CHAPITRE X

Rin avait repris le travail, seule dans le laboratoire sombre et silencieux. Une part d'elle s'inquiétait pour ses élèves ; malgré ce qu'elle avait dit à Tamuï, personne n'était jamais certain de la façon dont pouvait se terminer une mission, quelle qu'elle soit, et toutes deux en étaient conscientes. Une autre part de la sensei se réjouissait de voir ses deux élèves intégrés à son village, entourés par ces gens qui étaient importants pour elle, presque sa famille.

Délaissant un instant le rouleau qu'elle lisait, elle s'appuya sur l'autel qui leur servait de table de travail ; devant elle s'étalait le schéma du sceau qu'elle avait reproduit en miniature, pour pouvoir le compléter au fur et à mesure qu'un nouvel élément apparaissait dans les textes. Il comportait déjà cinquante-six signes, qu'elle avait décelés dans les différents documents qu'elle avait étudiés ces dix dernières années. Pour plus de sûreté, les Anciens de la Vallée Verte les avaient répartis dans leurs écrits, à la fois dans leur langue ancestrale et de façon codée, ce qui rendait difficile leur identification. Le moindre élément manquant, le moindre signe mal reporté ou mal placé influerait sur l'efficacité du sceau. C'était la technique la plus complexe à laquelle elle avait jamais été confrontée. Un sceau à créer, des objets à utiliser, une quantité incroyable de signes à former, dans un ordre et avec une synchronisation précis.

Elle avait dit à Tsunade qu'elle n'aurait pas besoin de plus de monde, car former une seule personne à cette langue prendrait déjà du temps et qu'elle ne voulait pas faire courir le moindre risque à cette mission ; mais elle commençait à penser qu'il faudrait sans doute par la suite faire appel à une partie de l'équipe médicale, comme l'avait proposé Tsunade au départ. Il faudrait une quantité incroyable de chakra pour réussir à contrebalancer celui de Kyuubi et le détacher de celui de Naruto sans blesser le garçon. Ils n'en étaient pas encore là, mais il faudrait sérieusement y réfléchir, chaque élément qu'elle découvrait dans les documents soulignait cette nécessité. S'ils n'étaient pas capable d'au moins égaler le chakra de Kyuubi, ils y laisseraient tous leur vie.

*

Tamuï sautait d'arbre en arbre, ses longs cheveux noirs comme un voile sombre dansant derrière elle, emporté par la vitesse et le vent. La jeune fille s'efforçait de garder le rythme du reste du groupe qui filait devant elle, ne s'arrêtant que pour prendre appui sur les épaisses branches des arbres géants et s'élancer à nouveau. Elle n'avait jamais vu d'arbres aussi monumentaux, qui devaient bien faire une trentaine de mètres de haut, avec un tronc au sol de plusieurs mètres de diamètre. Mais finalement, tout ce qui concernait ce pays semblait être fait pour être imposant, cette forêt aussi bien que le village qu'elle protégeait ; village qui n'avait guère de village que le nom, avec toutes ces rues, et ces immeubles, et cette population si nombreuse. Tamuï secoua la tête. Ce n'était pas le moment de penser à cela. Elle avait une mission. Elle plissa les yeux pour ne pas perdre de vue les trois ninjas devant elle et accéléra le rythme pour ne pas se laisser distancer.

En tant que renfort médical, elle avait été placée en bout de file, avec la kunoichi de l'équipe, pour couvrir leurs arrières et être prête à leur apporter assistance en cas d'attaque surprise. Tout devant, en éclaireur, elle voyait la forme blanche et noire du Hyuuga sauter de branche en branche. Entre eux, le capitaine de l'équipe et son sosie miniatures, formes vertes à peine visibles – surement le seul avantage de leur tenue farfelue – complétaient le groupe.

Elle n'avait pas encore été confronté à eux directement depuis qu'ils étaient partis le matin ; ils s'étaient simplement mis en route après que le capitaine ait donné leur ordre de formation et ils n'avaient pas cessé de courir depuis. Le soir n'était pas loin de tomber, à présent, mais personne ne lui avait expliqué à quelle distance se trouvait la frontière où ils devaient se rendre, ni à quel genre d'ennemi ils auraient à faire. Tsunade lui avait dit que le combat ne serait pas de son ressort ; les médic-nin devaient se préserver pour intervenir lorsque plus personne d'autre ne serait sur pied. Mais s'il se passait quelque chose, elle ne se cacherait pas en attendant d'avoir quelqu'un à soigner.

- Est-ce que ça va ? lui demanda soudain la kunoichi, qui avait atterri sur la branche en même temps qu'elle. Tu tiens le coup ?

Tamuï tourna brièvement la tête vers elle. Tenten, se souvint-elle. La jeune femme lui adressait un sourire à la fois prudent et amical.

- Quand ils sont partis il n'y a pas moyen de les arrêter, mais il va bientôt faire nuit, on établira un campement.

- J'ai l'habitude, ça va, assura Tamuï en lui rendant brièvement son sourire.

Et c'était vrai. Vivre dans la Vallée Verte et protéger sa vaste étendue requéraient une bonne endurance, presque innée parmi son peuple. La médic-nin savait que son aspect un peu frêle pouvait être trompeur, mais elle avait effectué d'innombrables missions de surveillance dans toute la Vallée et les environs à l'époque. C'était davantage la vitesse qui lui posait problème. Le reste de l'équipe volait quasiment à travers les arbres comme si, plus que par devoir, ils s'y rendaient par plaisir, avec une impatience non dissimulée. S'il y avait un motif d'inquiétude, pour elle, il fallait plutôt chercher de ce côté-là.

Tenten hocha la tête puis se reconcentra sur son avancée. Le soleil qui déclinait rendait leur progression plus difficile dans la forêt qui s'assombrissait sensiblement, et autour d'elles, les pépiements des oiseaux s'étaient peu à peu tus pour laisser place aux hululements des hiboux dont les yeux luisants suivaient leur course.

Devant elles, le reste de l'équipe finit par s'arrêter et mettre pied à terre. Quelques bonds plus tard, Tenten et Tamuï les rejoignirent sur le sol herbeux encadré des hauts et larges troncs.

- Nous allons faire une pause pour la nuit, leur dit Neji en les voyant arriver. Nous camperons ici, et nous repartirons demain à l'aube

Tamuï évita son regard blanc et suivit Tenten au pied d'un arbre dont les racines épaisses qui sortaient de terre formaient un petit cercle, pendant que les trois autres s'éloignaient rapidement. Elle aida la kunoichi à débarrasser l'endroit des pierres et des branches qui gênaient, puis elles s'installèrent en attendant que le reste de l'équipe les rejoigne. Ils réapparurent quelques instants plus tard, les plus jeunes ninjas avec des fruits, et Gai avec une large brassée de bois mort dans les bras. S'ils se permettaient de faire un feu, c'était qu'il n'y avait pas de risque de voir des ennemis dans les environs.

- Est-ce que nous sommes encore loin de la frontière ? Demanda-t-elle à Tenten avant qu'ils n'arrivent.

- On devrait y être demain avant la nuit. Et là, on risque d'avoir du boulot, alors il vaut mieux prendre des forces maintenant.

