Elles s'étaient retrouvées comme elles s'étaient quittées par le passé. Le moment présent était magnifique. Mais l'avenir s'avérait encore empreint des fantômes du passé.

Emma était assise dans le canapé et tenait le bébé face à elle. Il agitait un peu ses bras en gazouillant joyeusement.

« Oh tu en racontes de jolies choses » murmura-t-elle doucement pour l'encourager.

Le bébé reprit ses gazouillis incompréhensibles, s'enthousiasmant de plus belle. Le babillage était riche de syllabes et de sons mais on ne parvenait à en saisir le sens. La blonde riait doucement avant de lui répondre. Regina vint et prit place à ses côtés tout en la regardant faire. Emma semblait à l'aise. Elle avait eu beaucoup d'appréhension mais finalement, elle s'entendait bien avec lui. Son téléphone sonna dans sa poche.

« Tu veux bien le prendre, s'il te plait ? »

Emma n'attendit pas sa réponse et plaça le bébé dans ses bras. La blonde se leva et sortit son portable qui était coincé au fond de la poche de son jean.

« Oui, allo ?... Oui Maman, il va bien... Tu peux venir le chercher, acquiesça Emma. Oui, oui... Ne t'inquiète pas... A tout de suite. »

Elle raccrocha et remit le téléphone dans sa poche.

- « Ils vont venir le chercher d'ici une dizaine de minutes.

- Je vais devoir quitter mon beau-frère préféré, murmura doucement Regina en berçant Neal.

- Et oui... Si on le garde, ma mère va piquer une crise, lança la blonde narquoisement.

- C'est un grand bonhomme maintenant.

- Et oui... Il a déjà huit mois, tu te rends compte ? »

Neal avait pris la main de Regina et s'amusait à essayer de saisir ses doigts tandis que la brune les pliaient et les dépliaient afin de les dérober à ses petites mains. Il était absorbé par sa tâche et lâchait un petit cri aigu pour signifier son agacement. Regina le laissait alors prendre sa main.

« Mais c'est qu'il a son petit caractère lui-aussi. » dit-elle dans un sourire.

Regina semblait heureuse ainsi, avec un bébé dans ses bras. L'idée commençait doucement à faire son chemin dans l'esprit d'Emma. Cette dernière se dit qu'elle lui en parlerait ce soir, quand Henry serait couché et quand elles ne seraient plus que toutes les deux.


Regina se servit un verre de cidre et resta néanmoins debout près de la cheminée. Elle ferma les yeux quelques instants. Elle espérait se tromper. Elle espérait qu'Emma n'évoquerait pas ce sujet. Elle porta son verre à ses lèvres et laissa le liquide réchauffer ses entrailles.

Emma avait formulé sa demande à demi-mot, en attendant une réponse de sa part. Voyant que Regina demeurait silencieuse, elle se perdit dans ses explications pour combler le silence. Elle mentionna de façon plausible qu'elles pourraient avoir recours à un don. Emma mentionna son désir d'avoir un enfant d'elle et le cœur de Regina se fendit. La blonde évoquait ce souhait avec délicatesse, se faisant tâtonnante et hésitante.

« Non. »

Regina avait repoussé au loin cette envie. Elle savait qu'il ne pourrait rien en être parce qu'elles étaient ce qu'elles étaient et également parce qu'elle ne pouvait en avoir. Cora avait annihilé tout espoir pour sa fille de jouir de ce bonheur qu'est celui d'avoir un enfant de son sang.

La blonde sentait bien qu'il avait là quelque d'autre qu'un refus. Elle insista pour en connaître la raison. Regina la fit asseoir dans le canapé. Elle prit les mains d'Emma dans les siennes et en caressa doucement le dos avec ses pouces.

Emma remarqua que le regard de la brune brillait de larmes. Elle prit une grande inspiration et se lança. Elle parla à Emma de leur nuit charnelle dans le passé et de la conséquence incongrue mais précieuse que cela avait eu. Regina parla avec bonheur du moment où elle avait su qu'il y avait un être en elle, fruit de son amour pour Daniel, de son amour pour Emma. Cette dernière se tendit. Si Regina avait eu un enfant du temps où elle était Daniel, elle...

« Où est-il... ? » demanda faiblement Emma.

Les yeux de Regina s'embuèrent de larmes. La blonde craignait d'entendre la réponse. Elle avait peur d'entendre ce qu'était devenu cet enfant qu'elle n'avait pas pu connaître.

Regina reprit son récit. Sa voix se faisait de plus en plus basse et les mots avaient de plus en en plus de mal à franchir ses lèvres. Elle conta sa prise de poids que sa mère avait tôt fait de remarquer. Elle lui raconta le poison que Cora lui avait boire, la douleur qui l'avait assaillie, le sang qui avait coulé... Regina ne pleura pas mais Emma laissa quelques larmes couler. Cette dernière réprima un sanglot. Elle payait cher son escapade dans le passé. C'était une rançon meurtrière pour son idylle.

