Ohayo mina' !
Comme promis, je reviens avec ce chapitre, pour donner une suite au capharnaüm du précédent...
Merci pour vos reviews, les ajouts en histoire favorites... et en auteur suivi ! Ça fait hyper plaisir :) Bon, je sais que c'était pas cool [et c'est pour ça que tu l'as fait] (tais-toi !) de vous laisser sur un cliffhanger de ce genre, mais bon, ça motive les troupes ! Ça vous fait mal aux cheveux hein ! Ça vous aide à comprendre 1/100e du bordel qui se passe dans ma tête, la torture de mes méninges pour vous offrir de l'intrigue ! [ça va, ton complexe de supériorité ?] (très bien, très bien) [tiens *tend les cachets*] (ah, arigato~!)
BREF. J'essayerai de répondre aux reviews le plus vite possible, si je retrouve de la civilisation ! (punaise... même en vacances mon esprit fourmille. Et vous me manquez.)
Je retrouve les guests en fin de chapitre, as always, et...
Enjoy it !
J-164 avant l'impact.
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POV Luffy :
Je sanglote et je cours dans la nuit ; les larmes noient mes joues et je vois à peine où je mets les pieds, je sais que je suis en train de me perdre, mais je m'en contrefiche. Ace essaye de m'appeler, mais je renvoie l'appel sans réfléchir – je ne veux pas lui parler.
Je le hais.
J'aurais dû le gifler, lui cracher littéralement mon dégoût à la figure.
Il est immonde.
De quel droit est-ce qu'il me fait ça… ? qu'est-ce que j'ai fait pour mériter qu'il me traite de cette manière ?! il sait à quel point je l'aime, je le lui ai dit et répété, il connait la force de mes sentiments et il se comporte comme un gosse devant une fourmilière. Sans égard pour la vie qui se trouve à l'intérieur, il piétine le petit monticule de terre et il détruit tout ce qui s'y trouve. Sauf qu'aujourd'hui, la fourmilière, c'est mon cœur.
Je bloque ses appels et je compose le premier numéro qui me vient à l'esprit ; la sonnerie résonne dans mon oreille, alors que je marche toujours sous la pluie, vers le nord de la ville, le seul endroit qui soit « chez moi » hors de Long Beach. Tonalité, encore… encore… encore.
Le désespoir me fait des nœuds dans le ventre, et ma gorge se noue – je ne sais même pas si je vais réussir à parler. Je raccroche et rappelle, en priant pour qu'il décroche. La pluie trempe mes cheveux, ma nuque et ma veste ; un vrai déluge, qui ruisselle sur mon visage et emporte mes larmes. Je dois avoir l'air d'un chaton noyé, mais tant pis. Je n'aurais pas supporté de rester là-bas, ou de simplement lui parler. Il n'y avait rien à dire, de toute manière.
Grésillement dans le téléphone.
- Mec, putain, t'as vu l'heure qu'il est ? grogne une voix à l'autre bout de la ligne.
- Z-Zoro, sangloté-je en serrant mon sweat là où se trouve mon cœur brisé.
J'entends du bruit, derrière lui – il doit chercher sa lumière.
- Luffy ?! qu'est-ce que t'as ?!
- V-viens me chercher, supplié-je en fondant en larmes. J't'en prie, viens… !
- Où t'es, Lu' ?
- À… à In-Inglewood, haleté-je, secoué de sanglots bruyants.
- J'arrive.
Il raccroche et je sais que je n'ai plus qu'à compter – cinq minutes, pas une de plus. Si Zoro me dit qu'il arrive, alors je sais qu'il viendra, peu importe le reste. Le monde pourrait s'arrêter de tourner que Zoro serait là… mon repère, une lumière dans le noir. Le seul auquel je peux me raccrocher.
Je marche encore, plus lentement cette fois. Je ne peux pas m'empêcher de penser, de me rejouer cette scène… elle tourne devant mes yeux et mes larmes n'atténuent en rien la vision d'Ace dansant collé-serré contre Shakky. Les moindres détails sont un violent coup porté à mon cœur à chaque fois. Ses lèvres dans son cou, une main entre ses cuisses, son bassin collé à ses fesses… j'imagine sa voix lui murmurer les mêmes choses qu'à moi. Qu'il la trouve belle, désirable, qu'il a envie d'elle et qu'il veut la faire hurler de plaisir.
