Titre : Hippolyte

Genre : Tragédie, Souffrance/Confort, Famille

Rating : T

Résumé : Phèdre, reine belle et froide. Un pic à la place du cœur, du venin à la place des paroles. Phèdre, reine belle et froide, réchauffée par le plus vertueux des cœurs. Un amour à sens unique, pour l'un comme pour l'autre.

Réponses aux reviews :

Queen Puduhepa : Hello ! Non, ne t'inquiète pas : l'histoire avait été prévu dans ce sens depuis le début. Ma fic s'est en grande partie fondée sur cette version de la mythologie. Pour l'attaque de Spartes, j'ai accéléré les choses pour souligner l'avidité et l'impatience de Ménesthée. Pour le traitement de Démophon, disons que dans ma tête, Ménesthée, aime véritablement Démophon, même s'il lui préfère le pouvoir. Et comme il n'a pas de descendance, il s'est dit pourquoi pas Démophon.

Maintenant pourquoi il n'a pas épousé de force Phèdre ? Parce qu'il est déjà marié et qu'il aime profondément sa femme (même si n'a jamais pu lui donner d'enfant). En gros, tu l'auras compris, Ménesthée est un peu l'antithèse de Thésée dans ma tête : n'a aucun problème à brutaliser le peuple mais est un bon mari là où Thésée est un bon roi mais un mauvais mari ^^'.

Quant à Phèdre...elle est pas sortie de l'auberge... Mais je te laisse le découvrir ;-)

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Chapitre 11

Le tribunal d'Athènes. La cour du peuple présidée par son roi.

Installé sur son trône, Ménesthée ne pouvait masquer sa jubilation. Il tenait enfin sa vengeance. Face à lui, Thésée, en contrebas des marches de la cité, au pire de sa forme physique, plaidait vainement sa cause. Le « héros » se serait apparemment aventuré dans le royaume d'Hadès et c'est son cousin Héraclès qui l'en aurait libéré après trois ans de lente agonie.

« Cher peuple d'Athènes, voix de cette cité, doit-on accorder le pardon à cet individu ? tonna Ménesthée. Doit-on accorder le pardon à cet individu qui a préféré le butin d'un homme au sort d'Athènes ? »

Des huées et autres formes de mécontentement retentirent. Alors Ménesthée, victorieux, se tourna vers le désormais pitoyable Thésée pour lui souffler son châtiment.

« Thésée, fils d'Egée, pour le péril et le déshonneur que tu as jeté sur cette cité, moi Ménesthée, roi d'Athènes, te bannit de cette cité ! Qu'on aille chercher tous ses biens : il part aujourd'hui même ! »

En une heure, les possessions de Thésée furent apportées dans la salle du trône. Et parmi ceux-ci, la reine et le prince Démophon. Ménesthée eut un léger pincement au cœur en voyant le fils de Thésée.

Ménesthée n'avait pas de descendance. C'est pourquoi si Thésée s'était gardé de revenir parmi les hommes, Ménesthée aurait fait de Démophon son héritier. Il aurait continué à élever le fils de son ennemi et à le voir grandir dans ce palais.

Mais Thésée était le père de Démophon et c'était un lien que personne ne pouvait lui nier.

Pas même le roi des dieux.

§...§

Aux portes de la cité d'Athènes, Démophon se demandait ce qu'il allait advenir d'eux. Son père était complètement démuni et sa santé très inquiétante. Et oncle Héraclès n'était plus roi : il n'avait pas de royaume pour les accueillir. Où pouvait-ils donc aller maintenant ? Où vivre ? Au moment de son départ, Ménesthée lui avait assuré qu'il ne craignait rien et que quelqu'un se présenterait à eux pour les accueillir.

« Seigneur Thésée ! »

Le jeune prince émergea de ses pensées et observa la multitude d'hommes et de chariots qui s'avança vers eux.

