Posté le : 8 Janvier 2011
Il arrive dans la vie d'un homme qu'il ait envie de mourir ou de vivre. Pour cela il fait n'importe quoi avec n'importe qui. Se vendre en fait parti. Conjuguez cela au masculin. L'argent mêlé de luxure et les voilà prisonniers de ces...
Sensitive Polaroïd*
Ecrit par Livioute & Dairy's Scribenpenne
Pseudo commun : Baume au Cœur
Chapitre XI
Août etc.
[Chapitre composé par Dairy's Scribenpenne]
PLayList : All Around Me – Flyleaf / Family Portrait - P!nk.
Le lait dans le frigidaire est périmé depuis longtemps. Mais je n'ai pas le courage de le jeter. Tous les matins, je regarde cette bouteille comme si le temps s'était figé en quelques centilitres. Dessus, un post-it sur lequel gisent les derniers mots de Draco : « Rappelle-moi ». C'était au lendemain de notre première nuit. Notre première parce que... parce que cette nuit-là avait tout changé entre nous. En me levant le lendemain matin, le lit était vide et je m'étais dit que cela n'était pas permis d'être si heureux sur Terre. D'avoir tout alors que rien ne nous entourait.
Ces quelques mots échoués au fond de mon frigo m'avait redonné envie de sourire et l'espoir des jours meilleurs. Draco voulait bien de moi. Alors je l'ai rappelé dans la journée. Il n'a pas daigné répondre. Il était peut-être occupé. Mais quand... quand au fur et à mesure des jours son absence a commencé à creuser mon coeur, j'ai commencé à paniquer : il ne viendrait peut-être plus. J'ai attendu patiemment son retour en passant mon doigt sur le calendrier. J'avais osé espérer qu'il reviendrait... qu'il me reviendrait. Mais mon monde était vide.
Parfois, j'errais dans le parc où je l'avais croisé avec sa fille par hasard. Je prenais des photos sans vraiment avoir d'objectif. J'avais juste un bon prétexte pour revenir ici et attendre un petit signe de lui. Peut-être que si l'on se croisait au détour d'une rue, il ne pourrait faire reculer les explications. Les explications où il me dirait qu'il... qu'il n'avait fait que son boulot avec moi, qu'il préférait tout arrêter avant que je ne m'accroche à lui, qu'il n'avait pas besoin d'un nouveau fardeau dans sa vie.
Et moi, j'étais toujours là à photographier le monde en attendant que surgisse du gouffre de mes souvenirs l'image de Draco. Son regard gris qui serait gravé à même ces sensitives polaroïds. Son regard gris qui commençait tout juste à s'illuminer à mes côtés. Son regard gris qui avait tout changé. Il y a quelques temps à peine, le dernier soir, j'eus l'impression que nous avions fait l'amour. C'était différent des autres fois.
Mieux. Intense. Vrai.
J'ai tout de suite su qu'il ne simulait pas à ce regard... ce regard mercure, presque noir, voilé. Ce regard charbonneux qui partait en cendre au moindre gémissement. Ces deux pierres précieuses qui étaient rivés à mes yeux, qui me rendaient ma passion entre deux battements de cils.
Contrairement aux fois précédentes, nous sommes restés l'un dans les bras de l'autre juste après. Il ne m'a pas fui. Il ne m'a pas regardé de travers. Il m'a dit... "C'est la première fois de ma vie que j'observe les étoiles sans penser immédiatement à ma fille." Je l'ai trouvé tendre parce que... parce que j'ai réalisé à ce moment-là que c'était un bon père, un père qui ferait tout pour elle, qui faisait passer son propre bien avant le sien. Un père soucieux quant à l'avenir de sa chair et son sang. Il l'aimait. Et c'était tout ce qui comptait. Elle passait avant toutes choses. C'était beau. Là, je me suis aperçu que j'étais foutu : Draco, lui, passait avant toutes choses pour moi.
Je regarde encore le post-it qu'il m'a laissé et décide de prendre la confiture juste à côté. Je me demande ce que peut bien grignoter Draco ce matin. J'espère qu'il arrive à manger quelque chose, d'ailleurs. Il... Il avait l'air tellement perdu la dernière fois qu'on s'est vu.
