10
Espérance en danger
- Général je crains que … aucun des systèmes de sauvegarde de la navette n'ait fonctionné. Tout a été perdu.
- La salle des serveurs et les interfaces de programmation ont été touchées ?
- Pas immédiatement mais … plutôt que de se sauvegarder la … l'intelligence artificielle à détourner toute l'énergie des serveurs vers un programme d'atterrissage d'urgence.
Le silence se fit dans la salle de pilotage. Alone déglutit et osa un regard en direction de Sion, qui fixait son écran les yeux écarquillés. Il avait du mal à croire à ce qu'il lisait.
- C'est impossible, gronda finalement le Général Sage. En cas d'avarie de ce genre, l'intelligence artificielle du vaisseau a pour consigne d'initialiser la sauvegarde pour protéger tous ses systèmes.
Nouvelle pause.
- A moins que …
- A moins qu'elle n'ait été consciente, termina Sion en lui adressant un regard éberlué. Une intelligence consciente a pu choisir de … de se sacrifier pour sauver les passagers !
- C'est impossible.
Alone sentit ses mains, au-dessus du claviécran du système de navigation, se mettre à trembler. Il avait la désagréable impression que la situation leur échappait. Ils étaient en position de force, armés et puissants face à leurs potentiels ennemis et pourtant, ils n'étaient pas gagnants. Pourquoi ? Que ne comprenaient-ils pas ?
Un programme d'atterrissage d'urgence, choisit par l'intelligence artificielle de bord, qui n'était pas censé avoir voix au chapitre dans une telle situation. Voilà pourquoi l'immense navette avait atterrit, certes en catastrophe, sur la seule bande de terre viable parmi cet immense océan.
- C'est pourtant ce qu'annonce le rapport des dernières secondes avant le crash, insista Sion avec plus d'énergie.
Mais son supérieur choisit de l'ignorer. Rien sur son visage ne changea. Ni froncement de sourcils, ni plis amer des lèvres. Rien qu'une glaciale résolution.
- Informez les Pilotes qu'ils se tiennent prêts, dit-il simplement. Dès que vous vous serez assuré que l'incendie ne se propage pas, nous débarquerons pour préparer la traque.
Alone et Sion se regardèrent. Le jeune Navigateur vit que le Capitaine n'allait pas supporter ça très longtemps. Il était presque certain pour eux que ces survivants n'étaient pas des clones. Ils ne devaient pas les traquer, mais les secourir.
Néanmoins, Sion Tsering relaya l'ordre à tout l'équipage et se contenta de fixer ses écrans, qui lui montraient une image en haute définition, et une autre, en infrarouge, de l'état des terres. Il avait les dents et les poings serrés. La désobéissance était passible d'enfermement et de rétrogradation. Mais à qui en référer, maintenant que la Terre n'existait plus ?
...
Il pleuvait des cordes. Et si cela eut au moins le mérite d'éteindre les nombreux départs d'incendie résultant du crash, le sol en devint vite spongieux, puis boueux. Manifestement, ils se trouvaient bas sur les terres, et l'eau ruisselait déjà par endroit, disséminant, un peu partout sur leur chemin, des pièges glissants.
Aiolia dérapa en voulant trouver un appui et tomba. Heurtant le sol elle aussi, June gémit et ses paupières papillonnèrent avant de s'ouvrir. Voyant cela, Aiolia s'agenouilla à ses côtés et lui sourit, les cheveux collés au front, aux joues et à la nuque à cause de la pluie. La jeune femme pouffa de rire puis eut une grimace douloureuse et dit, d'une voix éraillée :
- Tu ressembles à un chien mouillé.
- Moi aussi j'suis content de te voir, répliqua Aiolia.
Kanon les rejoignit, trainant toujours Hyôga. Il dit quelque chose mais un coup de tonnerre violent couvrit sa voix.
- Quoi ? cria Aiolia, toujours agenouillé dans la boue.
- Je crois qu'on est au beau milieu de la mangrove, répéta son compagnon entre deux souffles fatigués.
- La quoi ?
- Un marais ! Regarde les arbres !
Aiolia regarda autour de lui. Les arbres, gigantesques, se dressaient de tous les côtés, pointant leurs immenses branches larges vers le ciel encombré de nuages noirs.
- Bah quoi les arbres ? demanda-t-il encore, ne voyant pas trop où son compagnon voulait en venir.
- Y'a une ligne sombre, sur l'écorce ! cria encore Kanon. Là où l'eau s'arrête à chaque crue ! On est en plein milieu de la mangrove bordel !
Se redressant, Aiolia plissa les yeux pour tenter de voir à travers le rideau de pluie qui s'abattait toujours. Kanon avait raison. Nettement visible sur l'écorce, une démarcation ornait chacun des arbres. Haute de plus de deux mètres.
- Merde, grogna Aiolia. Faut qu'on se grouille.
Kanon ne put qu'approuver. Son compagnon se baissa, prêt à reprendre June dans ses bras, mais la jeune femme refusa, arguant qu'elle pouvait marcher seule. Ils cheminèrent donc ensembles en se soutenant, en direction du mont qui se dressait toujours au loin. Très vite, ils se mirent à patauger dans l'eau jusqu'aux chevilles.
Aiolia commençait à se dire qu'ils allaient finir submergés par les eaux lorsqu'ils se heurtèrent tout à coup à un haut tertre de terre et de boue qui se dressait devant eux, retenu par de gros arbres comme le vestige d'une coulée de boue stoppée en pleine course. Voilà pourquoi cette mangrove se remplissait si vite d'eau ; il ne s'agissait en fait que d'une grosse cuve naturelle difficilement, ou pas du tout reliée à la mer, ce qui expliquait pourquoi l'eau ne s'écoulait pas.
- On va devoir escalader, lança Kanon d'une voix mal assurée.
