*Retour sept mois plus tard, en mars. *
- Vous savez tous que je tiens beaucoup à notre règle de ne jamais poser de question. Indispensable à la cohésion de ce groupe, tout ça. Je vais juste demander si on pourrait dans ce cas envisager une exception, reprit Josh.
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Deryn sorti de la stupeur qu'elle avait ressenti à l'annonce d'Augustus. La petit Heather lui adressa son sourire le plus désarmant, lui tendant les bras.
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- Oui, répondit Augustus.
- Oui, j'ai le droit de demander ou oui, tu vas nous raconter ?
- Techniquement, la deuxième proposition n'est pas une question, précisa Brieg.
- C'est très juste, tout à fait…
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Heather était retournée dans les bras de la femme qui accompagnait Augustus. Elle n'avait toujours pas dit un mot.
- Est-ce que tu es la mère de Heather ? La femme d'Augustus ? Lui demanda Deryn.
Elle parut soulagée qu'on lui adresse enfin la parole.
- Je suis la mère de Heather, mais pas la femme d'Augustus.
- Son ancienne femme, pardon.
- Non, vraiment, pas du tout. Je ne connaissais pas Augustus il y a un mois et demi. Je m'appelle Verity.
- Ok, on est d'accord que là, on peut poser des questions, intervint Josh.
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Heather enfouit plus profondément son visage dans l'épaule de Verity, qui lui lissait les cheveux en l'embrassant affectueusement.
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Augustus s'éclaircit la gorge.
- Tu te souviens, je t'avais raconté que ma femme était enceinte quand elle a voulu tout oublier ?
- Ce n'est pas un détail qu'on oublie.
- Je savais qu'elle avait accouché, et n'avait pas voulu s'occuper du bébé. J'ai fait ce que j'ai pu pour récupérer Heather, mais la loi sorcière… Enfin, disons qu'elle n'est pas tendre avec les loups-garou.
- Ça aurait posé quelques petits problèmes de t'en occuper seul pendant les transformations, intervient Josh.
- J'avais des solutions, mais je n'ai même pas eu l'occasion de les proposer. Aucun juge n'a voulu me recevoir, prétendant que sa mère avait choisi foyer d'adoption moldu et que les loups-garou n'ont plus de droits à l'autorité parentale.
J'ai trainé autant que j'ai pu dans ce foyer, jetant des sortilèges aux puéricultrices pour que ça ne soit pas trop suspect.
Elle y est restée très longtemps, plus que tous les autres enfants à l'adoption.
C'était affreux, parce que je voyais bien qu'elle serait plus heureuse dans une famille, mais d'un autre côté, je ne pouvais pas me résoudre à…
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Il s'arrêta, et passa douloureusement sa main sur ses yeux.
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Comme Augustus ne reprenait pas son histoire, les regards se tournèrent vers Verity. Elle prit la parole, caressant machinalement les cheveux de Heather, endormie dans ses bras.
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- Il y a quelques années, mon mari et moi, on a compris qu'on n'aurait jamais d'enfant. On a bataillé avec la justice des sorciers pour qu'ils nous donnent l'agrément pour adopter un enfant.
Ils ont été très pénibles, parce qu'ils répugnent à ce que leur précieux sang pur soit corrompu par celui d'enfants adopté, comme si ça n'avait pas existé depuis toujours.
On avait juste besoin d'un agrément, pour dire qu'on était des gens normaux à qui l'état reconnaissait le droit d'adopter et ensuite aller toquer à l'étranger pour voir s'ils voulaient bien de nous comme parents.
Ça a été une bataille sans nom. Ils sont venus plusieurs fois vérifier notre appartement. On a dû apporter un nombre incalculable de témoins de moralité.
Quand on a enfin obtenu gain de cause, les autres pays avaient vu le retour de Vous-savez-qui et fermaient leurs adoptions aux couples anglais. Et évidement, le ministère sorcier ne s'est jamais occupé d'accueillir les petits orphelins, les envoyant systématiquement dans les foyers d'accueil moldus.
Sauf qu'il n'était plus question non plus d'autoriser l'adoption d'enfants d'orphelinats moldus.
Mon mariage a sombré avec cette dernière déception.
Ça faisait des années que notre relation se construisait autour de cette parentalité future, et son échec, ça a été le coup de grâce final.
Surtout qu'on ne s'entendait plus tant que ça sur les autres sujets, et en pleine guerre entre les sorciers partisans du sang pur, il vaut mieux… Etre sur la même longueur d'onde sur ce point.
Je m'apprêtais à partir pour la France. Je n'ai pas grand-chose à craindre de Vous-savez-qui, mais dans le doute… Et puis je commençais à n'avoir plus que des mauvais souvenirs en Angleterre.
Un peu avant mon départ, hum… Quelqu'un, est venu toquer à ma porte.
- Quelqu'un ?
- Bon, vous avez pu la connaitre et vu le coté très illégal de la chose, on va dire que c'est juste… Une personne qui avait accès au registre de tous les futurs élèves de Poudlard, et qui voulait protéger au mieux les enfants nés de moldus.
A priori, elle s'était débrouillée pour prévenir les familles moldues de ces enfants, leur expliquant avec délicatesse les dangers qui les guettaient et les encourageant à quitter le pays.
Mais elle était ennuyée par le cas d'un bébé en foyer d'adoption.
Elle avait entendu parler de ma bataille judiciaire pour avoir le droit d'adopter.
Elle est venue chez moi, et m'a expliqué tout ce qu'elle savait de Heather.
Pardon Augustus, mais personne ne savait que tu existais. Tu avais été purement et simplement effacé des dossiers.
