Ankaa : en le relisant, je me suis dit "punaise, ce concentré en descriptions". Ca a dû en effrayer plus d'un^^. J'avais prevenu, c'était très très plat niveau action pour ce chapitre 9 (mais je me suis drôlement bien rattraper, je trouve, avec le chap 10, ké ké ké). C'est très agréable d'imaginer la tête d'un Hiruma plein de mièvre, mouhaha ! J'avoue qu'on n'a jamais eu l'occasion, à part lors de la fête sportive quand il tend la main et sourit d'une façon angélique, de le voir comme ça. Enfin, ce n'est pas "vraiment" lui aussi^^. La violence de Mamo, on me l'a aussi reprochée sur ^^. C'est un choix que j'ai fais et je ne trouve pas, pour ma part, que c'est aussi impossible et exagéré que ça car je justifie et explique bien les sentiments qui poussent Mamo à faire ça. Mais c'est vrai que ça peut faire OCC, même beaucoup mais je garde car j'aime bien. Merci de me faire part de ton avis ! Comme je l'ai dit, Sena a une chance de cocu. par contre j'avais pas le lien entre les mères ^^ Tu es très attentives, plus que l'auteur ^^^Ca me fait plaisir de voir que les descriptions t'ont plu. Elles étaient copieuses...waouh^^^ Le dernier paragraphe a été le plus long à écrire mais je suis très satisfaite du résultat. Hé hé, tu vas voir ce qui va se passer dans ce chap, je crois que tu ne vas pas être dessus sur certaines choses...;Ké ké ké ké. J'aime beaucoup ma fin car je la trouve drôle et on ne s'y attend pas trop :) tes interrogations vont trouver réponses dans ce chapitre je pense :) Ta rewiew est toujours très plaisante à lire et me booste vraiment tu sais. J'apprécie toujours autant et j'attends beaucoup de voir quelles sont tes impressions.
asa : elle est terrible, hein cette Mamori ?^^^Merci de passer par là et de laisser un p'tit com' !
Après la séquence "moulin à parole", voici ce bon vieux chapitre 10 qui traite de pas mal de choses et, must du must, il y a de l'action ! Hourra me direz-vous^^
Enfin, bonne lecture et merci de suivre cette histoire !
Chapitre 10 : Foudroyante prise de conscience.
L'obscurité embaume l'appartement. Il n'y a aucun éclairage artificiel, il n'en a pas ressenti le besoin. Seul l'éclat de la lune est sa lumière. Ses faisceaux valent toutes les ampoules du marché et il l'a très vite compris. D'un, c'est économique, de deux, c'est beaucoup plus agréable et de deux trois, cela renforce la sobriété qui se dégage de son domicile. Quand on entre chez lui, ce sont des murs froids, d'une couleur terne telle le gris ou le blanc, qui nous accueillent. Chaque pièce ne contient pas plus de six meubles qui, pour la plupart, sont sculptés dans du bois neuf. Au premier coup d'œil, on peut facilement deviner la propreté du lieu ainsi qu'un certain goût pour le rangement. C'est carré, ordonné et sombre. On pourrait croire que le propriétaire ne prête pas d'attention à sa décoration vu que celle-ci nous semble à première vue inexistante. Pourtant, le responsable de ce décor blafard sourirait devant notre stupide naïveté. Ce n'est pas par un pur hasard ou même par une inattention voulue que la décoration paraisse aussi sobre. Il a toujours très peu porté d'intérêt pour tout objet futile qui n'a pas d'utilité réelle. Par exemple, les tableaux ou autres bibelots. Pourquoi irait-t-il s'emmerder à aller se pavaner dans les magasins à la recherche d'un simple objet mit là pour faire beau ? C'est une perte de temps et de fric, tout simplement. Il n'aime pas s'encombrer de choses superficielles et inintéressantes. C'est notamment pour cela qu'il n'y a aucune trace d'un quelconque petit objet décoratif, d'une plante ou d'une tapisserie outre que le simple reflet d'une couleur. Lui, il aime la simplicité et l'utilitaire. Son domicile possède quatre pièces spacieuses. L'entrée donne directement sur le salon où se trouvent une télé tout à fait basique (ainsi que son lecteur DVD), un canapé plus un fauteuil en cuir noir ainsi qu'un meuble où sont rangés plusieurs disques. La cuisine, à droite, est de style américain avec gazinière, frigo et autres meubles en métal. Un petit bar en pierre taillée sépare la cuisine du salon. Un couloir part de la salle à manger pour donner, sur la gauche, accès à la salle de bain. Un peu plus loin, à droite du couloir, se situe la chambre du propriétaire. La pièce est aussi peu aménagée que les autres salles : un lit deux places se trouve tout au fond à droite, un bureau avec ordinateur portable, une bibliothèque tout à gauche, trois enceintes sont disposées dans les coins du plafond alors que la chaîne est située juste à côté de la porte, une imposante armoire est collée à côté de la bibliothèque et un tapis soyeux mais sombre recouvre le parquet. En guise d'éclairage, la chambre dispose d'une fenêtre assez large plaquée au fond et d'une lampe posée sur le bureau. Les murs sont couverts d'une moquette bleu nuit qui s'accorde joliment bien avec l'éclat rustique du plancher. On a l'impression de ressentir une certaine indifférence vis-à-vis de cette pièce, comme les autres d'ailleurs. Il n'y aucune touche personnelle. On y sent comme de la maturité et de la sévérité dans cette battisse située au cinquième étage. Pas une seule seconde il ne vient à l'esprit des – rares – personnes ayant visité le domicile de se dire que le maître de la maison n'est autre qu'un jeune lycéen. De suite ils pensent à un étudiant, voir même à un adulte. Cela leur semble bien trop sobre et froid pour que cela soit l'œuvre d'un adolescent. Sauf que ce lycéen n'est pas n'importe qui. Jamais il ne fait comme les autres. Rien que par sa prestance il se distingue de la masse. Quand on maîtrise sa différence, qu'on la cultive pour ensuite la rendre unique et indéchiffrable, il est alors beaucoup plus facile de s'affirmer, de digérer mais aussi de manipuler les gens.