Gai installa le bois devant elles et en fit bientôt un feu autour duquel les deux autres finirent par prendre place également lorsqu'ils arrivèrent.

- On ne sait pas combien de temps durera la mission, expliqua Lee en tendant des fruits à Tamuï. On pourra voir besoin de nos provisions plus tard, alors autant utiliser ce qu'on peut trouver ici.

- Euh... Merci.

- Lee, elle est ninja, elle le sait bien, tout ça, lui fit remarquer Tenten.

- Mais euh... bafouilla le ninja. Je suis désolé, je n'était pas en train de supposer...

- C'est pas parce qu'elle vient d'arriver qu'elle est ninja depuis ce matin. Pas vrai, Tamuï ?

- C'est rien, dit Tamuï en souriant gentiment à Lee, qui s'était assis, gêné. A vrai dire, je ne pensais pas que nous trouverions de la nourriture dans ces bois, alors merci.

Le ninja eut l'air soulagé et lui rendit un large sourire.

- Alors, Tamuï, comment trouves-tu Konoha ? Demanda-t-il en s'asseyant dans l'herbe, appuyé contre une racine.

Un bref moment de panique envahit la jeune fille. Ce qu'elle pensait de Konoha... La diplomatie s'imposait.

- Très grande, dit-elle finalement en se forçant à conserver son sourire. Très vivante.

C'était le meilleur moyen de passer pour une arriérée, songea-t-elle avec une pointe d'agacement, et elle ne tenait pas à ce qu'ils croient par là leur pays supérieur... mais c'était la réalité, finalement : Konoha était trop grande, trop bruyante ; trop brouillonne, étouffante.

Lee se répandit alors en questions qui embarrassèrent davantage la jeune fille, quoique pour une autre raison.

- Est-ce que c'est très différent de chez vous ? Où est-ce ? Pourquoi êtes-vous venue ici ? Combien de temps resterez-vous ?

Tamuï se tassa un peu. Même si elle avait voulu répondre à ces questions, les mots de Tsunade avaient été très clairs : elle ne devait en aucun cas parler de la mission avec qui que ce soit, ni de rien de ce qui s'y rapportait, et la Vallée Verte y était étroitement liée.

- Lee ! L'interrompit Tenten en lui frappant le sommet du crane. Ça ne se fait pas de poser toutes ces questions !

- Qu'est-ce que j'ai dit ? Se plaignit le ninja en se massant la tête.

- Rien, tu es juste aussi inconscient que d'habitude !

- Mais...

- Tu ne vois pas que tu l'embarrasses ?

- Désolé, Tamuï-san.

- C'est rien.

Tamuï mangeait en silence, souriant aux chamailleries de l'équipe. Tenten reprenait vertement Lee sur ses manières, mais également son sensei lorsqu'il eut la mauvaise idée d'intervenir, avec un aplomb qui montrait qu'elle avait l'habitude de les remettre en place. Voir une élève se comporter ainsi avec son chef, à la limite de l'impertinence, aurait mortifié la jeune médic-nin en n'importe quelle autre situation, mais cette équipe insolite semblait bien au-dessus de cela, comme si les disputes étaient ce qui traduisait le lien entre ces personnes trop différentes. Pendant ce temps, Neji continuait à manger tranquillement, avec une indifférence qui montrait que seule l'habitude pouvait avoir eu raison de son agacement.

Tamuï finit son repas sans que personne ne l'interrompe plus. Sans le savoir, Tenten lui avait retiré une épine du pied, mais les questions de Lee avaient été légitimes, somme toute, et il ne serait pas le dernier à les poser. Le problème n'avait pas fini de réapparaître, et alors, comment l'esquiveraient-ils, Kéto, Rin et elle ?

Ce fut à ce moment-là que leur absence lui pesa le plus. La journée avait été longue et fatigante, elle aurait voulu pouvoir profiter de cette pause avec leur amitié complice, au lieu de rester spectatrice de celle des autres.

La dynamique de l'équipe Gai était un peu étrange et la laissait perplexe. Pour le peu qu'elle avait pu en voir, il était à peu près impossible d'associer des personnalités plus différentes. Le sensei versait dans la dramaturgie clownesque, Lee semblait faire de son mieux pour parvenir à se rendre au moins aussi ridicule ; Tenten avait visiblement les pieds sur terre mais faisait parfois preuve d'une insolence déplacée, comme si en se gonflant ainsi elle parviendrait à masquer qu'elle était une fille. Quant à Neji... elle aurait été bien incapable de dire quoi que ce soit sur lui. La jeune fille s'aperçut qu'elle était même toujours incapable de vraiment le regarder. Après son passage chez les Hyuuga, elle avait pensé avoir réussi à se faire aux pupilles blanches, mais ce n'était pas tout ce qui troublait la jeune fille. C'était toute l'apparence un peu éthérée des Hyuuga, si semblable à celle de son propre peuple maintenant disparu, à laquelle elle devait se faire. Ce clan aurait presque pu faire partie de son pays. Sans ces yeux.

Oui, c'était un étrange groupe, et elle devait se faire violence pour prendre au sérieux la moitié de ses membres. Rin lui avait toujours dit de ne jamais se fier aux apparences d'un individu, ennemi ou allié. Mais bon sang, c'était dur, avec eux, songea-t-elle, en voyant le sensei proposer un concours de pompes dont le perdant se verrait obligé de faire cent fois le tour du périmètre sur une seule main. Est-ce que le pire était que Lee ait accepté, ou qu'il ait l'air aussi absolument ravi du défi ?

- Pour les tours de garde, annonça Neji, je prends la première partie de la nuit. Tenten et Lee, vous me remplacerez, puis Gai-sensei et Tamuï-san. Ça vous va ?

Tout le monde acquiesça, et pendant que Neji allait se poster sur une branche au-dessus du campement pour avoir un meilleur point de vue, les autres s'employèrent à mettre en place le campement. La nuit promettait d'être fraiche, et Gai et Lee préparaient leur tente. Tenten, à côté, qui, elle, ne se débattait pas avec les baguettes, installait les couvertures pour elle et Tamuï. Cette dernière toussota, et ils tournèrent la tête vers elle.

- Euh... si vous voulez, on peut partager, proposa-t-elle, en montrant derrière elle la cabane qu'elle avait réussi à transmuter à l'aide du Mokuton façon Rin, étirant et transformant les branches des arbres autour d'elle pour former des cloisons et un toit.

*

Au grand soulagement de Rin, Sakura revint de mission, saine et sauve – tout comme Naruto et Kakashi, ce qui ne gâtait rien. Elle s'était rapidement attachée à cette jeune fille intelligente et travailleuse, dans laquelle elle se reconnaissait souvent, avec cette volonté d'aller jusqu'au bout d'elle-même pour apporter tout ce qu'elle pouvait à ceux auxquels elle tenait. Elles n'avaient guère eu le temps de beaucoup parler jusque-là, et Rin pensait que c'était ce qui provoquait le silence un peu gêné de la jeune fille lorsqu'elle revint au laboratoire et qu'elles se trouvèrent seules pour la première fois ; jusqu'à ce que, alors qu'elles rentraient chez elles à la fin de la journée, Sakura se plante devant elle :

- Naruto m'a dit.

