Note : Je ne suis pas très satisfaite de ce chapitre… Mais bon, on va dire que c'est le contrecoup de NaNoWriMo ! Par chance, ça fait un moment que je me botte le train pour pouvoir poster à Noël (heureuse, Liliceine ? =D), ça m'oblige à ne pas me lamenter des jours durant sur un vague sentiment d'insatisfaction. Pour les curieux, je pense… que nous sommes à peu près aux deux tiers de cette fic. Je vise encore 4 ou 5 chapitres, mais me connaissant, ça n'a aucune valeur contractuelle…

Deux personnes m'ont demandé des précisions sur le système des classes de riders. C'est vrai que c'était assez flou jusqu'à maintenant, cette gêne devrait être corrigée après votre lecture de ce chapitre. Ca, et le suspens insoutenable du précédent, paraît-il. :D

Avertissements pour ce chapitre : Encore et toujours des gros mots… Naruto, enfin, il y a des enfants dans ce chapitre !


Chapitre 9 : Envol


J'ai vraiment cru que Gaara s'améliorait après sa défaite. Il parlait plus, et même s'il souriait toujours rarement, il se mettait beaucoup moins en colère. Il avait commencé à parler d'honneur, et de ne pas vouloir couvrir son frère et sa sœur de honte. Ca me faisait vraiment plaisir…
Mais je crois qu'il a décidé que si Naruto pouvait fuir la queue entre les jambes, l'honneur n'avait pas tant d'importance que ça sur les circuits. Je ne pensais pas que Gaara était si puéril… J'oublie trop vite qu'il n'a que treize ans. Naruto était ce qu'il avait de plus proche d'un ami, et il réagit très mal à ce qu'il interprète comme une trahison. J'ai peur qu'il ne devienne très amer…
Mais bon, je sais que tout ça t'ennuie ! Cette lettre était juste pour t'avertir que j'ai reçu "ordre" de me tenir loin de Konoha. On va devoir mettre nos parties entre parenthèses.

Lettre de Temari Sabaku à Shikamaru Nara


Les spectateurs commentaient encore la dernière surprise de Konoha quand cela arriva.

Forcer Suna à emprunter la corniche en barrant leur trajectoire avec un rider plus lourd, c'était bien joué, commentaient certains. D'autres haussaient les épaules avec un pli sceptique de la bouche. C'était du bol, non ? Si Suna n'avait pas légèrement dévié du centre du col, Konoha n'en aurait pas eu l'opportunité.

Par chance, Ino n'avait pas quitté l'écran des yeux. Inexpérimentée comme elle l'était, elle n'aurait jamais compris ce qui se passait dans le cas contraire.

« Suna quitte la corniche beaucoup trop tôt ! »

La fin de la phrase de Kotetsu fut avalée par une immense clameur.

Comme des milliers de spectateurs autour d'elle, comme Kiba et Hinata, Lee et même Neji, Ino se leva et poussa un cri d'horreur, le regard fixé sur la scène qui se déroulait sous ses yeux. Sur le rider qui commençait sa chute libre vers son adversaire, quelques mètres en contrebas.

La caméra poussa son zoom au maximum, jusqu'à ce que tous puissent voir le casque de Sasuke Uchiwa pivoter.

Et alors que la collision semblait inévitable, le rider de Konoha pivota soudain sur la droite, continuant sur sa trajectoire en un dérapage latéral. Incliné à l'extrême comme il l'était, la roue arrière de Suna passa à peine quelques centimètres au-dessus de la jambe de Naruto.

Tous ces détails, Ino ne s'en rendrait compte que bien plus tard, après avoir revu cette scène au ralenti des dizaines de fois, seule dans son petit appartement.

Pour l'instant, tout ce qu'elle voyait c'était Suna qui réussissait sa réception et poursuivait sur quelques centaines de mètres avant de s'arrêter, et Konoha dont le dérapage incontrôlé prenait brutalement fin dans un grand nuage de poussière : le rider couché sur le côté, ses deux passagers immobiles.

« Une équipe médicale dans le troisième canyon ! » s'exclama Izumo, soudain audible dans le silence assourdissant qui régnait sur les tribunes.

« Les malheureux, avec un rider aussi lourd, ils doivent avoir les jambes broyées… »

A travers la poussière soulevée par la chute, quelque chose bougea. Hinata serra très fort la main de Kiba, pâle comme une morte.

Un casque aux couleurs de Konoha se détacha soudain, comme Naruto appuyait son buste sur ses bras tendus. Il se tourna dans une position inconfortable vers son roue-libre. Qu'il lui ait parlé ou pas, Sasuke extirpa un bras de sous sa poitrine et se redressa lentement.

Un soupir de soulagement général agita les tribunes et Hinata retomba sur son siège comme une poupée de chiffon.

Mais alors que l'équipe médicale apparaissait, surgie de l'un de nombreux recoins cachés du parcours, les deux riders se tournèrent d'un même mouvement sur le dos et se tirèrent d'un coup de reins de sous leur véhicule.

« Que… » s'étrangla Izumo.

« Ils ne sont pas blessés ?! » s'écria Kotetsu.

« Impossible, une chute pareille… »

Mais le brouhaha grandissait à nouveau, incrédule, comme Naruto et Sasuke se relevaient sans rien laisser paraître et se penchaient pour redresser leur rider.

