La tempête
Ca y est, lol, moi aussi j'ai fait mon blog comme tous les autres ! Le lien est sur mon profil, si ça vous intéresse d'aller y jeter un coup d'œil. Sinon, je suis désolée pour le retard, mais je voulais vraiment que ce chapitre soit super pour compenser avec l'autre… Désolée s'il ne répond pas à vos attentes.
Disclaimer : toujours rien de changé : rien ne m'appartient, et je ne gagne rien d'autre que vous reviews qui me font toujours un plaisir immense…
Réponse aux reviews :
Ankh An-Ki : Merci beaucoup ! Ton pseudo est superbe, c'est bien du celte, non ? Bisous, en espérant que la suite te plaira autant !
Jane Scrout : Oui, je sais, j'essaye de me rattraper dans ce chapitre que j'aime un peu plus que le précédent, écrit à l'arrache et n'importe comment. Et voilà la suite, donc… Gros bisous !
Lolaboop : Coucou ! J'ai été voir ta fic, et je trouve ça plutôt dommage que tu l'ais abandonnée pour le moment (ça fait deux mois qu'il n'y a pas eu d'update, donc j'ai supposé que…). En tout cas tu es la grande gagnante du jour : oui, il y a bien un rapport entre Sirius et Orion. Lol ! Ca me paraissait très évident quand je l'ai écrit, et encore plus quand j'ai mis la scène dont tu parles, mais apparemment tu es la seule à l'avoir remarquée… Et loin de moi l'idée d'empêcher mes lecteurs de poser des questions ! Juste une petite précision : Orion n'est pas une étoile, mais une constellation dont Sirius est la plus brillante… Ecrit comme ça, c'est encore plus évident ! Gros bisous !
Mily Black : C'est gentil de me dire ça, mais je n'en demeure pas moins pas du tout satisfaite du chapitre précédent. Quand à la « vrai » réaction d'Orion, elle a lieu dans ce chapitre-ci, d'où le fait qu'elle t'ait paru un peu rapide. Gros bisous et à la prochaine !
Bloodymelou : Lol ! Ce n'est pas si grave puisque ce mal est à présent réparé, on dirait… J'espère te revoir aussi souvent que dans mon autre fic, et à bientôt, sur MSN ou dans les reviews ! Gros bisous !
Pascale1980 : Et bien, ça va être long d'attendre la suite de ton histoire (deux mois ? Arg ! rien que d'y penser, j'en ai des frissons…) mais comme de toute façon je vois mal comment on pourrait faire autrement, je vais prendre mon mal en patience. En tout cas j'espère que ton stage se passera bien, même s'il n'y a pas Internet, et je te souhaite bonne chance. En attendant avec impatience ton retour… Gros bisous !
Plume : ffnet semble avoir pris la mauvaise idée de buguer souvent ces derniers temps ! Et ma fic va encore prendre du retard, je le sens… Enfin bon bref ! Orion explose dans ce chapitre, et c'est bien Dray qui va en faire les frais, le pauvre… Lol ! Sinon ça me fait vraiment plaisir que tu aimes mon Ron, c'est un des personnages que j'aime bien alors si je ne l'écorche pas trop dans ma fic, tant mieux. Gros bisous !
Socute : Coucou toi ! Je sais que c'est pas toujours facile les fics quand ça en arrive au point où on voulait en arriver depuis le début, mais c'est dommage quand même. Pour ce qui est de ma fic, ne t'inquiète pas : en fait, le problème c'est plutôt que j'ai trop d'idées et qu'il va falloir plusieurs fics avant d'en épuiser seulement la moitié… Gros bisous !