Debout, Hiruma contemple avec un sourire satisfait le contenu de son armoire. De l'appartement, c'est le meuble le plus large et on comprend tout à fait pourquoi quand on sait ce qui se trouve à l'intérieur. Une pure et véritable caverne d'Ali Baba cette armoire. Tout mordu d'armes à feu ne peut que trouver son bonheur face à cette stupéfiante variété d'artillerie. En effet, la panoplie est large, très large : on a des fusils d'assauts (tels que le ST44, l'M16, l'incontournable AK-17), quelques fusils à pompe (comme le Beneli M4 ou l'indémodable Winchester model 12), cette bonne vieille Kalachnikov qui mitraille tout sur son passage, deux ou trois lances roquettes, plusieurs pistolets mitrailleurs dont le MP5 ainsi que la Thompson M1, mais aussi de nombreux pistolets avec le Beretta 92 et le Colt M1911 model A1. Ajouter à cela une farandole de grenades et de pétards qui feraient en un coup de mèche exploser tout le building. Terrifiant n'est-ce pas ? C'est le but après tout.
Cette nuit, le capitaine va jouer une musique sifflante, bourdonnante et surtout éclatante. Il a le choix entre le lancer de bazooka (son préféré), ou bien faire trembler la terre avec l'allumage de sa mèche. Dur de départager. En y réfléchissant bien, y'a pas à trancher, il prend les deux. Point barre. Le bruit et le résultant n'en seront que plus grands. Parfois, il faut savoir faire des folies. On peut de temps à autre se permettre d'exploser un terrain de sport si, et seulement si, on ne le fait qu'à de très rares occasions. Tout est une question de dosage, c'est tout. Et puis, cette méthode est pour le moins facile (faut juste actionner la gâchette ou le levier, pas besoin de se casser la tête pour une fois), pratique (un grand boom et le tour est joué) et à porter de main (voir caverne d'Ali Baba). Mais c'est surtout fun (quoi de mieux qu'une sulfureuse détonation pour s'éclater ?). C'est clean, simple et sans bavure. Un plan parfait pour régler n'importe quelle merde.
Oui enfin, tout est une question de point de vue, encore une fois.
Crac
Les genoux de cette emmerdeuse sont pour le moins ramollis. A peine il s'accroupit que les voilà en train de craquer de partout. Pff. Ne s'attardant pas plus sur le manque de souplesse du corps de la manager, le lycéen parcourt d'un bref regard l'ensemble de son artillerie. Ses mains sélectionnent sans tarder son bazooka ainsi que la dynamite. Placées dans un large sac de sport, les armes s'empilent les unes sur les autres. Quelques grenades ainsi qu'un autre lance roquettes sont rajoutés. Il vérifie rapidement que tout ce dont il a besoin se trouve à sa portée. Plusieurs secondes s'écoulent avant que le sportif ne se rende compte de quelque chose. Où sont ces putains de munitions ? Les sourcils froncés et la moue contrariée, Hiruma scrute avec attention son armoire à la recherche des objets manquants. Pas de bol, il ne trouve rien. Il se redresse, verrouille l'antre aux mille trésors avec un cadenas puis part en direction du salon. Arrivé à destination, le joueur saisit son portable posé sur la table base en verre et compose un numéro.
« Oui….j'écoute ? prononce d'une voix endormie l'interlocuteur.
- Qu'est-ce t'as fait de ma commande ? menace le capitaine, le ton noir.
- Hi…..Hiruma ? C'est toi ?
- Qui veux-tu que ce soit fuckin'cloporte !
- Putain mais tu peux pas faire comme tout le monde et parler poliment non !
- Arrête de geindre comme une vieille Alberto, tu commences à m'agacer.
- Tu fais vraiment chier Hiruma ! s'agace celui-ci.
- …
- Qu'est-ce'…..tu veux ? geint l'homme en baillant. Et puis c'est quoi cette voix ? Tu joues les donzelles maintenant ? déclare ledit cloporte d'une voix railleuse.
- Tu ferais mieux de la fermer fuckin'vieux si tu ne veux pas que mes amis flicards ne viennent faire un tour dans ton trou à rats. Ils se feraient une joie de venir embarquer ta marchandise et de te mettre au trou pour je ne sais combien de temps, glisse d'un timbre malicieux le fils autoproclamé de Satan.
- Ok ok ok ok. Y'a pas de mal mec, c'que j'en dis, c'est juste qu't'as la voix bizarre, c'est tout, se précipite de dire l'homme, nerveux.
