Après les événements passés, j'avais fini par me poser de plus en plus de questions. Je détestais toujours Ven, c'était certain. Mais ce n'était plus tout à fait comme avant. C'était sans doute de sa faute. Peut-être que son attitude indifférente avait eu aussi des effets sur ses sentiments.
C'était étrange. Habituellement, je savais exactement tout ce qu'il pouvait ressentir, mais là, je n'en avais aucune idée. Sans doute parce que je ne savais pas moi même ce que je ressentais.
Je crois qu'à ce moment là, il a dû ressentir sinon de la haine au moins de la colère vis à vis de moi. J'en étais presque choqué. Qu'est-ce que j'avais fait ?
Qu'il se mette en colère était compréhensible. Ce qui ne l'était pas, c'était qu'il ne s'y mette qu'à ce moment-là. J'avais empoisonné son existence pendant des années. Je n'avais jamais cessé. Et seulement au moment où je commençais à faire attention à lui, à me retenir de l'importuner, il avait eu ce comportement distant et cruel.
Ça faisait déjà plusieurs jours qu'il dormait ailleurs et que je restais seul dans « notre » chambre. Je ne savais pas pourquoi. Mais quelque chose me dérangeait. Techniquement, j'aurais dû en être heureux. Pourquoi vouloir partager ses nuits avec une personne qu'on hait ?
On était censé faire une paire, être toujours ensemble. C'est vrai que je n'en manifestais presque jamais le désir, mais on devait être un vrai duo.
N'était-ce pas lui qui m'avait dit vouloir être pareil aux autres ? Si oui, pourquoi m'évitait-il ?
Je me suis couché sur mon lit. Tant pis.
Les yeux fermés, je l'ai entendu rentrer. C'était la première fois depuis trop longtemps. Cette fois, il n'allait pas pouvoir éviter la confrontation. J'ai attendu qu'il soit près de moi pour me lever d'un coup.
« Qu'est-ce que tu fais là ? »
Il a sursauté comme s'il venait de voir un fantôme. Il a posé la main sur son cœur pour en calmer les battements, avant de répliquer :
« C'est ma chambre.
– Ah bon ? C'est drôle, je m'en souvenais pas. Ça fait tellement de temps que je dors tout seul ici que j'ai fini par croire que c'était la mienne. »
Il a haussé les épaules, a fait mine de partir.
« Et quoi, t'étais où ?
– Je... Euh...
– Tu euh ?
– J'étais avec Riku et Kairi.
– C'est bien ça, Ven ! Sauf que c'est avec moi que tu es censé être, pas avec eux. Je suis ton « partenaire », tu te souviens ?
– On a pas besoin d'être tout le temps ensemble, Vanitas... J'ai le droit de respirer.
– Respirer ? Respirer ?
– Exactement.
– Me laisser en plan des semaines c'est plus respirer, c'est fuir.
– Je ne fuis pas.
– Si, tu fuis. Et figure-toi que oui Ven, moi aussi j'ai besoin de respirer. Et pour ça, j'ai besoin de toi.
– S'il te plaît, je vais assez mal comme ça, j'ai pas besoin que tu me fasses chier en plus.
– Quoi ? Ça te fait mal de te rendre compte que j'ai des sentiments moi aussi ?
– Hm. C'est ça. Qu'est-ce qui faut que je fasse pour que tu comprennes que tu me saoules ?
– Je sais pas moi. Tue-moi. »
Il m'a lancé un drôle de regard. Peu rassurant.
« Je pensais que je ne leur servais à rien et qu'ils allaient m'éliminer si tu disparaissais. Je peux même pas faire ça. Tu te rends compte ? Ça fait pitié...
– D'accord, si c'est pour que tu me parles comme ça, je m'en vais !
– C'est ça, va-t-en. Ça me fera des vacances. »
J'ai froncé les sourcils. Il ne me parlait pas comme ça d'habitude.
« Qu'est-ce que t'as Ven ?
– Rien !
– Oulalah, t'es énervé... Raconte, quoi. À la base, je suis censé tout savoir de toi et de ce que tu ressens. Mais là, j'en ai aucune idée. Dis-moi.
– Tu veux vraiment le savoir ? Je te l'ai déjà dit il me semble, mais s'il faut être plus clair, d'accord. C'est simple. J'en ai marre de toi. Tu ne sers à rien. Tu pèses sur ma conscience et sur mon cœur sans raison. J'en ai marre, Vanitas... Je te déteste. Tu détruis ma vie. »
Sur le moment, il a pris une inspiration bizarre.