Peu de personnes s'aperçurent que Suna redémarrait et s'éloignait à vive allure. La caméra était entièrement focalisée sur un affleurement de la roche dévoilé par le rider de Konoha. La saillie avait déformé l'armature du deux-roues à l'endroit où elle s'était enfoncée lors de la chute du rider : exactement entre les jambes du pilote et du roue-libre, au point idéal pour empêcher le véhicule de s'affaisser complètement jusqu'au sol.


Naruto fit un signe de la main à l'équipe médicale, et Sasuke et lui hissèrent le rider jusqu'à ce qu'il fasse à nouveau face à la bonne direction. Tourner les roues aurait pris trop de temps, mais il soufflait comme un bœuf et dégoulinait de sueur lorsqu'il reprit place sur la selle.

Naruto n'avait pas compris tout de suite ce qui se passait. Il n'avait pas vu Gaara et Kankuro sauter, ils avaient une roue d'avance sur eux et les visières des casques n'offraient pas une bonne vision latérale.

Ce n'était pas sa tête qui avait réagi lorsque Sasuke s'était soudain raccroché à lui avec la force d'un homme qui se noie, en un mouvement irrationnel qu'il ne lui avait jamais connu. Mais lorsque son roue-libre s'était déporté par réflexe vers la droite, son sang n'avait fait qu'un tour dans ses veines. Quelque chose terrifiait Sasuke, et il fallait que ça s'arrête sur-le-champ.

Il n'avait pas réfléchi, il avait marché purement à l'instinct, suivant le mouvement imprimé par son partenaire jusqu'à sentir le vent causé par la roue arrière de Suna contre sa jambe.

De toute sa vie, Naruto n'avait jamais haï qui que ce soit. Mais il n'avait jamais ressenti une rancœur aussi brûlante que celle qu'il nourrissait soudain envers Gaara.

Sasuke s'installa derrière lui et repassa les bras autour de sa taille.

Malgré l'incroyable tour de force que Naruto avait exécuté en dirigeant le dérapage incontrôlé du rider droit sur un affleurement providentiel, on ne ressortait pas indemne d'une telle chute. Son épaule et sa hanche le brûlaient et gênaient les mouvements de son bras droit. De même, il avait remarqué lorsqu'ils avaient relevé le rider que son roue-libre semblait s'être foulé le poignet.

De fait, Sasuke le surprit en baissant d'autorité la fermeture éclair de son blouson, jusqu'à pouvoir glisser sa main blessée contre la poitrine de son pilote. Puisqu'il ne pouvait plus refermer le poing, la veste ouverte lui servit d'écharpe pour que son bras blessé ne gêne pas leurs mouvements.

C'était le genre de choses auxquels Naruto ne prêtait curieusement pas attention sur la piste, quand il aurait bondi au plafond en n'importe quelle autre circonstance.

Mais il était difficilement temps de s'en soucier, car Suna avait filé depuis belle lurette et des grondements de moteur annonçaient l'arrivée du gros des équipes qu'ils avaient laissées derrière eux.

Le temps que Naruto démarre et qu'ils amorcent leur départ sur un terrain difficile, quatre riders les avaient déjà contournés. Alors qu'ils reprenaient de la vitesse pour revenir en course, trois autres suivirent.

Naruto serra les dents.

Ils n'avaient aucune chance de remonter sept places dans un canyon, avec leur rider de seconde main et leurs blessures. Et pourtant, il fallait qu'ils rattrapent Gaara ! Naruto ne se pardonnerait jamais de lui laisser la victoire, surtout pas après ça !

Au loin, il aperçut un embranchement. En voyant toutes les équipes les précédant emprunter la voie de gauche, il se souvint vaguement que Tsunade avait péroré sur ce passage avant leur départ. La voie de droite leur ferait perdre de la vitesse ?

Il lui jeta un coup d'œil indécis. Pourtant, prendre à droite paraissait plus logique… Le troisième canyon formait une boucle qui revenait vers les tribunes et la ligne d'arrivée. La voie de droite aurait dû être un raccourci.

Les circuits de riders regorgeaient de ce type de piège, il le savait. C'était pourquoi les équipes devaient toujours se renseigner à l'avance sur le parcours. Il n'y avait jamais un seul chemin, mais en pratique, la plupart des riders empruntait un seul et unique itinéraire, le plus rapide, tous obstacles compris.

Il ne savait pas ce qui les ralentirait à droite. Mais s'ils prenaient à gauche, ils ne rattraperaient jamais Gaara.

Et pour Naruto, c'était la première place ou rien.


« Pas de chance pour Suna ! »

« En effet Izumo, cela fait partie des surprises de la piste » renchérit Kotetsu.

« Suna, Suna ! » écuma Ino. « On s'en fiche de Suna. Ils devraient être suspendus de la course, de toute façon ! Pourquoi est-ce que personne ne fait rien ? »

Le large écran était tout entier focalisé sur le rider de tête, qui traversait tant bien que mal une épaisse étendue de sable. A cet endroit, l'une des parois du canyon s'affaissait et on pouvait apercevoir le désert qui s'étendait au-delà du circuit.