Mes larmes noient mon visage et j'entends une moto pétarader dans la rue ; je fais volte-face et l'engin s'arrête près de moi, le conducteur déjà presque descendu de la moto trempée de pluie. Zoro retire son casque et je me jette dans ses bras en pleurant tout ce qu'il m'est possible d'exprimer. Zoro prend mon visage dans ses mains et me regarde avec une inquiétude qu'il ne cherche même pas à cacher.
- Il t'a fait du mal ?! j'vais aller l'buter, c'foutu enfoiré… ! vocifère-t-il.
- N-non, il m'a… il...
- ... il t'a forcé à faire des trucs ?!
- Non ! insisté-je en crochetant sa nuque. C'est... il m'a… pas touché, c'est moi… je…
J'explose en sanglots et je me réfugie dans ses bras de plus belle. Zoro m'enlace et me serre contre son torse.
- … si ce petit fumier t'a fait souffrir, il mérite juste de clamser, y'a pas à réfléchir. Qu'est-ce qu'il t'a fait ?
- L'était… avec une fille, il… il voulait… il voulait…
Je pleure tellement que ma respiration se hache, avant qu'un hoquet terrible ne m'étreigne la poitrine ; Zoro me caresse les cheveux et mes poings se serrent sur son cuir. Il faut que je me calme, ou je vais faire une crise de panique et m'évanouir. Et là, j'aurai atteint des sommets dans la bêtise.
- … il a été voir ailleurs, lui aussi ? crache Zoro avec un venin mortel dans la voix.
Mes larmes et mes gémissements s'élèvent plus fort, et il prend ça pour un oui ; j'ai peur de confirmer à voix haute. Je ne le veux pas, parce que ça prendrait un tour beaucoup trop réel pour moi. Comme si le dire, le nommer allait me faire prendre conscience que ce n'était pas que dans ma tête.
- C'est m-moi, l'problème… ? pleuré-je, le nez dans son pull. P-pourquoi est-ce qu'ils p-partent tous… ?
- Non, Lu', c'est pas toi le problème, c'est eux, ce sont tous des connards et ils te méritent pas…
- J-j'ai fait quelque ch-chose de mal… ?
- Arrête, t'y es pour rien. T'es tellement gentil qu'ils en profitent tous, c'est tout… où il est ?
- Zoro, non… !
- Où. Il. Est ? martèle-t-il.
Il est hors de lui et je sais qu'il est capable de tuer Ace, par rage, par vengeance et par rancœur. Je suis la chasse gardée de Zoro et personne n'a le droit de me faire souffrir, selon lui. Que personne ne se méprenne, il n'y a aucune ambigüité entre nous, Zoro aime les femmes et moi les hommes, mais il est terriblement protecteur avec moi et il ne supporte pas de me voir malheureux.
- Laisse tomber… je… j'veux pas q-que tu te battes p-pour moi… !
Il me serre contre lui et embrasse mon front avec douceur, alors que mes larmes ne semblent pas vouloir cesser de couler.
- J'suis désolé… !
- Arrête. Viens, reste pas là, tu vas attraper la mort par-dessus ça.
Il tend le bras et sort un casque de son siège, avant de le passer sur ma tête et de l'attacher – je suis incapable de le faire, et mes larmes embuent la visière. Tant pis. Il retire son cuir malgré mes protestations et m'oblige à l'enfiler. Je nage dedans, il est dix fois trop grand mais ça m'est égal. Il y a son odeur, rassurante et apaisante. Je monte derrière lui et je passe mes bras autour de son torse, en me cramponnant à lui comme si ma vie était en jeu. Zoro démarre et la moto file dans la nuit, sous la pluie qui nous cingle. Il est trempé, je me sens coupable, mais il se fiche pas mal de cette eau qui tombe du ciel et du reste. Ça lui permet peut-être d'avoir les idées claires… je n'en sais rien. Il roule vite, très… trop vite, mais je lui fais confiance.