« Je ne veux plus de toi. »
Ok. D'accord. J'ai compris le message.
Je me suis sentis très étrange sur le moment. Parce que j'étais choqué, j'étais triste et heureux en même temps et puis...
Il venait de me dire qu'il me détestait. Qu'il ne voulait plus de moi ? Je n'arrivais pas à y croire. J'ai dû ouvrir la bouche comme un idiot. Il a souri. Non, c'était impossible qu'il change d'avis comme ça.
« Tu... Quoi ? Pourquoi tu souris comme un arriéré ?
– C'est beau d'inverser les rôles, parfois. Je suis content parce que, pour une fois, c'est moi qui ai la situation en main.
– J'ai compris l'allusion, pas besoin d'en dire plus... C'est bon, retourne avec tes amis si c'est pour me traiter comme ça. Je sais que je suis un moins que rien, mais j'avais pas besoin de toi pour me l'entendre dire. »
Il m'a dévisagé un instant, s'est laissé tomber sur mon lit, un air pensif flottant sur son visage.
« Vanitas ? »
Je m'étais adossé au mur, les bras croisés, le visage fermé. Je n'avais pas envie de lui répondre. À l'intérieur de moi se bousculaient un tas de pensées qui me brouillaient l'esprit. J'étais un peu en colère. Tout se mélangeait. Il n'avait pas le droit...
« Hé, Vanitas. » Long moment de silence. « Je t'ai vexé ? » Toujours pas de réponse. « Hé ! Tu boudes ?
– Je ne m'appelle pas Ven, moi. C'est pas mon genre de ne pas répondre quand on me parle. »
Il a soupiré. « Laisse-moi rire. Tu te plains de ne pas savoir ce que j'ai, mais de ton côté tu n'extériorises pas beaucoup non plus.
– Parce que j'ai rien à dire.
– N'essaie pas de me faire croire que tu ne ressens rien, monsieur cœur-de-pierre. Vas-y, déballe ce que tu penses, qu'on en finisse.
– Il y a des choses qui ne se disent pas.
– J'ai besoin de les entendre.
– Pourquoi ?
– Parce que. Comment veux-tu que je sache de quelle façon je dois me comporter avec toi si je ne sais rien de ce que tu penses ?
– Tu devrais le savoir.
– Pourtant je n'en ai pas la moindre idée.
– Comporte-toi normalement, et arrêtes de te poser des questions, c'est tout.
– Aah... »
Il s'est approché de la fenêtre, caressant le verre du bout des doigts. Au dehors, le blizzard avait repris. Les flocons s'écrasaient sur la vitre en silence.
« Pour le moment j'ai l'impression de vivre dans le brouillard... Et toi, on dirait que tu cherches à le rendre encore plus dense. J'ai l'impression que je vais couler si tu ne me parles pas vraiment. »
Il s'est soudain retourné, une lueur indéfinissable dans le regard. Il voulait que je lui « parle vraiment » ? Comment pouvait-il me dire ça après m'avoir ignoré tout ce temps ?
« Comment-veux tu que je... »
Il m'a interrompu sans m'entendre.
« Sois sincère pour une fois. Une fois seulement. C'est tout ce que je te demande. »
Il s'est couché sur mon lit en disant : « Je ne comprends plus rien. »
Cette dernière réplique avait eu le don de m'exaspérer.
« T'as jamais rien compris de toute façon.
– Je sais » a-t-il dit en haussant les épaules. « Hm, vas-y, je sens que quelque chose te brûle la langue. C'est le moment ou jamais.
– Très bien ! Puisque tu y tiens tant... Je vais te dire ce que je pense. Et écoute bien, parce que je ne le répéterai pas. »
J'ai pris une inspiration. J'avais tellement de choses à dire, enfouies en moi depuis trop d'années. J'ai serré les poings. D'accord. Il l'avait cherché.
