fermement convaincue que, même si le contexte courait en sa défaveur, jamais Mam'Ly ne lui aurait fait le moindre mal. En fait, elle pensait vraiment que sa grand-mère n'avait rien à voir avec l'enlèvement dont elle avait été victime petite à Londres. Peut-être même que Mam'Ly l'avait simplement trouvée et adoptée ? Non, la ressemblance avec la mère de son père... Oh puis zut ! Réfléchir à tout ça sans en savoir plus lui faisait mal à la tête. Et penser à sa grand-mère, à sa voix aimante et à son rire lorsqu'elle lui amenait un avion en papier... cela lui faisait mal tout court.

La jeune fille revint mentalement dans la pièce où elle se trouvait, face à face avec les gryffondors – encore eux ! - et dont la plupart la regardaient comme un extraterrestre dangereux. Seul celui qui s'était excusé la veille lui semblait à peu près sympathique, mais son jugement était biaisé parce qu'elle était nerveuse. David Wood - c'était facile de se souvenir de son nom de famille - lui paraissait quand même nettement être le moins agressif de tous ceux de sa classe.

Le professeur, une dame plutôt jeune et petite, très blonde, avec un débit de paroles si rapide qu'elle peinait à la comprendre, s'était présentée comme une nouvelle professeur, Ann Malowski, et les chuchotis allèrent bon train pour commenter la remplaçante de l'ancien professeur. D'après Audace, le poste était maudit depuis des décennies, et aucun enseignant ne durait plus de deux ou trois ans. Parfois même une seule année ! Avant, à l'époque de leurs parents, chacun pensait que cela avait un lien avec les guerres, mais à présent, rien ne justifiait la malédiction de ce poste qui perdurait pourtant envers et contre tout.

Marie aurait voulu voir le professeur avant le début du cours, pour lui expliquer sa totale ignorance en la matière, autant en défense qu'en magie, mais c'était impossible. Ils étaient déjà tous installés et le cours commençait. La jeune enseignante, plus stressée que ses élèves, partit sur un rapide résumé du programme qu'ils verraient durant l'année, puis elle souhaita connaître le niveau général des classes de Serpentard et Gryffondor en organisant à la va-vite un jeu de duel. Marie déglutit, comprenant soudainement ce que ça impliquait. En l'espace d'une journée déjà, elle avait bien remarqué comment la magie et les sorts étaient inscrits dans le quotidien de chaque élève. Même le matin, elle devait lutter contre les sortilèges installés dans la salle de bain, sensés lui faciliter la vie et qu'elle détestait au plus haut point. Mais faire part de ce genre de rejet ne manquerait pas de la faire mal voir des autres. Et il fallait absolument qu'elle parvienne à s'intégrer.

C'est aussi pour ça qu'elle ne dit rien lorsque Mrs. Malowski organisa les duels par groupe de deux, un gryffondor et un serpentard, et l'ambiance devint soudainement beaucoup plus tendue. Marie se retrouva affublée d'une gryffondor au visage peu engageant et marqué des aléas d'une peau adolescente. Elles ne furent pas les premières à passer, chaque duo devait lancer deux ou trois sorts d'attaque ou de défense connus de l'année dernière. Aucun sort dangereux, avait ajouté l'enseignante. Mais la tension qui existait entre les deux classes inquiétait Marie, qui observa les premiers échanges magiques avec attention. Elle sursauta devant les sorts, une vision bien légitime s'imposant à sa vue : le champ autour de sa maison en flammes, les sorts lancés dans les airs, l'homme qui était tombé dans un craquement sourd et terrible. Sa main eut un tremblement, bien visible par sa baguette claire. La gryffondor ricana, sans comprendre l'origine de la peur de sa rivale.

« T'es comme tous les serpentards, t'es une trouillarde. Lily Potter, l'enfant retrouvée, une trouillarde ! »

Marie rougit, furieuse. Elle aurait voulu trouver une réponse cinglante pour lui clouer le bec, mais elle resta malheureusement silencieuse, alors que c'était leur tour. Devant tout le monde, la jeune fille n'en menait pas large. Elle luttait déjà contre le tremblement de sa main, et déglutit de nouveau. Maintenant, demander à la professeur d'arrêter reviendrait à avouer sa... trouillardise face à tous. Il était hors de question qu'elle abandonne là ! Elle avait vu les sorts que les autres duos avaient lancés, elle comprenait parfaitement comment cela fonctionnait, ce genre de choses, mais elle se sentait malgré tout incapable du moindre geste. Un silence se fit dans la salle, la gryffondor souriait, sûre d'elle, Audace encouragea Marie à montrer qui était la meilleure !