- Où sont mes munitions ?
- Elles ne sont pas arrivées ?
- Putain mais t'es sourd ou quoi ! Tu crois que je m'emmerderais à t'appeler et à te poser la question si je les avais ! s'exaspère le sportif devant une telle stupidité.
- C'est bon, calme-toi Hiruma. Pas la peine d'être aussi agressif.
- …
- J'ai bien reçu ta commande et normalement tu devrais la recevoir d'ici un ou deux jours. Cet imbécile d'Angelo a sûrement dû poster ton colis avec quelques jours de retard. Tu le connais, il est con comme un manche, faut toujours être derrière lui pour minimiser ses conneries, tente de rassurer Alberto.
- Dans ton intérêt, j'espère qu'il n'en a pas faite, affirme d'une voix toujours aussi tapageuse le lycéen.
- J'peux…
- Si je n'ai pas mes munitions d'ici quelques jours, tu sais à quoi t'attendre.
- Hiru…. »
Le clapet s'est refermé, la connexion a été coupée. Tout en se maudissant, le joueur se laisse nonchalamment tomber sur son canapé. Faut tout faire soi-même. Il soupire, ennuyé. Quel est l'avantage d'avoir une horde d'esclaves si la moitié n'est même pas foutue d'exécuter proprement et correctement les ordres ? Pas grand-chose, ça va sans dire. Fatigué par tant d'incompétents, Hiruma égare durant quelques instants ses yeux vers le plafond. Plus qu'une heure et le match sera définitivement annulé. Même si organiser cette rencontre a été un jeu d'enfant (le carnet de menace, y'a pas mieux question chantage et manipulation), il n'en reste pas moins que ça l'emmerde de devoir la briser aussi sec. C'était l'occasion parfaite pour entraîner plus durement ces fuckin'limaces. Il voit d'ici la raclée qu'ils auraient pu mettre à ces faiblards de Kyoshin et une victoire de plus pour les flamboyants et terrassants Devil Bats ! Au lieu de ça, il se retrouve coincé dans le corps de l'autre emmerdeuse en train d'attendre comme un con que l'heure passe. D'ailleurs, il se demande bien quel est l'enfoiré qui les a entraînés dans cette situation sans nom. Une chose est sûre, ce ne sont pas les fuckin'mioches les responsables vu qu'ils ne se sont rendus compte de – pratiquement – rien et ont agi comme à leurs habitudes. Reste la chieuse de première mais il voit mal comment elle aurait pu les mettre dans cette galère. Peut-être qu'elle l'a fait sans le vouloir, qu'un geste ou qu'une action paraissant tout à fait anodin(e) ait tout déclenché. D'accord, mais quoi ? Qu'est-ce qui peut produire une telle merde ! Nouveau soupir. Tout se mélange dans sa tête, se percute. La logique ni même la rationalité, deux principes qu'il manie avec brio et aisance, ne servent à rien. Pourtant, ô combien il s'en est servi durant ses tactiques. Ce sont ses alliés de tout temps. Enfin, c'était. Cette fois-ci, on ne peut pas dire qu'elles soient d'une grande aide. Il a beau retourner la situation dans tous les sens, pas une once d'explication ne lui vient à l'esprit. Aucun indice. Aucune indication.
Rien, le vide.
« Tch'. » maugrée le joueur, une nouvelle fois contrarié.
Les bras derrière sa crinière rousse, le capitaine s'allonge. Sa cage thoracique se lève et s'abaisse dans un mouvement lent, presque indolent. Son rictus disparaît. Le visage reprend alors une expression stoïque. Son cœur bat doucement. Il y a un tel silence dans la pièce. Ca lui change. Dès qu'il passe la porte de cet appartement, le calme se brise aussitôt. Tout au long de la journée des bourdonnements incessants l'assaillent. Ces bruits agressent ses tympans, l'irritent quelque fois et quand enfin le tapage cesse, chaque sonorité tinte avec exactitude dans sa tête. Ce silence dans lequel il se plonge lui remémore les cordes vocales qui vibrent, les sons grésillants produits par ses rafales de balles ou encore les cris sauvages et brutaux beuglés par les fuckin'gamins lors de l'entraînement. Parmi tout ce mélange sifflant et fatiguant une voix résonne plus fort que toutes les autres. Le timbre, bien que féminin, n'en reste pas moins agaçant, surtout quand celui-ci braille comme une truie, crache une morale à deux sous, hausse sans arrêt le ton. L'intonation est aigue. Elle s'emporte souvent mais toujours elle garde cette sonorité à la fois claire et attrayante. Même quand le son traduit une certaine exaspération, la voix garde malgré tout cette résonance ensorceleuse.
« Putain ! » s'écrie soudain le quarterback en se redressant.
Il se relève d'un geste furieux. Un rictus mauvais se dessine sur ses traits à nouveau tendus. Ses mains parcourent avec agitation son dos à la recherche d'une chose bien particulière. Les mouvements sont vifs et le dos se courbe dans tous les sens. Au bout de plusieurs secondes d'acharnement, les doigts parviennent à sélectionner ce bout de tissu.
« Comment on enlève ce fuckin'soutien-gorge à la con ! » tempête le joueur en triturant l'attache de la lingerie.
