Ohayo mina' !

Une semaine déjà depuis la dernière publication, mais aussi depuis les derniers évènements dans notre capitale. J'espère que tout le monde va bien et que vous en ressortez tous indemnes, physiquement comme moralement.
Après cette petite pensée pour eux, la vie continue malgré tout, et c'est en ce sens que je poste un nouveau chapitre. On revoit un personnage très apprécié (enfin... je crois), et on essaye de voir à quel point Luffy est susceptible de repousser les limites qu'il s'impose...

Toujours les réponses aux guests en bas ! :)
Bonne lecture, et...

Enjoy it !


30 novembre, Université Paris-Diderot :

Je pionce à mort, comme d'habitude.

Je crois que j'ai rarement autant eu la tête dans le cul de toute ma vie, sérieusement… Sanji m'a laminé. Se battre avec de la bouffe, c'est épuisant.

Un moment assez complice, carrément salissant et très ludique, qui lui a plu au-delà de mes espérances ; on est restés longtemps allongés par terre, au milieu des restes de bouffe et des bâches piétinées, étendus sur le dos en fixant le plafond où le gaspacho avait tout éclaboussé quand Sanji m'avait balancé le contenu du saladier à la figure.
Il était heureux, et c'est tout ce qui compte et dire que je ne me suis pas amusé serait mentir, c'était vraiment marrant, même si je n'adhère pas spécialement au délire de la nourriture – pour moi, elle se mange, point.

Je baille et je m'étire tout ce que je peux, et je constate qu'Usopp a l'air complètement out ; il est souvent réclamé comme DJ pour les anniversaires et il n'a pas dû échapper à la règle ce week-end. Résultat : il est sur le point de décrocher, lui aussi. Ses yeux se ferment et comme toujours, je me demande si le contact de la table sur son long nez va le sortir du sommeil ou non.

Le prof marmonne je sais pas quoi, que c'est un intervenant qui va nous faire le cours sur le marketing, les entreprises, secteurs et territoires pour les 15 prochaines heures du module… quelle barbe, quoi.
Bon, en même temps, c'est de ma faute : « Consultant et chargé d'études socio-économiques ». Voilà, c'est l'option que j'ai choisie cette année. Pourquoi je me suis embarqué là-dedans ? aucune idée. Pour rester avec Usopp, peut-être. De toute manière, il me fallait un master, peu importe lequel, et c'est celui-là que j'ai pioché dans mon chapeau de paille l'année dernière.
Le fait est que je me retrouve à suivre ces cours, en priant pour avoir mes semestres et arrêter les frais ; j'ai hâte de pouvoir entrer vraiment dans la vie active, même si j'ai toujours une petite voix qui me rappelle que je ne vais pas pouvoir concilier indéfiniment « escort » et « enseignant ».

Oh… j'aurais bien le temps d'y penser.
Je me cale confortablement alors que la porte de l'amphi claque dans le silence ; monsieur est arrivé, de toute évidence, mais j'ai pas la force de lui jeter un regard. Mes yeux se ferment et je somnole déjà, alors que les pas résonnent dans les escaliers.
Voix lointaine, le mec se présente, j'entends absolument rien; j'ai les oreilles dans du coton, mon corps se coule dans le siège de manière plus confortable. Je croise bras et jambes et je sens Morphée m'emporter.

Oh, hé, me faites pas la morale, on l'a tous fait, finir sa nuit en cours… !

Le micro grésille un peu, et le type commence son blabla.

- … de modéliser et déterminer les origines, les optimums de prix de biens d'échanges, aussi appelés « valeurs d'argent économiques en compétition rationnelle » selon-…

C'est marrant, il a la voix de Zoro.