« Saluez ! Prêt ? Allez-y ! »

Elle n'eut même pas le temps de réfléchir à un quelconque plan, à une quelconque idée. Tout se passa très vite. La fille en face d'elle lui lança un sort puissant et effrayant, de son point de vue en tout cas. Marie se retrouvait à nouveau dans la même situation que lors de sa fuite en pleine nuit, à travers les champs. Le sort qui l'avait touchée à l'épaule... Sa baguette levée n'eut rien à faire cependant. Déjà la gryffondor était au sol, blessée, et la professeur s'était précipitée sur elle, tandis qu'un brouhaha remplissait la salle. Que s'était-il passé ? Audace vint sur elle, en fait, tous les serpentards vinrent vers elle.

« Comment t'as fait ça ? C'était autorisé ça ? comprit-elle parmi le flot de paroles qui envahissait sa tête.

– Miss Potter ! Quel sort lui avez-vous envoyé ? se fit entendre la voix claire et forte du professeur, encore accroupie près de la blessée, qui gémissait, à moitié assommée.

– Je n'ai rien fait ! Je vous jure que je n'ai lancé aucun sort ! Je ne sais même pas en lancer !

– Eh bien ce n'est pas ce qu'on a vu, et je pense que votre camarade n'en dira pas autant. Je vais l'emmener à l'infirmerie, vous, vous restez là, sagement, je reviens le plus vite possible. Tout le monde revient à sa place et m'écrit un parchemin de dix centimètres sur l'importance de la défense mais aussi des valeurs en duel. »

Inquiète, Marie courut après la professeur, qui soutenait l'élève aux yeux vagues, vers la porte. Elle ne voulait pas rester dans cette pièce sans comprendre ce qu'il venait de se passer ! Et surtout pas avec les gryffondors, qui déjà accusaient sa classe de malveillance, et Lily Potter de folie, voire pire. Elle avait clairement entendu le mot mangemort et le mot gazette, derrière elle.

« Madame, je vous jure que je n'ai rien fait. Je n'ai rien vu non plus. Je ne sais pas lancer de sort, ajouta-t-elle sur un ton de supplique et d'inquiétude.

– Miss Potter... Bon, accompagnez-moi. »

Trop heureuse d'éviter les questions et les rumeurs déjà lancées dans la pièce de DADA, Marie emboîta le pas rapide du professeur, suivant ses longs cheveux blonds comme un chaton effrayé. Elle avait beau chercher ce qu'il venait de se passer, elle ne se rappelait de rien. Le sort que la gryffondor avait lancé ne l'avait pas touchée, elle en était sûre. Tout comme elle était purement et simplement certaine de n'avoir rien lancé en retour. Elle s'était juste souvenue de la course poursuite qu'elle avait subie, de la peur qu'elle avait ressentie...

« Miss Potter il faudra que j'évoque cet incident à la directrice, j'espère que vous en êtes consciente ?

– Oui... oui, mais qu'est-ce qu'elle a, au juste ?

– Justement, je ne sais pas, c'est ce qui est le plus inquiétant. Ah, voilà l'infirmerie. Mrs. Pomfresh ? Je vous amène une blessée ! »

Marie reconnaissait l'endroit pour être venue avec Melopoïa la veille, enfin, à côté. Elles passèrent les deux grandes portes, et une femme replète et grisonnante, les cheveux très bouclés, prit en charge immédiatement la jeune élève qui était toujours à demi-inconsciente. Marie resta sur le pas de la porte, sans écouter les deux femmes, car elle venait de remarquer et de reconnaître la fameuse Sophia Alpheratz. Elle arrivait derrière l'infirmière, lui demandant de quelle potion elle pouvait avoir besoin, analysant la situation avec calme, de ses grands yeux de biche sur un visage ovale et doux. Leur regard se croisèrent sans qu'il ne se passa rien, hormis l'interrogation naturelle pour l'assistante de savoir ce qu'une autre élève faisait là. La professeur de Défense contre les forces du mal reprenait contenance, la vie de son élève n'était absolument pas en danger, apparemment. Elle se retourna vers Marie et la sortit de l'infirmerie, laissant les deux femmes s'occuper de la gryffondor.