Rin observa le visage de Sakura qui s'efforçait visiblement de garder contenance avant de reprendre :

- Il n'a jamais connu sa famille, il a beaucoup souffert de la solitude...

Le cœur serré, Rin attendit le reproche qui ne manquerait pas de suivre, et qu'elle avait tellement craint d'entendre, même si elle ne l'avait pas attendu de la part de la jeune médic-nin. Mais après tout, c'était bien dans le caractère qu'elle avait pu discerner : Sakura était prête à défendre bec et ongles son ami. Elle-même l'aurait fait à sa place.

- Alors, continua Sakura, je suis contente de le voir si heureux d'avoir quelqu'un qu'il puisse considérer comme telle. C'est important pour lui. Vous êtes devenue importante. Et je voulais aussi vous dire que... Il ne connait pas encore l'étendue de ce qu'il vous doit, mais moi si. S'il savait, il n'ignorerait pas à quel point vous avez pu l'aimer pour partir pour lui. Alors je voulais vous remercier pour lui d'avoir fait tout ça.

*

- Par ici ! S'écria Kiba, perché sur le dos de son chien géant qui se tenait fermement campé sur la branche géante.

Kéto accourut vers sa voix et le rejoignit en quelques bonds. Il serra les dents en voyant les traces de sang sur les vêtements de la jeune kunoichi que son coéquipier tenait dans ses bras. Kéto l'aida à la reposer sur la branche pour l'allonger. Tsumi était inconsciente, ce qui n'était pas plus mal, parce qu'elle avait le bras non seulement démis, mais aussi salement amoché, et que les deux problèmes seraient atrocement douloureux une fois qu'il se mettrait à les régler.

- Il va falloir que tu la tiennes, dit-il rapidement à Kiba qui était descendu du dos d'Akamaru pour s'accroupir de l'autre côté de la blessée. Comme ça, voilà. Il se peut qu'elle se réveille lorsque je commencerai, il ne faut pas qu'elle bouge où ça empirera le problème.

- D'accord.

Kiba voulut demander où étaient Shino, Hinata et le reste de l'équipe du village caché de l'Herbe qu'ils étaient venus soutenir, mais l'air concentré du médic-nin le dissuada de l'interrompre.

Comme Kéto le lui avait dit, la kunoichi s'éveilla dès que qu'il lui eut remis le bras en place. Kiba eut tout juste le temps d'étouffer son hurlement de la main ; ils avaient réussi à éloigner l'ennemi, mais on ne pouvait jamais savoir s'il ne trainait pas toujours dans le coin.

- Désolé, chuchota Kéto à la jeune fille dont les larmes s'étaient mises à couler, ses cris de douleur toujours étouffés par la mains de Kiba. J'ai dû remettre ton bras en place. Ça fera moins mal, maintenant, ça ira.

Il parlait d'une voix calme et apaisante, légèrement penché au dessus d'elle pour qu'elle le voit bien, sa main dégageant doucement les mèches rousses trempées de sueur. Elle sembla se calmer un peu, sa respiration se calma, et elle hocha faiblement la tête pour montrer qu'elle avait compris. Ses cris se transformèrent en gémissements de douleur qu'elle ne pouvait retenir lorsqu'il reprit son bras pour la soigner. Il découpa ce qui restait de sa manche avec rapidité et précision. Kiba, qui observait ses gestes, retint une grimace. L'explosion avait déchiqueté une partie du bras qui saignait abondamment. La main du médic-nin posée avec délicatesse sur l'ouverture diffusait un chakra vert, et bientôt, les saignements cessèrent. Kéto se pencha sur sa sacoche pour en retirer des bandages, puis il pansa le bras avec précaution. La kunoichi avait réussi à reprendre ses esprits et patientait. Voyant qu'elle était à nouveau maîtresse d'elle-même, Kiba l'avait lâchée.

Ayant paré au plus urgent, Kéto chercha d'autres blessures. Il ne restait que quelques coupures, qu'il soigna rapidement. Puis il ramena le bras de la jeune fille sur sa poitrine, et avec un autre bandage, il le lui immobilisa.

- Tu vas devoir garder ton bras en écharpe pendant quelques jours, pour le laisser se remettre.

- D'accord, merci, souffla la kunoichi en se redressant avec difficulté.

Soudain, derrière eux, Akamaru émit un grondement qui n'échappa à personne.

- Merde, jura Kiba. Il reste des ninjas.

Au même moment, des kunais volaient vers eux. Kiba se redressa et lança ses siluriens pour les dévier, pendant que Kéto passait le bras de la kunoichi sur ses épaules pour la transporter plus loin en sens inverse.

Il scruta les environs en atterrissant sur une branche supérieure, toujours en soutenant la kunoichi du village de l'Herbe. Il s'était éloigné de Kiba et Akamaru, et le silence du bois lui fit comprendre que le ninja et son compagnon attiraient exprès les ennemis plus loin. Mais Tsumi avait du mal à rester éveillée, et sans soutien extérieur, Kéto aurait du mal à s'en apercevoir si des ennemis approchaient. De sa main libre, il tira son katana de son fourreau et il se mit en garde, à l'affut.

- Est-ce que ça va ? Demanda-t-il à la blessée.

Elle avait le teint cireux à cause de sa perte de sang, et tremblait peu. Elle tenta de se détacher de lui mais il la retint.

- S'il faut esquiver un coup, vous n'y arriverez pas. accrochez-vous bien, on va avancer.

Elle hocha la tête à contrecoeur et resserra son bras valide autour de son cou. Il la soutint alors qu'ils sautaient d'arbre en arbre, jusqu'à ce qu'une demi-douzaine de shuriken les surprenne. Kéto les dévia d'un seul mouvement de katana, toujours dans les airs. Il atterrit ensuite, lacha Tsumi et planta vivement son katana dans la terre. Se concentrant, il fit courir son chakra dans la lame, puis à travers le sol, pour le répandre aussi loin que possifle. Il leva les yeux vers les branches basses face à eux. Deux ninjas.

- Attention, ils approchent, signala-t-il à la fille.

Sourcils froncés, elle se dressa sur ses jambes en vacillant légèrement, un kunai dans sa main valide, pour se tenir debout à ses côtés.

Ils virent alors deux ninjas vêtus de noirs plonger vers eux, tenant chacun une chaine en métal qu'ils faisaient tourner au-dessus de leur tête. Tsumi lança son kunai dans leur direction, pour accrocher les chaines dans un arbre, mais son tir était trop faible, à cause du déséquilibre dans sa posture que créait son bras attaché. L'ennemi ne lutta pas bien longtemps pour récupérer son arme.

Kéto bondit alors vers eux, son katana sifflant dans l'air tandis que les deux ninjas ennemis lançaient leur chaine autour de lui. Le médic-nin brandit son katana pour se protéger et laissa les chaines s'y enrouler. Il planta alors à nouveau la lame dans le sol.

- Futon, technique des Vents Tranchants ! Cria-t-il en formant l'enchainement de signes.

