Mesdames, voici un chapitre très important... vous saurez me dire pourquoi à la fin... Miriamme.
Onzième partie
De retour sur le campus après être brièvement passée par son appartement pour se changer, Élisabeth constata aussitôt que William Darcy était intervenu lorsqu'en se rendant à son premier cours, le professeur l'interpella immédiatement afin de lui remettre une grande enveloppe contenant les travaux de Georgianna pour la semaine à venir. Tous les jours par la suite, Élisabeth s'assura de bien classer ces enveloppes adressées à son amie et soigna davantage sa façon de prendre de notes - ajoutant systématiquement les pages de son cahier de notes photocopiées et classées par matière et en fonction des travaux exigés.
Ce n'est qu'au terme de cette première semaine, qu'Élisabeth réalisa qu'elle avait oublié de prévenir le Colonel de cet arrangement. Comprenant qu'il avait son mot à dire et surtout qu'elle devait obtenir son approbation pour continuer, elle s'empressa de le contacter. Après tout, n'était-il pas prévu qu'elle allât rendre visite à Georgianna le soir même.
-Ce soir vous dites? Je n'aime pas ça, vraiment pas, la gronda le Colonel après avoir lâché un juron bien senti et exhalé un profond soupir, Comprenez-moi bien Élisabeth, vous n'êtes pas un agent du FBI. Vous ne connaissez pas tous les tenants et les aboutissants de nos missions et pour couronner le tout, votre affection pour William de même que pour sa sœur ne peut que vous nuire. Ceci était dit, j'ai déjà réussi à vous obtenir une dérogation vous permettant de jouer un certain rôle, mais sachez que selon mon code d'éthique personnel, vous ne devriez pas vous mêler de cette situation.
-Je suis pourtant la mieux placée reconnaissez-le, plaida-t-elle, je connais Wickham et le visage de plusieurs autres membres de l'Odyssée. Ça vous a plutôt bien servi jusqu'ici.
-Oui, admit le Colonel en ayant plutôt l'air de le déplorer, mais vous n'êtes pas mieux que morte si l'ennemi découvre qui vous êtes. En fait, je ne sais pas encore ce qui serait le pire pour vous : que l'ennemi vous identifie ou que William apprenne qui vous êtes réellement?
-Il ne m'a pas reconnue à la galerie, ni même lorsque je suis allée à Pemberley, argumenta-t-elle, et puis Colonel, il est trop tard pour revenir en arrière non?
-C'est à vous de prendre la décision finale, pas à moi, déglutit Fitzwilliam d'un ton résigné, puisque les patrons ont donné leur accord. Il garda pour lui la réflexion qui le taraudait depuis la fin de sa conversation avec Marc Sommers. Il ne pouvait s'empêcher de se demander pourquoi celui-ci avait accepté aussi facilement de mettre la vie d'Élisabeth Bennet en danger, alors que dans toutes les autres situations, où la chose avait été envisagée, la réponse avait toujours été négative.
-Alors c'est tout décidé, je continue, annonça-t-elle.
-Très bien, se résigna le Colonel.
-Mais vous allez devoir me promettre une chose Colonel…
-Pourquoi est-ce que j'ai le sentiment que je n'aimerai pas ça?
-Si la situation tournait à mon désavantage… je veux que ce soit vous qui parliez à William.
-Quoi?
-Promettez-le-moi?
-Même si vous deviez mourir?
-Surtout s'il m'arrivait malheur.
