11.

« Un igloo ou une forteresse de pierres… »

Alérian frémit de tout son être, étreint par une angoisse irrépréhensible et envahissante, lui coupant tous ses moyens.

« Mais un toit inconsistant, comme ouaté, et plutôt aveuglant en contraste avec le sol et les murs d'un noir de suie.

« Dans le genre je fais tout pour déstabiliser, faire perdre tout repère voire peut-être même tout sens de l'équilibre avec ces absences de surface, de volumes… ».

Après avoir longuement papillonné des paupières, ayant tâché de rassembler ses forces, sans y parvenir, Alérian tenta de parvenir à garder les yeux ouverts plus de quelques secondes.

- N'essaye pas de forcer, ces moments sont durs à passer et ils durent longtemps !

Le jeune homme tressaillit plus encore, la voix si familière, grave et rassurante.

- Papa ! Tu n'es donc pas mort !

- Je ne sais pas ce que nous sommes, intervint une autre voix.

- Warius !

Alérian renifla, toujours collé au sol, ses muscles ne lui répondant pas.

- Mais vos cuirassés ont été détruits !

- Tout comme ton Warriorshadow, j'imagine ? reprit Albator en flattant les épaules de son fils, autant pour le stimuler que pour le réchauffer, Warius lui frictionnant les jambes.

- Pitié, non ! Clio ?

- Elle n'est pas là, renseigna Warius. Mais contrairement à toi semble-t-il, Albator et moi voyagions seuls !

- Je ne comprends pas… souffla Alérian. Je n'ai rien vu venir…

- Tout comme nous, reconnut son père qui le serrait presque à l'étouffer.

- Comment cela ? Vous pouvez m'expliquer ? pria le jeune homme.

Warius eut un petit haussement des épaules d'impuissance et d'ignorance.

- Nous aussi, nous nous sommes réveillés ici. Nous n'en savons pas plus.

- Aidez-moi à me relever, s'il vous plaît.

- Ce n'est pas une bonne idée.

- Je me sentirai mieux debout.

Albator et Warius soutinrent le jeune homme, le redressant jusqu'à mi-hauteur avant qu'il ne leur échappe et ne se recroqueville sur lui-même de souffrances.

- Ca fait trop mal… gémit-il.

- Nous sommes passés par là, rappelèrent les deux vétérans. Reste au sol, au moins quelques temps, Alie. Ensuite la pression mentale se relâchera et tu pourras te tenir debout.

- Mais, qui ?

- Les Liliths, mais je ne connais que leur nom, hormis le fait qu'elles ont réussi à dominer l'esprit de Lumiane !

- Misère, souffla Albator. Et, elle… ? s'inquiéta-t-il.

- Les Dragons l'ont sauvée.

- Alors, ils vont pouvoir, pour nous… ?

- Non. C'est compliqué. Et tous mes neurones ne sont pas connectés. Vous aviez raison, les ancêtres, j'ai besoin d'un peu de temps pour récupérer de cette étrange téléportation !

- Traite-nous encore une fois de « vieux » et on te fait la tête au carré !

Alérian se blottit dans les bras de son père et ferma les yeux.

Warius échangea un regard angoissé avec son ami.

- On dirait qu'on lui a fait beaucoup plus de mal qu'à nous en le kidnappant ! ?

- Selon toute évidence. Il va falloir patienter qu'il récupère avant de pouvoir faire le point.


La Première Légionnaire de La-Styne était venue au rapport.

- Je ne sais pas si rassembler ces trois Humains est une bonne idée ?

- Je te rappelle que nous n'avons que peu de prisons, La-Léroelle, rétorqua LA Lilith. Encore heureux qu'ils ne soient pas trop nombreux de cet acabit à courir ces univers ! Mais je me suis trompée : les deux Humains sur le déclin ne sont pas une menace, en dépit de la puissance de feu de leurs vaisseaux.

La-Léroelle opina du chef.

- On les écrase tous sous la pression de la prison en la sacrifiant ?

- Non, pas encore. Je ne comprends pas comment ils fonctionnent. Et si je veux envahir leur monde, pour commencer, je dois savoir la façon dont ils réagissent. D'ailleurs, tant de déploiement de fidélité, d'insistance dans leurs recherches, me sidèrent alors que nous, bien que nous soyons unies, nous n'agissons que pour le bien du groupe et non l'intérêt de quelques-uns ! Ils sont bizarres, ces Humains. Ils peuvent autant tous s'entretuer comme s'entraider jusqu'à la mort ! Mais l'issue finale est identique : ils y restent ! Quelle drôle de façon d'agir !

La-Styne ressentit un léger frémissement.

- S'il moufte, on l'atomise !

Et LA Lilith siffla de rage.