Chapitre 10 :

Ichigo, Rukia arpentaient les interminables corridors conduisant à l'endroit où serait séquestrée Inoue. Ils avaient été rejoints en chemin par le capitaine Kyoraku. Celui-ci les stoppa soudain.

- On est pas seuls ! les avertit-il.

Ils s'arrêtèrent instantanément. Au fin fond du couloir, plongé dans l'obscurité, une silhouette s'anima et vint à leur rencontre. Rukia observa l'être qui leur faisait face, l'humanoïde le plus étrange qu'il lui eût été donné de voir. Il était là, devant eux, tout en semblant très loin. Il leur échappait. Plus mince qu'Ichigo et plutôt petit pour un homme, il n'avait rien d'imposant comme Yammy ou Zomarie. Il semblait grave, presque sévère, mais les traînées sur ses joues donnaient l'impression qu'il pleurait.

- Voilà donc les sauveurs qu'elle attendait.

Il n'y avait rien ni dans ses yeux verts, ni dans sa voix ; pas l'ombre d'une intonation dénotant une émotion.

- Qu'est-ce que tu lui as fait ? s'enflamma aussitôt Ichigo.

- Rien, garantit Ulquiorra, toujours inexpressif. Je l'ai même aidée à se nourrir, puisqu'elle répugnait à le faire elle-même. Par ailleurs, elle n'a cessé de répéter des mots qui ne font pas le moindre sens pour moi...

Il approcha lentement du groupe.

- J'ai pensé que vous pourriez m'éclairer sur ce point. Elle disait qu'elle vous faisait confiance.

- Quelque chose d'impossible à expliquer à quelqu'un dépourvu de coeur, rétorqua Kurosaki.

Aussitôt, lui et Rukia se mirent en position, mais Kyoraku conserva son épée à sa ceinture. Les mots du rouquin semblaient avoir laissé le cuatro songeur. Il esquissa un pas de côté.

- Un coeur... Cette chose inutile et fragile qui vous cause tant de souffrances à vous, humains... Quelque chose...

Il dégaina promptement et fit courir sa lame sur le torse d'un corps à ses pieds. Sous les yeux effarés des shinigamis, il se pencha et plongea sa main dans l'ouverture béante. Il tira d'un coup sec et, se relevant, brandit l'organe sanguinolent, qui palpitait encore.

- ... comme ça ?

Le temps pressait. Kyoraku décida qu'ils avaient assez perdu de temps. Il dévisagea l'arrancar. Pas de temps à perdre avec ce guignol.

- Je te conseille de partir, espada. Je ne donne pas cher de ta peau.

Ulquiorra percevait sans doute la supériorité de la puissance cumulée des trois combattants, mais il ne recula pas.

- Je servirai le seigneur Aizen jusque dans la mort.

Kyoraku leva une seconde les yeux au ciel, sans se départir de son petit sourire.

- Inutile de discuter avec celui-là.

- Tu me trouverais peut-être davantage à ta convenance ?

Kyoraku fit volte-face pour se retrouver face à un espada de bien plus grande taille, à l'air plus ensommeillé qu'apathique, mais qui semblait tout aussi étrange que le cuatro. Pas dans son apparence, qui était plutôt banale pour un arrancar, plutôt dans ce qu'il émanait de sa personne. Le grand type à l'allure dégingandée bâilla. Alors qu'un combat, et non des moindres, était sur le point de débuter. ça ne suffit pas à déconcentrer le capitaine, qui était lui-même très en dehors des normes.

- ça dépend. T'as quoi à offrir ?

Sans un mot, l'espada leva sa main gauche à hauteur de son visage.

- Le Primera Espada, rien que ça... lâcha Kyoraku et il soupira, comme s'il se résignait à l'affronter.

Le côté décontracté du capitaine fit légèrement froncer les sourcils de Starrk. Le samouraï s'offrit une dernière chance de les raisonner.

- Vous êtes au courant que votre chef a pété un câble et que nous sommes tous en danger, autant nous que vous ?

Starrk ne répondit pas, mais Ulquiorra répliqua, comme une machine bien huilée :

- Nous devons obéissance au seigneur Aizen. Nous ne reculerons pas.