« Je te déteste, Ven. Tu le savais déjà, j'en suis sûr, mais ça me brûle les veines, le cœur, le corps tout entier. Tu ne peux même pas imaginer à quel point ma haine me consume parce que toi, tu n'as jamais détesté personne. Tu sais le dire, tu peux l'affirmer, mais tu ne pourras jamais me faire croire que tu l'as déjà vraiment ressentie. »
Je me suis tu, guettant sa réaction. Il n'a pas bougé d'un cil. J'ai continué :
« Tu as beau fermer les yeux, faire tout ce que tu peux, tu ne pourras jamais me faire cesser de te détester, parce que c'est en moi, c'est mon essence, c'est ma façon d'exister et de me raccrocher à cette terre qui ne veut pas de moi.
» Je sais ce que tu essaies de faire. Tu veux t'éloigner de moi ? Tu crois que ça va fonctionner, vraiment ? C'est pire encore. Peut-être que mon aversion pour toi diminue. Peut-être que je ressens le besoin de te voir. C'est ce que tu voulais, n'est-ce pas ? T'as réussi. Mais c'est toi que tu dois regarder, maintenant. Regarde-toi ! Tu n'as plus personne. Si tu ne m'aimes plus, qui te reste-t-il ? Si je ne te déteste plus, quelle sera ma raison de vivre ? »
J'ai repris mon souffle. Il attendait encore. Je n'avais pas tout dit, il le savait aussi bien que moi. Un torrent de mot jaillissait de ma bouche, encore et encore. Personne n'aurait rien pu faire pour m'arrêter. Il ne l'a pas fait. Il est resté couché, inexpressif.
« Je suis certain que pendant que je te parle, tu réfléchis à ce que tu as pu faire pour mériter ça. Tu m'énerves avec tes questions idiotes. Avec tes « pourquoi » qui n'ont aucune raison d'être. On ne sait pas pourquoi, on ne saura jamais pourquoi, quoi que tu fasses !
» Regarde-nous ! On est condamné à ne jamais s'entendre, et pourtant on est obligé de vivre ensemble. Tu crois que la meilleure manière de calmer le jeu c'est de faire fit de cette obligation ? Tu te mets le doigt dans l'œil, mon pauvre ! Et jusqu'à l'épaule ! Jamais, jamais ça ne fonctionnera ! Tu veux savoir ce que je ressens ? Tu veux vraiment le savoir ? Je te déteste parce que, à cause de tes attitudes égoïstes, j'ai l'impression de ne pas exister. Je t'en veux de partir tout le temps et de me laisser seul, de me parler comme si tu ne me connaissais pas. Tu es la seule personne à qui j'ai pu me raccrocher toute ma vie, et maintenant toi aussi tu me vois comme me voient les autres, comme un monstre ou une abomination, toi aussi tu me veux du mal. Je le sens. Ça me désespère. Je suis triste, heureux, en colère à la fois, j'en ai assez d'être condamné à ressentir exactement l'inverse de toi, je voudrais être pour une journée normal, je voudrais qu'on se comprenne, mais je me rends compte que c'est impossible et j'en peux plus ! »
Je me suis arrêté. Je n'avais plus rien à dire. Je ne sais pas d'où me venaient ces mots, ces phrases, tout ce que je lui avais jeté à la figure. J'étais un peu essoufflé. J'ai eu l'impression de ne jamais avoir tant parlé de ma vie. J'étais tellement concentré sur cette surprenante prise de parole que j'entendis à peine son léger rire. Je ne m'en suis rendu compte que lorsque une de mes propres larmes s'est écrasée contre mon poing serré.
« Et dire que j'ai eu l'impression qu'en fait, tu n'étais qu'une sorte de marionnette sans aucune émotion... Peut-être que je me trompais ?
– Arrête de rire ! Arrête ! C'est à croire que tu le fais exprès ! »
Il s'est arrêté mais un vague sourire restait présent sur son visage.
Et il se moque de moi en plus... J'aurais jamais dû parler de ça.
Je me suis couché sur son lit, étant donné qu'il occupait le mien. J'ai enfoui mon visage dans son oreiller. Je ne voulais plus rien voir, plus rien entendre, c'était fini. Je voulais qu'il parte. Au lieu de quoi, il s'est simplement assis.
« Alors comme ça, je suis la seule personne à qui tu puisses te raccrocher ici...
– Ce n'est pas ce que j'ai dit.
– C'est exactement ce que t'as dit.
– Totalement faux.
– C'est ça...
– Tu sors les choses de leur contexte.
– Le contexte n'a rien à voir là dedans. C'est ce que t'as dit.
– T'as un don pour retenir seulement ce qui t'intéresse, hein ? T'es vraiment un connard. Je l'ai dit sans réfléchir.
