La plupart des corrections distribuées aux jeunes pensionnaires de l'Institution étaient toujours administrées à l'écart de tous, à moins que plusieurs pensionnaires soient punis en même temps. Mais Fili devait servir d'exemple. Tous les garçons du bâtiment furent arrachés à leurs travaux de nettoyage et rassemblés à nouveau dans le réfectoire, dont les tables n'étaient toujours pas nettoyées. L'une d'elle fut basculée (non sans mal) sur le côté et traînée à l'écart des autres. Tout le monde était là. Tous les pensionnaires, les six surveillants, responsable compris, les deux cuisinières. Varhil se tourna vers Fili, que Borlas maintenait solidement.
- Retire ta tunique, ordonna-t-il d'une voix rude.
Borlas lâcha l'enfant, qui ne bougea pas et planta son regard clair dans celui de son interlocuteur. Cela ne lui servit pas à grand-chose, à vrai dire, mais il s'en fichait. Sa tunique de toile grossière lui fut retirée, arrachée serait plus exact, puis on lui lia les mains à l'un des pieds de la table renversée, histoire de l'obliger à rester en place. Sa joue droite saignait toujours : la cravache de Deth y avait ouvert un sillon qu'il garderait sa vie durant et le sang maculait son visage avant de couler sur son épaule et sa poitrine.
Ensuite, Saélon s'avança et exposa en quelques mots que l'inimaginable s'était produit : un pensionnaire, un enfant qui aurait donc dû être reconnaissant de tout ce que l'on faisait pour lui, comme vous tous d'ailleurs, insista l'homme en parcourant les rangs du regard, avait osé s'attaquer à un membre de son équipe. Fallait-il donc rappeler qu'eux tous ici, lui-même et ses subalternes, se dévouaient jour après jour à la noble cause qui consistait à les empêcher tous de périr d'inanition dans les rues ou de devenir des criminels ? Il était vrai, soupira encore Saélon, que les représentants de certaines races encore barbares n'auraient pas dû être acceptés en ces lieux. On oubliait parfois, hélas, que toute la Terre du Milieu n'était pas civilisée. Ceci toutefois, c'était son problème, qu'il allait tenter de résoudre en allant lui-même voir le bourgmestre dès que celui-ci pourrait lui donner audience.
En attendant, il espérait que de tels faits ne se reproduiraient plus jamais. Et pour que chacun comprenne à quel point c'était grave, le coupable cette fois serait châtié devant tous. Un grand silence se fit. Outre la sentence exécutée en public, nul ici n'ignorait que si les coups de cravache étaient fréquemment distribués, le fouet n'était utilisé que pour les cas les plus graves.
Il se fit soudain un mouvement dans les rangs silencieux. Une minuscule petite silhouette s'avança, indifférente aux regards moqueurs des uns, courroucés des autres.
- A ta place ! rugit Saélon, excédé.
Kili ne parut pas l'entendre. Il regardait droit devant lui et paraissait étrangement absent. Sans un regard alentours, sans un mot, il rejoignit son frère et se plaça devant lui. Simplement. Tel un rempart dérisoire. Fétu de paille tentant d'arrêter un fleuve en crue.
- Kili, non ! souffla Fili. Je t'en prie... pour moi... va t-en !
Mais Kili paraissait ailleurs et ne tourna même pas la tête. Il savait bien qu'il était seul contre tous, qu'il était petit et sans force, mais il ne pouvait pas abandonner son frère. Alors même sans espoir, il faisait la seule chose qui soit à sa portée. Même si ça ne devait servir à rien. Même si ça devait faire rire les autres. A ce stade de toute façon, il n'y avait plus grand-chose qui puisse encore l'atteindre. Saélon parut soudain furieux :
- Enlevez ce gosse de là ! cria-t-il.