11ème chapitre qui va essayer de compenser un peu le désastre précédent…
Hermione s'affala sur le rocher le plus proche, épuisée. Sa chemisette lui collait à la peau comme en plein mois de juillet, et pourtant, la température devait avoisiner les 0° tout au plus. Ce début de novembre était particulièrement froid, comme si les éléments eux-mêmes cherchaient un peu de répit dans l'engourdissement avant la tempête. Sa respiration était tout aussi rapide que celle de Ron qui venait d'essuyer son front mouillé de sueur du revers de sa main avant de s'asseoir à ses côtés. Les deux adolescents restèrent ainsi quelques minutes, tâchant simplement de retrouver leur souffle, tandis que la terre autours d'eux vibrait encore du combat psychique qu'ils venaient de mener. Si l'on y réfléchissait un tant soit peu, il n'y avait en fin de compte pas grande différence entre un combat physique et mental : en tout cas, ils en étaient ressortis tout aussi crevés.
Tout était parti d'une idée d'Hermione, comme d'habitude : elle avait voulu tester les limites de son emprise sur les éléments, en l'occurrence sur la terre. Elle et Ron s'étaient donc affrontés, chacun tentant d'aspirer la force brute que couvaient le sol, les arbres, et les rochers qui les entouraient ; et cela avait fini en une sorte de mini tremblement de terre lorsque la jeune fille, vacillante, avait fini par abandonner. En relâchant toute la tension qui les habitait l'instant d'avant tout d'un coup, les deux Griffondors avaient fait tremblé l'ensemble de la forêt. Même ceux du château devaient avoir ressenti quelque chose.
« On s'est plutôt pas mal débrouillé, tous les deux, tu ne trouves pas ? » demanda Ron d'une voix enjouée.
Hermione se laissa aller en arrière de façon à se retrouver étendue sur son rocher, la gorge offerte au vent froid comme une victime prête à être sacrifiée sur l'autel d'une divinité sanguinaire. Mais cette position étant bizarrement confortable pour son corps courbaturé par la fatigue et la tension. Elle sourit doucement en plaquant une de ses joues brûlante contre la matière glaciale avant de répondre, songeuse :
« Oui… Je suis d'accord. Je me demande si j'arriverai à te battre à ce jeu là, un jour… »
« Je ne sais pas. Après tout, la terre est mon élément, non ? Alors c'est assez normal que je puisse la contrôler mieux que toi ! »
Hermione hocha la tête, les yeux levés vers le ciel sans nuage. Il faisait encore clair, mais le bleu avait pris cette couleur caractéristique annonciatrice de tempête.
« On ferait bien de rentrer, je meurs d'envie de prendre une bonne douche et Ginny doit avoir fini avec Harry, maintenant… »
« Ginny quoi ? » s'exclama le rouquin en fronçant les sourcils, suspicieux. C'est à ce moment-là, mais un peu tard, que la jeune fille prit conscience de la gaffe qu'elle venait de faire. Rapidement, elle examina en esprit les différentes options qui s'offraient à elle. Mais elle était bien trop fatiguée pour une nouvelle bataille contre Ron…
« Elle s'intéresse à Harry… De très près, si tu vois ce que je veux dire… »
Les sourcils roux étaient à présent si froncés qu'ils ne faisaient presque plus qu'un sur le front blanc du garçon.
« Et bien, il n'a pas intérêt à l'approcher de trop près, s'il tient à conserver mon amitié ! »
« Oh, arrête ça, Ron, tu es ravi que Ginny et Harry… Enfin, tu sais très bien ce que je veux dire. Harry est ton meilleur ami… »
« Et Ginny est ma petite sœur ! Je croyais qu'elle s'était calmée après que Seamus l'ait laissée tomber pour Lavande.»
« Oh, laisse-la vivre, enfin… Elle est plus âgée que Harry quand il est sortit avec Cho Chang. C'était il y a un an, c'est une grande fille, tu sais. Et puis elle pourrait tomber plus mal, tu ne crois pas ? »
« Hum. Vu sous cet angle là… Oui. Mais n'empêche que ça ne me plaît qu'à moitié…»
« C'est déjà une moitié de gagner. Viens Ron, je commence à avoir froid, maintenant. », répliqua Hermione en se redressant, le corps un peu engourdi.
