Boum, Boum, Boum...
Le coeur adolescent subissait le plus d'assauts. La colère, la rage aussi bien que l'amour ou l'amitié étaient des sortes de fléau qui ravageait le coeur adolescent. Fragile, frêle et légèrement perdu, il subissait dignement. Jusqu'au jour, où ce coeur adolescent se confiait, acceptant de déléguer à un autre coeur adolescent, une part de sa souffrance.
Le jeune Malefoy s'était barricadé dans un étrange mutisme par la suite, s'éloignant de tous, ne voyant qu'à peine la souffrance qui ravageait son meilleur ami. Ce dernier avait de plus en plus de mal à supporter le trou béant qui avait prit place dans sa poitrine. A chaque fois que la cadette des Weasley lui souriait ou avait un geste un peu trop tendre à son égard, c'était comme si les lèvres de cette plaie s'ébranlaient davantage, brisant un peu plus le jeune homme. Il avait cru pouvoir prendre ses distances, être moins présent pour elle mais c'était un besoin transcendant qui lui prenait les tripes et qui l'empêchait d'exécuter ses nobles projets. Voilà pourquoi, en ce 31 Octobre, Harry arrangeait ses canines ensanglantées en faisant face à la glace de sa salle de bain. Il était effrayant certes mais c'était le but de son déguisement. Un vampire se devait d'être menaçant, dangereux. Cependant, il devait pouvoir attirer ses victimes, les courtiser. En somme, avoir une assez élégante allure. Ce fut en cela que Hermione lui fut d'une grande aide. Elle apporta cette touche d'humanité que devait avoir son personnage. Il avait enfilé une chemise noire aux coutures argents, sousmontée d'un pantalon de la même teinte. Autour du cou, il avait noué une cape sombre dont le revers était d'un bordeaux non sans rappeler les goutes de sang qui perlaient de ses lèvres. Ses cheveux étaient plus ébouriffés qu'à l'accoutumé alors que ses yeux, d'ordinaire émeraude, revêtait des lentilles d'un rouge purpurin, rendant sa pâleur plus irréelle, digne d'un de ses êtres des ténèbres. Il apprécia son allure avant de rejoindre son meilleur ami dans la pièce d'à côté. Ron avait souhaité accorder sa tenue à celle de sa petite amie et devenait ainsi une sorte de zombie particulièrement hideux sans pour autant l'être vraiment. Il avait enfilé des guenilles alors que ses cheveux roux avaient pris une teinte plus foncée. Ses yeux étaient entourés de noirs, semblant davantage globuleux, transperçant littéralement quiconque tenterait de les croiser. Il avait même une sorte de cicatrice autour du cou, boursouflée non sans rappeler une ancienne décapitation.
_ Horrible Weasley le complimenta Harry.
_ Terrifiant Potter, répondit Ron.
Une fois apprêté, ils descendirent dans la salle commune où devaient les rejoindre leurs cavalières. Y étaient quelques Gryffondors, surexcités par la soirée qui se profilait à l'horizon. Neville allait justement rejoindre Luna, s'arrêtant pour leur faire signe.
_Géniaux vos costumes.
_ Je te retournerais bien le compliment, si je savais en quoi tu es déguisé déclara Ron.
Le jeune homme éclata de rire avant de se pencher vers eux l'air de faire une confidence.
_ J'aimerais le savoir moi-même, Ron. Mais Luna a insisté pour s'occuper de mon déguisement. Je serais une sorte de nain de jardin.
Il tapota son ventre rendu magiquement bedonnant avant de prendre congé sous les éclats de rire de ses amis. Luna Lovegood était certainement la personne la plus étrange qu'ils leur avaient été présenté. Et ce pauvre Neville, dont l'amour l'aveuglait, devenait une sorte de victime ayant développé un syndrome de Stockholm envers son tortionnaire.
_ Qu'est-ce qui est si amusant, Ron? S'enquit une voix, derrière eux.
En se retournant, ils en perdirent toute réplique, ne pouvant que, le souffle coupé, admirer la merveilleuse créature qui venait d'arriver. Si un zombie pouvait être ainsi, aucun doute que tout homme normalement constitué, ne verrait aucun mal à trouver la mort ainsi. Elle était monstrueuse certes mais un merveilleux monstre. Sa robe était composé d'un corset gris qui laissait percevoir par endroit quelques lambeaux de peau. Ses épaules étaient dénudés mais la cicatrice qui entourait son cou semblait mettre en avantage la fine ligne de sa nuque. La jupe qui ponctuait le déguisement était d'un marron terne, surmontée d'une étoffe grise de la même teinte que celle du corset. Elle avait enfilé des bas beige et des bottes de la même teinte. Ses cheveux avaient été rallongées et emmêlées et lui arrivaient à présent au niveau des reins. Ses yeux marrons s'assombrissaient sous le noir qui les entouraient alors que ses lèvres étaient colorés d'un rouge sang, attirant l'attention sur leur forme.