Aiolia, soutenant June, sembla hésiter. Il regarda à droite, à gauche, comme s'il cherchait une issue. Accrochée à son épaule, le jeune femme vacilla et gémit de douleur. Hyôga, que Kanon maintenait hors de l'eau, était toujours inconscient. Ils étaient épuisés, blessés. Et le mur de boue glissante avait deux têtes de plus qu'eux.
- Ouais, déclara finalement Aiolia, j'y vais en premier. Ensuite j'attrape June, je hisse Hyôga puis je t'aide. Ça te va ?
Pas d'autres choix. Kanon, avec un bras en moins, ne pouvait pas grimper seul.
- Ça me va, acquiesça-t-il alors qu'un coup de tonnerre déchirait le ciel.
Depuis que l'orage grondait, ils n'avaient plus entendu les moteurs du vaisseau qui n'avait cessé de faire des rondes au-dessus de leur tête. Ils ne le voyaient même plus. S'était-il posé plus au nord ? Etait-il parti ? Ou attendait-il quelque part, dans le ciel, que cette violente pluie abondante cesse ?
Aiolia laissa June s'appuyer à un arbre, dénoua son bras de son épaule et tenta l'escalade. La boue ne rendait évidemment pas la chose facile, mais les grosses racines nues des arbres, ainsi que leurs branches les plus basses, lui fournirent des points d'appuis fiables et il se hissa tant bien que mal en grondant et ahanant, tremblant de fatigue. Il fut vite essoufflé et ses muscles, réclamant plus d'oxygène, devinrent douloureux. Néanmoins, il parvint en haut du tertre, couvert d'une épaisse eau boueuse qui collait à ses vêtements déchirés, à sa peau meurtrie et à ses cheveux sales. La douleur pulsait dans son crâne à la place de son oreille manquante et, la vision piquetée de points noirs, il se pencha, s'accrocha à une racine noueuse, puis tendit la main.
June l'attrapa de sa main droite, celle dont la peau n'était pas brûlée, une grimace lui déformant le visage, et tenta de prendre appuis sur quelques racines à son tour, poussant sur ses jambes pour éviter à Aiolia le plus gros du travail. Elle fut vite en haut. Aida ensuite son camarade à hisser Hyôga, alors que Kanon poussait en-dessous. L'eau lui arrivait presque aux genoux à présent. Cette ascension fut bien plus longue que les deux précédentes et, par deux fois, Hyôga manqua de tomber violemment, retenu de justesse par ses compagnons.
Lorsqu'il fut enfin en haut, immobile et silencieux, June le traina un peu à l'écart, et tenta de replacer le bandage gorgé d'eau et tâché de boue autour de son crâne. La plaie lui apparut un instant et la jeune femme eut un haut-le-cœur. S'il parvenait à survivre à ça, ce serait un miracle. Elle tenta d'aider Aiolia à faire grimper Kanon, mais ses forces la trahirent et elle ne put que rester à ses côtés, tremblante, gémissante, assaillit par une douleur intense. Finalement, ils furent tous en haut du tertre mais durent attendre plusieurs minutes pour reprendre des forces.
Au bout d'un certain moment, alors qu'elle fixait Hyôga étendu au sol et trempé jusqu'aux os, June eut un doute. Elle fronça les sourcils et s'approcha encore. Le jeune homme était immobile. Complètement immobile. Trop, immobile. Brusquement, elle posa une main sur son torse, puis se pencha sur son visage pour écouter. Ou sentir. Un souffle d'air, quelque chose. Kanon et Aiolia, interpelés par son comportement, s'étaient approchés. Très vite, ils comprirent.
June se redressa lentement, la main toujours sur Hyôga et se tourna vers eux. Derrière les brûlures rougeâtres de son visage, elle était pâle.
- Il est mort, dit-elle simplement.
...
Le corps tant douloureux de fatigue qu'il en pleurait, Kagaho sanglota lorsque l'un de ses pieds put enfin toucher le fond sableux. Il tenta de se redresser, glissa ; sa tête disparut sous l'eau un quart de seconde mais suffisamment longtemps pour qu'il se brûle les yeux au contact de l'eau salée, puis refit surface en toussant. Il nagea encore, les jambes si douloureuses et fatiguées qu'elles semblaient pleines de plomb, et put enfin prendre pied de manière plus stable. Il se redressa, malmené par les flots violents. Il y avait de la houle, du vent, et la pluie cinglait si fort qu'elle faisait mal.
Il eut un vertige et tangua. Déséquilibré par la terre ferme après avoir été si longtemps balloté par les flots, il eut un haut-le-cœur. Il récupéra son sac, lourd comme un boulet, et laissa la plaque de métal derrière lui, livrée au courant. Un coup de tonnerre raisonna au-dessus de lui, mais ses oreilles bouchées assourdirent le bruit. Plusieurs fois, pris de vertige, il tomba.
Ce n'est que lorsqu'il bascula pour la troisième fois qu'il la vit. Cette lumière intense, minuscule, derrière le rideau de pluie sombre. Les sourcils froncés, les genoux dans l'eau, il crut un instant qu'il s'agissait d'un feu de camp avant de se rendre compte que cette silhouette gigantesque autour de la lumière, c'était celle de Pacifitia, échouée sur la falaise. Et lorsqu'une intense flamme jaune, puis blanche, jaillit de la boule de lumière et envoya vers lui un souffle d'air chaud, il sut. Ses yeux s'écarquillèrent de surprise, puis s'assombrirent de terreur et il se redressa, vacillant sur ses jambes raides de fatigue.
Cette lumière aveuglante et lointaine, c'était le cœur de Pacifitia. Son cœur thermonucléaire. Le minuscule soleil qui nourrissait ses réacteurs, puis ses moteurs, convertissant l'hydrogène en énergie de propulsion. Le cœur avait été mis à nu par le crash. A présent, instable, il libérait de l'énergie par vague successive, tentait de survivre en se nourrissant de sa propre matière. Comme le soleil, sur Terre, avant qu'il n'explose. Qu'il ne s'effondre sur lui-même en une puissante explosion nucléaire.
