Coucou! Comme je suis généreuse (et surtout que j'ai envie de me faire pardonner pour ma longue absence^^'), je me suis dis que je vais enchaîner avec la deuxième partie du chapitre 9.

Remerciez Ikkona pour avoir rempli la condition initiale de 1 review minimum^^.

RAR:

Ikkona: Tu ne vas pas être déçu dans ce cas^^. Je me suis trop éclatée à écrire ce chapitre assez important car...bah je dis rien mais bon le titre en dit long^^. Contente de savoir que tu relis encore mes chapitres! Ca fait super plaisir^^. J'espère que tu vas aimer ce chapitre aussi^^. Le chapitre 10 attendra encore un peu, car je travaille en même temps donc je n'ai pas autant de temps que je le voudrais. Mais soit certaine que j'y travaille beaucoup dès que j'ai le temps.

Enjoy!

Chapitre 9 Deuxième Partie : Curiosité

Ma première surprise fut de constater que je planais au dessus de mon propre corps, sans vie. Cela fut difficile à avaler, mais j'étais bel et bien au dessus de ce dernier. Sayia avait disparu, comme la clairière et le reste du rêve. A la place, je me retrouvais planant au dessus de mon corps allongé sur une couverture, contre la façade d'un immense rocher.

Mon corps était poussiéreux, mes vêtements sales et poisseux. Ma cape avait été enlevée et ma propre tunique avait suivi le même chemin. A la place, je portais une simple chemise descendant jusqu'aux mi-cuisses.

Je me demandai un instant ce qu'avait bien pu faire les garçons quand je remarquai des taches au niveau de mon abdomen. Je discernai à travers la chemise des bandes de tissu tachées de sang.

Je ne compris pas immédiatement. Aura apparut devant moi, son regard toujours aussi impassible et inexpressif. Mais je savais, en regardant au fond de ses yeux, qu'elle me voyait et qu'elle en ressentait un immense soulagement.

Elle m'offrit un petit sourire et s'adossa contre la paroi :

« -Je suis contente de vous voir Mahana-sama, dit-elle.

-Moi aussi, commençais-je avant de me figer pétrifiée. »

Depuis quand j'entendais la voix d'Aura ? En temps normal j'aurai simplement compris ses dires, comme je l'avais toujours fais. Alors comment se faisait-il que je comprenne soudainement ces paroles ?

« -La projection astrale permet d'atteindre bien des dimensions Mahana-sama, expliqua Aura sans bouger.

-Je vois, ricanais-je. Je suis désolée de vous avoir tous inquiété…

-Nous avons eu peur certes, confirma Aura, mais nous savions que tout allait bien. J'ai senti l'énergie du Pacte.

-Oui, soufflais-je, nous avons une nouvelle amie désormais.

-Cela fait longtemps qu'elle est ici vous savez, commenta Aura. Elle n'a toutefois jamais voulu vraiment témoigner de sa présence… »

Le silence s'installa entre nous. Cela me faisait bizarre de m'adresser à Aura aussi familièrement. Certes nous avions souvent échangé de longues conversations, mais cette fois-ci c'était différent.

Sa voix était douce mais froide. Dépourvue de la moindre intonation, elle était monotone mais…elle me mettait mal à l'aise.

J'inspectai les alentours. N'étant plus limitée par les contraintes de mon corps, je parvenais parfaitement à voir comme n'importe quel humain. Il y avait, non loin de mon corps, plusieurs individus dont la fille qui était intervenu à la fin du combat.

Elle se tenait accroupie, regardant avec sérieux un étrange portail brodé par un collier de perle dans lequel semblait danser des vagues de flux colorés et sombres.

Elle devait faire la même taille que moi, peut être un peu plus grande avec ses chaussures. Ses cheveux d'un blond vénusien se teintaient d'ocre par moment et étaient décorés par un grand foulard rouge attaché autour de son cou.

Son visage était fermé, stricte, ses sourcils naturellement froncés mais fins. Ses yeux en amande s'illuminaient d'une couleur brune assombrie par l'anxiété. Elle se tenait droite, la tête relevée telle une digne régente, incarnant un symbole de l'autorité. Ses jambes fines et de loin chétives, étaient tendues, légèrement écartées. Figée dans sa robe noir moulante, elle attendait, le regard viré sur le portail.

Elle s'assit aux côtés d'une jeune fille se tenant droite, plus petite, dont la courte chevelure se pourvoyait d'une jolie coloration rosée. Son visage transpirait l'inquiétude et comme l'autre fille son regard ne se détournait pas du portail.

Cette dernière portait un baggy assez large, d'un noir terne, enfoui au bout dans de grosses chaussettes bien chaude surmontant ses chausses. Elle serrait fermement entre ses bras un petit sac à bandoulière, en forme de cœur.

Derrière la blonde, était assise une belle chinoise aux cheveux d'un vert assombris par la nuit, maintenus fermement par trois barrettes teintées de bleu violacée accrochées derrière son crâne. Elle portait une longue robe moulante d'un noir sur laquelle semblait glisser un grand dragon vert. Sa robe était fendue à partir de sa cuisse gauche et s'ouvrait sur toute la longueur de sa jambe, laissant entrevoir une jarretière maintenant plusieurs sceaux contre sa.

Son visage était fin et ses traits ressemblaient beaucoup à ceux de Ren-sama, mais en plus féminin, plus allongés et moins enfantin. Elle ne semblait pas plus anxieuse que cela, même si ses lèvres mordillées témoignaient d'une certaine inquiétude. A ses côtés, se tenait dressé un grand garçon à la peau grisée, bras croisé et menton relevé. Il toisait les environs avec assurance, gardant toujours la chinoise dans on champ de vision. Ses sourcils se fronçaient de méfiance et d'anxiété également. Il portait une tenue de combattant typiquement chinoise, pourvue d'un grand col relevé lui recouvrant la totalité du cou, sans manche.

Son pantalon était long et large, fermement maintenu par une ceinture jaune qui de par laquelle dégringolait un autre pan de tissu vert.

Puis enfin, juste en face de cet attroupement hétérogène, se trouvait assis un petit garçon qui devait m'arriver environ au bassin à en juger par ses courtes pattes. Typé asiatique, il portait un pantalon banale, certainement trouvé dans le rayon enfant, par-dessus lequel il avait enfilé une blouse d'un jaune poussin virant sur le vert avec la nuit. Assis sur un rocher, il regardait avec sa petite tête toute rondouillette, les yeux d'un noir de jais scrutant les moindres mouvements de la blonde avec une certaine frayeur. Sur son dos, reposait un sac à dos qui de mon point de vue semblait encombrant.

Bien que ce petit être puisse sembler d'une petitesse effrayante, la première pensée qui pénétra mon esprit en le détaillant fut qu'il était tout bonnement adorable. Je m'approchai de lui, envieuse d'en savoir davantage sur ce petit être dont les rondeurs donnaient envie de prendre dans ses bras.

