Disclaimer : Le monde de Harry Potter n'appartient à nulle autre que notre chère auteure adorée, J.K. Rowling.

Ce moment a été demandé par beaucoup, et je ne pensais pas l'écrire de base, donc c'est plus une "commande" qu'une inspiration directe ;).


Petit voyage en Toscane.

« Je ne pourrais pas. »

C'est ce que Camille se disait depuis la fin des Invisibles. Qu'il ne pourrait pas. Il ne pourrait pas continuer, il ne pourrait pas retrouver une vie en dehors des Invisibles. Avant qu'il les rejoigne, lorsqu'il avait prévu de tuer ce loup-garou, il avait aussi planifié sa mort à la suite de cela. Il avait pensé à des dizaines de façons de mettre fin à ses jours suite à son meurtre. Il n'avait pas prévu d'en réchapper, et rejoindre les Invisibles n'était pas réellement une façon de survivre. C'était le moyen de repousser sa mort, jusqu'au moment où elle serait inévitable - et causée par une personne qu'il aurait tenté de vaincre.

Alors non, Camille n'avait pas prévu de continuer, peu importait ce que cela signifiait. Il avait menti à la sainte-nitouche en lui disant qu'il partait s'installer en Italie - elle aurait été capable de vouloir le suivre et l'empêcher de faire ce qu'il voulait faire. C'était toujours au mauvais moment qu'elle se décidait à éprouver de l'empathie pour lui.

Non, il n'avait pas prévu de survivre.

Et pourtant.

Pourtant, ses pas l'avaient conduit en Italie. Il avait décidé que c'était dans son pays natal qu'il devait se tuer. C'était le meilleur endroit. Là où sa femme et sa fille étaient mortes. C'était le meilleur hommage qu'il puisse leur faire.

Et puis, quelqu'un d'aussi agaçant que le petite princesse de Will s'était mise en travers de son chemin.

...

Il était arrivé en fin d'après-midi dans le village où devait encore se trouver son ancienne maison. Toute la journée, sur la route, les visages s'étaient fermés sur son passage, les murmures s'étaient élevés, et les doigts pointés sur lui avaient fait gronder sa colère. Son premier passage auprès d'un kiosque lui avait donné un élément de réponse. Les journaux italiens s'étaient eux aussi emparés de l'affaire « Invisibles ». En tant que ressortissant italien, Camille était une célébrité dans son pays, à présent. Et il s'en moquait totalement. L'unique chose qu'il souhaitait, c'était le retour de son épouse et de sa fille. C'était impossible.

Il était une célébrité.

Il n'allait pas jouir longtemps de ce statut.

À présent rendu dans le petit village où il avait vécu avant de rejoindre les Invisibles, Camille se félicita que la nuit soit en train de tomber. Moins de personnes le verraient, moins de questions se poseraient.

Quelques bicoques n'étaient plus les mêmes, certains façades avaient été ravalées, et Camille fut parfois surpris des changements opérés. Mais dans l'ensemble, le village était toujours le même, et il n'eut aucun mal à retrouver la maison où il avait rêvé d'élever sa fille.

De la lumière s'en échappait, et son cœur se serra lourdement face à ce qu'il estimait être une injustice. Lui n'avait pas pu vivre heureux dans cette maison, mais d'autres étaient en train de le faire. D'autres que lui profitaient de leur vie, élevaient leurs enfants, s'aimaient passionnément, sans craindre l'attaque d'un loup-garou, ou d'un sorcier.

Dans l'ensemble, la maison était restée la même, et Camille en remercia les nouveaux propriétaires. Il n'aurait pas pu faire ce qu'il était venu faire si la maison avait été différente. Il aurait eu la sensation de trahir la mémoire de sa femme et de sa fille. Mais là, en face de la maison, il savait qu'il pouvait partir en paix.

Il glissa une main dans sa poche droite, et en sortit sa baguette, qu'il fit rouler entre ses doigts, pensif. Non pas qu'il soit en train d'hésiter sur la marche à suivre. Il avait eu tout le temps de penser à comment il allait en finir.

Se suicider, finalement, n'était pas bien difficile. Camille devait reconnaître que c'était presque décevant. Il suffisait du bon sort, de la bonne potion, et hop ! vous n'existez plus sur Terre.