– Parce que tu le pensais.
– Non.
– Tu sais, Vanitas... Je pense la même chose.
– Comment ça ?
– Ils disent que les simili périssent avec leur partenaire... Mais je suis presque sûr que si tu venais à mourir, je... »
Sa voix s'est soudain brisée. Je me suis redressé, les sourcils froncés.
« Pitié, ne me fais pas une scène dramatique ou je pars vomir. »
Il a haussé les épaules et s'est levé pour partir. Je me suis éveillé d'un coup :
« Attends ! Tu pensais vraiment ce que t'as dit tout à l'heure ?
– Quoi ?
– Que tu ne voulais plus me voir.
– Oui. Pourquoi aurais-je menti ? »
Il a avancé d'un pas vers la porte.
« Et si j'ai pas envie de te laisser tranquille ? »
Il s'est retourné, un léger sourire aux lèvres.
« Je suppose que c'est inévitable de toute façon.
– Tu vas où ?
– Dehors.
– Il neige...
– Et alors ?
– Tu vas être malade. »
Il a souri.
« Tu t'inquiètes pour ma santé ?
– Je ne m'inquiète pas. Je fais une constatation. Ça te pose problème ?
– Non. Tu veux venir avec moi ? »
J'ai haussé les épaules.
« Je m'en fous.
– Viens alors... Au pire, on prendra froid tous les deux.
– Ça nous fera au moins un point commun. »
x x x
« Je m'ennuie.
– Travaille.
– J'ai rien à faire.
– Répète tes cours.
– Je les connais par cœur.
– Je sais pas alors. Débrouille-toi.
– Ven.
– Vanitas ?
– J'me sens pas bien.
– Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ?
– Éteins la lumière.
– Tu vois pas que je suis en train de lire ?
– J'ai mal à la tête...
– Arrête de te plaindre. Tu te sentirais mieux si tu te promenais pas dehors à moitié nu.
– Je t'ai déjà dit que c'était pas moi.
– Mh. »
La chambre était mal éclairée en cette soirée d'hiver.
Ven était couché sur le ventre, recouvert de sa couverture et chaudement vêtu pour lutter contre les baisses extraordinaires de température. Les ampoules clignotaient sans s'arrêter. La tempête dehors faisait rage, et les craquement sinistre des murs n'étaient pas pour nous rassurer.
Caché sous ma couette, j'essayais à tout prix de m'endormir. La lumière me donnait la migraine. Je tremblotais sous la fraîcheur de l'atmosphère.
« Vanitas, arrête de claquer des dents. C'est pas toi qui est censé être monsieur-je-résiste-à-tout-même-au-blizzard ? »
J'ai sorti la tête de ma carapace, les sourcils froncés.
« Puisque je te dis que j'ai pas été dehors !
– Ouais, c'est ça.
– Tu m'énerves... Pourquoi tu me crois jamais ?
– Parce que tu me mens tout le temps. Laisse-moi en paix. Merci. »
Je me suis enfoui sous les couvertures, rageur.
La situation avait radicalement changé depuis que nous nous étions dit ce que nous avions sur le cœur.
Ce jour-là, j'avais compris que j'avais besoin de lui, et il avait compris qu'il avait besoin de moi. Il ne restait pas avec moi 24 heures sur 24, comme il le faisait avant, mais il faisait attention à ma présence. J'avais beau penser l'inverse, sentir un regard amical contre soi avait un côté rassurant.
D'un accord tacite, nous avions décidé de laisser à l'autre son indépendance tout en nous apprivoisant à nouveau avec prudence. À certains moment, j'avais l'impression que cette période d'indifférence n'avait jamais existé. Comme si tout était normal. Nous nous chamaillions à nouveau, il m'arrivait de lui hurler dessus et lui de répliquer calmement. Je faisais un minimum d'efforts, mais j'avais appris que se contenir n'était pas toujours bon.
Malheureusement, le sort n'en avait pas fini avec moi.
Mon état s'était un peu amélioré, mais je continuais de souffrir le martyre. J'étais conscient de ce que je faisais le jour, la plupart du temps. Mais, depuis peu, je me retrouvais systématiquement dehors, dans la neige, à écouter le vent, sans savoir la raison de ma présence. Je n'avais pas la décence de m'habiller correctement. Résultat : de la fièvre, de la fatigue, Ven qui me prenait pour un schizophrène et un visage à en faire trembler un mort. Les migraines faisaient presque partie de mon quotidien, ce qui ne m'empêchait pas de suivre les cours théoriques.