Je me tenais en face de lui quand une révélation me frappa : il ne me voyait pas. J'avais beau agiter le bras, l'appeler, il ne faisait que regarder la blonde sans me voir. C'était pareil pour les autres. Il semblait que personne dans ce groupe ne pouvait me voir. Curieuse, je me retournai vers Aura qui m'avait suivi à la trace :

« -Pourquoi ne peuvent-ils pas me voir ? Demandais-je.

-Mahana-sama n'est pas un fantome, expliqua Aura, Mahana-sama n'est pas un esprit. Mahana-sama n'est qu'une projection astrale.

-Je ne comprends pas, murmurais-je boudeuse, que se passe-t-il ? Qui sont ces gens ? Et où sont Yoh-sama et les autres ?

-Je vous expliquerai tout, fit Aura, mais d'abord rejoignons votre corps. Vous ne devez pas vous en éloigner trop longtemps.

-Pourquoi ?

-Vous êtes faible, raconta-t-elle pendant que nous nous dirigions vers ma forme physique. Par conséquent, votre énergie l'est également. Votre esprit, votre âme, tout est resté dans votre corps. La projection astrale demande une certaine quantité d'énergie qui s'épuise plus rapidement si vous vous éloignez de l'origine de la projection.

-Mais c'est le seul moyen de me relier au monde réel, achevais-je en m'appuyant contre la paroi. »

Aura acquiesça en silence puis dirigea son regard vers l'espèce de portail qui miroitait d'une lueur noirâtre et menaçante. Je n'étais guère attirée par cet éclat mystique, bien au contraire. M'approcher de cette étrange porte me semblait du domaine de l'impraticable.

Soupirant dans le but de me détendre, je me tournai à nouveau vers Aura dont le regard froid n'avait pas quitté la porte :

« -Alors ? Que c'est-il passé ? »

Elle me raconta en détail les évènements déroulés pendant mon évanouissement. La fiancée de Yoh-sama, la blonde dénommée Anna-sama, a libéré les servantes d'Hao de mon emprise, leur permettant de fuir et aboutissant à mon envie de protéger les garçons. Puis je me suis effondrée la poitrine en sang.

Heureusement pour moi, la fiancée de Yoh-sama était accompagnée d'un homme étrange, que je n'avais toujours pas vu d'ailleurs. Il se disait être médecin et pour le prouver s'occupa de mon corps. Relevés de leur défaite, les garçons s'étaient jetés sur moi, bombardant le pauvre homme de question sur mon état de santé.

Et comme je le savais, ce dernier n'était pas très bon. Aura m'expliqua que mon sang s'écoulait de la Pierre, et qu'il était impossible d'en arrêter l'hémorragie. Pourtant, il n'y avait eu aucune atteinte externe et brutale qui aurait pu provoquer ces saignements.

Aura poursuivit son explication, impliquant l'intervention de Sylphe dans l'affaire. Sylphe avait raconté l'essentiel sur l'importance de la Pierre de Nede dans mon corps et sur la raison de mon état soudain.

Ils comprirent rapidement le risque encouru et leur impuissance.

« -Le médecin a pansé vos blessures et les garçons sont partis dans cet étrange portail afin de devenir plus fort, acheva Aura en flottant.

-C'est de ma faute, soupirais-je, j'aurai dû leur expliquer les conséquences du Geste Interdit…

-Ne portez pas à tort la faiblesse de vos amis Mahana-sama, rétorqua Aura sans émotion. Ils n'ont pas su relever cette épreuve et leurs troubles ainsi que leurs remords ne sont là que les conséquences de leur échec.

-Je ne comprends pas, murmurais-je.

-C'est simple, intervint une petite voix enfantine et chétive venant de derrière moi. »

Apparut alors une toute petite sphère rouge carmin, embrasée d'un feu léger mais bien présent. Deux petites perles dorées naquirent à l'intérieur de la sphère et se posèrent sur moi.

Je reconnus Sayia, dans toute son immense discrétion :

« -Je ne m'attendais pas à cela, avouais-je en prenant la petite flamme dans ma main. Est-ce à cause de la renaissance ?

-Tout à fait, Maîtresse Mahana, affirma Sayia timidement. Ca fait parti des handicapes de notre existence.

-Expliques donc à Mahana-sama ce qu'elle n'a pas compris, demanda Aura en portant un regard neutre sur la flammèche.

-Vous ne comprenez pas pourquoi les remords de vos amis sont la conséquence de leur échec, reprit la flamme en se frottant contre la paume de ma main. C'est très simple. Il est toujours plus douloureux de constater qu'un ami souffre de notre propre incompétence que de souffrir soi-même de cette dernière.

-Vous êtes dans cet état là parce que vos amis n'étaient pas assez fort pour venir à bout de leur adversaire, répéta Aura.

-Mais c'est moi qui ai fait le Geste Interdit ! Protestais-je. Pourquoi se sentent-ils coupables alors que c'est à l'origine moi qui ai dérogé à la loi ?

-Si j'avais été plus fort, murmura Aura, elle n'aurait pas eu à se battre…

-Si j'avais été plus fort, poursuivit Sayia, Mahana-chan n'aurait pas eu besoin d'intervenir et de se retrouver dans cet état.

-C'est de ma faute si Mahana-chan est comme ça… »

Elles avaient imités d'une voix triste les sombres pensées qui avaient accompagnés mes amis à la suite de mon évanouissement. Je commençais à comprendre les torts qui les accablaient et les tourments qu'ils enduraient.

C'était assez logique dans le fond…mais cela me rendait en même temps triste. Je n'aimais pas causer du mal aux autres et particulièrement ceux qui m'étaient précieux. Même si je n'y étais pour pas grand-chose. Je n'avais que suivi mes choix et protéger mes amis en dernier recours. Mais dans la façon de protéger ces derniers, j'avais mis ma vie en danger. Et parce que mon état était toujours entre vie et mort, alors ces derniers se sentaient coupables.

Et jusqu'où la culpabilité les avait-elle menés ?

« -Je vois, soupirais-je. Où sont-ils maintenant ?

-Anna-sama est venu afin que Yoh-sama lise un livre contenant les techniques secrètes et puissante de son ancêtre, Hao-sama, m'expliqua Aura. Afin de devenir rapidement fort, ils ont acceptés de subir un entraînement extrême dans lequel ils risquent tout.

-Que veux-tu dire ? Soufflais-je la respiration écourtée par l'anxiété.

-Ils sont entrés dans ce portail voila maintenant deux heures, dit Aura en pointant du doigt la porte. A l'intérieur, ils sont confrontés à Hao, à ses plus profondes réflexions. S'ils arrivent à sortir d'ici, ils seront beaucoup plus puissants, mais il se peut qu'ils aient également beaucoup changés. Il se peut aussi qu'ils décident de rejoindre Hao dans son entreprise…

-Un livre…qui contiendrait toutes les plus profondes réflexions…, murmurais-je en regardant le bouquin en question. »

Voila qui était bien étrange. Pas impossible, mais étrange. En entrant dans cet univers crée à partir de la mémoire et donc des profondes motivations d'un ancien individu aussi puissant que ce Hao, Yoh-sama et les autres en apprendraient beaucoup. Probable aussi qu'ils partageraient de son pouvoir.