Ce silence, trop rare, lui a vidé l'esprit. Durant un maigre moment, il n'a plus été tiraillé par ses interrogations. Depuis ce matin, ses pensées se sont surtout attardées sur le pourquoi et le comment de son enveloppe corporelle. Pas une seule fois il a étudié et senti son corps. Son esprit était trop obnubilé par divers problèmes. Jusqu'à maintenant. Ne plus avoir la tête ainsi broyée par tant de questions emmerdantes, pouvoir profiter d'un peu de calme ça repose, détend. Le problème quand on se relaxe, c'est que souvent l'esprit est beaucoup plus attentif aux sensations que procure le corps, comme le soulèvement du buste, l'engourdissement des muscles, le léger souffle qui sort de nos narines ou encore, pour les femmes, l'impression d'être compressée par le soutien-gorge. Et c'est précisément ce qu'a ressenti le jeune homme quand il s'est allongé dans son confortable canapé. Peu à peu, une sensation des plus désagréables l'a envahi. D'un coup, son visage s'est crispé car, de suite, il a su ce qui provoquait cette sensation d'étouffement.
Toujours en train de se battre avec le tissu, le joueur des Devil Bats commence à perde patience. Qui a dit que c'était facile d'enlever un tel sous-vêtement ? Faut de la pratique et de l'expérience, ce que n'a incontestablement pas le capitaine. Du moins pas pour l'instant. Puis, une idée émerge, son sourire malicieux se dessinant. Ses pas l'emmènent dans sa chambre tandis que l'une de ses mains saisit un ciseau. Une lueur démoniaque se met à briller dans l'encre bleue de ses yeux.
« Ké ké ké ké ké. »
Le propriétaire du carnet de menace se dévêt de son débardeur. Le ciseau vient se placer entre les deux seins soutenus par la lingerie féminine en dentelle. Un mouvement, une coupure et les seins se découvrent, laissant voir leur nudité. Les mains s'attardent à enlever le sous-vêtement blanc pour ensuite le jeter comme une vulgaire chaussette sur le lit.
Rebondis mais fermes, leur forme ronde les rend agréable au regard. Bien que leur taille ne soit pas démesurée, ils sont généreux. C'est dingue comme sans ce foutu soutien-gorge ils semblent plus légers et moins encombrants. Leur contour géométrique leur donne plus de volume. A chaque respiration, ils se soulèvent puis s'abaissent dans une oscillation gracieuse. Sans qu'il ne s'en rende compte, ses mains viennent s'y poser. Une fiévreuse chaleur l'envahit tout d'un coup. La sensation est tout à fait différente. Les doigts ainsi étalés, le poids devient plus conséquent. Leur forme arrondie est ressentie. Ils sont durs et doux à la fois. Ses traits sont toujours aussi stoïques, aucune sueur ne coule, le corps semble décontracté. Mais, le cœur, lui, pompe de plus en plus. Les mains descendent lentement et viennent se placer en dessous, comme pour les soutenir. Là encore, la sensation n'est plus vraiment la même. Ils sont plus lourds et leur masse se fait nettement plus sentir. Pourtant, leur lourdeur n'est en rien inconfortable ou même gênante, ce qui le surprend. Au contraire, ils sont un tout avec le reste du corps et ne pèsent pas, n'encombrent en aucune façon. Les secondes défilent. Son sang pulse dans ses veines. Il a chaud, terriblement chaud. Son corps s'embrase et il ne peut rien y faire. La seule chose qu'il arrive encore à contrôler c'est cette expression impassible de son visage, cet air neutre et tout à fait froid qu'il aborde en cet instant. Indifférent à l'extérieur mais bouillonnant à l'intérieur. Jamais encore il n'avait ressenti une telle tiédeur le submerger.
Fuckin'poitrine !
D'un geste brusque, il retire ses mains de ces voluptueux seins. Debout, immobile, il reste au milieu de la pièce, cœur battant et cognant comme jamais. Les poings se crispent et les pupilles se ferment violemment.
Poum poum poum poum poum poum poum poum
Les battements frappent, tambourinent, martèlent, résonnent furieusement dans sa poitrine. Il n'arrive pas à refreiner cette virulente chaleur. Elle prend un malin plaisir à le contrôle ainsi qu'à se glisser aussi vilement qu'un serpent dans tout son corps. Il faut qu'il se calme. Tout en serrant avec plus de force ses jointures, le joueur tente d'annihiler ce désir naissant et embrasant.
Poum poum poum poum poum poum poum
Les dents grincent, les secondes passent.
Poum poum poum poum
Les doigts se serrent un peu plus.
Poum poum poum
La tension se relâche, la cadence ralentit.
Poum poum
Les poings se décontractent, les prunelles s'ouvrent. La cage thoracique reprend un rythme régulier, moins frénétique. Le capitaine jette un bref coup d'œil à son réveil vingt-deux heures quinze. Il fait trois pas à gauche, tire le deuxième tiroir de sa commode et enfile un simple tee-shirt noir. Ses doigts saisissent d'une poigne ferme les vêtements de la fuckin'manager et les mettent dans une poche. L'énorme sac où se trouve l'artillerie lourde est brusquement posé sur l'épaule du capitaine. Il sort de la chambre, arrive au salon, prend en coup de vent sa veste en cuir accrochée au portemanteau. Une clé est tournée, l'appartement est verrouillé.