J'ai confiance en Nami, en Sanji, en ma mère... toutes ces personnes, je sais qu'elles m'apprécient ou qu'elles m'aiment, et je me sens bien à leurs côtés. À ma place. Zoro… je lui fais confiance au point de mettre ma vie entre ses mains. Une confiance que je n'aurais pas dû avoir en Ace. J'ai cru pouvoir lui donner mon amour, mais il fait partie de ces hommes qui ne sont pas dignes de le recevoir. J'ai cru qu'il était différent de tous les autres, j'ai cru qu'il serait meilleur et surtout…
… j'ai cru qu'il m'aimait.
Et il m'a berné en beauté, avec ses sourires ravageurs, ses caresses, ses baisers et ses mots murmurés dans mon oreille. Mais est-ce que je peux réellement lui en vouloir pour ça… ? après tout… Ace n'est pas un homme bien. Il est cruel, railleur, il tue sans se soucier des vies qu'il brise et il vole pour tuer le temps. Il est plein de vices et de défauts et ses seules qualités résident dans son physique. Tout ça mis à part, c'est un con, point.
Et le pire, c'est qu'il le reconnait lui-même, qu'il ne s'en est jamais caché et qu'il m'a toujours répété qu'il n'était pas fait pour moi. Mais j'étais beaucoup trop amoureux pour m'en rendre compte moi-même.
Et puis, peut-être qu'il m'a rendu service, en un sens. Il va me permettre de mettre fin à tout ça sans avoir à décider seul d'arrêter cette folie.
La moto ralentit et Zoro tourne dans la rue où il habite avec son oncle Koshiro et sa cousine Kuina. Tout est éteint, mais la voiture n'est pas là – ils doivent être absents, je suppose. Je n'en sais rien. Zoro coupe le moteur, descend et m'aide à glisser de mon perchoir, avant de m'entraîner dans l'allée qui grimpe jusqu'à sa maison. Je le suis sans vraiment prêter attention à mes pas et la porte d'entrée claque derrière nous.
Zoro retire son casque, le mien, les range dans la commode et m'enlève son cuir pour l'accrocher à la patère ; il est carré dans ses idées et sa façon de vivre, et je l'admire pour ça. Il ne se laisse jamais déborder et il s'astreint à une hygiène de vie rigoureuse – j'aimerais que tout soit aussi stable et défini dans ma vie. Ça m'empêcherait peut-être de faire des conneries, parfois.
On monte dans sa chambre après avoir laissé nos chaussures en bas, et Zoro m'assoit sur son lit. Je sais que j'ai l'air d'un assisté immature, mais là… j'ai du mal à faire les choses par moi-même, et j'ai besoin que quelqu'un assume ça à ma place. Il retire son pull, son tee-shirt et son jean trempés, les balance dans son panier de linge sale et ouvre son armoire pour en sortir une serviette de bain, qu'il vient poser sur ma tête avant de me sécher les cheveux. Zoro est un peu rude dans ses gestes, mais ça ne fait rien. J'aime bien, aussi… il reste lui-même, et c'est d'un repère de ce genre dont j'ai besoin.
Il essuie mon visage, mais mes larmes coulent toujours ; je ne savais pas que c'était possible de pleurer autant, et je me sens encore plus idiot.
Mon portable vibre et je le sors mécaniquement de ma poche ; Zoro me le prend des mains et le pose sur sa table de chevet avant de m'aider à retirer mes fringues trempées. Il serre les dents en voyant les griffures et les morsures qui parsèment mon corps, ainsi que la trace des doigts d'Ace imprimée un peu partout sur mes bras et mes poignets.
- … ce connard te…
- On s'envoie en l'air un peu trop fort, murmuré-je. Il a la même chose sur lui, t'en fais pas…
Je suis… anesthésié. Ma colère et mon chagrin se sont transformés en désespoir. C'est maintenant que j'ai besoin de Zoro, que j'ai besoin de sa présence, pour m'empêcher de sombrer.
- … qui c'est, cette nana ?
- Une femme qu'il connait.