Les deux jeunes gens prirent le chemin du château en silence, chacun plongé dans ses pensées. Hermione sourit en inspirant à pleins poumons l'air glacé aux odeurs de résine et de terre remuée par leurs expériences… La pauvre clairière ressemblait à présent à un véritable champs de bataille après que les cinq élèves s'y soient entraînés presque quotidiennement deux mois durant ; et plus jamais elle ne serait le havre de paix qu'elle avait été, mais cela n'inquiétait guère la rouge et or. En revanche, il n'en allait pas de même avec la perspective de sa soirée en tête à tête avec Draco…
Les deux amis se séparèrent devant le portrait de la grosse dame qui gardait la tour des Griffondors après que la préfète eut promis à Ron de passer la soirée avec eux. Les muscles douloureux, elle grimpa jusqu'à ses quartiers et se glissa derrière la statue de la nymphe. Draco était là, ainsi qu'elle s'y attendait, affalé sur le canapé comme à son habitude depuis qu'ils utilisaient la salle commune, ses livres de cours étalés autours de lui. Il leva la tête vers elle lorsqu'elle pénétra dans la pièce et ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais elle fut plus rapide que lui :
« Laisse moi prendre un bain d'abord, et je te promets de te dire tout ce que tu veux après. »
Le jeune homme haussa les sourcils puis finit par dire d'une voix prudente :
« Bien, comme tu veux. Mais fais vite… Je crois que tu as pas mal de choses à déballer, si je ne m'abuse… »
Elle haussa les épaules d'un air vague, tremblant d'avance intérieurement même si son visage lisse n'en laissait rien paraître… Mais la fatigue et le froid devaient y être pour beaucoup, car lorsqu'elle sortit de la salle de bain emmitouflée dans un peignoir confortable une demi-heure plus tard, détendue et réchauffée, elle se sentait déjà beaucoup mieux. Hermione prit une grande inspiration en passant le seuil de la porte, puis vint s'asseoir en face de son alter ego. Celui-ci s'était assis d'une façon un peu plus protocolaire et l'observait de ses grands yeux gris qui semblaient ne jamais ciller au-dessus de ses longs doigts croisés sous son menton à fossette. Déjà, elle sentait son cœur accélérer légèrement tandis que pesait sur elle son regard implacable. Avec une lenteur calculée, elle lissa son peignoir sur ses genoux puis attendit l'interrogatoire qui ne manquerait de venir…
« Bien », commença t'il d'une voix calme qui détachait chaque syllabe comme s'il avait voulu que chacune de ses paroles s'imprime dans la mémoire de la jeune fille aussi profondément que si elles avaient été marquées au fer rouge, « je veux que tu me dises tout ce que notre bien-aimé directeur t'a raconté. Ses raisons, la façon dont il compte exécuter ce plan débile… Tout ça. »
Elle fronça les sourcils, cherchant ses mots qui semblaient la fuir. Elle savait ce qu'elle voulait dire, du moins le peu que Dumbledore lui avait laissé entendre mais les expressions nécessaires s'échappaient sur le bout de sa langue comme les flocons de neige qu'elle essayait de gober, enfant, dans le jardin de ses parents… Machinalement, elle se servit une tasse de thé et laissa son esprit se perdre dans les méandres des volutes bleutés de la fumée.
« Il ne m'en a pas dit grand chose, simplement ce dont je t'ai parlé tout à l'heure. Il va y avoir un rapprochement avec les moldus, nos deux mondes ne feront plus qu'un de nouveau. Pour officialiser la réunion, il y aura une grande réception le 21 décembre où nous sommes tous les deux conviés en tant que représentant des élèves de Poudlard », finit-elle par dire.
Le grand garçon aux cheveux d'or se renversa dans son canapé, ses yeux en amande ne quittant pas le joli visage de sa compagne qui gardait les siens obstinément baissés. Lorsqu'il parla de nouveau après quelques instants de silence, il semblait plus ouvert à une véritable conversation.