- Puisqu'on a pas le choix... lâcha Kyoraku. Finissons-en sans traîner.

Au même moment, Kyoraku s'élança sur Starrk et Ichigo et Rukia, sur Ulquiorra. Même à deux contre un, le cuatro semblait maîtriser la situation. La seule réelle menace pour lui consistait en le capitaine et ce dernier avait fort à faire avec le primera. Il lui suffit d'un cero pour faire voler le masque d'Ichigo en éclats et pour blesser assez sérieusement le couple. Malgré tout, Ichigo retourna à l'attaque, fidèle à lui-même. Sa lame cisailla les bras de l'espada, pour passer à travers son torse. Mais pile là où se trouvait son trou de hollow. Ulquiorra demeura impassible et répliqua, avant d'être pris d'assaut par Rukia.

Rukia appréhendait toujours d'utiliser son shikai. Chacune de ses danses la mettait en danger, mais également ses alliés l'entourant. Elle le déclencha à temps pour éviter qu'Ulquiorra ne la saisisse et la bloque. Une large couche de gel recouvrit le bras du cuatro, qui explosa en même temps que la glace. La jeune fille eut une exclamation de fierté.

- Tu me sous-estimes, chuchota l'espada et son bras se reforma sous ses yeux écarquillés.

Sur ces mots, il lui tira un cero à bout portant. Ichigo se précipita pour l'encaisser à sa place, pour ne finalement réussir que partiellement à la préserver.

- ça suffit Ulquiorra ! s'exclama-t-il. Laisse-nous passer !

- Tu y croiras toujours, n'est-ce pas ? Peu importe à quel point tu seras blessé... Tu continueras de te relever et de te battre.

Le cuatro marcha jusqu'à lui ; Ichigo vit la lame pendre devant ses yeux grand ouverts.

- Parce que tu es pétri d'espoir. A moi de te montrer ce qu'est le désespoir...

- Nnoitra n'apprécierait pas que tu lui voles sa marque de fabrique, fit subitement remarquer le Primera.

Kyoraku se prit à rire une seconde, alors que l'auteur de la blague n'émit pas un son. Il perdit son sourire, en voyant dans quelle situation se trouvait Ichigo. Rukia, aussi mal en point, ne paraissait pas capable de l'aider davantage. Les yeux de Kyoraku allèrent de Kurosaki étendu, au-dessus de qui la lame du Cuatro s'élevait, à Starrk qui l'avait dans son viseur. Sauver le petit en premier ; lui pourrait encaisser quelques balles. Il l'espérait en tout cas.

Il s'apprêtait à s'élancer quand un hurlement épouvantable retentit. Pas aussi loin qu'ils le souhaitaient. Il arrivait. Dans la seconde, tout le monde se figea. Starrk sembla hésiter une seconde, puis Kyoraku le vit avec stupéfaction tourner les talons, quand son pistolet se mit à émettre des sons, d'abord confus, puis de véritables cris.

- Tu fais quoi Starrk ?! Tu fuis un duel contre un minable shinigami ?!

- Je ne veux pas que tu meures ici à cause d'Aizen-sama !

- C'est toujours une fuite !

Son arme ne se priva pas de continuer à crier haut et fort son mécontentement, tout en l'invectivant. Kyoraku assistait à la scène en se demandant s'il n'avait pas reçu un mauvais coup sur la tête. Rukia l'attrapa soudain par la manche. Ichigo s'était relevé et s'efforçait de tenir contre Ulquiorra, qui, lui, décidément, ne quitterait jamais son poste.

- Pars avec lui, commanda Kyoraku à la jeune fille. Je m'occupe du Cuatro, puisque j'ai perdu mon adversaire...

En effet, Starrk venait de quitter le couloir en sonido. Le taicho se demanda s'ils pourraient un jour finir ce duel, qui s'annonçait si intéressant. Pour la première fois, depuis longtemps, il avait hésité à se servir de ses deux lames. Il se rua sur Ulquiorra.

- Je te l'emprunte ! lança-t-il à l'adresse d'Ichigo.

Ulquiorra jaugea Kyoraku de ses yeux inexpressifs, presque morts.

- Ainsi, tu es ce type de personne qui préfère tout faire elle-même.