_ Waouw murmura le jeune Potter, impressionné.
_Merci Harry.
Ron ne dit rien, totalement estomaqué, scrutant minutieusement la jeune femme qui entreprit de prendre les devant, néanmoins amusée. Elle passa les bras autour du cou de son petit ami et déposa un baiser chaste sur la mâchoire. Harry se détourna de la scène, la jugeant trop intime à son goût mais imagina parfaitement la réaction de son meilleur ami. Au bout d'un moment, ce dernier se prononça pour dire exactement ce qu'espérait la jeune fille.
_ Je t'aime
C'était dans ces moments-là qu'il regrettait tant qu'ils se soient mis ensemble. Dans ces moments où dans leur propre bulle, ils s'avouaient leur amour, ne pensant nullement aux conséquences que cela pourrait provoquer sur leur entourage, sur leur meilleur ami fou amoureux de la mauvaise personne. Et pourtant, en les voyant ainsi, Harry se disait qu'il était injuste de ne pas avoir droit à cela, qu'il était en droit de goûter à cette chose qui semblait ravir ses deux amis.
_ Excusez moi de ternir cet instant mais j'aimerais savoir où est passé ma cavalière?
_ Elle arrive dans un moment. Nous allons vous devancer. J'ai bien peur que nous nous trouvions pas de place si nous demeurons ainsi, inerte expliqua sa meilleure amie en entraînant son petit ami plus loin.
Une sinueuse pensée se faufila dans l'esprit du jeune homme, c'était comme si Hermione tentait de détourner l'attention de Ron. Pourquoi donc ferait-elle cela? Se pourrait-il que ce soit à la demande de sa jeune cavalière? Harry se secoua la tête, il ne devait pas se donner de si vains espoirs. La jeune fille ne le voyait pas ainsi.
Alors qu'il faisait les cent pas dans la salle commune qui se vidait considérablement, il se mit à songer que peut-être elle ne souhaitait plus s'y rendre, que peut-être elle ne se sentait pas bien?
_Penses-tu tourner longtemps ainsi? Demanda la voix bien aimée, amusée.
Tout à ses pensées, il ne l'avait pas entendu arriver. Et pourtant, elle se tenait là, face à lui, belle à damner un saint. S'il avait un jour considéré sa beauté, il avait dû être bien naïf de croire qu'elle ne pouvait l'être davantage. En ce soir de bal, elle surpassait toutes ses attentes. Elle était divine...Exactement cela. Divine.
Elle avait enfilé une robe dorée qui soulignait sa poitrine délicieuse, son torse et sa taille fine avant de s'évaser aux niveaux de ses hanches en un vaporeux tissu surmonté de tuiles de la même teinte. Ses épaules étaient également dénudés alors que de somptueuses ailes battaient sur son dos. Elle avait des ballerines à ses pieds cousus d'or et son corps avait été entièrement parsemé de paillettes. Son visage d'ange était très légèrement maquillé si ce n'était le rose su ses lèvres remplies et cette or sur ses paupières qui faisait ressortir ses prunelles comme deux joyaux. Ses cheveux étaient remontés en un chignon simple d'où s'échapper quelques mèches bouclés retombant élégamment sur ses épaules. Elle avait posé sur le sommet de sa tête, un diadème qui contrastait splendidement sur sa chevelure rousse. Elle était tout simplement sublime. Il n'en crut pas totalement ses yeux tant elle lui semblait chimérique. Il leva lentement une main tremblante, dessinant du bout des doigts, ses joues rebondies comme pour s'assurer qu'elle était vraiment là, qu'elle ne disparaîtrait pas. Il ouvrit plusieurs fois la bouche mais aucun son n'en sortit. Il n'était plus vraiment lui-même sans pour autant être totalement étranger. Elle le contemplait, nerveuse et pourtant, charmée par son allure. Il était irrésistible. Elle déposa sa propre main contre la sienne, sur sa joue, y sentant toute la chaleur qu'elle dégageait, toute la puissance dont elle irradiait.