« Retournons dans la classe, Miss Potter. Je vais annuler le cours pour que nous puissions avoir une petite discussion toutes les deux.

– D'... D'accord... »

Voilà qui n'annonçait rien de bon. Autant pour elle que pour la suite de sa notoriété grandissante. Lorsqu'elles revinrent dans la salle, l'agitation était toujours à son comble, et il était assez évident que des sorts avaient été lancés. La pièce était sens dessus dessous. C'est alors que les quatrième année découvrirent que leur nouvelle professeur de DADA n'était pas une femme douce et frêle, car elle se révéla dans une fureur contrôlée, leur assignant à tous une retenue de deux heures le soir même, ainsi que cinquante points retenus sur les deux classes confondues. Cela eut pour effet de faire blêmir les élèves, mais également de les calmer. Plus personne n'osa se plaindre ou accuser qui que ce soit. Un élève de gryffondor n'hésita cependant pas à demander des nouvelles de la blessée.

« Elle va bien, elle était juste sonnée, elle sortira sans doute de l'infirmerie avant midi ! La séance d'aujourd'hui est annulée, mais nous nous retrouvons ce soir en retenue, dans cette même salle. Réfléchissez bien à ce que vous venez de faire dans l'emportement. »

Ils sortirent tous dans un silence calculé, afin de ne pas avoir de points en moins, mais dès leur sortie de la salle le brouhaha revint en force, et Marie baissa le regard, honteuse en quelque sorte de ce qu'il s'était passé. Lorsque tous furent sortis, la professeur referma la salle et demanda à la jeune fille de s'asseoir.

« A nous deux, Miss Potter. J'avais entendu parler de vous, bien entendu, mais je n'aurais pas songé devoir gérer ce genre de situation.

– Je suis vraiment désolée madame, je ne sais pas du tout ce qui s'est passé, je vous le jure !

– Je te crois. Tu me disais que tu ne savais pas lancer de sorts ? Demanda-t-elle d'une voix conciliante et intriguée, pourquoi n'es-tu pas venue me voir dès le début du cours ?

– On m'avait traité de peureuse... je ne voulais pas qu'ils le sachent !

– Je vois... Te rappelles-tu de quelque chose, as-tu pensé à quelque chose en particulier alors qu'elle te lançait un simple stupefix ?

– C'était un stupefix ? Je... je ne sais pas trop... Je pensais à... j'ai déjà reçu ce sort, il n'y a pas longtemps, je crois. Il m'avait touchée au bras et...

– Ici, le sort ne t'a pas touchée, l'informa, songeuse, la professeur, il a littéralement disparu et en retour nous avons pu voir une grande vague blanche – et c'est cela le plus étrange – émaner de toi pour la toucher. Cela t'était-il déjà arrivé ?

– Non... Non ! Je n'ai rien vu. J'avais peur, c'est tout...

– Il va falloir que nous organisions rapidement une rencontre avec la directrice. Elle pourra peut-être nous aider à démêler cette affaire. En attendant, laisse-moi voir ta baguette et explique-moi ce que tu as appris de la magie et comment tu t'en sers. »

Le reste de l'heure fut long et fastidieux pour Marie. Si écouter et apprendre n'était pas trop difficile, traduire en anglais ce qu'elle ressentait et ce qu'elle connaissait, et devoir trouver du vocabulaire pour l'expliquer était épuisant. Elle sortit de la salle sans trop comprendre, encore une fois, ce qu'elle faisait là au juste. A présent il était certain qu'on la regarderait véritablement comme une extraterrestre ! Elle était choquée par ce qu'il venait de se passer, et ne voulait absolument pas se rendre dans la Grande Salle pour manger. La jeune fille eut pour réflexe de retourner à l'infirmerie, sans vraiment réfléchir à ce qu'elle faisait. Lorsqu'elle arriva là-bas, la grande pièce lumineuse aux multiples lits blancs était vide. Elle soupira de soulagement elle n'aurait pas voulu croiser la fille qu'elle avait blessée sans le vouloir. Non, elle voulait simplement... Oui, l'assistante venait à sa rencontre, lui demandant si elle avait besoin de quelque chose. Elle ressemblait beaucoup à son frère, avec ses cheveux fins et blond cendré, et son visage doux.

« Vous êtes vraiment très pâle mademoiselle... Venez vous allonger.

– Vous êtes Sophia Alpheratz, n'est-ce pas ? Melopoïa m'a amenée chez vous hier.