Une douce mais tonifiante brise lui balaye ses quelques mèches décolorées. En cette nuit de pleine lune, les courants d'air sont récurrents, ce qui ne l'étonne pas plus que ça vu la saison. Le début de l'automne lui a toujours semblé très plaisant. Peut-être est-ce dû à cette palette de couleurs qu'offre cette période, ou bien à ces journées éblouies non seulement par un soleil scintillant mais aussi par un ciel dégagé, ou encore par le souffle léger du vent qui fouette la peau. Mais surtout, ce qu'elle affectionne tant sont ces nuits fraîches du soir. A chaque fois qu'elle sort durant ces heures tardives, elle se sent reposée et déconnectée de son train-train journalier. Souvent, ces promenades prennent fin dans le parc public tout près de son quartier. Il n'est pas très grand, c'est un modeste jardin mais cela n'enlève rien à son charme. Combien de fois s'est-elle laissée envoûter par sa flore attrayante ? Combien de temps est-elle restée là, allongée dans l'herbe verte et piquante, à égarer ses yeux dans le ciel ? Combien de livres a-t-elle lu dans ce lieu si simple et pourtant si bienfaisant ? Elle a cessé de compter. Rares sont les fois où elle s'est privée de faire l'une de ces longues balades. Parfois, il lui arrive de simplement marcher tout droit sans savoir où aller, de longer les rues éclairées par de grands lampadaires. Peut-être apprécie-t-elle autant ces flâneries, de jour comme de nuit, car elle se vide l'esprit. C'est un moyen pour elle de relâcher la pression et d'oublier durant un maigre instant les soucis ainsi que les inquiétudes du quotidien.
Alors, pourquoi se sent-elle aussi nerveuse en ce moment ? Sa balade devrait lui faire du bien, l'apaiser et non pas la rendre anxieuse. Oui mais le problème c'est que, d'un, l'excursion est en quelque sorte « obligatoire », de deux, l'ancienne rousse est accompagnée de son ami d'enfance ainsi que de la pile humaine Monta, de trois, ils se rendent sur un terrain de sport qu'ils vont exploser comme si de rien n'était et de quatre, les sensations tout aussi sulfureuses que brûlantes vis-à-vis de son corps masculin sont nettement ancrées dans sa mémoire. C'est dingue la précision avec laquelle elle ressent encore cette flamme, cette tiédeur, ce désir. Depuis qu'ils sont partis, son esprit n'a pas décroché une seconde de cette scène. Elle tourne en boucle dans sa tête. A chaque re-visionnage, la jeune femme ne cesse de se blâmer face à une telle imprudence, à un tel égarement. Une chance qu'aucun de ses deux compagnons n'ait ouvert la porte ! Rien qu'à imaginer leur tête et la scène ça lui donne de vils frissons. Pour la première fois, elle remercie le ciel ainsi que l'espièglerie d'Hiruma car, sans son message, qui sait ce qui se serait passé dans cette chambre…
Tout le long du trajet, un mutisme général s'instaure. Aucun n'ouvre la bouche. Monta ne gesticule pas dans tous les sens, ne braille pas, ne tire pas la grimace. Une première. Il est calme, ou plutôt, il pense plus qu'à l'accoutumer. Comme ses deux compères, son esprit se questionne, cogite, cherche des réponses. Chacun se préoccupe, en silence, de ce qui le tracasse. Après tout, peut-être est-ce mieux ainsi.
Bien foncé, parsemé de petites billes lumineuses, le crépuscule est beau. Quelques grillons se font entendre, les feuilles balayées par un coup de vent se décrochent, les routes goudronnées sont éclairées et un calme plat règne. En somme, c'est une nuit des plus banales qui donne cette étrange impression que rien ne peut ébranler la quiétude de la soirée. Enfin, pas tout à fait. Pour quatre personnes, cette nuit est loin d'être aussi ordinaire. Pour eux, elle est unique et restera à jamais gravée dans leur esprit. Le souvenir qu'ils en garderont ? Ils ne le savent pas précisément mais une chose est sûre, c'est qu'il n'y aura rien de paisible là-dedans.
Ce n'est qu'au bout d'une vingtaine de minutes que les pas s'arrêtent. Un vaste terrain de sport s'étend devant leurs yeux. Les quelques lanternes fixées tout autour du sol leur permettent de discerner une silhouette connue de tous. Ils s'en approchent, lentement, la tension montant d'un cran. Le corps de la manager est nonchalamment accoudé aux barrières. Comme toujours, il a cet air stoïque et lassé collé sur le visage.
« Vous êtes lents, fuckin'mioches, prononce dédaigneusement la bouche de la rousse.
- C'est pas de notre faute si Sena est une bille en orientation, justifie le receveur.
- Tu peux parler ! se défend la flèche de l'équipe en se tournant vers son coéquipier.
- Oh arrête hein ! Quand on ne sait pas distinguer sa droite et sa gauche, y'a un problème !
- Dit plutôt que c'est toi qui n'y arrives pas oui ! » répond avec virulence le running back.