Certes, ce soleil-ci était bien plus petit, vingt centimètres de diamètres, peut-être trente, mais ce serait terrible et puissant comme …
Immobile, les pieds dans l'eau, livré à la pluie au milieu d'une plage de sable sombre, Kagaho sentit ses épaules s'affaisser. Il n'y avait aucune comparaison possible. Il n'avait qu'une seule certitude : ils allaient tous bientôt mourir.
...
- Qu'est-ce que c'était ?! Capitaine ?
- Général je crois que …
Sion pianota énergiquement, faisant dérouler des chiffres et des images sur son claviécran. Il devint très pâle.
- C'est le cœur de Pacifitia mon Général, souffla-t-il. Il est instable. Le crash a détruit tous les systèmes de sécurité. Le noyau va exploser.
Alone retint son souffle. Il tremblait. Tout allait de mal en pis. Depuis qu'ils avaient attaqué Pacifitia, les choses leur échappaient. Et maintenant, c'était toute la planète qui était en danger. Par leur faute.
Derrière eux, le Général Sage resta silencieux. Il se contenta de prendre une grande inspiration et de soupirer. Alone et Sion se regardèrent. Ils avaient une chance de sauver Espérance et les survivants du Crash ; grâce à Olympus, ils pouvaient tirer le cœur thermonucléaire instable de la zone de risque et la porter hors de l'atmosphère terrestre pour la laisser exploser dans l'espace grâce au système de portage par gravité de leur navette. Pour ça, leur supérieur n'avait qu'un mot à dire.
Quelques secondes s'écoulèrent cependant sans qu'ils ne disent rien, et l'intercom du poste de pilotage s'alluma alors. Les trois hommes entendirent la voix de Dohko, Pilote en chef de la navette, s'élever dans le silence ambiant.
- Les hommes sont prêts mon Général, armés et équipés. Nous attendons vos ordres.
Sion était incapable de quitter Sage des yeux, retenant son souffle. Quant à Alone, il avait les yeux rivés sur son claviécran. Maintenant que les petits incendies étaient éteints grâce à la pluie, d'autres lumières s'allumaient, captées par les caméras infra-rouge. Des petits points lumineux pour signifier la vie. Une dizaine de survivants. Plus que ce qu'il avait espéré.
- Très bien, répondit brusquement le Général en activant l'émetteur de son intercom. Préparez-vous à l'accostage, nous allons atterrir, et tenez-vous sur vos gardes, tout ce bruit a dû exciter les panthera lupus.
- A vos ordres, confirma simplement Dohko avant que la communication ne se coupe.
- Général ! lança Sion, n'y tenant plus. Nous devons éloigner le cœur instable d'Espérance ! Si nous ne faisons rien, la planète sera !
- Obéissez Capitaine ! rugit Sage en retour. Nous avons des fuyards non-purifiés à éliminer !
- Mais ! L'explosion va tout détruire ! Nous ne pouvons nous permettre de perdre Espérance !
- Espérance !
Le Général s'était levé de son siège, rouge de rage, et son cri avait fait sursauter Alone, qui se tassa sur lui-même. Mais Sion ne faiblit pas. Il fit face, les poings serrés.
- A quoi nous sert Espérance maintenant ?! rugit encore leur supérieur. Nous l'avons terraformée pour l'Humanité, pour qu'elle accueille les hommes. Mais il n'y a plus d'Humanité maintenant, tout ça ne sert plus à rien !
- Il y a nous ! répliqua vivement Sion. Il nous faut une planète ! Et il y a eux ! Je suis sûr que ce ne sont pas des clones … il y a sans doute une explication à tout ça !
- Le dernier message que nous avons reçu du Docteur était un faux alors selon vous ?! Pour moi il était clair. Des clones se sont rebellés et ont condamné des humains à mort.
- Il doit y avoir … il y a sûrement …
Mais Sion ne sut que dire. Quelque chose avait dû leur parvenir erroné, forcément ! Cet homme dans la corvette leur avait donné le matricule de Kagaho ! Et il avait piloté avec une dextérité que seul un pilote chevronné pouvait avoir. Ils devaient réfléchir. Ne pas se laisser aveugler par la peur. La douleur.
Le Général agit avant qu'il ait pu trouver ses mots et activa de nouveau son intercom, appelant la salle de débarquement.
- Dohko ?
Il y eut un bip puis le Pilote répondit :
- Oui Général ?
- Prenez un de vos hommes avec vous et venez me rejoindre au poste de pilotage, ordonna Sage d'un air grave.
- A vos ordres.
L'intercom s'éteignit à nouveau et le silence revint.
- Vous avez dépassé les bornes Capitaine, gronda Sage. Je vous mets aux arrêts.
- Vous commettez une grave erreur ! insista Sion, tremblant de la tête aux pieds. Espérance doit être préservée ! Elle est notre dernière chance !
- La priorité c'est d'éliminer ces clones ! Ils sont responsables de tout !
- Ils ne sont pas responsables de la mort de votre fils.
Alone retint son souffle. Il n'ignorait pas qu'un grand nombre de ses camarades avaient dû abandonner femme et enfants derrière eux en acceptant cette mission de la dernière chance, qui les tiendraient éloignés de la Terre plusieurs centaines d'années. Lui, tout comme ses amis Sacha et Tenma, avaient la chance d'être orphelins et n'avaient donc aucune attache. Mais Sage, apparemment, y avait laissé un fils. Etait-ce la raison de cette colère et de cet entêtement démesuré ?
Les yeux du Général étaient noirs de colère. Les bras de Sion tremblaient, mais non de peur. De surprise. Face à sa propre audace. Il voulait des preuves. La porte du poste de pilotage coulissa pour laisser entrer Dohko et Kardia, tous deux revêtus de leur combinaison en kevlar liquide et armature de titanium et armés de pied en cape. Alone se leva de son siège, prêt à dire quelque chose, à protester, mais un regard noir de la part de Sage le fit taire.