Pour moi, Heather était la fille d'une née-moldue devenue un peu folle et de père inconnu. Elle n'avait aucun parent connu qui aurait pu accepter de la protéger dans cette période.
Ce que Mac G… Pardon, ce que la personne avait en tête…
Elle envisageait qu'on ne demande rien à personne et que j'emmène Heather pour m'occuper d'elle comme si je l'avais adopté légalement.
J'ai bien sûr pensé à ce qu'il allait se passer après la guerre. On m'accuserait d'enlèvement d'enfant, je pourrais aller en prison et Heather…
Mais… Mais qui sait combien de temps va durer la guerre et… En fait, l'idée qui occultait tout le reste, c'était que le bébé d'un an dont j'avais en main la photo avait besoin de moi, et que j'allais enfin devenir maman.
Je suis allée avec M… Avec la femme chercher Heather dans sa pouponnière. Je l'ai immédiatement aimée. Elle est si adorable, vraiment le bébé le plus parfait qu'on puisse envisager.
On a essayé de mimer le plus possible un processus d'adoption, laissant à Heather le temps de s'adapter à nous. Mais on était un peu pressé par la guerre qui nous rattrapait.
Heather et moi avons pris la fuite. J'avais fait comme vous, aménagé une caravane, sauf qu'elle ne restait pas statique. On a roulé à travers tout le pays.
Mais Heather et moi on était heureuse.
Bien sûr, j'étais un peu épuisée en permanence, parce que ce n'est vraiment pas facile de s'occuper d'un bébé seule. Je m'attendais à la difficulté, j'ai eu sept frères et sœurs plus jeunes et encore plus de neveux et nièces, et j'ai tellement rêvé d'être mère que ce n'était pas grave.
Le plus bizarre, c'était… Bon, maintenant, je sais que c'était Augustus, mais un loup qui nous suivait parfois. Heather était toujours la première à le repérer et sautait toujours de joie à ce moment-là.
Moi j'étais plus inquiète. Je ne savais pas comment tu passais nos défenses, ni ce que tu nous voulais, et je n'étais pas sure que tu avais toujours pu boire du tue-loup….
- Je ne serai jamais venu sinon. Je ne pensais pas que tu me voyais, je suis désolé de t'avoir fait peur…
- Comment faisais-tu pour nous retrouver ?
- Un peu le flair. C'était toujours par hasard que je retrouvais votre odeur à Heather et toi. Je voulais juste m'assurer qu'elle allait bien…
- Tu avais dû être très touché par l'adoption, intervint Deryn, je ne comprends pas qu'on n'ait rien remarqué…
- Affreusement… Mais en même temps, j'étais très soulagé. Heather avait l'air d'aller bien, elle était en sécurité, et ce que je voyais de Verity était très rassurant. Elle avait au moins un vrai parent sur lequel compter…
- Alors qu'est-ce qui ?...
- Une pneumonie, répondit Augustus. Je n'avais pas l'intention de leur imposer ma présence, mais elles étaient toutes les deux malades…
- C'était ce que j'ai vécu de pire. J'avais de plus en plus de mal à rester consciente, et en même temps j'étais seule pour m'occuper d'Heather. La pimentine ne faisait aucun effet sur elle, elle était brûlante.
J'étais aux portes d'un hôpital moldu pour leur demander de l'aide quand Augustus m'a adressé la parole.
- J'ai dû te paraitre très bizarre…
- Un peu, mais j'étais tellement fiévreuse que je ne m'en suis pas rendu vraiment compte. J'ai juste compris que tu m'as proposé ton aide plutôt que celle des moldus. Heather t'a tendu les bras comme si elle te connaissait, et je ne sais pas pourquoi, j'ai eu envie de te faire confiance.
Un silence suivit.
- Mais après ? demanda Dirk.
- Je me suis réveillée, je crois plusieurs jours plus tard, avec l'impression d'être passée sous un train. J'étais dans la caravane, et Heather dans mes bras, elle allait beaucoup mieux et gazouillait. C'est elle qui m'a réveillée.
Augustus l'a prise avec beaucoup de douceur pour lui donner un biberon. Elle lui faisait des grandes risettes et riait aux éclats.
En les voyant, je ne sais pas pourquoi mais c'était évident, c'était les mêmes yeux, le même front. J'ai compris tout de suite qu'il était le père de Heather, et je n'ai objectivement aucun droit sur elle…
- Mais si, bien sûr que si. C'est moi qui n'en ai aucun…
- Bref, il n'avait pas l'air de vouloir m'arracher Heather. Alors j'ai pris mon temps pour réfléchir.
Des parents, les enfants en ont en général plus d'un. Heather arriverait parfaitement à gérer d'en avoir deux, même sans qu'ils soient un couple à proprement parler.
Et ça serait plus facile de ne pas être seules, surtout en pleine guerre.
- Vous n'aviez pas vraiment besoin de moi…
- Non, ce n'était pas nécessaire, mais on a choisi toutes les deux que c'était la meilleure chose à faire, même si tu es…
- Un loup-garou ?
- Bin… Bon, je ne suis pas une grande défenseuse de votre cause.
Vous me faites peur, et j'ai toujours eu l'impression que ça serait mieux que vous ne vous approchiez pas trop des gens norm… Non contaminés.
Mais Heather est ta fille, elle t'aime, tu l'aimes, et ta maladie… On peut faire avec…
- Et donc tu as accepté de suivre Augustus ici ?
- Je l'ai plutôt convaincu de nous y amener. C'était plus facile que ça n'y parait, parce qu'à partir du moment où il a pris Heather dans ses bras, devant l'hôpital, je ne suis pas sure qu'il l'aurait vraiment laissée repartir.