Une véritable tempête se leva et fondit sur les ennemis, immobilisés au sol par leurs propres chaines coincées par le katana. Lorsque le vent se dissipa, laissant retomber la poussière, les feuilles et les pierres, il révéla les deux ninjas qui semblaient avoir essuyé un cyclone. Kéto fondit sur eux, le chakra entourant ses mains tendues. Quelques mouvements lui suffirent pour toucher les points vitaux des deux ninjas, dans lesquels il introduisit une pointe mortelle de chakra. Détectant un nouveau mouvement derrière lui, il pivota instantanément sur ses talons, la pointe de ses doigts en avant. Pour arriver à quelques centimètres du cou de Hinata Hyuuga qui se tenait là, l'air stupéfait.

Il relacha son souffle et ses muscles, et laissa ses bras retomber.

- Désolé, j'ai cru que c'était...

Derrière Hinata, Kiba le regardait d'un air ahuri – pour Shino, la chose était plus difficile à dire, certes, mais sa posture, bras écartés au lieu de garder ses mains enfoncées dans ses poches, montrait son choc de façon assez claire. Leur immobilité montrait qu'ils avaient bien dû l'observer pendant son combat.

- Ben ça alors, laissa échapper Kiba. D'où t'as appris à te battre comme un Hyuuga, toi ?

*

Tamuï, accroupie près du ninja blessé, vérifia sa température puis lui administra l'antidouleur qu'elle avait heureusement apporté dans son sac. Elle se déplaça ensuite jusqu'à la couchette suivante, changea le pansement et administra une nouvelle fois la potion, et ainsi de suite avec la petite dizaine des autres ninjas blessés qui se reposaient là.

Depuis qu'ils avaient atteint au poste de garde avancée à la frontière, elle n'avait pas arrêté. Ils étaient arrivés trop tard et avaient trouvé un lieu dévasté, comme l'avait craint Tsunade, et tous les gardes gravement blessés ou morts. Dès son arrivée, elle avait dû employer une bonne partie de son chakra pour maintenir les premiers en vie. Jusqu'ici, elle avait bien réussi, mais c'était un travail constant. Tout le poste portait le traces d'un combat acharné. Lee et Gai avaient débarrassé les corps de ceux qui n'avaient pas pu être sauvés, ennemis et amis, Tenten avait pu mettre la main sur un des rapaces de liaison pour envoyer un message à Konoha et dire qu'ils étaient arrivés, et dans quelle situation ils se trouvaient, pendant que Neji veillait à ce que les ennemis ne surgissent pas à nouveau.

Dans l'infirmerie qui avait été improvisée dans la salle de repos des gardes, les volets avaient juste été entrouverts pour donner aux blessés un peu d'obscurité propre au repos et laisser l'air frais entrer. Tenten était venue à l'aide de Tamuï, mais malgré sa bonne volonté, elle ne pouvait se charger que des soins basiques, alors qu'il fallait soigner des brûlures et des plaies importantes, des fractures ouvertes avec risques d'hémorragies internes. Tamuï avait rapidement été à court d'anesthésiant, et avait dû improviser avec les moyens du bord une potion de sommeil pour éviter aux blessés de souffrir trop.

Une fois sa tache accomplie, elle souffla en se relevant. Les sept blessés étaient tous fraichement pansés et endormis, elle en avait fini pour aujourd'hui. Deux des ninjas pourraient bientôt se lever, mais les autres demanderaient davantage de soin, il leur faudrait se débrouiller pour les ramener à l'hopital de Konoha.

Tamuï se lava les mains précautionneusement, puis sortit de la salle de repos pour rejoindre les autres. En traversant le camp, elle vit que tout avait été remis en ordre. Cela faisait deux jours qu'ils étaient arrivés, et ils avaient fait le plus gros, remis en ordre le poste de garde, pratiquement remis sur pieds les gardes et, sûrement par leur présence, réussi à garder les ennemis à distance – il n'y avait pas eu une seule trace d'eux. Cependant, le Hokage aurait à prendre des mesures pour les renvoyer définitivement des frontières.

Quand la médic-nin arriva dans le quartier des cuisines, elle ne trouva que Tenten, assise devant la table.

- Est-ce que ça va ? Demanda cette dernière en voyant la médic-nin se laisser tomber sur la chaise près d'elle.

- Ca a pas mal avancé. D'ici quelques jours ils seront tout à fait bien, je pense.

- Je parlais de toi, dit Tenten en allant chercher un plat pour le poser devant Tamuï. Tiens, il faut que tu reprennes des forces.

Devant le bol chaud et odorant devant elle, Tamuï se rendit compte qu'elle mourait de faim, et sa fatigue recula momentanément.

- Merci, Tenten.

- Tu devrais peut-être que tu ralentir un peu ; tu es à bout, ça se voit..

- C'est mon travail, rétorqua Tamuï. C'est pour ça que je suis ici.

- Tu t'épuises.

- Je suis capable de tenir le coup.

Tenten observa d'un air dubitatif ses traits tirés et ses mains légèrement tremblantes, mais n'ajouta rien. La médic-nin en faisait clairement trop. Certes, c'était efficace ; au départ, personne dans l'équipe ne croyait réellement que la plupart des ninjas qui se reposaient à présent dans le dortoire passeraient la première nuit. Et pourtant, tous ceux qui étaient en vie à leur arrivée l'étaient encore, et ils se remettaient, malgré les blessures très sérieuses de certains. Mais si la médic-nin tombait malade, au final, qui la soignerait ? Tenten secoua la tête et se contenta de la regarder manger. Elle n'était pas du genre à insister devant une cause perdue. Elle trouverait un autre moyen, même si elle devait demander aux autres de l'appuyer.

Lee arriva à ce moment.

- Je meurs de faim ! Gai-sensei et moi avons coupé du bois pour pouvoir rebâtir la muraille. Rien qu'avec la main gauche ! Mais je n'ai pu couper que deux cents planches, alors Gai-sensei m'a fait faire trois cents tours du camp.

Incrédule, Tamuï observa son air extatique tandis qu'il prenait place à table près d'elle. S'il n'avait pas été aussi évident que Lee était l'élève préféré de Gai, elle se serait demandé si ce dernier ne cherchait pas tout simplement à faire preuve de sadisme envers lui. Les dieux savaient pourquoi Lee était tellement en admiration devant lui. Il finirait par tuer son élève, un jour.

- Je vais apporter leur repas à Neji et Gai-sensei, dit Tenten en se levant, deux paquets à la main. À tout à l'heure.

- A tout à l'heure.

Tamuï finit son propre repas sous les bardages joyeux de Lee qui, tout en se servant abondamment, décrivait par le menu l'entrainement qu'il s'était prévu pour le lendemain, et qui semblait à la jeune fille tout simplement physiquement impossible à tenir. Lee ne semblait pas du genre à se vanter, avec son attitude franche et sa simplicité. Alors était-ce de la bêtise, de se croire capable de faire tout ça, ou était-il réellement capable de supporter deux heures d'entrainement contre Neji, d'enchainer avec trois mille pompes – sur une seule main, par dessus le marché – et de conclure par un petit jogging de 40km en 5h ? Difficile de prendre ce garçon au sérieux, avec son allure, ses yeux ronds qui semblaient s'emplir de larmes à la moindre émotion, et ses grandes envolées.