Les potions, toutefois, n'étaient pas ce qui attirait Camille. Il trouvait qu'elles étaient l'arme des faibles. Lui avait préféré opter pour un sortilège. Mais, là encore, toute la subtilité résidait dans le sort choisi. Un sort pour arrêter le cœur, par exemple, pouvait être défait et sauver la personne si seulement il était à temps. Camille ne voulait pas prendre ce risque. Les sortilèges de magie noire étaient ceux qui lui inspiraient le plus confiance, finalement. Il devait simplement bien le lancer. La carotide était la zone la plus sûre.

Il éleva sa baguette, la pointant directement sur sa gorge. Il observa une dernière fois la maison où il avait imaginé une vie parfaite pour sa famille.

Et un énorme choc à l'arrière de son crâne lui causa une douleur fulgurante.

Camille se retourna vivement, sa baguette en main, prêt à attaquer, oubliant instantanément la blessure qui le lançait. Il quittait tout juste les Invisibles – ses réflexes étaient encore intacts, évidemment.

La personne qui lui faisait à présent face devait mesurer vingt centimètres de moins que lui. Sa robe pourpre était trop serrée sur sa poitrine et ses hanches, et elle tenait fermement un sac à main contre ses seins. La petite taille du sac ne laissait pas présager les nombreux objets qu'il contenait, mais Camille connaissait assez bien la propriétaire de l'accessoire pour se douter qu'il y avait plus d'objets qu'il n'y paraissait dans la besace. D'ailleurs, la violence du coup qu'il avait pu porter tendait à confirmer cette idée.

Les traits ridés et colériques de la personne qui était face à Camille le firent presque tressaillir.

- Mama ? s'étonna-t-il dans sa langue natale.

- Elle-même, sombre idiot ! lui répondit-on vertement.

Camille retint de justesse un ricanement dédaigneux. Sa belle-mère le portait toujours autant dans son cœur – ce qui était d'ailleurs réciproque, réalisa-t-il lorsqu'il se demanda sincèrement s'il avait la possibilité de fuir cette réunion de famille improvisée.

- Qu'est-ce que vous faites ici ?

C'est qu'elle contrariait ses plans pour la soirée.

- Je suis venue voir mon idiot de beau-fils ! cracha la vieille sorcière. Ce petit lâche qui a préféré fuir son deuil, et qui s'apprête à fuir sa vie !

Camille pâlit sous l'insulte.

- Vous croyez que je suis lâche, même après toutes ces années ? Et puis, d'abord, comment saviez-vous que je viendrais ici ?

Personne n'était au courant avant ce matin qu'il était en réalité vivant. Sa belle-mère était âgée, elle n'aurait pas pu faire le trajet aussi rapidement, même en lisant les journaux à la première heure.

- Vous n'êtes vraiment pas futé, Camille. Je fais partie de votre famille. J'ai été la première avertie, lorsque les Invisibles sont tombés.

Camille soupira. Évidemment.

- Très bien. Maintenant que vous savez que je suis en vie, et que vous avez pu m'insulter une dernière fois, que diriez-vous de me laisser tranquille avant que je ne me décide à vous en coller une ?

Il avait toujours essayé de garder une touche de politesse dans sa voix lorsqu'il s'adressait à sa belle-mère, et lorsque Ludmilla était près de lui. Aujourd'hui, il n'avait plus aucune raison de le faire.

- Oh, non ! s'exclama sa belle-mère. Je refuse de vous laisser faire ça, Camille ! Vous n'allez pas vous tuer ! tempêta-t-elle. Ce serait bien trop facile. Vous n'allez pas mourir. Vous n'allez pas fuir la douleur, une fois encore.

Camille leva les yeux au ciel. Elle était vraiment exaspérante.

- Écoutez, la vieille, j'en ai rien à foutre de ce que vous voulez. J'ai pas prévu de continuer longtemps sur terre, et ce n'est pas vous qui allez me faire changer d'avis. Ce soir, je me tue. Un point c'est tout.

Elle recula d'un pas, le fusillant du regard.