- … une femme ?
- … c'est compliqué.
- C'est toujours compliqué avec les déchets de l'humanité qui te servent de mecs.
Il ne dit pas ça contre moi, je le sais. Seulement… Zoro m'a déjà vu souffrir le martyr avec certains de mes petits-copains précédents. Ils ne le sont pas restés très longtemps, d'ailleurs…
Et là, Ace, c'est plus qu'il ne peut en supporter.
- … jure-moi qu'il ne te fait pas de mal…
- J'te jure, il me frappe pas. C'est… il est pas comme ça, il…
Je sais à quoi et qui Zoro pense. Cavendish, un des types avec qui je suis sorti, m'a mis une raclée, une fois, parce qu'il avait l'impression que je chauffais Zoro, alors qu'on dansait simplement ensemble en discothèque. À une distance respectable, mais l'autre connard a halluciné et cru qu'on flirtait. Zoro avait vu que je ne revenais pas et il était sorti pour voir ce qu'on faisait, et il m'avait trouvé en train de couiner sous les coups de l'autre cinglé. J'avais bien essayé de me défendre, mais puisque ça ne servait à rien, j'encaissais en essayant de limiter les dégâts. Il me hurlait que si ma belle petite gueule attirait plus d'hommes que lui, alors il allait faire en sorte que ça n'arrive plus jamais.
Zoro était devenu blême de rage et c'avait failli tourner au drame ; je m'en étais sorti avec un œil au beurre noir et des hématomes un peu partout, et Cavendish aurait pu en crever si quelqu'un n'avait pas empêché Zoro de lui faire la peau. Alors, quand il voit les marques que j'arbore… il devient dingue. Parce que ça lui rappelle ce soir où il m'a ramassé dans la ruelle, recroquevillé sur le sol, en larmes et impuissant. Mon grand-père aussi était devenu fou, et il m'avait appris à jouer des poings, après cet épisode désastreux. Je suis toujours aussi nul pour la bagarre, mais j'ai de quoi me défendre si ça tourne au pugilat avec quelqu'un.
C'est le grand désespoir de Zoro, ça ; alors, il s'est mis bille en tête de me protéger physiquement, à défaut de pouvoir protéger mon cœur d'artichaut.
- … pourquoi j'attire toujours les ennuis… ?
- J'en sais rien, Lu', mais il va falloir que tu mettes en terme à tout ça… regarde-toi… je t'ai jamais vu aussi… aussi détruit. Ce mec, c'est un poison, il t'apporte rien.
Je me laisse tomber en arrière, dans les oreillers ; Zoro tire la couverture sur moi, passe une main dans mes cheveux pour dégager mon front et y pose un baiser léger, avant de se redresser pour récupérer son coussin.
- … où tu vas ? murmuré-je.
- Je vais aller m'pieuter.
Il désigne, du pouce, le divan au fond de sa chambre, où il se pose pour jouer aux jeux vidéo, lire ou écouter de la musique. Il veut dormir là… ?
- … Zoro… tu veux bien rester ? chuchoté-je. … s'te plaît.
Il acquiesce, repose son oreiller et va éteindre la lumière, avant de se glisser sous les draps et de s'étendre sur le dos. Aussitôt, je me rapproche et je viens timidement m'étendre contre lui, ma joue posée sur son torse. Il me caresse doucement le dos et je ferme les yeux en inspirant et expirant profondément.
Zoro est vraiment pas prise de tête, et c'est agréable de pouvoir se laisser aller sans avoir de réflexion railleuse ou de rejet ; il se fiche pas mal que je sois gay ou pas. Zoro est pudique, mais si j'ai besoin de lui, il me prendra dans ses bras.
Comme ce soir.
- … hé, Zoro.
- Mmn.
- … merci. D'être toujours là.
- Dors.
Je souris à travers mes larmes, et je me serre contre lui en me lovant sous les couvertures. Zoro caresse mes cheveux, ma nuque, et son toucher me berce.
- … Zoro.
- Luffy, t'as besoin d'dormir, crois-moi.
- C'est dommage que tu sois pas homo.
Il pouffe de rire et secoue la tête.