Face à ce crêpage de chignon, la lycéenne sourit. Bien qu'ils soient copains comme cul et chemise, leurs rares mésententes sont toujours aussi amusantes car, enfin de compte, il n'est question que de gaminerie. Par contre, à la longue, ça peut vite devenir barbant mais en cet instant, cela a plutôt tendance à détendre l'atmosphère. Depuis son « expérimentation » corporelle, la manager ne se sent pas très à l'aise. Alors que les deux joueurs continuent inlassablement de se chamailler, l'ancienne rouquine dévie ses prunelles pour les poser sur son corps perdu. A sa grande surprise, ce n'est pas un regard froid ni même malicieux qu'il la dévisage mais un regard perçant. Il la fixe d'un regard profond, presque intense qu'elle ne lui a jamais vu. Cette lueur lui donne cette désagréable impression d'être mise à nue. Son cœur se met à battre, plus vite, plus fort. La chaleur l'envahit de nouveau. Les souvenirs resurgissent : la chambre, le miroir, son torse, nu, ses caresses, ces sensations nouvelles mais sensuelles, la tiédeur de son corps, les battements frénétiques. Contrôle-toi, contrôle-toi, contrôle-toi, CONTRÔLE-TOI ! La cadence accélère, le sang bouillonne. Bouge, fais quelque chose, n'importe quoi mais cesse de le dévorer des yeux ! Sa raison et conscience ont beau lui hurler de détourner le regard, de stopper son rougissement mais rien à faire : ses prunelles, malgré tous les cris intérieurs, se noient dans les prunelles azuréennes du capitaine. Puis, aussi abruptement que cet afflux d'images électrisantes, le lycéen brise net l'échange en fusillant du regard deux jeunes lycéens.
« Fermez-là. »
La ton est direct, cinglant et on ne peut plus noir. En tout cas, l'effet est immédiat : les deux joueurs, qui étaient en pleine lutte bestiale, se sont braqués. Par réflexe, ils ont instantanément tourné leur regard vers leur capitaine. Grossière erreur. Dés l'instant où leurs yeux croisent cette moue démoniaque et si caractéristique du blond, ils frémissent de tous leurs membres.
L'expression toujours grave, la quarterback jette aux pieds de ses joueurs un sac aussi gros qu'une valise. Surpris par l'imposante taille du sac, les trois lycéens froncent les sourcils. Le plus énergique du groupe ne tarde pas à s'accroupir puis à faire coulisser la fermeture éclaire. Au fil de l'ouverture, les yeux deviennent aussi ronds que des balles de golf et la bouche s'ouvre en une forme bien ovale. De son côté, le démon de Deimon sourit de cette manière qui lui est propre.
« On…..On va utiliser tout ça ? questionne d'une voix chancelante le coureur, encore sonné par une telle artillerie.
- Oui, répond d'une voix impassible le meneur.
- Mais…..c'est pas un peu exagéré ? fait remarquer le singe en levant son regard.
- Vous croyez quoi ? Qu'un terrain s'explose avec de fuckin'allumettes ? » lance-t-il sarcastique.
Ils ne répliquent rien car il n'y a rien à redire. Ils auront beau contester, plaider la folie, hurler que tout ceci est aberrant, donner des arguments raisonnés, ils exploseront malgré tout le terrain car le chef en a décidé ainsi. Point barre. Alors, autant faire ça sans y laisser sa peau.
« Vous allez tout d'abord creuser.
- Creuser ? répète, perplexe, le maître de la réception en arquant un sourcil. Pour quoi faire ?
- Pour mettre en place cette fuckin'dynamite. » explique le démon en s'emparant de plusieurs mèches explosives.
Un sourire narquois s'affiche sur ses lèvres, ce qui n'est irrémédiablement pas le cas pour les deux joueurs qui déglutissent à la simple vue de la TNT.
« Je veux cinq trous : un dans chaque coin puis un autre au centre. Ensuite on disposera la dynamite. C'est clair ? »
Ils se contentent d'acquiescer sans broncher quoi que se soit. Sans plus attendre, les deux jours se munissent des pelles et se répartissent la tâche. Le capitaine soulève le sac pour poser celui-ci sur le banc situé à sa gauche. Il commence à y sortir ses armes puis à préparer le dispositif. Quant à la manager, celle-ci reste plusieurs secondes sans bouger avant de se réveiller et de prendre à son tour une pelle. Toutefois, juste au moment où elle s'apprête à rejoindre ses compagnons, une voix la stoppe dans son élan.
« Tu restes là fuckin'manager. » affirme le meneur sans se détacher de son activité.
Elle tourne la tête vers lui et le dévisage, sourcils plissés.
« Que veux-tu que je fasse alors ? s'enquit-elle.
- Rien. »
Cette réponse pour le moins brève agace en un rien de temps la jeune femme. Une chose qu'elle ne supporte pas, outre la saleté et le caractère exécrable du blondin, c'est bien de se sentir inutile. Elle a horreur de ressentir cette sensation qui lui fait prendre conscience qu'elle n'est, enfin de compte, qu'un élément du décor, qu'elle n'est là que pour être là. Et c'est précisément ce sentiment que lui évoque la situation. Un tantinet irritée, la lycéenne s'approche du blond pour entamer la conversation, l'air de rien.
« Dis-moi, Hiruma-kun, où trouves-tu autant d'armes à feu ?
- Qu'est-ce que t'en as faire de toute manière ? » réplique du tac au tac le sportif tout en poursuivant la préparation de la dynamite.