Elle finit par le laisser à son repas gargantuesque – décidément, il ne s'arrangeait pas – pour aller à la rivière. Elle se sentait lasse, bien plus qu'elle ne l'avait été depuis longtemps. L'eau lui permettrait de se recharger un peu, car ses techniques, basée sur le Suiton, l'eau, lui avaient demandé énormément de chakra.

Une fois arrivée, elle se débarrassa de ses bottes et libéra ses cheveux que, pour travailler, elle avait retenus en large chignon sur sa nuque. Elle avança de quelques pas dans la rivière, laissant ses pieds s'enfoncer dans l'eau. La fraicheur apaisante du courant monta immédiatement en elle, et elle soupira d'aise. Tenten avait sans doute eu raison. Elle aurait dû prendre le temps de venir plus tôt ici pour éviter de se retrouver aussi à plat.

Fermant les yeux et ralentissant sa respiration, elle se concentra sur l'énergie qui volait dans le courant de la rivière tout autour d'elle. Elle tendit les bras lentement, et l'eau se mit à s'agiter autour d'elle ; d'abord un simple frémissement autour de sa taille, puis de petites vagues se mouvant en cercle autour d'elle, de plus en plus rapidement et plus fort, montant de chaque côté de ses bras. Ses mains effectuaient comme une danse lente, tantôt jointes, paumes vers le ciel, tantôt écartées, comme pour englober l'environnement entier. L'eau se déplaçait autour d'elle, glissant avec légèreté et fluidité, et bientôt un cercle liquide l'entoura, volant dans les airs, guidé par les mouvements de ses mains.

Puis une fêlure apparut dans cette harmonie. Quelque chose d'étranger avait pénétré, l'équilibre était rompu.

Immédiatement alertée, Tamuï repéra une présence hostile du côté opposé de la rivière. Tournant ses mains, elle envoya les trombes d'eau qui l'entouraient s'écraser dans les fourrés où elle avait détecté la présence. Au moment où les vagues s'écrasaient, deux ninjas surgirent, bondissant dans sa direction.

Tamuï concentra le chakra dans ses pieds et remonta immédiatement au niveau de l'eau. Elle tendit encore les mains vers eux pour envoyer une nouvelle vague les percuter, mais la masse de liquide avait masqué qu'ils avaient formé un enchainement de signes. La vague qu'elle leur avait envoyé se transforma en une tête de dragon monumentale, sur laquelle ils se posèrent, avant de la retourner contre la jeune fille.

Ecarquillant les yeux devant la forme qu'avait pris sa propre attaque, elle bondit pour esquiver la technique. Mais la fatigue qu'elle avait accumulé ces derniers jours n'avait pas disparu, et elle ne réussit pas à s'écarter suffisamment. La tête de dragon ne la toucha pas, mais s'écrasa avec violence sur l'eau près d'elle, déclenchant une vague immense qui l'engloutit. Lorsque la technique cessa et que l'eau regagna son lit, elle laissa Tamuï écroulée sur la rive, ses cheveux trempés plaqués sur son visage.

Crachotant, son front contre le sol pierreux, elle ramena ses bras contre sa poitrine pour se relever. Elle sentait que les ennemis approchaient à nouveau. Il fallait qu'elle se lève. Le sol crissait à quelques pas d'elle. Elle devait se lever. Maintenant.

Tamuï parvint de justesse à parer le coup de pied de son premier assaillant. Elle recula en titubant, haletante, esquiva les coups de poing. Elle ne tiendrait pas longtemps, il fallait qu'elle en finisse. Rassemblant son restant de chakra dans ses mains, elle tendit son index et son majeur et visa le coeur de son premier adversaire. Il réussit à dévier sa main, et elle ne toucha que son estomac, mais cela suffit à le faire s'écrouler, plié en deux, les mains sur le ventre. Le deuxième bondit aussitôt sur elle, esquiva son attaque et l'envoya retomber en arrière plusieurs mètres plus loin.

Au moment où elle atterrissait lourdement sur le dos, elle vit passer au-dessus d'elle une nuée de shurikens et de kunais, fonçant vers l'ennemi qui l'avait frappée. Aussitôt, une présence surgit à chacun de ses côtés, pendant que Gai atterrissait devant elle, Tenten à sa droite, le parchemin qu'elle portait habituellement sur son dos dans sa main, déroulé.

- Tamuï-san, est-ce que ça va ? Demanda Lee en l'aidant à se relever.

- Oui, souffla-t-elle, sans pouvoir détacher son regard de Gai, dressé devant elle, qui faisait face aux ennemis.

Il irradiait littéralement de colère, tourné vers les ninjas, les jambes légèrement fléchies et un bras tendu en avant.

- Manque de chance, messieurs, dit le sensei. Mais vous avez un nouvel adversaire.

De nouvelles silhouettes sombres apparurent face à lui. D'autres ninjas ennemis.

- Peut-être que c'est vous qui en aurez de nouveaux, ricana le ninja du Son le plus près de Gai.

Ils étaient à présent une douzaine sur l'aire, les cinq ninjas de Konoha, et face à eux, ceux du village du Son, éparpillés sur la surface de la rivière.

- Tenten, dit Gai d'une voix ferme, sans se retourner. Tu restes avec Tamuï-san. Neji, Lee... En avant !

Stupéfaite, Tamuï les vit bondir à une vitesse impressionnante vers les ennemis, pendant que Tenten venait se placer à ses côtés.

- Non, s'écria Tamuï, ils vont se faire...

Tenten l'arrêta du bras.

- Ca ira pour eux.

Peu convaincue, Tamuï les regarda se jeter sur les ennemis sans même s'être concertés ou se préparer à lancer une technique. Ils y allaient au simple taijustsu ? Ils ne tiendraient jamais.

Elle s'apprêtait à les rejoindre, mais Tenten, qui avait repéré qu'un des ninjas ennemis avait réussi à percer sur le côté et approchait d'elles, étendit à nouveau son rouleau et posa sa main sur le sceau qui y était dessiné. Instantanément, plusieurs dizaines de shurikens apparurent dans un petit nuage de fumée, se ruant vers l'ennemi. Pendant que le ninja sautait et tournoyait dans les airs pour esquiver, la kunoichi forma un nouveau sceau et fit apparaître un shuriken géant dans chacune de ses mains et les lança de toutes ses forces. L'un deux toucha le ninja au bras et à l'autre à la cuisse, et il retomba lourdement sur le sol.