- « Je suis tellement, tellement désolée. Si j'avais su, je n'aurais jamais...

- Je n'ai jamais regretté cette nuit, je n'ai jamais regretté de l'avoir porté. J'étais heureuse de l'avoir en moi même si ça n'a duré que quatre mois. »

Regina s'approcha et embrassa sa joue, chassant les larmes qui coulaient. Elle embrassa la seconde afin de faire bonne mesure.

« Ce n'est pas ta faute. »

Elle prit son visage entre ses mains et embrassa doucement son front. Et murmura encore dans un souffle étranglé :

« Ce n'est pas ta faute. »

Elle plongea son regard dans ses prunelles de jade. Emma y vit bien que ses paroles étaient vraies mais cela ne chassait pas la culpabilité qui était la sienne.

« Nous ne pouvions rien faire. » lui chuchota encore la brune.

Regina posa ses lèvres sur celles de la blonde. Ce baiser avait un goût de larmes, un parfum de tristesse. Emma devrait apprendre à vivre avec ce remord comme elle avait appris à le faire. Regina sentit les doigts de la blonde s'aventurer sur son ventre et le caresser doucement. C'était après tout le seul lien qu'elle pourrait avoir avec cet enfant inexistant.


Elle lui avait proposé mais Emma avait catégoriquement refusé. Elle ne voulait pas se lancer dans une longue et fastidieuse démarche pour une adoption, elle ne voulait pas avoir recours à un don. Regina se sentait coupable ne ne pouvoir lui donner ce qu'elle désirait et Emma se meurtrissait de lui avoir pris ce petit être bien malgré elle. Regina se consolait en se disant qu'Emma reviendrait sur sa décision lorsqu'elle serait parvenue à faire le deuil de leur bébé perdu.

Neal marchait depuis peu. Snow était terrifiée de le voir déambuler ainsi dans l'appartement. Il se mettait debout près du canapé et d'un coup, partait à vive allure, ne s'arrêtant que lorsqu'il rencontrait un meuble ou quelqu'un à qui se raccrocher. Regina taquinait Mary Margaret sur sa peur et cette dernière se plaisait à rappeler à sa belle-fille qu'elle-même n'était pas totalement sereine lorsque Henry avait fait ses premiers pas.

Neal enchaina quelques pas peu assurés, tenant ses bras bien haut au-dessus de sa tête. Emma le sentit buter contre sa jambe. Elle baissa la tête vers lui et lui sourit. Son petit frère se mit à glousser avant de se laisser glisser le long de sa jambe et atterrir doucement sur ses fesses.

- « Il a grandi tellement vite, dit Regina en regardant le bambin jouer avec sa grande sœur.

- Il pousse à vue d'œil, confirma Snow. Mais s'il pouvait arrêter d'être si kamikaze, ça m'éviterait ces sueurs froides... J'ai mis des sécurités partout mais quand bien même... On fête ses un an le week-end prochain, reprit-elle. Vous serez libres dimanche après-midi ?

- Oui, on sera là, acquiesça-t-elle. Emma ? »

Emma adorait son frère mais en le voyant ainsi, rire, marcher, parler, pleurer, elle ne pouvait s'empêcher de penser au bébé que Regina avait perdu par sa faute. La blonde se demandait ce qu'il serait devenu...

Aurait-ce été un garçon ou une fille ? Un petit bonhomme aux cheveux bruns, une petite fille aux cheveux blonds ? Ou l'inverse ? Aurait-il été un bébé aventureux ou posé ? Facile ou avec son petit caractère ? Quel aurait été son aliment préféré ? Quand aurait-il fait ses premiers pas ? A qui aurait-il offert son premier sourire ? Quel aurait été son premier mot ?

La brune vit le regard d'Emma se faire plus lointain. Elle n'avait pas besoin de lui demander pour savoir à quoi elle songeait ainsi avec tant de tristesse. Regina regrettait alors de lui en avoir parlé, bien qu'elle savait que c'était inévitable et nécessaire.

David posa une main sur l'épaule de sa fille, la sortant ainsi de ses pensées. La blonde retrouva son humeur habituelle et répondit avec engouement :

« Bien sûr qu'on sera là. On ne manquerait l'anniversaire de baby bro pour rien au monde. »


Emma l'implora tellement que Regina n'eut pas le cœur de prendre la voiture. Elles s'évaporèrent toutes deux dans un nuage violet.