Une voix basse, très grave, presque rocailleuse, le timbre est sensuel, comme lui, et je peux presque l'imaginer gémir mon nom et murmurer qu'il a envie de moi. Je le vois demain soir, d'ailleurs, et pour trois heures trente cette fois-ci : il se rattrape pour la semaine prochaine, où il ne sera pas là pour cause de déplacement à l'autre bout du monde.
Ça aussi, c'est un bon objectif pour moi – l'argent accumulé va me permettre de faire ce dont j'ai le plus envie : voyager. J'envie Zoro et ses trajets multiples. Il a l'avantage d'être célibataire, et ne pas avoir d'attache le rend plus enclin à partir que s'il avait une vie de famille.

Chose que je n'aurai jamais, au train où ça va.
Alors pourquoi me prendre la tête… ?

- La « valeur d'échange » d'un produit précise pour chaque bien la quantité des autres biens qui lui est équivalent. Usuellement, nous considérons que le-

Aaaw… décidément, la voix de ce mec me fait planer. Je rouvre un œil, pour voir la tête du gars, et CRISE CARDIAQUE PUTAIN DE MERDE.

Je me redresse dans mon siège en ouvrant des yeux comme deux ronds de flan et en me cramponnant à ma table comme si j'allais me casser la gueule du plateau de bois.

Putain.

C'est Zoro, quoi… !

Zoro !

Le mec qui me baise tous les mardis soirs depuis quatre ans ! qu'est-ce qu'il fout là, sérieux ?! Et j'me suis fringué n'importe comment, moi ! mon jean est troué, j'ai un tee-shirt 10 fois trop grand, et mes converses prennent l'eau à chaque fois qu'il pleut … j'suis même pas coiffé !
Pincez-moi. La coïncidence m'en rend fébrile. La probabilité pour que Zoro devienne mon prof pour ce module était vraiment mince, et la loi de l'emmerdement maximum m'ayant rattrapé, je me retrouve avec mon client le plus régulier à 15 mètres de moi.

Et le pire, le pire, c'est qu'il m'a reconnu… ! il me fixe et même si son visage n'affiche rien de particulier, je sais qu'il est carrément surpris de me voir, je le vois à son expression.

Mon Dieu, je veux être transformé en palourde.
Tout plutôt que de me taper cette honte.
Je me ratatine dans mon fauteuil en sentant mes oreilles devenir écarlate, et la rougeur s'étendre à mon visage, mon cou et mon torse. Une écrevisse, y'a pas d'autres mots pour décrire ce à quoi je dois ressembler. C'est une gêne sans limite qui m'envahit, et j'ai l'envie horrible de me terrer dans un coin et de ne plus en bouger jusqu'à midi, où je serai libéré pour le reste de la journée.
Heureusement, parce que je n'aurais pas pu supporter un aprèm de cours après ça.

Ses yeux clairs ne croisent pas une seule fois les miens pendant les heures que dure la présentation du module d'économétrie. Je prends des notes comme je peux, en essayant de me cacher au maximum derrière l'écran de mon ordinateur, mais mes doigts tremblent et je rate un mot sur deux.
Et puis merde, bonjour la réputation s'il m'a vu somnoler… ! je vais passer pour un gros naze, c'est pas vrai, ça ruine quatre ans de boulot en une demi-seconde… !

Usopp est à deux doigts de ronfler, complètement indifférent à la situation qui m'est catastrophique, et les élèves autour de moi n'ont pas l'air d'avoir remarqué quoi que ce soit. De toute façon, Zoro attire tellement l'attention – par sa voix ou son look – que personne ne fait attention à moi et mon déshonneur intergalactique.
Comment je me dépêtre de là, moi ? Je sais pas gérer ça… ! ça ne m'était jamais arrivé de me faire griller en beauté par un client dans ma vie personnelle. Bon, OK, avec Doflamingo c'était carrément chaud, mais je m'en suis très bien tiré, Ace n'a rien dit de moi et de ce que je faisais. Zoro sait que je suis étudiant en économie, mais pas plus. Il ne me connait qu'avec tergal et chemise cintrée, bref, à des lieues de ce que je suis ici, aujourd'hui… !

J'ai l'impression horrible que le mur qui sépare ma vie d'escort et ma vie d'étudiant est en train de se fissurer sans que je puisse y faire quoi que ce soit ; que tout ce que j'ai mis du temps à bâtir est en train de s'effondrer comme un château de cartes.