« La tempête de sable d'hier soir est arrivée sur le circuit selon un angle inhabituel, et a englouti le Grand Virage » expliqua Genma. « Voilà un exemple type de l'extrême imprévisibilité des circuits de courses de riders. Le personnel de la piste a inspecté les dégâts ce matin et a jugé le circuit praticable malgré tout. »

« Je trouve ça bizarre que Suna n'ait pas été au courant. Tout le monde sait que les officiels du circuit ont été achetés » renifla Kiba.

« Avec l'enquête que le Comité Sportif mène sur les pratiques du circuit du Sable en ce moment ? » commenta calmement Sai. « Même s'ils l'avaient su, ils auraient été stupides d'en profiter. Surtout après le petit écart de conduite de Gaara. »

« Un petit écart de conduite ?! C'est comme ça que tu appelles ça ? »

Sai parut stupéfait d'entendre Ino lui crier dessus.

« C'est quand même dingue ! Tout le monde sait qu'ils l'ont fait exprès, et personne ne réagit ! » s'emporta-t-elle. « C'aurait pu être grave. Il y aurait pu y avoir des morts, bon sang ! »

« Pas la peine de hurler sur ce pauvre type » intervint Kiba, pris d'un étrange accès de sympathie devant l'expression démunie de Sai.

Pourtant, il ne l'aimait pas spécialement, celui-là. Mais il savait bien quel effet ça faisait quand Ino se mettait à crier.

« C'est pareil partout, de toute façon. Ce sont les écuries les plus riches qui donnent de leurs fonds pour la construction des circuits. Par exemple, le circuit de la Feuille a été construit à Hi no kuni grâce à Konoha. Du coup, il n'est pas rare que les écuries ne jouent pas le jeu et continuent à mettre leur grain de sel dans la gestion du circuit qu'elles ont financé. »

« Tu es en train de me dire que toutes les écuries trichent sur leur circuit, et que personne ne dit rien ? » répondit-elle lentement, d'un ton qui n'augurait rien de bon.

« Ben… » fit-il, souhaitant ne pas avoir ouvert la bouche. « Presque toutes, oui. Mais Suna remporte la palme. »

« Mais et votre Comité Sportif à la noix, alors ? Et la presse ?! Elle ne dit rien la presse ? » s'emporta-t-elle à nouveau.

Sa voix atteignait des aigus désagréables qui le firent grimacer. Fort heureusement, une exclamation de Genma ramena l'attention de tout le monde sur l'écran géant.

« Konoha a pris la voie de droite ! »

Loin derrière Suna, d'autres riders avaient commencé à patauger dans le sable. L'image alla se ranger dans un coin, sous la carte du circuit. Une vue aérienne de l'embranchement précédent s'afficha en grand, permettant de distinguer la fin de la file d'équipages qui se ruaient dans le couloir de gauche, et l'unique deux-roues progressant dans celui de droite.

« Décidément, cet Uzumaki nous réserve bien des surprises ! » s'exclama Kotetsu. « Après l'extraordinaire conclusion de ce fameux dérapage, une fois de plus, on est incapable de dire s'il s'agit là d'un talent et d'un instinct incroyables, ou bien d'un pur coup de chance. »

« Voilà en tout cas une occasion pour Konoha de remonter quelques places après sa chute. »

« Comme vous le dites, Izumo, » ajouta Genma, « mais la première place semble malgré tout jouée d'avance. Car après tout, l'équipe de Suna est spécialiste de la progression en terrain meuble, et ça se voit. »

L'image de la tête du peloton revint s'afficher sur une moitié de l'écran. En effet, Suna progressait avec prudence mais visiblement plus vite que ces successeurs.

« Oui, et n'oublions pas que la voie de droite n'est généralement pas employée pour des raisons bien légitimes. »

Le schéma du circuit grossit brièvement pour illustrer l'explication.

« Elle grimpe au-dessus du couloir inférieur en une pente assez raide qui ralentit les riders. »

« Puis elle coupe la formation rocheuse que contourne le Grand Virage, » poursuivit Kotetsu, « ce qui en devrait en faire un raccourci. »

« Mais en empruntant des passerelles aériennes, elle serpente ensuite à gauche, puis à droite de la voie principale, qui elle reste rectiligne. »

« Si Naruto laisse ces enfoirés gagner, » déclara soudain Ino, « je ne lui pardonnerai jamais. »

Son regard était dur, et il était clair qu'elle était sérieuse.

« Tu t'enflammes beaucoup, pour quelqu'un qui ne connaît rien au sport » fit remarquer Neji.

Les mains posées sur ses jambes croisées, ses yeux pâles posés sur l'écran, il paraissait très calme.

« Oh allez, tu vas me dire que ça ne te met pas royalement en rogne, peut-être ? » s'exclama-t-elle.

Neji ne répondit rien. Il posa silencieusement une main sur celle d'Hinata qui reposait sur son bras, tremblante, et son sourire donna froid dans le dos.

Assis près d'Ino, Sai les observait tous sans mot dire.


La paroi de gauche disparut, et Naruto eut soudain une vue plongeante sur la voie que leurs adversaires avaient pris. A en juger par le bref soubresaut des doigts de Sasuke, il était tout aussi surpris que lui par le spectacle.