-J'accepte, mais bien à contre cœur, s'exclama Fitzwilliam, sachant qu'il avait promis exactement l'inverse à Marc Sommers un peu plus tôt. Il ne me reste plus qu'à prier pour que je n'aie jamais à briser l'une ou l'autre de ces deux promesses…
À trois reprises suite à cette conversation, Élisabeth servit d'intermédiaire entre l'université et Georgianna, se déplaçant uniquement en autocar. Elle arrivait le vendredi soir vers 19h00, cassait la croûte avec son amie, passait la soirée à lui expliquer ses travaux et repartait le samedi matin en prenant le bus de 8h30, trimbalant avec elle les devoirs terminés par la jeune femme. Pas une seule fois par contre, elle ne l'avait revu lui. Lorsqu'elle avait enfin trouvé le courage d'évoquer le sujet avec Georgianna – c'est à dire, ses nombreuses absences, celle-ci lui avait simplement rétorqué en haussant les épaules: William va là où le mènent ses voyages d'affaire.
Au début du mois d'octobre, Élisabeth recommença à écrire le roman qu'elle avait délaissé depuis que Georgianna était «malade». Puisque pour écrire son premier chapitre, elle s'était inspirée de sa rencontre avec William et de la tuerie à laquelle elle avait assisté immédiatement après, Élisabeth en profita pour ressortir puis relire l'ensemble de sa correspondance avec Charlotte. Compte tenu que les lettres étaient maintenant placées en ordre chronologique, Élisabeth les étudia minutieusement en même temps que le coffret à bijoux. C'est alors qu'elle réalisa que Charlotte s'était amusée à transformer en fleur, le point de phrase final de chacune de ses lettres.
-Pourquoi a-t-elle fait ça? C'est vraiment bizarre.
Détachant ensuite le collier qu'elle avait recommencé à porté autour de son cou depuis quelques jours, Élisabeth l'examina également et comprit que c'était ce pendentif en forme de fleur que son amie Charlotte semblait avoir tenté de reproduire sur chaque lettre puisque non seulement la forme était respectée, mais également le nombre de pétales.
-Les a-t-elle ajoutées à dessein, de façon délibérée, pour me transmettre un message, se demanda-t-elle en examinant les lettres à nouveau, les unes après les autres, vraiment très étrange cette manie de dessiner une fleur à la fin de toutes les lettres que je lui ai envoyées?
La sonnerie de sa porte d'entrée se faisant entendre, Élisabeth grimaça, prit le temps de rabattre une couverture sur son cahier d'écriture, ses lettres et le coffre à bijoux avant de se diriger vers la porte fortement agacée par l'impatience de celui ou celle qui frappait maintenant sur la porte avec insistance. Juste au moment où elle mettait la main sur la poignée, Élisabeth réalisa qu'elle tenait toujours son collier, le jeta dans sa poche puis se prépara à accueillir l'une ou l'autre de ses amies. Incapable de ne pas reculer en reconnaissant son visiteur, elle se ressaisit tout aussi vite lorsqu'elle se souvint qu'en principe – celui qu'elle connaissait sous le nom de George Wickham la rencontrait pour la première fois.
-Qu'est-ce que je peux faire pour vous? Bredouilla-t-elle après s'être installé dans le cadre de porte déterminée à ne pas lui permettre d'entrer dans son appartement.
-Je cherche Georgianna, annonça-t-il se montrant aussi charmant qu'au moment où elle l'avait rencontré pour la première fois, on m'a dit que vous la connaissiez et que vous iriez la voir demain soir, est-ce vrai?
-On vous a bien renseigné, admit-elle prudemment, mais puis-je savoir ce que vous lui voulez?
-Je dois absolument la voir, prétendit-il, en usant de son charme légendaire.
-Impossible. Il lui est présentement interdit de recevoir qui que ce soit. C'est à peine si je la vois moi-même quand j'y vais, elle est encore trop malade, mentit-elle.
-Vous m'en voyez soulagé, ça explique pourquoi elle n'était pas à notre rendez-vous… soupira-t-il.
-Quel rendez-vous?
-Elle m'avait donné rendez-vous ici même sur le campus. Il y a trois semaines de cela.
-Georgianna? Georgianna vous avait donné un rendez-vous? Vraiment? L'interrogea-t-elle, réprimant difficilement son envie de lui cracher son mensonge au visage.