- … et ça sera tout pour aujourd'hui. Merci pour votre attention, on se revoit le 10 décembre pour la suite. D'ici là, portez-vous bien, conclut-il en laissant son regard dériver vers moi alors que la pendule s'arrête enfin sur un midi pile tant attendu.

J'enregistre mon fichier et je range mon ordinateur dans mon sac, en tentant d'allier vitesse et discrétion absolue ; Zoro coupe son micro et range ses affaires dans le brouhaha de l'amphi qui se vide peu à peu, et je me noie dans la masse des élèves qui piétinent pour aller à la cafèt'.
Usopp me salue de loin et me montre les étages du dessus, où je sais que sa copine Kaya termine sa matinée; tant mieux, je me sens pas de jouer le jeu un après-midi avec lui non plus. Je lui fais signe et je bifurque vers les couloirs du fond, là où je sais que je ne croiserai personne, et je remonte les allées à pas rapides.

Je me frotte le visage en espérant sincèrement me réveiller ; je suis dans la merde.
Qu'est-ce que je lui dis, demain… ? « Hey, salut, désolé pour hier et ma gueule de pouilleux, mais bon, tu vois, les étudiants se négligent toujours alors essaye de pas garder cette image de moi, c'est mauvais pour le business… ! »

Cette prise de têêêête…

- … salut, Luffy.

Je relève le menton et j'ai la sensation atroce que je vais m'évanouir, là, comme Aurore devant son rouet. Noon mais c'est pas vraai… de tous les couloirs, il a fallu que je prenne celui qui mène au parking des enseignants…
Zoro a toujours l'air surpris, mais moins qu'inquiet, au vu de la tête que je dois avoir.

- S-salut Zoro, balbutié-je.

Et si je me cognais la tête dans le mur, mmn… ? assez fort pour me faire passer ad patres, ou en m'envoyant la nuque dans l'extincteur le plus proche, histoire de me faire un coup du lapin vite fait bien fait ?
Encore une fois, il me regarde de haut en bas, mais pas avec mépris ou une moquerie dissimulée ; seulement un étonnement croissant. Ma présence ou ma tenue ?

- Tu… t'étudies ici… ?

Qu'est-ce qu'il croyait ?!
Je me passe une main sur la nuque en me mordillant la lèvre, tout en me demandant ce que j'ai bien pu faire pour mériter d'être là à cet instant de ma vie.
Beaucoup de conneries, de toute évidence.

- Et toi, t'enseignes ?

- J'suis consultant en économie, ça t'a échappé ?!

- Autant que le fait que je termine mon master en sciences économiques à Diderot ! répliqué-je en donnant mon maximum pour ne pas être trop sec. Ecoute, j'suis désolé que tu me voies comme ça, j'suis pas…

Zoro me fait taire d'un coup de mallette en levant les yeux au ciel. Quoi, il veut me faire croire qu'il s'en cogne ?

Je tire sur mon sweat que j'ai passé à l'arrache avant de sortir, et je glisse mes doigts dans mes cheveux pour tenter de discipliner les épis qui se livrent une bataille féroce sur mon crâne depuis le jour de ma naissance. Je surprends le sourire de Zoro et je sens mon cœur rater un battement – pas de sourire dédaigneux, juste l'expression discrète d'un amusement réprimé.

- Tu me préfères pas en costard ?

- J'te préfère nu dans des draps de satin, ça te va ? sourit-il, espiègle.

Radical.
Mais efficace.

- Euh… ouais.

- Bien. Tu déjeunes avec moi, ce midi ?

Ah ouais, quand même.
Celle-là, je ne l'avais pas vue venir. Déjeuner avec Zoro… ? j'ai jamais fait ça. J'ai déjà préparé de la nourriture pour deux, quand il m'annonçait qu'il n'avait pas dîné, le mardi soir, mais c'était juste pour grignoter sur le pouce avant de s'envoyer en l'air de façon démentielle.
Là, maintenant, aller manger un truc juste tous les deux, comme deux… deux potes ou deux amoureux le feraient ?
Autre argument : … je suis pas persuadé que Zoro et moi ayons les mêmes goûts en matière de nourriture.

