LifeRissa : Je suis heureuse de pouvoir lire de nouveau tes « minuscules » reviews ! Toutes tes suppositions sur Nathaniel et Hannah tiennent la route, après j'ai encore inventé tout un tas de détails sur leur histoire pour que le mystère reste entier ^^ N'empêche, je n'arrive pas à croire que tu me lises en sachant déjà ce qui va arriver (plus ou moins) alors que je n'ai lâché presque aucun indice ^^ Je suis consciente que Madison est trop caricaturale, en fait c'est surtout fait pour illustrer son rôle dans l'histoire, qui sera de pourrir la vie de tout le monde. Je n'ai pas envie de rendre tout le monde gentil, et si je lui invente un passé douloureux j'aurais l'impression de rester dans la caricature. Lily et elles ne se ressemblent pas tant que ça, sachant que Lily et égoïste et superficielle mais pas méchante, alors que Madison est plus dans la domination par la mesquinerie que par l'image. Mais j'avoue que parfois, quand je dois approfondir les dialogues de ce personnage, j'ai du mal à imaginer ce qu'elle va dire parce que je ne la « connais » pas assez, alors que si c'était Lily je connaitrais ses réactions ! J'aime bien Becca moi aussi, même si mon top trois est toujours sur Allie, Elliot et Lily. Oui j'ai vu Twilight 5 (mais pas au cinéma, oui je sais c'est pas bien ^^) : EVIDEMMENT, c'est beaucoup plus centré sur Miss Bella que sur tout autre personne, mais j'ai adoré les scènes avec Nessie, surtout le saut dans le futur où elle est avec Jacob ! Elle m'a semblé très courageuse pendant la scène de la bataille…

Katiedu946 : Que veux-tu, ça occupe de régner sur le monde des vampires et les Cullen ne font pas exception a la règle ^^

Chattoncharmant : Bonne intuition … ^^

PDV d'Allie

15h 05, 1er octobre

Ce lundi-là, j'allai en cours d'anglais en traînant des pieds. J'étais toujours séparée de Zoey et exilée à la table du fond –toute seule, parce que Nathaniel Wells avait disparu juste après sa soudaine « maladie » et avait été absent le reste de la semaine. Hannah avait quant à elle fait acte de présence, ce qui à mes yeux ne signifiait pas qu'elle ne trempait pas dans les affaires louches de son copain. A mon avis, celui-ci avait l'intention de ne pas revenir avant de s'être fait oublier.

C'est pourquoi quelle ne fut pas ma surprise lorsque, en entrant dans la salle, je constatai que mon voisin était de nouveau présent. Assis sur sa chaise, il avait adopté une posture détendue. Sa peau semblait moins pâle et ses cheveux châtain avec des mèches couleur miel paraissaient plus brillants. Je filai m'asseoir à côté de lui, bien plus heureuse de le voir que je ne l'avais jamais été. Je tenais enfin l'occasion de le harceler jusqu'à ce qu'il me révèle ce qui lui était arrivé.

-Alors... commençai-je avant de remarquer que Mme Johnson me fusillait du regard à travers ses lunettes à la monture noire.

J'enfouis mon nez dans mon livre d'anglais, soudain passionné par ce qui y était écrit. Bien décidée à ne pas baisser les bras, j'arrachai discrètement une page de mon agenda, sortis un stylo et écrivis rapidement :

-Tu as l'air guéri de ta grippe saisonnière.

Je donnai la feuille de papier à Nathaniel en espérant qu'il daigne me répondre. J'avais besoin de comprendre et je n'avais pas l'intention de le lâcher avant d'avoir obtenu ce que je voulais. Par chance, il devait être de bon poil car il écrivit quelque chose sous ma phrase et me rendit le message :

-Et toi, tu n'es pas encore guérie de ta curiosité.

Je fronçai les sourcils. Il maîtrisait un peu trop bien à mon goût l'art d'esquiver mes remarques.

-Ta réponse à mes questions est le seul remède que je connaisse.

-Bien essayé, Black.

-Je veux savoir ce qui t'est arrivé l'autre jour.

-Vouloir et avoir sont deux choses différentes.

Agacée, je griffonnai à toute vitesse :

-Arrête avec ta philosophie à deux balles ! Tu sais très bien que tu me dois des explications pour ton comportement agressif, ta fièvre et tes tremblements de l'autre jour !

-Pourquoi devrais-je te fournir une justification ?