Ce simple geste semblait provoquer des étincelles dans son ventre, dans sa poitrine et il fut soudain ravi que son meilleur ami ne soit pas là. Il ne voulait d'ailleurs pas y songer davantage. Il voulait que toute son attention ne soit concentrée que sur elle en cette soirée, quitte à se compromettre et à en dévoiler davantage qu'il ne l'espérait.
_ Charmant...Costume murmura-t-elle, de peur de briser ce moment.
_ J'aimerais pouvoir en dire autant du tien...Mais...Ce ne serait te porter justice... Je n'avais jamais eu l'occasion de voir une femme aussi belle de toute ma brève existence.
Elle rougit sous ce compliment, sentant son coeur battre furieusement. De peur qu'il n'explose, elle détacha son regard du sien, le posant malencontreusement sur ses lèvres. C'était sûrement une mauvaise idée mais elle aurait tant voulu qu'il se penche et qu'il lui donne le baiser qu'elle attendait tant de lui. Il se rendit compte de l'attention qu'elle portait à ses lèvres et décida de se montrer un tantinet raisonnable en se penchant vers elle, lui présentant sa main.
_ Si, Madame, voudrait bien m'honorer de sa présence ce soir et illuminer ce bal par une poignée de sa poussière de fée, elle ferait de moi un serviteur comblé.
_ Votre proposition est des plus alléchantes mais ne serais-je en danger en compagnie d'un Vampire?
_ Je vous promets, ma belle, que l'amitié que je vous porte saura contenir cet instinct de prédateur qui m'est propre déclara-t-il avec une telle profondeur qu'elle ne pouvait nier davantage les sentiments qu'il lui portait.
Elle le savait intérieurement que ce n'était pas qu'une amitié qui les unissait mais le jeune homme refusait d'entendre raison. Il se murait dans ses propres spéculations à tel point qu'elle doutait également de ce qu'il ressentait. Parfois, elle y croyait en son amour. A d'autres moments, c'était comme si elle ne représentait à ses yeux. Cela la rendait tellement folle.
Elle se contenta d'opiner, prenant la main qu'il lui tendait avant de se laisser entraîner vers la Grande Salle, le coeur battant à tout rompre.
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La Grande Salle était magnifiquement décorée. Les quatre grandes tables avaient été remplacées par plusieurs petites disposaient tout autour de ce qui devait être une piste de danse. Elles étaient rattachées les unes aux autres par de véritables toiles d'araignée. Le plafond était parsemé d'étoiles à l'instar de ce qui devait être le firmament ce soir. Des citrouilles avaient prises la place des habituelles bougies qui se balançaient dans le vide, tout à fait en osmose avec le thème de la soirée. De temps à autre, d'étranges bruitages venaient perturber la musique ambiante. Des grondements, grognements. Certaines fausses araignées, serpents et crapauds surgissaient à l'improviste, effrayant les élèves. Les professeurs s'étaient arrangés pour ne perdre de vue aucun coin de la Salle, furetant alentour et intervenant lorsqu'il jugeait une occasion inconvenante. Les murs étaient tapissés d'étranges symboles runiques, de spirales sans aucun sens tangible aux yeux du jeune Potter. Poudlard s'était surpassé pour ses occupants.
Tenant fermement la main de sa jeune cavalière contre lui, il chercha du regard la table où leurs amis devaient les attendre. Hermione leur fit un enthousiaste signe de la main à l'autre bout de la salle. Il l'entraîna dans son sillage, sans pour autant relâcher la poigne, la tension qu'il mettait dans son geste comme s'il espérait que cette main demeurerait pour toujours ainsi, à lui. Ils retrouvèrent Neville et Luna parfaitement assortis puisqu'elle s'était transformée en un arbre. Harry la complimenta sur sa tenue, avec le plus de sincérité possible. Elle ne parut pas se formaliser de sa légère gêne. Elle vivait dans son monde, un monde où Neville avait une assez étrange place. Mais il en avait une et c'était le plus important. Harry présenta une chaise à Ginny avant de s'asseoir lui-même.
_ Que de galanterie, Sir Potter minauda-t-elle, tout sourire.
_ Il est de mon devoir de rendre votre soirée la plus exquise possible rétorqua-t-il pompeusement.