-Oui, je suis son petit ami. Notre dernière conversation remonte à quatre semaines.
-Écoutez…
-Neil Greenberg, mon nom est Neil Greenberg …
«MENSONGE! Hurla-t-elle dans sa tête en ayant tout à coup l'impression de faire de la fièvre, votre nom est George Wickham et vous êtes un terroriste très dangereux».
-Vous êtes certaine qu'elle n'a jamais prononcé mon nom devant vous?
-Non, Georgianna ne m'a jamais parlé de vous. Et pourtant, je suis sa meilleure amie, rétorqua Élisabeth de plus en plus impressionnée par l'audace de cet homme.
-Oh, ça ne m'étonne pas. Notre histoire est plutôt compliquée… Si vous acceptiez de me laisser entrer, je pourrais vous la raconter.
-Écoutez, ne le prenez pas mal, mais j'ai un long travail à remettre au début de semaine et je n'ai pas une minute à perdre. Dites-moi simplement ce que je peux faire pour vous aider…
-C'est à cause de son frère. Il me déteste. Il surprotège sa sœur et m'interdit de la voir, lâcha-t-il tout de même.
-Si c'est le cas monsieur Greenberg, je ne peux rien faire pour vous.
-Je vous en prie mademoiselle Vallier, acceptez seulement de lui remettre une lettre de ma part? Je vous jure qu'elle sera très heureuse de recevoir de mes nouvelles.
-Bon d'accord, je veux bien lui apporter votre lettre… l'avez-vous déjà écrite où…
-Non, je vais m'y mettre dès ce soir et vous l'apporterai demain en fin d'après-midi. Serez-vous là vers 16h00?
-Si je n'y suis pas, glissez-la sous la porte, je la ramasserai en rentrant.
-Merci mademoiselle, sincèrement, j'espère que vous n'aurez jamais à vivre une situation sentimentale aussi compliquée ou désespérée.
Ébranlée malgré elle par ses dernières paroles, Élisabeth s'accota contre la porte close pendant qu'elle écoutait ses pas décroitre dans le long corridor. Chassant d'un geste rageur les tristes pensées qui l'assaillaient, elle réussit à contrôler sa peine, uniquement parce qu'il lui fut possible de la remplacer par la peur. Elle comprit alors qu'il lui fallait obtenir les conseils du Colonel et qu'il lui faudrait également prévenir William Darcy.
«Après tout, ne lui ai-je pas promis de l'avertir si quelqu'un s'intéressait de près à sa sœur?»
Lorsqu'elle tenta de joindre William Darcy en composant le numéro de son cellulaire, elle tomba sur sa boite vocale et lui laissa un bref message pour lui résumer la situation. Elle l'invita à la rappeler le plus vite possible afin de lui faire savoir si elle devait oui ou non, apporter la lettre à Georgianna pour la lui remettre.
«Lettre qui contiendra certainement une puce que les membres du réseau utiliseront pour retracer Georgianna ou William lui-même» énonça-t-elle à voix haute après avoir raccroché.
Quelques minutes plus tard, elle composa le numéro du Colonel et attendit avec anxiété qu'il daigne répondre.
-Il a dit qu'il vous apporterait la lettre demain vers 16h00?
-Oui.
-Très bien. Ne l'ouvrez surtout pas. J'enverrai un de mes hommes chez vous vers 17h00 pour l'examiner. Lorsque ce sera fait, je déciderai si vous pouvez vous rendre à Pemberley comme prévu.
-C'est vous le patron Colonel.
-Oh, en passant, vous avez bien fait de laisser un message à William.
-Je n'avais pas le choix, je lui en avais fait la promesse, expliqua-t-elle avant de s'exclamer : Oh, en passant, je ne sais pas pourquoi, mais j'ai eu l'impression que George connaissait déjà Georgianna?