Mais pourquoi faisaient-ils cela si subitement ? D'où leur venait cette envie subite de devenir plus fort ? Certes ils avaient échoués dans la dernière bataille, mais nous échouons tous un jour dans nos vies. Ce fut Aura qui répondit à ma question, tandis que le petit garçon s'éloignait du groupe :

« -Ils veulent devenir plus fort, afin que Mahana-sama n'ait jamais à se remettre en danger pour eux. »

Je regardai le portail et offris un sourire chaleureux à ce dernier comme ci mes compagnons pouvaient le voir. Ces garçons étaient formidables. Devenir plus fort pour quelqu'un d'autre plutôt que pour soi. C'était noble.

Je posai une main ferme sur mon cœur et fermai les yeux afin de le sentir s'épanouir de joie et de bienveillance. Puisque les garçons comptaient devenir plus forts pour me protéger, alors j'en ferais de même.

Plus question de risquer sa vie inutilement. J'apprendrai à maîtriser les pouvoirs de la Pierre de Nede et à contrôler cette force sauvage et brute qui m'était offerte. Je le ferai, pour protéger mes amis jusqu'à ce que ma voie me conduise à la Déesse.

Jusqu'à ce qu'ils soient suffisamment grands pour n'avoir plus besoin de ma présence à leurs côtés.

Un mouvement dans l'ombre attira mon attention. C'était le petit garçon qui s'approchait de mon corps, tenant une plaque métallique entre ses mains. Il s'arrêta quelques secondes au dessus de moi, me regardant d'un air curieux.

Je le vis s'abaisser doucement et passer sa main sur mon visage, retirant une mèche de mes cheveux qui me collait à la figure. Il se redressa par la suite et soupira légèrement en regardant le portail. Ses sourcils se froncèrent il s'éloigna du groupe en se dirigeant vers un espace vide.

Là, il s'assit par terre et ouvrit sa boite métallique afin de regarder les images lumineuses qui se mouvaient sous ses yeux. Curieuse, je m'approchais, non sans avoir au préalable rassurée Aura et Sayia que je ne m'éloignerai pas trop longtemps.

Penchée au dessus de lui, je le vis pianoter sur une sorte de clavier composé de plusieurs touches avec des lettres, ces dernières de reproduisant exactement sur l'écran du dessus.

Il ne sembla pas se satisfaire de son entreprise, car il afficha une mine défaitiste et soupira lourdement. Comme j'aurai aimé le prendre dans mes bras et le câliner sous le soleil…

Nous étions tellement absorbés par cette machine étrange que nous ne remarquâmes pas l'intrus se poser sur l'immense rocher surplombant le centre de l'antre.

Il se fit finalement remarquer d'une voix légère, aérienne et pleine d'assurance.

« -Tu n'as pas besoin de déprimer, s'éleva-t-elle. » Je sentis mon système vital s'arrêter brusquement tandis que la voix pénétrait mes tympans, caressant ces derniers d'une tentatrice mélopée. Mon cœur invisible et immatériel se mit à tambouriner violemment dans ma poitrine, se cognant contre d'invisibles parois en de douloureux impactes.

Ma respiration se raccourcit d'elle-même, mes poumons semblaient refuser tout simplement d'aspirer davantage d'air. La voix cessa de se répercuter dans la crevasse.

Relevant doucement la tête, je pus distinguer l'intrus en question qui poursuivit son discours sans s'inquiéter de son interlocuteur :

« -Les humains ne peuvent rien faire, fit-il, les humains sont faibles. »

Il était assis sur le rocher qui surplombait la crevasse, une grande cape s'évader de toute part autour de son corps, camouflant l'ensemble de ses formes. De ce tissu d'une couleur crème assombris par le manque de luminosité, s'échappait une jambe habillée d'un pantalon de toile rouge carmin et pendant dans le vide tandis que l'autre était repliée contre son corps.

Deux brassards dont j'avais du mal à identifier la matière sortaient de sa cape, et étaient posés avec légèreté sur ses rotules.

De mon point de vue, je ne voyais de son visage qu'une masse de cheveux auréolant son corps et dégringolant sur la cape. Deux grandes mèches dissimulaient son visage et retombaient souplement devant ce dernier.

Je déglutis péniblement, sentant une énorme, que dis-je une gigantesque, tension s'émaner du corps de ce garçon. Mes propres muscles se tendaient tous seuls et de la sueur froide s'écoulait de mon front.

Aura apparut à mes côtés, portant un regard tremblant sur le garçon. Aura n'avait jamais tremblé. Elle n'avait jamais porté un regard différent de l'impassibilité habituelle qu'elle manifestait.

Et pourtant, la simple présence de cette tension lourde et oppressante manifestait le danger qu'incarnait cet individu. Tout avait subitement changé depuis son apparition, comme ci l'environnement autour de lui s'esquivait de son aura.

« Ce garçon, songeais-je, ce garçon est craint. »

Aura se plaça entre lui et moi, comme mué par un reflexe de défense. Mais l'intrus ne sembla même pas prendre conscience de ce simple fait, restant sur le pauvre petit nabot qui le regardait effrayé.

« -Ne t'inquiète pas, poursuivit-il en souriant, Yoh reviendra après être devenu plus fort.

-Que veux-tu dire ? Demanda Manta toujours assis.

-En rencontrant ma forme d'il y a mille ans, il connaîtra la vraie nature des shamans et un énorme furyoku s'éveillera en lui. »

C'était donc là la nature de l'entraînement. Ce garçon parlait avec tellement d'aisance et d'assurance que j'étais portée à le croire entièrement et sentais mes propres inquiétudes fondre comme une glace au soleil.

« -Tu restes calme même si vous êtes tous les deux rivaux pour devenir Shaman King ? S'enquit le petit garçon craintif. »

Son interlocuteur émit un léger ricanement d'une expiration brute et répondit qu'il était impossible pour les humains de comprendre.

Moi-même je ne comprenais pas tout.

C'est alors qu'un souvenir resurgit de ma mémoire, me frappant l'esprit de plein fouet.

Il y avait un banc. Un banc tout marron et usé par le temps. A l'ombre d'un grand saule, le banc offrait aux voyageurs fatigués un moment de repos et de détente.

J'étais assise sur le banc. Mes jambes étaient petites. Je regardais mes pieds, réfugiés dans de petites chaussettes toutes blanches. Je portais une nouvelle paire de jolis souliers rouge vernis et j'étais toute heureuse et chantante parce que mes chaussures allaient bien avec mon serre-tête et ma robe. Blanche, comme la couleur de mes cheveux qui volaient aguichés par une agréable brise d'été.