Certains dirent par la suite qu'il avait paru sur le point de taper du pied. On voulut tirer Kili de côté. Il enlaça son grand frère et se cramponna à lui de toutes ses forces, dans un silence de fin du monde qui rendait l'instant plus sinistre encore. Prêt à se faire tuer plutôt qu'à s'écarter. Si certains avaient esquissé des sourires de dérision, ceux-ci se transformèrent assez vite en rictus. Ni Fili ni Kili ne le surent jamais, mais parmi les jeunes pensionnaires, plus d'un songea (et songerait encore par la suite), même si jamais il ne l'aurait reconnu à voix haute, qu'il aurait bien aimé avoir quelqu'un, en ce monde, qui l'aimerait assez pour vouloir ainsi le protéger, quitte à se dresser seul contre l'univers tout entier... Mais pour l'heure, il y avait quelque chose de terriblement oppressant à la résistance silencieuse et obstinée de cet enfant. Il ne se débattait pas, il luttait seulement de toutes ses forces pour demeurer à l'endroit où il avait choisi de se placer et de rester, sans un cri, sans une larme, tandis que l'on tentait de lui faire lâcher prise. Même les surveillants se sentaient mal à l'aise. Ils parvinrent non sans mal à leurs fins et le petit, raide comme un piquet, fut traîné à l'écart. Toujours aussi silencieux. Plus tard, Saélon regretta de n'avoir pas ordonné qu'on l'emmène ailleurs, qu'on lui fasse quitter la pièce. Car lorsque le premier coup de fouet claqua et que le corps de Fili eut un soubresaut, tandis qu'un cri étouffé lui échappait, lorsque le sang commença à rouler sur sa peau, les yeux de Kili, soudain, devinrent fixes. Ses membres se tétanisèrent pour de bon et la chaleur les déserta. Tout éclat déserta son regard, son visage perdit toute expression. Sa langue déjà gourde depuis des jours parut se changer en pierre. Son esprit sombra à son tour, puis le quitta.
Alors les ténèbres l'envahirent, il ne ressentit ni ne vit plus rien.
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La porte de la souillarde claqua derrière lui. Pouah ! L'odeur était toujours aussi infecte et les lieux aussi sinistres. Il fallut un court instant à Fili pour réaliser qu'il n'était pas seul : un autre garçon était déjà là, assis sur la paillasse usée, rencoigné dans un angle, les bras serrant ses genoux relevés.
Fili, qui attendait d'être seul pour se laisser aller poussa un soupir intérieur. Voyant le regard du jeune nain se poser sur lui avec lassitude, le prisonnier parut vouloir s'enfoncer encore davantage dans son coin :
- Ne m'approche pas !
- Je n'en avais pas l'intention, marmonna Fili.
Il avait déjà détourné les yeux, tout en ayant l'impression fugitive que ce garçon avait une étrange physionomie. Mais quelle importance ? Sans un mot, il traversa la pièce minuscule et alla s'asseoir dans l'angle opposé, le plus loin possible de l'autre occupant des lieux, sous l'étroite ouverture, barrée de métal, qui laissait entrer le jour. Il remonta lui aussi ses genoux à hauteur de sa poitrine et y posa son front. Il n'avait plus la force d'essayer de donner le change. Et que l'autre se moque de lui si ça lui chantait, Fili ne se sentait plus capable de lutter.
Son dos le brûlait atrocement et chaque mouvement, si infime soit-il, lui donnait l'impression qu'un million de griffes de feu lui lacéraient la peau. Il sentait le sang continuer à couler sur sa peau dans le dos, goutter de sa joue ouverte sur son genou, mais ça lui était égal. La seule et unique chose qui avait encore de l'importance pour lui était la pensée que Kili était à nouveau seul contre tous. Pour cinq jours. Qu'allait-il devenir ? Qu'était-il déjà devenu ? Avec un frisson qui le secoua tout entier, l'enfant revit la dernière image qu'il conservait de son frère : pâle et aussi raide qu'une statue, il semblait... ne plus être là. La vision avait été fugitive mais effrayante, et laissait à Fili un terrible sentiment de catastrophe. Il n'avait pas pu croiser le regard de Kili, parce que ses yeux vagues et fixes, dans son visage inexpressif, ne semblaient plus rien voir…
Un long moment s'écoula. La pièce aurait pu être inoccupée : aucun des deux enfants ne bougeait ni ne parlait, chacun enfermé dans sa propre souffrance. Lorsque Fili voulut relever la tête et remuer ses membres engourdis, il ne put retenir un gémissement de douleur : ses vêtements s'étaient collés à ses plaies sanglantes et, en se redressant, il venait de tout arracher. Il s'aperçut vaguement que l'autre garçon le regardait mais, à nouveau, il détourna les yeux.