- Pas vraiment, rit-il à mi-voix. La plupart du temps, je me contente d'attendre les rapports de mes subordonnés. C'est ma tâche de capitaine. J'avais juste envie de changé les habitudes aujourd'hui...

Parce que c'est un jour spécial, pour nous tous. A peine Ichigo avait-il entendu Kyoraku que Rukia l'avait saisi par la main. Elle l'entraîna à sa suite. Un peu sonné, il parvint tant bien que mal à reprendre ses esprits et à suivre le rythme imposé par la jeune femme. Heureusement, ils n'eurent qu'à suivre le couloir jusqu'à arriver à la chambre dans laquelle était détenue Inoue. A peine avaient-ils ouvert les portes qu'un courant d'air leur annonça le retour de Kyoraku parmi eux.

- Vous avez été rapide, taicho !

- Vous m'aviez préparé le terrain, répondit-il modestement.

Et je suis bien plus fort que je ne veux bien le laisser paraître. Il fallait dire que la venue imminente d'Aizen l'avait aussi encouragé à parer au plus pressé. Les trois coéquipiers pénétrèrent dans la petite pièce. La captive tremblait, accroupie dans un coin de la chambre, près du lit. Lorsque la porte s'était ouverte, elle n'avait d'abord pas bougé. Au contraire, tout son corps s'était pétrifié ; elle craignait l'arrivée d'un bourreau.

- Orihime ! l'appela Ichigo.

Il avait été fou d'inquiétude ; tout ce temps où elle avait été loin de lui, il avait imaginé le pire. Maintenant qu'il la voyait, saine et sauve, un poids immense s'envolait de ses épaules. Reconnaissant sa voix, elle osa baisser ses mains et ouvrir ses grands yeux bruns qu'elle essuya rapidement. Au fond, elle savait qu'il viendrait, qu'il serait le premier qu'elle verrait. Lui. Personne d'autre. Elle se leva un peu précipitamment et accourut vers lui.

Au dernier moment, Rukia poussa Ichigo sur le côté, si bien qu'Inoue se précipitât sans le vouloir dans les bras de Kyoraku. Il était impossible de déterminer qui, entre Kyoraku ou Ichigo, était le plus stupéfait. Le roux regardait Rukia comme s'il la voyait pour la première fois. Quant au capitaine, ses joues avaient adopté une teinte proche du rouge écarlate.

- Kyoraku ! tonna aussitôt la voix d'Ukitake, qui arrivait à grands pas dans son dos.

- Je n'y suis pour rien cette fois ! se défendit le barbu et il lâcha un peu précipitamment la jeune fille. Tu sais très bien que je m'en tiens à ma petite Nanao...

Il se perdit en excuses et justifications, mais reprit sa décontraction légendaire, lorsque Ukitake changea de sujet :

- Nous sommes en train d'évacuer les lieux. Il faut partir avant que la seconde vague d'arrancars n'arrive.

- Comment vont les autres capitaines ? s'enquit Rukia, très inquiète pour Byakuya qu'elle avait perdu de vue depuis un bon moment maintenant.

- Il va bien. Il est déjà dehors. Lui et Soi s'occupent de transporter nos blessés. Zaraki-taicho a été grièvement blessé et il a déjà été conduit d'urgence au Gotei, avec pas mal de membres de sa division... Ceux qui n'étaient pas encore morts... Par contre, on reste sans nouvelles de Kensei...

- Partons à sa recherche ! s'exclama sur-le-champ Ichigo.

- Je crois que vous n'avez pas compris, reprit aussi calmement que possible Ukitake. Si on ne part pas tout de suite, ce sera trop tard ! Venez ! Je connais un chemin sûr !

A contrecoeur, ils durent prendre la fuite.


Il était assis depuis plusieurs heures maintenant, avec des crampes dans les bras et dans les jambes ; il ne rêvait que d'une chose : se lever, bouger. Pourtant, il demeurait immobile, le shinigami dormant sur son épaule.