Je tournais la tête, regardant un grand homme bien bâti au regard aussi bleu que la mer et profond que le ciel. Ses cheveux étaient d'un noir de jais, coupé court au raz du cou. Il portait une blouse blanche entrouverte, avec des manches coupées aux coudes et évasives. Un pantalon noir en jean couvrait ses longues jambes et à ses pieds reposer une pair de chausse japonaise.

Il tournait sa tête vers moi et son regard m'offrait une vague de chaleur dans le cœur. Je me jetais dans ses bras, désireuse de profiter au maximum de ce confortable siège qu'étaient ses cuisses. Il enlaçait mon petit corps de ses bras puissants et caressaient mes avant-bras tendrement.

« -Papa, disais-je, c'est quoi un shaman ? »

Il hésitait quelques instants, me portant un regard surpris avant de répondre :

« -Où as-tu entendu ce mot ?

-Grand-père en parlait hier, disais-je.

-Vois-tu, les shamans sont des gens très spéciaux, commençait-il. Se sont des personnes qui sont pourvus de pouvoirs particuliers. Ils sont très proches de la nature et suivent une voie bien différente de celle des humains. Ils apprennent des connaissances qui nous sont inaccessibles et voient des choses que nous ne voyons pas.

-Comme quoi ? Demandais-je.

-Les esprits par exemple. Ceux de la nature, ceux des anciens être vivants, ceux de nos ancêtres. Un shaman a le pouvoir de relier ce monde à celui des morts.

-Un shaman peut parler à la Mère Eternelle ?

-Hahaha, non mon trésor, la voix de la Puissante Créatrice ne peut être entendu que par ceux qui atteignent la Voie Sacrée. Mais un shaman peut réaliser des prodiges et faire des miracles.

-Ouah…

-Mais un shaman reste avant tout un humain, avertissait-il. Et un humain avec plus de pouvoirs que les autres, reste un humain dangereux. Ils peuvent être responsables de véritables miracles tout comme être à l'origine d'impitoyables massacres.

-C'est effrayant, murmurais-je.

-Oui, c'est pourquoi les humains ont peurs des shamans.

-Pourquoi ?

-Parce que c'est dans la nature humaine d'avoir peur de ce que l'on ne comprend pas.

-C'est triste…

-Oui, mais il suffit de faire un peu d'effort, et le shaman comme l'humain peuvent se comprendre et cohabiter ! Beaucoup de shamans autrefois étaient reconnus et respectés par les humains pour leurs savoirs et leurs aides. Mais aujourd'hui, leur existence aux yeux des gens n'est que chimère.

-C'est triste, répétais-je. Moi je sais que les shamans existent ! Papa est un shaman ! »

Il rigolait. Son sourire rayonnant m'embaumait le cœur d'un parfum de bonheur radieux et envoutant. Papa aimait quand je disais ça. Il n'avait pas peur de ce qu'il était, ni même de ce que ses choix engendraient.

Et il était heureux ainsi…

Le souvenir s'effaça lentement. L'image de mon père souriant s'estompa pour laisser place à la réalité sombre et froide. Les souvenirs étaient toujours plus chaleureux, plus doux.

Je fus rappelée à l'ordre par la voix du garçon à la cape :

« -Ils sont de retour. »

Je vis le petit garçon se précipiter vers le lieu où les autres attendaient, laissant le garçon sur le rocher tout seul. Aura m'invita à retourner vers mon corps. Je refusai.

La curiosité était un vilain défaut pourtant ce garçon m'intriguait profondément. Le simple fait de sa présence troublait mon esprit et aguichait ma tranquillité d'une pointe brulante de curiosité.

Je voulus m'approcher, mais la voix du garçon me stoppa :

« -Tu devrais retourner auprès de ta maîtresse, s'exclama-t-il d'un ton moqueur. »

Je fus partiellement soulagée de découvrir qu'il s'adressait à Aura. Cette dernière se tenait toujours devant moi, le regard focalisé sur le garçon.

Il arbora un sourire enfantin et poursuivit sur le même ton :

« -Après sa tentative suicidaire, je doute fort qu'elle ne revienne parmi nous. Tu devrais l'accompagner dans l'au-delà. »

Aura ne répondit pas.

Je m'avançai à côté d'elle et sans pour autant détourner le regard de l'individu, j'ordonnai d'une voix que je voulais maîtrisée mais qui n'apparut pourtant que tremblante :

« -S'il te plait Aura, retourne auprès de Yoh-sama et des autres.

-Je refuse de laisser Mahana-sama seule avec lui, répliqua-t-elle d'une voix ferme. »

Je soupirai devant l'entêtement de mon amie, bien que j'aie deviné sa réaction. De tous mes protecteurs, Aura était de loin et à bien des égards, la plus têtue. Ren-sama à côté faisait pâle figure. Je posai une main fébrile sur son épaule. Elle ne détourna pas le regard mais pencha légèrement le menton vers moi :

« -Peut-il me voir ? Demandais-je.

-Seulement sentir la présence de Mahana-sama, répondit-il froidement.

-Peut-il m'atteindre ?

-Il est puissant, déclara-t-elle, il en est capable s'il le désire. Il aura du mal, mais en est capable.

-Si le pire venait à se produire, repris-je, alors je prendrai la fuite et retournerai auprès de mon corps. Il y a quelque chose que j'ai envie de faire et tant que tu seras ici, je ne pourrais pas.

-Est-ce l'ordre de Mahana-sama ? Me demanda-t-elle d'une voix plus incertaine.

-Je ne veux pas que cela soit un ordre, rétorquais-je. Seulement la requête d'une amie. »

Elle me regarda longuement, sans plus porter attention au garçon qui ne perdait pas une miette de la scène, sans se départir de son sourire.

Puis elle acquiesça lentement tout en abaissant les épaules. Elle toisa quelques instants le garçon, puis se retourna et disparut. Je soupirai et remerciai d'un murmure Aura, incertaine qu'elle m'ait entendu. Mon regard se reporta sur le garçon. Sa tête était maintenue par son poing et ses cheveux cascadaient tout le long de son épaule.

Il semblait perdu dans ses pensées.

Je fis un pas, puis un autre. Suivant une silencieuse berceuse enchanteresse, je me vis m'approcher petit à petit de cet individu bien mystérieux. Son corps grandissait alors que la distance nous séparant diminuait.

La luminosité était très faible pourtant je percevais sans mal les ombres et formes du garçon. Ses cheveux, d'un brun Terre de Sienne, rayonnaient à certain endroit où la lumière frappait. Je fis encore deux pas puis m'arrêtai, à quelques centimètres de lui.

Posant mon regard sur son visage, je retins un cri de surprise en identifiant l'individu en question. Il avait exactement les mêmes traits que Yoh-sama, ses mêmes paupières fébriles et semblant lourdes, ses mêmes lèvres fines qui s'arquaient en un éternel sourire figé. Ses joues, ses oreilles, son front plat…ce visage était identique à celui de Yoh-sama.