Les riders manœuvraient à la queue leu leu sur une épaisse couche de sable, les écarts se creusaient et se défaisaient à chaque fois qu'un équipage s'enlisait. Le chemin sur lequel ils évoluaient n'était pas entièrement épargné, mais le sable s'était massé contre la paroi opposée et il y avait tout juste la place pour le passage d'un rider.

Loin devant la file de riders en contrebas, Naruto repéra la veste sable de Gaara. Suna approchait à bonne allure de la fin de la zone ensablée. Ce que les deux riders ne pouvaient pas savoir, c'était que Konoha était presque directement au-dessus d'eux.

Un large sourire mangea le visage de Naruto. Son raccourci avait payé !

Une pression de Sasuke le rappela à l'ordre. Il reporta son attention sur l'avant, et ne put retenir un juron.

Pour contourner une masse rocheuse, la piste qu'ils suivaient bifurquait et traversait un pont de pierre vers l'autre côté du canyon. Plus loin, il pouvait voir une passerelle qui les ramènerait de ce côté, puis la piste qui descendait en pente douce pour rejoindre la voie en contrebas.

C'était trop long ! Ils perdraient leur peu d'avance sur Suna s'ils ne faisaient pas quelque chose !

Naruto jeta un regard affolé sur le rider de tête, puis sur la passerelle qu'ils s'apprêtaient à traverser. Il lécha sa lèvre supérieure humide de sueur.

Il ne pouvait pas se permettre d'erreur. Il voulait cette victoire à tout prix, excepté la vie de Sasuke.

Il ne savait pas s'il était devenu plus lâche ou plus sage. A douze ans, il aurait décidé qu'il était lâche. Mais même si c'était idiot, même si l'accident n'avait jamais vraiment été sa faute, il refusait que Sasuke paie encore pour ses erreurs.

Il ne savait pas comment Sasuke faisait ça, décida-t-il quand son partenaire le pinça de toutes ses forces à travers sa veste, lui arrachant une grimace. Le message était clair.

« Cesse de faire l'idiot, abruti. »

C'était injuste qu'il sache toujours à quoi il pensait. Vraiment injuste.

Les roues produisirent un écho lorsqu'ils s'engagèrent sur le pont. Naruto fixa l'autre extrémité de la passerelle, le regard brûlant de détermination.

Sasuke continuerait à savoir quand il pensait à des choses idiotes, et il continuerait de le pincer à travers sa veste. Parce que si Naruto devait bannir les erreurs de sa vie, il le ferait.

Leur rider quitta le pont et se lança dans le vide.

D'un même élan, Sasuke et lui forcèrent les roues vers l'horizontale, jusqu'à ce qu'elles rencontrent la paroi du canyon. L'unique main mobile de Sasuke tremblait sous l'effort.

En contrebas, Gaara les aperçut et écarquilla les yeux.


« Qu'est-ce c'est que ça ? » s'écria Kotetsu.

Ses mots furent une nouvelle fois presque avalés par les cris de la foule debout et hystérique.

« Le Mouvement de la Feuille Morte ! » s'exclama Genma, la stupéfaction se glissant pour la première fois dans sa voix. « La célèbre et rarissime technique de l'écurie Konoha ! »

Konoha roulait littéralement sur la paroi du canyon selon une trajectoire descendante. Comme le rider se détachait finalement de la roche, ses passagers exécutèrent une torsion de reins phénoménale et firent pivoter la lourde armature. Après avoir franchi plusieurs mètres en chute libre, les roues du rider trouvèrent enfin le mur opposé.

Le sol des tribunes tremblait littéralement sous les piétinements. Ino avait agrippé Sai comme une bouée de secours, le regard rivé sur l'écran. Le roue-libre la fixait avec la plus parfaite incompréhension.

Konoha avait agi dans le col extrêmement étroit qui annonçait la fin du circuit. A cause du resserrement du canyon, les derniers mètres de paroi n'étaient pas verticaux.

Konoha dévala à toute allure la forte pente et rejoignit la terre ferme en coupant la trajectoire de Suna, une vingtaine de centimètres à peine les séparant de la collision.

Ino hurla littéralement de joie, et sa voix se perdit dans une immense clameur. Les commentateurs semblaient avoir renoncé à se faire entendre, et attendaient comme les derniers spectateurs sceptiques, retenant leurs respirations, que les riders atteignent la ligne d'arrivée.

Deux équipages déboulèrent coup sur coup du canyon sur la dernière ligne droite. Tous les autres riders semblaient oubliés.

Suna déboîta et poussa son moteur au maximum, tentant désespérément de remonter son concurrent. Mais leurs machines se valaient.

Lorsque Konoha franchit le premier la ligne d'arrivée, il ne restait dans les gradins pas une seule personne assise.


Naruto immobilisa le rider à quelques centaines de mètres de la ligne d'arrivée. Il soufflait comme une forge et la chaleur lui faisait tourner la tête. Son premier geste fut d'ôter son casque, sans se rendre compte que l'écran géant des gradins présentait pour la première fois un zoom de son visage.

Il aperçut Sakura et un autre mécano courant vers eux. Tant qu'ils ne les avaient pas rejoints, il ne pouvait pas quitter le rider.