- Idiot. Si j'étais homo, j'voudrais pas d'toi, t'es trop chiant, raille-t-il.
- Crétin.
- C'est toi l'crétin.
Je ferme les yeux et j'essaye de ne plus penser à Ace et sa trahison. À la place, je pense à Zoro, et la première fois où je l'ai vu.
« Je suis dans le couloir, face à la porte du Directeur de Westlake. En tongs, pantalon roulé sous les genoux, chemise débraillée et cheveux ébouriffés. Je vais me faire défoncer, je le sais. Ma tenue est tout sauf réglementaire. Ma mère va me tuer, surtout que je suis parti tiré à quatre épingles ce matin.
Il y a des pas lourds dans le couloir, et un surveillant arrive avec un autre type, qui a l'air plus bizarre que moi encore. Il a des cheveux verts. Verts, quoi… Trois pendants dorés sur une oreille, mais à part ça, sa tenue est normale. Il porte son uniforme qui est impeccable, sans pli, sans…
… c'est quoi, ça ?!
Il a trois katanas qui pendent sur la hanche. Des trucs immenses, qui ont l'air terriblement vrais – ce dont je ne doute pas – et qui lui donnent un air vraiment dangereux ; déjà qu'il a pas l'air d'être hyper commode…
- Donnez-moi ces choses, exige le surveillant.
- Essayez, menace le type en l'assassinant du regard.
L'autre a un vieux frisson et se détourne pour entrer dans son bureau, nous laissant seuls dans le couloir, côte à côte, prêts à prendre une soufflante. Il me jette un coup d'œil en biais et jauge ma tenue décontractée. On s'affronte un peu du regard ; moi, je cherche à lire en lui et à le cataloguer, comme je le fais depuis que je suis arrivé le matin même dans ce lycée de coincés-du-cul. Et lui, il doit se demander ce qu'un type comme moi lui veut – pour sûr qu'ils ne doivent pas être nombreux à lui chercher des noises.
Soudain, la porte s'ouvre et le Directeur nous toise d'un regard critique, avant de se pincer l'arête du nez ; oh, ça craint.
- Roronoa Zoro, Monkey D. Luffy. Je prends note de vos noms, et vous allez prendre note du règlement intérieur et de la tenue correcte exigée. Les vingt-six lignes de la clause 30, à copier 100 fois. Gageons que cela devrait suffire.
… il déconne ? 100 fois ?
Non, il ne déconne pas. Nous sommes collés tous les samedis jusqu'à nouvel ordre. Et merde… je vais passer moins de temps à l'ASPC à m'occuper des animaux. Et ça, c'est vraiment la misère. L'annonce n'a pas l'air de réjouir mon collègue, qui lance une œillade mortelle au directeur impassible – il doit déjà en avoir vu d'autres, et ce Roronoa Zoro ne lui fait pas peur, on dirait. »
C'est de cet incident qu'est née notre amitié. Passer tous les samedis matin à copier le règlement tout en se racontant notre vie étudiante, ça créé des liens, mine de rien. Et cette relation que le temps a forgée est devenue indéfectible ; Sanji et Nami sont mes amis, bien sûr, mais Zoro… c'est plus que ça. C'est le frère que la vie a oublié de me donner, en égoïste qu'elle est.
Je somnole, alors que la respiration lente de Zoro me berce peu à peu.
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POV Ace :
Recroquevillé dans mes draps, je pleure comme un idiot.
C'est tout c'que je mérite pour avoir trahi Luffy, la confiance et l'amour qu'il mettait en moi. Je repense à la souffrance sur son visage, à la larme sur sa joue, et les miennes coulent encore plus fort. J'suis un putain de crétin, je sers à rien. Et qu'est-ce qu'il fait, avec ce Zoro, hein… ? J'sais qu'il est proche de lui… très proche. J'avais jamais ressenti cette jalousie auparavant. Et s'il avait l'idée de s'venger et de s'envoyer en l'air avec lui ?