-Oui, mon cousin a de bonnes raisons de détester George. Wickham a déjà essayé de violer Georgianna. Voilà pourquoi William est aussi protecteur envers elle et pourquoi il était aussi en colère lorsque les patrons lui ont ordonné de se retirer du dossier…
-Il ne travaille plus sur le dossier Odyssée? Récupéra Élisabeth comprenant par l'arrêt brusque de son interlocuteur puis par le silence qui suivit ensuite qu'il n'avait pas vraiment eu l'intention de lui faire cette confidence. Qu'il s'était laissé emporter et que cette indiscrétion était tout sauf volontaire.
«Il s'en trouvera toujours quelques-uns pour affirmer qu'au fond de lui-même, Fitzwilliam devait certainement caresser le désir inavoué de m'en parler et que son subconscient s'est employé à organiser cela à sa façon» pensa Élisabeth alors que le silence s'éternisait au bout du fil.
-Faites comme si je ne vous avais rien dit, d'accord? Lâchafinalement le Colonel.
-Comme vous voulez Colonel, le rassura-t-elle, mais permettez-moi tout de même de vous faire remarquer que je trouve ça très préoccupant que Wickham s'intéresse à nouveau à Georgianna?
-Je suis vraiment désolé, mais comme vous le savez, je n'ai pas l'autorisation d'en discuter avec vous Élisabeth, reprit-il d'un ton beaucoup plus ferme.
-Pffff! Vos patrons ont une moralité douteuse Colonel, soupira-t-elle, ils n'ont pas hésité une seule seconde à me jeter dans la fausse aux lions et sont même prêts à recommencer…
-Élisabeth, intervint-il froidement avant de la saluer et raccrocher.
Dix minutes plus tard, Élisabeth rangeait ses lettres et son cahier d'écriture dans son classeur, replaçait son collier autour de son cou puis terminait de préparer le dossier contenant les documents destinés à Georgianna. S'éloignant de son bureau pour aller répondre au téléphone, la jeune femme souleva le combiné, le cœur en déroute, certaine qu'il s'agissait de William Darcy.
-Pardonnez-moi mademoiselle Vallier, lui lança une voix joyeuse au bout du fil.
-George? Balbutia-t-elle avant de se secouer pour reprendre :GEORGIANNA ne va pas mieux, inventa-t-elle en espérant que son stratagème fonctionne, je viens d'avoir de ses nouvelles.
-Lui avez-vous parlé de moi?
-Non, elle ne m'en a pas laissé le temps. Elle appelait seulement pour savoir si j'allais me rendre chez elle comme convenu, expliqua-t-elle avant de s'enquérir : mais dites-moi monsieur Greenberg, où avez-vous eu mon numéro?
-Dans le bottin des étudiants. Georgianna m'en a donné un exemplaire au début de la session.
Compte tenu de son inscription tardive à l'université, Élisabeth savait pertinemment qu'il mentait puisque son numéro ne pouvait apparaître pas dans le bottin et que celui-ci n'était jamais réédité non plus.
«Un bon agent ne devrait-il pas vérifier ce genre d'information? Ne vient-il pas de faire une erreur de débutant?» songea-t-elle avant de lui demander ce qu'il attendait d'elle.
-Ma lettre est déjà prête, puis-je passer la déposer chez vous maintenant?
-Euh, n'est-il pas un peu tard, rétorqua-t-elle, sur le campus à cette heure-là, les visiteurs sont interdits.
-Écoutez, je n'ai pas le temps d'entrer. Je dépose la lettre puis je rentre chez moi.
-Très bien, je vous attends.
Une vingtaine de minutes plus tard, Élisabeth ouvrait la porte au jeune homme alors qu'il arborait un sourire de contentement qu'elle aurait bien aimé lui voir perdre.
-Voilà ma lettre, dit-il en la lui posant dans les mains, prenez-en bien soins.
Jetant un bref regard sur l'enveloppe, Élisabeth baissa son bras puis garda résolument le silence.
-Dites-lui bien à quel point elle me manque, insista-t-il.