-Parce que je suis restée avec toi malgré le truc étrange qui t'arrivait, parce que j'aurais pu appeler quelqu'un et que je ne l'ai pas fait, et parce qu'au final je t'ais laissé seul comme tu le demandais alors que rien ne justifiait que je te fasse confiance.

-Comme tu l'as si bien dit, c'est parce que tu avais pitié de moi. Je ne te dois rien.

Ah, l'orgueil masculin ! Il était froissé que je lui ai dit que j'avais pitié de lui ! Sur ce coup-là, je devais avouer que j'avais un peu fanfaronné histoire de l'enfoncer. J'avais surtout été vexée de voir qu'il me repoussait, puis éberluée de voir que ma présence empirait son état. Pas question de le lui avouer, cependant.

-Je suis quelqu'un de très empathique, écrivis-je tout en songeant que le sarcasme passait très bien à l'écrit aussi. Et bien sûr que tu me dois quelque chose : je l'ai fermée. J'aurais pu filer chez le proviseur ou à l'infirmerie, j'aurais pu prendre une photo de toi et la publier dans le journal du lycée.

-Très drôle. Si tu l'as fermée comme tu dis, c'est que tu avais intérêt à le faire et ce n'est donc pas mon problème.

D'un certain côté, il avait raison : je n'avais rien dit justement parce qu'on m'avait appris à ne pas mélanger le monde surnaturel avec celui des humains. Quand il se passait quelque chose d'anormal, on ne devait pas en parler. C'était la sécurité de notre monde qui était en jeu. N'empêche, Wells avait toujours une dette envers moi.

-Explique-moi ce qui s'est passé, insistai-je fermement. Pourquoi est-ce que tu avais l'air de vouloir me tuer ?

-Tu fais toute une montagne pour rien. Ce qui m'est arrivé n'avait rien à voir avec toi.

Je grimaçai en lisant la réponse. Il recommençait à me mentir, sport auquel il semblait déjà bien rôdé. Je détestais qu'on se moque de moi comme ça.

-Ne me prends pas pour une idiote, j'ai des yeux pour regarder, je te signale ! raturai-je furieusement avant d'ajouter trois points d'exclamation supplémentaires pour faire bonne mesure.

-Peut-être, mais tu n'as pas d'oreilles pour entendre que ce qui me touche n'est pas ton problème.

-C'est mon problème à partir du moment où tu es infect avec moi, c'est mon problème quand tu essayes de m'écraser avec ta voiture et enfin c'est mon problème si je suis témoin d'une de tes crises.

-Premièrement, je n'ai PAS essayé de t'écraser, c'est toi qui as déboulé devant ma voiture. Deuxièmement, personne ne t'a demandé de me suivre quand je suis sorti de la salle l'autre jour.

-C'est connu que quand quelqu'un est malade, il faut partir en courant dans la direction opposée.

-Je n'étais pas malade.

Ca, c'était la meilleure ! Je faillis avoir de nouveau recours au sarcasme lorsque je réalisai que cette affirmation était en quelque sorte un indice. Nathaniel ne me prenait pas pour une imbécile au point de nier même la vérité la plus évidente. Cette phrase signifiait forcément quelque chose.

-Ah bon ? relevai-je. Qu'est-ce que tu avais alors ?

-Je ne te le dirai jamais.

Point positif : c'était clair et direct. Point négatif : j'étais de retour au point de départ.

-Alors je trouverai toute seule, affirmai-je, espérant que la détermination dont j'étais dotée à l'oral ressortirait à l'écrit.

Je lui passai le papier, persuadée que ce serait mon dernier mot et que la discussion était close. Au lieu de manifester la contrariété à laquelle je m'attendais, Nathaniel se contenta de sourire en lisant mon mot. Il posa son stylo, plia le papier en deux et me le tendit. J'exultai mentalement : c'était un peu comme un abdication, non ?

A ce moment-là, il leva pour la première fois les yeux vers moi et me regarda en face. J'étouffai un hoquet de stupeur. Aujourd'hui, je l'avais vu de profil, je l'avais aperçu de l'autre bout de la salle, mais j'avais beau avoir deviné qu'il allait mieux physiquement, rien ne m'avait préparée à rencontrer des prunelles aussi bleues, aussi vivantes.