Mon imagination prend le relais et je me sens minable ; j'ai la vision de Luffy se déhanchant sensuellement sur un type dont je connais même pas le visage. La vision de Luffy qui lui donne du plaisir en prenant le sien. La vision de Luffy en train de se toucher et de gémir le nom de Zoro dans le noir d'une chambre.
Putain…
J'tire le drap sur ma tête et j'me réfugie dessous ; c'est dans ces moments-là que j'aimerais avoir quelqu'un à appeler, quelqu'un à qui parler… mais la seule personne qui pourrait faire ça pour moi est dans les bras d'un autre homme. La seule personne qui pourrait m'écouter ne veut plus m'entendre. La seule personne qui pourrait me parler n'a plus rien à me dire. Luffy…
- J'suis tellement désolé, sangloté-je dans l'oreiller.
J'prends conscience de ma connerie alors qu'il est beaucoup trop tard. La pleine mesure de ce que j'ai fait : j'ai foiré la seule relation saine que j'avais.
Saine, ça doit pas mal faire marrer, mais c'est le cas : avec les autres, je ne parle pas, je discute business, je baise, je profite et je jette. Avec Luffy… je me sentais mille fois plus normal. Il était mon repère, ma lumière dans le noir. Est-ce que c'est comme ça qu'il me voyait ?
J'suis sûr que non. Sa lumière dans le noir, c'est Zoro, j'en suis sûr, et l'obscurité, c'est moi. Le noir qui lui donne des cauchemars. Je tends le bras et je fouille à tâtons pour trouver son tee-shirt, qu'il passe le matin quand il a froid – c'est rare, mais ça arrive. Il y a son odeur dessus. Je le prends et je le porte à mon nez en fermant les yeux. Ça sent les fruits et le soleil ; un soleil aussi lumineux que ses sourires… un soleil que j'verrai plus jamais.
Je fonds en larmes de plus belle et j'ai l'impression d'être une vraie tarlouze ; je chiale depuis des heures et ça s'arrête pas, on dirait une nana qui a ses règles, putain.
Mes doigts agrippent les draps et mon chagrin gagne encore en taille alors que je m'aperçois que je ne sentirai plus jamais son corps contre le mien au réveil. Plus de sourires timides, plus de rougeurs sur son visage, plus de yeux embués de sommeil ou de plaisir.
Plus rien.
Je ramène mes genoux sous mon menton et je ferme les yeux. Résigné.
« - Maman… ?
Ma mère est occupée à ranger les cookies sortis du four dans la boîte, et je regarde sa longue silhouette et ses boucles vénitiennes qui ondulent sur ses reins. Elle est tellement jolie.
- Oui, Ace ?
- J'pourrai me marier avec toi plus tard ?
Elle pouffe de rire, range la boite et revient vers moi pour s'installer sur la chaise d'à-côté. Elle me soulève pour m'asseoir sur ses genoux et me tend un cookie encore tiède, que je grignote pensivement.
- Non mon ange. Tu te marieras avec une autre fille que moi.
- J'veux pas d'une autre fille, j'te veux toi.
- Je suis déjà mariée avec Papa.
- Pas grave, on partagera, répliqué-je en haussant les épaules.
Elle éclate de rire, caresse mes cheveux et m'embrasse tendrement sur la joue. Elle a vraiment l'air heureuse, et la voir aussi radieuse me fait sourire, même si des milliers de questions existentielles me viennent à l'esprit.
- Maman… et si j'suis pas amoureux d'une autre fille ?
- Tu seras amoureux, ne t'en fais pas. Et elle seront toutes amoureuses de toi, sourit-elle en replaçant une mèche derrière mon oreille.
- J'arrive pas à être amoureux. Sabo il aime Koala et moi j'aime personne.
- Et Kaya… ?
Je secoue la tête – rien à voir. Je tolère Kaya, je ne l'aime pas. Je ressens rien de spécial pour elle. J'y arrive pas. J'arrive pas à aimer ceux que je côtoie. Ma mère a l'air soucieuse, et ses doigts caressent mon visage, alors que ses yeux me vrillent avec intensité : qu'est-ce qu'elle cherche dans mon regard… ?
- Ça viendra. Un jour, tu seras amoureux. Et ce jour-là… ce sera un jour très important.