– Oh, c'était donc vous ! Vous m'avez laissé ma porte ouverte aux quatre vents et des tasses vides à nettoyer.

– Je suis vraiment désolée, on a été... On a oublié.

– Ce n'est pas grave, venez vous allonger. Vous êtes Miss Potter ? Celle qui était venue avec Mrs Malowski et l'élève blessée, je vous reconnais. Je vais vous servir un calmant, attendez-moi. »

Marie se laissa faire, se rendant compte après coup que ses jambes flageolaient et qu'elle n'était pas au mieux de sa forme en effet. Elle regarda la jeune femme s'affairer – elle lui donnait vingt-cinq ans tout au plus – et elle admira sa gestuelle gracieuse et précise. On aurait dit une danseuse. Si fine ! L'image de Vega Alpheratz s'imposa à sa pensée. Oui, ils se ressemblaient beaucoup. Mais seul Vega la faisait rougir quand elle le regardait. Elle accepta la boisson sans vraiment songer au fait que cela devait être plus sûrement une potion qu'un thé moldu. Elle grimaça lorsque la liqueur pâteuse et amère toucha sa langue mais avala le tout sans se plaindre, ses yeux résolument fixés sur Sophia. Ses pensées divaguaient.

« Vous êtes vraiment belle. Et vraiment gentille de nous laisser votre salon... pourquoi le faites-vous ?

– Merci. J'aime la compagnie. De Melody plus particulièrement.

– Melody?

– Melopoïa Deakins. Melody est son surnom. Tu ne l'as pas encore entendue chanter. Je lui avais dit qu'elle pouvait amener des amis chez moi, je ne pensais pas qu'elle le ferait vraiment un jour.

– Je suis la seule ?

– Oui, répondit-elle tout en refaisant un lit non loin de la jeune fille.

– Melo m'a raconté un peu votre histoire... ajouta Marie en hésitant un peu.

– Elle n'aurait pas dû, répliqua en douceur la jeune femme, appliquée à son travail.

– Je ne savais pas que ce genre de choses existait.

– Ce genre de choses ?

– Je... les rejets chez les sorciers, ce genre de choses quoi...

– Ce genre de choses existe partout et n'est pas inhérent aux sorciers, tu devais t'en douter, non ? Mais ne parlons plus de moi, je ne suis qu'une petite assistante de l'infirmerie, qui a gagné son poste à force de travail, pour prouver à tous qu'il n'y avait pas besoin d'être magicienne pour être efficace et utile à tous. A présent, repose-toi, je vois que tu es épuisée. Je te réveillerai dans une heure. Veux-tu que je demande à un elfe de maison de t'apporter un petit repas ?

– Non merci... Je n'ai vraiment pas faim.

– D'accord, à tout à l'heure Lullaby.

– Lullaby ?

– Ton futur surnom. Tu verras, tu adoreras. »

Comment ça elle adorerait ? Lullaby voulait dire berceuse, il lui semblait. Quel rapport avec elle ? Mais déjà ses paupières étaient lourdes et elle s'endormit, calmée par cet échange étrange, aussi étrange que ses discussions avec Melopoïa.

Lorsqu'elle sortit de l'infirmerie, après avoir été forcé de grignoter un bout de pain anglais avec Sophia, il était bientôt quatorze heures en fait, et elle était parfaitement requinquée pour affronter le monde sorcier et ces folles rumeurs qui circulaient à une vitesse impressionnante. Elle retrouva une partie de sa classe déjà postée devant le cours de l'après-midi, en haut d'une des tours du château. Le cours d'arithmancie avec les poufsouffles, cette fois elle avait demandé le matin même où se trouvait la salle, heureusement ! Comme elle s'y attendait, Audace, Mael et Justin lui posèrent des tas de questions, tandis que le reste de la classe resta obstinément éloignée d'elle, comme pour vouloir éviter d'être associé à elle. Du moins, c'est ce qu'elle croyait. Une discussion avec le trio lui fit comprendre qu'elle avait été le sujet de conversation principal des gryffondors et des serpentards, et que ses deux frères l'avaient cherchée partout, ainsi qu'une bonne partie des Weasleys.

« Mais comment t'as pu ressortir un truc aussi fort quand même ? Tu nous caches de sacrés trucs, Potter ! s'était exclamé Justin, sur un ton presque effrayé qui eut pour conséquence de crisper la jeune fille.