Le gris semblait les avoir désertées au point qu'il n'en restait que quelques traces perdues dans cet océan limpide. Si le regard de Lily était clair mais rayonnant, celui de Nathaniel était encore plus pâle, surprenant et profond. J'avais souvent vu les couleurs d'yeux varier : celles des Cullen lorsqu'ils avaient faim, celles de la plupart des immortels contrariés, sans oublier les miennes qui viraient souvent au noisette.

Je ne m'attendais pas à un changement si radical, cependant. Médusée, j'avais l'impression de regarder une autre personne.

Les sourcils du garçon en face de moi se haussèrent jusqu'à former un accent circonflexe qui parut me défier de faire un quelconque commentaire. Il déposa le papier dans ma main tendue et se détourna.

Je serais probablement restée là à le dévisager comme s'il était un extraterrestre quand une ombre se profila sur ma table. Je levai les yeux pour voir Mme Johnson qui me regardait d'un air scandalisé. D'un geste vif et rapide, je froissai ma page d'agenda et la roulai en boule dans mes poings serrés.

-Mademoiselle Black, prononça-t-elle lentement, veuillez pour l'amour de Shakespeare me remettre le mot que vous échangez depuis dix minutes avec votre voisin.

Je rapprochai mes mains nouées de mes cuisses, horrifiée. Même pour l'amour de Shakespeare, de Mme Johnson et de ses cours, je ne pouvais pas laisser une prof –une humaine- lire ce qui était écrit dans nos messages. Ceux-ci faisant référence à des événements potentiellement surnaturels, nous pouvions être sûrs que, dans le meilleur des cas, notre prof s'inquièterait fortement pour notre santé mentale.

-Montrez-moi vos mains, insista Mme Johnson.

-Elle ne tient rien du tout, s'interposa Wells d'un air irrité.

Si la femme parut soudain vaguement mal à l'aise, elle eut le courage de le regarder droit dans les yeux et de camper sur sa position.

-Si c'est le cas, ça ne lui coûte rien de dévoiler ses paumes, non ?

J'étais dans une impasse. Toute la classe nous contemplait et, même si je refusais de donner le papier à ma prof, Nathaniel et moi serions punis et catalogués dans les adolescents rebelles et fauteurs de troubles.

J'aurais pu manger le papier et feindre une intoxication, mais je n'étais pas certaine que ça m'aurait évité un rendez-vous avec mes parents.

Il ne me restait plus qu'une seule solution, une solution guère sensée ni agréable mais je n'avais pas le choix.

Je plissai le front, concentrée. N'étant pas en colère, simplement un peu inquiète, il me fut plus difficile de convoquer mon pouvoir. Mes doigts me picotèrent, mais je les forçai à se resserrer encore plus autour du message. Bientôt, ils devinrent incandescents, ce qui même pour moi était un peu inconfortable.

-Mademoiselle Black ? m'appela Mme Johnson d'un air contrarié. Je vous ai demandé quelque chose.

Encore un peu de patience…

Une vague odeur de brûlé monta dans l'air, heureusement bien trop ténue pour être perçue par une autre personne que moi ou par les détecteurs de fumée. J'avais les yeux obstinément fixés sur mes mains, lesquelles étaient crispées autour du papier pour que la chaleur s'y concentre.

Une lueur interrogatrice et un peu soupçonneuse dans ses prunelles bleues, Nathaniel se mit lui aussi à lorgner mes poings. A cause de la pression et de la concentration, je commençai à fatiguer, aussi pris-je une profonde inspiration quand je me rendis compte que j'avais arrêté de respirer.

Enfin, je sentis quelque chose se désagréger entre mes doigts et je laissai échapper tout l'air contenu dans mes poumons, immensément soulagée (et fière de moi, il fallait bien l'avouer). Victorieuse, je retournai mes mains paumes vers le ciel.

Mme Johnson et Nathaniel regardèrent d'un air interdit les traces noires et grises -de la cendre- étalées sur ma peau blanche.

-C'est dégoûtant, commenta ma prof d'anglais du bout des lèvres. J'espère que vous penserez à vous laver les mains.

Je faillis lui éclater de rire à la figure. A la place, je me mordis la lèvre inférieure et exhalai un gloussement hystérique.

Alors que Mme Johnson s'éloignait en secouant la tête, l'air de se demander si elle n'était pas folle, je passai une main sur mon front pour essuyer un filet de sueur. Je jetai un coup d'œil en biais à Nathaniel, priant de toutes mes forces pour qu'il soit aussi ignorant qu'un humain normal -même s'il ne l'était pas, normal- aurait dû l'être et pour qu'il ne soupçonne rien quant à mon petit tour de passe passe.