Et Ven qui prenait un malin plaisir à se foutre de moi dès que j'étais dans un état de faiblesse. Je me demandais même s'il ne faisait pas exprès de réviser si tard le soir.
Un grognement s'est échappé de mes lèvres, cherchant à faire comprendre à mon colocataire qu'il était temps de rattraper le sommeil que j'avais perdu.
Le bruit mat d'un livre qu'on ferme, puis ses pas feutrés sur le sol. Il a éteint la lumière et s'est recouché.
« Bonne nuit. »
Il l'avait dit juste assez fort pour que je puisse l'entendre.
« Ouais, bonne nuit... »
J'ai fermé les yeux. Quelques minutes plus tard, je basculais dans un sommeil emplis de cauchemars.
Une voix qui m'appelle.
« Venez, mes frères, venez. L'heure approche. L'attente est terminée. J'ai besoin de vous. J'ai besoin de vous deux. Venez, venez, mes amis. Lions-nous, soyons unis. »
Je me dégage de ces draps encombrants.
« Approchez, approchez, n'ayez pas peur. Avancez, encore, venez à moi. »
La porte s'ouvre. Il faut que j'aille dehors. Il faut que je la rejoigne.
« Plus de dix ans à attendre. Plus rien ne peut-être fait. Vous êtes prêts. Venez. »
La neige, le vent, rien n'a d'importance. Qu'importe si ma température descend trop. Qu'importe la fièvre, la douleur, qu'importent les coups.
« Avancez, avancez, ne me laissez pas. »
Mes traces de pas sont instantanément recouvertes par la neige. Je ne me sens pas trembler. Je ne sais pas que mes lèvres, mon corps entier deviennent bleus. Je dois répondre à l'appel.
« Approche, viens. »
Encore quelques pas.
« L'heure approche, l'attente est terminée. J'ai besoin de toi. »
« NON ! » Je hurle. Mes paroles se perdent dans le noir. Je m'effondre brusquement.
J'ai repris mes esprits à l'extérieur. La nuit était complète, les seules lumières étaient celles de secours qui entouraient le centre. J'avais failli sortir du cercle de protection.
Je me suis relevé. Mes mains étaient gelées, mes cils se couvraient de givre, lentement. Il fallait que je rentre le plus vite possible.
Utilisant le peu de force que j'avais, je suis rentré. Xemnas m'attendait devant la porte, les lèvres pincées. Son regard suffisant et sûr de lui me tourmentait légèrement. J'ai cru le voir sourire lorsque je suis passé à ses côtés.
« On fait encore des promenades nocturnes, Vanitas ?
– T-Tais-toi.
– Heureusement que je suis là pour t'ouvrir, tu sais. Sinon tu serais mort de froid, dehors. On aurait peut-être même pas retrouvé ton corps gelé. Triste fin, tu ne crois pas ? »
Mes lèvres tremblaient tellement qu'il m'était impossible de répondre. J'ai débarrassé le plancher en vitesse.
Encore une fois, j'avais quitté mon lit dans mon sommeil. Encore une fois, je me retrouvais sous la neige à regarder l'horizon sans savoir comment j'étais arrivé là. Cette situation ne pouvait plus durer. Je ne pouvais supporter ça éternellement. Il me fallait des réponses.
Je n'en avais pas.
C'était la dernière fois. Après cette nuit-là, je n'ai plus jamais perdu le contrôle de moi-même.
Malgré tout, je n'étais pas calmé, et mes nuits se peuplaient de nouveaux cauchemars. J'étais de moins en moins calme. Quelque chose allait se produire.
L'épuisement me rendait presque paranoïaque. Ven me regardait bizarrement. Il lui arrivait de commenter mon état de fatigue. Un jour, il m'a même proposé de se forcer à dormir pour que je récupère. J'ai refusé. Malgré la nuit, et même avec tout le sommeil du monde, ce n'était pas comme ça que j'allais me rétablir.
Personne ne comprenait. Malgré mes allées et venues au local de soin, rien ne s'arrangeait. Cependant Ven se sentait obligé de me forcer à y aller. Il était légèrement inquiet. Je me prenais à penser qu'il devait me laisser tranquille, ne pas s'occuper de moi. Quelle ironie. Alors que j'avais passé des jours à quémander son attention, j'aurais presque demandé à ce qu'il arrête de s'occuper de mon cas. Pourtant, ma santé, nonobstant mes désirs, le concernait autant que moi.
