Nouveau chapitre. Ryder reprend le cours de sa vie (ou presque)
Bonne lecture.
─ Oh putain ! Vous ne mentiez pas quand vous disiez avoir fait compliqué.
─ Tu comprends mieux pourquoi on ne veut pas que tu suives notre exemple, dis-je.
─ Vos amis, ils le savent que vous êtes ensembles ?
J'ai l'impression que la curiosité de Tim se sera jamais rassasiée. Je ne sais pas pour quoi mais il semble fasciné par notre relation à Jake et moi.
─ Non. Mais ça devrait bientôt changer.
J'ai répondu ça du tac au tac. Je sens le regard étonné de Jake se poser sur moi mais je préfère qu'on en discute en privé. Alors que je m'apprête à changer de sujet, je vois Tim rougir. Pas besoin de me retourner pour savoir qu'Ella est arrivée. De plus la petite voix de Lily ne fait que confirmer mes suppositions.
─ Tu devrais lui dire, glissé-je à Tim. Ne lui rentre pas dedans, fais-le avec subtilité.
─ Je le ferai si vous me donnez votre ressenti. Je lui plais à votre avis ?
Lily me saute sur les genoux et nous présente sa sœur. La jeune fille est aussi blonde que sa sœur et tout aussi menue. Franchement, Tim a bon goût. Toutefois quelque chose me perturbe, Ella me rappelle étrangement quelqu'un, ce regard... Je suis certain de l'avoir déjà vu. Mais impossible de savoir où. Du coin de l'oeil, je l'observe interagir avec Tim et je constate que Jake fait de même. La légère rougeur qui apparaît sur ses joues quand elle lui parle trahit ses sentiments.
─ Ryder ? Tu joues pour moi s'il te plaît ?
Je suis incapable de résister à la petite fille alors je me glisse au piano. Tim se lève et s'installe derrière le violoncelle. Ses doigts tremblent légèrement, il est anxieux. Je me penche vers lui.
─ Dis-toi que tu joues pour Ella. Tu lui plais, c'est certain, murmuré-je.
Il lève les yeux vers la jeune fille qui lui sourit. Il attrape l'archer avec assurance et nous nous mettons à jouer. Jake se joint à nous.
Use Somebody (King of Leon)
I've been roaming around
Always looking down at all I see
Painted faces, build the places I cant reach
You know that I could use somebody
You know that I could use somebody
Someone like you, And all you know, And how you speak
Countless lovers under cover of the street
You know that I could use somebody
You know that I could use somebody
Someone like you
Off in the night, while you live it up, I'm off to sleep
Waging wars to shape the poet and the beat
I hope it's gonna make you notice
I hope it's gonna make you notice
Someone like me
Someone like me
Someone like me, somebody
Someone like you, somebody
Someone like you, somebody
Someone like you, somebody
I've been roaming around,
Always looking down at all I see
La chanson prend fin, Lily crie de joie et Ella applaudit.
─ Tim t'es trop fort, lance Lily. Comme ça tu pourras jouer pour moi quand Ryder ne sera plus là.
Je sens une pointe de tristesse percer dans la voix de la petite fille. Je lui tends les bras et elle vient se jeter dans mes bras. Pendant que je bavarde avec elle et Jake, je vois Tim et Ella s'installer à l'écart. Je n'entends pas ce qu'ils se disent mais leur visage sont suffisamment expressifs pour que je devine que ça se passe bien. Je donne un coup de coude à Jake pour lui montrer la scène. Il me fait un clin d'œil et j'aperçois alors les deux adolescents qui se tiennent la main. Apparemment, Tim a suivi notre conseil.
─ Ryder ?
Le Dr Moran vient d'entrer dans la pièce accompagnée de ma mère. Il est temps pour moi de partir. Lily l'a compris elle aussi et me sert fort dans ses petits bras.
─ Tu reviendras, tu le promets ?
─ Je te l'ai dis. Jusqu'à ce que tu sortes de l'hôpital, tu m'auras sur le dos.
Une larme perle dans ses yeux et coule le long de sa joue. Du bout du pouce, je lui essuie puis lui embrasse la joue. Ella arrive pour réconforter sa sœur et Tim vient me saluer.
─ Alors ? demandé-je. Ça c'est passé comment ?
─ Bien. Vous aviez raison.
Il dit ça avec tellement de timidité qu'il en est touchant.
