~ Chapitre 10 ~

- Je t'aime.

Un long silence reçu cette déclaration. Il se mordait la lèvre inférieure, appréhendant sa réponse, triturant le pauvre bouquet de roses qu'il avait dans les mains. Il soupira, baissant son regard piteusement. Il avait honte. Tout ça pour se prendre un gros vent. Il avait tout préparé ! Le bouquet, la boîte de chocolat – que son vis-à-vis tenait entre ses mains, toujours sous le choc de la révélation – s'était même habillé d'un costard cravate et le tout le jour de la Saint Valentin. Et seul le silence répondait muettement à sa déclaration, annonçant clairement une réponse négative. Une profonde tristesse se lisait sur ses traits, et, hésitant, il fit un pas léger en arrière, près à s'enfuir à toutes jambes quand deux bras s'enroulèrent autour de son cou lui faisant redresser la tête sous la surprise. Il n'eut pas le temps de comprendre la situation que deux lèvres se collèrent aux siennes. Le bouquet tomba au sol au côté de la boîte de chocolat qui avait suivit le même chemin précédemment. Tant pis pour les roses et les chocolats…

- Moi aussi, je t'aime… Depuis si longtemps ! J'ai eu si peur de te le dire, si peur que ce ne soit pas réciproque ! Annonça-t-elle rapidement avant de tirer l'homme à sa suite, ramassant dans la foulée le bouquet et la boîte pour refermer la porte.

L'écran passa au noir, une douce musique passa, et le générique commença à défiler.

- J'arrive pas à croire que j'ai regardé cette chose jusqu'au bout !

- C'était ça, ou les séries pour ados prépubères.

- C'est fou ce qu'y'a absolument rien à la télé…

- Hm… marmonna Marco en se redressant un peu dans le canapé où lui et Jean s'étaient affalés deux heures plus tôt.

- On se fait un film , un vrai ? Demanda Jean.

- Pourquoi pas. De toute façon, on est en vacances, on peut enfin se coucher tard.

Jean avait invité Marco chez lui. Ses parents n'étaient pas là de la soirée, et il avait proposé à ses amis de venir également, mais ils avaient tous refusés de venir, prétextant des choses ou d'autres, bizarrement, juste après qu'il leur eut dit que Marco serait présent. Il soupçonnait Connie – qu'il avait appelé en premier – d'avoir fait passer le mot aux autres pour le laisser seul avec Marco. Ils s'étaient donc installés dans le salon, et comme Jean n'était pas un roi de la cuisine, voulait éviter de faire des pâtes, et trouvait que ça la foutrait mal de donner les restes de la veille à Marco, ils commandèrent des pizzas. Marco n'avait pas touché à la sienne et Jean voulu lui faire remarquer mais compris ensuite qu'il était trop gêné de devoir retirer son masque pour manger. Il prétexta donc de devoir absolument prendre une douche pour s'éclipser et laisser Marco manger. Celui-ci lui en fut reconnaissant, bien que gêné de la situation.

Ils s'étaient ensuite installés devant la télévision, ne voyant rien d'autre qu'ils puissent faire – Jean se fit d'ailleurs violence pour ne pas se coller à Marco – et Jean, justement, zappa sur toutes les chaînes. Et il y en avait un paquet. Après avoir fait deux fois le tour et avoir soupiré lourdement, Marco s'était emparé de la télécommande et avait mit ce "film à l'eau de rose pour femme cinquantenaire en manque d'amour", dixit Jean. Ils avaient commenté tout le long du film et rigolé des tentatives ratées du pauvre malheureux. Ils s'étaient d'ailleurs surpris à apprécier le film – dans les limites du raisonnable, évidemment.

Jean proposa à Marco de choisir le film et il le mit. Ils se réinstallèrent, mais Marco s'affala plus dans le canapé cette fois-ci, étendant ces jambes vers Jean.

Celui-ci essaya de faire comme s'il n'avait pas vu, mais il avait terriblement envie de faire de même, pour que leurs jambes se croisent et qu-

- Il faut lancer le film, Jean.

Gêné, il prit la télécommande sous le regard amusé de Marco.

Une fois le film finit, Jean se tourna vers Marco pour lui demander s'il voulait aller dormir, mais celui-ci s'était visiblement déjà assoupi. Jean resta un moment à le détailler en train de dormir. Il était presque mignon comme ça… Il n'avait absolument pas envie de le réveiller, et le laisser dormir dans le canapé serait une mauvaise idée… Il pourrait… profiter de son sommeil pour retirer son masque et enfin voir son visage ? Non ! Non. Mauvaise, très mauvaise idée. À effacer. Sinon… Il pourrait le porter jusqu'à sa chambre. Oui. Et comme il n'a pas d'autre lit… C'est l'excuse parfaite pour dormir avec lui, non ?

Décidé, Jean se leva et, délicatement, il passa un bras sous les genoux de Marco, et un autre dans son dos pour le soulever et le coller contre lui. Il soupira légèrement en remarquant que celui-ci dormait toujours. Il amorça un premier pas vers sa chambre, prévoyant de marcher lentement à pas de velours et il s'imaginait déjà dormir avec Marco. Mais un frisson remonta le long de son dos et ses joues rosirent quand Marco ouvrit un œil pour le fixer avec amusement.

- Tu aurais pu me réveiller.

Jean ouvrit la bouche, mais resta un instant silencieux, cherchant une justification autre que "Bah, je voulais absolument te porter pour dormir avec toi, tu sais, comme dans les films à l'eau de rose pour femme cinquantenaire en manque d'amour…". Ouais. Ça le faisait pas trop.

- Bah, je voulais pas te réveiller, et je pouvais pas non plus te laisser dormir dans le canapé, parce que, demain, t'aurais eu hyper mal au dos, je le sais, moi-même j'ai déjà dormi dedans et le lendemain j'avais super mal partout et je-

- C'est bon, j'ai compris, Jean crétin.

Jean le regarda en fronçant les sourcils.

- Et pourquoi pas jambon tant que t'y es ?

Marco fit un grand sourire.

- Je préfère j'envoie, j'enregistre, ou j'emménage.

- …

- J'enracine ?

- Ouais. Au moins, ça, c'est un auteur connu.

Et Jean garda Marco dans ses bras, décidant de le porter quand même jusqu'à sa chambre. Après tout, l'autre n'avait pas vraiment l'air contre…

Il le déposa sur son lit puis prit un air gêné.

- Heu… T'as cas dormir là, et moi je prends le canapé… J'ai pas d'autres lit et je peux pas squatter la chambre de mes parents, car ils rentrent vers le milieu de la nuit…

- Ou sinon, comme tu as un lit deux places, tu dors ici. Ce serait idiot d'avoir super mal partout demain…

- Mouais…

Jean regarda un peu sa chambre, gêné. Il avait essayé de la ranger. Essayé. Mais comme toujours, essayer, c'est bien, réussir, c'est mieux. Il grimaça et se dirigea vers son armoire d'où il sortit deux pyjamas en lançant un à Marco.

- Je… vais me changer dans la salle de bain…

Et Marco le vit disparaître derrière la porte. Il sourit et se mit en pyjama rapidement, gardant tout de même le gant à sa main droite et son col roulé au lieu du haut de pyjama. Il s'installa dans le lit côté mur juste avant que Jean ne revienne et éteigne la lumière avant de s'installer dans son lit à son tour.

- … Bonne nuit.

- Hm… Toi aussi.

Et ils s'endormirent.


Je veux savoir ! Qui s'est fait avoir par le tout début ? XD (j'espère qu'il y en a, c'était un peu le but quand même… x') )