Voyant la tension qui régnait dans la pièce, Dohko, tout en faisant un pas en avant, arqua un sourcil et demanda :
- Que se passe-t-il ?
- Le Capitaine Sion Tsering est mis aux arrêts dès maintenant, répondit le Général avec autorité. Menez-le en zone de quarantaine, le temps que je décide de son sort.
Dohko ouvrit la bouche, abasourdi, mais ne protesta pas. A ses côtés, Kardia fronça les sourcils, attentif. Ça devenait tendu. Mais avant que quelqu'un ait pu dire quoi que ce soit, et à la surprise de tous, Sion bougea de lui-même. Il remonta les quelques marches qui séparaient les postes de contrôle avec la porte d'entrée et se livra en tendant les mains, braquant dans les yeux de Dohko un regard décidé et sûr. Le Pilote, avec des gestes incertains, sortit les menottes aimantées de sa ceinture. Autour des poignets de Sion, il mit deux bracelets métalliques qui, sitôt fermés, s'attirèrent l'un l'autre, entravant le prisonnier.
- Envoyez-moi El Cid, qu'il prenne le relais, ordonna Sage en se réinstallant dans son siège, et préparez-vous à débarquer.
- Bien Général, déclara simplement Dohko.
Ils sortirent tous les trois et rejoignirent l'élévateur en silence. D'un frôlement de l'épaule, suivit d'un coup d'œil dont il avait le secret, Sion fit comprendre à Dohko qu'ils devaient se parler seul à seul. Après des années de vie commune, ils parvenaient à dialoguer sans avoir besoin de mots. Dohko comprit. D'un ordre sec, il demanda à Kardia de prévenir El Cid et de rester en salle de débarquement pendant qu'il menait Sion en cellule de quarantaine. Dès qu'ils se retrouvèrent seuls, Sion lui parla de ses doutes.
- Kagaho ?! lança Dohko, étonné.
- Oui, il a donné son matricule, et tu as vu son pilotage comme moi !
- Il a tué l'un des notres.
Sion soupira. L'élévateur continuait son chemin, après avoir déposé Kardia au secteur supérieur.
- Oui, je sais. Mais il ne faisait que se défendre. Il a tenté de nous contacter par intercom, il connaissait notre fréquence ! Il a essayé de nous expliquer que les passagers de Pacifitia étaient des survivants, mais Sage n'a rien voulu entendre !
- Tu dis quoi, qu'il s'est trompé ? lui demanda Dohko, sceptique.
- Non. Je dis juste que sa colère et sa tristesse l'aveuglent. Et je … je voudrais comprendre. Mener une enquête. On ignore ce qu'il s'est passé sur Terre avant sa destruction, on doit savoir avant de faire quoi que ce soit ! Et lui, ce qu'il veut, c'est les éliminer, ni plus ni moins !
Dohko soupira. L'élévateur s'arrêta et les portes s'ouvrirent dans un souffle.
- Ok, accepta Dohko en lui retirant ses menottes. Comment tu comptes faire ça ?
- D'autres données ont été enregistrées automatiquement avec le message qu'on a reçu du Docteur, des données qu'on n'a jamais pris la peine de décrypter, je dois pouvoir faire quelque chose avec ça. Il me faut juste du temps.
- D'accord, vas-y. Mais ne te fais pas remarquer.
Sion sourit. L'embrassa. Une chance que Sage ait envoyé Dohko et non pas un autre Pilote. Depuis le temps qu'ils s'aimaient, ils se faisaient aveuglément confiance.
- Je ne vais pas pouvoir freiner Sage longtemps, le prévint néanmoins Dohko en fronçant les sourcils. Je n'ai aucun grade, les autres Pilotes choisiront d'obéir à Sage et non à moi.
- Je sais, répliqua Sion en sortant de l'élévateur. Je fais aussi vite que possible.
Ils se séparèrent ainsi.
La véritable mission des soldats des Corps Diplomatiques de l'Alliance avait toujours été la protection des citoyens et la sauvegarde du genre humain. En ces temps difficiles, les hommes ne se faisaient plus la guerre entre eux depuis la mort de la colonisation martienne, ils tentaient simplement de survivre dans un monde devenu hostile. Les principaux ennemis des soldats avaient surtout été les Aurochs et les Banshees ; puis, pour eux, les panthera lupus d'Espérance. Voilà pourquoi s'en prendre à des hommes, qu'ils soient ou non des clones, les révulsait autant. Ça n'était pas pour ça qu'ils s'étaient enrôlés.
Sion n'avait pas rejoint les Corps Diplomatiques pour tuer des êtres humains, mais pour les sauver.
Aussi vite que possible, il rejoignit un autre secteur, en choisissant d'utiliser les sas de séparation étanches, tout en prenant garde à éviter les caméras de surveillance. Alone surveillait les écrans, et s'il se faisait voir, il espérait que le jeune homme ne signale pas sa présence au Sage, mais il n'était sûr de rien. Alors il se fit aussi discret que possible jusqu'à parvenir en salle de contrôle, là où tout était archivé et stocké, en espérant découvrir quelque chose.
...
Il continuait de pleuvoir, inlassablement. Ikki, trempé jusqu'aux os, dégoulinant d'eau, rejoignit en courant l'arbre sous lequel ils s'abritaient tous, blottis les uns contre les autres pour tenter de se réchauffer. La nuit tombait. La température baissait avec le plus gros soleil. Avec Angelo et d'autres camarades valides, il était parti inspecter les alentours, voir s'il ne croisait pas la route d'autres survivants. Il en manquait tellement encore. Comme Aiolia. Ikki redoutait le moment où Shun se réveillerait pour s'entendre dire que son amant était introuvable, sans doute mort. Pour l'instant, son petit frère était toujours inconscient ; il n'avait pas repris connaissance depuis qu'il l'avait trouvé et soigné. Du moins, autant que possible.