- Si tu veux… hésité-je.

- Oh, tu… avais autre chose de prévu… ?

- Non, c'est pas ça.

- Alors quoi… ?

- Ben… j'sais pas trop où tu vas, mais moi, à midi, en général, c'est McDo.

Zoro fait une petite moue.
OK, je vois que c'est pas trop son truc. Et loin de moi de le cataloguer dans les snobs, mais d'un strict point de vue extérieur, il a plutôt d'être le genre de gars à aimer un bon restau, peu importe le moment de la journée.

- Vachement diététique.

- J'élimine tous les soirs, souris-je en m'adossant au mur le plus proche, bras croisés.

- Hé bien, tu vas déroger à tes habitudes d'étudiant et tu vas me suivre. Je t'emmène déjeuner à un endroit un peu moins familier, pour une fois.

- Hors de question que j'y aille comme ça, rétorqué-je en levant une jambe pour montrer mon jean qui n'est ni ajusté, ni présentable. J'préfère encore crever plutôt que d'avoir deux fois la honte dans la journée.

Point positif, il a l'air de partager mon avis ; mes fringues ne sont vraiment pas au top pour une sortie comme celle qu'il prévoit.

- T'as pas une tenue de rechange… ?

- Euh, si. Chez moi.

- On peut y passer si tu veux.

Oh le con.
Je ferme les yeux et je ne résiste pas à la tentation : je me cogne le front contre le mur et Zoro m'arrête en m'agrippant la capuche, l'air halluciné.

- Wow wow wow, c'est quoi le problème, là ?!

- C'est pas… le chez-moi que tu connais, c'est…

Je me morfonds et j'enfouis mon visage dans mes mains.
Et merde…

- … c'est ?

- J'ai le loft pour les clients, et… mon appartement. Chez moi, quoi. L'endroit que… que ma famille et mes amis connaissent.

Je ne veux pas qu'il voit la piaule où je m'entasse depuis quatre ans.
Ça serait le pompon, là.

- T'en fais pas, je monterai pas. Je peux t'attendre en bas.

- … non mais en bas ça craint encore plus que dans l'appart', grogné-je en secouant la tête. Ecoute, Zoro…

- Hé.

Il pose sa mallette et prend mon visage entre ses mains, et mon cœur s'apaise instantanément ; l'impression d'être piégé, mis au pied du mur n'est plus là, et je respire à pleins poumons son parfum toujours aussi grisant.
Zoro se penche et pose un baiser sur mon front, son corps pressé contre le mien ; lentement, ses doigts me massent la nuque et c'est le calme plat dans mon corps jusque-là en surtension.
Mmn.
Bonheur.

- Arrête de t'en faire pour si peu. C'est ta vie et je comprends que tu veuilles la garder pour toi. Je suis en voiture, si tu veux… je te dépose quelque part, et je t'attends.

- … ça t'ennuie pas ?

On dépasse les bornes à un point ahurissant ; c'est fou. Irréaliste. On ne se comporte plus en tant que client et escort, on est… deux mecs qui vont manger un truc ensemble et qui vont se raconter leur vie. C'est pas du tout ce qui est prévu de base, ce n'est même pas… briser les règles, c'est les ignorer complètement, et ça, c'est le pire qui puisse arriver.
Crise d'angoisse en vue.
Je me mets à trembler et Zoro me rapproche de lui.

- Luffy. Ne te rends pas malade pour ça.

- J'sais pas faire ça…

- … quoi ?

- Je sais pas faire ça, répété-je un peu plus fort, en prenant grand soin de ne surtout pas le regarder. Être… avec quelqu'un, le… être normal, être… je sais pas, je…

- Relax, Lu'. Relax. On va juste manger un bout, parler de tes cours et de mon boulot. C'est tout. OK… ? t'as pas à t'inquiéter comme ça, je te demanderai rien d'indiscret. Deal… ?