La brune somma Whale de venir. Le médecin ausculta Emma. Le médecin n'arrivait pas écouter son cœur du fait du vêtement épais et serré que la blonde portait. Emma le retira, découvrant son ventre plat et son soutien-gorge. Whale poursuivit son examen tout en lui posant des questions sur ses allergies, sur une éventuelle maladie. Regina faisait les cent pas dans la pièce et répondait à toutes les questions.

- « Quand cela a-t-il commencé ?, demanda-t-il.

- Hier soir.

- C'est douloureux ?

- Non. Elle dit que non. Que c'est supportable.

- Je peux répondre moi-même, intervint Emma.

- Je t'avais dit de ne pas finit cette fichue tarte ! Et je ne comprends même pas COMMENT tu as pu te découvrir un amour pour les prunes, maugréa Regina.

- J'en avais envie ! Et d'habitude je digère super bien, je dois avoir un coup de fatigue c'est tout. Donnez-moi un cacheton qu'on en parle plus » demanda-t-elle avec humour au docteur.

Regina croisa les bras et roula des yeux en entendant ce discours puéril. Whale reprit la parole :

- « Vous avez des habitudes alimentaires particulières ?

- Non, répondit Emma.

- Si, contredit la brune. Elle a tenu à manger des abats lundi midi et jeudi soir... et ça doit faire... une ou deux semaines qu'elle se lâche sur les produits laitiers. »

Whale remit son stéthoscope autour de son coup et acquiesça d'un air entendu. Regina s'inquiéta de son soudain silence :

- « C'est le signe de carences ? Elle a quelque chose de grave ?

- J'aimerais d'abord faire une prise de sang ainsi que quelques examens complémentaires avant de me prononcer. Maintenant si vous voulez bien m'excuser. »


Une infirmière était venue lui faire une prise de sang et leur avait ensuit dit qu'il leur faudrait revenir d'ici deux jours. Regina avait pesté contre la lenteur des analyses et l'infirmière avait doucement répondu qu'ils ne pourraient pas avoir les résultats plus tôt. C'est toujours empreint d'une nervosité palpable que Regina faisait les cent pas dans la chambre qu'on avait attribuée temporairement à Emma.

- « Je ne vais pas mourir. Il va me donnez un cacheton et dans dix minutes on sera à la maison.

- Venant de toi je trouve que cette plaisanterie est de très mauvais goût, lança Regina.

- Je sais mais j'essaye de te détendre un peu. »

Whale entra dans la pièce et Regina se tut. Elle tortillait nerveusement ses mains en attendant le diagnostic du médecin. Elle espérait qu'Emma n'ait rien de grave...

- « Vous avez une carence en fer et en calcium, annonça Whale. Ce qui explique votre goût prononcé pour les abats et les produits laitiers.

- Ouais..., fit Emma sans trop comprendre. Et c'est grave ?

- Non mais je vais vous prescrire des vitamines. »

La brune soupira et s'autorisa enfin à s'asseoir. Elle prit place sur le lit, aux côtés d'Emma qui était assise sur le bord du lit. S'il ne s'agissait que de cela, alors c'était un moindre mal.

- « Nous avons également détecté la présence de HCG dans votre sang.

- De quoi s'agit-il ?, osa demander la brune avec une certaine appréhension.

- Des Hormones Gonadotrophine Chorionique.

- Mais encore ?, fit Emma.

- Ce sont les hormones sécrétées par le placenta.

- Pardon ? » demandèrent-elles d'une même voix.

Whale prit une chaise et s'assit afin de faire face aux deux femmes. Il continua, cherchant annoncer la nouvelle avec diplomatie :

- « Lorsque je vous ai examinée il y a deux jours, il m'a bien semblé avoir perçu les battements d'un deuxième cœur mais je voulais avoir le résultat des analyses avant... Emma, vous êtes enceinte.

- Je ne peux pas être enceinte, répondit cette dernière du tac au tac.

- Au vu de votre taux de HCG, je pense que vous devez être enceinte d'approximativement seize semaines, étaya Whale.

- De quatre mois ? Ca doit se voir. J'ai déjà été enceinte, je sais ce que c'est, lança sèchement la blonde. Vous avez dû vous tromper dans vos fioles.

- Le test a été refait deux fois. Nous sommes sûrs du résultat.

- A quel point ?, demanda faiblement Regina.

- A 99%. »

La brune risqua un œil vers Emma et s'attarda sur son ventre. Il était toujours aussi plat... Pourtant, il était étrange de savoir qu'Emma était enceinte de quatre mois. C'était à ce stade que la sienne avait brusquement pris fin, bien des années auparavant. La blonde prit sa main dans la sienne et fit remarquer une chose au docteur :

- « Je suis avec Regina. Donc cette histoire ne tient pas debout.

- Je suis un homme de science. Et la science me permet de vous dire que vous êtes enceinte.

-Je n'ai jamais trompé Regina. Je ne peux pas avoir de bébé. C'est juste... impossible, lança Emma empreinte d'une certaine raideur.