– Je vous jure que je ne sais rien du tout de ce qui s'est passé ! Je ne vous cache rien !

– Oh Lily... Bien sûr que tu nous caches des trucs, mais c'est normal, ça fait que depuis hier qu'on se connaît, tu vas pas tout nous dire comme ça, entre deux formules de politesse, avait ajouté de façon très diplomatique Mael, avec son sourire colgate si impressionnant.

– Non mais... je ne veux plus qu'on en parle en tout cas.

– Toi tu n'en parleras plus, mais les autres... insinua Audace tout en pointant discrètement le reste des élèves qui attendaient, poufsouffle comme serpentard.

– C'est vrai, mais je ne vois pas trop quoi faire d'autre, avoua Marie dans un soupir, tout en remarquant l'arrivée de Naomi et de Thomas, les deux poufsouffles qu'elle avait rencontrés dans le train, je vous laisse un instant, je reviens ! »

Elle s'éclipsa de son nouveau groupe fraîchement créé pour aller saluer les poufsouffles, se rappelant qu'elle les avait beaucoup appréciés lors de son arrivée à Poudlard. Ils semblèrent surpris mais ravis qu'elle vienne les voir, même si Thomas semblait assez gêné de sa présence. Marie ne sut comment interpréter cette gêne, qu'elle préféra ignorer plutôt que de s'en vexer. Si elle se vexait de tous les comportements bizarres que les gens de Poudlard avaient eu, avaient, et auraient envers elle, elle n'était pas sortie de l'auberge ! Naomi pour sa part était clairement plus expansive, et elle contrastait assez avec les autres anglaises à ses côtés, trop grande et maigre pour son âge, les cheveux blonds et coupés au carré.

« On croyait que tu n'oserais jamais nous recroiser, maintenant que tu fais partie des serpentards ! Je suis bien contente qu'on aie eu tort. Ça se passe bien, ajouta-t-elle beaucoup plus bas, avec eux ?

– Je me plains pas trop... En fait c'est surtout les gryffondors qui me causent des soucis pour le moment.

– On en a entendu parler. Mais après, nous et les ragots...

– Enfin quelqu'un qui ne s'y intéresse pas ! J'en peux plus de tous ces chuchotis partout, avoua-t-elle comme une messe basse, faisant par là-même ce qu'elle détestait chez les autres, tout le monde me regarde tout le temps...

– Il faut dire que depuis hier déjà, tu agrandis ta renommée, osa dire Thomas d'un air mal assuré.

– C'est malheureusement complètement involontaire de ma part, soupira-t-elle.

– On s'en doute, la rassura Naomi, ah, voilà le prof qui arrive. Si tu veux, on se voit demain aux sélections ! Thomas va tenter de faire partie de l'équipe !

– Oh... Bonne chance à toi alors, l'encouragea Marie.

– Tu ne vas pas essayer toi aussi ? lui demanda Naomi en haussant la voix pour couvrir la rentrée des élèves dans la salle.

– Houla, non. Je ne sais même pas monter sur un balai. »

L'exclamation silencieuse des deux poufsouffles – et celle de ceux qui avaient entendu sa phrase – lui apprit qu'elle avait révélé un petit secret plus important qu'elle ne l'aurait cru concernant son passé. Elle fut tentée de mentir en affirmant qu'elle n'était juste pas douée sur un balai, mais elle n'en eut pas le temps, déjà il fallait s'installer dans la pièce. Commença alors le cours d'arithmancie. Un cours auquel elle ne comprit strictement rien, hormis que c'était un truc stupide et ridicule absolument pas crédible. Jamais on ne lui ferait avaler qu'on pouvait prédire quelque chose avec des chiffres ! Décidément, cela faisait deux jours à peine et elle ne cessait de se sentir dépassée par la bizarrerie de l'enseignement de cette école, tant théorique que pratique.

Son esprit divagua tant et si bien sur la réunion de famille et les sélections de Quidditch à venir qu'elle fut totalement absente du cours, ignorant superbement les bavardages d'Audace. De toute façon, à quoi tenter de s'intéresser à des bêtises pareilles ? Non, elle songeait surtout que Rose ne lui avait pas dit où elle devait les retrouver à seize heures. Où devait-elle les attendre ? Devant la Grande Salle, devant l'entrée ?

Elle n'eut finalement pas le temps d'essayer l'un ou l'autre de ces choix, car dès la fin du cours, à la sortie de la salle, un préfet de septième année – son badge était pourtant assez différent... préfet-en-chef ? – vint la voir pour lui dire que la directrice l'attendait dans son bureau, immédiatement.