Un autre arriva de leur côté et Tenten l'attaqua au kunai, mais il n'était pas venu seul, et le second s'en prit à Tamuï. La médic-nin recula, sautant jusqu'à se retrouver debout sur l'eau. Si elle devait se battre, elle aurait besoin de toute l'énergie à disposition. Bondissant, le ninja lui lança des kunais qu'elle ne réussit pas à totalement éviter. Touchée au mollet, elle vacilla en retenant un gémissement de douleur, mais elle parvint à rester debout pour attendre qu'il la rejoigne. Elle n'avait plus beaucoup de chakra, il faudrait que chacun de ses coups portent. Elle attendit, en position, qu'il soit suffisamment proche et la pensant résignée à sa perte, pour faire faire surgir le chakra de ses index et majeurs tendus. Elle repéra sa façon de se mouvoirs, les points de chakra qu'elle devrait bloquer avant de s'attaquer à ses points vitaux en toute sécurité. Aussitôt qu'il fut presque à portée de main, elle bondit en avant, bras tendus, pour toucher ses points vitaux avant qu'il n'ait le temps de former un sceau. Rapide comme l'éclair, elle lui influa son chakra au niveau des épaules, pour rompre le flux alimentant ses bras, puis au cou pour bloquer sa respiration. Elle termina par un coup de pied qui le rejeta au loin. Il ne se releva pas.

À bout de souffle, elle tomba à genoux sur l'eau, essayant de voir où en étaient les autres. Tenten se battait toujours sur la rive, son arsenal volant autour d'elle. Sa machoire lui en tomba lorsque, reportant son regard sur la rivière, elle aperçut à plusieurs mètres au dessus de la surface les formes vertes tournoyantes de ce qu'elle supposa être Gai et Lee, à peine reconnaissables à la vitesse stupéfiante à laquelle ils se déplaçaient et frappaient. Plus bas, Néji venait de se débarrasser de son dernier adversaire. Comptant quatre ennemis à ses pieds, trois autres couchés à l'endroit où s'étaient tenus Lee et Gai, plus les deux corps sur la rive, Tamuï comprit que d'autres ennemis avaient encore surgi pendant qu'elle se battait. Lee et son sensei finirent leur combat et atterrirent avec légèreté debout sur l'eau. À eux quatre ils en avaient abattu pas moins de douze ninjas.

Rompue de fatigue, et sous le contrecoup du choc, elle se laissa tomber en arrière. Tenten, libérée de son adversaire, accourut.

- Tamuï ! Est-ce que ça va ?

Le reste de l'équipe arriva en même temps qu'elle.

- Tu es blessée ! Fit Tenten s'accroupissant près d'elle.

Tamuï baissa les yeux sur sa jambe. Elle ne sentait plus la douleur, pour la bonne raison que le manque de sang la lui rendait insensible, et elle se sentait sombrer petit à petit dans l'inconscience. Tenten, accroupie derrière elle, lempêchait de s'écrouler totalement.

- Il faut arrêter les saignements, dit Neji en se penchant sur elle.

Personne n'ayant de trousse de soin sur lui, il déchira une partie de la manche de sa tunique pour en faire un garrot. Gai la porta dans ses bras et ils retournèrent tous aussi vite que possible au poste de garde.

Lorsque Tamuï reprit connaissance, la lumière orangée dans laquelle baignait la pièce lui indiqua que le matin venait de se lever. Elle ouvrit difficilement les yeux. Bien que reposée, une douleur continue dans sa jambe l'empêchait de se sentir tout à fait bien.

Puis la situation, le lieu et le moment lui revinrent en tête, et elle se redressa brusquement. Le combat... Combien de temps avait-elle dormi ? Les autres avaient-ils été blessés ?

- Ola, du calme, fit Tenten, qu'elle n'avait pas vue assise à son chevet.

La kunoichi appuya doucement sur ses épaules pour la faire se reposer contre son oreiller.

- Comment tu te sens ? Demanda-t-elle. On a fait ce qu'on a pu pour ta blessure, mais...

- Ca ira, je pourrai m'en occuper. Est-ce que vous avez été blessés, vous ?

- Quelques coupures, rien de grave. Par contre, on s'est inquiétés pour toi.

- J'ai dormi combien de remps ? Demanda Tamuï en passant une main lasse dans ses cheveux, parce que c'était la seule chose qu'elle pouvait faire pour se donner contenance sans avoir mal.

- Seulement la nuit, il est encore tôt. On a pas cherché à te réveiller, on s'est dit que tu avais doublement besoin de repos.

- Merci, vous avez bien fait.

Tamuï se rassit plus précautionneusement et retira le drap qui couvrait ses jambes. L'une d'entre elle était entourée d'un bandage un peu grossier mais qui avait été efficace. Elle se rappela le kunai qui l'avait touchée et secoua la tête en soupirant. Elle plia prudemment la jambe et pivota sur le lit pour se lever.

- Qu'est-ce que tu fais, là ? Protesta Tenten.

- Il faut que j'aille voir les gardes.

- Tamuï, ça peut attendre, t'es pas encore en état.

- Mais si, regarde.

S'emparant du bras de Tenten couvert d'égratignures assez profondes quoi qu'elle en ait dit pour la rassurer, elle apposa sa main et en fit jaillir son chakra vert pour la soigner en quelques secondes.

- Tu vois, dit simplement Tamuï en la relachant. Il faut régulièrement leur apporter les soins ou ils n'arriveront jamais à totalement se remettre.

Se penchant sur sa propre jambe, elle défit le bandage qui entourait son mollet et se soigna de la même manière. Elle plia et déplia à nouveau la jambe. La douleur était encore là, mais plus gérable.

Réprimant un soupir, Tenten aida Tamuï à s'appuyer sur elle et la mena à l'infirmerie. Les soldats dormaient encore dans la pièce sombre. Tenten la fit s'asseoir près du premier lit et l'aida à défaire les bandages du ninja qui s'y reposait, puis la laissa appliquer son chakra de soin. Elles finirent une heure et demi plus tard, et Tenten la mena aux cuisines où Neji et Lee se trouvaient autour du feu.

- Tamuï-san ! S'exclama Lee en sautant sur ses pieds.

Il prit la place de Tenten pour mener Tamuï à son siège.

- Est-ce que tu te sens mieux ? Demanda Neji pendant qu'elle prenait place face à lui.

- Oui, merci.

- Tu n'aurais pas dû t'éloigner seule.

- Neji ! Protesta Lee, outré.

- C'est la vérité. Si je ne l'avais pas repérée grâce au Byakugan, nous serions sûrement arrivés trop tard.

- C'est pas une raison pour...

- Si, l'interrompit Tamuï. Il a raison. C'est ma faute, j'avais pas réfléchi, c'était stupide. Merci d'être venus à mon aide, et je suis désolée que ça vous ait mis en danger. Sincèrement.

- C'était rien du tout, dit Tenten en balayant l'idée de la main. Au moins, ça les a fait sortir de leur trou. Maintenant, le problème est réglé.

Elle adressa à Tamuï un sourire tranquille, et cette dernière se sentit mieux, malgré le regard lourd de Neji qu'elle sentait toujours sur elle. Ses deux autres coéquipiers s'enflammèrent en racontant leur combat.

- Je suis vraiment navrée, répéta Tamuï en se tournant à nouveau vers Neji qui ne se déridait toujours pas.

- Où est-ce que tu as appris à te battre comme ça ?

Interloquée, Tamuï ne sut quoi répondre pendant un moment. Qu'est-ce qu'elle avait, sa façon de se battre ? Il allait trouver quelque chose à redire à ça, aussi ?

- Ta technique de combat... C'est une technique spécifique au clan Hyuuga. L'utilisation des points de chakra de l'ennemi pour en interrompre le flux.