-Pff, c'était moins une, finis-je par souffler.

Il releva la tête, et je fus une fois de plus réduite au silence par le bleu glacé -dérangeant- de ses prunelles. Il se pencha vers moi, son souffle caressant mon oreille :

-Tu me demandes de te révéler mes secrets, mais as-tu envie que je connaisse les tiens, Allie ?

Je me figeai. Nous nous affrontâmes en silence du regard. L'un comme l'autre en savait plus sur l'autre qu'il n'aurait dû, mais comme aucun de nous ne savait à quel point, nous en restions aux non-dits.

Ce furent les derniers mots que nous échangeâmes.

Après le lycée, j'avais la ferme intention de rejoindre Matthew à La Push. A chaque fois que quelque chose n'allait pas ou que j'étais en colère, sa présence suffisait à m'apaiser. Je ne me rappelais pas m'être disputée avec lui depuis cinq ans que nous étions imprégnés. De toute façon, comme aurions nous pu nous mettre en colère l'un après l'autre ? Comme mes parents, nous nous complétions au point d'être toujours d'accord sur tout.

Comme d'habitude lorsque j'avais quelque chose de prévu, ma famille contrecarra mes plans. Elliot, Lily et Will m'interceptèrent à la sortie du lycée.

-Tes parents veulent qu'on rentre tous directement chez vous, annonça immédiatement Lily. Ils ont quelque chose à nous dire.

-Ils ne peuvent pas le faire par téléphone ? m'enquis-je alors que nous nous dirigions, résignés, vers le parking.

Lily secoua la tête, faisant voler ses mèches blondes.

-Rose et Emmett seront là aussi.

-Gros problèmes en perspective, commentai-je.

La famille de Maman était rentrée cinq jours plus tôt de son trou paumé au Tibet. J'étais prête à parier qu'ils avaient emmené dans leurs bagages les ennuis qui semblaient toujours leur coller à la peau -ce devait être de famille.

Alors que Lily s'engouffrait dans sa Lamborghini, je réussis par je ne sais quel miracle à prendre la place du conducteur. J'adressai un regard victorieux à Elliot qui se contenta d'hausser les épaules et de s'installer à côté de moi. Nous discutâmes de tout et rien pendant le trajet tandis que Will s'absorbait dans un mutisme assez inhabituel. Je comptai profiter du répit dont il faisait cadeau à mes tympans, mais Elliot finit par lui adresser la parole :

-Will, ça va ?

Notre frère ne répondit pas, se contentant de fixer obstinément la fenêtre ouverte à sa droite.

-Allô la lune, ici la terre ! me moquai-je.

J'appuyai brièvement sur le klaxon, histoire de le réveiller totalement. Mon stratagème fonctionna, puisqu'il sursauta violemment, se cogna la tête contre l'habitacle et lâcha sans prévenir :

-J'ai embrassé Madison.

!

Mon pied enfonça la pédale de frein. La voiture pila, le moteur cala. Derrière moi, les autos klaxonnèrent en cœur cependant que je fixais mon volant d'un air hébété.

-Et si tu redémarrais ? suggéra calmement Elliot au bout de quelques secondes. Nous sommes très contents pour toi Will, mais la prochaine fois évite d'annoncer ça quand Allie conduit.

-Nous ne sommes pas contents pour lui, martelai-je tout en remettant le moteur en marche. Pour la simple et bonne raison que nous n'aimons pas Madison.

-N'exagère pas, répliqua Elliot en me transperçant de ses prunelles chocolat, l'air de me dire que j'aurais dû être la première à comprendre combien Maddie chérie était importante pour notre frère.

William ne participa pas à notre mini-débat, ce qui réduisit bien vite l'ampleur de la dispute. Lorsque nous nous garâmes devant le chalet à côté de la voiture de Lily, j'étais toujours en train de ruminer la nouvelle et je me fichais comme d'une guigne de ce que mes parents avaient à nous dire.

Dans le salon, Maman et Papa étaient assis sur un sofa qui faisait face à celui sur lequel étaient installés Rose, Emmett et Lily. Si les adultes arboraient un air grave, notre cousine avait simplement l'air intrigué.

-Qu'est-ce qui vous a pris autant de temps ? s'enquit-elle.

-Will a jugé bon de nous sortir qu'il avait... commençai-je avant de me faire couper par Elliot.

-Allie a juste calé.