« Et qu'est-ce que ces… moldus, sans pouvoir magiques, sans aucun intérêt ni conscience de la situation pourraient faire pour aider le grand Dumbledore ? »
« Je n'en sais rien. Mais Dumbledore ne fait jamais rien au hasard, je ne m'inquiète absolument pas pour lui. Peut-être qu'il s'intéresse à leur technologie ? »
« Leurs pistolets, leurs fusils, ces trucs-là ? Je doute qu'ils soient très efficaces contre des sorciers qui peuvent les réduire en cendre sur un mot, ma belle… »
Hermione fit la moue, à court d'arguments en dépit de la certitude qu'elle avait qu'une alliance entre sorciers et moldus ne pouvait être que bénéfique. Contre la fenêtre à vitraux, une branche vint frapper avec violence tandis que les flammes dans la cheminée se tordaient dans une danse torturée et sensuelle. Les sifflements du vent qui s'infiltrait à travers toutes les ouvertures avaient quelque chose d'extrêmement inquiétant dans le silence, et le ciel aussi noir qu'en pleine nuit ne faisait qu'ajouter à l'impression de malaise ambiant. Plongée dans ses pensées, la jeune fille se recroquevilla au fond de son fauteuil, observant du coin de l'œil le manège de son colocataire.
Les gestes familiers du jeune homme, cette façon qu'il avait de s'étendre sur le canapé de tout son long comme un jeune félin, de jouer avec sa cigarette qu'il tirait d'un étui d'argent frappé à ses armes, tout cela était plutôt rassurant. La Griffondor n'avait pas la moindre envie de rejoindre la solitude de sa chambre. A vrai dire, elle se sentait de plus en plus nerveuse, comme si le choc de tous les éléments dans la tempête qui grandissait, le vent qui soufflait en rafales furieuses, se heurtant sans pitié aux murailles de pierre, l'eau qui s'abattait sur les carreaux, et les éclairs qui déchiraient le ciel, tous faisaient rage dans sa tête. Elle se sentait nerveuse, fébrile…
Au bout de quelques minutes à peine, elle n'y tint plus. Se levant brusquement, elle commença à faire les cent pas dans toute la pièce, passant et repassant devant Draco qui la considérait d'un air curieux sans faire un geste pour l'arrêter, même si elle commençait à lui donner le tournis à s'agiter ainsi. Lui-même se sentait fiévreux, et il se doutait bien qu'éparpillés dans le reste du château, Potter, Weasley, et le petit copain d'Hermione devait ressentir la même chose. Mécaniquement, il se redressa sans cesser de la dévisager. Ses yeux agrandis dans son petit visage brillaient d'un éclat surnaturel au point d'en devenir inquiétants, d'autant plus qu'une lueur de folie semblait y valser par instant. Ou n'était-ce qu'une banale illusion d'optique ?
« Hermione ? Est-ce que ça va ? », demanda t'il enfin d'une voix où se mêlaient la prudence et la curiosité.
« J'en sais rien… »,gémit-elle, bien trop déstabilisée et énervée pour tenir les barrières qu'elle avait érigée pendant toutes ces années, en baissant ses yeux tourmentés vers lui.
Draco sentit malgré lui la piqûre de l'inquiétude l'atteindre. Où était donc passée la préfète-en-chef calme et raisonnable, dont le sang froid avait quelque chose d'assez effrayant parfois tant elle se dominait dans toutes les situations ? Se levant, il l'agrippa aux épaules et la secoua légèrement. Rien d'autre ne lui vint à l'esprit sur le moment pour la calmer, mais cela ne sembla cependant qu'aggraver son cas. La jeune fille se raccrocha à lui, se serrant contre son corps, vibrante comme la corde d'un arc bandé pour tirer, comme si sa vie en dépendait. Il n'y avait aucune tendresse, aucune douceur, et c'est sans doute ce qui poussa le Serpentard à refermer ses bras autours d'elle sans gêne. A son tour, il la pressa contre son torse, tandis qu'elle pressait son front contre son cœur qui battait à tout rompre, comme si leurs deux corps ne devaient plus faire qu'un et sa nervosité l'envahi telle la vague submergeant un nageur imprudent.