Suna s'arrêta un peu plus loin sur leur droite. Les dents serrées, il les observa pendant que Kankuro ôtait son casque et se tournait vers son frère.

Naruto pouvait sentir contre son dos la respiration rapide de son partenaire. Sasuke se reprit finalement et se redressa, tirant sa main blessée de sa veste. Naruto ravala sa sollicitude, sachant qu'elle serait mal perçue.

« Naruto ! » s'écria Sakura dès qu'elle parvint à portée de voix.

La mécanicienne avait les joues roses et les yeux brillants.

En une rare démonstration de clairvoyance, Naruto plaça son casque devant son visage au moment où elle levait le poing. Pour la peine, elle l'abattit sur le haut de son crâne.

« Ne me faites plus jamais une peur pareille ! » intima-t-elle, les poings sur les hanches. « Vous vous imaginez dans quel état vous avez plongé tout le monde ? On vous croyait déjà morts ! »

L'autre mécanicien, pourtant un homme d'âge mûr, s'approcha en catimini. Il s'empara du guidon du rider d'un geste timide sans cesser de la surveiller du coin de l'œil, souhaitant clairement qu'elle ne le remarque pas.

« Désolée Sakura » marmonna distraitement Naruto. « Frappe-moi plus tard, ok ? »

Il se leva difficilement et lui tendit son casque, de sorte qu'elle n'eut d'autre choix que de le prendre. Estomaquée, elle le suivit des yeux pendant qu'il s'éloignait. Elle réalisa qu'il se dirigeait droit vers Suna. Cet idiot n'allait quand même pas régler ses comptes devant les caméras ?

Un soupir impatient l'empêcha de s'élancer à sa poursuite. Elle se retourna vers le rider. Sasuke était très pâle et ses cheveux lui collaient aux joues, mais son expression était agacée. Il se leva à son tour et offrit son casque à Sakura sans la regarder.

Comme si c'était parfaitement naturel. Comme s'il n'y avait pas eu huit ans qu'il lui avait demandé un service, et qu'elle ne lui avait pas fait comprendre qu'elle ne lui pardonnerait jamais vraiment d'avoir abandonné Naruto.

Et pourtant, plutôt que de s'offusquer d'être prise pour un porte-manteau, elle accepta l'équipement d'une main hésitante, et le laissa rattraper lui-même son pilote.

Naruto avait presque atteint le rider de Suna. Une poignée de mécaniciens s'affairaient autour du deux-roues et de ses passagers. Autour d'eux, les autres équipes de la course s'arrêtaient les unes après les autres.

Gaara le vit approcher par-dessus l'épaule de Kankuro et baissa le menton sans le quitter des yeux, le regard indéchiffrable. Naruto se dirigea vers lui malgré ses jambes douloureuses, mais une main sur son épaule l'immobilisa.

« Arrête ça, imbécile » le tança Sasuke. « Qu'est-ce que tu pourrais avoir à lui dire que tu ne lui aies déjà dit il y a huit ans ? Si ça ne rentre pas mieux cette fois-ci, ce ne sont pas tes insultes qui y changeront quelque chose. »

Naruto le scruta. Le visage de Sasuke était tout blanc, à l'exception de deux tâches de couleur que la chaleur avait amenées sur ses joues. Malgré son regard hautain, il avait l'air d'un pierrot. La sueur luisait dans le creux de son cou, et sa poitrine se soulevait irrégulièrement. Son bras droit pendait à son côté, inutile et rigide.

« Juste une seconde » dit-il en se détournant.

Sans lui laisser le temps de répliquer, il échappa à sa prise et couvrit les derniers mètres qui le séparaient de Gaara.

Sasuke soupira d'impatience, mais renonça à l'intercepter. L'idiot n'avait pas l'air prêt à jouer des poings, pourquoi devrait-il s'en soucier s'il voulait gaspiller son temps et sa salive ?

L'abruti semblait étonnamment calme, constata-t-il comme Naruto s'adressait à Gaara sans grands gestes désordonnés des bras. Il ne criait pas non plus, et l'expression de Sabaku ne semblait pas indiquer qu'il se montrait agressif.

Gaara tourna soudain un regard perçant dans sa direction. Sasuke retint un haussement de sourcil et demeura impassible. Leur face-à-face fut de courte durée, comme Naruto saluait Kankuro d'un hochement de tête et revenait déjà.

Gaara le regarda s'éloigner, et Sasuke fut surpris de voir une expression troublée sur son visage. Kankuro adressa la parole à son frère, un sourire hésitant aux lèvres, et Gaara fixa un regard pensif sur lui. Sa réponse sembla grandement étonner son aîné.

Près du rider, Temari observait ses deux frères avec un air étrangement attendri. Elle remarqua que Sasuke la fixait et lui adressa un clin d'œil et un large sourire. Il ne put cette fois retenir son haussement de sourcil.

« Hé, Naruto ! » cria la mécanicienne blonde.

Sa voix porta de manière impressionnante au-dessus du brouhaha. Naruto se retourna au moment où il atteignait Sasuke, surpris.

« Dis à Shikamaru qu'on a beaucoup trop de retard sur notre prochaine partie d'échecs, d'accord ? »

Joviale, elle les salua d'un large geste du bras auquel Naruto, le premier instant de stupéfaction passé, répondit volontiers.