Merci de m'humilier, grommelai-je mentalement. Je comprenais son besoin de protéger Lily des retombées qu'auraient sur elle la love story entre mon frère et Miss Monde, mais il ne pourrait pas continuer à lui cacher autant de choses bien longtemps.

Emmett éclata de rire. Papa essaya de ne pas se moquer, mais ça se vit sur son visage qu'il trouvait l'épisode extrêmement amusant. Maman, qui devait se douter qu'Elliot venait de mentir, dévisagea Will-le-zombie qui s'enfonçait dans un fauteuil, le regard dans le vague.

-Où sont les jumelles ? demandai-je pour changer de sujet.

-Chez Rachel, répliqua Papa, me faisant comprendre au ton de sa voix à quel point ce qu'ils avaient à nous dire était important.

-Bon, qu'est-ce qui se passe ? demandai-je d'un ton blasé.

-Vous avez interdiction de vous rendre à Seattle pour une durée indéterminée, déclara tante Rose d'une traite en tortillant une mèche de ses cheveux blonds autour de son index.

-Impossible ! s'exclama Lily d'un ton catastrophé sans prendre la peine d'analyser l'information avant. Je dois aller faire les boutiques avec Alice ce week-end !

-Nous sommes sérieux, Lily, répliqua doucement Maman. Seattle n'est pas une ville très sûre en ce moment.

-Attendez, quoi !? m'écriai-je. Je croyais que les seuls dangers dans le coin étaient les accidents de voitures, les intempéries et nous !

-La liste est en train de s'allonger, commenta Papa. Des meurtres humains se multiplient à Seattle –il y en a eu une dizaine au total-, et nous ne connaissons personne susceptible d'avoir fait le coup. Cela dure depuis cinq jours déjà.

Lily et moi répétâmes en cœur, le même air incrédule et probablement accusatif sur nos visages :

-Cinq jours ?

Papa leva les yeux au ciel et débita :

-Oui, cela fait cinq jours que cela dure, cela fait cinq jours que nous sommes au courant mais non, nous ne sommes pas des parents indignes pour ne pas vous avoir avertis plus tôt. Figurez-vous que nous avons essayé de régler le problème avant d'inquiéter tout le monde pour rien. Dans la journée de samedi, il y a eu un pic de mortalité, ce qui nous a conduits à nous rendre dès le soir même à Seattle pour arrêter ces monstres.

-Tu nous as raconté que Maman et toi alliez au restaurant et que les Cullen partaient chasser ! m'écriai-je. Vous m'avez fait baby-sitter Will, Sarah et Liz pendant que vous partiez à la chasse au vampire sans moi ? (Je me tournai vers Elliot : ) Et toi, tu m'as dit que tu allais patrouiller toute la nuit… ce qui signifie que tu es allé avec eux !

Lily pivota vers lui, une lueur mécontente dans ses prunelles bleues :

-Tu étais au courant et tu ne m'as rien dit !

Sous le feu de reproches de notre cousine, mon frère passa une main gênée dans ses boucles noires.

-Si ça peut vous rassurer, sachez que nous ne l'aurions jamais emmené avec nous si ce n'était pas lui qui avait lu les journaux parlant du meurtre le premier, blagua Papa.

-Je suis majeur, fit remarquer Elliot en fronçant le nez.

Emmett haussa les épaules.

-La majorité est à huit ans chez nous, tu l'avais oublié ? L'âge ne compte pas.

-Bon, que s'est-il passé quand vous êtes arrivés à Seattle ? les relançai-je avant de laisser la conversation dériver.

-Rien, répondit Emmett, sibyllin. Nada. Néant.

-Comment ça, rien ? sourcillai-je.

Maman leva les yeux au ciel. Son oncle avait beau plaisanter, je voyais bien que tout le monde était relativement inquiet. Bon, nous faisions partie du clan d'immortels le plus puissant au monde… mais qui dit puissance dit convoitise et nous n'étions pas à l'abri du danger.

-Nous avons fouillé la ville et nous avons guetté la présence d'odeurs étrangères, affirma-t-elle. Tout cela pour aucun résultat. Nous n'avons trouvé personne, nous n'avons senti aucun fumet de vampire et Alice n'a eu aucune vision. C'est comme s'il ne s'était rien passé. Bien sûr, l'odeur ténue du sang stagne toujours à l'endroit des meurtres, mais il n'y a aucun indice quant à la présence des meurtriers. Ils se sont évaporés, chose dont n'est normalement pas capable un clan de vampires entier.