Entre les craquements de l'orage, le battement de tambour des gouttes de pluie s'abattant en déluge sur les fenêtres, et leurs respirations, sifflantes et oppressées et trop rapides, ils n'entendirent pas la porte claquer. Mais même s'ils l'avaient entendue, ils n'auraient sans doute pas bougé pour autant… Seule cette voix bien connue, bouillante de rage contenue, pouvait interrompre leur folle étreinte.
« Hermione ! Espèce de… »
Tremblante, les joues rougies, elle se détacha à regret de son compagnon.
« Orion, comment es-tu entré ? »
« Je suis sorti avec toi pendant plus d'un mois, figure toi que j'ai fini par le retenir, le mot de passe. J'ai peut-être été aveugle pour ne pas avoir vu ce que tu foutais derrière cette porte, mais… »
« Calme toi, Duchâteau ! Il ne s'est rien passé, ce n'est pas ce que tu crois ! », intervint Draco.
« Ah ouais ? Et qu'est ce que je devais croire ? J'avoue que votre position ne laissait pas grande place au doute… Et ça durait depuis combien de temps ce petit manège ?»
Le Serdaigle s'était rapproché des deux jeunes gens et avait pris Hermione par les poignets. Cependant, c'était le préfet qu'il menaçait d'un regard noir. La jeune fille tenta de se débattre faiblement, mais son agresseur ne fit que raffermir sa prise, la meurtrissant encore plus dans sa fureur. La tempête semblait l'affecter, lui aussi, accroissant d'autant la tension de la pièce. La Griffondor tenta de se ressaisir : jamais ils n'arriveraient à se sortir de cette situation aussi embarrassante qu'inextricables s'ils se laissaient submerger par leurs émotions décuplées.
« Lâche moi, Orion », dit-elle d'une voix calme qui tentait de masquer son agitation, « il ne s'est jamais rien passé entre Draco et moi. C'est juste que j'avais peur. A cause de la tempête. Et que venais-tu faire ici ? »
Son ancien petit ami lui jeta un regard méfiant, toute trace de douceur enfuie de ses yeux sombres. Cependant, il desserra ses mains, un peu honteux des marques rougeâtres, virant au bleu, qu'elles laissaient sur les poignets de la préfète-en-chef.
« Je voulais parler avec toi… De tout à l'heure. Je me sentais mal à l'aise, nerveux… Et puis là, je t'ai vue dans se bras, et c'est comme si quelque chose en moi s'était cassé, tout est devenu noir devant mes yeux… Et j'ai explosé… »
Au fur et à mesure qu'il parlait, sa voix, au début tremblante de rage contenue, s'était peu à peu apaisée. Il passa une main dans ses cheveux d'un air un peu perdu avant de regarder les deux autres protagonistes comme s'il les voyait pour la première fois. A l'extérieur de la tour, la tempête semblait commencer à s'essouffler un peu.
« Il ne s'est vraiment rien passé ? Vous aviez l'air tellement proches, tous les deux… », balbutia le jeune homme aux cheveux bruns.
« Non, il ne s'est rien passé. Absolument rien », répondit Hermione en appuyant sur le dernier mot comme pour s'en convaincre elle-même.
« Je t'en donne ma parole de Malefoy… », l'appuya Draco d'une voix grave.
Orion hocha la tête, pas franchement convaincu mais sans autre choix que de les croire sur parole.
« D'accord. Mais je te jure que si je découvre quelque chose, quoi que ce soit, qui te contredise, je te tue », dit-il d'une voix atrocement flegmatique comme s'il s'agissait là d'une évidence.
« Sont-ce des menaces, Duchâteau ? », murmura le Serpentard qui avait retrouvé son sourire blessant.
Le garçon, qui avait commencé à sortir de la pièce, se retourna brusquement et foudroya le blond du regard.