« Quoi ? Mais j'ai quelque chose de prévu !

– Chose prévue ou non, tu dois me suivre, Potter, l'informa-t-il d'un air négligeant.

– Bon bah, on se retrouve au repas » lui envoya Audace, soupirante, tout en s'éclipsant.

Marie râla en levant les yeux au ciel. Pourquoi tout le monde lui cherchait des noises ? Même la directrice ne pouvait pas la laisser en paix et aller voir sa famille ? Qu'allaient-ils tous dire, en ne la voyant pas arriver ? Et surtout... pourquoi voulait-elle la voir, cette femme à l'air effrayant ? Elle se rappela l'épisode de la matinée, déglutit, se calma subitement et se décida à suivre le préfet-en-chef, soudainement plus docile. Allait-elle se faire punir ? Elle serra ses mains sur son buste, nerveuse, triturant sans ménagement son collier, comme elle le faisait machinalement depuis dix jours maintenant.

Elle ne croisa personne de sa famille alors qu'elle suivait le poufsouffle de septième année à travers les couloirs. Bientôt, elle fut laissée devant une statue, une sorte de gargouille en pierre très laide, et avant de comprendre ce qu'elle devait faire, la statue commença à bouger dans un raclement sec et rude, puis à s'élever, laissant apparaître un escalier en colimaçon. Marie regarda autour d'elle, mais le préfet-en-chef n'était pas resté, et elle comprit alors qu'elle devait monter ces escaliers sans attendre d'autorisation. Son cœur battait fort, comme une adolescente ordinaire qui craignait la réprimande d'un adulte. Jamais, au collège, elle n'avait eu à avoir un entretien privé avec le directeur !

En arrivant dans le bureau, la jeune fille oublia ses craintes. L'endroit était splendide ! Décidément, Poudlard l'étonnait toujours, à chaque nouvelle salle découverte. Le bruit d'abord la frappa, une sorte de froufroutement indistinct et irrégulier, accompagné d'un bourdonnement sourd et apaisant. Elle connaissait ce bruit, mais n'arrivait pas à le replacer. Pas dans ce contexte. Ses yeux suivirent les murs de la pièce, curieux. Il faisait très clair, malgré les fenêtres hautes et la multitude d'objets de toutes sortes et encombrants, placés de manière ordonnée autour d'un espace central, le bureau. Un chat tigré et d'un certain âge se trouvait dessus, parmi les papiers et les deux lampes de bureau à l'ancienne. Marie n'avait pas entendu parler, n'avait pas écouté ou assimilé encore toutes les possibilités d'un monde magique, aussi elle sourit à l'animal, naturellement portée vers lui. Elle tendit la main, mais le chat se recula soudainement et sauta du bureau, et la jeune fille ne put que s'exclamer, surprise, lorsque la directrice remplaça en une seconde l'emplacement où aurait du atterrir le chat. Deux pensées vinrent naturellement à Marie : oh mon dieu, un chat qui se transforme ! et : Oh mon dieu, j'ai failli caresser la directrice !

Elle avait pâli, fixant cette femme au chignon strict et au visage tout aussi strict. Marie se demanda l'âge qu'elle pouvait bien avoir. Elle semblait si vieille ! Et pourtant elle restait droite et solide comme un bâton. Marie baissa le regard alors que la directrice lui demandait de s'asseoir. Son accent était élégant et facile à comprendre. Marie eut le réflexe de bredouiller pour s'excuser d'avoir tendu la main vers elle, elle s'excusa de l'avoir confondu avec un chat ordinaire.

« Je suis une animagus, cela n'a rien de secret. Mais vous, Miss Potter, personne ne vous l'a dit. Savez-vous pourquoi je vous ai convoquée ?

– Non... enfin... à cause de ce qui s'est passé en cours de Défense ?

– Oui bien sûr, mais il n'y a pas que cela. Comme vous le savez, votre arrivée dans cette école a été décidée dans la précipitation, une précipitation qui n'a pas été bénéfique pour vous. »

Marie resta silencieuse, fixant le bois du bureau, à l'endroit où le chat s'était trouvé. Que pouvait-elle répondre à cette affirmation qui visait juste ?

« J'ai eu vent de vos exploits à chacun de vos cours, et il me paraît évident que c'était une mauvaise idée de vous placer directement en quatrième année.