Et sa présence était comme un baume sur mes blessures. Comme si voir quelqu'un que je détestais me permettait de rester hors de l'eau.
Plus tard, je me suis réveillé au beau milieu de la nuit. Ven dormait encore. Je le savais. Il gémissait doucement dans son sommeil. Je me sentais mal à nouveau. Une nausée. J'étais certain d'être malade. C'était pire que tout. Mes migraines me semblaient bien dérisoires, sur le moment.
Le bruit qu'il faisait m'exaspérait au plus au point. Il m'était insupportable. Il sifflait à mes oreilles, résonnait dans mon crâne, une sorte de torture mentale. Comme un moustique qui prend un malin plaisir à voleter près de nos oreilles la nuit et au réveil. Je me suis levé, encore à moitié dans les vapes.
J'ai ouvert la fenêtre. Un froid glacial s'est engouffré dans la pièce. L'air de l'hiver ne m'aidait pas à me réveiller. Je savais que de toute façon, je ne serais pas totalement moi-même tant qu'il dormirait, si du moins un jour ça avait été le cas. Après quelques minutes, j'ai décidé de la refermer et de me recoucher. Ven avait toujours l'air aussi mal. Il n'avait plus l'air de rêver. J'avais l'impression qu'il était plongé dans un affreux cauchemar. Je me suis approché de son lit, l'ai légèrement secoué pour le tirer de sa torpeur. Il ne se réveillait pas. J'ai haussé les épaules et ai continué de l'observer pendant longtemps. J'ai lentement soulevé la couverture qui le couvrait. Il a grelotté, légèrement. J'ai passé ma main au dessus de lui, j'ai fermé les yeux, j'ai soupiré. Il a eu un tremblement et s'est retourné. Mes paupières se faisaient lourdes, je savais que je n'allais pas tenir longtemps. Je me suis glissé à ses côtés sans réfléchir et j'ai passé mon bras autour de ses épaules. Un soupir de contentement s'est échappé de ses lèvres. Je me suis endormi comme une masse.
Le lendemain, à mon réveil, je me suis rendu compte que je le serrais contre moi. Je l'ai lâché une seconde avant qu'il ouvre les yeux. J'ai soupiré. Juste à temps.
Il m'a regardé et a froncé les sourcils, les yeux fatigués.
« Qu'est-ce que tu fous là ? »
Je n'ai pas répondu, les paupières closes. J'avais encore sommeil. Il s'est redressé et ma secoué.
« Hé ! Tu réponds ?
– 'rivais pas à dormir.
– Vrai ?
– Mmh. »
Il s'est levé et s'est habillé, pendant que je restais dans le lit à somnoler.
« Tu me fais peur parfois. »
Un semblant de sourire a traversé mon visage. Je me faisais peur à moi aussi.
« Hé, Vanitas. »
Une mixture sonore qui ressemblait vaguement à un « quoi ? » s'est échappée de ma gorge.
« Tu m'as manqué. »
J'ai à peine eu le temps de réagir. Il a déposé un baiser léger comme un papillon sur mes lèvres, avant de sortir de la chambre.
Bonsoir.
On dirait pas comme ça vu le temps que ça met, mais là j'use sur la réserve pour pouvoir publier. En réalité, cette fic a pratiquement plus été écrite depuis un an. Un an. Sérieusement.
En attendant je me suis plus ou moins remise à l'écrire, lentement mais sûrement, mais il est clair que je manque de quelque chose qui s'appelle comment dire... De la motivation. :B
Je fais appel aux hypothétiques personnes qui lisent cette fic pour le coup. Vous êtes là ? Vous lisez ? Pitié, vraiment, dites-le moi. Parce que c'est pas facile de se motiver à écrire quand on pense que personne ne lit. Et parce que j'arrive au bout de ce que j'ai déjà écrit, ce qui va causer un énorme blocage dans la publication et ce sera fort peu sympathique.
Enfin breeef :B.
Si quelqu'un m'entend, bonne semaine à lui ~
Edit : BOUHOU LES GENS VOS REVIEWS VONT ME FAIRE PLEURER. Je suis trop émue ;^;. Merci ;^;.