Il a toqué tout doucement, comme si au fond, il avait eu envie que je ne l'entende pas. Mais mes sens étaient aux aguets depuis que je l'attendais. Je l'attendais le jour et la nuit. Je lui ai ouvert et j'ai vu en premier son regard puis ses cernes. Il semblait à bout - quelque chose ou quelqu'un (peut-être moi) le mettait au bord du gouffre. Je lui ai ouvert en grand ma porte et je l'ai laissé entrer. Il s'est avancé tout doucement, avec prudence. Cet endroit lui rappelait sans doute trop de choses horribles : c'était là que je lui avais tout pris. Il a jeté un regard circulaire au loft, ses yeux se sont attardés vers la baie vitrée et l'escalier en colimaçon puis il s'est enfin retourner pour me regarder, moi.
- Je suis désolé, Harry… Je…
Il me regarde, dépité. Il a l'air sincère. Je ne vois pas quoi répondre. Pas tout de suite. Je m'avance - parce que, inconsciemment, mon corps le réclame.
- Je sais, finis-je par dire. Je n'aurais jamais dû te dire cela aussi vite… J'étais ridicule.
Je repense à notre dernière nuit où je lui ai dit être tombé amoureux de lui. C'était venu tout seul. J'avais ressenti le besoin de partager mes sentiments. Ils me consumaient depuis trop longtemps déjà. J'avais été idiot de dire ça - tout a été détruit par ma faute. Peut-être que si je m'étais menti suffisamment, rien de tout cela ne serait sorti.
- Non Harry, ce n'est pas ça… Crois-moi…
Comment pourrais-je le croire ? J'y étais moi aussi. J'étais dans ce lit, dans ma peau, à lui dire je t'aime. Et dès le lendemain, tout a changé. Il a changé. Je lui ai fait peur. J'aurais voulu qu'il me déteste encore un peu - au moins, il aurait ressenti quelque chose à mon égard. Mais là, juste de la pitié et du pardon brillaient dans ses yeux. Le pardon de quoi ? Que cela ne soit pas réciproque ? J'ai l'habitude, tu sais, Draco. Ne te donne pas autant de mal.
Mais il a fallu qu'il se mette à pleurer. Et... Et j'ai compris que ce n'était pas si simple, que ce n'était pas qu'un jeu, que nous n'étions pas dans un film. Il disait vrai : ce n'était pas ça. Je l'ai vu trembler, si vulnérable. Je ne savais pas si je devais le prendre dans mes bras ou le laisser se remettre droit tout seul. Je ne savais pas quelles étaient les raisons et quelles seraient les conséquences. L'unique chose que je savais c'était que mon amour allait au plus mal.
- Si ce n'était pas pour elle… Je ne le ferais pas.
J'étais abasourdi. Il a tout dit en si peu de mots. Il venait de me dire qu'il m'aimait. Oui, lui, il m'aimait aussi. J'en avais la certitude. Je passais juste après Eowyn. Je comptais, je comptais même beaucoup... Il ne voulait pas renoncer à tout ça, à notre histoire. Il m'aimait. J'ai eu envie de lui crier que moi aussi, que je ferai tout ce qui était en mon pouvoir pour...
- Draco si… Si tu m'expliquais au moins ?
- Je ne peux pas… J'ai trop honte. Je ne peux pas faire ça…
Pour l'aider. Ça oui, je veux l'aider.
Quelques temps après, j'ai reçu un courrier de lui. Un courrier qui a changé ma journée, ma semaine, mon mois. Il s'était souvenu de mon anniversaire – d'ailleurs, comment savait-il que j'étais né le 31 juillet ? Il y avait son écriture gravée dans le papier qui se mariait avec mon parfum. J'étais étonné de me sentir sur ce petit carton blanc tracé d'encre noir. Mon parfum, à moi. Il connaissait mon odeur et aussi les mots qui sauraient me toucher :
Tu te fais vieux plus le temps passe, plus ton absence nourris ma douleur. Les rayons de soleil semblent m'assommer et pourtant à chaque fois je me relève pour toi. Pour elle, pour toi. Je ne sais plus très bien. Joyeux anniversaire,
D.