Mierda. Tu vas le réveiller... Avec un peu de chance, il va s'réveiller tout seul, genre... maintenant ? Non. Renji remua à peine, mais ses yeux demeurèrent bien fermés. Jaggerjack le regarda attentivement, en songeant qu'il aurait dû le laisser partir avec ces abrutis de potes. Pourquoi alors le cloîtrer dans cet endroit... avec lui ? Alors que Grimmjow, lui, crevait d'envie de se battre. ça lui était égal qu'un monstre hors de contrôle rôde dans les couloirs. Des tas de shinigamis étaient là, partout ; il aurait pu s'amuser un peu. Beaucoup même. Pourtant, il était là, s'étant enfermé de son propre chef.

Après tout, en quoi serait-il gêné si Renji venait à quitter Las Noches ? Certes, il perdrait un bon coup. Lui et le rouge étaient plutôt compatibles pour tout ce qui touchait au sexe, mais Grimmjow n'aurait eu aucun mal à trouver un nouveau partenaire. Peut-être espérait-il le retenir parce qu'il était celui qui lui convenait le mieux. C'était sans doute aussi simple que ça.

Oui. Du sexe. Juste du sexe. Rien de plus. Jamais. Il se pencha, enfouit son nez dans les cheveux sanglants de Renji. Il arrivait encore à déceler sa propre odeur dans sa chevelure ; étant donné que, même les jours où ils ne couchaient pas ensemble, ils ne manquaient pas de se croiser, il n'y avait là rien d'étonnant. Mais Grimmjow en frémit de plaisir. Il l'avait marqué. Là, tout de suite, il percevait d'autres odeurs. Certaines agréables, comme celle de Renji naturellement, celle du sang. Et aussi d'autres, qui lui répugnaient tout particulièrement. Comme celle d'Aizen. Ses lèvres se retroussèrent dans un grognement rageur, ses canines apparaissant. Pendant une seconde, il eut envie d'effacer ce parfum exécré. Quitte à supprimer Renji lui-même. Il s'arracha au shinigami. Un déclic venait de s'opérer dans sa tête. Quelque chose qu'il avait senti poindre il y avait déjà une bonne semaine, mais qu'il enfermait dans un coin de son cerveau pour l'oublier, en espérant qu'il meure. En vain.

- Putain ! Fais chier ! s'exclama-t-il, en se redressant enfin.

Renji manqua de tomber, mais sortit de sa torpeur à temps pour se rattraper. Il laissa traîner ses yeux encore mi-clos sur l'arrancar qui s'étirait en marchant.

- T'as quoi ?

- Des putain de crampes ! A force d'rester immobile !

Maintenant qu'il était debout, il s'en découvrait d'autres. Tous ses muscles dorsaux et de la nuque étaient contractés. Renji lui fit signe d'approcher. Grimmjow parut hésiter une seconde, puis il se réinstalla devant lui, lui tournant le dos, comme Renji le souhaitait. Les mains du shinigami enveloppèrent ses muscles tendus et commencèrent à les masser, avec juste assez de vigueur pour chasser les crampes tout en gardant un massage agréable.

- Détends-toi... murmura Abarai.

Grimmjow ne mit pas longtemps à s'habituer à la sensation. Un soupir d'aise lui échappa, faisant sourire Renji.

- T'aurais pu me le dire plus tôt.

- Tu dormais... lâcha le bleuté.

Et, aussitôt, il pensa : merde. En même temps, les mains de Renji se firent plus caressantes. Abarai devait s'avouer touché par la marque d'attention de Grimmjow, parce que c'était précisément ça dont il s'agissait. Pour une fois, il avait fait passer son bien-être après celui d'autrui et Renji avait été l'heureux élu.

- T'es pas en train d'enfreindre une règle Red ?

Il se détourna juste assez pour surprendre son regard confus.

- J'croyais qu'on avait pas l'droit aux câlins et tout ça ?

Ni aux baisers, ni à s'endormir ensemble après l'amour. Une interdiction à tout ce qui était un tant soit peu tendre et dénotait un attachement amoureux. A tout ce qui aurait conduit leur relation au-delà du bête sexe. Du côté de Renji, du moins ; l'espada était immunisé à ce genre de "maladie". Suite à la remarque de celui-ci, les caresses de Renji redevinrent plus vives, plus froides ; le shinigami peinait à cacher son trouble.