Zen zen Mamo…L'ancienne rousse serre les dents et tente du mieux qu'elle le peut de refreiner l'envie de secouer cet imbécile.
« Je voulais juste savoir, pas la peine de le prendre comme ça…. »
Bien que renfrognée, sa voix ne fait en aucune façon réagir le capitaine qui l'ignore.
« Han, soupire la lycéenne en égarant ses yeux sur le terrain. Qu'est-ce qu'il faut pas faire pour ne pas déclarer forfait…
- …
- Franchement, tu aurais pu trouver autre chose comme solution, reproche-t-elle en tentant de le faire réagir.
- …. »
Ce manque de réaction commence sérieusement à l'énerver. Déjà qu'elle est là à ne rien faire mais si en plus il faut que cet idiot ne lui porte pas le moindre intérêt, ça va pas passer.
« Je ne vois pas pourquoi on est obligé de faire ça. Parce que c'est monsieur qui en a décidé ainsi ? Sans nul doute, comme toujours…. » remarque-t-elle sarcastique.
Sa voix et son visage semblent plus graves.
« Jamais tu ne te demandes si les autres sont d'accord avec toi ? S'ils partagent ton opinion ? »
Le ton est haussé.
« Quelle question….Bien sûr que non. Tout ce qui t'importe, c'est toi et seulement toi. »
L'amertume ronge, tout comme la colère.
« Et les conséquences, tu y as pensé Hiruma ! Que va-t-il se passer après qu'on aura exploser ce foutu terrain de sport, tu veux me dire ! s'emporte l'étudiante. Est-ce que…..
- Fuckin'manager ! » s'écrie exaspéré le capitaine en se redressant violemment.
Poum poum poum poum
Leur visage est à quelques centimètres l'un de l'autre. Elle peut presque sentir son souffle tiède sur ses joues. Le temps s'arrête. Tout ce qui entoure la lycéenne n'existe plus, elle ne ressent que la cadence accélérée de sa respiration, que le souffle léger et chatouilleux d'Hiruma.
Poum poum poum poum
A nouveau son cœur martèle dans sa poitrine, une chaleur bien connue s'éparpillant dans tout son corps. Plongée dans ce regard atrocement froid mais séduisant, son cerveau ne réfléchit plus durant une multitude de secondes.
Poum poum poum poum
Toute colère et amertume ont disparu. Le désir la submerge un peu plus au fur et à mesure du temps qui passe. Les émotions la dominent et s'emparent de son être. Il n'y a plus d'espace entre eux, plus de barrières. Ses pensées tout comme son corps sont figés et elle est totalement absorbée par ces perles azuréennes. Soudain, une envie irraisonnée la frappe d'un coup net et agressif. Ses lèvres…je veux y goûter.
Poum poum poum poum poum poum poum poum
Cette soif incontrôlable accélère en un claquement de doigt la cadence cardiaque. Son corps tout entier brûle de désir. Impossible de refreiner cette soudaine pulsion, elle n'a plus le moindre contrôle. Alors qu'elle s'apprête à amorcer le geste de non-retour, une voix résonne et la pétrifie sur place.
« Ferme-là. » tranche d'un ton des plus secs le quarterback.
Son regard est tout aussi cinglant que sa voix.
« On a terminé ! » s'exclame au loin les deux joueurs en accourant vers leurs aînés.
Plus ils se rapprochent, plus la course ralentit. Le sprinteur ainsi que le receveur restent plusieurs secondes immobiles, stupéfaits, les sourcils plissés et l'esprit décontenancé. Ce qui se trouve devant leurs yeux les déroute : jamais encore ils n'ont vu le visage de Mamori aussi glaçant ni même une telle pâleur sur celui d'Hiruma. Mais qu'est-ce qui s'passe ? se questionne ébahie la flèche de l'équipe.
« Prenez la dynamite. » ordonne le capitaine sans détacher son regard de la manager.
L'ordre a beau être intransigeant, Sena et Monta ne bougent pas d'un pouce. Ils sont obnubilés par la scène.
« Vous êtes sourds ! »
Cette fois-ci, l'ancien blond coupe court à la confrontation puisque celui-ci se dirige d'une allure furieuse vers ces limaces.
« Putain mais vous attendez quoi ! Qu'il neige peut-être ! » s'enflamme-t-il en les fusillant du regard.
En deux trois mouvements, les fuckin'mioches atterrissent et s'empressent d'obéir, sans demander leurs restes. A son tour, le capitaine saisit la dynamite puis part sur le terrain.
Oh…mon Dieu…
Effarée par sa découverte, la manager reste plusieurs secondes plantées là, le cœur battant à cent à l'heure. J'ai voulu…embrasser ce démon…Embrasser…Goûter ses lèvres…Lui donner mon premier baiser…La réalité la foudroie et la paralyse sur place. Elle vient de se recevoir la gifle la plus violente et la plus frappante de toute sa vie. La respiration haletante, les membres tremblants, la lycéenne se laisse tomber sur le banc. Je…Je…Son esprit s'embrouille et s'affole comme jamais, tout comme ses battements cardiaques. Je…Je…
« Hé, Mamori-chan ! »
L'appelée redresse la tête et peut distinctement voir un Monta lui faire signe d'approcher. Mollement, ses jambes la soulèvent et la conduisent vers le maître de la réception. Elle marche tel un automate, sans prêter une quelconque attention aux alentours. Ses pensées se percutent, s'emmêlent, s'entrechoquent les unes avec les autres. Elle n'arrive plus à faire le tri tellement ses sentiments l'assaillent. Les mots n'arrivent pas à être posés, la phrase ne parvient pas se former dans son esprit. C'est trop soudain. Si renversant, si troublant et si terrifiant à la fois. Jamais elle aurait pensé que….