J'étais partagé entre le rire et les larmes. C'était étrange comme sensation au fond de moi. J'avais envie de lever les yeux du petit carton et de croiser les prunelles grises de Draco. Et je me suis retrouvé confronté au vide.
Je viens de finir le pot de confiture avec amertume. C'était de la marmelade. Draco est parti. Il s'en est allé sans se retourner. J'aurais dû faire quelque chose pour le retenir : l'enlacer, lui caresser les cheveux, lui dire que je serai toujours là, le laisser pleurer contre moi... lui demander pardon encore une fois. Mais je n'ai rien fait de tout ça, je l'ai laissé partir et l'espoir qui m'habitait autrefois m'avait abandonné.
Je suis dans ma voiture et je regarde Draco sortir de son immeuble en tenant Eowyn par la main. Il l'emmène tous les jours au centre de loisir. Il porte son sac à dos, la mine maussade. Il se force à sourire. Pour elle. Quand je le vois, je n'ai qu'une crainte : celle qu'il finisse par tomber. Alors que mon envie est de courir dans la rue le rejoindre, je reste là, planté derrière mon volant. Quand il a disparu au coin de la rue, je défais ma ceinture et prend l'enveloppe sur le siège passager. Je la glisse dans sa boîte aux lettres et effleure la fente du bout des doigts. Je ne m'attarde pas plus longtemps, où cas où il reviendrait sur ses pas s'il avait oublié quelque chose.
Et comme je suis venu, je m'en vais. Je m'imagine déjà les doigts de Draco ouvrant la lettre, ses yeux gris parcourant le papier comme il le faisait avec ma peau quelques semaines auparavant. J'imagine tout ça sans avoir besoin de fermer les yeux.
Je lui ai écrit mais mes mots étaient nus, dépouillés. Je ne savais pas comment il réagirait en découvrant mon écriture, mon nom apposé en bas. Je ne savais pas ce que j'avais le droit de dire ou pas, je ne savais s'il avait réellement envie d'entendre parler de moi. Je ne voulais pas lui sembler pénible. Alors j'ai épuré. Je lui ai écrit que je serai toujours là pour lui entre les lignes, que même s'il ne revenait pas vers moi, je serai prêt à faire le premier pas. Je lui ai envoyé mon affection. Le sentira-t-il seulement ? Et au-delà des mots, il y avait quelques billets - encore une fois. Je lui ai écrit en post-scriptum que c'était pour Eowyn. Une étoile avait besoin de briller, non ? J'espère qu'il comprendra mon geste.
J'emprunte une grande route et je me dirige vers un magasin réputé en matière de photographie. J'ai envie d'oublier le fait que son absence me pèse un peu plus chaque jour. J'ai envie de ne plus focaliser mon esprit sur lui. Mais dès que je touche un appareil, je me demande ce que cela fera de photographier Draco avec. Désormais, des cernes violacés sont apparus sous ses yeux. J'aimerai lui dire d'aller se reposer, qu'il pouvait compter sur moi. Mais comment aider quelqu'un qui nous repoussait ? La seule chose que je puisse faire - et que je continue de faire - c'est de le suivre au quotidien. De le voir sortir de chez lui pour emmener Eowyn au centre de loisir, faire les courses, et repartir la chercher. Il ne sort plus beaucoup. Alea a disparu de sa vie. J'ai peur pour lui. J'ai peur pour Eowyn.
Et je suis là, de nouveau au volant de ma voiture, parce qu'il est bientôt 16h et que les enfants vont sortir du centre de loisir. Je me gare un peu en retrait, sachant pertinemment que Draco arrivera de l'autre côté. Il ne me verra pas, comme d'habitude depuis des semaines déjà. Mais moi, je le vois. Il ne sourit pas. Il a un peu maigrit. Je ne sais pas ce qu'il se passe dans sa tête.
16h05, la première flopée de parents franchissent le haut portail vert. Ils récupèrent leurs enfants et je ne vois pas de cheveux blonds parmi eux. Pas du blond de Draco. A l'ordinaire, il est constamment en avance. La plupart des enfants de l'âge d'Eowyn sont déjà partis. Des plus grands et des plus petits aussi. Le temps s'égrène et les visages aussi. Je regarde ma montre.