- Et si je suis pas amoureux tout de suite ?
- Tu as toute ta vie pour tomber amoureux. Il n'est jamais trop tard pour ça.
J'enfouis mon visage dans son cou, je ferme les yeux et je me laisse bercer par sa respiration et son étreinte. Amoureux… à voir plus tard. »
. . . . .
J-163 avant l'impact
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POV Luffy :
Une main caresse mes cheveux et mes yeux s'ouvrent aussitôt, un instant aveuglés par la lumière du jour ; je cligne des paupières, perturbé. Je m'attends à voir des prunelles noires, des cheveux châtains en bataille et des taches de rousseur, avec un sourire en coin que je reconnaitrais n'importe où.
À la place, je vois les mèches émeraude de Zoro, ses boucles d'oreille et ses yeux verts teintés d'inquiétude. Aussitôt, les larmes me montent aux yeux et roulent sur mes joues – la nuit porte conseil… mon cul, ouais.
Sa main passe de mes cheveux à ma joue et m'attire à lui ; je me blottis contre son torse et mes sanglots éclatent dans sa chambre, comme la veille. C'est le seul endroit où je me sens en sécurité : avec Zoro. C'est le seul endroit auquel j'ai pensé en m'échappant du bar. C'est le seul endroit où Ace n'a aucune influence sur moi – Zoro est aussi le seul capable de lui tenir tête. Et de loin.
Il soupire et embrasse mon front.
- … j'ai cru que tu irais mieux.
- Ouais… moi aussi…
Il sourit et me serre un peu plus fort contre lui. Ça m'a apaisé, de passer la nuit dans son lit – dormir seul me terrifiait, je préférais rester avec lui, dans son étreinte et son odeur rassurante.
Zoro sent l'herbe, les champignons et l'alcool de riz. Sanji dit que c'est à cause de ses cheveux et de son amour immodéré pour le saké, une boisson qu'il a découverte en allant au Japon.
Bâtard chanceux.
Les champignons, c'est ma trouvaille. Il utilise de l'essence de girofle pour polir et protéger les lames des katanas qu'il affectionne, et c'est une odeur vraiment très forte. J'aime bien.
- Hé, Lu'.
- Mmn.
- Il a appelé, cette nuit. Tu dormais. Alors j'ai rappelé pour qu'il arrête son cirque.
Je m'en doutais. Ace ne résisterait pas à la tentation de savoir où j'étais. Peut-être pas tant je-m'en-foutiste de mon existence, en fait. J'attends qu'il continue et Zoro s'éclaire la gorge.
- … j'ai pas voulu lui dire où est-ce que j'habitais. Il m'a dit qu'il voulait venir te chercher et je lui ai fait comprendre que c'était toi qui reviendrais. Pas l'inverse.
- Zoro…
- C'est tordu, entre toi et ce type. Tu l'connais à peine, il est infréquentable, pour pas dire autre chose, et toi tu te laisses baiser dans tous les sens du terme. C'est pas un mec pour toi.
- Et c'est quoi, un mec pour moi… ?
Zoro a l'air ennuyé. Ses doigts jouent avec mes cheveux et j'ai presque l'impression de l'entendre réfléchir.
- J'en sais rien, admet-il. J't'ai jamais vu plus d'un mois avec un gars.
- Rappelle-moi depuis combien de temps j'suis avec Ace.
- T'es même pas vraiment avec lui.
- Qu'est-ce que t'en sais… ?
- Tu m'en dis assez pour que j'comprenne que ça mènera à rien, votre histoire. Y'a rien de bon qui peut sortir de tout ça.
Zoro a totalement raison. Je dis pas ça pour me foutre lui, je le pense sincèrement. Ace et moi, ça ne va nulle part. On est beaucoup trop opposés l'un à l'autre.
Et pourtant… je l'aime à en crever. C'est difficile à admettre après onze petites semaines, et c'est sûrement les hormones qui me travaillent, ou je sais pas quelle genre d'embrouille physique, mais… c'est vrai. Je n'ai jamais aimé quelqu'un comme je l'aime lui. Ace n'est pas du tout du genre à s'attacher ; alors, qu'il soit resté aussi longtemps avec moi, et juste moi… je devrais le prendre comme une victoire. Mais j'y arrive pas. À la place, je suis bouffé par la jalousie et la rage.