- … deal, murmuré-je en inspirant profondément pour me calmer.

Ne rien dire à Shakky, surtout.

J'imagine même pas l'étendue des conséquences qu'une entrevue de ce genre pourrait avoir, et je ne veux pas lui laisser l'occasion de me virer – elle ne le fera pas contre moi, mais pour moi, je le sais. Ça sera un prétexte tout fait pour me faire dégager de l'Agence, parce qu'elle ne veut pas me voir m'enterrer là-dedans.

Mais cette décision de départ doit venir de moi, pas d'elle ; d'un moment où je serai prêt, et pas jeté dehors avec mes quelques affaires.

. . . . .

Même jour, 15ème arrondissement, Brasserie La Coupole, Paris :

Brasserie où je ne suis jamais allé, un compromis entre un truc sans prétention et un restaurant un peu chic ; je suis à l'aise, d'autant plus que je suis en jean-chemise avec chaussures de ville. Mille fois plus présentable que ce matin, et surtout fraîchement douché – la matinée m'a donné des sueurs froides.

- … et j'pourrais te soudoyer pour avoir le sujet du partiel que t'as prévu, ou… ?

- Dans tes rêves, sourit-il en avalant une gorgée de vin. Mais c'était bien tenté.

Le serveur dépose nos assiettes devant nous et le sourire de Zoro s'élargit en voyant la quantité de nourriture commandée pour ma petite personne.
Seul dans un fast-food, je commande pour 3 minimum. Vu le prix de la carte, je me suis calmé pour ce restau, mais ça ne m'empêche pas de crever la dalle et de vouloir me remplir le bide.

- T'es sur Paris jusqu'à quand… ?

- Vendredi soir, après je décolle pour Stockholm et je reviens le mercredi, veille de votre cours.

- Ça te soûle pas de voyager tout le temps ?

- Ça dépend, admet-il en attaquant son poisson. J'aimerais me poser, aussi, mais c'est un choix comme un autre.

Je me demande bien ce que ses parents doivent penser de tout ça ; s'il en a encore, ceci dit.
Les miens seraient à la fois très fiers et très amers de me voir tout le temps dans les airs. Ça signifierait que j'aurais encore moins de temps à leur accorder, même si j'avais une vie professionnelle remplie. Malheureusement, un prof, ça n'a pas tellement sa place dans un avion, alors… ça n'arrivera pas.

- Et toi, tu voyages… ?

- Quand est-ce que j'aurais le temps ? m'esclaffé-je avant de goûter au steak saignant qui me fait de l'œil – l'enfoiré perd rien pour attendre.

- Pendant tes vacances. Pour l'école. Avec ta famille. Il y a des tas de possibilités.

- Jamais sorti de la France sauf pour un voyage scolaire en Espagne, quand j'étais ado.

Je vois qu'il ne se départ pas de son sourire, un sourire amusé ; je me demande ce qui peut bien le faire triper. J'ai de la sauce partout… ? Je passe un coin de ma serviette sur mes lèvres mais je ne remarque rien de suspect. Ma chemise est propre, je n'ai pas le nez qui coule…

- Quoi… ?

- Rien. Je me rends compte que j'ai du mal à tenir ma promesse.

- Laquelle ?

- Celle de ne pas être indiscret. J'ai envie de savoir plus de choses sur toi.

Le moment que je redoutais le plus ; non pas que ça m'embête, ça n'a rien à voir. Seulement… avec les autres clients, j'évite soigneusement le sujet. Je ne leur laisse rien savoir, ni deviner, ni… ni quoi que ce soit. Et même moi, je n'ai pas envie d'en dire plus, je veux les écouter parler, eux, et leur apporter ce qu'ils veulent. Je ne désire rien, de mon côté.
… alors qu'avec Zoro c'est tout le contraire. J'ai envie qu'il s'intéresse à moi, envie qu'il me pose des questions privées, qu'il sache tout de moi comme je voudrais tout savoir de lui. Je ne sais pas pourquoi et j'ai peur de comprendre ce que cache ce sentiment.