─ J'espère que tu tiendras vraiment ta promesse. Je n'ai jamais vu Lily aussi heureuse depuis que tu es là. C'est le Dr Moran qui doit être contente.
─ Je n'ai qu'une parole, répondis-je. Je ne savais pas que le Dr Moran suivait Lily ?
─ Oh non pas du tout. Tu ne sais pas ? C'est sa mère.
J'ouvre la bouche et la referme sans dire un mot. Je jette un œil à Lily, à Ella et enfin à Elizabeth Moran. Je sais maintenant où j'avais déjà croisé ce regard si bleu.
─ Continue de jouer. Tu as du talent.
Nous nous serrons la main et je sors de la salle en compagnie de ma mère et de Jake. Ma thérapeute n'est pas loin derrière mais reste en retrait.
Ma mère prend mon sac et part devant pour rapprocher la voiture. Il ne reste que Jake et moi. Je suis angoissé. La porte de sortie se rapproche un peu plus à chaque pas et je sens une sourde angoisse prendre racine au creux de mon estomac. Je devrais être heureux de quitter cet endroit aseptisé. Pourtant j'ai peur. Cela fait de longs jours que je suis protégé par ces murs blancs. Je suis comme dans une bulle et la voir exploser m'effraie. Une fois les portes passées, la réalité reprendra ses droits.
Plus que quelques mètres et je serai dehors. Je m'arrête, j'ai du mal à respirer et mon cœur s'emballe. Jake se stoppe à son tour et se tourne vers moi. Mes mains tremblent, je les cache dans les poches poches de mon sweat mais cela n'a pas échappé à Jake. Il s'approche vers moi, fait glisser ses doigts sur mes bras avant de les mettre dans mes poches. Ses doigts contre les miens me prodiguent une caresse réconfortante. Il me force à sortir mes mains de mon sweat. Elles tremblent toujours mais moins que la minute d'avant.
─ Je suis là, chuchote-t-il. Ça va bien se passer.
Je n'en suis pas convaincu. Toutefois j'ai confiance en lui. Il entrelace ses doigts au mien et nous reprenons notre chemin. Ses portes s'ouvrent sur nous et je revois enfin la lumière du jour.
Ma mère est garée tout prêt.
─ On te dépose quelque part Jake ? demanda-t-elle.
─ Non ça ira. Merci madame Lynn.
Ma main se tient fermement la portière, je n'ai pas envie de le laisser. Il se penche vers moi et dépose un baiser sur ma tempe.
─ A demain, murmure-t-il au creux de mon oreille.
Puis il claque la portière et ma mère démarre. Le début du trajet se fait dans un silence de mort. Elle me regarde avec insistance et je sens qu'elle cherche quelque chose à dire.
─ Le lieutenant Marks m'a dit que tu allais identifier tes agresseurs.
─ Je vais essayer en tout cas.
─ Je suis fière de toi.
On arrive bientôt au poste de police. Le nœud dans mon ventre se serre un peu plus et j'ai l'estomac au bord des lèvres. J'inspire profondément mais ça ne change pas grand chose. Un policier en uniforme nous guide jusqu'au bureau du lieutenant. Celui-ci nous accueille chaleureusement.
─ Tu es prêt ? me demande-t-il.
Les mots se bloquent dans ma gorge alors je hoche la tête. Il nous conduit dans une petite salle où un miroir recouvre un des murs.
─ Groupe A, annonce le lieutenant Marks par un interphone.
La lumière s'allume sur six jeunes. Mon regard se pose directement sur le numéro quatre.
─ Tu en reconnais un ?
─ Le numéro quatre, dis-je sans hésiter.
Il le fait avancer et je confirme.
─ C'est celui qui avait la batte de baseball.
La lieutenant ne dit rien et fait entrer un autre groupe.
─ Le numéro deux. Il a un dragon sur le bras gauche et il est gaucher. C'est lui qui tenait le couteau.
Ma main se porte sur mon propre tatouage. Je serre la poing. Plus que deux. Marks appelle le groupe suivant et là non plus je n'ai aucun doute. Grâce à l'exercice du Dr Moran je suis capable de les reconnaître sans problème.
─ Le numéro un. Il portait une veste de football rouge et grise. Il m'a attaqué en premier.
─ Tu te débrouilles bien. Plus qu'un.
Le dernier groupe rentre dans la pièce. Mon regard croise celui de mon agresseur.
