CHAPITRE II
A peine James sorti de la pièce, Dumbledore, dissimulant sa surprise, se tourna vers Severus.
- Severus, cette dernière phrase était elle bien nécessaire ?
Le Mangemort, sachant bien ce que le vieil homme était en train de faire, décida de causer un dernier remous, en hommage aux efforts de Potter. Hyper mélodramatique, comme d'habitude mais néanmoins plus clairvoyant que la plupart de ces crétins.
- Vous savez bien, Directeur, fit-il sans élever mais sans baisser la voix, que dans le but de garder ma couverture je vais devoir donner certains renseignements à Voldemort. Le nom de quelqu'un non seulement ne faisant plus partie du groupe, mais aussi ayant les meilleures défenses d'Angleterre serait un bon choix.
Avant que l'autre ne puisse continuer son discours hypocrite, Severus continua, son regard indifférent passant sur le petit groupe rassemblé là.
- Meilleur qu'un de ces innocents sans idée de ce à quoi ils s'attaquent.
Le niveau de bruit dans la pièce s'éleva. De peur ou d'indignation, il ne savait pas et il s'en moquait. Si le Seigneur Serpentard ne lui avait pas confié cette mission, il ne serait jamais revenu.
Les questions fusaient. Black fit un caprice avec son et effet inclus. Severus remarqua qu'il évita totalement de parler de partir.
- Allons, allons, reprit le directeur au dessus de tout le bruit. Ne nous énervons pas. Les paroles de tout le monde ont dépassé leurs pensées.
Severus haussa un sourcil.
- Severus nous a rejoints à grand risque pour lui. J'ai totalement confiance en sa loyauté.
- Loyauté pour qui, se demanda le Mangemort, et d'après les grimaces dans la salle, il n'était pas le seul.
- Et bien sûr, James nous rejoindra quand il se sera un peu calmé, assura le barbu. Et avec un sourire totalement paternel, il ajouta :
- Je maintiens son appartenance à l'Ordre du Phoenix. Jamais je ne le chasserais de notre famille.
Les deux sourcils se levèrent. Joli. Ça marcherait seulement sur ses idiots, mais… oui, même Black qui aurait dû en savoir plus ne disait rien. Potter avait été réduit en cinq minutes au niveau de petit garçon faisant un caprice qui reviendrait repentant. Le fait qu'il ait quitté officiellement l'Ordre ne comptait pas, même si maintenir son appartenance malgré lui était illégal selon toutes les lois et traditions. Bien sûr, Dumbledore n'avait pas réuni un groupe d'ignorants et de moldu nés pour rien. Seul Potter aurait pu comprendre la portée des paroles de Dumbledore et il était parti.
Severus se demandait ce qui se passerait la première fois qu'un membre de l'Ordre briserait l'édit que Potter avait sorti en tant que seigneur. Les membres du groupe préféraient y penser comme à une blague, mais il n'avait pas eu l'impression que l'autre plaisantait…
- As-tu appris quelque chose d'intéressant, Severus ?
- Rien d'inattendu, monseigneur. Dumbledore a réuni un groupe d'illettrés et de moldu nés pour leur faire faire ses quatre volontés sans protester. Les déclarations et demi-vérités qu'il leur fait avaler quotidiennement sont hilarantes, comme le nom du groupe qu'il proclame venir de Merlin en personne : l'Ordre du Phoenix.
La tête du Seigneur Noir se tourna vivement vers lui avec une expression rare d'incrédulité.
- Tu plaisante, j'espère ?
Il se reprit très vite.
- Non, ton sens de l'humour est presque inexistant. Merlin ! Qui dans ce monde pourrait croire une chose pareille ?
- Les Weasley…
- Traitres à leur sang, oui, je vois bien…
- Dedalus diggle…
Reniflement.
- Un ermite, évidemment…
- Les Londubat…
- Augusta se plaint toujours que son fils soit un rejet des temps passés : pas une ombre de conscience, une bête…
- Plusieurs crétins illettrés et sans aucune surprise, Sirius Black.
Presque un rire.
- Le rebelle. Celui qui n'admettra jamais que ceux d'en face puissent en savoir plus que lui. Rien d'intéressant, alors ?
La curiosité – et les renseignements - du Maitre étaient sans pareils.
- Une chose, continua le brun. Potter et sa femme étaient là.
- Les héros, fit le maitre, mi-grinçant mi-moqueur.
- Potter fit une crise en me voyant…
- Oh quelle surprise, ironisa le Maitre. Une seconde, tu veux dire qu'il ne savait pas que tu venais ?
- Aucun d'eux, fit succinctement Severus. Ils ne savaient même pas que Dumbledore était en pourparlers avec moi.
- Quelle sorte de groupe dirige cet homme, s'étonna Voldemort.
L'ironie était un peu trop forte pour Severus qui baissa les yeux modestement pour dissimuler toute expression qu'il pourrait avoir sur la figure.
- Quoi… ? Oh, c'est bon, admit son seigneur. Tu dois reconnaître qu'on ne pourrait vraiment s'attendre à ce que nos méthodes soient semblables, remarqua l'homme.
Severus hocha la tête.
- Donc Dumbledore te lâche au milieu de ses moutons, annonce que tu es un Mangemort espion et Potter pique une crise. En rétrospective, rien d'inattendu. Ensuite ?
- Ensuite, les diverses réactions prouvent que la réaction de Potter est du jamais vu : personne ne contredit le Directeur…
- Et sans utiliser cruciatus, murmura le Maitre. Il faut vraiment que j'apprenne sa recette !
- Et Dumbledore lui-même se lance dans la tentative la plus incroyablement inefficace pour calmer son mouton noir…
- Ton sens des formules est charmant, murmura l'autre.
- Ce qui conduisit notre héros à quitter le groupe et à lui retirer son soutien financier et politique, avec menaces de rétributions à l'appui.
Silence.
- Répète-moi ça, mon bon Severus, susurra le descendant de Serpentard.
- Potter a quitté le groupe, Maitre.
- Un édit seigneurial ?
- Sans pouvoir en douter, Maitre.
- Qu'en ont pensé les autres ?
- Les autres ne pensent pas, Maitre. Aucun d'eux n'a été choisi pour ça. Quand Dumbledore leur a annoncé que Potter n'était qu'un petit garçon révolté et que sa candidature était maintenue ils ont tous approuvé avec soulagement.
Une inspiration brutale.
- Il a fait ça ? Mais l'infraction au droit seigneurial en elle-même…
Son seigneur semblait être à court de mots.
- Et qui s'en apercevra, maitre ? Aucun de ces gugusses ne sait quoi que ce soit sur le monde dans lequel il vit. Ils ne comprendront que quand Potter les enverra a Azkaban, et encore !
- Etait-il sérieux ? Potter, je veux dire ?
- Ça dépends de la version que vous suivez, Maitre.
- La tienne.
- Alors, oui, je pense que Potter était sérieux. Il a changé, beaucoup changé depuis que je l'ai vu pour la dernière fois. Ses yeux… ce sont ceux d'un ours pris dans une trappe. Il va devoir se ronger la patte pour sortir de celle là.
A Suivre.