« Ok ! » hurla-t-il en retour.

Elle se mit à rire, puis retourna à sa tâche.

Naruto reporta son attention sur Sasuke, sourire aux lèvres.

« Allons-y, avant que Sakura ne s'énerve. C'est pas tout ça, il faut qu'on te fasse rafistoler ! »

Sasuke lui emboîta le pas, et suivit le regard de l'idiot vers son poignet. Il lui adressa un regard torve.

« Tu n'as pas tout compris, hm ? » dit-il, même pas étonné.

« Hein ? Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire, ça ? »

Pour toute réponse, Sasuke désigna du menton les gradins devant eux.

Naruto leva les yeux et aperçut pour la première fois la foule agitée. Des milliers de personnes avaient les yeux fixés sur eux. Légèrement sur la droite, des gens tenaient encore déployés une immense banderole où "Allez, Konoha !" était écrit en lettres de feu. Le tissu ondulait au rythme des accolades et des acclamations qui résonnaient comme une immense cohue.

Des haut-parleurs surgit la voix de Genma, et Naruto y prêta finalement attention.

« … les concurrents se préparent à la remise des prix imminente. Et pour la première fois en cinq ans, la coupe du circuit du Sable sera décernée à une autre équipe que Suna ! »

Une nouvelle salve d'applaudissements résonna à ces mots. Tous ces gens sautaient et riaient, faisaient de grands gestes du bras et les félicitaient à pleine voix.

Les yeux écarquillés, Naruto ne parvenait plus à refermer la bouche.

« … oh, putain » s'écoula de sa gorge dans un filet de voix.

Sasuke lui adressa un rictus arrogant.

Et c'est avec cette même expression sur le visage qu'il souleva dix minutes plus tard la coupe de son bras valide, l'exposant aux yeux de la foule transportée, ses doigts frôlant sur le métal froid ceux de son partenaire radieux.


L'Ichiraku avait été réservé toute la soirée pour l'occasion. Le patron Teuchi n'avait fait aucune difficulté : à eux tous, ils représentaient une belle clientèle pour son petit bar-restaurant. Et en pleine semaine, l'opération était rentable.

C'est ce qu'il avait dit à sa fille, mais Ayame savait bien que même s'ils avaient été trois et avaient réservé un samedi, il aurait quand même accepté. Non seulement parce qu'il ne savait pas dire non à Naruto, mais aussi parce que deux jours auparavant, père et fille avaient exceptionnellement fermé le restaurant en pleine journée pour regarder une course de riders, alors que ni l'un ni l'autre n'appréciait ce sport.

Les premiers clients arrivaient les uns après les autres, les saluant et s'installant sans faire de manière. Kiba et Hinata étaient là, ainsi que Tenten, qui avait récemment commencé à fréquenter le groupe. Ino l'avait déjà entraînée dans une conversation typiquement féminine, s'il fallait en juger par leurs gloussements.

La clochette au-dessus de la porte d'entrée tinta, annonçant l'arrivée de Sakura et de trois jeunes hommes qu'Ayame ne reconnut pas. Probablement des employés de Konoha, raisonna-t-elle. L'un semblait prêt à s'endormir, le second lisait déjà d'un air gourmand l'ardoise affichant le plat du jour, et le troisième, bien que joli garçon, avait un visage assez fermé.

La jeune mécanicienne laissa Kiba et Ino faire les présentations et se dirigea vers le bar où se trouvait Ayame.

« Bonsoir. Naruto n'est pas arrivé ? »

« Non, pas encore. »

« C'est bizarre » fit Sakura, interloquée. « J'aurais cru qu'il serait le premier là. »

Ayame haussa les épaules en souriant. La brusque entrée de Lee, qui avait sans nul doute aperçu sa petite-amie par la fenêtre, ne lui laissa pas le temps de répondre.

« Sakura ! Soleil de ma vie ! » s'exclama-t-il dramatiquement.

Neji entra à sa suite et ôta posément sa veste.

Au cours de la demi-heure suivante, Ayame vit s'amasser une clientèle plutôt hétéroclite.

La célèbre roue-libre Anko Mitarashi passa la tête par la porte et demanda :

« C'est ici, la sauterie ? »

Apercevant les bouteilles sur les tables, elle s'y dirigea en courant.

« Wouhouh, de l'alcool ! »

La suivirent d'un pas plus calme son pilote Ibiki et un étrange homme aux cheveux gris et au visage couvert par un foulard.

Plus tard, la directrice de Konoha en personne fit son entrée, trois adolescents sur les talons.

Un homme que Kiba appela "Professeur Iruka", clairement intimidé par tout ce monde, s'excusa de son retard : il avait eu du mal à trouver l'adresse.

Il fut mieux accueilli que le célèbre Jiraiya, que son ancienne partenaire Tsunade corrigea promptement pour ne pas être arrivé à l'heure.

Et quand tout ce beau monde fut enfin là, on s'étonna une fois de plus de l'absence des deux principaux concernés.

« Naruto ne répond pas » gronda Sakura, son téléphone à l'oreille. « Celui-là, je vais lui apprendre à recharger son portable… »

« Au moins, l'alcool est bon » commenta philosophiquement Anko en se resservant une rasade.