Jetant un coup d'oeil alentour, il s'enquit de l'absence de son meilleur ami. Hermione parut gênée, avant de lui désigner la piste de danse. Suivit son regard, il jura très peu élégamment. Drago dansait contre une jeune Serdaigle de cinquième année de manière bien trop...Indécente. Le jeune Potter pouvait parier que McGonagall s'en tirait les cheveux, prête à intervenir. Il ne faisait cela que par pure esprit de provocation. Il voulait montrer à Pansy qu'elle n'était pas la seule à pouvoir voir ailleurs. Harry se releva, prêt à interrompre ce manège idiot lorsque la main de sa cavalière le retint fermement.
_ Tu ne peux pas toujours le chaperonner, Harry. Il doit faire ses propres erreurs, quitte à le regretter plus tard lui expliqua-t-elle, légèrement contrariée cependant.
_ Il n'est pas dans son état normal, Ginny. Merlin seul sait ce qu'il pourrait faire.
_ Dans ce cas, laisses-le le faire. Tu te contenteras de rassembler les morceaux qu'il restera de lui, lui intima-t-elle enfin.
Il hésita un moment où il jeta un regard vers la piste avant de se confronter à celui de la jeune fille. Elle resta stoïque et déterminée, espérant qu'il entendrait raison. Elle fut soulagée de le voir soupirer avant d'opiner. Une valse retentissait dans la salle lorsqu'il se tourna vers elle:
_ M'accorderais-tu cette danse, Ginny?
Elle dut contenir une joie extrême avant d'opiner et de lui répondre:
_ Avec plaisir, Harry.
Se dirigeant vers la piste, elle sentit la main du jeune homme effleurer sa taille et dut retenir un frisson. C'était bien trop agréable pour son propre bien. Il plaça maladroitement une main au creux de son dos entre ses deux paires d'ailes, et tint fermement l'autre. Elle déposa délicatement sa main sur son épaule puis fourragea son regard. Doucement, lentement, ils valsèrent comme s'ils étaient seuls au monde, comme si des centaines de regards ne se poseraient jamais sur eux. Ils valsèrent au rythme d'une mélodie qui leur semblait si familière, tournoyant, virevoltant et tapant du pied en symbiose. Mais alors qu'autour d'eux, les mouvements s'accéléraient, ils ne pouvaient détacher leurs yeux l'un de l'autre, ils ne pouvaient considérer autre chose si ce n'était cette lueur dans le regard de l'autre qui n'était que le reflet de ce que ressentait leur propre coeur. Ils s'aimaient. Oui. D'un de ses amours compliqués mais qui ne cherchaient qu'à être simple. Cela aurait pu être simple si seulement ils avaient osé. Alors au lieu de ces mots, de ces non-dits, c'étaient leurs corps qui s'exprimaient d'une bien maladroite manière. Il la souleva, plaçant ses deux mains sur ses hanches, la faisant tournoyer dans les airs alors qu'elle riait, amusée. Lorsque les dernières notes de la mélodie retentirent, il ne put s'empêcher de l'enlacer, dissimulant son rire dans son cou alors qu'elle en faisait de même au creux du sien.
_ Tu es un danseur exceptionnel Harry déclara-t-elle alors qu'ils retournaient à leur table.
_ Tu en remercieras ma mère pour cela. Elle a toujours souhaité faire de moi un cavalier hors pair. Peut-être pour remédier aux défaillances de mon père.
_ Défaillances? Répéta-t-elle en écarquillant les yeux.
Ils rirent tous les deux face à cette exagération qui ne serait pas du tout du goût du principal concerné.
_ C'est ainsi qu'elle les nomme.
_ Evites de dire cela devant ton père sinon tu serais la cause de leur divorce déclara-t-elle en s'installant sur la table.
_ C'est un conseil très avisé que voilà.
Le dîner fut servi peu après cela. La si bonne humeur qui les entourait ne leur fit pas prendre conscience de la détresse d'un autre. Lorsque Harry vit Drago quitter la Grande Salle, il crut qu'il était rentré se coucher, épuisé de devoir jouer ce rôle. Il avait cru tout simplement que Ginny avait raison. Il profita alors de sa soirée, accordant plusieurs danses à sa cavalière qu'il affectionnait tant, à Hermione et même à Luna. Ce qui fut une expérience amusante. Alors que la soirée touchait à sa fin, il se rendit compte de sa propre bêtise.
_ Alors Pansy, Zabini t'a-t-il trouvé à son goût? J'en ai encore de nombreux à te présenter s'exclama-t-il à voix haute, s'attirant quelques regards.
Le jeune Potter vit qu'il tenait à sa main une bouteille de Whisky pur feu ce qui n'était pas tolérer dans l'enceinte de Poudlard. Il le rejoignit aussitôt, tentant de l'éloigner de la jeune fille qui semblait estomaquée. Son haleine empestait l'alcool, il n'était plus dans son état normal.