Une partie de moi sait qu'Ace est libre et sans attaches. Une autre, plus insidieuse, hurle qu'Ace est à moi et à personne d'autre.
Mon imagination fait le reste et mes larmes redoublent d'intensité. J'ai la vision fugace d'Ace et Shakky s'envoyant en l'air dans les draps du lit du container. Une étreinte torride, purement physique, qui devient plus tendre au fil du temps qui passe. Image d'Ace faisant tendrement l'amour à sa barmaid, en lui murmurant qu'il l'aime et qu'il n'est pas rassasié d'elle…
Mes pleurs deviennent bruyants et Zoro me serre plus fort contre lui. Je suis le dernier des crétins.
Mon portable sonne et je sursaute, surpris – la sonnerie déchire le silence de la chambre. « I put a spell on you » de Screamin' Jay Hawkins.
… c'est carrément ça. Ace m'a jeté un sort. Je vois pas d'autre explication possible à l'espoir brûlant qui me parcourt les veines à l'idée d'entendre sa voix, même une seconde. Zoro me le tend et j'hésite ; si je décroche, je sais que je ne lui résisterai pas. Il peut bien faire ce qu'il veut de moi… et il le sait.
Finalement, l'envie l'emporte sur le reste et j'ouvre mon téléphone avant de le porter à mon oreille.
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xLawffy : « Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs… oh-oh, ce serait le bonhe~ur ! » [Sors.] (gome~n…) J'suis contente que tu apprécies les OOC ! comme je le dis souvent, à mon humble avis, dès que l'on fait une fic en AU, l'on est forcément OOC. Car les persos n'ont pas la même vie donc pas vraiment de raison de rester les mêmes. Je suis pas une criminelle, j'ai certaines passions et un peu de culture G [la culture c'est comme la confiture, moins on en a plus on l'étale !] (joliii !) [merci, merci] alors je fais partager :) sacré technique dis-moi ! j'sais pas si elle va fonctionner jusqu'au bout de la fiction ! ^^
Pour le fardeau… tu en sauras un peu plus dans… *fouille dans ses dossiers* moins de dix chapitre :D héhé. Pour les chapitres, j'essaye de tourner entre 4.500 et 6.000 mots, pour pas avoir trop de trucs monstrueux, je vais tenter de me maintenir ! Merci à toi, à bientôt miss ! \o/
Ciel : B'jour mam'zelle ! la descente, « doucement le matin et pas trop vite le soir » comme on dit chez moi ! ça vient petit à petit ;p Law est taré… de façon différente on va dire ; ici il a pas de nodachi pour trancher les gens, alors il s'occupe comme il peut ! ;) À peu près toutes les personnes qui me suivent sont maso [cours] (excellente idée ! *fuit*), do nc bienvenue dans ce monde de fous ! Alors… dans Batman je pense que la demoiselle en question est Harley Quinn en théorie, mais je ne sais pas si dans le jeu auquel tu joues est traduit différemment, mais c'est super gentil d'avoir pensé à moi en tous les cas ! \o/Merci beaucoup, à tout', miss Ciel !
Lufna : ouiii, déjà le chapitre 10, ça avance mine de rien. Pour le mal de cœur, je te suggère de te mettre à détester Ace de toutes tes forces. Ça va beaucoup t'aider je pense u_u tu sais, Shakky a l'habitude de voir Ace ramener des nanas ou des mecs sans que ça n'ait la moindre importance pour lui. Alors… ça lui permet aussi de voir si Ace tient vraiment à Luffy. Et puis c'est Ace qui est casé, c'est à lui de s'tenir ! ^^ Et Luffy n'est pas au mieux de sa forme, c'est clair. Ace non plus, avec Law qui en rajoute une couche... hé hé hé. Merci pour ta review ! À bientôt !
Je vous dis à très vite pour le chapitre suivant, à mon retour de vacances, vers le 23 août ! :)