- Je ne te "câline" pas, assura-t-il, en tâchant de s'en convaincre d'abord lui-même.

Grimmjow, qui regardait de nouveau bien droit devant lui, ricana brièvement. Il hésita une seconde, pour balancer, comme s'il n'y avait pas réfléchi :

- J'connais ton mec et j'sais que j'suis bien mieux pour toi que ce connard.

Il devina le regard interloqué de Renji sans le voir. Le shinigami mit un certain temps à répondre, au point que Grimmjow pensa qu'il ne le ferait jamais.

- Je croyais que la situation te convenait... qu'on s'en tienne au sexe...

- Ouais, les choses m'vont comme elles sont.

Il préférait attaquer en douceur, l'air de rien. Il reprit :

- ça m'fait juste chier de te voir gâcher ton temps à courir après lui. Il te tient en te faisant souffrir. Et toi, t'attends juste un signe de lui... T'es comme un chien à l'affût d'un ordre de son maître.

Renji ne s'emporta pas, parce que c'était incroyablement vrai. Ses doigts s'étaient arrêtés sur les larges épaules, qu'ils pressaient un peu. Il poussa un soupir.

- Peut-être... mais je ne peux que l'accepter. Je ne maîtrise pas ce que je ressens.

Il soupira de nouveau. Il aurait compris que Grimmjow lui pose toutes ces questions, le presse ainsi, s'il avait ressenti quelque chose pour lui. Mais, s'il y avait eu un risque que Grimmjow tombe amoureux de lui, dès le départ, Renji ne se serait pas lancé dans cette relation. Parce qu'il était déjà pris, dans sa tête ; Aizen hantait la moindre de ses pensées. Peu importait avec quelle hargne il essayait de l'en chasser ; le manque persistait. Renji tâchait de comprendre ce qui motivait l'arrancar. Ce dernier voulait probablement se l'attacher, pour le posséder à coup sûr, et ne pas poursuivre sous la menace qu'Aizen le récupère.

Sentant qu'il le perdait, et frustré par son silence, Grimmjow revint à l'assaut, avec davantage d'agressivité :

- Alors ? Dis-moi ! Il s'passe quoi maintenant ? On est quoi ? Amis ? Amants ? Quelque chose d'autre ? Entre les deux ? Un peu de tout ça ?

La bête commençait à montrer les dents. Renji était assez pénible. Un jour, c'était oui, l'autre non. Il n'avait vraiment pas envie de répondre maintenant, surtout pas alors qu'il venait de renouer avec Aizen, même de manière aussi éphémère. Le contact entre Grimmjow et lui se rompit brutalement. Les mains quittèrent les épaules de l'espada et Renji se releva pour marcher jusqu'à la porte. Jaggerjack réalisa que le brusquer ne mènerait à rien ; il attrapa son poignet au passage.

- Tu m'connais maintenant... J'suis pas si méchant que ça. J'peux même être plutôt... généreux avec toi, acheva-t-il dans un grondement qui en disait long.

- ça n'a rien à voir Grimmjow !

Au regard que lui jeta le shinigami, le sexta réalisa que ses ennuis ne faisaient que commencer. Putain d'élément perturbateur... mais pas de chance, Red, j'adore les emmerdes. Renji croisa les bras et l'observa assez gravement.

- On avait un accord.

Grimmjow éclata d'un rire aussi bref que forcé et bondit sur ses pieds, pour lui faire face.

- Ouais et ?

Le shinigami eut le culot de continuer ; l'espada l'attendait au tournant.

- J'ai... "accepté" parce que ça ne nous engageait à rien. Ni toi, ni moi.

Renji manqua d'air une seconde, quand le bleuté réduisit brutalement l'espace entre eux. Grimmjow aurait voulu lui cracher au visage. Il aurait pu. Rien n'était plus aisé, mais il se contenta de le descendre :

- Tu nous prends vraiment pour des bêtes, pas vrai ? Tu t'crois tellement supérieur à moi, juste parce que t'es un shinigami et moi un arrancar ?

Puis il fixa son shinigami, droit dans les yeux, le provoquant, l'incitant à répondre. Renji répondit sans mal à l'appel et sur le même ton cinglant.