16h20, Draco n'est toujours pas arrivé. J'ignore s'il a appelé Alea pour le dépanner. Dans ce cas, peut-être était-elle passée devant moi sans que je ne l'aperçoive... Non, j'aurais remarqué Eowyn accrochée à son bras qui babillerait sa journée avec un sourire resplendissant. Eowyn était toujours à l'intérieur, dans son centre de loisir.
16h35, ni Alea ni Draco ne s'étaient présentés. J'étais toujours là, assis dans ma voiture, à attendre. Eowyn aussi devait patienter. Je l'imaginais assise sur un banc à hausser son cou pour apercevoir son papa arriver et lui sauter dans les bras. Elle avait peut-être peur. Elle qui n'avait que lui sur qui s'appuyer. C'en était trop pour moi.
Je sors de ma voiture et j'entre dans le centre. Je vois que la directrice du centre de loisir est là, lui tenant la main. Quand elle me voit arriver, elle fronce des sourcils mais Eowyn saute légèrement sur place.
- Bonjour, je suis un ami de Monsieur Malefoy... Il m'a demandé de récupérer sa fille. Il a eu un empêchement de dernière minute.
Eowyn me regarde fixement : je n'avais jamais remarqué qu'elle avait presque les yeux de son père. J'ai peur de ne pas être crédible aux yeux de la directrice du centre. J'ai peur qu'elle me prenne pour un pédophile ou je ne sais quoi... J'ai peur qu'elle aille appeler Draco pour lui demander confirmation. J'ai peur - plus que tout au monde - qu'Eowyn ne me reconnaisse pas.
Je m'agenouille afin de me mettre à sa hauteur et lui souris doucement :
- Tu as passé une bonne journée ma belle ?
Elle me rend mon sourire et saisit la main que je lui tends. Eowyn a confiance en moi. La suspicion de la directrice semble avoir disparu et elle me laisse partir avec elle tandis qu'Eowyn me tire pratiquement vers la sortie. J'ai eu raison de m'inquiéter : elle a peur et veut vite rentrer chez elle.
- Il est où mon papa ? demande-elle en grimpant à l'arrière de ma voiture.
- Je... On va aller chez toi. D'accord ? Après, on avisera.
- Ca veut dire quoi aviser ?
- Eh bien... trouver une solution.
Je démarre et je mets de la musique pour l'apaiser. Mais rien ne semble marcher. Eowyn a peur et je suis tout aussi effrayé pour pouvoir la rassurer. J'ai peur que... que Draco ait fait une connerie. Parce que ça ne lui ressemble pas d'oublier sa fille. Une fois garé en bas de chez elle, Eowyn défait précipitamment sa ceinture, et cours vers la porte de son immeuble. Elle se met sur la pointe des pieds pour composer le code d'accès et pousse la lourde porte. Je la suis tandis qu'elle grimpe aussi vite les escaliers qu'elle le peut. Elle s'arrête le souffle court au troisième étage et ouvre son sac à dos où une clef est attachée au bout d'une ficelle à côté du numéro d'appel en cas d'urgence.
- Papa me l'avait fait si... si un jour... il disait que ça pouvait me rassurer.
Eowyn parle précipitamment en plongeant la petite clef dans la serrure. Je la regarde faire. Elle ouvre finalement la porte.
C'est la première fois que j'entre chez Draco et, au fond de moi, je regrette que cela se passe ainsi. Eowyn se fige dans l'entrée, paralysée par on-ne-sait-quoi. Je regarde au même endroit et là je vois Draco, par terre, recroquevillé sur lui-même, inconscient.
Je m'approche sans faire attention au reste. Il n'y a plus rien qui compte. Je le prends dans les bras et murmure son prénom dans ses cheveux. J'ai envie qu'il se réveille, qu'il me regarde de ses beaux yeux gris. Je sens son pouls. Mais il semble si glacé à l'intérieur... Mes yeux tombent sur Eowyn. Elle n'a pas bougé.