Pourtant, il y avait quelque chose de différent. Il n'y avait pas cette aura de paix et de sérénité que dégageait Yoh-sama. Ce sourire n'était pas niais, bien au contraire. Il était malicieux, moqueur. Ce regard n'était pas d'une douceur et d'une tendresse amicale chaleureuse, mais d'une perversion froide et calculatrice.

C'était là une copie conforme de Yoh-sama, à l'esprit dangereux et prédateur. Malgré cette découverte, ma curiosité ne diminua pas. Elle semblait même creuser un sillon profond dans ma poitrine, tandis que mon cœur luttait contre ses tambourinages incessants.

Ma respiration s'était raccourcie, et maintenant même mes mains tremblaient dans la sueur. Cela ne m'empêcha pas de relever le bras et de frôler ses cheveux lentement. J'avais envie de savoir si tout cela était bien vrai, si ce garçon n'était pas qu'un mirage inventé par mon esprit mourant.

Je suivis absorbée le mouvement de mes doigts caressant ses cheveux, sans vraiment les toucher. Ils étaient froids, sans vie. Non c'était moi qui étais ainsi. J'étais persuadée à cet instant que ces cheveux devaient être doux et soyeux.

Je voulus glisser mes phalanges dans cette masse chevelue. Mes doigts la traversèrent, comme si j'eus été faite de brume. Pourtant, mon acte les fit bouger légèrement à croire qu'une légère brise avait suivi mon mouvement.

Amusée, je bougeai les doigts, suivant l'ondulation des cheveux de ce garçon si dangereux. Il ne semblait pas se plaindre de mes tentatives. Je me demandai même si Aura ne s'était pas trompée en disant qu'il pouvait me sentir.

Ou peut être étais-je trop faible et insignifiante pour qu'il ne s'intéresse quelques secondes à ma présence…

Quoi qu'il en fût, je poursuivis mes découvertes avec davantage d'impatience et de curiosité. Il se tenait toujours assis sur cet immense rocher, son corps complètement englouti par sa cape couleur crème et poussiéreuse sur les bordures.

Délaissant les cheveux, je m'intéressai à ce visage si identique à Yoh-sama et pourtant si différent. Il ne me voyait pas en effet, même quand je croisais mon regard aux siens je sentais que ses yeux ne se fixaient pas aux miens.

Son sourire était littéralement scotché à sa figure c'en était presque effrayant. Sa peau était pâle mais elle semblait si claire, si belle. J'étais tellement fascinée par l'éclat sauvage de ce regard et par ce visage que je ne fis tout bonnement pas attention au reste.

Mes doigts s'étaient instinctivement déposés sur cette joue, et caressaient non sans une tremblante anxiété cette peau qui m'apparut comme glacée et souple. L'inconvénient de la projection astrale je supposai quand je remarquai enfin mon geste irréfléchi.
A cet instant, le garçon se pétrifia. Il cessa de respirer et son regard rieur se durcit non sans conserver ce sourire inquiétant. Il ne clignait plus des yeux et semblait attendre.

Me mordant la lèvre inférieure, j'hésitai à poursuivre quand ma nature d'ignorante me poussa à continuer mon œuvre interdite. Mes doigts glissèrent sur sa joue, suivant les courbes de sa mâchoire avec un respect tremblotant. Je les vis rejoindre le menton puis remonter en frôlant les lèvres. Mes pouces se déposèrent de part et d'autre de sa mâchoire et le reste de mes doigts suivirent les formes de son nez. J'admirai silencieuse la procédure, encrant dans mon âme les ressentiments et exaltations de mon cœur face à ce touché étrange.

Je sentais sa peau se frotter contre celle de mes doigts. Je sentais ces différences de température entre l'extrémité de ce nez aquilin et le milieu de son front si doux.

Je n'avais jamais touché Yoh-sama ainsi. J'étais bien trop timide et trop respectueuse de sa personne pour me permettre ces gestes présomptueux. Mais là, actuellement, et dans la pénombre de cet instant où mes sens s'embrasaient d'une impitoyable curiosité, je ne contrôlai rien de tout cela.

Je sentis mes doigts s'approcher, frôler les paupières du garçon. Comme s'il savait que j'étais là, comme s'il savait ce que je comptai faire, il ferma ses dernières lentement.

A croire qu'il m'invitait de lui-même à continuer. Ce que je fis. Mon index et mon majeur de la main droite furent les premiers à se déposer sur ses paupières qui frémirent au contact.

Il sentait mes gestes ! M'écriais-je intérieurement. Les paupières étaient les plus sensibles, leurs simples mouvements en réponse à mon touché prouvaient que depuis le début, le garçon me sentait.

Pourtant je ne sentis aucune rougeur pénétrer mes joues, ni aucune gêne intérieure. Je restai silencieuse, entièrement consumée par l'instant. Ma main gauche suivit la droite et bientôt mes pouces se mirent à caresser les paupières fermés du prédateur.

Les yeux ainsi fermés, le sourire semblant plus léger, il ressemblait à Yoh-sama. Mes doigts rompirent finalement le contact, tandis que l'incendie passionnel s'étouffait dans mon cœur. Essoufflée, je reculai légèrement.

Il rouvrit les yeux, qui flamboyait d'une lueur amusée mais pas effrayante :

« -J'espère bien avoir rassasiée ta curiosité, fit-il. »

Mon cœur manqua un battement. Non pas parce que le garçon avait senti ma présence, je le savais déjà, mais je sentis mes forces me quitter alors que le garçon dressait sa tête vers le ciel :

« -Quelqu'un est resté trop longtemps éloigné de son corps, ricana-t-il. J'ai bien peur que cette petite rencontre en toute intimité ne doive s'achever sur un départ précipité. »

Il rigola à sa remarque et se leva, faisant ondoyer sa cape. Il avait raison. J'étais restée trop longtemps éloignée de mon corps et maintenant même les formes de ma projection astrale tremblaient et s'éteignaient doucement.

Je disparaissais…

Je ne voulais pas disparaître ! Des vagues de froid s'abattirent sur mes membres petit à petit grignotant la surface de ma projection. J'aurais voulu appeler à l'aide, mais aucun son ne parvint à sortir de ma gorge. Face à la détresse de la situation, je tentai tout de même de faire demi-tour, sans résultat.

Le garçon dû sentir ma panique, car il soupira toujours de sa voix enfantine :

« -Halala, j'ai bien peur que se soit trop tard. De toute façon, je ne t'aurais pas laissé retourner dans ton corps sans un petit cadeau. »

Puis il s'envola dans les airs et commença à rejoindre les hauteurs. Ses cheveux flottaient tout autour de lui, offrant une certaine grâce à son corps. Il se stoppa dans les airs, comme hésitant à poursuivre puis se retourna et s'abaissa jusqu'au niveau de la pierre sur laquelle il était assis.