« Pas si tu n'as rien à te reprocher… », répondit-il sur le même ton.
« Je n'ai rien à me reprocher », finit le préfet tandis que la porte se refermait sur les talons du Serdaigle.
Hermione se laissa tomber dans un fauteuil, vidée de toute énergie comme si la tempête avait épuisé en elle toute forme de vitalité. Son colocataire, guère en meilleur état, lui adressa une piètre tentative de sourire avant de s'asseoir à son tour en face d'elle.
« Tu ne m'avais pas dit que tu avais cassé… »
« J'aurais dû ? », demanda t'elle d'une voix faible tandis qu'elle posait son front sur l'accoudoir de velours.
« Bof… Je n'en sais rien. Pourquoi pas ? »
« Tu ne me racontes pas ta vie, toi non plus. »
« Elle n'a rien de bien intéressant, tu sais… Ma vie contre la tienne, ça te dit ? »
Hermione releva les yeux vers lui : « Pourquoi pas ? »
« Bon, très bien… », poursuivit Draco sans la regarder, « mais tu ne m'interromps pas, alors. Pas de questions, ni rien. »
« Promis. Pareil de ton côté quand je te raconterai la mienne. »
« Ca marche… Je suis né au Manoir Malefoy parce que c'est la tradition. Mon père n'a pas voulu que je naisse à Ste Mangouste, avec la racaille. C'est ma mère qui m'a élevé au début, jusqu'à mes cinq ans. Elle n'a jamais pu avoir d'autre enfant après moi, donc elle faisait mes quatre cent volontés… Et puis mon père m'a prit en charge. Au début, c'était assez difficile après les gâteries de ma mère. Il est strict, parfois dur, mais il est juste. »
Hermione ne pu s'empêcher de faire une moue incrédule, mais la réprima sous le regard durci des yeux gris de l'orateur. Fascinée, elle écoutait cette histoire qu'elle n'aurait jamais cru entendre un jour… La lumière baissait doucement derrière la mosaïque des vitraux, mais la rouge et or se laissait bercer par cette voix grave, bien rythmée et un peu nostalgique, mélodieuse sans en avoir conscience.
« Il m'emmenait partout avec lui, chez les ministres, les ambassadeurs. D'abord, ils on protesté, d'autant plus que la famille venait juste d'être rétablie. Ils n'acceptaient pas qu'un gamin de huit ans traîne dans leurs pattes quand ils parlaient de leurs affaires plus ou moins claires, mais ils ont fini par s'y faire petit à petit. Et moi, j'appréciais de plus en plus. J'ai eu pas mal de précepteurs aussi, les meilleurs. J'ai pris des cours d'équitation, de piano, de Quidditch, de maintien, de danse… Mon père m'enseignait lui-même la magie. La noire, la blanche… Tout ce qui fait une bonne éducation je suppose. Et puis je suis rentré à Poudlard, tu connais la suite. Mais cette période où je ne vivais qu'avec mon père me manque, parfois… J'ai compris très tôt que je n'existais pas en tant que moi-même, mais en tant qu'héritier Malefoy. C'est beaucoup de pression, sans doute, mais on en retire pas mal d'avantage. Si j'avais eu le choix, je crois que je n'aurai pas voulu vivre autrement. »
Draco s'arrêta, laissant le silence s'installer dans la grande pièce confortable plongée dans la pénombre, éclairée seulement par le feu qui mourrait doucement lui aussi.