- Qu'est-ce qu'ils t'ont fait, à toi ? demanda soudain une voix dépourvue d'agressivité.
- Ça te regarde ?
Un mouvement. Lentement, l'autre se déplia puis s'approcha. Fili se tint prêt à tout. Mais son compagnon de captivité se contenta de s'asseoir, jambes croisées, en face de lui.
- Ils t'ont battu ?
- Fiche-moi la paix.
Fili planta son regard dans celui de son vis à vis, bien décidé à ne plus se laisser marcher sur les pieds par quiconque. Ce faisant, il se figea soudain d'horreur. L'autre garçon était fluet, long et pâle, mais surtout... assurément oui, il avait une drôle de physionomie : il n'avait pas d'oreille. Ou plutôt, à la place des oreilles ne subsistaient que des lambeaux de chair suintante qui, en outre, paraissaient avoir été brûlés...
- Qu'est-ce qui est arrivé à tes… ?! balbutia Fili, épouvanté.
L'autre baissa la tête.
- Ils trouvent que je ressemble à un elfe, murmura-t-il dans un souffle.
- Un quoi ?
Fili n'avait jamais entendu ce mot-là. Sa mère lui avait certes parlé des nains, son peuple, des orcs et des gobelins qui peuplaient les histoires qu'elle racontait, mais jamais d'elfes.
- Une sorte de génie des bois, je crois, répondit l'autre d'une voix très douce. Il paraît qu'ils ont les oreilles pointues, comme des chats.
- Et alors ?
- Et alors... les autres m'ont taillé les oreilles en pointe. Pour que je ressemble tout à fait à un elfe, parait-il.
- Tu veux dire... les autres garçons ?
- Oui.
Fili avait peine à surmonter sa répulsion et sa frayeur.
- Mais… on dirait que tu as été brûlé ? fit-il d'une voix qui s'enrouait.
- Tu sais, ici on ne fait jamais venir de guérisseur. Ça coûterait trop cher. Alors…
- Alors quoi ? demanda Fili, qui sentait ses cheveux trop ras se hérisser sur sa nuque.
- Alors comme ils n'arrivaient pas à arrêter l'hémorragie, les surveillants ont cautérisé les plaies.
- Cautérisé ?
- Avec une pointe métallique chauffée à blanc, expliqua le garçon d'une voix qui tremblait.
Il y eut un silence. Fili se souvint des hurlements abominables qu'il avait entendus quelques nuits plus tôt et il sentit la nausée lui envahir la gorge.
- C'est toi qui as crié, l'autre nuit, n'est-ce pas ? demanda-t-il à voix basse. C'est arrivé tout récemment, il y a quelques jours ?
- Oui.
- Tu es ici depuis longtemps ? Je veux dire ici... à l'Institution ?
- Deux mois. J'étais le dernier arrivé, avant ton frère et toi.
- Deux mois ? répéta Fili.
- Je n'ai pas été mieux accueilli que vous, dit encore le garçon d'une voix très douce. Mais tu comprends, il leur a fallu voler un couteau à la cuisine. Ça n'a pas dû être facile.
A nouveau, Fili sentit ses cheveux se hérisser, à la pensée que peut-être les surveillants n'avaient pas récupéré ce couteau, que peut-être l'un de ses ennemis le détenait encore et pouvait encore s'en servir...
- Kili, pensa-t-il en fermant brièvement les yeux.
- Et puis, poursuivit son vis à vis d'une voix très douce, presque humble, comme s'il s'excusait, depuis que vous êtes là, ils s'acharnent tellement sur vous qu'ils me laissaient un peu plus tranquille. Enfin, jusqu'à l'autre nuit.
Il y eut un petit silence.
- Si tu es blessé, si tu saignes, reprit doucement le garçon, fais très attention à ce que ça ne s'infecte pas. Je ne souhaite un tel traitement à personne. Personne.
- Mais pourquoi, en plus, ils t'ont enfermé ici ? demanda Fili, totalement terrifié.