Il se tenait juste à côté de moi quand il s'exclama :

« -Si petit, murmura-t-il avant de ricaner, tu n'as qu'à t'accrocher à moi. »

J'entourai alors son poignet de mes mains tremblantes et sentis immédiatement le processus d'extinction s'arrêter. Les courbes de mon corps astral s'étaient arrêtées de vibrer et même mon énergie semblait revenir doucement.

Là, il s'envola haut dans le ciel, fusant telle une flèche. Nous quittâmes les hauteurs de la crevasse et flottâmes quelques secondes au dessus du canyon avant de retomber sur un plateau surélevé.

La chute aurait été mortel pour n'importe quel humain, seulement peu avant d'atterrir, je sentis une brise plus forte que les autres souffler d'en dessous, soulevant l'ample pan de tissu qui entourait les épaules du garçon et nous ralentissant.

Nous atterrîmes en douceur sur le rebord d'une grande falaise éclairée par l'aube naissante. Il s'assit sur cette dernière, observant l'horizon d'un sourire calculateur.

J'étais toujours fermement agrippée à son poignet. L'angoisse de disparaître hantait toujours les profondeurs de mon cœur. Sauf que maintenant, je m'étais vraiment éloignée de mon corps et je n'étais pas certaine de pouvoir le retrouver…

Aura allait me disputer si jamais j'arrivais à revenir, sans compter Ondine qui allait très certainement me menacer…

Je ruminai les sombres heures qui m'attendaient quand une petite boule de cheveux frisés fit irruption sur le monticule de pierre, s'asseyant à côté du garçon à la cape.

Portant le même regard sur l'horizon, cette dernière, une petite fille africaine aux grands yeux noirs tombant, s'exclama de sa voix fluette et articulée :

« -Asakura Yoh a obtenu la puissance de Hao-sama ? Demanda-t-elle.

-Oui, acquiesça le garçon, elle semble se développer en lui.

-Mais…, rétorqua la petite incompréhensive.

-Cela ne semble pas te réjouir ? S'enquit le garçon.

-Il ignore Hao-sama, fit-elle en serrant les poings sur ses petites rotules. »

Une cuisse sur l'autre, le garçon détourna le regard et sourit amusée du comportement de la petite africaine. Quand à moi, la révélation me frappa comme un poignard en plein cœur : ce garçon était Hao ! Ce garçon était Hao !

Depuis le début, c'était lui !

J'inspirai profondément, tentant de calmer les battements désordonnés de ce pauvre organe qu'était mon cœur. Il avait beau n'être qu'une projection du vrai, je pouvais parfaitement sentir que ce dernier partait au triple galop comme un cheval affolé.

Je tenais fermement le poignet de l'adversaire de Yoh-sama et de mes amis, celui qui était à l'origine de tout leur problème.

J'aurai dû me sentir en colère, j'aurai dû être folle de rage et tenter de le gifler…pourtant il avait fait exprès de laisser sa main droite plus éloignée de son corps, sentant parfaitement que je m'y accrochais comme à ma vie.

Il m'avait certes parut prétentieux et trop sûr de lui, mais actuellement je ne ressentais nulle haine ou désir de violence à son égard. Il laissa échapper de sa gorge une expiration courte, comme un ricanement amusé, puis poursuivit :

« -C'est parce qu'il a sa propre vision des choses, fit-il. »

Pendant un instant je me demandai s'il ne disait pas cela pour moi…

C'est alors qu'elles apparurent derrière, sans que je ne les aie senties arriver. Les trois filles de la dernière fois se tenaient derrière Hao, la grande aux cheveux bleus était assise sur une petite élévation rocailleuse tandis que les deux autres se tenaient debout et regardaient leur maître.

« -Marie…c'est grave, fit la fille aux longues couettes tombantes.

-Tu devrais avoir honte ! Répliqua la dite Marie qui s'affalait sur son balai. Il vient d'obtenir la puissance de Hao-sama.

-C'est bien ! S'exprima ce dernier satisfait. Peu importe, je le récupérerai quoi qu'il arrive. »

Il se tut un instant puis sembla se décider car il poursuivit :

« -Je veux le voir, le pouvoir de Yoh. » Il avait ajouté cette dernière en tournant sa tête vers les filles qui se redressèrent immédiatement. Sa volonté avait frappé.

« -Bien compris, affirma la grande, que fait-on si la fille intervient ?

-Anna ne fera rien, assura Hao en souriant.

-Mais et l'autre fille ? Demanda la fille au balai d'une voix plus serrée.

-Oh elle, il ricana quelques instants avant de répondre, ses jours sont comptés j'en ai bien peur. Elle sera incapable de vous faire quoi que se soit.

-Ca tombe bien, grogna la grande, j'ai une petite affaire à régler avec. »

Moi j'aurai préféré qu'il n'en soit rien. Inconsciemment j'avais raffermis ma prise sur le poignet de Hao. Le sentant ce dernier se permit un rire amusé puis déclara :

« -Laisse donc cette faible créature mourir en paix, puis il ajouta bien plus sérieux et d'une voix qui ne laissait aucune répartie, c'est compris ?

-Oui. »

Elles disparurent suite à son ordre, nous laissant tous les trois seuls. Plus aucun son ne s'échappa de leurs lèvres pendant les dix minutes qui suivirent le départ des filles. Puis, Hao se leva finalement et sourit face au soleil qui s'était maintenant levé entièrement :

« -Bien, il est heure d'y aller. »

La petite africaine s'approcha du garçon et s'empara de sa petite main mignonette d'un pan du tissu. Quand il fut certain qu'elle s'était accrochée il déclara, plus pour moi que pour lui :

« -Ca va secouer un peu. »

Nous disparûmes dans une gerbe de flamme.

J'ignorais ce qui se produisit par la suite. Je me sentais secouée mais en même temps j'avais l'impression de flotter par-dessus les airs nuageux d'un ciel de printemps. Je n'avais pas totalement tort…

Nous apparûmes dans le ciel, dans cette même vague de flammes rouges qui nous avait transportées auparavant. De nouveau je nous sentis tomber dans le vide et de nouveau nous atterrîmes dans le plus incroyable, et assez effrayant il me fallait l'admettre, des silences.

Quand je repris contenance et un apaisement certain, j'ouvris les yeux pour croiser Lyserg-sama de dos avec un membre des X-laws au loin. Mon ancien ami ne semblait pas avoir changé, si ce n'était qu'il avait troqué ses apparats londoniens pour l'uniforme blanc et neutre des X.

Ils parlaient tous les deux de Yoh-sama, aspirant à ce que ce dernier rejoigne les X avec les soi-disant nouveaux pouvoirs dont il était pourvu.

« -Mais si ça ne marche pas, fit le blond à lunette que je reconnus comme étant le chef de la dernière fois. »

Lyserg-sama se leva, et porta un regard en biais à son nouveau chef :

« -Nous devrons les éliminer ? Demanda-t-il.