La porte d'entrée s'ouvrit au vol et deux personnes titubèrent à l'intérieur. Naruto avisa les vingt paires d'yeux posés sur eux.

« Hahaha ! » rit-il en frottant sa nuque d'un geste embarrassé, hors d'haleine. « Désolé pour le retard. J'ai dû forcer cet enfoiré à mettre autre chose qu'un costume trois-pièces ! »

Pour la peine, Sasuke lui infligea une taloche de sa main valide.

« Je sais que c'est difficile pour toi de faire la différence entre une cravate et un rideau, mais une chemise n'est pas un "costume trois-pièces"… »

Naruto n'avait qu'à moitié réussi à le faire renoncer aux chemises et pantalons droits qu'il portait d'habitude en dehors des entraînements. Pour l'occasion il portait un jean noir, mais une chemise blanche à manches courtes était ouverte sur son T-shirt bleu sombre. Son poignet droit était étroitement bandé.

Il paraissait étonnamment plus jeune ainsi, songea Sakura.

« Bon alors, quand est-ce qu'on mange ? » lança Naruto en entraînant son coéquipier vers les tables.

« On vous attendait, figure-toi ! » s'indigna Sakura. « Même Kakashi est arrivé à l'heure, c'est dire ! Et d'ailleurs, où est ton portable ? »

Naruto s'assit près d'elle et parut réfléchir intensément à cette question. Sasuke sembla exaspéré que la seule place libre soit juste à côté d'un tel concentré d'idiotie, mais s'installa sans mot dire.

Les conversations reprenaient déjà autour des menus qu'Ayame distribuait à tour de bras.

Sasuke avait consacré bien plus de temps qu'il ne l'aurait dû à la recherche d'un moyen de persuader Naruto que sa présence à la soirée n'était pas nécessaire. Son dernier recours avait été de rester chez lui en espérant que l'idiot serait trop occupé pour venir le chercher quand il comprendrait qu'il n'avait aucune intention de se déplacer.

Bien sûr, cela avait lamentablement échoué lorsque cette erreur de la nature avait débarqué à sa porte et s'était mis en tête de retrouver les jeans enfouis au fond de son placard. S'en étaient suivis une empoignade et beaucoup de cris, et Sasuke rendait sa blessure seule responsable de sa capitulation.

Il ne voyait pas ce qu'il faisait là. Naruto avait invité Karin et Suigetsu avec la mine de quelqu'un approchant des chiens capricieux, et ils s'étaient empressés de décliner, ouvertement hautains. Il ne connaissait pas le tiers de ces gens, et aucun de ces visages connus ne l'appréciaient particulièrement.

C'est pourquoi il fut singulièrement surpris que son autre voisin lui tende une main polie. Il reconnut les yeux pâles de l'homme qui s'était trouvé sur le parking de Konoha quand il était venu y chercher Naruto, quelques semaines plus tôt.

« Nous n'avons pas été présentés. Je suis Neji Hyûga. »

Supposant – sans avoir vraiment tort – que tout le monde ici connaissait son nom, Sasuke serra la main tendue sans un mot. Neji ne sembla pas s'en offusquer.

« Permettez que je vous nomme tout le monde, puisque Naruto semble un peu occupé » constata-t-il plutôt.

En effet, Naruto faisait de son mieux pour calmer Sakura, qui venait de découvrir en même temps que lui qu'un accident impliquant des ramens et un évier bouché avait rendu son portable très silencieux.

Après une longue série d'excuses peu crédibles, elle finit par lever le poing, le regard étincelant de colère. Naruto se pencha instinctivement en arrière, de sorte que son dos toucha l'épaule de Sasuke. Une main froide se posa sur sa nuque et le repoussa droit sous le poing de la jeune fille furieuse.

Naruto glapit de douleur et se tourna d'un bloc vers son partenaire, un reproche au bord des lèvres. Sasuke était plongé dans une conversation apparemment fascinante avec Neji et ne lui prêtait déjà plus aucune attention. Naruto cligna des yeux, surpris. Lui qui s'était inquiété de savoir comment Sasuke s'intègrerait parmi ses amis de l'université…

Plutôt que de s'offusquer de se faire ignorer, il adressa un large sourire à Sakura, fier comme s'il avait quoique ce soit à voir avec la sociabilité inattendue de son roue-libre. La jeune fille roula des yeux et reporta plutôt son attention sur le menu du restaurant.

Les commandes se firent dans le désordre le plus complet, Anko trouvant moyen de changer d'avis quatre fois de suite et Kiba obligeant tout le monde à attendre qu'il se soit mis d'accord avec son chien. N'importe quel autre serveur aurait été au bord du désespoir, mais Ayame était trop occupée à maîtriser le fou rire que lui inspirait l'ode à la gloire des nouilles de Teuchi que Naruto déclamait d'une voix tonitruante. Elle dut finalement disparaître en cuisine avec son père pour préparer la quantité impressionnante de nourriture commandée.

L'alcool dans la salle disparaissait à une vitesse alarmante dans le gosier d'Anko. Naruto réussit héroïquement à sauver une bouteille de la razzia. Avant même que Sakura ne puisse réagir, Sasuke la lui avait ôtée des mains.