- Si nous considérons les options du monde prosaïque » lui fit remarquer Whale à son tour.

La blonde continuait son débat avec le docteur. Son cœur s'emballait à cette idée. C'était terriblement magnifique, horriblement surprenant et pourtant cette idée était plus que séduisante.

Regina ne la quittait pas des yeux. Les muscles abdominaux se relâchèrent et le bébé pouvait à présent investir la place qui était la sienne. La brune avait l'impression d'assister à une grossesse en accéléré. On devinait à présent sans mal le ventre légèrement rebondi à travers le haut cintré que portait Emma. La blonde avait machinalement porté les mains à son ventre, comme pour le prévenir d'une éventuelle chute. Elle regardait avec curiosité et appréhension ce corps qu'elle découvrait pour la première fois.

- « C'est un déni de grossesse, étaya Whale tandis qu'Emma relevait son haut afin de contempler son ventre à présent arrondi. C'est plus courant que vous le pensez.

- Mais comm..., commença Emma.

- Vous ne conceviez pas cette possibilité alors votre corps s'est maintenu afin de cacher tous les indices de cette grossesse. Le bébé crée son espace parmi la place mise à sa disposition. Vos muscles se sont à présent détendus, d'où cette impression que le bébé ''tombe en vous''.

- Ah...je vois... »

Emma avait écouté sans prêter une réelle attention aux propos de Whale. Elle posa les paumes de ses deux mains sur son ventre et se concentra. C'était léger mais elle l'avait senti bouger. Il était bien là. Regina assistait silencieusement à la scène. Les mots restaient coincés dans sa gorge.

- « Je peux vous faire une échographie. La salle est libre mais j'aurais besoin d'une dizaine de minutes, le temps de m'occuper du matériel, les informa Whale.

- Ok, souffla Emma d'une voix peu assurée.

- Dans ce cas, je reviens. »

Whale leur accorda un sourire rassurant et sortit de la pièce en prenant soin de refermer la porte derrière lui. Emma se racla la gorge et rajusta son haut sur son ventre. Elle replia ses jambes sous elle et prit ainsi la liberté de s'asseoir en tailleur sur le lit. Ainsi, elle se tournait vers Regina.

- « C'est complètement...

- … fou, compléta la brune.

- Whale laisse sous-entendre que c'est... magique. Ok. Mais déplacer la lune, faire disparaître et apparaître une tasse de chocolat c'est une chose, mais de là à faire apparaître un bébé... Tu sais si c'est possible ?

- Non, je n'en ai jamais entendu parler avant. Créer quelque chose qui imite la vie est relativement simple là il s'agit de la créer. Cela doit requérir une grande maitrise de la magie et un grand pouvoir.

- Dans tous les cas, il peut être que de toi. Tu m'as mise en cloque sans le faire exprès. » tenta la blonde avec humour pour détendre l'atmosphère.

Regina sourit faiblement. Elle était bien trop tendue pour pouvoir rire de cette réplique. Un silence s'installa. Emma entoura son ventre de ses bras et proposa avec douceur :

« Tu veux le toucher ? »

Regina ramena ses bras près d'elle et secoua la tête pour signifier son refus. Elle ne pouvait pas le toucher, pas maintenant, pas encore.


Whale avait étalé le gel froid sur le ventre d'Emma et faisait à présent bouger la sonde afin d'obtenir l'image souhaitée. Regina se tenait légèrement en retrait mais n'en restait pas moins attentive. L'image se faisait à présent plus distincte.

« Là, vous pouvez voir sa tête, ses bras et ses jambes, expliqua Whale en montrant certains endroits de l'image du bout du doigt. On voit ses yeux... On distingue nettement ses doigts et ses orteils. »

Les deux femmes suivirent du regard le doigt du médecin. L'image était dépourvue de couleurs et même si la qualité n'était pas des meilleures, on devinait aisément le bébé sur l'écran. Emma était encore abasourdie par la nouvelle mais se faisait agréablement à cette idée.

« Est-ce qu'il va bien ? »

Regina osait pour la première fois prendre part à cette entrevue. Emma crut sentir le bébé réagir et se tourner, sans doute dans le but de trouver une position plus confortable. La blonde reporta son regard sur Whale, elle aussi dans l'attente de la réponse :

- « Je ne vois rien qui me permettrait de dire le contraire, les rassura-t-il aussitôt en regardant l'écran. Je ferais imprimer l'échographie pour prendre des mesures plus précises mais je crois ne pas prendre de risque à me prononcer maintenant.

- On pourrait en avoir un exemplaire aussi ? » demanda Emma avec empressement.