- Demande-moi ce que tu veux.

- Ce que je veux ?

- Mm-mmn.

- … pourquoi être escort ?

Ouch.
Qui aurait mieux fait de se tirer une balle dans le pied ? c'est moi~…

- J'aime le sexe et l'argent. Une pierre, deux coups, expliqué-je patiemment entre deux bouchées de frites.

Des frites à la fourchette, le restau est trop huppé pour que je me permette de le faire avec les doigts.
Frustrant.
Zoro fronce les sourcils avec un air de totale incompréhension, et je ne peux que compatir ; pas évident de saisir les raisons de ma prostitution. Moi-même, parfois, je me demande si je ne me cache pas derrière ces deux arguments tout fait.

- … tu peux te trouver un mec ou une nana riche, à ce compte-là.

- Je veux gagner mon argent, précisé-je. Je suis pas opé pour me faire entretenir.

- C'est honorable.

- … y'a rien d'honorable à faire ce que je fais, Zoro.

Mon ton est un peu froid, mais il ne s'en formalise pas ; il a bien compris que ma remarque n'était pas supposée être acerbe, seulement un constat très triste de ma réalité.

Je sens sa jambe contre la mienne et un léger sourire revient sur mes lèvres, mais je garde les yeux baissés vers mon assiette. Non, en effet, s'il y a bien quelque chose que j'ai laissée derrière moi il y a longtemps, c'est mon honneur. Parfois, quand certains clients aux exigences rabaissantes partent, et que je me retrouve seul face à mes multiples reflets dans les miroirs de la chambre… je me cache sous mon oreiller et je pleure. Je pleure parce que j'ai mal, parce que je me sens sale, parce que j'ai honte de moi et de ce que j'ai fait pour une liasse de plus.

Sentiments qui sont totalement absents de ma tête quand je suis avec Law ou Zoro ; qu'est-ce que je dois en tirer ? Est-ce que je peux déculpabiliser en me disant que le problème vient du client et de ses attentes malsaines ? Ou est-ce qu'au contraire, je dois me dire que c'est moi qui suis d'une hypocrisie sans borne… ?

- Tu te bats pour exister et faire ce que tu veux. C'est honorable, insiste-t-il en plissant les yeux.

- T'as une vision super optimiste de moi.

- Prouve-moi que j'ai tort, me défie-t-il avant de retourner à son assiette.

Tch.
Bah tiens.

Je lui tire la langue et il réprime un rire – c'est pas trop l'ambiance, ici, alors le contraste entre notre attitude et celle des pince-sans-rire qui nous entourent me fait ricaner à mon tour.

- … hé, Zoro.

- Mmn.

- T'as déjà couché avec une femme ?

Il s'étouffe avec son cabillaud et devient tout bleu en agrippant la nappe, les yeux écarquillés. Meeerde…

- Non mais t'es pas bien de lâcher ça comme ça, à la sauvage ?!

- Désolé, bafouillé-je en lui tendant un verre d'eau qu'il engloutit d'une traite après avoir repris son souffle. J'avoue que ça manquait un peu de subtilité.

- … jamais, non, marmonne-t-il en lissant sa serviette devant son assiette, l'air songeur. Ça ne m'a jamais attiré.

Oh.
Marrant, j'aurais pas cru.
Ou alors, c'est ma vision des choses qui est pervertie par tout ce que j'ai pu faire ou voir… bien possible, ça.

- Hé, t'as quel âge ?

- Quel âge tu me donnes ? rétorque-t-il du tac au tac.

C'est la mode de répondre à une question par une autre ou quoi ?!

- Hum… trente ?

- Argh, je suis vexé.

Je rougis jusqu'à la racine des cheveux et il laisse échapper un rire bas et bref, en faisant ce qu'il peut pour ne pas attirer l'attention des autres clients de la brasserie.

- Je déconne. J'ai eu vingt-neuf ans en novembre.

- Ah, ben bon anniversaire alors !