Tout en adressant un regard désolé à Aioros, qui l'avait regardé approcher, inquiet lui aussi de ne pas voir revenir son petit frère, Ikki contourna l'énorme tronc d'arbre jusqu'à parvenir auprès de Shiryu, resté aux côtés de Shun. Les genoux relevés, les bras autour des jambes, il tremblait et claquait des dents. Il semblait encore sous le choc.
- Hey ! l'appela Ikki en fronçant les sourcils. Ça va ?
Shiryu ne le regarda même pas.
- Qu'est-ce qu'on fout là ? lui demanda-t-il seulement d'une voix tremblante. Hein ? On va mourir. On devrait être mort.
Ikki s'arrêta près de lui, surpris. Il y eut alors une nouvelle secousse, puis un souffle d'air chaud fit danser les feuilles des arbres alentour. Ça faisait un moment qu'ils sentaient tous ça, par intermittence, sans parvenir à comprendre d'où ça venait.
Soudain, Shiryu poussa un sanglot et lui dit :
- J'aurais dû mourir dans ce crash ! J'aurais voulu mourir dans ce crash !
N'y tenant plus, les mâchoires serrées à s'en faire mal, Ikki attrapa Shiryu par le col de son uniforme déchiré, le releva de force en lui arrachant un grognement de douleur, puis referma l'une de ses mains autour de sa gorge pour le tenir, et plaqua rudement ses lèvres sur les siennes. Le cri de protestation de Shiryu fut étouffé dans sa bouche. Mais il ne le repoussa pas. Il le laissa faire, sans prendre part au baiser.
Ikki s'éloigna après quelques secondes mais le retenait toujours, lui coupant presque le souffle, et gronda :
- T'as survécu à tout ça parce que tu devais y survivre d'accord ?! Si tu continus à baisser les bras comme ça, c'est moi qui te tus, compris ?!
Shiryu, encore trop choqué, ne répondit rien et attrapa le poignet de la main qui lui tenait la gorge.
- On a besoin de toi, insista Ikki en le secouant légèrement. Shun a besoin de toi, alors tu te reprends tout de suite, compris ?!
Prudemment, Shiryu acquiesça, le souffle court, les yeux embués de larmes. Il était épuisé, et il avait mal. Les trois zébrures qu'il avait récoltées durant le crash et qui barraient son torse envoyaient dans son corps des pulsations de douleur chaque fois qu'il faisait un geste, bien qu'elles ne soient pas profondes ni mortelles. Voyant son hésitation, et peut-être aussi sa détresse, Ikki l'embrassa de nouveau. Mais avec plus de douceur. Sa main lâcha son cou pour l'agripper par la hanche et le tenir contre lui. Cette fois, Shiryu répondit au baiser.
C'était un peu désespéré, un peu brusque, mais ça lui fit du bien. Ça l'aida à se rappeler qu'il n'était pas seul dans cette galère, et que les autres comptaient sur lui.
Un gémissement suivit d'un grondement de douleur derrière eux mit fin à leur échange et ils se séparèrent. Immédiatement, Ikki fut près de Shun alors que ce-dernier revenait à lui.
- J'ai mal, sanglota le plus jeune avec une grimace, la peau livide. Ikki !
- Je sais, calmes-toi, lui rétorqua son aîné. Ne bouge pas.
Shun se mit à pleurer. Toute sa jambe droite n'était qu'un amas immobile de souffrance, brouillant sa vision, faisant monter des larmes dans ses yeux. Shiryu s'accroupit à ses côtés et lui prit la main.
- On a refermé et recousu comme on a pu, lui dit-il dans un souffle rauque, et j'avais un antiseptique sur moi alors ça n'a pas l'air infecté pour l'instant mais …
Il hésita, passa sa langue sur sa lèvre supérieur, puis lui lâcha la main et s'empara de la sacoche qui enserrait sa taille pour l'ouvrir et fouiller à l'intérieur.
- J'ai un antidouleur, dit-il en sortant un spray pour le lui montrer. Mais il en reste tout juste assez pour une dose. Toutes les autres ampoules ont cassé. Une seule dose.
Shun le fixa, les joues mouillées de larmes de douleur. Il tremblait violemment des pieds à la tête et avait du mal à desserrer les dents. Il regarda le spray, puis acquiesça. Shiryu vaporisa l'antidouleur sur sa plaie, lui arrachant un frisson et un sifflement, jusqu'à ce que la bouteille soit vide. En quelques minutes, Shun cessa de trembler et poussa un soupir de soulagement. Il ferma les yeux.
Rassuré, Ikki soupira, content que son frère ne lui ait pas posé de question sur …
- Où est Aiolia ? demanda son cadet en rouvrant les paupières.
Ikki se crispa. Adressa un regard noir à Shiryu, qui arqua un sourcil. Puis répondit :
- Il va bien. T'en fais pas.
- Où ? Je veux le voir …
- Il est … parti avec Angelo. Ils cherchent des survivants. Il va revenir t'en fais pas.
Shun acquiesça faiblement puis referma les yeux. Brusquement, Ikki se redressa et s'éloigna de quelques pas, pas très fier de son mensonge. Shiryu le rejoignit.
- Pourquoi tu lui as dit ça ?! lui demanda-t-il en baissant la voix. Il pourrait être mort !
- Il l'est pas ! répliqua brutalement Ikki en lui faisant face. Et je vais le retrouver.
Il fit volte-face et s'éloigna, prêt à sortir de la protection des branches énormes de l'arbre, mais une poigne forte se referma sur son bras, l'arrêtant. Shiryu braqua dans ses yeux un regard inquiet et incertain. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais la referma.
Ikki l'embrassa encore. Beaucoup plus doucement cette fois. Presque tendrement. Puis, avec sa brutalité habituelle, il s'en fut, le laissant seul avec Shun et les autres.