Le médecin acquiesça dans un sourire. Elles entendirent ensuite une mélodie régulière et rapide. Ceci rappelait à Emma de lointain souvenirs de la grossesse d'Henry mais pour Regina, ce son était tout nouveau. Whale jugea tout de même bon de préciser qu'il était normal que les battements du cœur soient si rapide. Regina acquiesça silencieusement. Elle était émue de l'entendre, de savoir qu'il était en vie. Le bébé allait bien et à cet instant, c'était tout ce qui importait.

« Est-ce qu'on voit si c'est un garçon ou une fille ? », demanda encore Emma.

Whale vit vaquer la sonde sur le ventre et regarda l'écran avec attention.

« Il s'est mis de telle façon que je ne pourrais vous dire. Peut-être qu'on le verra à la prochaine échographie. »

Les lèvres de la blonde se crispèrent en un sourire déçu.

Regina insista pour conduire sur le chemin du retour et la blonde prit place sur le siège passager. La brune mit le contact et Emma l'arrêta quelques instants. Elle ôta la main de la brune du levier de vitesse. Regina se laissa faire. Emma releva son haut et posa la main de la brune sur son ventre arrondi. Elle garda sa main posée ainsi sur celle de Regina.

- « Ca va aller, murmura Emma. Tout va bien se passer... Et le point positif c'est qu'on a plus que cinq mois à attendre.

- Tu ne peux pas faire ce genre de promesses, répondit la brune faiblement en décrivant un léger cercle sur le ventre.

- C'est pourtant une promesse que j'ai bien l'intention de tenir. Allez, retire ta main, le bébé va attraper un rhume. » conclut-elle d'un ton plus léger.

Emma rabattit le tissu sur son ventre tandis que Regina secoua doucement la tête en souriant. La voiture prenait le chemin de la maison. Une pensée traversa l'esprit de la blonde et elle demanda avec empressement :

- « On le dit à Henry mais pas à mes parents. Pas maintenant. J'ai envie qu'on en profite un peu que tous les trois avant qu'ils n'en fassent un événement pour tout Storybrooke.

- Moi qui avait tellement hâte de raconter à ta mère comment je t'avais engrossée..., fit Regina d'un ton faussement peiné.

- Arrête... Si tu leur fais un coup pareil, ils vont pas s'en remettre... »

Elles rirent toutes deux en imaginant la réaction des Charmings. Pourtant, derrières ces éclats de rires sincères, toutes deux songèrent qu'il était étrange que le bébé se soit manifesté à ce stade de son développement.

Regina avait perdu son bébé à quatre mois de gestation et aujourd'hui, le bébé que portait Emma s'était manifesté précisément à ce stade. C'est comme s'il avait attendu, comme s'il s'était caché jusqu'à ce que tout danger soit écarté. Regina songeait aussi que, peut-être, c'était Emma qui avait inconsciemment dissimulé ce petit être jusqu'à ce qu'il passe cette période tortueuse des premiers mois.

Celui-ci n'avait rien à craindre à présent. Il serait en sécurité.


Emma laissa sa tête reposer lourdement contre l'accoudoir du canapé. Ses cheveux retombaient éparses autour de son visage. Elle soupira et passa avec quelques difficultés ses bras autour de son ventre.

- « C'est pas parce que je ressemble à une baleine que je peux pas venir.

- Whale a dit que tu devais te reposer.

- On ne va faire que rapporter les derniers meubles. Et tu ne peux rien porter. »

La blonde souffla de nouveau et lança un regard de reproche à son père et à Regina. Henry souriait malicieusement face au comportement puéril de sa mère. Elle atteignait le dernier mois de grossesse et se faisant, elle devait se ménager.

Regina se pencha sur Emma et prit soin de remettre une mèche brune derrière son oreille. Elle l'embrassa du bout des lèvres et lui chuchota dans un sourire :

- « Bonne chance.

- Tu ferais moins la fière si tu devais boire ses...trucs.

- Si c'est bon pour toi, c'est bon pour le bébé.

- N'empêche que c'est dégueulasse, argua Emma. S'il supporte pas les légumes, faudra pas s'étonner.

- Allez, sois sage, ponctua-t-elle d'un nouveau baiser. Je compte sur toi pour empêcher Ma' de faire n'importe quoi » chuchota-t-elle discrètement au ventre d'Emma.

Cette dernière roula des yeux avec une exaspération exagérée. Elle savait que Regina exécrait être loin d'elle et du bébé. Emma prit la main de la brune et y entrelaça ses doigts.

« Je la surveille, ne t'inquiète pas. » lança Mary Margaret qui réquisitionnait de nouveau le mixeur pour produire ses cocktails.

Regina esquissa un sourire de remerciement et lâcha doucement la main d'Emma. Elle allait sortir de l'appartement à la suite d'Henry et de David, quand elle se tourna une dernière fois vers Emma qui lui fit signe que tout irait bien.