- Ils ont peur que les autres me blessent à nouveau. Sinon, c'est eux qui auraient été enfermés ici. Mais comme je vais bientôt partir…
Le jeune nain se redressa brusquement et grimaça de douleur : son mouvement avait à nouveau tiré sur ses plaies.
- Tu vas partir d'ici ? demanda-t-il cependant, soudain prodigieusement intéressé.
L'autre ne répondit pas tout de suite. Une larme apparut au coin de son œil.
- Prie les Valars de ne pas partir de cette manière, le nain, dit-il enfin.
- Je m'appelle Fili. Qu'est-ce que tu veux dire ?
La voix de son compagnon n'était qu'un souffle lorsqu'il expliqua :
- Tu comprends, personne ici n'a de temps à consacrer à... à quelqu'un qui ne peut pas s'intégrer. Ici, tout doit aller tout seul, toujours. Quand quelqu'un se retrouve seul contre tous et que ça commence à aller trop loin, comme pour moi, ou quand quelqu'un est trop faible ou trop malade, il parait que ça arrive aussi, c'est une charge que personne ne veut assumer.
- Et alors ?
- Alors l'Institution le vend discrètement à un type, en ville...
- On peut vendre une personne ? s'insurgea Fili.
- Oh oui. Pas officiellement, bien sûr. Ici, au fond, c'est une prison pour enfants et rien d'autre, malgré le nom qu'on lui donne. Et ce type rachète aussi les adultes qui sont en prison. Il a toujours besoin de main d'œuvre pour travailler dans les marais salants. Et à moins d'être désespéré, personne ne veut y aller de son plein gré.
- De l'esclavage…
- Personne ne prononce jamais ce mot-là, Fili. Jamais. Ce type a toujours besoin de nouveaux venus, parce que personne ne vit très longtemps, dans les marais salants.
Fili se sentit terrifié jusque dans la moelle de ses os. Il se souvenait que Dis avait travaillé dans les marais salants. Effectivement, elle était désespérée. Et effectivement, elle avait fini par en mourir.
- Ton frère et toi, poursuivit l'autre en le regardant avec sympathie, faites attention. Tout le monde est contre vous. Si ça prend des proportions trop gênantes, vous prendrez le même chemin. Ici, ou on s'intègre ou on meurt.
Les dents de Fili s'entrechoquèrent d'effroi. Surtout lorsqu'il pensa à nouveau à Kili, abandonné à lui-même. Et si les autres le mutilaient également ? S'il subissait le même sort que cet inconnu ? Au bout d'un petit moment, l'inconnu en question proposa gentiment :
- Laisse-moi t'aider. Tu saignes, ta tunique est tachée dans le dos et ta joue semble très abîmée. Laisse-moi regarder tes blessures. Il faut les garder aussi propres que possible pour éviter qu'elles s'infectent.
Fili hésita. Il n'avait confiance en personne et n'avait par ailleurs pas envie d'étaler ses malheurs. Mais l'épouvantable récit qu'il venait d'entendre finit par venir à bout de sa réticence et il se leva avec peine pour aller s'asseoir sur l'unique tabouret de la pièce, bancal et enduit de résidus suspects dont, à tout prendre, il préférait ne pas savoir ce que c'était. Avec des gestes doux, l'autre garçon releva alors sa tunique jusqu'à ses épaules.
- Je m'excuse, dit-il lorsque le tissu, à nouveau, s'arracha aux entailles sanglantes laissées par le fouet et que le corps de Fili se tendit sous la douleur tandis qu'un nouveau gémissement, mal réprimé, fusait entre ses dents.
Le garçon déchira un morceau de vêtement à peu près propre et, avec l'eau de la cruche, tamponna délicatement les plaies.
- Ça fait mal ! grogna Fili. Fais vite.
L'autre ne répondit pas.
- Ça arrive souvent ? demanda encore le jeune nain, toujours sous le choc de tout ce qu'il venait d'apprendre.
- Souvent je ne sais pas. Mais ça arrive assez pour que tout le monde ici l'ait vu au moins une fois. Quand tu sortiras d'ici, demande à ton frère de continuer à nettoyer tes blessures, tous les jours.
Puis il déchira en deux son tampon improvisé et le tendit à son compagnon d'infortune.