– Ne me changez pas de classe, s'il vous plaît ! supplia-t-elle d'une voix aiguë, se refusant à ce qu'on l'arrache à cette classe où elle commençait à se plaire.

– Eh bien, calmez-vous Miss Potter. Il n'en était pas question. Il va simplement falloir que chacun s'adapte, vous comme les professeurs, à votre arrivée si subite et à votre totale ignorance de la magie et des règles sorcières.

– Et pour ce qui s'est passé en cours ? Vous allez me punir ?

– Avez-vous sciemment lancé un sort à Miss Frewel ?

– Non, je l'ai déjà dit à Mrs. Malowski, je ne sais pas du tout comment ça a pu arriver mais je n'ai rien fait du tout !

– Dans ce cas, je ne vois absolument pas de quoi je pourrais bien vous punir. Cependant il va falloir tirer cette situation au clair, vous en convenez ?

– Quelle situation ? demanda-t-elle d'une toute petite voix, peu certaine de le vouloir vraiment.

– Vous nous dites ne pas savoir utiliser la magie, commença la directrice d'une voix posée et claire, et on vous a déjà vue faire exploser des cubes, faire voler des plumes sans votre baguette, et répondre à un sortilège d'attaque sans que la-dite baguette ne soit non plus utilisée. Cette situation, même chez les sorciers, est clairement inhabituelle. De plus, ajouta-t-elle après un petit silence, vous semblez avoir besoin de plus que de simples cours de rattrapage. C'est pourquoi vous aurez, chaque mardi à cette heure-ci, deux heures de discussion avec un psychomage.

– Un... psychomage ? Vous voulez dire un psychologue ? »

Et voilà, on la croyait complètement folle en prime ! Et le mardi, le jour où elle aurait pu voir Albus et James ! Et les autres aussi... Elle se mordilla la lèvre inférieure, ses mains nerveusement pliées sur le collier, à l'endroit où sa chemise blanche se croisait avec la veste sombre. L'absence de la cravate l'arrangeait présentement, car elle avait soudainement chaud. Relevant le regard d'une façon peu contrôlée, elle osa dire, encore une fois, supplier plutôt :

« S'il-vous-plaît... cela ne peut pas être un autre jour... ? J'avais... »

Mais l'absurdité de sa demande, et le fait de devoir dire qu'elle voulait voir ses frères la fit s'arrêter, et elle resta là, gênée par le regard dur et perçant de la directrice sur elle. Celle-ci remonta ses lunettes sur son nez, l'observa encore un instant, comme pour essayer de deviner ce qui la tourmentait, puis répondit sans aucune hésitation.

« Eh bien, pour le moment la date est arrêtée, mais nous verrons si cela peut être changé, si vous n'êtes pas satisfaite de cet horaire. Vous aurez votre premier rendez-vous la semaine prochaine. Je vous fournirai tous les renseignements que vous souhaitez en attendant. Avez-vous des questions, des problèmes à me confier, par exemple ? »

Marie avait baissé son regard à nouveau, son esprit résolument vide à chaque fois qu'on lui posait ce genre de questions. Des problèmes... oh oui, elle en avait des tonnes ! Mais elle ne réussirait certainement pas à en parler à un adulte, et encore moins à la directrice de l'école où elle avait atterri si subitement. Du coup, même l'idée d'un... psychomage lui semblait absurde et inutile. Qui pouvait l'aider de toute façon... ? Elle était toute seule avec ses problèmes. Marie sourit à Mrs. MacGonagall, le genre de sourire menteur qui ne cache rien, et elle affirma avec une sorte de fierté mal placée qu'elle n'avait aucun problème particulier ni de questions. Certes, la directrice ne semblait pas dupe de ce petit jeu, mais elle la laissa tranquille et bientôt, déjà, le débat fut arrêté et la discussion close. Soupirant de soulagement, alors même qu'elle croyait que c'était fini et qu'elle partait vers la porte, admirant de nouveau l'assemblage des objets sur les bibliothèques surchargées, le jeu de couleurs des fenêtres, comme dans une église, Marie eut le réflexe de répondre à la dernière question de la directrice qui s'était levée pour l'accompagner à la porte.

« Comment vous appelez-vous, Miss ?