Je lève mon verre et on trinque, chacun buvant une gorgée sans quitter l'autre des yeux.

Zoro est vachement jeune pour faire ce qu'il fait, mais bon, qui suis-je pour juger… au contraire, il peut être fier de ce qu'il a accompli. Le seul bémol, et qui dénote aussi dans ma vie, c'est qu'il a dû faire une croix sur toute relation intime et à vingt-neuf ans, il se retrouve à payer une prostituée entre deux prises d'avion, histoire d'évacuer la frustration.

C'est à son téléphone de faire des siennes ; il s'excuse, décroche et commence un dialecte dans une langue que je pense être du japonais. Sale gros chanceux qui peut regarder des mangas en VO… pfff.
Est-ce que je réussirai ma vie, moi aussi… ? mais à quel prix ?
En réprimant un sourire qui me trahirait, j'abandonne ma chaussure sous mon siège et je glisse mon pied sur sa cheville, avant de remonter le long de son mollet ; Zoro me jette un coup d'œil et il me semble que sa voix tremble un peu. Hé hé.

- Luffy…

- Mmn… ?

Mon pied progresse entre ses cuisses et vient caresser son sexe à travers son pantalon ; il se crispe et m'offre un regard mi-outré, mi-excité. J'en ronronnerais presque si je n'étais pas occupé à le tripoter allègrement.
Il poursuit sa conversation, mais son ton n'est plus aussi assuré. Je ne sais pas si son interlocuteur s'en rend compte, mais moi, je m'amuse comme un dingue. Zoro finit par clore son échange et me fixe lourdement, pendant que je soutiens son regard avec une insolence que je veux assurée.

- … oui… ?

- Allumeur.

- Seulement si je n'ai pas l'intention d'aller jusqu'au bout, murmuré-je.

Un frisson hérisse sa peau, et je sens son érection devenir plus palpable encore sous mon pied.
… du sexe hors contrat.
Avec mes client, je n'ai jamais couché sans règles définies. Sans échange d'argent.
… c'est ce que je viens de proposer, non… ?

... oh putain.
La boulette.
Zoro tend la main, caresse ma joue et me donne une tape joueuse, qui me sort de ma panique.

- Mange, au lieu de dire des obscénités.

- Gnagnagna.

Je ne sais pas s'il a senti que j'étais coincé, ou si ce n'est qu'une coïncidence, mais sa réplique me permet de me sortir de ma connerie sans trop de mal.
Je remets le nez dans mon assiette en récupérant mon pied, en notant le regard de Zoro sur moi.

Je m'écarte des lignes.
Dangereusement.

.


Réponse aux guests :

Ayako : Hey ! ouais, FF, sale troll ! j'espère que ton genou va mieux. C'est un endroit super douloureux qui met du temps à guérir... Ravie de te faire sentir comme un enfant gâté, j'espère que ça perdurera ! pour les reviews, je fais au mieux, mais c'est plus simple de répondre par pm ^^ merci pour ta review ! à la prochaine !

Slothed Crow : yop ! apparition de Shachi de façon concrète, ça fait plaisir de le mettre en scène, surtout si c'est pour faire le cake avec Luffy. De la bouffe, encore ? on parle d'une fiction sur Luffy, il me fallait respecter un iota le perso de base, pour ne pas être OOC à 100% ! [Cette excuse de merde] (... mais pas du tout.) Le perso de Shakky a l'iar d'être bien apprécié de beaucoup de gens, je vais la faire apparaître régulièrement, c'est toujours sympa de la voir interagir avec Lu. Merci beaucoup, encore, et à bientôt !

Lilly Tea : Oya ! Je comprends, t'en fais pas, parfois on a rien à dire, et ce n'est pas grave :) Shakky a toujours un regard tendre pour lui, même s'ils sont liés par le business... on verra si elle tente de le virer malgré tout ! fufu. Je sais que je suis à fond OOC, mais j'essaye de garder les traits de base du perso pour qu'on le reconnaisse quand même un peu ! :p merci, à toute' !