_ Drago, allons-nous en répéta le jeune Potter en l'entraînant vers la sortie.
Mais l'alcool le rendait plus fort, plus agressif...plus dangereux. Il s'approcha de nouveau de la jeune fille, sa main bien trop prêt de l'innocent visage.
_ Il est hors de question que j'épouse une catin, Parkinson cracha-t-il, si près de son visage que nul, à part la concernée et Harry, n'entendit ces blessants propos. Déjà Harry apercevait Rogue s'approcher d'eux. Heureusement, Ron vint le secourir et à eux deux, ils évitèrent à leur ami de sérieux ennuis. Ils eurent à peine le temps de dissimuler la bouteille que Rogue se trouvait devant eux.
_ Que se passe-t-il Potter? Encore une de vos frasques maugréa-t-il, contemplant le jeune Malefoy d'un oeil morne.
_ Il a juste eu un malaise.
Le professeur des Potions huma l'air avant de froncer les sourcils. Il ne dit cependant rien avant de leur tourner le dos. Il n'avait pas franchit le seuil de la Grande Salle qui rétorqua.
_ 50 points en moins pour vous Potter et vous Weasley pour avoir introduit de l'alcool au sein de l'école.
_ Mais Professeur...apposa Ron avant que son meilleur ami ne lui fit signe de ne pas s'engager plus loin, ce n'était pas le moment.
_ Ron, rejoins nos amis et rassures les.
Ce dernier parut hésitant, peu confiant quant à laisser Harry seul avec leur instable ami. Mais le visage du jeune Potter était fermé, déterminé. La tension qui émanait de lui était bien trop perceptible. Alors Ron se retira, comprenant que son ami n'attendait que cela pour exploser enfin.
Harry se pinça l'arête du nez pour se calmer alors que Drago prenait son chemin vers la chambre des Préfets.
_Où penses-tu aller comme cela? Tonna-t-il d'une voix menaçante alors que le jeune Malefoy bifurquait vers un autre couloir.
La musique résonnait encore à cette distance mais ils étaient assez loin pour ne pas se faire entendre.
_ Je rejoins mes appartements.
_ Te rends-tu compte de ce que tu as provoqué ce soir?
Le jeune Malefoy vit rouge, peu désireux de se voir sermonner. Il toisa son meilleur ami d'un oeil mauvais que ce dernier lui rendit amèrement. Il en avait déjà trop supporté.
_ Je n'ai aucun sermon à recevoir de toi, Potter. Retournes à ta foutue soirée et oublies moi.
_ Tu es d'un tel égoïsme Malefoy. Pire que ton propre père.
_Laisses mon père en dehors de cela, explosa le jeune homme en bousculant Harry.
Ce dernier ne cilla pas, sachant que ses mots auraient plus d'impact que ses coups.
_ Comme lui, tu détruis ta vie. Comme lui, tu bousilles ce que tu as construit et comme lui, tu blesses ce qui t'entoure gronda le jeune brun, en serrant les poings.
Oui. Le jeune Malefoy l'agaçait, le mettait hors de lui car ce n'était pas son meilleur ami qu'il avait devant lui, c'était une pâle copie de Lucius Malefoy. Et c'était son rôle d'ami de lui empêcher d'être cela. Ce dernier grogna avant de tenter d'asséner un poing au jeune Potter. Mais saoul, il ne voyait plus clair. Il dévia de sa cible.
_ Regardes toi, tu me fais pitié Malefoy. Tu es incapable de tenir droit. Pourquoi cela? Parce que tu n'es pas foutu d'aller lui parler. Tu es trop lâche.
_ Arrêtes hurla de nouveau le jeune blond, hors de lui. Il rata de nouveau sa cible alors que son meilleur ami le contournait lentement.
_Qu'es-tu devenu? Une simple réplique de ton père. Exactement ce que tu haies. Qu'est-ce que sera ta prochaine lubie? Battre celle qui osera être ta petite amie? Ou peut-être projettes-tu de tuer Pansy?
_ La ferme s'époumona Drago en retombant sur le sol.
Harry se tut lorsqu'il vit ses épaules se secouer. Il était brisé et cela semblait se répercuter en lui. Sa douleur était sienne. Sa douleur était sienne. Ils étaient les deux arcs d'un même cercle. Deux frères d'un sang différent. Il se laissa tomber près de son ami, soupirant avec lassitude mais ne dit rien. Cette soirée aurait dû être merveilleuse. Il aurait pu peut-être aboutir à quelque chose avec Ginny. Mais il ne le saura jamais. Cependant, ce soir, son meilleur ami avait besoin de lui. Ginny comprendrait. Et puis, peut-être s'amusait-elle déjà avec un autre? A cette idée, il serra le poing.