– Marie Lecomte, pourq... »

Elle se tut, choquée par sa propre réponse. Personne, depuis qu'elle était en Angleterre, absolument personne ne lui avait demandé son nom. Elle avait simplement eu à faire semblant de s'appeler Lily Potter, mais voilà qu'une simple question, la plus évidente et la plus ordinaire qui existait, lui faisait se rendre compte de ce que cela signifiait. D'avoir répondu tout à fait naturellement par ses anciens nom et prénom, d'avoir répondu par le prénom que ses parents avaient rejeté avec une violence qui l'avait blessée, cela lui semblait faux. Même à elle-même.

« Ne vous inquiétez pas. Tout ira bien. »

La voix de la vieille femme était douce, presque maternelle, mais elle n'eut sans doute pas l'effet escompté. Le regard fuyant, rougie par une sorte de honte qu'elle ne comprenait pas, ou par une sorte de choc inattendu, l'adolescente s'échappa de ce lieu soudain étouffant. Marie ou Lily ? Marie Lecomte, ou Lily Luna Potter... Elle n'était aucune des deux ! La première était fausse car bâtie sur des mensonges insondables, la seconde n'avait jamais existé autrement que dans les souvenirs et l'imagination des autres ! Le souffle court, elle marcha à travers les couloirs, rêvant de retrouver son frère Albus, ou même James, même James qui était si étrange, qui lui ressemblait, un peu. Elle voulait les voir et les écouter, tout simplement, même s'ils se disputaient encore, même si cette nouvelle famille lui semblait étrangère encore. Ils étaient réels, ils étaient bien là, et ils s'inquiétaient pour elle. Ils la rassuraient.

Mais elle ne les trouva pas. Elle s'en était doutée. Ils devaient être à la ''réunion de famille'', sans elle... Ils devaient médire, tous, sur elle, sur son absence, sur ses bizarreries... Elle se rendit compte qu'elle se trouvait dehors, face à la grande horloge. Il ne faisait plus si beau, l'automne allait poindre bientôt, le vent était frais. Il lui restait une bonne heure avant d'avoir son cours de rattrapage de botanique, avec Mr. Londubat. Un psychomage hein... Allait-il dire à la directrice qu'elle était complètement folle et qu'elle devait partir de Poudlard ? Marie soupira une nouvelle fois, perdue. Elle s'installa sur le rebord du grand péristyle de l'entrée, son regard courant sur l'architecture de l'ensemble. Elle compta les colonnades pour s'occuper et pour ne pas réfléchir. Surtout, ne pas réfléchir.

Une tête blonde reconnaissable, emplie de bouclettes sauvages, vint dans son champ de vision. Marie sourit c'était Melissandre. Elle était accompagnée de Danae, comme toujours depuis leur rencontre, curieux duo de contraste. L'une grande et blonde, gracile, l'autre petite, brune et pataude, trop empâtée aux yeux des cruels adolescents. Mais elles avaient au moins une chose en commun, toutes les deux, Marie l'avait remarqué rapidement : elles souriaient toujours, malgré leur nervosité fébrile et leur regard fuyant. Elles s'assirent à côté d'elle, et la masse de boucles blondes pencha la tête.

« J'ai entendu dire que Mrs MacGonagall t'avait convoquée... Ça s'est bien passé ?

– Euh... En quelque sorte.

– Il va falloir que tu fasses attention, je pense que les gryffondors ne vont pas te lâcher, après ce que tu as fait à Frewel.

– Rah mais pourquoi on ne peut pas simplement me laisser tranquille ? avoua la jeune fille en levant les mains et le visage vers le ciel dans un geste tout à fait théâtral et imagé.

– Peut-être parce que tu es une Potter, que tu es arrivée chez les serpentards alors que tout le monde pensait que tu serais chez les gryffondors. Et parce qu'on entend tout et n'importe quoi sur ton passé.

– Oh donc c'est parce que je suis célèbre alors que j'ai strictement rien fait...

– C'est à peu près ça, se moqua Melissandre avant de s'excuser platement, pardon, je ne voulais pas dire que...

– Dire quoi ? Sois pas si nerveuse avec moi, tu n'as pas à t'excuser je crois. J'ai bien vu au dortoir que ça n'allait pas fort entre vous deux et les autres filles, mais c'est pas pour autant que je vais partager leur connerie.

– Merci Potter, dit enfin Danae tout en tortillant ses jambes contre le rebord du mur de pierre.

– Je t'en prie, tu peux m'appeler... Lily. »

Il fallait bien faire un choix. Et son choix était fait. La directrice avait raison, tout irait bien.