- Je sais que tu n'es qu'un animal et c'est ce qui me plaît chez toi.

Deux options s'offraient à Grimmjow : lui enfoncer son poing dans la figure ou lui prouver à quel point il avait tort. Bien sûr, la première lui apporterait une satisfaction immédiate et c'était l'alternative qu'il choisissait la plupart du temps. Il réglait tous les problèmes à coups de poing et de pied. Et, quand ça devenait plus sérieux, de katana ou de ceros.

Grimmjow n'avait pas eu à se montrer patient, parce qu'il voulait se réserver l'exclusivité de Renji depuis peu. Il aurait voulu rester seul, ne l'avoir jamais rencontré, n'avoir jamais goûté à ce plaisir avec lui... Non. En fait, il ne regrettait rien. Ce qu'il avait ressenti avait été bien jouissif que du sang dégoulinant sur sa face et entre ses doigts, bien plus beau qu'une explosion de corps mutilés. Le sexe avec lui... et pas seulement... Ce qui n'était pas mal était devenu nécessaire.

Alors il prit la deuxième option. Il attrapa la main du shinigami et la posa sur son torse. Il scruta le regard stupéfait et... effrayé de Renji ; ses yeux sombres s'agrandirent alors qu'il sentait le battement régulier d'un cœur qui n'aurait jamais dû se trouver là, le battement impossible qui s'accélérait sous la caresse de ses doigts. Renji retira vivement sa main. Il semblait errer dans un état de confusion totale. Subitement, il lâcha cette phrase qui tomba comme un couperet :

- C'est fini.

Grimmjow ouvrit de grands yeux. Il ne pensait pas qu'il dirait ça et surtout pas comme ça. Aizen et Renji. Au fond, ils se valaient bien l'un l'autre. Ce qui le rendait dingue était la froideur, le détachement dans ses mots. Ils avaient couché ensemble et Renji défaisait tout comme ça, dans un claquement de doigts. Comme si Grimmjow ne faisait pas le poids, qu'il ne pourrait jamais concurrencer Aizen, pas même lui arriver à la cheville. L'espada ne supportait pas cette pensée.

- Tu t'fous de moi ?!

Et il l'empêcha de se défiler, le bloquant contre le mur. Hors de question qu'il s'en tire aussi facilement ! Au lieu de s'écraser, Renji réagit violemment, comme si Grimmjow l'avait trahi. Son visage était crispée de colère.

- Tu ne peux pas ! Tu ne peux pas... ressentir ! Tu n'en as pas le droit ! Tu me l'avais dit !

- Tu crois que j'avais prévu ça ?! Tu crois vraiment Red que j'l'ai cherché ?!

- Ouais ! Si t'avais un doute, t'avais même pas à m'approcher !

Tu m'as traqué, chassé. Et le pire, c'est que j'ai aimé la chasse. Maintenant, je vais retourner au calme. Jusqu'à ce qu'il me revienne. Peut-être... Renji le repoussa et Grimmjow ne réagit pas. Il était trop abasourdi pour.

- Ouvre-moi cette putain de porte ! Je veux me casser !

- Alors ce sera ça ta vie ?! T'fermer à tout le monde pour ce malade ?!... en espérant qu'un jour il daigne enfin te regarder de nouveau ?

Un frémissement parcourut Renji, mais il resta face à la porte.

- ça te regarde plus... En fait, ça n'a jamais été tes affaires. Maintenant, ouvre-moi... "s'il te plaît".

L'espada le bouscula pour se frayer un chemin jusqu'au sas. Il tapa un code et le passage se libéra.

- J't'en prie... cracha-t-il avec une rage froide. Et ses yeux lui conseillaient de dégager, et vite.

Renji s'empressa de passer, avant qu'il ne change d'avis et ne décide de le retenir. Sans l'attendre et sans un regard en arrière, il se précipita dans le hall. Les espadas, en plus ou moins bon état, mais tous bel et bien vivants, ramassaient les cadavres de leurs pairs et des shinigamis tombés au combat, pour les jeter dans les tréfonds sous Las Noches. Renji vit des visages connus passer. Il fit tout son possible pour ravaler ses émotions. Il appréhendait de trouver le corps d'une certaine jeune fille et fut soulagé de ne le voir nulle part. Il y avait aussi quelqu'un d'autre pour qui il tremblait. Il détecta Tossen et courut à lui.