Mary Margaret arriva avec un grand verre à la main verre qu'Emma toisa d'un regard peu convaincu.

« Il y a quoi dedans ?, demanda-t-elle avec dégoût. Non, reprit-elle avec empressement. Je ne veux même pas savoir. »

Elle tendit la main et Snow lui donna le verre en question. Emma se redressa et observa le contenu du verre. Le liquide était verdâtre et peu ragoutant. Elle prit une profonde inspiration et vida le contenu du verre d'une traite sous le regard bienveillant de sa mère. Emma grimaça et sa mère rit intérieurement de ce comportement enfantin. Elle s'assit tout en enlaçant son ventre de ses bras et s'ajusta confortablement dans le canapé ainsi, Snow put ainsi prendre place à ses côtés.

« C'est pour bientôt... Tu es prête pour l'accouchement ? »

Snow la vit hausser les épaules tout en pianotant doucement son ventre. Emma l'avait senti bouger quand Regina avait parlé aussi, elle savait qu'elle ne le dérangeait pas en le sollicitant un peu ainsi. Il donna un coup de pied en réponse. Emma apposa sa main sur son ventre et il réitéra son geste, faisant sourire sa future mère.

« Je ne sais pas si on peut vraiment s'y préparer... On a passé le septième mois. Whale a dit que les poumons étaient finis et qu'il pouvait naitre sans connaître de problèmes majeurs. C'est tout ce qui compte. »

Snow hocha la tête, compréhensive. Elle demanda implicitement l'accord de sa fille et posa finalement à son tour une main sur le ventre à présent bien rond.

« Je te parlais beaucoup quand tu étais dans mon ventre. »

Emma leva son regard vers sa mère. Elle savait que ses parents l'avaient envoyé dans ce monde dès sa naissance mais elle ne s'était jamais demandée comment sa mère avait vécu sa grossesse.

« Je te parlais tout le temps, confia Snow dans un sourire. Surtout quand ton père n'était pas là. J'aimais l'idée de ne pouvoir te parler qu'à toi, en tête à tête. Je posais mes deux mains sur mon ventre et je te parlais. »

Emma sourit, découvrant pour la première fois cette facette de sa vie dont elle ne pouvait se souvenir. Elle écoutait attentivement les paroles de sa mère.

- « C'est toi qui a choisi ton prénom, continua Snow suscitant la surprise et la curiosité de sa fille. Ton père avait choisi un prénom horrible... Et je voulais déjà t'appeler Emma. J'ai pris les mains de ton père et je les ai posées près des miennes sur mon ventre. Je t'ai demandé comment tu voulais t'appeler, on t'a proposé les deux prénoms et tu as donné un coup pour ''Emma''.

- Je n'ai pas pu choisir, rit doucement cette dernière. Ca devait être un coup du hasard.

- On a recommencé deux fois et tu n'as donné de coups que pour ''Emma'', affirma sa mère. Bien sûr, tu bougeais beaucoup... A un moment donné je me suis demandée si tu n'essayais pas d'écarter mes côtes pour te faire d'avantage de place. »

La blonde rit de cette anecdote. Snow lui conta également comment Emma se plaisait parfois se coincer entre ses cotes de sorte que cela lui coupait le souffle. Emma rit de plus belle en entendant cette histoire animée par les bons soins de sa mère. Elle sentit de nouveau le bébé bouger, sans doute dans le but de signifier qu'il écoutait, lui aussi, la conversation. Snow reprit avec plus de sérieux :

« Je n'ai pas pu partager beaucoup de choses avec toi... mais ces neufs mois que tu as passés dans mon ventre, je les ai vécus pleinement. J'en ai savouré chaque seconde. »

Snow passa doucement une main dans la chevelure blonde. Quelques larmes perlèrent aux yeux d'Emma qui passa ses bras autour de son ventre, comme pour rapprocher le bébé de son cœur. Elle savait que sa mère n'avait eu de cesse de regretter toutes ces années perdues. Elle évoqua néanmoins l'effet des hormones pour justifier sa réaction émotive avant que sa mère ne la prenne dans ses bras.


Regina reçut un coup de fil d'Henry lui demandant de venir le chercher à l'école. Elle n'était pas sereine à l'idée de laisser Emma seule, même pendant une période si restreinte. Celle-ci la rassura et la brune consentit à partir dans la mesure où Emma s'engageait à ne pas bouger et à garder le téléphone près d'elle.

«Ca va aller, répéta Emma pour la énième fois. Va-y, va le chercher, le fais pas attendre. Plus vite tu y vas et plus vite tu seras revenue » finit-elle.

La porte claqua. Elle entendit le moteur de la voiture émettre un son sourd avant de se faire plus lointain et le silence retomba.