- Pour ton visage, dit-il.
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Il avait fallu dispenser Kili de toute activité et le porter sur son lit. Bien obligé. Les mains glacées et le regard totalement fixe, il paraissait ne plus rien voir ni entendre et n'ouvrait plus la bouche, même pas pour gémir ou se plaindre. Muet et totalement immobile, il restait allongé jour et nuit, respirant à peine, indifférent à tout. Les surveillants tentèrent de le secouer ou même de le gifler, sans aucun résultat : la tête de l'enfant ballait mollement de côté et d'autre mais pas une seconde ses paupières ne s'abaissèrent sur son regard vide. Il aurait tout aussi bien pu être mort. On tenta de le remettre de force sur ses pieds, il s'affaissa à terre sans un mot.
Le soir venu, les garçons du dortoir commencèrent par se moquer de lui, sans susciter la moindre réaction. Ils le pincèrent et le tourmentèrent de diverses manières durant un petit moment, sans lui arracher ni un soupir, ni seulement une amorce de mouvement. Lassés, ils abandonnèrent d'autant plus vite que la fixité de son regard mort les effrayait. Kili refusait toute nourriture et n'avalait pas même un verre d'eau. C'était comme si son corps n'était plus qu'une enveloppe vide, dépourvue de nerfs, inhabitée.
- On ne pourra pas le garder ici, émit Borlas dans un grognement. On ne peut rien en faire. Mieux vaudrait qu'il disparaisse, et vite.
Il y avait une interrogation dans ses yeux lorsqu'il croisa ceux de Saélon.
- Je voudrais bien, répondit ce dernier, morose. Et l'autre aussi, en toute franchise. Mais concernant le cadet, impossible dans cet état-là. Il ne peut servir à rien et ils n'en voudront pas.
Sa voix devint lugubre lorsqu'il ajouta :
- Ce maudit nain est capable de se laisser mourir. Ce serait bien la première fois qu'on n'arriverait pas à s'en débarrasser avant. Et je ne sais pas trop ce que nous pourrons en faire après. C'est bien des tracasseries, tout ça.
- Et l'aîné ?
- Attendons encore, répondit Saélon.
Kili était à mille lieues de tout cela, de ce qui se disait ou se faisait autour de lui. Rien ne paraissait plus pouvoir l'atteindre. Ce fut la seconde femme surveillant, nommée Iniel, qui parut tirer une vague réaction de l'enfant prostré lorsqu'elle lui dit, assez sèchement mais d'un ton cependant dépourvu de malveillance :
- Si tu continues comme ça, tu seras mort de faim avant que ton frère soit autorisé à quitter la souillarde. C'est ce que tu veux ?
Lentement, le regard de Kili se tourna vers elle. Un semblant de vie parut y revenir.
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Deux jours s'étaient écoulés. La porte de la souillarde s'ouvrit devant Borlas et un inconnu que Fili jugea sinistre. Ils n'eurent pas un regard pour lui mais se tournèrent vers l'autre garçon, encore plus pâle qu'à l'accoutumée.
- Viens, dit Borlas. Et pas de comédie, n'est-ce pas ?
L'autre lança à Fili se qui devait être un regard d'adieu et sortit, s'efforçant de contrôler au mieux ses jambes tremblantes. Lorsque la porte se fut refermée, Fili prit conscience de deux choses : d'abord que pour la toute première fois de son existence, il s'était fait un ami. Et ensuite, qu'il ne connaissait même pas et ne connaîtrait jamais son nom. Il n'avait pas pensé à le lui demander.
Tout le reste de la journée, il tourna de long en large dans sa prison, le cœur affreusement serré. A sa peine toutefois s'ajouta bientôt une résolution aussi froide et solide que l'acier : il n'allait pas attendre que les choses aillent si loin pour son frère et lui. Ils ne connaîtraient pas un tel destin. Jamais. Kili et lui allaient s'enfuir d'ici. Et vite. Fili ne savait absolument pas comment mais il était certain d'une chose : il allait trouver.
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Normalement, il y a une photo qui illustre ce chapitre. Mais je n'ai pas trouvé le moyen d'insérer un lien, rien ne semble fonctionner. Crotte !