-Oui, affirma le blond. Leur nouvelle puissance vient d'Hao. Leur force peut s'avérer maléfique…

-Oui. »

Ils ne comprenaient toujours pas que le monde ne se limitait pas au bien et au mal. Il n'y avait pas que deux couleurs dans cet univers…De voir Lyserg-sama parler de la mort avec autant de facilité, surtout quand cela concernait ses propres amis, me fit un énorme pincement au cœur.

Veiller sur le bonheur de Lyserg-sama constituait en vérité mon premier échec. Même si j'avais accepté son départ à travers la maladie et la fièvre, je conservais toujours ses remords internes. Aurais-je été plus attentive, que Lyserg-sama ne se serait pas détourné de nous…

« Assez de ces tristes pensées, songeais-je en secouant la tête, j'ai choisi de respecter ces décisions, ce n'est pas pour commencer à douter de lui aujourd'hui ! »

Hao à mes côtés amena sa main droite sous son menton, me forçant à suivre ses mouvements. Je m'agrippais toujours à son poignet, entourant de mes mains fébriles son brassard au design particulier. Puis sa voix s'élança dans les airs, attirant une attention méfiante de la part des X-laws présents :

« -Yoh ne fera équipe ni avec toi, ni avec moi, décréta Hao sur un ton assuré. »

Lyserg-sama pointa rageusement son pendule vers nous mais fut arrêté par son chef d'un simple geste. Ils marmonnèrent entre eux quelques instants avant que Hao ne poursuive :

« -Bien que je ne connaisse pas votre plan, il serait mieux de ne rien faire avec Yoh, menaça-t-il toujours sur un timbre plaisantin.

-Est-ce un avertissement ? S'avança le chef des X.

-C'est possible, insinua Hao.

-Je n'ai aucune raison de t'écouter ! Rétorqua le blond en se tenant droit et fier.

-Vraiment ? Tu as l'air sûr de toi, répondit Hao malicieux.

-C'est à nous de décider !

-Hmh, je vous aurai prévenu, avertit Hao avant de disparaître m'embarquant par la même occasion. »

Encore une fois, j'ignorais comment tout ceci se produisit, mais quand ma vision me revint nous étions juste au dessus de Yoh-sama et des autres. Ils étaient toujours dans le canyon de la Vallée de la rivière rouge et se battait contre les trois filles qui suivaient les ordres d'Hao.

J'aperçus avec soulagement mon corps que le grand homme serviteur de la sœur de Ren-sama tenait entre ses bras. En revanche, je vis avec moins d'entrain Sylphe pointer du doigt ma direction et murmurer quelques choses à l'oreille d'Ondine qui m'offrit un regard des plus amers.

Relevant la tête en reculant contre Hao, je m'aperçus que nous n'étions pas seuls : juste en face de nous, de l'autre coté de la fissure, se trouvait Lyserg-sama et Marco le chef des X-laws. Devant la nouvelle puissance de leur adversaire, les filles décidèrent de passer aux choses sérieuses.
Encerclant les combattants adverses elles lancèrent leur Over-Soul sur les garçons qui réussirent à leur façon à parer chacune des offensives. Comprenant qu'il en fallait plus, l'armure lança une énorme boule d'électricité condensée sur Yoh-sama, tandis que la tête de citrouille au corps squelettique se mit à tourner sur elle-même et se lança sur Ren-sama. Puis le troisième Over-Soul tira deux balles qui fusèrent en tournant autour d'un axe invisible sur Ryu-sama.

La contre-attaque des garçons fut si puissante qu'elle envoya tout simplement les Over-Soul des filles au tapis en quelques instants. Il leur fallut un certain temps pour se remettre de ce changement de situation mais elles répliquèrent en donnant une nouvelle forme à leur Over-Soul.

Ces derniers doublèrent voire triplèrent de taille, dominant Yoh-sama et les autres par d'immenses fantômes. Seule la poupée avait toutefois changé de forme, arborant en guise de tête un immense canon dirigé sur mes amis. Elles lancèrent une offensive puissante, sensé décimé les Over-Soul de mes compagnons, qui vit s'illuminer au centre de l'impact une grande et brillante aura blanche.

Le vent s'en échappa, provoquant une élancée de poussière qui aurait aveuglé le premier spectateur, puis la sphère explosa. A la place un Bason-sama format géant se tenait droite, Ren-sama étant dressé sur son épaule gauche les bras croisés.

L'Over-Soul était tellement grande qu'elle atteignait le haut des murailles par-dessus lesquelles nous regardions le déroulement du combat. D'en bas, j'étais certaine que personne ne verrait Ren-sama tellement il était haut dans le ciel.

« -Montre leur, Bason ! Ordonna Ren. »

Le géant en armure détruisit l'Over-Soul en tête de citrouille de l'une des servantes d'Hao d'un royal punch. Ryu-sama fut le suivant à montrer la nouvelle forme de son Over-Soul.

Dans un cri de guerre, il lança la transformation. Ainsi, la tête du fantôme se transforma en une immense forteresse roulante, à tête de serpent dirigé par Tokageroh dont on pouvait discerner le corps en bas. Ryu-sama se tenait sur l'une des têtes de dragon qui représentaient la tête de l'Over-Soul.

Elle était aussi gigantesque que Bason-sama, plus lumineuse que jamais. Ryu-sama ordonna l'attaque et sept têtes de serpent se jetèrent sur l'Over-Soul en forme de canon, déchiquetant de leurs dents acérées la pauvre poupée ridiculement petite comparé au géant.

C'est alors qu'apparut Amidamaru-sama, encore plus grand que le reste, se dressant fièrement de toute sa hauteur devant ses adversaires. Il lança une immense vague d'énergie en utilisant comme catalyseur le sabre de Yoh-sama, mais la puissance semblait tellement grande qu'il ne put la contrôler davantage. L'assaut se perdit dans les contreforts du canyon disparaissant en un rideau de poussière et de roches. Pour sûr les esprits de la terre ne seront pas contents après cela…

Loin de se laisser abattre, Yoh-sama brandit un deuxième objet dans sa main gauche, une sorte de dague miniature et en pierre rouge qu'il utilisa pour créer un deuxième sabre. Cela lui permit de mieux répartir la puissance de son attaque et donc d'atteindre son objectif final.

L'armure suivit le reste de ses compagnons, réduite en cendre par la puissance de l'impacte.

« -Hao-sama, vous avez vu ? Demanda la jeune africaine surprise et ébahie.

-Il est devenu très fort, déclara simplement Hao qui se réjouissait de cette bonne nouvelle. »

Les garçons restèrent un moment surpris de leur récente victoire, alors que quelques jours plus tôt leur échec avait été cuisant :

« -C'est fini, soupira Ryu.

-Pourquoi j'ai des roues ? Demanda Tokageroh qui ne se faisait toujours pas à sa nouvelle forme.

-Nous sommes les gagnants, Bason, déclara Ren fier de lui.

-Tout va bien Amidamaru ? Demanda Yoh inquiet.

-C'est incroyable, cette sensation de puissance.

-Au moins nous avons réussi, ricana Yoh.

-Réussi ? S'enquit Ren par-dessus Bason.