- C'est comme ça qu'on se bat chez moi, répondit finalement la jeune fille en haussant les épaules. Je ne vois pas ce que ça a d'extraordinaire.

- Tu n'as pas le Byakugan. Comment est-ce que tu arrives à voir les cavités de chakra ?

- Je ne les vois pas. J'ai seulement appris où ils se trouvaient. C'est un travail sur les points de chakra, tout bêtement.

Elle ne comprenait pas ce qui troublait tant le jeune homme. Perturber le chakra d'un individu était le moyen le plus efficace de l'affecter à long terme. Son peuple se battait ainsi depuis toujours. C'était sa connaissance et sa maîtrise du chakra qui faisait son importance, mais il n'était pas le seul à l'employer. Chez elle, on apprenait aux enfants l'anatomie humaine en même temps que la localisation des différentes cavités de chakra et sa circulation dans l'organisme.

- Cette technique « toute bête » est une technique héréditaire uniquement employée par le clan Hyuuga.

Il n'était pas vexé, mais peu s'en fallait, songea la médic-nin, médusée. Ou bien était-ce de la méfiance ? Elle était bonne, celle-là, elle était quand même de leur côté ! Elle n'avait aucune raison de se justifier, surtout devant lui.

- Cette technique, chez moi, tout le monde la...

Elle s'interrompit pour s'empêcher de parler au passé. Mais ce nouvel élément ajoutait décidément au trouble que éveillait les Hyuuga chez elle. Une ressemblance physique, puis un style de combat. Ce que Kéto et elle avait soupçonné depuis leur première rencontre avec Hanabi se confirmait petit à petit. Leur peuple et le clan Hyuuga devaient être apparentés, à un certain niveau, c'était la seule explication. Leur clan avait dû quitter la Vallée Verte à un moment, et au fil des siècles, le savoir s'en était perdu. Mais cela devait être pour cela que la connaissance de la Vallée Verte était parvenu jusqu'à Konoha.

Tamuï reporta son attention sur les deux autres ninjas pour éviter de retomber dans l'apparté avec Neji. Il faudrait qu'elle interroge Rin quand elle la reverrait. Si une personne pouvait répondre à cette question, il n'y avait plus qu'elle.

Gai les rejoignit un moment plus tard, et l'équipe au complet s'installa pour le repas. En le voyant, Tamuï ne put s'empêcher de repenser au combat de la veille. Il était à présent aussi rieur et un peu fou qu'auparavant, avec toujours ce dynamisme un peu farfelu. Et pourtant, après l'avoir vu se dresser ainsi devant elle et tenir en respect tous ces ninjas, ne pouvait plus le considérer comme un clow absurde. D'ailleurs, plus personne du groupe ne lui apparaissait tout à fait de la même façon.

Certes, Gai et Lee dégageaient cette même énergie débordante qui parfois paraissait risible ; mais c'était une manifestation de leur puissance lorsqu'ils ne l'employaient pas au combat, et la maîtrise qu'ils en avaient. C'était comme si rien ne pouvait leur imposer de limite. Dès que l'on pensait qu'ils ne pouvaient rien faire que de ridicule, ils devenaient sérieux et vous sortaient un trait de génie.

Tenten, aussi vive qu'elle soit, n'égalait pas leur niveau, mais elle compensait son manque d'énergie par rapport à eux par un caractère fort, plus terre à terre ; elle était un pilier important, fort et solide, de la dynamique de leur groupe.

Et Neji, à l'opposé d'eux tous, avec – vu de l'extérieur en tout cas – le tempérament placide d'un lac jamais troublé. Tout semblait glisser sur lui, tout le ridicule qu'affichaient parfois les membres de son équipe, qui à côté de lui, toujours drapé du solennel qu'elle avait appris à associer aux Hyuuga, semblaient presque venir d'un autre monde. Dieu savait ce qu'il cachait au fond, derrière ce masque d'impassabilité, ou l'air légèrement agacé qu'il affichait parfois – mais au final, il était toujours là, près d'eux. L'influence des autres le forçait à se montrer plus vivant, à s'ouvrir, à se débarrasser de cette coquille dans laquelle il semblait se laisser enfermer à certains moments.

Alors non, Gai et Lee n'étaient pas des enfants que les deux autres membres devaient gérer. Non, Neji n'était pas mieux qu'eux ; ils s'apportaient tous quelque chose les uns aux autres. Rin avait raison, une fois de plus. Il ne fallait pas se fier à ce qu'ils dégageaient au premier abord.

*

- Rin-neesan !

Le jeune femme tourna la tête vers la ruelle à sa droite, d'où Naruto arrivait vers elle en courant.

- Naruto-kun.

Son coeur continuait de battre à toute allure chaque fois qu'elle le voyait. Un mélange de fierté, face à ce grand et beau garçon qu'elle considérait comme un membre de sa famille, et de gratitude, qu'il l'ait acceptée aussi facilement.

- Oh, Sakura-chan, remarqua Naruto. Tu es là aussi.

La jeune kunoichi jeta un oeil inquiet à Rin. Elles n'étaient pas censées avoir de raison particulière de se fréquenter ni même de se connaître. Si Naruto posait des questions... Mais Rin se contenta de sourire et de prendre des nouvelles du garçon.

Au même moment, Kakashi apparut près de Naruto, les mains dans les poches.

- Sakura, Rin.

Cette fois réellement inquiète, Sakura s'efforça de saluer son professeur tout en conservant un air détendu. Naruto avait parfois des éclairs de génie qui lui faisaient comprendre instantanément les choses, mais en général, c'était relativement facile de lui faire gober à peu près n'importe quoi. Pour Kakashi, en revanche, c'était tout simplement impossible. Tsunade n'allait pas apprécier.

- On allait vous voir, dit Naruto à Rin, l'air surexcité.

« On ». Rin reporta ses yeux sur son ancien coéquipier. Il souriait avec les yeux, son unique paupière presque fermée, sans regarder particulièrement ni Sakura ni elle, et Rin vit pour la première fois ce qu'Anko avait pu vouloir dire quand elle lui disait qu'il n'était pas naturel. C'était un sourire empreint de circonspection, prudent, qui déniait l'importance du moment. Comme si le fait qu'il vienne la voir spontanément, avec Naruto en plus, était sans réelle importance. C'était un sourire qui cachait les questions qu'il se posait.

- Je suis désolée, Naruto, j'étais en train de me rendre chez Tsunade-sama.

- Oh. Bon, dit Naruto, déçu. Plus tard, je pourrai ?

- Bien sûr, rit Rin, amusée et contente de son empressement. Ce soir, si tu veux.

- D'accord, dit-il, sa bonne humeur retrouvée. Et toi, Sakura tu es libre pour venir manger un morceau avec nous ?

- Euh... Je dois aller à la Tour Hokage, moi aussi.

Ce n'était pas un mensonge, techniquement parlant. Mais elle sentait que Kakashi ne serait pas dupe, lui. Elle n'avait jamais caché quoi que ce soit à son sensei, et elle se sentait mal à l'aise.

- On va vous laisser y aller, alors, dit néanmoins Kakashi qui fixait Rin.