─ Le numéro six. Il m'a maintenu au sol pendant...pendant...
Le policier pose une main sur mon épaule et fait avancer l'homme que j'ai désigné. J'acquiesce et de l'autre côté du miroir mon assaillant commence à se débattre.
─ C'est l'autre tapette qui nous a balancé c'est ça ? Il va me le payer !
Marks éteint l'interphone et je vois numéro six être maîtrisé.
─ Tu as fait du bon boulot. Et le dernier vient de passer aux aveux. Tu n'as rien à craindre d'eux à présent.
─ Lieutenant ? Combien de temps s'est-il écoulé avant qu'on me trouve dans cette ruelle ?
Il me regarde hésitant sur la réponse à apporter.
─ Je ne suis pas sûr que tu ais besoin de savoir. On t'a trouvé c'est ce qui importe.
─ Je veux savoir. Combien de temps ?
Je suis déterminé. J'ai besoin de savoir combien de temps je suis resté inconscient comme un chien dans cette rue.
─ Entre le moment où on voit les quatre jeunes revenir sur le parking et l'appel du barman au secours, un peu plus d'une heure.
Ma mère et moi quittons enfin le poste. Je vois ses yeux rougis. Elle a dû pleurer en entendant la réponse du policier.
─ Je vais bien, dis-je pour la rassurer.
Et c'est vrai. L'identification et l'inculpation de mes agresseurs m'a soulagé d'un poids. Elle me sourit faiblement. Dix minutes plus tard, elle se gare dans l'allée devant la maison.
─ Il est là ?
Ma question flotte dans l'air de longues secondes.
─ Oui.
─ Et Ian ? Tu as des nouvelles ?
─ Il travaille mais il passera te voir ce soir.
Je sors de la voiture et passe la porte de la maison. Je suis chez-moi. La maison m'a manqué malgré tout. J'aperçois mon père dans le salon, il me voit lui aussi et se lève du canapé. Néanmoins je ne suis pas encore prêt à lui parler et monte dans ma chambre. En haut de l'escalier, je reste sur le palier et écoute mes parents.
─ Ne lui en veux pas Tomas.
─ Ce n'est pas le cas Liv'. Mais j'aimerais juste pouvoir parler à mon fils. M'excuser.
─ Je sais. Il a juste besoin d'un peu de temps. Il connaît ton histoire. Il a beaucoup de choses à encaisser.
Depuis ma cachette, je peux les voir s'enlacer. Je me réfugie dans ma chambre et m'allonge sur mon lit.
J'ai dû m'endormir car c'est ma mère qui me réveille.
─ Le dîner est prêt, m'annonce-t-elle.
Je me lève, me rafraîchis le visage et gagne la salle à manger. Mon père est là et je lui accorde à peine un regard. Le dîner se passe dans un silence pesant. Ma mère tente tant bien que mal de faire la conversation. En vain. Mon frère arrive avec le dessert. Il prend ma mère dans ses bras puis mon père sous mes yeux effarés.
Mes parents et Ian discutent et moi je les regarde sans comprendre comment une telle chose a pu arriver. Je quitte brusquement la table et monte quatre à quatre les marches menant à ma chambre. Je me jette sur mon lit. Terrible erreur. Mes côtes se rappellent à moi. On frappe à la porte la minute d'après puis Ian entre.
─ Tu reparles à papa ?
─ Ravi de te revoir aussi petit frère.
─ Tu reparles à papa, répété-je.
Il vient s'asseoir au bord de mon lit et prend son visage sérieux.
─ On a discuté, mis les choses à plat. Il s'est excusé et s'est expliqué.
─ Alors tu lui pardonnes comme ça ? Une petite discussion et tes deux ans d'exil sont oubliés ?
─ J'ai pardonné oui mais je n'oublie pas. Je ne veux pas être coupé de ma famille à nouveau. Deux ans sans vous voir c'était long. Et puis, il ne m'a pas laissé livré à moi-même. Pendant deux ans, mon compte a été approvisionné tous les mois. J'ai toujours cru que c'était maman mais c'était lui. Il a pris soin de moi à sa manière.
Ma colère est descendu d'un cran.
─ Il aurait pu venir te parler plutôt.
─ L'orgueil des Lynn...