« Tu es sûre que ça va, Mamori-chan ? s'inquiète le joueur.
- O…..oui, répond maigrement celle-ci sans grande conviction.
- Tu es toute pâle, insiste le maître en saut de kangourou, la mine soucieuse.
- Ne t'en fais pas pour ça, Monta-kun. Exploser un terrain de sport n'a jamais été ma tasse de thé. » tente de rassurer la manager avec un sourire forcé.
Il la dévisage encore quelques secondes, toujours troublé.
« Pourquoi m'as-tu appelée Monta-kun ? fait diversion la lycéenne.
- ….Tout est installé. On va pouvoir commencé mais pour ça faut qu'on s'éloigne. Viens. » indique le maître de la réception d'un signe de main.
Elle le suit sans dire quoi que soit en direction du nord, là où se trouvent également les deux autres lycéens. Il ne leur faut pas plus de deux minutes pour retrouver leurs compères. Arrivée près d'eux, la protectrice de Sena peut nettement distinguer une boite métallique. De suite elle en déduit que c'est le levier qui va tout faire sauter. Les deux plus jeunes de la bande sont posés dans l'herbe, le visage crasseux et éreinté. Creuser la terre n'est pas chose aisée et leurs muscles sont ramollis. Tout ce qu'ils attendent à présent, c'est d'en finir le plus vite possible avec cette affaire, de rentrer chez eux et d'ainsi se blottir dans un moelleux lit.
« Assis-toi fuckin'manager. »
Posté en face du mécanisme, le joueur affiche une moue sérieuse. Son esprit se concentre sur l'appareil et ses doigts trafiquent elle ne sait quoi encore. Il a l'air concentré. Ne voulant s'attirer une nouvelle fois les foudres du capitaine, l'ancienne rousse se pose près de ses deux compagnons. Après quelques secondes de bidouillage, un sourire malicieux apparaît sur le visage d'Hiruma.
« Que le spectacle commence, YA-HA ! » s'exclame le quarterback tout en actionnant le levier.
BAM
Instantanément, une terrifiante et gigantesque explosion se produit. Ca bourdonne furieusement dans les oreilles et en à peine une seconde, le ciel s'est vu embrassé par des vagues de flammes.
BOOM
La terre tremble aussi férocement qu'un séisme. Les lycéens sont secoués de toute part, chavires, bascules sur l'herbe tellement la détonation est violente et virulente. Plusieurs flammes jaillissent en un éclair tout autour du terrain pour s'éteindre juste après. Dans cet élan explosif, le capitaine des Devil se relève, empoigne un lance roquettes, se met en position, vise et tire !
Le missile tourne, vol et danse avant de venir brutalement se cracher sur la terre déjà lessivée du terrain.
BAM
Une nouvelle explosion retentit, provoquant par la même occasion une nouvelle secousse. Le bruit est effréné, explosif pour les tympans.
« Ké ké ké ké ké. » rit comme un dément ce fils de Satan.
Une fumée noire, brumeuse et épaisse embaume tout le paysage. A son contact, les trois lycéens crachent leurs poumons tandis que le meneur, lui, sourit de toutes ses dents, ravi de ce splendide résultat. Sena et Monta affichent une moue horrifiée et ont presque envie de pleurer face à ce véritable carnage. Plus rien ne reste, hormis des brindilles cramoisies, du terrain. Des trous béants sont éparpillés sur le sol. Il n'y a plus la moindre trace d'une quelconque herbe, seulement une terre brûlée. Leur visage déglutit. Qu'avons-nous fait…
« YA-HA ! » clame avec fougue le démon, toujours son éternel sourire machiavélique pendu à ses lèvres.
Au final, il n'a pas pu s'empêcher de jouer du bazooka. La tentation a été trop forte et, prit dans l'instant de cette magnifique et grandiose déflagration, il n'a pas résisté à en rajouter une couche.
Quant à la manager, elle ne semble pas aussi perturbée ou touchée par cette éclatante détonation. Quelque chose de beaucoup plus troublant et de foudroyant a été ressenti juste avant. Son regard se pose sur son anatomie perdue. Mais, ce n'est le corps qu'elle scrute, c'est la personne qui se trouve à l'intérieur. Son ventre se tord mais elle ne ressent aucune douleur, ce qui la surprend. Non, c'est tout autre chose qu'une sensation désagréable. C'est comme si elle avait des papillons dans le ventre. Cette sensation réchauffe son cœur. Une main se pose sur sa pompe cardiaque qui, en cet instant, se gonfle d'un sentiment enflammant et qui pourtant l'effraye quelque peu. Ses yeux s'accrochent à sa silhouette et, tandis que les battements cognent, que la chaleur monte, elle prend soudainement conscience :
Je suis amoureuse.