-Oui, souffla Yoh en portant un regard sur mon corps, nous avons tenu notre promesse. Nous sommes devenu plus fort, pour Mahana-chan… »

Et tour à tour, ils regardèrent mon corps endormi, comme épris d'une soudaine émotion. Je ne pus que sourire et poser mes mains sur mon cœur.

Je me sentis alors défaillir. Perdue dans le combat et dans leur amitié dévouée, j'avais oublié ma propre condition instable et avait momentanément lâché le poignet de mon « sauveur ». Ce dernier le remarqua car immédiatement il plongea son bras vers moi. J'ignorai comment il avait su que je me trouvai exactement à cet endroit, mais sur le moment je me fichai bien de découvrir le pourquoi du comment.

Il avait plongé son bras en plein dans mon sein droit. En d'autre circonstance, ma réaction aurait été différente mais vu mon état, je n'allais pas faire la difficile. Sentant mes forces revenir doucement, je pris son avant-bras dans mes mains, serrant un peu afin de lui assurer ma reprise.

Il se permit un sourire moqueur. Puis se leva. La petite africaine le suivit du regard, puis s'agrippa à sa cape également. Nous disparûmes de nouveau, ombres silencieuses et spectatrices. Je me sentis planer, libre comme l'air, flottant par-dessus une mer de nuage. La sensation de frottement contre ma peau était merveilleuse. Une douce chaleur pénétrait mon cœur, embrasant ma gêne et mes doutes dans un souffle incendiaire destructeur et ne laissant derrière lui que la douceur de la joie et de l'exaltation.

Voler n'était pas une chose commune et dont nous avions tous accès. Et durant ce voyage astral des plus incroyables, je pouvais être certaine qu'il m'était arrivé les choses les plus bizarres et étranges de toute ma vie, du moins des souvenirs dont j'étais pourvue.

Nous apparûmes dans une démonstration flambante des plus indiscrètes. L'arrivée en fanfare de Hao ne passa bien entendu pas inaperçu. Tous se tournèrent vers le gigantesque esprit de feu qui restait devant eux, sans bouger, rayonnant d'une lueur dangereuse parmi le brasier incendiaire qui l'accompagnait. Dans sa main, se tenait Hao, toujours accroché par moi. Nous tombâmes de cette dernière et atterrîmes en douceur juste en face du groupe que constituaient mes amis.

L'esprit du feu disparut alors qu'Hao remerciait ses sbires pour leur travail. Puis il s'avança d'un pas rythmé, son regard perdu dans un lointain horizon invisible pour mes pauvres yeux. Je le suivais discrètement, essayant de ne pas me faire remarquer par mes propres esprits. Surtout d'Ondine. Je voyais bien que mes amis étaient en garde, armes brandies, en position de combat, ils n'attendaient qu'un seul signe pour se lancer sur Hao.

Seul Yoh-sama se tenait relativement décontracté, toisant tout de même Hao d'un regard sérieux et fermé. De la part de Yoh-sama, cela signifiait que l'intrus n'était pas le bienvenu. Hao s'arrêta juste à gauche de Yoh-sama :

« -J'ai vu ta puissance, le résultat est au-delà de mes espérances. »

Ces paroles attirèrent l'attention de Yoh-sama qu'il manifesta en tournant la tête vers le garçon à la cape. Il sourit et déclara d'une voix pleine d'assurance :

« -Je prendrai ton corps très bientôt.

-Quoi ? Demanda Yoh surpris.

-Ce corps est le mien depuis le début, déclara Hao en le regardant dans les yeux. »

Il voulut poursuivre son chemin, mais avait attisé la curiosité de Yoh-sama. Ce dernier, loin de comprendre où voulait en venir Hao, se retourna et s'écria :

« -Qu'as-tu dit ? »

Mais Hao ignora sa question, tournant sa tête vers un élément qui avait attiré son attention. Suivant son regard, je sentis mon cœur rater un battement et déglutis péniblement.

Hao s'approcha doucement de mon corps inerte étendu contre la paroi rocheuse. Bien sûr je dus le suivre et puis c'était un moyen de regagner mon corps rapidement. Pourtant, il fut arrêté à un mètre de mon corps par mes esprits, sauf Sayia, qui se manifestèrent tous sous leur forme humanoïde.

Il ricana face à cette intervention et s'exclama arrogant

« -C'est si petit d'espérer qu'elle survive. Elle va mourir de toute façon. Les faibles ne survivent pas dans ce monde.

-C'est la chaleur de ton génie qui t'a desséché le cerveau ou quoi ? S'écria Ondine haineuse, tu crois vraiment qu'on va te laisser approcher notre maîtresse davantage ? »

Si seulement elle pouvait me voir…mais Aura elle se tenait plus en retrait. Elle me regardait de ses yeux neutres et inexpressifs.

« -Voila un caractère bien trempé, ricana Hao. Je suis juste curieux de constater qu'elle vie encore…

-Laisse la tranquille ! Menaça Ren en s'approchant.

-Je voulais simplement remercier celle qui vous avait donné une telle motivation pour devenir fort, assura Hao en faisant un pas de plus. »

Plus il s'approchait et plus je sentais l'attirance de mon corps augmenter. Mais je n'étais pas certaine que ce dernier soit prêt à accepter ma présence en son sein…

Se fut Aura qui coupa court à la discussion. Elle s'avança juste en face de Hao et s'inclina respectueusement avant d'annoncer :

« -Votre corps est prêt, fit-elle en me regardant. »

Hao ne comprit pas sur l'instant et perdit son sourire narquois. Aura me tendit la main, que je pris fermement. Je lâchai Hao, lequel ne fit aucun mouvement en sentant cette nouvelle absence, puis laissait l'énergie pénétrer dans mon corps.

J'entendis des cris de surprise et des murmures d'étonnement de la part de tous. Mes yeux étaient fermés, tous mes sens dirigés vers ce corps qui m'appelait, guidé par Aura. Pourtant, intérieurement, je savais qu'en prenant la main d'Aura, je m'étais rendu visible de tous.

Me retournant une dernière fois sur Hao, je lui offris un tendre sourire avant de disparaître, absorbée entièrement par mon propre corps.

C'est à ce moment là que je perdis conscience. Ce qu'a fait Hao après ? Je ne savais pas. Ce qu'ont compris les garçons suite à cela ? Je n'en savais rien.

Tout ce que j'avais compris de ce voyage c'était d'une part que Hao était quelqu'un de très puissant et de très dangereux, il possédait des capacités hors du commun et un esprit calculateur des plus malicieux, d'autre part c'était quelqu'un de visiblement attentif, aimant la nature presque autant que moi. Identique à Yoh-sama sur le plan physique, je ne serais guère étonnée d'apprendre qu'il soit son frère jumeau ou un proche de sa famille.

Mais il y avait une certitude qui résonnait au fond de mon cœur, un fait que même Hao ne pourra jamais effacer : aujourd'hui il m'avait sauvé la vie.