J'ai envie de lui dire quelque chose mais rien ne franchit la barrière de mes lèvres. Je ne sais pas quoi faire. Je suis désemparé. Je prends Draco dans mes bras et le soulève de terre.
- Où est sa chambre ?
- Par... par-là, dit-elle d'une voix tremblante en se dirigeant vers l'unique corridor de l'appartement.
Elle ouvre la porte et je le dépose délicatement sur son lit. Je débarrasse son front de quelques mèches blondes. Eowyn nous regarde. Elle m'entend lui dire des choses à l'oreille. J'ai tellement peur au fond. J'ai si peur... Mais je dois rester courageux pour Eowyn. Elle ne doit pas sentir tout ça. Je lui demande doucement de sortir et de refermer la porte derrière elle, le temps que j'appelle les urgences. Je n'ai pas envie qu'elle écoute ça. Je n'ai pas envie qu'elle sente ma voix d'où perce tout mon désarroi. Je n'ai pas envie de lui infliger ça.
Draco est fiévreux. Je vais dans la salle de bain et dépose un gant humide sur son front. Je le contemple un instant puis je pars à la recherche d'Eowyn. Je ne la vois plus. Mon coeur est en panique.
- Ma puce... où es-tu ?
Un sanglot étouffé me répond. Je la trouve accroupie, tenant fermement deux poupées dans ses mains. Elle fait semblant de jouer. Je la prends dans mes bras, je la serre contre moi. Et elle pleure.
- Si... si papa part, je serai toute seule.
- Non, non personne ne te laissera toute seule : Alea et moi... on ne te laissera jamais, d'accord ? Et puis, ton papa non plus ne te laissera jamais, OK ? S'il est dans cet état c'est parce que parfois... les adultes ne vont pas bien mais... mais après, tout s'arrange.
Eowyn m'écoute, attentive. Ses larmes se tarissent tandis qu'on sonne à la porte. Je me lève en la portant et me dirige vers l'entrée. Je ne peux me résoudre à la laisser seule. Draco ferait pareil. J'indique aux secours où il se trouve alors que je retiens mes larmes. Je ne sais pas si j'aurais le courage d'affronter tout ça... Je berce Eowyn dans mes bras en lui embrassant le front par moment. Je la console comme j'aimerai que Draco me console en ce moment. Et il est là, inerte, plongé dans un sommeil trop profond pour que cela soit naturel. Des professionnels l'entourent. Ça me prend à la gorge.
Le chef d'équipe me parle. Il me parle des urgences. Je ne réponds rien. Je suis incapable de répondre quoi que ce soit. Je suis sonné. J'acquiesce sans trop savoir. Je ne retiens que le nom de l'hôpital dans lequel il l'emmène dans une civière. Je me retourne quand Draco passe devant moi. J'ai été lâche, mais c'était trop pour moi.
J'aurais voulu le suivre, être avec lui, l'accompagné mais qui s'occuperait d'Eowyn ? Elle aussi avait besoin de quelqu'un. Alors je l'ai serré un peu plus fort quand nous avons entendu la sirène. Elle était prise de spasmes.
- Je suis là... Je suis là..., lui répétais-je sans cesse.
Et je ne sais pas si elle me croit. Elle continue de pleurer en serrant ma chemise dans ses petits poings. Mais moi, adulte, je n'ai pas le droit de pleurer. Pas maintenant. Pas alors qu'elle a le plus besoin de moi... Elle finit par s'endormir, épuisée. Je la garde contre moi : je n'ai pas le courage de m'en détacher.
Vers 19h, on sonne à la porte. La petite ne se réveille pas. Je la dépose sur le canapé et j'espère de tout mon coeur qu'il s'agisse d'un appui, d'une bonne nouvelle, d'Alea. Mais quand j'ouvre la porte, je tombe sur une grande femme blonde à l'allure soignée que j'avais déjà vu à une de mes expositions. Ses yeux trahissent de la surprise, de la colère et surtout... de la méchanceté. Elle entre sans en demander la permission et balaye la pièce du regard.
- Je peux savoir ce que vous faites ici ? demande-elle en regardant Eowyn, endormie sur le canapé.
- Je peux savoir qui vous êtes ?