« Hé ! » protesta-t-il aussitôt, outré. « C'est à moi, ça ! »

« On m'apprend que tu ne tiens pas l'alcool aussi bien que tu voudrais le croire, abruti » dit calmement Sasuke.

Comme Naruto faisait mine de récupérer son bien, il tendit la bouteille à Neji, qui la passa à Hinata à la table d'à côté, qui l'offrit aussitôt à Kiba. Naruto fusilla ses amis du regard devant leur complicité évidente.

« Qui a dit ça ? Neji, espèce de faux frère ! »

« Personne ne veut voir l'incident de Noël dernier se répéter, Uzumaki » lui fit-il répondu sans aucune trace de culpabilité.

« Moi, moi ! » s'écria Ino depuis la troisième table. « Moi, je veux bien ! J'ai mon appareil photo, cette fois ! »

Naruto rougit fortement et se mit à postillonner. Sasuke haussa un sourcil intéressé.

Kiba avait profité de l'aubaine pour se servir une généreuse rasade de vin. Hinata refusa poliment et resta au jus de fruits, comme les trois mineurs de leur tablée, bien que Konohamaru proclama à qui voulait l'entendre qu'il était très mature pour son âge. Kakashi tendit jovialement son verre et celui de son voisin. Iruka s'en aperçut à peine, tant il était absorbé par ce qu'il apprenait.

« Donc… les classes de riders sont séparées selon le poids total du pilote et du roue-libre ? » répéta-t-il.

« La classe A pour les équipages de moins de 110 kg et les riders de moins de 18 ans » précisa Kakashi. « Il y a des conflits depuis quelques années au sujet des équipages qui ne valident qu'une des deux conditions, mais ce sont des détails techniques très ennuyeux. La classe B pour les adultes de gabarit moyen. La classe C pour les équipages de plus de 160 kg. »

Tout le monde se redressa lorsque les plats commencèrent à arriver. Ino rangea même l'appareil photo qu'elle avait exhibé sous l'œil pour une fois très intéressé de Sai.

Sakura ne manqua pas de remarquer que ces deux-là avaient un comportement étrange depuis le début de la soirée. Les œillades qu'Ino adressaient à Sai étaient moins aguicheuses que complices, bien qu'il était évident qu'elle s'intéressait toujours à lui. Elle n'avait quand même pas réussi à lui mettre le grappin dessus ? Non, si ça avait été le cas, elle ne se serait pas gênée pour faire comprendre à tout le monde que Sai n'était plus sur le marché.

On attendit avec plus ou moins de patience que le dernier convive soit servi.

Lorsque ce fut fait, Tsunade fit tinter son couteau contre son verre et se leva. Le murmure des conversations s'éteignit, et tout le monde se tourna vers la directrice. Tsunade arborait un large sourire.

« Je propose un toast » annonça-t-elle. « Au nouvel équipage de choc de Konoha. A Naruto et Sasuke ! »

Il n'y eut pas grand-monde pour rechigner à lever son verre à l'unisson avec elle. On rit un peu quand Naruto leva son jus d'orange avec une mine boudeuse. Il tira la langue à l'assemblée. On rit d'autant plus quand il dut forcer la main de Sasuke à se refermer sur son verre et tenir le poignet de son partenaire récalcitrant en l'air.

Aussitôt le toast terminé, Naruto se leva à son tour d'un bond.

« A moi ! » s'exclama-t-il avec un large sourire. « Je veux porter un toast… à Kiba, qui n'a pas eu besoin de moi pour décrocher son année avec mention, l'enfoiré ! »

Kiba rougit comme tous les regards se portaient sur lui. Hinata poussa un petit cri de surprise, n'ayant pas encore été informée des résultats qu'il avait reçus le matin même. Iruka fut le second à lever son verre avec un sourire chaleureux.

« A Kiba » répéta-t-il, la fierté résonnant dans sa voix.

Kiba parut sur le point d'exploser de bonheur quand même Tsunade, Jiraiya, Ibiki et Anko levèrent leurs verres (bien qu'en étant tout à fait honnête, Anko guettait sans doute la moindre occasion de trinquer). Il éclata d'un rire bruyant.

« Je ne pouvais pas te laisser être le seul à réussir quelque chose, blondinet ! »

Tout sourire, Naruto tendit le bras par-dessus l'épaule de Sasuke pour cogner le bord de leurs verres.

« A moi, à moi ! » s'exclama soudain Ino.

Elle tendait son verre vers le ciel, les yeux brillants et les joues roses.

« Puisqu'on en est aux annonces, j'ai quelque chose de grandiose à vous dire ! »

« Tu te retires dans un couvent ? » suggéra Sakura.

« Ha ha, Grand Front » gronda-t-elle en retour, mais sans se départir de son sourire.

Elle se redressa de toute sa taille, et rejeta sa longue queue de cheval par-dessus son épaule.

« Je viens de décrocher mon diplôme de journaliste. Et j'ai décidé de travailler dans la presse spécialisée sur les riders ! »

Dans le silence stupéfait qui s'ensuivit, Sai se leva à son tour. Pour une fois, son visage était parfaitement sérieux, dénué de tout sourire hypocrite.

« Et je vais l'accompagner, en tant que photographe de presse. »