-Ne lui avez-vous pas déjà écrit ça dans votre lettre?
-Oui, bien sûr, mais si vous lui dites également, ça aura encore plus de poids.
-Très bien. Maintenant je vous laisse car je n'ai pas encore terminé mon travail…
-Euh, puis-je abuser de votre hospitalité en vous demandant un verre d'eau. J'ai couru pour arriver jusqu'ici et…
-Certainement, veuillez m'attendre, le coupa-t-elle en s'éloignant pour aller dans la cuisine.
Aussitôt qu'il eut vidé son verre d'eau en jouant de manière très crédible l'assoiffé, George poussa un soupir de satisfaction, la salua brièvement et s'éloigna dans le corridor pour aller rejoindre l'ascenseur. Après être allée rapporter le verre utilisé par Wickham dans l'évier de sa cuisine, Élisabeth s'empressa de prévenir le Colonel de la livraison prématurée de la fameuse lettre.
-Je vous envoie un agent de chez-nous. Il se nomme Gaby McGuire. Il sera là dans quelques minutes. Vous lui remettrez la lettre.
Dix minutes plus tard, l'agent en question se présenta à l'appartement de la jeune femme, se nomma officiellement en lui montrant sa plaque, lui serra la main puis pénétra dans la pièce. Sans perdre une seule seconde, Élisabeth lui remit l'enveloppe et l'observa tandis qu'il la posait sur la table et l'examinait à l'aide d'un minuscule appareil qu'il avait pris le temps de sortir de sa mallette.
-Cette lettre contient une micro-puce, expliqua-t-il après être passé au-dessus de celle-ci à quelques reprises avec son détecteur et avoir constaté que le voyant lumineux s'allumait à chaque fois, preuve qu'un appareil électronique miniaturisé se trouvait à l'intérieur. Remettant les mains dans ses poches, McGuire passa une paire de gants puis entreprit d'ouvrir l'enveloppe. Après avoir examiné attentivement l'intérieur de celle-ci et avoir repéré la puce, l'agent du FBI remit la main dans sa poche, ramassa une petite boîte métallique dont il dévissa le couvercle, fourragea une dernière fois dans sa mallette, trouva enfin la pince allongée qu'il cherchait, l'utilisa pour saisir la puce impossible à voir à l'œil nu et la déposa délicatement dans la petite boîte de métal.
-Voilà, lâcha-t-il après avoir refermé la boîte, voyons voir ce qui est écrit sur le message maintenant, énonça-t-il avant de ramasser la petite feuille pliée en deux qui était également dans l'enveloppe.
«Si vous tenez à votre frère, venez me retrouver à 12h00 à l'entrée principale de la National Gallery. George Wickham» lut-il à voix haute avant de jeter un regard interrogatif à Élisabeth qui était restée silencieuse depuis son entrée.
-Qu'est-ce que ça veut dire d'après-vous? L'interrogea-t-elle, encouragée malgré elle par l'œil appréciateur qu'il posait sur son visage.
-C'est que… commença-t-il avant de s'arrêter et rougir violemment.
-Vous n'avez pas le droit de m'en parler… devina-t-elle en haussant les sourcils et plaquant un sourire moqueur sur ses lèvres.
-C'est ça oui… Je vais vous laisser. Désolé du dérangement, conclut-il avant de commencer à ramasser tout ce qu'il avait utilisé.
Juste avant de prendre congé, il prévint Élisabeth qu'elle ne pourrait probablement pas aller rendre visite à Georgianna le lendemain soir. Le Colonel vous appellera demain. Il vous donnera de nouvelles instructions.
-Ne vous en faites pas. J'attendrai. Merci de votre si charmante visite, ironisa-t-elle en refermant la porte de son appartement.
En rentrant de sa dernière journée de cours de cette longue semaine, Élisabeth pénétra chez elle et grimaça en entrevoyant le clignotant lumineux de son répondeur. Si le premier message ne lui sembla qu'une formalité, elle décida de s'en occuper en tout premier lieu, sachant qu'en retournant l'appel du Colonel, elle obtiendrait des informations qui lui étaient essentielles pour passer son second coup de fil.