- Vous n'êtes qu'un lâche. Je l'avais dit à ma fille, je l'avais dit ! Ma petite poupée le savait, je l'avais prévenue que vous n'étiez qu'un lâche, incapable d'assumer vos sentiments, vos peurs, votre douleur. Je lui avais dit qu'à la moindre difficulté, vous tourneriez le dos à tout, et même à la vie. Je vois que j'avais raison.

Ses traits se tordirent de rage.

- Heureusement qu'elle n'est plus là pour vous voir, termina-t-elle. C'est bien la première fois que je le dis, et que je le pense. Mais heureusement que Ludmilla n'est pas là pour voir quelle faible créature est son mari…

Oubliant l'âge de la personne en face de lui, Camille la saisit violemment par les épaules, serrant ses doigts autant qu'il le pouvait, jusqu'à ce qu'ils s'enfoncent dans la chair de sa belle-mère.

- Je vous interdis de dire que…

- Vous êtes un lâche ? Mais c'est exactement ce que vous êtes, Camille. Vous fuyez tout ce qui peut vous faire le moindre petit mal. Vous avez évité de faire votre deuil en rejoignant cette organisation, vous allez éviter de le faire aujourd'hui en vous tuant. Vous n'êtes qu'une petite chose, Camille.

Avec une force insoupçonnée, elle se dégagea de son emprise, et repositionna sa robe, afin qu'aucun pli ne soit plus visible.

- C'est dommage, vous savez. Vous aviez quelques talents cachés, je m'en souviens bien. Mais mourez, puisque le cœur vous en dit. Je n'en ai rien à faire. J'avais promis à ma fille de veiller sur vous, un jour où l'on parlait de l'éphémère qu'est la vie. Mais je vois que vous n'avez pas envie d'être vivant. Alors… partez.

Elle lui lança un dernier regard noir, avant de tourner les talons et de s'éloigner dans la nuit noire.

Camille regarda sa robe pourpre s'évaporer dans le noir, avant de fermer les yeux et de se forcer à respirer calmement. Il remonta sa baguette vers sa gorge.

La vieille peau allait bientôt n'être qu'un souvenir, elle aussi.

Ou peut-être pas.

Sa main tremblait.

Pour la première fois depuis le début de la journée, sa volonté faiblit.

Parce que le visage de Ludmilla venait de remonter à la surface. Ainsi que celui de Maia, leur fille. Et Camille savait à quel point la perte d'un être cher était douloureuse – il savait ce que les autres pourraient ressentir face à sa perte. Il ne pouvait pas faire ça aux souvenirs de sa femme et de sa fille.

La douleur partirait, après sa mort, c'était certain. Mais ce ne serait pas rendre hommage à Ludmilla et Maia que de mourir, et donc de les laisser sombrer dans l'oubli. Elles ne méritaient pas cela. Elles méritaient qu'il soit encore là pour penser à elle, pour continuer à les faire vivre.

Il abaissa sa baguette.

Ce ne serait pas aujourd'hui qu'il mettrait fin à ses jours.


Note d'auteur.

Comme on dit : mieux vaut tard que jamais ! Mes week-ends sont plus que remplis (c'est ça de faire un peu de compétition...), et mes semaines sont loin d'être vides ; j'ai écrit ce moment un peu au dernier moment, mais soyez rassurés, j'ai eu le temps d'en écrire d'autres ! Ce qui fait que, d'ors et déjà, je peux vous dire que la semaine prochaine, on retourne dans l'enfance de Chuck :).

Je fais cette note d'auteur un peu rapidement, désolée, mais je suis partie à 7h ce matin, et je rentre à peine, donc vous comprendrez que je suis un peu fatiguée, et l'esprit ailleurs ; surtout que mes horaires ont changé au dernier moment, pour la semaine à venir, ce qui fait que je suis un peu dans le rush, et que je dois refaire mon planning, qui devait être light mais ne l'est finalement pas ^^. Et comme vous vous en moquez, je vais simplement vous dire : MERCI pour vos reviews, infiniment :). Je vais aussi vous souhaiter une bonne semaine (j'espère qu'elle est mieux organisée que la mienne...), et dire que j'espère vous retrouver pour la suite de ces bonus !