Emma regarda son ventre d'un air pensif. Elle releva son large t-shirt et posa ses paumes contre sa peau. Elle se racla la gorge, déjà gênée de ce qu'elle s'apprêtait à faire.

« Allo bébé, ici Ma' ».

Elle rit nerveusement à cette phrase qu'elle trouvait déjà absurde. Elle continua néanmoins :

« Tu sais que je me sens stupide. J'ai l'impression de parler dans le vide. »

Le bébé poussa la main de sa mère comme pour lui signifier qu'elle était en tort. Elle reprit avec une moindre hésitation.

« Tu as été une sacrée surprise... On t'attendait pas tu sais ? Mais... je suis contente que tu sois là, lui confia-t-elle dans un souffle. Je suis pressée de te voir... mais pas trop hein. Tu as encore trois belles semaines à faire au chaud. Après tu pourras sortir. »

Emma attendit quelques secondes et voyant que le bébé ne réagissait pas elle continua à lui parler :

« Tes grands-parents t'attendent avec impatience. Ton grand frère aussi... Mais je pense que la personne qui t'attend avec le plus d'impatience, avec moi bien sûr, c'est Maman. Je sais que tu l'aimes déjà : dès que tu l'entends, tu bouges, tu te retournes et tu me broies les cotes. »

Elle se tut de nouveau. Elle sourit en le sentant se mouvoir sous ses doigts. Elle continua de lui parler ainsi décrivant des figures imaginaires sur la surface de sa peau. Il bougeait parfois, participant à cet échange.

« Je savais que j'avais raison, dit-elle avec une certaine fierté. Maman t'aime énormément aussi... Je sais que je ne t'ai pas vraiment beaucoup parlé... Et je te demande pardon... Mais tu dois savoir que cela ne change rien. Je t'aime de tout mon cœur. »

Le bébé lui donna un coup, répondant de la seule manière dont il disposait pour le moment. Elle sourit puis l'informa qu'il pouvait se reposer.

Emma recouvrit son ventre de son t-shirt et s'emmitoufla dans une couverture. Elle lâcha un soupir traduire son agacement quand elle constata que sa tasse de chocolat qui reposait sur la table basse était déjà vidée de son contenu. Elle décida de passer outre sa faim et d'attendre que Regina revienne. Elle ne somnola que quelques minutes avant d'entendre la porte d'entrée claquer.

Henry vint dans le salon. Il embrassa sa mère blonde et dit bonjour au bébé. Il partit aussitôt dans sa chambre afin de faire ses devoirs. Regina prit place aux côtés d'Emma et rajusta la couverture.

- « Faudrait qu'on se mette d'accord sur le prénom avant qu'il arrive, commença la blonde.

- Oui mais tu es butée, répliqua doucement Regina dans un sourire.

- Toi aussi, ce qui n'arrange rien... Ma mère m'a raconté une histoire et je me suis dit qu'on pourrait laisser le bébé choisir.

- Comment ça ?, fit-elle, intriguée.

- Donne-moi tes mains » lui intima Emma.

Cette dernière se redressa et se débarrassa de l'épaisse couverture qui la recouvrait. Elle replaça d'un vague geste de la main sa chevelure blonde dont les boucles tapissèrent son dos.

- « Cependant, prévint Regina. s'il choisi un prénom absurde, je tiens à ce que ce soit nous qui ayons le dernier mot.

- Ne t'inquiète pas. Je sens qu'il va bien choisir. »

Emma sourit et posa finalement les mains de Regina et les siennes sur son ventre.


« Vous savez, il va pas partir en courant si jamais vous le laissez trente secondes dans son berceau. »

Henry abaissa sa bande dessinée et regarda ses mères. Regina tenait le bébé dans ses bras, bien serré contre son cœur. Tout près d'elle, Emma était assise en tailleur sur le canapé, collée à elle. Du bout de son index, elle caressait doucement la joue du nouveau-né. Elles n'arrivaient pas encore à croire qu'il était réellement là.

Le four sonna et Regina logea le bébé dans les bras d'Emma qui ne se fit pas prier pour le prendre. La blonde déplia ses jambes et s'ajusta bien confortablement sur le sofa.

La brune revint quelques secondes plus tard et reprit place sur le canapé, tout près d'Emma et de leur bébé. Elle posa sa tête sur l'épaule d'Emma qui sentit ses cheveux bruns chatouiller sa nuque.

- « J'ai remarqué qu'il avait tes mains et tes pieds, dit la blonde tendit que le nourrisson attrapait fermement le petit doigt qu'elle lui tendait.

- C'est une bonne chose. Il n'aura pas ta démarche de canard..., argua Regina moqueuse et Emma la sentit sourire contre son épaule.

- Ce n'est même pas vrai...

- Si, Ma', tu as une démarche... singulière, appuya Henry.