Lorsque le Colonel lui confirma qu'elle ne pouvait pas rendre à Pemberley le soir même, Élisabeth ne put faire autrement que de s'informer : allez-vous pu reprogrammer la puce pour piéger Wickham?
Un long silence régna sur la ligne jusqu'à ce que la jeune femme reprenne, bon, allez-vous être aussi peu loquace si je vous dis que je dois aussi rappeler votre cousin.
-Oh… attendez. Parlez-lui donc de votre visiteur, mais dites-lui aussi que contrairement à ce qu'il vous avait promis, il ne vous a pas encore apporté la lettre.
-Très bien.
-Vous prendrez l'autocar de 8h00 demain matin. Deux de mes hommes suivront prudemment votre bus et se tiendront prêts à intervenir en cas de problèmes.
-Vous croyez que George me fait surveiller?
-On ne doit rien laisser au hasard, conclut Fitzwilliam avec ce qu'il fallait de nervosité dans la voix pour convaincre Élisabeth que le danger n'était pas totalement écarté.
Après avoir raccroché en posant le récepteur d'un mouvement brusque, Élisabeth jugea qu'il valait mieux attendre un peu avant de retourner l'appel de William Darcy.
Une fois rendue dans la cuisine, elle rangea le verre que George avait utilisé la veille et qui la narguait sur le séchoir puis ramassa les restes de son petit déjeuner. Après avoir déposé une pizza surgelée sur la grille centrale du four, elle revint dans le salon et passa son second coup de fil.
-Monsieur Darcy, ici Anne-Laure Vallier, je retourne votre appel.
-Oui, bien. Alors quelles sont les nouvelles?
-Et bien, tout ce que je peux vous dire pour l'instant c'est que l'homme qui s'intéresse à votre sœur s'appelle Neil Greenberg. Toutefois, contrairement à ce qui était prévu, il n'est pas encore venu me porter l'enveloppe.
-Pouvez-vous me le décrire physiquement, lui demanda-t-il.
-Bien sur. Il mesure… je dirais entre 1 mètre 80 et 1 mètre 90. Ses cheveux sont courts et blonds. Il a les yeux bleus. C'est un très bel homme, ajouta-t-elle, feignant de l'admirer. Après tout, n'était-elle pas tombée instantanément sous son charme lorsqu'elle avait fait sa connaissance.
-Quel âge a-t-il?
-Je ne sais pas. Fin vingtaine ou début trentaine sans doute. En tout cas, il n'en reste pas moins qu'il semble un peu trop âgé pour être avec votre sœur, mais il est très sympathique, conclut Élisabeth en espérant qu'à l'aide de cette description, William pourrait comprendre de lui-même qu'il s'agissait de Wickham.
-Pas de bijoux ou de marques particulières sur le visage?
-Non, mais il est gaucher, se souvint-elle tout à coup. Je le sais parce que je lui ai servi un verre d'eau et que c'est avec cette main là qu'il s'en est emparé.
-Ah bon. Non, vraiment, ça ne me dit rien, prétendit William au bout du fil.
-Vous êtes certain? Il m'a pourtant affirmé que vous le connaissiez et que vous ne l'aimiez pas. Il a même laissé entendre que vous n'approuviez pas sa relation avec votre sœur et que c'est pour cette raison et pas une autre qu'il désirait passer par moi pour lui remettre un message.
-Ma sœur n'a jamais eu de petit ami jusqu'ici, rétorqua William d'un ton légèrement impatient.
-Bon et bien j'imagine qu'il y a erreur sur la personne alors. Sans doute s'en est-il aperçu lui aussi, ce qui explique qu'il ne soit pas venu me porter sa lettre. Bien, alors qu'attendez-vous de moi maintenant? J'avais prévu me prendre à Pemberley demain matin seulement. J'ai un travail à terminer ce soir, prétendit-elle à son tour.