Son ton était aussi tranquille que d'habitude, mais elle savait qu'il s'efforçait de faire le lien entre tout ce qu'il savait et supposait d'elle, et la présence de Sakura à côté d'elle.

- A plus tard, dit précipitamment Sakura.

- A ce soir, Naruto-kun. Kakashi.

Dès qu'elles eurent fait quelques pas, Sakura relacha son souffle.

- On va se faire griller. La prochaine fois, il vaudrait mieux qu'on ne se rende pas ensemble au laboratoire.

- Ce n'est pas si grave, dit Rin d'un ton apaisant.

- Il va comprendre qu'il y a quelque chose.

- Quand bien même, Kakashi ne posera aucun problème.

Kakashi avait toujours respecté qu'elle ne lui ait pas expliqué ses secrets. Il ne l'avait pas apprécié du tout, mais il avait compris qu'elle ne pouvait pas faire autrement. Il ne chercherait pas à découvrir ce qu'elle tentait visiblement de lui cacher si cela pouvait lui causer du tort.

- Vous connaissez Kakashi-sensei ? Demanda Sakura.

- Oui. Kakashi et moi étions dans la même équipe.

Rin vit la jeune fille lever des yeux ronds vers elle.

- Son équipe ? Mais vous devez même très bien le connaître, alors ?

Rin hocha légèrement la tête en souriant, amusée par la réaction de la jeune fille. Amusée, mais pas surprise : il n'était pas difficile de comprendre ce qui pouvait tellement intriguer Sakura. Elle-même, malgré le passé qu'elle partageait avec le ninja, était consciente qu'elle ignorait encore bien des choses sur lui.

Enthousiaste, Sakura se rapprocha de Rin.

- Kakashi-sensei est toujours tellement mystérieux ! On ne sait presque rien sur lui et, du peu qu'il nous a dit, on en avait plutôt conclu... qu'il était le dernier de son équipe.

Rin lui sourit gentiment, mais retourna son regard sur la Tour Hokage devant elle, incertaine de la façon dont elle devait prendre les paroles de Sakura.

- Je veux dire, continuait cette dernière. Il n'en parlait pas directement, mais à certaines de ses phrases, on voyait qu'il y avait des sous-entendus ; on n'a jamais vraiment compris, et évidemment, il n'a rien expliqué.

Sakura se mordit la lèvre, tiraillée par ses questions.

- Est-ce que... commença-t-elle, en se tournant à nouveau vers Rin. Est-ce que je peux vous demander comment était Kakashi quand il était plus jeune ?

Elle attendit la réponse, une petite grimace d'excuse au visage, espérant ne pas importuner la kunoichi avec ses questions. Rin ne put empêcher un petit rire.

- Eh bien, je ne saurais pas trop quoi te dire, il n'est pas si différent d'avant...

Cette déclaration aurait fait rugir n'emporte quel shinobi ayant connu Kakashi enfant, elle le savait, mais elle y croyait fermement. Même s'il avait évolué, il avait toujours été ce garçon droit et intègre.

- Est-ce que vous avez déjà vu le visage de Kakashi-sensei en entier ? Demanda encore Sakura, les yeux brillants de curiosité.

Rin la regarda, interloquée.

- Que veux-tu dire ?

- Eh bien, vous savez... Vous avez réussi à le voir sans son masque ?

- Tu veux dire que toi non ?

- Il ne l'enlève jamais. Il a même un masque sous son masque !

Rin eut encore un petit rire. Un masque sous un masque. Ca avait été une suggestion d'Obito, quand ils avaient commencé à faire équipe tous les trois. Exaspéré par le mystère que Kakashi semblait vouloir faire planer, il lui avait suggéré de mettre un autre masque sous le premier, s'il tenait réellement à se cacher, parce que lui ferait tout pour découvrir ce qu'il cachait.

- J'étais médic-nin, et nous étions jeunes. Il s'est souvent blessé, alors pour le soigner j'ai dû souvent lui demander de baisser son masque.

Sakura tapa du poing dans sa main.

- Flûte, il ne s'est jamais blessé de façon à devoir enlever son masque, avec nous. Même quand il mange il s'arrange pour éviter qu'on le voit ! Vous savez pourquoi ?

- Même genin, il portait un masque, éluda Rin.

Elle ne savait pas à proprement parler pourquoi Kakashi se dissimulait toujours, mais à force d'avoir appris à le connaître, elle le soupçonnait, bien sûr.

- Ce que je veux dire... fit Sakura.

Elle s'interrompit, l'air incertaine. Elle s'approcha de Rin et murmura du ton de la confidence :

- Je sais que son père était surnommé le « Croc Blanc de Konoha »... Kakashi-sensei n'aurait pas vraiment... des crocs, n'est-ce pas ?

Rin tourna la tête vers elle, stupéfaite, puis éclata de rire.

Kakashi avait été ninja presque toute sa vie. Il avait des missions et était confronté à des shinobis largement plus âgés que lui quand la plupart des enfants de son âge n'allaient même pas encore à l'Académie. Il avait dû trouver un moyen d'être considéré comme un ninja malgré son très jeune âge. Difficile de faire crédible avec un joli visage de petit garçon.

Rin poussa la lourde porte du laboratoire, mais s'arrêta brusquement sur le seuil, tout rire évanoui.

- Qu'est-ce qui se passe ? Demanda Sakura en la voyant pâlir.

Rin scruta la salle noire devant elle puis tourna la tête vers Sakura, ses traits figés.

- Les fils de chakra que j'ai installés sur la porte ont été rompus. Quelqu'un est entré ici.

*

Note de l'auteur :

Tout d'abord, petit erratum : dans le dernier chapitre, j'ai confondu « pays du Son » et « village du Son », désolée ! C'est donc le « village du Son », dans le Pays du Riz !

Et, pour dissiper un malentendu que j'ai pu faire planer lors de ma note sur mon chapitre précédent : je ne déteste PAS Gai, j'ai dit que j'avais détesté le faire parler... C'est juste qu'il a une façon de s'exprimer complètement particulière qui limite beaucoup ce que je peux en faire, et ce n'est pas le type de personnage avec lequel je suis à l'aise. Alors Gai n'est pas mon préféré, mais j'apprécie ce personnage qui cache beaucoup plus que ce qu'on ne pense derrière son aspect complètement loufoque.

Je précise aussi que si je me moque de certains personnages, ou que j'en fais une critique, c'est seulement du point de vue des personnages, pas du mien – que personne ne s'offusque s'il lit quelque chose qui ne lui plait pas sur un personnage qu'il aime bien ! Personnellement, si je ne les aime pas forcément tous, je les trouve tous intéressants. Cela dit, ça me fera plaisir d'en discuter si quelqu'un a une remarque à faire à ce sujet.

Alors ce chapitre était un peu plus long que d'habitude – pour compenser le temps d'attente – avec encore beaucoup de transition pour mieux connaître les personnages et donner un aperçu de ceux de Kishimoto, plus un élément annonciateur pour la suite.

Bref, je vous donne rendez-vous au prochain chapitre. Merci beaucoup beaucoup pour les reviews, et pour les ajouts d'alerte. N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de chaque passage ! Je vous souhaite de très bonnes vacances et d'excellentes fêtes !