_ Qu'ai-je fait Potter?
_Tu as merdé. Tu merdes depuis le début Malefoy.
Au bout d'un moment, il se força à ajouter quelque chose.
_ Mais l'alcool n'a pas aidé. Vas te coucher Drago. Tu ne servirais à rien ce soir.
Il se releva, trébuchant à moitié sur sa cape avant d'aider son meilleur ami à faire de même. Il ne lui accorda aucun regard alors qu'il l'entraînait dans les couloirs. Il aurait tant souhaité retourner vers Ginny, lui expliquer la situation mais il ne pouvait pas. Son frère avait besoin de lui. Ce dernier titubait, se cognant parfois contre un mur. Mais Harry réussit à l'emmener en un seul morceau dans ses appartements. Il le borda tandis qu'il continuait à sangloter. Il resta à ses côtés, adossé sur le mur, attendant qu'il ne s'assoupisse enfin.
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En rentrant dans sa salle commune, bien plus tard, il tombait de sommeil. Il passa une main sur son visage, épuisé, espérant gagner son dortoir le plus vite possible mais une silhouette à la périphérie de son regard, le stoppa dans sa course. Elle était là, sur le divan, l'attendant patiemment, ses jambes repliées sous elle. A son arrivée, elle se releva, inquiète et contrairement à ce qu'il aurait pensé, elle était calme, sereine, bienveillante.
_ Que fais-tu encore là? Murmura-t-il.
_ Je souhaitais m'assurer que Drago allait bien.
Légèrement déçu qu'il ne soit pas la cause de son insomnie, il se contenta d'opiner avant de lâcher assez froidement:
_ Il s'est endormi.
_Bien répondit-elle.
Il soupira avant de se rapprocher d'elle et lui tenir la main.
_ Je suis désolé pour ce soir Ginny. J'ai été le pire cavalier que tu puisses avoir...
Elle nia vigoureusement avant de lui sourire, caressant son menton du bout des doigts. Elle remonta jusqu'à sa joue puis sa tempe avant de remplacer ses doigts par ses lèvres. Elle s'attarda particulièrement sur ses paupières closes, qui s'alourdissaient à chaque seconde qui s'écoulait puis retomba sur ses talons.
_ J'ai passé une excellente soirée.
Ces simples mots provoquèrent d'étranges fourmillements dans son ventre. Avant qu'il ne puise en dire davantage, elle enchaînait:
_Bonne nuit Harry.
_ Bonne nuit...Ginny répondit-il sur le même ton.
Elle se dirigea vers son dortoir, silencieusement alors qu'il restait figé. Mais se retourna bien assez vite.
_ Je me posais une question.
_ Oui s'enquit-il, surpris de son arrêt.
Elle hésita un quart de seconde avant de prendre son courage à deux mains. Elle replaça une de ses mèches derrière son oreille puis affronta son regard.
_ Pourquoi as-tu cessé de m'appeler Pumpkin?
Il déglutit avant de baisser les yeux. Etait-ce le moment qu'il attendait tant? Le moment où il devait enfin se révéler? Etre honnête envers lui-même mais surtout envers elle? Le moment qu'il attendait depuis cette fameuse « fin d'été »? Depuis qu'il avait réalisé combien il pouvait l'aimer? Au fond de lui, il savait que non. Ils n'étaient pas prêt mais surtout, il n'en avait pas encore le courage. Il avait peur de se tromper, peur qu'elle ne le voie pas ainsi. Alors il se contenta de sourire assez tristement et de lui dire:
_ J'ai pensé que tu étais assez grande pour t'en lasser.
_ Non Harry. J'aime bien Pumpkin, cela me rappelle combien notre relation est spéciale. Cela me suffit.
Elle lui tourna le dos et s'en alla. Il savait que ce n'était pas le bon moment. Elle venait de le lui confirmer. Elle aimait l'actuelle situation qui s'était instaurée entre eux. Elle n'en voulait pas plus. Caressant sa tempe, il se fit la réflexion que cela pouvait tout aussi bien revêtir un autre sens. Elle souhaitait peut-être que leur relation soit exclusivement spéciale.
Cela ne faisait que l'embrouiller davantage.