Cette fois, il choisit une autre direction, prenant garde toutefois aux endroits où il mettait les pieds, car il risquait de glisser tant le sol était boueux. Il devait aussi faire attention à ne pas se perdre, et pour ça prenait soin à bien se repérer. Après plusieurs minutes, violemment assailli par la pluie, il entendit un bruit. Une sorte de couinement inquiet. S'arrêtant, il dressa l'oreille, surpris. Un animal, sans doute. Grâce à la violence du crash, ils n'avaient encore croisé aucun prédateur, car ils avaient sans doute été effrayés et s'étaient éloignés. A présent, peut-être que la pluie les tenait à distance, mais il n'ignorait pas qu'il y avait des carnivores, sur Espérance.
Tout en prenant garde à ne pas trop faire de bruit, il regarda le sol tout autour de lui et opta pour une branche lourde comme arme. C'était mieux que rien. Puis il écouta. La pluie l'assourdissait, néanmoins il entendit encore le couinement et, poussé par la curiosité, s'y dirigea. Alors qu'il aurait été préférable qu'il fasse demi-tour.
Derrière un rocher, ce qu'il vit le cloua sur place. Une bête ailée gigantesque était étendue dans la boue, au pied d'un arbre déraciné et calciné, à moitié ensevelie sous un tas de débris métallique encore fumant. Ses membres d'une étonnante couleur verte étaient distordus et, pour la plupart, arrachés. Ses ailes, d'une envergure étourdissante, étaient déchirées. Quelques-uns des os avaient percé la peau fine et saillaient de-ci de-là, comme des excroissances d'un blanc laiteux. L'animal, fauché par un débris de Pacifitia tombé du ciel, avait dû mourir sur le coup. Ikki le contourna, sans lâcher son bâton, jusqu'à trouver la tête. Gracieuse et fine, elle ressemblait beaucoup à celui d'un serpent mais se terminait par un museau aux naseaux distendus par la douleur. Impossible de voir s'il avait des dents. Ikki s'accroupit, tout en gardant encore ses distances. Il avait entendu des couinements. Pourtant, cette bête-là semblait morte.
Ça couina encore et il se redressa vivement, bondissant presque, avant de brandir son bâton. Un morceau de membrane déchirée de l'une des ailes bougea, puis une petite tête triangulaire jaillit en couinant encore. Ikki se figea avant d'arquer un sourcil. Une minuscule créature s'extirpa laborieusement de sa cachette, trainant derrière elle des ailes démesurées pour la petite taille de son corps sinueux terminé d'une longue queue fine. Elle ressemblait trait pour trait à la créature morte, hormis sa couleur, qui était mauve. Elle s'ébroua comme l'aurait fait un chat, tangua sur ses petites pattes incertaines, releva la tête pour le regarder et couina dans sa direction.
Ikki resta immobile, ignorant quoi faire. Puis son estomac gronda. Et il réalisa alors qu'il avait, à ses pieds, de la viande encore fraîche à disposition. De quoi nourrir tous ses camarades, pour leur redonner des forces. Ignorant la petite bête qui le suivait de ses grands yeux orange, il s'approcha de la dépouille et attrapa une patte. Ses sourcils se soulevèrent d'étonnement. Même de près, il avait cru à une peau nue, caoutchouteuse, mais il s'agissait en fait d'une superposition d'écailles incroyablement fines et douces, dont il put sentir les formes sous ses doigts. Il caressa la patte, aussi longue que ses propres jambes, jusqu'au bout, où il découvrit des griffes recourbées et noires. A quelques pas de lui, le petit couina encore mais gardait pour l'instant ses distances.
Ikki commença à réfléchir à une solution pour découper l'animal en morceau, pour pouvoir le ramener sous l'arbre où se trouvaient les autres, mais il n'avait pas de couteau sur lui, pas d'arme hormis son bâton, rien de tranchant qui aurait pu l'aider. Il gronda de frustration. Une sacrée aubaine, mais il était malheureusement impuissant. Agacé, il se gratta l'arrière de la tête. Le petit s'avança vers lui de quelques pas et couina pour attirer son attention. Ikki lui adressa un regard énervé. Ils se fixèrent.
Il s'agissait sans doute d'un bébé mais il avait déjà une belle taille, aussi grand qu'un chat-teigne adulte, et semblait en forme, signe qu'il avait été bien nourri par sa mère. Mieux que rien. Shun avait besoin de manger pour reprendre des forces et guérir de cette fichue blessure qui lui ferait de nouveau très mal. Alors Ikki reprit son bâton en main et se redressa. Le petit animal le regarda et s'avança encore, pas le moins du monde effrayé, et renifla sa main lorsqu'Ikki la tendit vers lui. Vivement, il referma ses doigts autour de son cou minuscule et serra.
La petite bête poussa un cri indigné puis se débattit et bascula sur le dos, les ailes étendues sous lui, pour tenter de le griffer en battant des quatre pattes, et Ikki eut peur un instant qu'il le blesse, mais les petites armes noires ne firent que passer sur sa peau sans la déchirer. A bien y regarder, les griffes énormes de la mère ne semblaient pas bien tranchantes non plus. Rassuré et galvanisé par cette proie qu'il n'aurait aucun mal à tuer, Ikki brandit son bâton. C'est alors que quelque chose percuta son esprit de plein fouet, le figeant sur place, le coupant le souffle et il resta là, le bâton en l'air, à cligner des yeux.
« Peur. »
Ikki ouvrit la bouche de stupeur et baissa les yeux sur la petite créature qui avait cessé de bouger et le regardait.
« Faim. »
Il ne s'agissait pas vraiment de mots, mais plutôt de sensations qu'Ikki parvenait à comprendre et retranscrire. Il ne s'agissait tout de même pas de … de cette petite créature, si ?!