« Et toi ? », dit-il simplement au bout de quelques minutes ;
« Moi ? Il ne s'est jamais rien passé d'exceptionnel dans ma vie. Mes parents sont des Moldus, mais la sœur de ma mère était une sorcière elle aussi. Elle a été à Poudlard, mais elle a abandonné la magie après son mariage avec un moldu. J'ai été à l'école de mon quartier, ma meilleure amie habitait le pavillon en face du nôtre. Elle a été tuée par des Mangemorts, l'an passé avec toute sa famille. Comme mes parents n'étaient pas souvent à la maison à cause de leur travail, j'allais chez eux tous les soirs. Je suis fille unique, mais grâce à eux, je ne me suis jamais sentie seule. Ils étaient si nombreux… Mais je suis la seule encore vivante pour me souvenir. Ils n'ont jamais rien su de moi, de la magie. Je ne leur ai rien dit, j'avais peur qu'ils m'excluent de leur vie. Et aujourd'hui, je le regrette… »
Elle essuya d'une main absente les larmes qui coulaient sur ses joues à l'évocation du souvenir de Lia. Draco se sentait vaguement mal à l'aise, comme si les crimes de ses pairs étaient également de son ressort.
« Toutes mes condoléances… », murmura t'il.
« Ce n'est pas de ta faute. N'est-ce pas ? Et ils sont loin d'être les seules victimes des amis de ton père, Draco. Tu es sûr que c'est ce que tu veux ? Tuer des enfants, des familles ? », dit elle doucement d'une voix implorante.
« Je t'ai dit que je n'avais pas pris ma décision à ce sujet ! » se rebiffa t'il soudain, se relevant.
Elle détourna la tête, cachant son désespoir. Auparavant, la perspective que le jeune homme puisse devenir l'un des tueurs encagoulés qui hantaient ses rêves n'éveillait en elle que le regret de devoir affronter un ennemi de plus le jour venu. Aujourd'hui, elle s'effrayait à la seule idée qu'il puisse y penser… Il était devenu en quelque sorte son affaire personnelle, celui qu'elle devait tirer de la ornière bien malgré lui. Mais chaque chose en son temps…
« Je sais… Désolée. », s'excusa t'elle.
Il accepta son acte de contrition d'un hochement de tête puis lui sourit imperceptiblement. « Allons manger, maintenant. »
Ils se séparèrent sur le pas de la Grande Salle avec un regard complice, indifférents au regard incrédule que leur lancèrent deux deuxième année de Serdaigle qui passaient par là au même moment. Hermione sourit par anticipation en rejoignant la table des Griffondors. Le plafond magique avait pris une teinte doucement lumineuse, comme si l'après-midi de tempête n'avait été qu'un intermède onirique. Ainsi qu'elle s'y attendait, Ginny et Harry étaient assis l'un à côté de l'autre, les doigts entrelacés et se dévorant des yeux sous le regard rien moins qu'amène de Ron qui fronçait les sourcils avec une application risible.
« 'Soir tout le monde… »
« Oh, Hermione, il faut que je te parle ! » s'exclama Ginny, radieuse, en souriant à un Harry qui ne l'était guère moins.
« Hum… Je crois que j'ai compris. Je suis ravie pour vous deux, ça me fait tellement plaisir, Gin ! »
« Mouais… Tu ferais mieux de lui dire de se tenir correctement, Hermione », grommela Ron.
« Arrête, frérot, je ne fais rien de déplacé, que je sache ! Si encore j'étais assise sur ses genoux, ou si je l'embrassais devant les professeurs, là je comprendrais, mais là… », répliqua la jolie rousse.
« Tu ne ferais pas ça ! », s'exclama son frère, ses yeux bleus écarquillés comme jamais.
« On parie ? », demanda la jeune fille d'un ton dangereux.
« Euh… Non, en fait non. Et puis de toute façon, Harry ne te laisserait pas faire… N'est-ce pas Harry ? », demanda le plus jeune des garçons Weasley, l'air incertain en suppliant des yeux son meilleur ami.
Mais celui-ci ne le vit pas, bien trop occupé à admirer sans relâche sa toute nouvelle petite amie…
«En fait, je crois que je pourrais me laisser convaincre, Ginny a des arguments autrement plus efficaces que les tiens, vieux… » fini par dire le Survivant.