- Où est-il ? Il va bien ?

Le métisse devina sans mal de qui il parlait.

- Aizen-sama se repose dans ses appartements. Il se porte bien.

Gin s'approcha des deux hommes. Il posa sa longue main faussement amicale sur l'épaule de Renji, qui creva d'envie de la chasser.

- Renji-kun ! Quelle surprise ! Comme c'est gentil de ta part d'être resté au lieu de prendre la fuite...

Et laisser tomber Aizen maintenant ? Dans cet état ? Je ne pouvais pas. Renji dut le reconnaître, avec un intense déplaisir. Même si Grimmjow ne l'avait pas gardé dans cette cachette, il n'aurait pas quitté Las Noches sans s'être assuré qu'Aizen avait repris ses esprits. Assez pressé et embarrassé, Renji balbutia des excuses et s'esquiva. Alors que Tossen se remettait automatiquement à sa tâche, Gin le suivit de son regard perçant.

Renji prit la direction des appartements d'Aizen. Il ne voulait pas se faire annoncer. Il avait envie que ça se passe hors des codes et des conduits pré-établies, comme avant. Au fond, il s'attendait à être déçu, à ce qu'Aizen ne se rappelle de rien. Mais il espérait quand même. Il hésita une seconde devant les immenses portes. Avant même qu'il ne lève le poing pour frapper, la voix d'Aizen résonna depuis la pièce.

- Entre.

Renji s'empressa de se glisser à l'intérieur. Sozuke était là. Tel qu'il avait toujours été. Impeccable, comme si rien ne s'était passé. Avec cet air empreint de mélancolie qui saisissait Renji, à moins qu'il ne l'inventât pour essayer d'adoucir le monstre qu'Aizen était.

- Tu vas bien ?

Question idiote ; Renji se mordit anxieusement la lèvre une demi-seconde. Mais Aizen se contenta de sourire légèrement.

- Je vais parfaitement bien.

Bien sûr qu'il répondrait ainsi. Même s'il avait été agonisant, sur le point de mourir, sa réponses aurait été exactement la même. Renji resta là, les bras ballants, durant quelques secondes qui lui parurent une éternité, à tergiverser. Finalement, il s'enquit :

- Est-ce que... tu te souviens ?

- De quoi devrais-je me souvenir ?

Renji eut l'impression qu'il lui arrachait le coeur ; il s'y était préparé pourtant.

- Non, laisse... Rien d'important, répondit-il sur un ton qui se voulait léger et dégagé.

Il déglutit difficilement ; la salive lui brûla sa gorge tellement sèche d'un coup. Il y avait beaucoup d'autres points qu'il tenait à éclaircir, mais la communication était redevenue tendue. Aizen le scrutait, imperturbable et insondable. Il se comportait de nouveau avec Renji comme avec tous les autres et le rouge le supportait de plus en plus mal. Maintenant, Renji en était certain : il préférait largement la créature à l'homme. Au moins, elle, elle le reconnaissait ; elle le traitait comme quelqu'un d'à part, d'unique.

- C'était quoi... ça ?

Aizen répondit à sa question par une autre, ce qui l'agaça encore plus.

- Que fais-tu encore ici ?

- On ne m'a pas laissé le choix. J'ai été enfermé dans un sas de sécurité de Szayel.

Si tu veux que je baisse ma garde, il faudra d'abord que tu en fasses autant. Ce qu'Aizen ne paraissait pas non plus à prêt à concéder, pas maintenant que la méfiance se trouvait des deux côtés.

- Et ce "on" a un nom, j'imagine ?

Non, pas ça. Renji rétorqua assez agressivement, ce qui prouvait bien sa gêne :

- Tu n'as pas répondu à ma question.

- Toi non plus.