« Froid. »
Lentement, Ikki ouvrit les doigts et relâcha le petit animal qui se redressa en s'ébrouant et couina d'indignation. Son bras qui tenait le bâton s'abaissa de lui-même.
« Faim. »
Fronçant les sourcils, étourdis et un peu effrayé par cette expérience, Ikki se redressa, regarda encore l'animal, ses écailles mauves couvertes de boue, ses grands yeux orange, puis recula et fit demi-tour. Il ne pouvait pas s'occuper de la carcasse pour l'instant, mais rien ne l'empêchait de ramener avec lui certains de ses camarades pour trouver une solution et grappiller quelques beaux morceaux de viande sur cette proie offerte.
Il fit quelques pas, bien décidé à mettre le plus de distance possible entre lui et le petit animal, mais des couinements forts et répétitifs lui parvinrent alors, le faisant grimacer, suivit d'autres impressions troublantes.
« Peur, peur, peur ! »
Incapable de l'ignorer, Ikki se retourna encore. La petite créature qui l'avait suivi tenta de s'arrêter aussi mais glissa dans la boue et tomba tête la première. Elle s'enfonça dans la gadoue jusqu'au cou, ce qui fit sourire Ikki, puis se redressa et cracha, la tête totalement recouverte de terre épaisse et collante, dont elle tenta de se débarrasser en se secouant, couinant de plus en plus fort.
« Peur, peur, peur, peur, peur ! »
- Hey doucement, tenta Ikki derrière un sourire amusé en s'avançant vers la petite bête. Arrêtes de gigoter.
Il l'attrapa encore par le cou et l'animal cessa immédiatement de gigoter, puis il l'essuya comme il put, dégageant ses yeux. Lorsqu'il le relâcha, il se secoua encore, puis le fixa.
« Faim, faim. »
- J'y peux rien moi si t'as faim, gronda Ikki, accroupit face à lui. Allez va-t'en. Va-t'en psssshhht !
Il secoua la main face à l'animal, comme il le ferait pour chasser une mouche, mais le bébé qu'il était pris ça pour un jeu et, gloussant étrangement, il remua la queue, qui sinua dans la boue, alors que ses pupilles se dilataient jusqu'à devenir gigantesques et il tenta d'attraper sa main avec sa petite mâchoire, qui claqua à quelques centimètres seulement de ses doigts. Immédiatement, Ikki les éloigna et sursautant.
- Hey ! s'indigna-t-il.
« Jeu ! »
- Non, je ne joue pas ! Va-t'en !
Ikki se redressa et lui tourna encore le dos pour reprendre sa marche. Même scénario : l'animal se jeta à sa suite, tomba, glissa, se cogna, chuta, pour se blesser et se mettre à pleurer d'une petite voix aigüe. Après plusieurs minutes de ce traitement, Ikki fut incapable de l'ignorer plus longtemps et décida de prendre la petite créature avec lui, jusqu'à la prendre dans ses bras, où elle se blottit avant de quémander l'ouverture de son uniforme en grattant la fermeture de ses petites griffes inoffensives. Ikki l'ouvrit, un peu hésitant, et immédiatement l'animal s'engouffra à l'intérieur avant de se rouler en boule contre son tee-shirt et de se mettre à ronronner. Ikki referma l'uniforme, le ventre distendu par la présence de son nouveau compagnon, appréciant de plus en plus la chaleur diffusée par son petit corps écailleux.
Il repartait en arrière pour prévenir ses camarades de la grande carcasse qui n'attendait qu'eux, quand un craquement raisonna fort à ses oreilles avant qu'une voix ne l'interpelle. Il se retourna alors et vit apparaître, entre les arbres, un Aiolia couvert de boue portant Hyôga, apparemment inconscient, et suivit de Kanon et June qui se soutenaient l'un l'autre.
- Putain ! s'écria-t-il en courant vers eux. Vous êtes en vie bande de cons !
- Nous aussi on est content de te voir, soupira Kanon avec un sourire épuisé.
- On a entendu des bruits bizarres, souffla June qui s'appuyait à son épaule, des couinements étranges.
Manifestement, le raffut qu'avait fait la petite bête les avait attirés à lui. Cette-dernière gigota justement dans son cocon.
« Peur ! »
Elle devait avoir senti les nouveaux arrivants. Inconsciemment, Ikki la caressa à travers le tissu de ses vêtements et elle ronronna de plus belle, rassurée.
- Comment il va ? demanda-t-il en s'approchant de Hyôga.
- Il est mort, répondit Aiolia d'une voix cassée. Mais j'ai pas … j'ai pas voulu le laisser … le laisser derrière nous. Tout seul.
Livré au charognard et aux intempéries. A la décomposition. Ikki sentit son cœur se serrer et regarda un instant le visage de son ami défunt, pâle et immobile, un tissu imbibé de sang et de boue à la place de l'œil. Puis il réalisa qu'Aiolia tremblait d'épuisement, que Kanon n'était pas en meilleur était avec son bras en moins, et que June semblait souffrir d'une grave brûlure, une moitié de visage et le bras rouge de sang et de boue.
- Je vais t'aider, dit-il doucement. Les autres sont par là, plus loin. Sous un arbre.
Ils transportèrent Hyôga tous les deux, jusqu'à rejoindre le reste du groupe. Si les autres remarquèrent la boule bien visible dans l'uniforme d'Ikki, aucun ne le mentionna. Ils étaient à la fois trop épuisés et soulagés pour parler de quelque chose d'aussi futile.
La petite créature, elle, continuait de ronronner.
...
Retrouver Ikki le soulagea tellement qu'il dû lutter pour ne pas pleurer et c'est avec bonheur qu'il le laissa les guider à travers les arbres. Le groupe qu'ils rejoignirent était plus important qu'il l'avait craint, et c'est avec un sourire rassuré qu'il retrouva une bonne partie de ses camarades.