Nous discutons encore un long moment. Nous avons deux ans à rattraper après tout. Puis il s'en va et me promet de revenir souvent. Je me prépare pour dormir, demain je retourne au lycée. J'ai hâte mais en même temps j'appréhende. Je ne sais pas ce que je vais dire à mes amis. La vérité ? J'hésite encore. La nuit me portera conseil.
Mon téléphone vibre.
De Jake : Tu me manques.
Toi aussi.
Je m'endors sur ces mots.
… … …
Ma mère s'est mise en tête de m'emmener au lycée. J'ai tenté de la raisonner mais elle a eu le dernier mot. Voilà pourquoi je me retrouve devant l'établissement dans la voiture à côté de maman. J'ai l'impression d'avoir dix ans. Je l'embrasse tout de même sur la joue et récupère mon sac. Je passe les portes du lycée, le long couloir bordé de casiers s'étale devant moi. J'entends les portes claquer, les gens parler entre eux. Il y a du monde. Trop à mon goût. J'ai l'impression que tous les regards sont tournés vers moi. Que soudain une étiquette ''victime d'une agression homophobe'' est apparue sur mon front. J'avance vers mon propre casier. Tout se passe au ralenti, les sons sont amplifiés. Mon cœur ne bat plus de façon régulière, je peine à respirer et je tremble. Je plaque mes mains sur mes oreilles et je sens qu'on me regarde étrangement. Mes pas me mènent dans le coin formé par le mur et le bloc de casiers. Je me cale ici et me recroqueville sur moi-même, remontant mes genoux sous mon menton. Je ferme les yeux et compte jusqu'à dix. Je n'arrive pas à me calmer et quand je rouvre les yeux je distingue les visages de mes amis. Ils se parlent entre eux, je vois leur bouche bouger mais je ne les entends pas. Le petit groupe s'écarte et Jake apparaît. Il se met à ma hauteur et pose ses mains sur les miennes et les fait glisser de mes oreilles.
─ Ryder ? Parle-moi. Qu'est-ce qu'il se passe ?
La sonnerie retentit et je sursaute. Jake pose alors ses mains sur mes genoux avant de se retourner vers nos amis.
─ Allez en cours. Je m'occupe de lui.
Le groupe se disperse sans problème et le silence s'installe dans le couloir. Il n'y a plus que Jake et moi. Je commence à me calmer et à respirer normalement.
─ Ça va mieux ? me demande Jake.
J'acquiesce et il m'aide à me relever. Puis je le serre dans mes bras. J'ai besoin de se contact pour reprendre complètement mes esprits.
─ Tu m'expliques ce qu'il vient de se passer ? Tu m'as fait peur et aux autres aussi.
─ Je ne sais pas. Trop de monde d'un seul coup, trop de bruit. J'avais l'impression d'être le centre de l'attention, qu'ils savaient...
─ Ça va aller pour le reste de la journée ?
─ Tant que j'évite les endroits bondés et bruyants, ça devrait le faire. Je déjeunerai au stade.
Nos doigts se trouvent naturellement, nos lèvres aussi. Dans sa manière de m'embrasser, je peux sentir qu'il est inquiet. Je ne sais pas comment le rassurer car moi-même je suis préoccupé. Nous nous dirigeons vers la salle de cours avec dix minutes de retard.
Au déjeuner, Jake me rejoint au stade. Nous déjeunons paisiblement puisque nous sommes seuls.
─ Quand revois-tu le Dr Moran ?
─ Dans une semaine normalement. Mais je crois que je vais prendre rendez-vous plutôt. Ne pas pouvoir fréquenter les lieux publics semble problématique. Imagine que ça m'arrive en allant au centre commercial...
─ Et ! Arrête de stresser comme ça. Elle t'a aidé jusque là, elle t'aidera avec ce problème.
J'espère sincèrement qu'il a raison. Je sors mon portable et compose le numéro de l'hôpital. On m'annonce qu'elle a une place de libre à quatorze heures. Je saute sur l'occasion. Je vais louper le Glee club mais ça m'arrange. Jusqu'ici, j'ai réussi à éviter mes camarades puisque j'ai attendu entre chaque cours que les couloirs se vident. Jake aussi à éviter leur question, restant avec moi à chaque instant.
Nous traînons sur le terrain de football à l'abri des regards indiscrets. Les minutes défilent et il est déjà l'heure pour moi de partir. Il m'embrasse tendrement.
─ Courage, murmure-t-il contre mes lèvres.
Le prochain chapitre vendredi.