Aizen le fixait, appréciant chaque vague émotionnelle le submergeant. La plupart des individus s'en tenaient à un fondement ; ils piochaient dans leurs sentiments, en attrapaient un et l'arborait pour tel moment. Ils approuvaient ou non ; ils luttaient ou baissaient les bras ; ils aimaient ou détestaient. Renji ne fonctionnait pas ainsi. Il était comme un interminable et incessant mélange de révolte, de respect, de peur, de colère et d'amour à la fois. Toutes ces nuances se succédaient, le jeune homme étant incapable de se déterminer. C'était proprement... fascinant pour qui était capable de le percevoir ; Aizen en avait la chance. Peu importait la volonté avec laquelle Renji tâchait de se maîtriser, Aizen perçait toujours sa fragile armure de fer blanc.

- Tu me dois des explications, décréta brutalement Renji. Il n'avait même pas eu besoin de rassembler son courage ; il était trop fâché pour imaginer les conséquences de ses paroles.

Aizen retint un vrai sourire. Ce gamin... avec son physique, ses tatouages, sa personnalité dominée par ce bouillonnement émotionnel, même s'il essayait de l'effacer... Sa foutue attitude. Et après, il se demandait pourquoi Grimmjow s'y était intéressé aussi...

- C'était la seule solution pour nous débarrasser d'autant de shinigamis, affirma Aizen, en sachant très bien que Renji ne se satisferait pas de ça.

- Tu as failli tous nous tuer ! se récria-t-il.

Et ça aurait pu aussi mal finir pour toi. Ou pour moi.

- C'était un risque à prendre, se contenta de dire Aizen, avec une neutralité à faire froid dans le dos et qui ulcéra Renji.

- Comment tu peux... Tu as vu les corps ?! Tous ces morts ! Tu vas trop loin ! Bien trop loin ! Cette... chose, dit-il en désignant le Hogyoku, est en train de détruire ce que tu es !

Si seulement je pouvais te l'arracher... Et la détruire une bonne fois pour toutes. Aizen attrapa la main de Renji, qui pointait le coeur de la croix, et l'en écarta vivement.

- Cette "chose" est la clef de notre salut.

- Quel salut ? Ton salut j'imagine ! s'exclama Renji. Aizen ! Je ne veux plus jamais revoir ça !

Même si, pendant ces infimes secondes, j'avais une légère emprise sur toi. Il ne détestait pas le monstre, mais il ne pouvait approuver ses actes. Beaucoup avaient péri. Beaucoup trop. Au moins, la créature semblait agir sous l'impulsion d'une frénésie sanguinaire, pas avec ce flegme atroce, cette intelligence qui calculait tout. Et qui fermait la porte à tout pardon.

Renji revit dans sa tête la métamorphose d'Aizen ; il n'oublierait jamais ça. Le moment où son corps s'était troué ; l'instant où sa peau s'était déchirée pour permettre à la bête d'éclore... Toute cette souffrance avait frappé Renji en pleine face, parce qu'il avait imaginé le degré de douleur qui avait parcouru Aizen à cette seconde. Il avait souffert avec lui, sans pouvoir s'en empêcher, en maudissant son empathie que le brun ne méritait pas. Celui-ci le contemplait en silence. Il murmura soudain :

- Je ne peux pas te faire une promesse que je ne suis pas certain de pouvoir tenir.

Renji planta son regard dans le sien. Simplement furieux.

- C'est marrant que tu dises ça ! Parce qu'il y a déjà bien une centaine de promesses que tu m'avais faites et que tu as brisées !

Il ne voulait plus qu'une chose : ficher le camp d'ici ; il n'aurait pas dû venir. C'était encore un mauvais mouvement de sa part. Aizen le retint.

- Ren...

La porte s'ouvrit et la face souriante de Gin apparut dans l'embrasure. Il se montrait au pire moment, comme s'il l'avait guetté. Aussitôt, Aizen lâcha le poignet de Renji.

- Pardonnez-moi... Aizen-sama, nous vous attendons. Après les récents événements, il serait judicieux de revoir certains points de notre stratégie. De toute urgence.

Encore une occasion gâchée. Aizen adressa un regard à Renji, comme s'il cherchait à le prier à rester.

- Quelle importance de toute façon... souffla le rouge et il sortit le premier.


J'ai envie de dire... mauvais timing Grimmjow et Aizen xD Et Renji... disons que Renji a une furieuse tendance à prendre les mauvaises décisions...

Merci aux lecteurs !

Beast Out