Dès qu'il vit Shun, étendu, protégé autant que possible de la pluie, Aiolia vint à ses côtés. Le garçon, un peu abruti par la douleur, pleura en le voyant. Sa blessure n'était pas belle à voir. Bien que Shiryu l'assura que lui et Ikki avait remis l'os en place, sa jambe gardait un angle un peu étrange, et la plaie rouge était un peu boursoufflée mais paraissait propre malgré le tâtonnement manifeste dont ils avaient fait preuve en le raccommodant avec les moyens du bord. Tout naturellement, Aiolia se plaça à ses côtés, souleva sa tête pour la poser sur ses cuisses et resta immobile, adossé à l'arbre, heureux de pouvoir se reposer.
Shiryu tenta de soigner June autant que possible et de la soulager de la douleur tout en s'excusant, car le dernier analgésique avait été donné à Shun. La jeune femme ne lui en tint pas rigueur. Mais la mort de Hyôga fit venir une vague de tristesse. Aioros les informa de la mort de Dante ; de son côté, Kanon leur fit part de celle de Shunrei. Angelo revint quelques minutes plus tard, accompagné de Jabu, qu'il avait retrouvé, seul, errant parmi les arbres, sous la pluie. Ne manquaient que Milo, Kagaho, Nachi, Camus et Geist.
Avec Ikki, ils convinrent d'emmener quelques volontaires avec eux pour s'occuper de la carcasse de l'étrange bête ailée, et lorsque Jabu se moqua de la protubérance de son ventre, arguant qu'un extra-terrestre incubait peut-être des œufs en ce moment dans son corps, Ikki se contenta d'ouvrir son uniforme en le traitant de connard pour lui montrer la petite créature roulée en boule qui piailla de contentement et de curiosité. Ce qui attira évidemment la curiosité de beaucoup d'autres, à qui Ikki fut forcé de présenter son petit protégé.
Shiryu, installé tout prêt de Shun pour veiller sur lui, sourit et dit :
- Il m'étonnera toujours celui-là.
Aiolia sourit. Ikki aurait pu tuer l'animal pour le manger, mais il avait choisi de le sauver. Etonnant de la part d'un homme qui paraissait si insensible d'apparence.
Ils partirent, ne laissant derrière eux qu'Aiolia, Shun, Shiryu, Marine, Kiki et Algol, qui n'avait pas émis un son ni fait un geste depuis qu'ils s'étaient réunis, regardant dans le vide comme s'il dormait les yeux grands ouverts. L'immense soleil doré continuait sa descente, teintant le ciel gris de lumières rouges et oranges, faisant tomber la température. L'autre soleil, bien plus petit et d'une couleur brune étrange, devenait quant à lui de plus en plus visible.
Plusieurs longues minutes s'écoulèrent ainsi, silencieuses, seulement troublées par la pluie qui n'avait pas faibli et par quelques grondements lointains dans le ciel qui s'assombrissaient. Quand un souffle chaud les heurta, plus violemment que les précédents. Aiolia s'en inquiétait. Ça lui rappelait ces mêmes vagues de chaleur brûlantes qui s'échappaient du soleil à l'agonie, lorsqu'ils avaient quitté la Terre. Qu'est-ce que c'était ? Une particularité de cette planète quand la nuit tombait ?
Et puis il y eut cet autre souffle, artificiel ; ce grondement de moteur assourdissant et une silhouette gigantesque, reconnaissable entre toutes, se fit voir au-dessus de leur tête, derrière les branches des arbres. Le vaisseau qui les avait attaqués était revenu, et il volait bas. Shiryu se redressa, les yeux écarquillés de peur, alors que Kiki, blottit contre Marine, poussait un sanglot d'enfant effrayé.
L'énorme vaisseau continua sa descente, puis le sifflement devint encore plus assourdissant, le souffle des réacteurs fit plier les arbres, et une grande secousse fit trembler la terre boueuse sous leur pied.
Il venait d'atterrir.
...
Malgré l'abattement, malgré la fatigue et la douleur, Kagaho avait repris sa route. Les décharges nucléaires du cœur instable devenaient plus fortes, plus chaudes, signe que son effondrement était proche. Que faire ?
Il était désemparé. Rien ne pouvait empêcher la destruction d'Espérance maintenant. Puis il le vit. Olympus. Qui volait très bas, toutes les lumières allumées, tous volets ouverts. Il s'apprêtait à se poser.
Oui. S'il parvenait à les convaincre, à leur prouver que les survivants qu'ils avaient tenté d'abattre étaient des êtres humains capables d'utiliser l'Ansible, alors peut-être qu'il y avait une chance.
Espérance pouvait encore être sauvée.
Kagaho s'élança en avant, glissant sur la boue, la vue trouble, le corps tremblant d'épuisement. Ça n'était pas le moment de flancher. Il devait continuer.
Pour les sauver. Car il était un soldat des Corps Diplomatiques. C'était sa mission.
OMG je suis désolééééééééééééeeee de cette longue attente !
Malheureusement, deux jours après le dernier chapitre posté, donc le 19 avril, il y a eu un chamboulement dans ma vie et depuis j'ai du mal à trouver l'inspiration, je me sens un peu perdu, 'fin je ne vais pas vous raconter ma vie non plus (jaiquittémonboulot) mais voilà, je suis vraiment navrée ! J'espère que ça va rentrer dans l'ordre. En plus j'suis en train d'écrire une autre fic qui m'inspire beaucoup plus, donc voilà :P
Bref ! Tout ça pour vous écrire un chapitre trop court, mais un chapitre dont je suis fière quand même ;)
Comment ça va se passer maintenant d'après vous ? Que va-t-il arriver à nos chouchous ? Sion va-t-il réussir à faire entendre raison à Sage avant qu'il soit trop tard ?
En tout cas j'suis bien inspirée pour la suite, donc ça ne devrait pas prendre trop de temps ... enfin, je ne vous promet rien :D
bisous tout le monde ! Vous nem :-3