Elle se retourne, me regarde fixement et répond avec un sourire délectable :
- La mère. Je suis la mère de la petite.
J'ouvre la bouche pour dire quelque chose mais je suis estomaqué.
- Où est Draco ?
- Il... Il s'est absenté. Je garde Eowyn en attendant son retour.
- Oh, et vous vous voyez souvent tous les deux ?
- C'est la première fois depuis longtemps. Il n'était pas en forme : je viens juste lui donner un coup de pouce.
- Un coup de pouce à plusieurs billets la nuit, hein ? argua-t-elle tandis que son sourire s'élargit. Vous devez le payer cher pour qu'il vous laisse aussi toucher sa fille... Combien ?
J'ai envie de la frapper. Elle m'écœure.
- Je suis un ami de Draco.
- Draco a en haute estime l'amitié, au point qu'il lui arrive de coucher avec certains de ses...amis. Ne me prenez pas pour une idiote : je sais très bien ce qui se trafique entre vous deux. Vous êtes abject. Draco, tout autant que vous... Vous entretenez des relations immorales. Je ne peux tolérer que ma fille reste une seule seconde de plus dans un tel endroit. Et vous savez ce que j'ai dit à Draco il y a quelques semaines... Vous savez ce que je lui ai dit ? Si je le retrouvais avec vous d'une quelconque manière... Si j'arrivais à savoir qu'il n'avait pas coupé les ponts avec vous, je réclamerai la garde exclusive d'Eowyn.
- Vous n'avez pas le droit, dis-je en blanchissant. Draco l'a élevé seul. Vous ne faites pas le poids face au tribunal.
- Oh, vous croyez ? Et que dira le juge quand il verra - preuve à l'appui - que Draco vend son corps à des hommes ? Je l'ai suivi ces derniers mois : j'ai essayé de voir ce qu'il devenait. Et ce n'est pas beau du tout...
- Il a fait ça parce qu'il aimait sa fille.
- Il a fait ça parce que c'est un vicelard. En tout cas, j'ai eu ce que je voulais. Aujourd'hui, vous êtes chez lui. Cela veut bien dire quelque chose... Et où que soit Draco, je ferai en sorte qu'il ne lui reste plus que peu de temps à profiter avec sa fille. Je ne veux pas qu'elle devienne un fruit pourri comme lui.
Elle se dirige vers la sortie avec une lenteur mesurée. Je ne veux pas faire les mêmes erreurs. Je ne veux pas perdre Draco, je ne veux pas qu'il perde Eowyn, je ne veux pas qu'il perde sa raison de vivre... Je lui saisis le bras et la force à se retourner.
- Vous cherchez quoi au juste ? Parce que... soyons honnêtes : nous savons tous les deux que le bien-être d'Eowyn ne vous intéresse absolument pas. Et cela ne peut être Draco vu comment vous en parlez... Je vous donnerai ce que vous voulez pour que vous disparaissiez de leur vie. Je suis prêt à me vendre moi.
La femme eut un sourire entendu et s'assit à la table de la cuisine en croisant ses jambes.
- Asseyez-vous, nous allons parler affaire.
A suivre
Voilà, je tenais d'abord à vous remercier de toujours nous lire et de suivre cette histoire. Au gré des mois – et chapitres – qui s'écoulent, nous essayons toujours de trouver de nouveaux éléments pour rendre cette fanfiction davantage intéressante. Je me souviens avoir écrit ce chapitre entre deux heures et trois heures du matin, juste après avoir lu le chapitre 10. J'avais été tellement… envoûtée et prise dans cette histoire qu'il fallait que je couche sur papier la suite. En tout cas, prochain chapitre : la fin de l'année pour nos deux protagonistes. Mais – parce qu'il y a toujours un mais – on postera un chapitre 13 : Le Treizième mois, et normalement, c'est moi qui le rédigerait. En tout cas, encore une fois merci et à bientôt ! Dairy's Scribenpenne.
Merci pour tous vos avis sur le chapitre précédent qui nous ont mis du Baume au Cœur. On oublie trop souvent de remercier davantage les « anonymes », qui mettent à chaque fois de merveilleuses reviews et à qui on ne peut malheureusement pas répondre. Merci infiniment.