« Le roi Hippolyte nous envoie pour vous escorter jusqu'à Trézène ! »

Thésée, toujours dans les bras d'Héraclès, adressa une tape amicale au messager, avant de s'évanouir pour de bon. Quelques servantes s'alarmèrent. Héraclès déposa Thésée dans l'un des chariots et décréta qu'il était temps pour lui de les quitter. Une histoire de douze travaux à reprendre...

« Par ici, ma Dame ! indiqua l'un des serviteurs. Prince Démophon... »

Démophon se posa sur le chariot qu'on lui désigna et les soldats prirent la route vers Trézène. Et tout le long du trajet, Démophon s'interrogea sur le roi de Trézène.

Qui était-il donc pour son père cet Hippolyte ?

§...§

La forêt était dense et ne laissait filtrer que quelques rayons de soleil. Cela rendait l'atmosphère aussi calme qu'étouffante.

Installée au bord du chariot, les mains croisées sur sa poitrine, Phèdre fulminait. Non content d'avoir tué Ariane, gâché sa vie de femme et pris son honneur de reine, Thésée trouvait le moyen de revenir d'entre les morts, plus mort que vivant, pour lui retirer la seule source de plaisir qu'il lui restait encore alors : Athènes. Elle qui avait été autorisé à demeurer dans la maison des rois malgré la déchéance de son titre, était maintenant forcée de retourner dans ce pays qu'elle n'avait eu de cesse d'abhorrer.

Dieux qu'elle détestait Trézène ! Dieux qu'elle détestait son époux ! Dieux qu'elle détestait sa vie...

Les poings serrés, elle jeta un coup d'œil à l'avancement des travaux. Tous s'attelaient à réparer le plus rapidement possible le chariot. Seulement Phèdre ne partageait pas du tout leur motivation à partir. Elle se sentait davantage à sa place dans cette forêt qu'à Trézène, en compagnie d'un époux monstrueux et sous la protection d'un roi insipide fils du premier.

Ne pouvant supporter davantage cette idée, la capricieuse Brillante bondit du chariot et quitta la route principale, au nez et à la barbe des serviteurs. Elle dévala lentement une pente sinueuse, sa robe blanche rythmant ses pas et elle se retrouva devant encore plus d'arbres. Ses pas la guidèrent vers une petite place déserte, où trônait une souche de bois. Elle s'installa dessus et savoura la solitude.

Une odeur titilla ses narines et Phèdre ferma les yeux.

§...§

« Regarde ! Une narcisse !

— Une narcisse ? Qu'est-ce que c'est ?

C'est cette fleur blanche, là, regarde !

Oh comme elle est belle ! Dis Ariane, est-ce que je peux la cueillir ?

Hm... je ne sais pas. Tu sais, derrière cette fleur se cache une légende. Une légende très sombre... Tu veux que je te la raconte ?

Oh oui ! Raconte-là moi, raconte-là moi !

Eh bien vois-tu petite sœur, il y avait fort longtemps, un très beau jeune homme à qui le destin avait accordé une beauté sans égale. Cet homme s'appelait Narcisse et sa beauté n'avait d'égale que son orgueil. Fierté qui le conduisit à repousser toutes ses prétendantes.

Prétendantes ?

Des femmes qui voulaient se marier avec lui. Mais pour lui, aucune d'elle n'était digne de sa beauté. Et alors qu'un jour il se promenait près d'une rivière, il vit son reflet et en tomba amoureux.

De son reflet ?!

Oui petite sœur. Narcisse est tombé amoureux de lui même. Et dans l'espoir de pouvoir s'embrasser, sa bouche toucha l'eau et il se noya. Et on donna son nom aux fleurs qui poussèrent sous son cadavre.

Oh...

La morale de cette histoire Phèdre, c'est qu'il ne faut jamais aimer l'impossible. Parce que ça fait toujours mal au final.

D'accord Ariane !

Allez dors maintenant, je te porterai jusqu'à ta chambre... »

Et Phèdre rouvrit lentement les paupières.

Et la terreur poignarda chacun de ses os.