- Même en étant Daniel, tu n'as pas pu complètement effacer ta démarche. »

Regina la sentit hausser les épaules de défaitisme. La brune sourit et décrivit doucement les contours du visage du nourrisson, de ses petites oreilles. Elle effleura ses petits cheveux bruns déjà nombreux avant de caresser de nouveau sa joue. Elle le détailla encore, ne se lassant jamais de contempler ce petit être.

Il avait une fine bouche qui ne ressemblait rien aux lèvres pulpeuses de sa mère brune... En revanche, on ne pouvait nier la similitude flagrante qu'il avait avec Emma. Il était encore bien jeune mais on pouvait voir qu'il avait déjà un visage anguleux, aux traits saillants. Peut-être que sa perception des choses étaient renforcées parce qu'il était un garçon mais Regina devinait derrière ses traits enfantins, certains aspects du visage de Daniel.

- « Il a ton nez aussi, je crois, reprit Emma.

- Mmmh, fit la brune en réponse. Mais il a ton visage, ta bouche et tes oreilles... Et tes yeux aussi.

- Tu dis ça parce qu'ils sont bleus. Ils peuvent devenir marrons ou verts aussi.

- Non il a tes yeux. »

Regina se redressa et passa une main sur sa nuque engourdie. Le bébé la suivit doucement du regard.

« C'est marrant comment il te regarde.

Il te regarde pareil, contra gentiment Regina tandis que le nouveau-né serait son doigt de sa main.

Non, non. Toi il te regarde. Tiens regarde-le,. Il te lâche pas des yeux. On dirait qu'il a peur que tu t'en aille.

Tu fais des suppositions ridicules, sourit Regina. Hein c'est vrai que Ma' dit n'importe quoi ?, demanda-t-elle d'une voix légère au nourrisson.

J'pense que Ma' a raison » intervint Henry qui était de nouveau plongé dans sa bande-dessinée.

Nathan regardait sa mère brune avec intensité. Il cherchait ses yeux et une fois qu'il les trouvait il ne les quittait pas. Regina n'osait encore le confier ni à Emma ni à Henry, pourtant l'idée se formulait de plus en plus nettement dans son esprit...

« Oh Nathan... Si tu savais à quel point je t'ai attendu », songea-t-elle.

Nathan sourit en réponse au sourire éclatant que lui accordait sa mère brune. C'était ridicule et pourtant en regardant ce petit bout aux cheveux déjà nombreux et d'un noir de jais, elle se dit encore une fois qu'elle y reconnaissait un peu les traits de Daniel. Et plus elle le regardait, plus elle ne pouvait s'empêcher de penser que c'était peut-être lui, cet enfant perdu jadis qui revenait à présent. C'était peut-être impossible mais... qui pourrait le dire ?

L'amour, le Véritable Amour est magique. Ce n'est pas une magie commune il s'agit de la magie la plus puissante de toutes. Il peut transcender la réalité, s'affranchir des barrières du temps, se détacher de nos peurs les plus sombres, annihiler nos tristesses les plus profondes. Ce pouvoir extraordinaire, s'il est partagé, peut créer le bonheur. Et ceci, personne ne peut en parler avec plus de foi qu'Emma et Regina.

FIN.


Notes :

La première version de cette fanfiction faisait 14 000 mots.

Keiitaroo m'a beaucoup aidée avec ce chapitre. J'avais, au départ, opté pour un déni de grossesse total et Emma se rendait compte qu'elle était enceinte au moment où le travail commençait. Keiitaroo m'a - judicieusement - fait remarquer que c'était un peu too much et pour pour les lecteurs, et pour Emma et Regina. C'est Keiitaroo qui a eu l'idée de "faire reprendre" à Emma la grossesse de Regina là où elle s'était arrêtée.

L'idée générale de la fanfiction m'est venue en repensant à Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban, quand on se rend compte que c'est Harry lui-même qui a créé le Patronus qui l'a sauvé lui et Sirius. Harry a influencé son propre passé et on découvre son histoire alors qu'il l'a déjà modifiée, même si on ne s'en rend compte que plus tard. J'ai adapté le principe sur Once Upon a Time et j'ai brodé autour.

J'ai pris le prénom Nathan parce qu'il vient de l'hébreu, comme le prénom Daniel. Nathan signifie "Dieu a donné". Je cherchais "Dieu a secouru" mais c'était Lazarre alors j'ai pas pris... Le "langage des oiseaux" consiste à faire une correspondance sonore avec un autre mot. Ainsi, par exemple, Sylvie devient "s'il vit". Et donc pour Nathan, ça donne "n'attend".

Daniel signifie "Dieu est mon juge".

Encore un grand merci à Keiitaroo de m'avoir aidée et conseillée sur cette fanfiction. :)

Et merci à vous d'avoir lu. :)