« Harry ! » s'exclamèrent le frère et la sœur sur des tons bien différents sous le regard amusé d'Hermione qui se retenait à grand peine d'éclater de rire, et se contentait d'arborer un sourire démesuré. D'autant plus que Ron venait de manquer de s'étrangler avec sa tarte à la mélasse tandis que Ginny volait un baiser à Harry, indifférente aux commentaires réjouis du reste de la table.
« Pitié, Mione, arrête-les ! » finit par implorer un Ron à bout de nerf avant la fin du repas.
« Allons, Ron, ne t'inquiète pas… On finit à s'habituer à tout tu sais… », tenta t'elle de le réconforter, sans grand succès.
« Mais tu les aurais vu cet après-midi, j'ai cru que je devenais fou ! » continua t'il sur le même ton geignard.
Immédiatement, Hermione reprit son sérieux.
« Qu'est ce qui s'est passé, cet après midi ? »
« Bof… », répondit Ron, un peu surpris de la réaction de son amie, « ils sont arrivés main dans la main, et ils sont montés dans le dortoir des garçons. Ils s'y sont enfermés ! Et les autres leur ont fait la fête… N'importe quoi ! »
« Et toi ? Comment te sentais tu ? »
Les oreilles et les joues du garçon prirent une belle couleur écarlate… « En fait, je n'ai pas eu une réaction très sensée… »
« Tu veux dire que tu es devenu totalement cinglé, oui ! » dit Dean qui venait de s'immiscer dans la conversation.
« J'ai… J'ai tapé dans la porte, j'ai lancé tous les sorts que je connaissais… »
« Pauvre porte », rajouta Dean d'un ton sinistre, « qu'elle repose en paix… »
« Enfin, bref, ils ont fini par sortir, quoi. »
Hermione pinça les lèvres dans une parfaite imitation du professeur McGonagall devant un élève particulièrement nul, voire légèrement débile, qui ne comprenait toujours pas en septième année les subtilités de la métamorphose d'une aiguille à coudre en fil de fer…
« Et Harry ? »
« Il n'était pas très content. »
« Ce qui se comprend assez bien, d'ailleurs », conclut Dean, « mais la présence de Ginny semblait lui anesthésier un peu le cerveau… Et au bout d'un moment, Ron a fini par en avoir marre de s'acharner sur Harry, ce qui de toute manière était totalement inutile puisque notre Survivant national avait les lèvres scotchées à celles de sa sœur, et il a abandonné. Et il est allé bouder dans un coin… »
« Merci beaucoup, Dean. » dit Ron d'une voix un peu aigre.
Hermione hocha la tête d'un air docte, puis se plongea dans ses réflexions jusqu'à la fin du dîner, pendant que le rouquin pignochait dans sa crème à la vanille en surveillant du coin de l'œil Ginny qui avait décidé de donner la becquée à Harry qui était loin de s'en plaindre. Effectivement, la présence de la jolie rouquine semblait réduire le fier Griffondor à l'état de légume heureux. La préfète espérait simplement qu'il ne s'agissait là que d'un contrecoup qui finirait par passer…
Elle remonta vers sa chambre un peu inquiète, et poussa un soupir de soulagement en apercevant Draco qui était, ô miracle, assis correctement sur une chaise.
« C'est moi qui te fait cet effet ? » demanda le beau blond en haussant un sourcil.
« Je suppose… », avoua Hermione un peu gênée, « je voulais te demander quelque chose. En fait, je n'ai pas très envie de faire ma tournée seule, ce soir… Je n'aime pas beaucoup traîner seule dans les couloirs, en ce moment. Est-ce que tu veux bien venir avec moi, cette fois-ci ? S'il te plaît ? »
Ce chapitre est un peu plus court que d'habitude, il ne fait que 10 pages, mais j'espère qu'il vous plaira quand même. Je vais essayer de poster un autre chapitre vendredi mais je ne vous promet rien car je ne suis pas là ce week-end. Bisous à tous, et surtout, comme d'habitude, l'auteur vous suplie de lui accorder dans votre immense mansuétude et grandeur de coeur une petite review...