-Ce qui signifie que nous ne savons rien de nos ennemis, poursuivit Papa, si ce n'est que ce sont probablement des buveurs de sang nouveau-nés –eux seuls sont capables d'un tel carnage.

-C'est pour cette raison que vous ne pouvez pas vous rendre à Seattle tant que nous ne les aurons pas dénichés et tués, appuya tante Rosalie en nous regardant les uns après les autres, Lily, Will et moi. Est-ce que c'est bien clair ?

Ne plus aller à Seattle ne me gênait pas le moins du monde. En revanche, baisser les bras devant une difficulté aussi minime que des bébés vampires…

-Vous savez, l'un de nous pourrait servir d'appât, tentai-je. De loin, on nous prend souvent pour des humains, les garçons, Lily et moi. Si on attirait les nouveau-nés pour…

Elliot secoua la tête de droite à gauche, et à son expression je compris qu'il avait déjà formulé cette proposition. Quant à mes parents et tante Rosalie, ils me fusillèrent d'un regard noir.

-N'y penses même pas, Allie, grogna Papa. Quand on ne connaît pas son ennemi, on ne le sous-estime pas. Et on n'envoie surtout, surtout pas ses enfants comme appâts !

-C'est sûr que ça ne sonne pas très bien dis comme ça, mais on pourrait sûrement réussir à trouver quelque chose pour…

-Nous avons dis non, me coupa Maman en arborant son expression « personne-ne-touche-à-mes-enfants-ou-je-mords ».

-Super, soupirai-je, résignée. Faites comme si je n'avais rien dit. On va laisser des gens se faire assassiner, alors ?

Maman et moi glissâmes un regard vers Papa. Je savais que j'avais touché juste. Le rôle premier de sa meute était de protéger les humains des vampires, après tout.

-Si ça continue, j'enverrai quelqu'un là-bas pour guetter ces sangsues, répondit-il. Peut-être que la présence de loups dans la ville les dissuadera de récidiver.

-Ne vous inquiétez pas, nous allons réduire à néant les renégats qui croient qu'ils peuvent s'en prendre aux rois des vampires sur leur propre territoire ! vitupéra Rose d'un ton offensé.

Je retins un rire. Elle prenait sans doute l'évènement beaucoup plus au sérieux que nous autres, dans la mesure où elle était persuadée que sa famille régnait sans conteste sur le monde entier. Moi, je savais que les Cullen ne seraient rien sans l'aide de l'immense meute de Papa et vice-versa.

-Evidemment Rose, fit Maman d'un ton conciliant.

Elle jeta un coup d'œil à Will, et je compris qu'elle réfléchissait pour trouver un moyen de connaître la raison de sa brusque apathie. Papa suivit son regard et ne perdit pas de temps à tergiverser. Il assena une tape sur l'épaule de mon frère :

-Alors Will, tu n'as pas décroché un mot depuis tout à l'heure. Tu ne compte pas aller à Seattle en douce hein ?

L'intéressé cligna des paupières, et toujours aussi à côté de la plaque, daigna enfin répondre d'une voix robotique :

-J'ai embrassé Madison.

Il est encore plus atteint que je ne le croyais. Elle embrasse si bien que ça l'autre cruche ?

Maman soupira et se pinça l'arête du nez, Lily se crispa presque imperceptiblement, Papa eut une moue amusée, tante Rose sembla furieuse et Emmett... Emmett fit ce qu'il savait faire de mieux : empirer la situation :

-Rose et Nessie, par pitié ne vous énervez pas mais c'est mon devoir d'oncle de poser cette question.

Les interpelées lui adressèrent un regard d'avertissement, promesse d'une mort imminente s'il poursuivait sur ce chemin-là, mais il les ignora et s'enquit :

Je vais…

-Will, c'était un baiser avec ou sans la langue ?

vomir.

C'était officiel.

Mon petit frère avait une vie sexuelle plus active que la mienne.


(Non, Will n'est pas lobotomisé, il est juste un peu perdu dans ses pensées, c'est le regard qu'Allie porte sur lui qui le fait paraître à l'ouest ^^)

Le prochain chapitre,La Bella et la Bête, arrive le 1er décembre. Pour une fois, c'est un chapitre simple et calme, mais vous l'aimerez parce que c'est un PDV Matthew et qu'il ne parle que d'Allie et Matthew en long en large et en travers ^^