-Faites comme bon vous semble. Je ne serai pas là de toute façon. Ni ce soir, ni demain matin. Mais promettez-moi tout de même de me rappeler si ce Neil Greenberg vous contacte à nouveau.
-Vous êtes à Londres? S'enquit Élisabeth avant de se maudire intérieurement à cause de sa curiosité.
-Euh, oui, mais je ne rentrerai pas à Pemberley ce soir. Laissez-moi un message s'il y a quoique ce soit.
-Comptez sur moi monsieur Darcy.
-Merci Anne-Laure.
-De rien.
Après avoir raccroché, Élisabeth savait déjà qu'elle allait devoir se battre contre ses souvenirs et que la seule façon de ne pas se laisser envahir par la tristesse en repensant à ces instants si brefs mais si intenses qu'elle avait partagés avec William et qui avaient pris une telle importance pour elle, serait de se changer les idées.
«Anne ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir?Se demanda-t-elle à haute voix,Oui, ma chère sœur, j'aperçois ton chevalier sur son destrier. Oh, mais attend, ce n'est pas tout, derrière lui chevauche une femme, elle porte ton nom, mais ce n'est pas toi…», la nargua ensuite l'avocat du diable qui cohabitait en elle lorsqu'elle redevenait cette petite chose fragile et malheureuse qu'elle pouvait aussi être à l'occasion.
Retournant les vers fourneaux en faisant claquer exprès ses talons sur le sol, Élisabeth sortit sa pizza du four, se servit un grand verre de boisson gazeuse puis alla jeter un œil sur ses courriels tout en dégustant ce repas qui ne ressemblait en rien à ceux qu'elle avait l'habitude de partager avec Georgianna les vendredis soirs. Après avoir lu ses nouveaux messages, la jeune femme ouvrit le dossier Word correspondant à son roman puis se rendit immédiatement à la fin de son premier chapitre pour relire les derniers paragraphes.
«Mes lettres, où sont-elles?» se demanda-t-elle, avant de se souvenir qu'elles les avaient soigneusement rangées dans son classeur la veille après sa conversation avec le Colonel. Laissant son écran ouvert, elle alla les chercher, puis détacha son collier afin d'examiner le pendentif de plus près.
Un détail intriguant qu'elle n'avait encore jamais remarqué attira son attention. Saisissant une loupe, elle l'approcha de la fleur en argent et découvrit que chaque pétale avait une couleur différente. Disposant les lettres rédigées de sa main et que Charlotte lui avait redonnées en héritage devant elle en respectant l'ordre chronologique, Élisabeth réalisa ensuite qu'en plus d'avoir ajouté un motif de fleur semblable à celui du pendentif à la toute fin de chaque lettre, Charlotte avait coloré un seul pétale sur chacune d'elles: jamais le même pétale, ni la même couleur.
Presque certaine maintenant qu'il s'agissait d'un code, Élisabeth entreprit de presser sur le pétale correspondant à la couleur qu'on retrouvait sur chaque lettre en respectant l'ordre chronologique (des lettres et des couleurs). Lorsqu'elle eut pressé sur le pétale jaune qu'on retrouvait sur la dernière lettre, Élisabeth tenta d'appuyer délicatement au centre du pendentif puis sursauta en entendant un léger déclic. Le centre de la fleur venait de s'ouvrir sous ses yeux. Levant sa loupe au dessus de celui-ci, elle réalisa qu'une petite boule ronde, pas plus grosse d'une tête d'épingle avait été placée là exprès.
«Voilà donc ce que tout le monde cherche depuis le début» comprit-elle en rabattant précautionneusement le mince couvert du pendentif.
…À suivre….
Élisabeth aura-t-elle le temps d'informer le FBI de sa trouvaille? D'après-vous mesdames?
Miriamme