À une cinquantaine de mètres d'elle se tenait un loup. Un loup qui montrait ses crocs et la dévorait du regard. Phèdre se couvrit la bouche pour ne pas hurler. L'animal ne bougea pas d'un pouce. Elle se releva, tremblante, glacée. Puis tout doucement, elle se mit à reculer avant de se retourner sec et de courir à vive allure. Derrière elle, elle entendit les feuilles mortes craquer sous ses pas.

« Au secours ! Au secours ! À l'aide ! »

Elle entendait le loup derrière elle. Il la prenait en chasse et gagnait du terrain.

« Au secours ! Par pitié à l'aide ! Ariane ! Ariane ! »

Je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir !

Tout son corps menaçait de la laisser tomber. La route devant elle semblait interminable. Les arbres se succédaient mais aucune lumière. Sa vision s'épaississait, son souffle s'évaporait et ses foulées se réduisaient. À bout de souffle, son pied se prit une racine et elle trébucha.

« Ah ! »

Elle allait mourir. Déchiquetée et dévorée par ce loup. Elle allait mourir et rien n'allait changer cela. Elle allait mourir...Et ça la terrifiait.

« Au...sec..ur »

Un bond de l'animal, un sifflement et un glapissement.

Phèdre se retourna pour observa la bête pardessus son épaule. Une flèche était plantée dans sa patte droite. Et avant qu'il ne puisse relancer son assaut, une épée se planta dans son torse. Un dernier couinement et la bête était morte.

Phèdre leva les yeux vers son mystérieux sauveur et...

La flèche la transperça.

§...§

L'homme qui se tenait face à elle était tellement...fascinant.

Il n'était pas grec, c'était certain ! Il n'avait pas les cheveux longs caractéristiques des hommes grecs. Non, ils étaient courts. Coupés tellement courts que chaque ligne de son torse, chaque muscle de son dos, brillait sous l'éclat du soleil. C'était..hypnotisant.

Et ses yeux... Zeus, quels yeux ! Brillants, brûlants, sauvages !

Lorsqu'il les posa ses yeux sur elle, Phèdre s'arrêta de respirer.

Grave, puissant, maître absolu...

Elle crut mourir.

C'est le son d'une arme rejoignant son fourreau qui la réveilla et lui fit réaliser qu'elle était maintenant entourée de serviteurs.

« Faites-le nécessaire pour soigner sa blessure,« ordonna l'homme. »Je ne veux aucune cicatrice sur son corps.

Bien seigneur. »

Phèdre fut très touchée par l'attention. L'homme passa devant eux et conduisit l'escorte. Installée de nouveau dans le chariot, Phèdre ne put s'empêcher de le boire du regard. Qui était cet homme ? Un grand seigneur visiblement. Mais de quel pays ? Était-il en visite de courtoisie ? Peut-être quelqu'un souhaitant voir son époux ? Elle espérait que oui. Partager le repas d'un tel homme était une idée qui la ravissait complètement.

« Est-ce que vous vous sentez bien ma Dame ? » s'enquit la servante qu'on lui avait assignée.

Phèdre ignora royalement la question et en répondit par une autre.

« Qui est cet homme ?

Vous ne le reconnaissez pas ? » s'amusa la vieille dame avec légèreté.

Une légèreté qui ne la prépara pas à la violence qui allait s'abattre sur elle.

« Il s'agit d'Hippolyte, sourit la domestique. Le fils de votre époux. »

Et ce fut comme si la centaine de cocons dans le ventre de Phèdre s'était transformée en serpents. Lourds, intenables, rampant à l'intérieur de ses entrailles. Phèdre en eut la nausée.

« Ma Dame ? Ma Dame ! »

La servante la secoua mais Phèdre, pâle, ne réagit pas.

Ce... ce n'est pas possible...

Elle secoua la tête, ses vêtements et ses cheveux lui collant subitement à la peau.

Ce ne peut pas être Hippolyte !

« Mon seigneur, la reine ne se sent pas bien ! »

Lorsque l'homme s'installa dans la charrette pour vérifier les dires de la servante.

Phèdre le dévisagea et le reconnut.

Hippolyte, fils de Thésée.